XXX^ LETTRE AN ATOMICO- MEDICALE
Du Vomissement.
1. A LA douleur de restomac dont il a été parlé dans la Lettre précédente se joint souvent le vomissement dont je dois traiter ici. Vous pourrez remarquer ceci, soit en relisant cette Lettre, soit en parcourant la huitième section du Sepulchretum et en la comparant avec la septième. En effet vous y trouverez beaucoup d'observations dans lesquelles il est question de Tune et de l'autre incommodité, et vous en verrez un assez grand nombre qui sont également décrites dans les deux sections. Quant à moi, je serai fidèle à ce que je me suis proposé , et je n'en rapporterai ici aucunes de celles que j'ai décrites ou que je dois décrire ail^ leurs. Ainsi parmi toutes celles de Valsalva, j'en ai choisi deux qui sont relatives, l'une à un vomissement de longue durée, l'autre à un vomissement de courte durée, et toutes deux à un vomissement funeste. Voici la première.
2. Un homme d'environ cinquante-quatre ans avait déjà commencé à éprouver une légère maigreur dans tout le corps depuis cinq ou six mois, lorsqu'au commencement d'août de Tan 1689 il se joignit à ce symptôme un vomissement incommode d'une matière qui ressemblait à de l'eau
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teinte de rouille. Une matière de la même nature était rendue aussi par les selles, tantôt dans le même temps que le vomissement, tantôt sans celui-ci; toutefois les déjections n'étaient pas toujours de cette matière. Cependant à peine quelque douleur se faisait-elle sentir à la région de l'estomac. Mais le médecin ayant administré du sel d'absinthe, il en résulta un tel malaise à l'estomac qu'il n'en fut jamais donné dans la suite. Enfin le voniissement de la même matière persistant, le pouls devint insensiblement languissant , et la mort s'ensuivit le i3 novembre.
Examen du cadavre. Toutes les articulations du cadavre étaient flexibles, ce qui ne se rencontre pas très fréquemment sur les autres sujets. 11 y avait dans l'estomac du côté du pylore une tumeur cancéreuse ulcérée, qui sembla être formée d'un amas de glandes, lesquelles rendaient par la compression une humeur semblable à du sperme humain. D'ailleurs l'estomac contenait trois livres d'une matière à peu près de la même nature que celle qui était rejetée par le vomissement. Entre l'estomac et la rate il y avait deux petits corps glanduleux de la grosseur et de la forme d'une fève, et peu différens par leur substance de la tumeur qui a été décrite dans l'estoTnac. Voilà ce que présentait le ventre. Mais dans la poitrine, le poumon droit était légèrement enflammé par-derrière; et partout où on les incisait l'un et l'autre, il s'écoulait de la sérosité. Des concrétions polypeuses
DU VOMÏSSKMENT. I O7
s'étendaient du ventricule droit du cœur dans l'artère pulmonaire; une plus petite s'introduisait du ventricule gauche dans la veine du même nom.
3. Si vous comparez celte tumeur de l'estomac avec celle que j'ai décrite également dans la Lettre précédente (i) d'après Valsalva, qui les a désignées Tune et l'autre dans la table abrégée de ses observations sous le nom de cancer^ en écrivant qu'il s'y joignit dans toutes les deux un vomissement d'une espèce d'eau teinte de rouille, vous serez peut-être étonné pourquoi la première donnait lieu à des douleurs violentes, et la seconde à des douleurs aussi légères, et pourquoi celle-ci rendant par la compression une humeur non fuligineuse, teignait cependant de cette couleur une si grande quantité de liquide. Mais vous comprendrez soit d'après d'aii très observations, soit d'après quelqu'une de celles qui seront rapportées plus bas, que des matières très -noires sont rejetées aussi par ceux chez lesquels il n'existe aucune tumeur de cette espèce; en sorte qu'il n'est nullement nécessaire de faire dépendre ces sortes de couleurs, de cancers ulcérés dans l'estomac. Du reste, à moins que vous ne rapportiez la différence des douleurs aux humeurs qui auraient été plus irritantes sur le premier malade qui était vieux et d'un tempérament bilieux, que sur le second chez lequel cependant elles devinrent acres à ce ■ — ■■■ I ■ . ■ i. i. .. i .. il
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point par l'addition du sel d'absinlhe, vous conjecturerez que ces douleurs furent d'abord légères sans doute sur celui-ci comme sur celui-là, mais qu'après que la tumeur eut élé tellement irritée par ce sel qu'elle finit par s'ulcérer, elles devinrent beaucoup plus vives, et persistèrent dans cet état jusqu'à la mort.
4. Un homme d'une très-grande noblesse, âgé de quarante-deux ans , étant venu d'Allemagne en Italie, fut pris peu de mois après à Bologne d'une fièvre double-tierce, qui fut accompagnée de symptômes fort légers dans les premiers accès, mais qui furent très-violens dans le quatrième. En effet le froid qui avait commencé à la vingtième heure, diminuait à peine à la troisième heure de la nuit : soif très-incommode, langue rude, respiration difficile, lassitude, pouls petit et faible, douleur et sentiment de plénitude dans l'estomac, enfin état d'anxiété et d'inquiétude telles que le malade restait à peine un moment à la même place du lit. Tous ces symptômes ne se mitigèrent qu'après que la chaleur devenant plus forte on lui permit enfin de boire des eaux distillées; mais cette rémission fut légère et dura peu de temps. En effet bientôt après une exacerbation de tous les symptômes ayant eu lieu, dura pendant toute cette nuit. Au point du jour le malade sentit qu'il était menacé de vomissement; cependant il ne put pas le provoquer d'abord, même en s'introduisant fort souvent les doigts dans la gorge, mais bientôt après