‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 17 sur 41 · DU VOMISSEMENT. IO · texte numérisé non relu

DU VOMISSEMENT. IO

il rejeta environ quatre livres d'une matière semblable par sa couleur à de l'eau dans laquelle ou aurait délayé du chocolat. Des portions d'espèces de membranes absolument de la même couleur nageaient dans cette matière, dont l'odeur était analogue à celle qui s'exhale le plus souvent du corps des fébricitans. Quoique l'affection de l'estomac parut avoir éprouvé quelque rémission depuis ce vomissement, cependant toutes les autres incommodités non-seulement persistaient, mais encore étaient plus graves. Le matin le médecin tira da sang par l'ouverture de la veine; dans le premier vase le caillot se trouva plus mou qu'il ne doit 1 être, et la couenne de la surface était mince et la sérosité lactée: mais dans le second tout cela s'éloignait moins de l'état naturel. D'autres moyens ayant été mis en usage avec celui-là, peu d'heures après presque la même quantité de la matière décrite fut rejetée de nouveau par le vomissement, lequel se renouvela bientôt à plusieurs reprises, en sorte que tout ce qui fut rendu de cette manière ce jour-là égalait environ seize livres. La nuit suivante les mêmes symptômes persistaient, et il s'y joignit en outre un tremblement du bras gauche , qui revint fort souvent précédé de délire , surtout pendant que le bras était exposé à l'air, et dégénéra le matin en une sorte d'accès épileptique, pendant lequel non-seulement le bras, mais encore la bouche, les yeux et la cuisse gauche étaient convulsés de la manière la plus effroyable. Ceci

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dura pendant plusieurs heures; enfin ce bras fut iittaqué de paralysie. Néanmoins les accès épileptiques continuaient à revenir si fréquemment, qu'on en comptait plus de vingt par heure. Cependant il existait aussi des vomissemens d'une matière de couleur porracée, au milieu de laquelle nageaient des fragmens d'espèces de petites membranes. De plus le hoquet, qui avait commencé vers midi après la paralysie qui a été indiquée, tourmentait déjà le malade d'une manière violente. D'ailleurs quoique tous les symptômes parussent un peu calmés après le dîner, cependant lorsque le soir arriva ils devinrent plus graves, en sorte que le pouls et les forces s'épuisant de plus en plus pendant toute la nuit, le malade mourut le matin à la douzième heure, après avoir éprouvé tantôt des vomissemens légers, tantôt le délire et le hoquet, et plus souvent des accès spasmodiques violens, quoique fort courts.

Examen du cadavre. L'abdomen était tuméfié de même que les intestins. Ceux-ci et l'estomac présentaient dans leur face antérieure cette couleur dont j'ai dit qu'était teinte la matière rejelée par le vomissement. L'estomac était enflammé intérieuremeu! , et tous ses vaisseaux les plus petits étaient considérablement gorgés de sang. La vésicule biliaire, quoique vide, paraissait cependant gonflée, njais c'était par de l'air. Dans la poitrine, le poumon droit élail fortement adhérent à la plèvre; ce même poumon et c<ilui du côté gauche

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étaient teints d'une couleur noire, et se trouvaient remplis d'une matière ichoreuse. Le ventricule droit du cœur contenait une légère concrétion polypeuse.

5. La mort que le quatrième jour avait annoncée survint chez cet homme le septième. Si avant que la maladie se fût fixée sur l'estomac avec une aussi grande violence, le médecin, quel qu'il fût, soupçonnant ce qui devait avoir lieu d'après certainîç indices des jours précédens, eût pu s'opposer à elle en employant de bonne heure et d'une manière convenable le quinquina, il aurait peut-être sauvé le malade. Mais ceci arriva, autant que je puis le supposer également d'après l'observation précédente, dans un temps ou on n'osait pas encore se servir de l'écorce fébrifuge de la manière dont nous avons coutume de la mettre en usage aujourd'hui, et qu'un médecin très - ingénieux , Dom. Guglielmini, employa heureusement à Bologne peu d'années après sur un homme d'une haute noblesse de la famille Malvezia, qui sans cela aurait été enlevé par l'accès prochain d'une fièvre pernicieuse, comme d'autres sujets l'avaient été. Du reste, la vacuité de la vésicule du fiel fait voir d'où dépendait cette couleur porracée dont était teinte l'humeur rejetée. Toutefois il se ramassa aussi auparavant dans l'estomac et dans les intestins d'autres sucs avec de la bile, lorsque les matières rejetées avaient une couleur bien différente. Néanmoins comme Valsalva n'a pas assez

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expliqué dans ses notes quelle était celle de ces couleurs dont ces viscères étaient teints, je n'ai pas pu l'indiquer d'une manière positive dans l'histoire.

6. Mais actuellement recevez d'autres histoires également divisées en deux genres de vomissemens , en ceux de longue durée et en ceux de courte durée. Commençons par celle d'entre elles où il est question d'un vomissement tel qu'on ne trouve pas beaucoup d'exemples où il ait duré plus longtemps; c'est la même que celle que je me souviens de vous avoir promise d'une manière spéciale, lorsque je traitais (i) des palpitations du cœur.

•7. Une dame noble de Padoue, qui dès sa naissance rejetait si souvent le lait que sa nourrice désespérait de sa vie, étant néanmoins parvenue à l'âge adulte, s'étant mariée et se trouvant déjà mère de plusieurs enfans, commença k l'âge de trente-quatre ans à éprouver dans un de ses accouchemensdes vomissemens plus fréquens, dont elle crut deux mois après être délivrée pour toujours lorsqu'elle eut rendu un corps globuleux qui avait plus de deux pouces de diamètre, et qui était alors d'une matière molle, mais qui ayant été bientôt exposé à l'air fut trouvé très-dur trois jours après. Au reste l'événement ne répondit pas à son espérance. Le vomissement persista, et quoiqu'il eut été attaqué par plusieurs médecins pen-

(i) EpLsl. 23, n. ai in fin.

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dant long-temps et à phisiefurs reprises, tantôt doucement, tantôt avec plus de force^ il ilura jusqu'à la mort, c'est-à-dire pendant vingt -quatre ans. Il revenait chaque jour deux heures après le dîner, mais non après le souper, si ce n'est le lendemain matin. Bien qu'on changeât les espèces d'alimens, il revenait toujours de la même manière, et toujours la matière rejetée était blanchâtre, épaisse et visqueuse. Si la femme essayait de retenir cette matière , elle éprouvait de grandes douleurs à la région de l'estomac, jusqu'à ce qu'elle la rendît; elle la rendait non sans faire des efforts, mais après le vomissement tout était calmé. Il n'y avait point d'évacuations alvines, à moins qu'on ne les provoquât; et on ne pouvait déjà depuis long-temps en obtenir sans préjudice pour la malade, que par un seul remède, qu'on appelle à Venise pilules de Sainte-Fusca; un très-petit nombre de ces pilules, gardées pendant la nuit, excitaient doucement des évacuations alvines le matin, d'après leur effet ordinaire, mais elles ne faisaient rendre presque que des matières aqueuses. l^e chocolat était également gardé, et soiilageait l'estomac. Quand on explorait la région de ce viscère avec la main, on n'y sentait rien qui fût contre nature, pas plus que dans le reste du ventre. A ce que j'ai raconté il s'était joint deux ans avant la mort, l'intermittence du pouls. Cependant la dame ne cessa pas de remplir chez elle et au dehors ses devoirs ordinaires, jusqu'à ce que sentant V. ' 8

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qu'elle était moins bien, et devenue plus faible, elle fut forcée de passer le dernier mois de sa vie dans son lit. Alors comme tous les alimens excitaient déjà des nausées, entre autres le chocolat lui-même, il se manifesta une fièvre qui augmentait chaque jour dans les heures de l'après-midi, quoiqu'il se fît à peine quelque changement dans le pouls, et qui donnait lieu à une plus grande chaleur pendant la nuit. Le pouls était plutôt grand que petit, mais intermittent comme à l'ordinaire. La malade ayant prié le médecin , à cause de la dureté du ventre, de ne pas s'opposer au désir qu'elle avait de faire usage de ses pilules ha])ituelles, il se développa de violentes palpitations du cœur, qui à la vérité se calmèrent presque aussitôt après une saignée du bras de quelques onces, mais qui revinrent bientôt une seconde fois , et forcèrent d'en tirer autant du pied, ce qui les diminua de nouveau, mais non pas de manière à permettre désormais le décubitus sur le côté gauche. Aucune couenne n'existait au-dessus du sang qu'on avait tiré. Quelques jours après, la dureté du ventre s'étant manifestée une seconde fois, un clystère doux excita des palpitations. Comme les moyens externes n'étaient d'aucune utilité contre celles-ci, et que la malade qui prenait à peine quelques alimens malgré elle, ne voulait faire usage que d'un très-petit nombre de remèdes internes, entre autres de l'eau distillée de cerises ou de mélisse, et de compositions où il entrait un peu de casto-

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réum, et où on ajouta une seule fois un grain d'opium , et comme il n'y avait rien qui arrêtât le vomissement, ni qui apaisât les palpitations, le ventre se relâcha spontanément même à l'excès les cinq derniers jours, pendant lesquels le pouls étant devenu extrêmement faible , très-petit et formicant, et les palpitations continuant, il y eut des évacuations fréquentes et abondantes de matières même dures. C'est pourquoi tous les autres symptômes persistant, et les extrémités du corps se refroidissant insensiblement, la mort enleva cette excellente dame, digne d'une vie beaucoup plus longue en raison même de ce qu'elle recommanda en mourant (ce qu'un très-petit nombre de femmes feraient), savoir qu'on cherchât par l'anatomie la cause de son long vomissement, parce que si on la trouvait on pourrait peut-être préserver ses en*fans (parmi lesquels il y en avait une qui commençait déjà à éprouver cet accident) d'une maladie héréditaire; car sa mère, qui était morte déjà depuis plusieurs années, avait aussi été tourmentée par la même incommodité. D'après cela mon collègue Vallisnieri le fils m'ayant prié au nom de la famille noble de la défunte, de vouloir bien assister à la dissection, quand j'eus appris tout ce qui a été écrit jusqu'ici d'un médecin trèstecommandable qui pendant les douze dernières années avait soumis cette dame à un genre doux de traitement, comme il convenait, c'est-à-dire de Pi. de Marchetti^ neveu de Pi. le Chevalier, je

Il6 TlirWTlÈMK LKTTKIÎ.

fis faire la dissection avec soin en sa présence, et devant d'autres médecins, parmi lesquels se trouvait un homme célèbre, autrefois mon auditeur, Dom. Militia, au commencement de la nuit de ce jour où la malade était morte le matin , c'està-dire le 8 avril ly/i/j.

Examen du cadavre. Le cadavre était maigre, sans l'être cependant beaucoup, et sans aucun œdème des membres. Le ventre contenait une eau jaunâtre en assez grande quantité. L'épiploon avait peu de graisse, couvrait une grande partie des intestins, et était attaché au péritoine par son côté gauche. I/estomac était contracté, et là où il com- "mençait à s'approcher de l'antre du pylore il l'était davantage, en sorte qu'il se trouvait jusqu'à un certain point divisé en deux; ses parois et sa couleur étaient dans l'état naturel quand on l'examinait extérieurement, mais il présentait une rougeur à sa face interne comme à la suite d'une inflammation. Il contenait une certaine quantité d'eau, ou de bouillon que la malade avait pris en dernier lieu , avec des portions plus épaisses de cette matière visqueuse qui avait coutume d'être rejetée par le vomissement. Dans le pylore même et dans l'intestin duodénum il n'y avait rien de morbide, si ce n'est la couleur de la face interne, qui était seuiblable à celle que j'ai indiquée dans l'estomac. Le pancréas qui du reste avait sa grosseur naturelle, était si blanc dans son entier, et présenta lorsque je l'eus fait disséquer des lobes

si distincts et si desséchés, que s'ils eussent été un peu plus durs ( car ils Tétaient a: un faible degré), j'aurais prononcé non-seulement qu'ils approchaient de la nature du squirrhe, mais encore que le viscère était déjà entièrement converti en cancer. La rate et le foie étaient sains intérieurement^ quoiqu'ils fussent pâles, celle-là dans toute sa face extérieure, celui-ci dans sa face inférieure à droite. Toutefois la vésicule du fiel avait des parois tellement épaisses, que je ne me souviens pas de les avoir jamais vues dans cet état; aussi, bien qu'elle fût pleine de bile, ce qui dépendait de ce que la femme avait pris si peu de choses pendant tant de jours, et bien que la bile fût tellement noire qu'elle avait teint de cette couleur la face interne de l'organe , cependant sa face externe était blanchâtre. La cause que j'ai indiquée tout à l'heure, et qui avait fait que l'estomac était contracté , fit aussi que tous les intestins l'étaient considérablement, surtout les intestins grêles, ce qui s'accordait également avec cette évacuation alvine excessive qui avait existé en dernier lieu. De tous les intestins il n'y avait que l'appendice vermiforme qui présentât un peu de gonflement; on voyait aussi de la rougeur à son extérieur. Nous remarquâmes que tout était sain dans le mésentère et dans les autres parties du ventre.

Mais dans la poitrine , il y avait de l'eau très-sanguinolente des deux côtés en assez grande quantité. Des deux côtés également les poumons, sains

Jl8 TREJVTIÈMIÎ LETTRE.

d'ailleurs, étaient attachévS aux parties latérales au moyen d'un grand nombre de filamens membraneux, épais et un peu longs. Le péricarde était très-étroitement adhérent à la surface du cœur, de l'oreillette droite et des gros vaisseaux qui appartiennent à ce viscère. Cependant l'épaisseur des parois de celui-ci, et la capacité de ses ventricules étaient naturelles. L'un et l'autre ventricule étaient également remplis d'un sang tel que celui qui s'écoula aussi en grande quantité après l'incision de la veine-cave, c'est-à-dire noir et grumeleux en grande partie, sans la moindre concrétion polypeuse. Quoique les valvules placées aux orifices veineux du cœur parussent être blanchâtres, elles n'étaient cependant pas trop dures. Mais celles qui sont situées à l'origine de l'aorte, avaient la partie supérieure de leurs bords épaissie et d'une dureté cartilagineuse. L'artère elle-même était eu bon état en dedans et en dehors , et l'on ne voyait dans la poitrine absolument aucunes lésions, outre celles qui ont été indiquées. Il n'y eut aucun motif pour que nous touchassions à la tête.

8. J'ai fait connaître dans d'autres endroits (i) jusqu'à quel point les lésions qui furent trouvées dans le péricarde et dans le cœur, se rapportent aux palpitations et à l'intermittence du pouls. Quant à ce qui fut observé sur la vésicule du fiel et sur le pancréas, je crois que cela appartient au

(i) Epist. 23;, 11. 21 el 2'i et alibi.

vomissement. Je croirais peut-êrre que cette contraction de l'estomac par laquelle ce viscère semblait jusqu'à un certain point être divisé en deux, appartenait aussi au vomissement, si je ne vous avais décrit la même disposition sur deux autres femmes (i), dont aucune n'avait été sujette à cette incommodité, pas plus qu'une princesse, et d'autres encore (2) chez lesquelles je me souviens que l'estomac était dans cet état. Car il m'est arrivé par hasard, lorsque j'ai vu cette conformation, de l'observer sur des femmes, ainsi que Valsalva (3); d'où j'aurais commencé à douter si elle devrait aussi être mise au nombre des autres incommodités que les femmes se causent à elles-mêmes avec ces corsets durs qu'elles serrent au haut de leur ventre, et avec ces corps plus durs encore qu'elles y ajoutent, et qui s'étendent presque jusqu'à l'ombilic, si je n'avais remarqué que Riolan (4) et d'autres auteurs très-célèbres, Heister (5) et Fanloni (6), avaient trouvé cette disposition sur des femmes de toute condition, et non-seulement sur des femmes, mais encore sur des hommes. Au reste aucun de ces écrivains ne fait mention de

(i) Epist. 16^ n. 38, et Epist. 26^ n. 3i.

(2) Epist. 37, n. 28.

(3) Epist. 36, n. 2.

(4) Anthropogr., I. 2, c. 20.

(5) Diss. syst. obs. med. miscell. , obs. 6.

(6) De observ. med. et anat. Epist. 3.

J2Q TRE]VTli:ME LI.TTR£.

"vomissement sur ces hommes ou sur ces femmes, pas plus que d'autres médecins illustres, Pesch (j) et Amyand (2), qui ont vu celle conformation sur des femmes, tandis que tous ces auteurs pouvaient, et que quelques-uns devaient même parler de cet accident , s'il avait eu lieu de cette manière. Que si vous lisez dans cette huitième section du Sepulchretum une observation (3) deBlasius, qui troiiva l'estomac double sur un homme qui fut tourmenté pendant long-temps par des vomissemens très-fréquens, vous verrez qu'il fait dépendre ces vomissemens, non pas de cet état double du viscère, mais de la grande étroitesse du trou à travers lequel l'un des estomacs communiquait avec l'autre; or je n'ai jamais vu une étroitesse de cette espèce sur les femmes que j'ai observées. Que sera-ce, si vous lisez cette observation dans Blasius (4)? vous remarquerez qu'elle est jointe à une autre du même genre, où quoiqu'il existât entre les deux estomacs une étroitesse non -seulement grande, mais encore très-grande et extrême ^ le sujet se trouvait néanmoins bien portant [^\ ce n'est qu'il était extrêmement affamé), et par conséquent non sujet à des vomissemens.

Que si néanmoins vous aimez mieux croire que

(1) Syllog. anat. , obs. §. 84.

(o.) V'uL Commerc. liller., a. lyS/»^ liebd. ^5 in fin.

(4) P. l\, obs. mccl. g.

D U \ O Illl s s E M E 5 T. 121

sur la dame en question cette conformation de l'estomac contribua aussi elle-même en quelque chose aux vomissemens, attendu qu'elle co-existait sans doute dès le principe avec cette mauvaise disposition de la vésicule et du pancréas, qui devenue plus manifeste par les progrès de Fâge avait donné lieu à des vomissemens incurables, je ne m'y opposerai pas avec opiniâtreté. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'un si grand épaississement des tuniques de la vésicule la rendait moins facile à obéir à la pression de l'estomac ou des premiers intestins, en sorte qu'il ne s'en exprimait peut-être pas assez de bile, laquelle était en outre d'une aussi mauvaise qualité. D'un autre côîé, vous pouvez facilement juger combien ' le pancréas desséché et approchant de la nature du squirrhe sécrétait moins de suc , et combien ce suc était moins propre à ses usages, et conclure en même temps combien l'élaboration du chyle se faisait d'une manière imparfaite dans l'intestin duodénum à raison du manque et de la mauvaise qualité de cette double humeur, et combien il y séjournait de ce chyle épais, visqueux, qui irritait tellement les tuniques de cet intestin, surtout dans les agitations du corps qui avaient lieu pendant le jour, qu'il finissait par donner à ces tuniques un mouvement anti-péristaltique. Si vous voulez ajouter à cela cette conformation de l'estomac qui était peut-être moins* propre, sinon à digérer les alimens,du moins à les pousser assez facilement '

il2 TRENTIEME LETTRE.

dans cet intestin, il vous sera d'autant plus aisé de concevoir les causes de ce vomissement de si longue durée.

9. Mais pour parler de l'une de ces causes seulement, afin d'être court, c'est-à-dire de la lésion du pancréas, voyez, si vous voulez, dans cette section du Sepulchretum ^ non-seulement l'observation cinquante- troisième et celles qui suivent, mais encore d'autres qui sont indiquées soit avant, soit surtout après sous les numéros LVII (i) et LVIII (2), etc. , et vous trouverez que le vomissement était joint à des lésions du pancréas. Certes je ne partage pas l'opinion de ceux qui pensaient (3) qu'il fallait rapporter iz«^ seul pancréas je ne sais quelles maladies, et même des vomissemens de sang; j'avoue même que ce viscère a été trouvé assez souvent affecté par d'autres et par moi sans vomissement. Cependant je ne saurais nier avoir vu des maladies du même viscère dans lesquelles les vomissemens n'avaient pas manqué, et je ne puis disconvenir que j'ai entendu dire que d'autres en ont vu fréquemment aussi. Mais mes observations trouveront ailleurs une place plus convenable. J'en citerai ici quelques-unes appartenant à d'autres praticiens. Et d'abord j'ai appris d'un partisan de Malpigbi , Jac. Sandrio mon maître,

(3) Fid, ihid, , obs, 74 in fin.

DU VOMISSEMENT. Ili^

ïïiédecin savant de Bologne du temps qu'il vivait, qu'il avait remarqué dans plusieurs dissections d'individus qui avaient été sujets à des vomissemens, surtout à ceux d'une matière qui ressemblait à du tabac par sa couleur, que sur eux tous le pancréas était en mauvais état. D'ailleurs Hér. Manfrédi, celui que je vous ai cité ailleurs comme il le méritait, me raconta l'observation suivante qui lui était propre, l'an 1704, je crois, lorsque je fus de retour à Bologne de mon pays où je m'étais retiré pendant quelques mois; je vous la communiquerai ici parce qu'elle appartient plus au sujet commencé sur le pancréas, qu'à l'ordre promis.

10. Un homme robuste était tourmenté, sans aucune cause manifeste antérieure, par des efforts continuels de vomissement; mais à l'exception des remèdes et des alimens qu'il ne pouvait nullement garder*, il vomissait peu et rarement, et les matières vomies étaient aqueuses et presque toujours amères. Il éprouvait en outre u^ne grande soif, des défaillances fréquentes, et surtout une douleur telle que s'il était déchiré par des chiens aux limites communes de la poitrine et du ventre. Quand on touchait l'abdomen, on ne pouvait rien sentir de dur ou de rénittent. Il mourut dans l'intervalle du onzième jour environ, avec ces symptômes et avec la petitesse du pouls.

Examen du cadavre. A l'ouverture du ventre, on remarqua que le foie était très-gros, mais sain.

Les intestins et l'estomac étaient également sains. Le mésentère n'était point, il est vrai, sans quelque obstruction; mais le pancréas se trouvait plus volumineux que dans l'état naturel, il était tout entier inégal avec des tubercules arrondis qui n'étaient pas petits, et sa dureté approchait de celle du cartilage. La poitrine et le péricarde contenaient beaucoup d'eau semblable à celle dans laquelle on a récemment lavé de la chair. Le coeur était extrêmement petit, et dans son oreillette droite il y avait quelque portion d'une concrétion polypeuse blanchâtre.

II. Ce qui fait qu'on ne peut sentir que trèsdifficilement par le toucher les tumeurs du pancréas, à moins que par hasard elles ne soient trèsvolumineuses et que les malades ne se trouvent extrêmement maigres, c'est le siège profond de ce viscère, et tout ce qui s'interpose entre lui et la main, mais principalement l'estomac gonflé par des vents, ou le foie élargi et devenu plus gros comme sur cet homme. Rivière (i) en indiquant de quels autres signes il est permis de se servir dans ce cas difficile , n'a point omis entre autres ceux que l'on doit retirer de la douleur et d'autres symptômes de l'estomac voisin du pancréas. Du reste celui-ci peut exciter le vomissement d'un grand nombre de manières, par exemple lorsqu'il irrite par sa dureté ou par sa rudesse l'estomac

(i) Prax. mcd.^ 1. i3, c. 4

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qui lui est contigu, surtout si celui-ci est d'une sensibilité trop exquise, ou lorsqu'il s'oppose par l'augmentation de son volume à ce que ce dernier puisse se dilater d'une manière suffisante. En effet, le vomissement de toutes les substances avalées est la suite de Fempéchement de la dilatation de l'estomac, soit que ce viscère ne se laisse pas dilater lui-même, parce que ses tuniques sont devenues épaisses et squirrheuses comme dans les observations des auteurs célèbres, Laubius (i) et de Haller (2), soit que (car la chose se passe de même) certains obstacles s'opposent à sa dilatation, tels que les grands stéatomes que Verdries (3) observa près de ce viscère, ou qu'un corps très-volumineux qui fut également trouvé à cet endroit sur deux femmes, et dont vous lirez la description dans le grand Heister (4). Or les viscères contigus à l'estomac peuvent aussi être eux-mêmes des obstacles à sa dilatation s'ils deviennent gros et durs outre mesure, comme l'a prouvé les années précédentes la mort prématurée d'un savant Archiatre, mon ami, qui, à ce que j'ai appris, éprouva des vomissemens incurables dépendans du foie et du pancréas qui comprimaient par leur masse et par leur dureté Testomac placé entre eux.

(i)Eph. N. C, cent. 7^ obs. 41.

(2) Opusc. pathol. , obs. 9.1 .

(3) Eph. cit. , cent. 6 , obs. 16,

(4) Epist. de pilis^ ossib. p. n.

Mais le pancréas ( pour continuer à parler spécialement de lui , attendu surtout qu'il est aussi facile de transporter au foie ce qu'on dit de ce viscère) peut également provoquer le vomissement lorsqu'il sécrète un suc qui est incommode à l'intestin duodénum par son acrimonie, ou qui fait par son inertie ou par quelque autre mauvaise qualité que la digestion des alimens mal achevée dans cet intestin y laisse des substances qui gênent, ou qui enfin par sa petite quantité est impropre à ses autres usages, et entre autres à celui qui consiste à tempérer la force de la bile qui s'écoule en même temps que lui, surtout quand celle-ci est trop acre, et à empêcher qu'elle n'affecte pas trop vivement les tuniques, et qu'elle n'intervertisse pas le mouvement intestinal. Vous pourrez consulter aussi à ce sujet Fréd. Hoffmann (i) qui pense que c'est pour cela que la bile et le suc pancréatique se lendent ordinairement à cet intestin par un seul et même orifice, et que les chiens à qui Brunner avait enlevé le pancréas , terminèrent leur vie par des vomissemens bilieux. Ainsi, vous voyez trèsclairement combien il est plus facile que ce que j'ai dit puisse avoir lieu, lorsque le pancréas humain est réduit à ne sécréter absolument aucun liquide.

Mais le vomissement peut encore être produit par le pancréas d'une autre manière , par exemple

(i) Diss. de pancreat. morb. , J. 4«

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