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prudemment la résine de térébenthine, qui était le seul remède gardé par l'estomac, tandis que tous les autres étaient rejetés. Mais ils désapprouvaient les pilules composées d'aloës, de gomme ammoniaque et de ce qu'on appelle tartre vitriolé (sulfate de potasse), qu'un autre médecin proposait, et que le malade préférait parce qu'il avait un grand espoir dans les évacuations, comme c'est l'ordinaire du plus grand nombre. Ces pilules ayant donc été prises, il s'ensuivit des vomissemens violens, et dès-lors l'état des choses de mauvais qu'il était, commença aie devenir beaucoup plus. En effet le pouls qui était obscur auparavant le devint au dernier degré, comme dans la fièvre lipyrie; les urines étaient semblables à celles des ictériques. C'est pourquoi les pieds s'étant légèrement œdématiés, et le pouls se trouvant déjà nul, le malade mourut sans une grande difficulté de respirer et sans aucun trouble de l'âme.
Examen du cadastre. Les parois de l'abdomen ayant été mises de côté, le foie fut trouvé extrêmement volumineux, et rempli de stéatomes; la substance intermédiaire entre ces stéatomes était comme celle d'un thymus cuit, blanche et lobuleuse, mais dure. La vésicule du fiel contenait avec de la bile livide neuf calculs de différente forme; et tous ces calculs qui approchaient d'abord d'une couleur verte, étaient jaunâtres après qu'ils furent secs. La rate était extrêmement petite, au point qu'elle nç dépassait pas la grosseur d'une pièce
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d'argent qu'on appelle écu. Le pancréas était tellement atrophié, qu'il semblait manquer au premier aspect. L'estomac était parsemé intérieurement de taches noires, et tandis qu'il se trouvait flasque ailleurs, il était calleux au pylore, de maiiière que celui-ci ne pouvait se dilater ni à propos ni suffisamment. Les viscères de la poitrine étaient également flasques et mous; en sorte que la chair du cœur cédait très-facilement au tiraillement. Il n'y avait rien de morbide outre cela, en sorte qu'il ne se trouva rnême pas de liquide épanché dans le thorax ou dans le ventre.
i5. Soit cjue ce prêtre eût la raie petite dès sa naissance, comme Cela est peut-être plus croyable, soit qtie le cours du sang détourné de l'artère splenique et se portant par l'artère hépatique vers le foie devenu plus gros eût donné lieu en même temps à l'atrophie de la rate et du pancréas, soit enfin que cette atrophie fut le résultat de l'augmentation progressive et extraordinaire de la masse du foie, de sa dureté et de son poids, vous voyez certainement que ce dernier viscère ne pouvait pas être suffisamment aidé par une rate de cette espèce pour opérer la sécrétion de la bile, et que Tintestin duodénum ne pouvait pas recevoir assez de suc d'un pancréas comme celui-là pour tempérer ce liquide. Ainsi la nature de la bile étant changée non-seulement par cette cause, mais surtout à raison des lésions du foie, comme le prouvèrent même la couleur de celui-ci et les
J)U VOMISSEMEJNT. ïSS
calculs concrètes dans sa vésicule, et par conséquent le chyle et le sang étant également changés, ainsi que les humeurs provenant de ce dernier liquide, et répandues soit ailleurs, soit dans l'estomac, dans les intestins et dans le pancréas , il n'est nullement difficile de voir l'origine des accidens qui survinrent à cet homme, et principalement de cette variété si remarquable de couleurs qui se fit apercevoir dans les substances rejetées. En effet, il n'est pas étonnant que des couleurs contre na« ture proviennent d'humeurs qui s'éloignent de l'état naturel , ni que la différence de sécrétion , de mélange, de stagnation de toutes ces humeurs ou de chacune, ayant lieu dans des maladies et dans des efforts de cette espèce, donne naissance tantôt à celles-ci, tantôt à celles-là. Il faut plutôt s'étonner si quelquefois des sujets qui n'ont présenté aucun indice de mauvaises sécrétions de cette nature, éprouvent tout à coup des vomissemens de quelque humeur qui serait teinte d'une couleur à laquelle on ne s'attendrait nullement. Telle est l'observation que m'écrivit l'an 1718 le médecin savant que j'ai nommé plus haut (i), Manfredi. Or elle appartient à des vomissemens de courte durée, comme vous allez le voir immédiatement.
16. Un forgeron sort de chez lui le matin avec une douleur d'estomac très-légère. Celle-ci étant devenue ensuite très-grave, il meurt avant le soir,
(ijN.g.
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en commençant à rejeter par la bouche nne humeur parfaitement semblable à de l'encre.
Examen du cadavre. L'estomac contenait jusqu'à deux livres d'une humeur également noire, inodore et grumeleuse; la face interne de l'intestin duodénum presque tout entière, et toute celle de l'estomac étaient teintes de la même couleur. La tunique externe de celui-ci avait aussi dans la face qui regarde le diaphragme une tache trèsnoire, large de quatre doigts ilans tous les sens; et il était étonnant que les tuniques inlermédiaires ne présentassent nulle part aucune Couleur autre que celle du tabac, même dans la partie placée audessous de celte tache, en sorte qu'à cet endroit elles étaient interceptées de part et d'autre entre des couleurs très -noires, sans être noires ellesmêmes.
17. Cette tache était peut-être gangreneuse; mais ce qui fait que je ne crois pas autant que la noirceur interne de l'estomac et de l'intestin duodénum le fut, c'est l'humeur parfaitement semblable à de l'encre, qui fut trouvée dans le premier de ces viscères et rejetée en partie, et qui pouvait produire cette couleur par elle-même. Si vous peusez que celte humeur était de la bile, vous serez un peu nioins étonné de la mort de cet homme lorsque vous vous souviendrez d'un aphorisme (i) d'IIippocrate, qui prédit cette fin à celui
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chez qui une bile noire se manifeste aussitôt dans une maladie récente par en haut ou par en baSj pour me servir de la traduction de Celse (i). Mais d'où provenait cette noirceur si considérable? Etait-ce d'une bile très-noire par elle-mênne qui se serait épanchée dans cet intestin ? En effet vous pouvez voir dans des observations d'auteurs célèbres , Budée (2) et Scliober (3), que la vésicule du fiel, qui était grande, se trouvait remplie de la même matière noirâtre que les malades rejetaient par le vomissement. Est-ce que la bile étant noirâtre auparavant, devint noire à ce point par le mélange de certaines humeurs qui se serait opéré dans cet intestin ? S'y joignit-il aussi quelque chose de noir venant du sang qui se serait écoulé par une érosion des petits vaisseaux survenue lors de cette douleur extrêmement grave? Car gardez-vous de croire que toute cette humeur fût du sang. En effet, d'une part on ne peut point accuser d'une méprise de cette espèce un observateur aussi habile et aussi savant, et d'une autre part la quantité de sang épanché n'aurait pas été en définitive assez considérable pour pouvoir faire mourir aussi promptement un homme comme celui-là. Certes quoique Hoffmann (4) qui a fait aussi la descrip-
(1) De medic., 1. 2, c. 6.
[1) Eph. N. C, cent, i et 2^ obs. ïo5.
(3) Earumd. cent. 3 et 4, in append. n. 12^ c. 1.
(4) Med. rat, , t. 4 > p. 2 , s. i , c. 3 ^ obs. 2.
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tion d'un jeune homme emporté par des vomissemens et des déjections noirs, eût vu dans son estomac des vaisseaux sanguins rompus, cependant il ne rapporta pas la mort à leffusion du sang, attendu qu'elle ne la cause pas aussi promptement même quand elle est plus considérable, mais bien à la putridité de ce liquide qui altéra le cerveau; or cette mort avait eu lieu, non pas comme sur notre sujet, en très-peu d'heures, mais en vingt-quatre heures, et la matière rejetée ou trouvée dans l'estomac était, non pas inodore, mais d'une fétidité insupportable. D'un autre côté la dame deBudée et le marchand de Schober( quoique celui-ci soit mort beaucoup plus promptement que celle-là) ne succombèrent pas aussi vite que ce forgeron dont je parle, et cependant ils avaient rejeté des matières corrompues et fétides en telle quantité, qu'il restait peu de. sang dans les vaisseaux. Mais ce qui avait précédé, ainsi que les gangrènes internes qu'on trouva après leur mort, et d'autres choses, firent voir quelle était la qualité de ce sang pendant leur vie.
Au reste vous pourrez lire ce qui a été écrit par deux médecins très-savans, c'est-à-dire par Schober (i) déjà cité, et beaucoup plus en détail et phis clairement par l'illustre Van*Swieten (2), sur cette espèce de sang qui augmente surtout l'hu-
(1) Append. cit., c, 1, §. 5 et 6.
(?) Comment, in Boerh., aplior. , §. logi et seq passim.
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rneur noire que les anciens appelaient atrabile, ou qui dégénère en cette humeur; et vous croirez que c'est par le nom seulement que Hoffmann diffère d'eux, lorsque vous aurez lu attentivement le cas et la dissection du jeune homme dont il a été parlé, et ceux d'une femme (i) dont il est question bientôt après. En effet il attribue bien chez l'un et chez l'autre les vomissemens et les déjections à du sang, mais à du sang putride et fétide, et il explique la mort plus prompte du jeune homme de la même manière que celle des sujets qui sont affectés d'un sphacèle des parties externes seulement; car les esprits du cerveau et des nerfs étant altérés par un sang de cette espèce, ces su]e\is peirlent tout à coup la vie avec les forces. Or s'il exista jamais une humeur de très-mauvais caractère et pernicieuse, ce fut assurément sur le forgeron , de quelque nom que nous appelions cette humeur, ou plutôt ce mélange d'humeurs qui est comparable à un poison développé intérieurement. Car un suc noir, quel qu'il sôit, ne peut donner lieu à des douleurs d'estomac aussi considérables, ni enlever les sujets d'une manière aussi prompte; ce que vous reconnaîtrez également d'après la section précédente (septième) du Sepulchretum ^ lorsque vous lirez qu'à la suite d'une douleur d'estomac on trouva ce viscère à demi rempli (2) d'un suc noir^ ou con-
(i)C. 3cit.,obs. 3.
(2)Obs. 23.
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tenant dans son fond une matière (i) semblable à de V encre y ou d'autres choses analogues.
i8. Comme j'ai parlé de vomissement de sang et de poison, vous me demanderez peut-être pourquoi je ne décris aucuns exemples d'un véritable vomissement de sang, ni de celui qui est la suite de la plupart des poisons bus ou mangés, attendu surtout qu'on en a tant rapportés de l'un et de l'autre genre dans cette huitième section du Sepulchretum. Mais j'ai indiqué presque à la fin de la dernière Lettre (2), à quel endroit je me propose de parler des effets des poisous. Quant au vomissement de sang , il m'en reste , il est vrai, plusieurs observations outre celle qui a été rapportée dans la même Lettre (3), mais elles trouveront une place plus convenable dans d'autres. Peut-être alors je ne passerai pas sous silence ce qu'il faut penser d'un grand nombre d'histoires de cette section , où l'on fait provenir de la rate le sang rejeté par le vomissement. Car celles dans lesquelles on Iç fait provenir (4) des poumons sont rapportées du moins avec un aveu qui fait comprendre qu'elles n'appartenaient pas à cette section; quoiqu'on regrette que cet aveu ne se trouve pas à l'endroit où il est question d'un vomissement de pus pro-
(i)Obs. 26, 5. I.
(4) Obs. 75^ S- I et 2.
DU VOMI s SEME jy T. if^I
venant d'une grande vomique du poumon (i). C'est le contraire dans un cas où un véritable vomissement ayant existé, comme le prouvaient des déjections semblables qui eurent lieu vers le même temps (c'était un vomissement de sang a^ec de petits morceaux charnus ^ c'est-à-dire polypeux), on le fait provenir, chose incroyable! du cœur à travers les poumons et la trachée-artere (2), par la raison qu'on trouva ce premier viscère Ae/7z/?//^'i//2e matière telle que celle qui avait été rejetée par le vomissement.
D'un autre côté vous n'attendrez pas de moi, je pense, dans cette Lettre, des observations qui, bien qu'il exislât des vomissemens, appartiennent cependant proprement ou à la passion iliaque, ou aux hernies qu'on appelle incarcérées , ou aux blessures de certaines parties et surtout de l'estomac lui-même , ou à d'autres maladies de quelques viscères avec lesquels l'estomac est en rapport. Car vous comprenez très-clairement à quel endroit je dois renvoyer toutes les observations de cette espèce. Vous remarquerez même que la plupart des histoires de ce genre sont rapportées dans cette section de telle sorte qu'on renvoie positivement à d'autres où elles ont été décrites plus en détail* Mais au nombre assez considérable de c^s dernières observations il s'en joint encore d'autres
(i)Obs. 65.
(2) In addit. , ob3. 10.
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qui sont rapportées deux fois dans cette section, ce que vous reconnaîtrez en comparant la vingtneuvième avec le §. 5 de la cinquanteneuvième, la trente-huitième avec le §. i de la quarante-troisième, le §. 9 de la cinquante-septième avec la sixième de celles qu'on lit dans les supplémens; et peut-être y a-t-il encore d'autres répétitions. Regardez cela comme dit aussi des scholies dans lesquelles les mêmes choses sont répétées , comme le prouveront celles qui sont placées après les première et troisième observations, comparativement à celles qui sont ajoutées aux treizième et cinquième, et peut-être à d'autres.
19. En relisant la première observation de cette section que j'ai citée tout à l'heure, et ce qui est relatif aux morceaux polypeux qui furent rejetés , et au vomissement consécutif à des maladies des parties sympathiques de l'estomac, je me suis rappelé certaines choses que vous ne serez peut-être pas fâché de lire si je les ajoute ici. WilHs affirme donc dans cette observation que s'il se /ait une sujfusioii constante de bile dans le voisinage de V estomac ou dans ses parties continues ^ il survient des vomissemens fréquens ^ parce que sa tunique externe est par là considérablement et fréquemment irritée, ce qu'// a observé sur plusieurs sujets qui furent disséqués après leur mort. Pour moi , non-seulement je crois que ce grand homme a vu cela, mais encore j'avoue que telle peut être quelquefois l'acrimonie de la bile, et sa force irritante et
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pénétrante, qne le vomissement en soit peut élre le résultat, principalement sur les hommes doués d'une sensibilité trop exquise, et dans les cas où la teinte de la bile s'étend au loin et pénètre jusqu'à l'intérieur de l'estomac, ce que Plater a surtout observé, comme on le voit dans la section précédente (septième) (i), sur ceux qui pendant leur vie éprouvaient continuellement des ardeurs in^ commodes à Vestomac, Il est pourtant plus d'un motif qui retiennent un peu mon assentiment Car d'abord je doute si les petites parties de la bile qui colorent les organes voisins sortent de la vésicule pendant que l'homme vit encore, ou seulement après sa mort lorsque la force des tuniques s'affaiblit et que les interstices qui se trouvent entre les fibres se relâchent Ensuite nous voyons si souvent, comme je l'ai écrit aussi dans la Lettre précédente (2), que les parties voisines de la vésicule sont jaunes sur les cadavres, qu'il semble qu'on devrait faire dépendre de cette cause des affections non point particulières à quelques sujets, mais communes au plus grand nombre pendant leur vie. Enfin, à moins qu'il ne soit constant, et il ne l'est pas, que lorsque ces hommes illustres remarquèrent cette couleur à ces endroits, il n'y avait rien autre chose sur les sujets à quoi on pût rapporter le sentiment d'ardeur ou le vomisse-
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(1) Obs. 16.
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ment, il est permis de douter si ces effets doivent être attribués à cette cause. Je donnerai un exemple de ce doute raisonnable sur une petite chienne que je disséquai à Bologne dans ma jeunesse. Car il appartient principalement à ceci, et je vois que l'on a rapporté assez souvent dans le Sepulchreturrij soit ailleurs, soit dans celte même section (i), des observations recueillies également sut* des chiens.
20. Une petite chienne jeune était morte subitement après de grands vomissemens.
Examen du cadavre. Je trouvai l'antre du pylore, à l'endroit où il touchait la vésicule biliaire, teint d'une couleur jaune, qui avait pénétré de l'extérieur à l'intérieur, en s'arrêtant toutefois à la tunique interne, de telle sorte que la matière contenue dans l'estomac ressemblait à l'albumine de l'œuf, même par sa couleur. Pendant que je cherche s'il y a quelque autre chose de remarquable, je vois qu'une partie du centre tendineux du diaphragme était jaune aussi , et comme ce centre est très-mince, surtout à cet âge, il avait transmis cette couleur dans la cavité de la poitrine, de manière que quelque petite partie contiguë était également jaune, quoique très- légèrement. Après avoir déjà examiné tous les organes, et les avoir trouvés sains, il me vint à l'esprit de couper les intestins en long. Ils contenaient beau-
(i)Obs. 68.