DU VOMISSEMENT. I
coup de mucosités, et au milieu de ces mucosités il y avait près de Textrémité des intestins grêles, dix lombrics cylindriques presque de la même grosseur, et de la même longueur : or cette longueur était de sept travers de doigts.
2 1. Aimeriez- vous donc mieux rapporter ces irritations qui en donnant lieu à des convulsions produisirent ces grands vomissemens et enfin la mort subite, à cette couleur jaune, quoiqu'elle teignît non seulement l'estomac, mais encore ce centre tendineux, ou bien à tant de lombrics comme ceux-là, soit qu'ils eussent pénétré dans ce viscère, soit quiils fussent restés là où ils étaient? Vous hésiterez du moins, et vous n'affirmerez pas comme certaine la première supposition. Mais vous hésiteriez bien plus relativement à la seconde, si par hasard vous croyiez ce qui a été écrit dans les supplémens de cette section (i) sur une servante d'Altembourg, qui rendait par la bouche, par l'anus, et même, comme elle le disait ellemême, par les parties génitales, des lézards, des crapauds, des grenouilles, qui quelquefois même n'étaient pas morts, et qui vivaient (est-il permis de le cvo'we'}) Jusqu au sixième jour! Il est heureux que les hommes savans qui ont écrit ceci les premiers, ne disent pas qu'ils étaient présens lorsque ces animaux étaient rendus vivans, pour que je ne sois pas forcé de dire malgré moi que des
(i)Obs. 5.
ï/jG TRENTIÈME LKTTRE.
femmes trompeuses leur en avaient imposé sous leurs propres yeux. Je pense qu'il n'y avait rien de vrai relativement aux corps de cette espèce que la femme rendait effectivement, si ce n'est qu'ils se trouvaient avoir par hasard une ressemblance extérieure avec ces animaux, et que leur matière intérieure était formée de concrétions polypeuses teintes de la couleur verte de la bile.
Il arriva par hasard, il y a plusieurs années, qu'une excellente fille, née d'une famille honnête, commença à se plaindre dans les derniers jours du jeûne solennel, d'un sentiment incommode d'anxiété et de pesanteur qu'elle éprouvait à l'estomac, principalement à l'heure de la digestion des alimens. Il s'y joignit ensuite la pâleur de la face et une maigreur manifeste du corps. Enfin, deux mois environ s'étant écoulés depuis le commencement de ces plaintes, elle est prise peu de temps avant midi de trois efforts violens de vomissement accompagnés d'un très-grand affaiblissement des forces et d'une défaillance; au premier elle ne rend rien , au second elle vomit un peu d'humeur très-amère et jaunâtre, et au troisième elle rejette en présence du médecin qui m'a écrit ceci, dans une coupe d'argen t qui était propre, quelque chose que je vous décrirai de la même manière qu'elle m'a été décrite avec soin par lui. C'était une petite plante, ou si vous l'aimez mieux une petite herbe, longue d'un doigt environ, ayant de petites racines, une tige , et trois feuilles à son som-
DUVOMISSEMEJYT. j[^n
mel; l'une de ces feuilles était deutelée, les autres représentaient parfaitement un demi -cercle, et toutes étaient vertes. Quant à la tige, elle était blanche supérieurement, et verte inférieureriient, si ce n'est qu'elle se trouvait parsemée de certaines stries rougeâtres très-petites. Trois ou quatre heures après la petite herbe déjà sèche s'était bien contractée, mais elle avait conservé sa couleur. Ayant été examinée avec soin par plusieurs personnes, et entre autres par quelques habiles botanistes, avant qu'elle ne diminuât à force d'être maniée, et qu'elle ne devînt presque friable, aucun d'eux ne put dire à quel genre elle appartenait. Du reste la fille, après Favoir rejetée, ne ressentit plus aucune douleur d'estomac, et même elle reprenait déjà manifestement des couleurs et de l'embonpoint lorsque peu de jours après on m'écrivit ceci. Au surplus on me demandait ce que je pensais de ce genre inouï de vomissement. Or il n'y avait pas ici de motif pour que je crusse qu'il avait peut-être pu arriver ce dont il est question dans les observations de quelques auteurs, par exemple de Lentilius (i) , qui dit avoir vu des laitues rendues par le voniissement avec des fleurs de capucine^ de bourache y de rose ^ dont la couleur était peu ou point changée^ et qu'une femme d'une grande distinction avait mangées depuis plus
(i) Vid, append. ad a. ï ^ dec. 3^ Eph. N. C. , in parall. ad obs. 92.
j48 trentième lettre.
de quatorze jours. En effet, pour passer le resle sous silence, cette fille avait naturellement de l'aversion pour les herbes et pour les salades. Ainsi de deux choses l'une, ou elle avait rejeté de son estomac une excroissance herbiforme, ou bien un polype herbiforme. Les incommodités antérieures de ce viscère, les efforts violens de vomissement, les stries rougeâtres du corps rejeté, et sa couleur blanche (car tout ce qu'il y avait de vert avait pu être teint par la bile mêlée avec des sucs acides); tout cela, dis-je, semblait confirmer l'une ou l'autre conjecture : mais laquelle fallait-il adopter de préférence? Je jugeai que ceci devait être déterminé par Texistence de certains nouveaux malaises de l'estomac, ou par leur absence, c'est-à-dire par l'état dans lequel les choses se trouvaient alors. C'est donc à cela que se réduisit en somme ce que je répondis aussitôt au consultant ; et depuis lors je n'ai plus entendu parler de cette fille.
22. Ce que j'ajouterai en dernier lieu sur le vomissement relatif aux maladies des parties sympathiques de l'estomac sera peut-être plus utile pour vous. La seule circonstance qui fait que je ne renvoie pas ceci, comme le reste, aux affections de ces parties, c'est que je n'ai à rapporter aucune dissection de cadavre. Un de mes collègues, homme d'une grande noblesse, neveu d'un écrivain célèbre, et digne lui-même de sa réputation, commença à l'âge de soixante ans à être
DU VOMISSEMENT. l49
tourmenté par des vomissemens fréquens et trèsincommodes , quoiqu'ils cessassent quelquefois pendant un jour. Les matières rejetées n'avaient rien de particulier. Il avait auprès de lui, comme il convenait à sa dignité , trois médecins , qui passaient alors pour être fort habiles, et qui l'étaient sans doute; du moins ils étaient vieux. Ceux-ci ne doutant pas que le siège du mal ne fût dans l'estomac, employèrent pour guérir ce viscère pendant assez long-temps des moyens nombreux et variés; mais tout fut inutile, jusqu'à ce que le malade , déjà devenu plus maigre, ennuyé des remèdes, prit de lui-même la résolution d'abandonner tous ces médicamens, et de se retirer à la campagne. Revenu assez peu de temps après dans la ville, voilà qu'il est pris à l'entrée de la nuit, sans cause, d'un grand frisson par tout le corps, et cette même nuit il rend beaucoup de sang avec l'urine. Le sang est bientôt suivi par la même voie d'une grande quantité de pus. C'est pourquoi les urines sanguinolentes et purulentes se succédant alternativement, les forces furent promptement abattues , et il mourut en très-peu de jours. D'après cette terminaison de la maladie, il fut facile de comprendre que la cause du vomissement était non pas dans l'estomac, mais dans les parties qui appartiennent à l'urine, surtout dans les reiils, attendu qu'ils ont coutume d'agir si facilement sur ce viscère par sympathie , et de le provoquer au vomissement. Ou comprit en même temps aussi
IDO TRENTIÈME LETTRK.
ce qu'indiquaient non pas des engourdissemens mais cependant des douleurs dans les jambes dont le malade avait déjà coutume de se plaindre beauco!jp dès le commencement de la maladie, ainsi que des envies extraordinaires de pisser au point qu'il ne pouvait même pas retenir son urine pendant le temps qu'il prenait le bassin principalement la nuit, et enfin une certaine dureté aux environs de la région épicolique droite, comme Glisson (j) l'appelait. Assurément ceci, quoique le malade ne se plaignît pas ordinairement des lombes , pouvait donner quelque indice pour faire conjecturer que la cause du vomissement avait son siège ailleurs que dans l'estomac, et qu'il s'était fait peut-être une accumulation de matière morbifique dans les reins, et spécialement dans celui du côté droit, attendu surtout qu'à ces symptômes se joignirent des tentatives inutiles pour opérer la guérison du premier viscère. On aurait pu ajouter quelque poids à ce soupçon d'après une circonstance dont vous vous informerez toujours dans les maladies obscures, et qui résistent avec opiniâtreté au traitement; je veux parler de quelque affection à laquelle les ancêtres auraient été sujets. Car on aurait appris en faisant cette question que les maladies des reins avaient été fréquentes dans cette famille noble. Au reste croyez que ce que je pensai en moi-même après avoir
(i) Tract, de parlib. continent. ^ c. 2, n. 10.
T>V VOMISSEMENT. l5l
appris la mort de mon collègue, et avoir eu connaissance des indices antérieurs, je l'ai écrit, non pas dans l'intention d'accuser qui que ce soit, surtout après sa mort, ce dont je suis bien éloigné, mais pour vous aider dans vos études. Adieu.
XXXP LETTRE ANATOMiCO-MÉDICALE.
Des Flux du Ventre sans sang et a^^ec du sang.
ï. Ce qui a élé distribué dans le Sepulcliretwn Anatomique en quatre sections, le choiera niorbus j les flux du ventre sans sang^ la dysenterie ^ et les excrétions alvines contre nature ^ j'aime mieux l'embrasser en entier dans cette seule Lettre. Toutefois apprenez les causes de celte détermination de ma part. D'abord le choiera peut être regarde comme une affection commune à V estomac et aux intestins y comme le dit avec raison Corn. Celse(i); car il y a en même temps déjections et vomissemens. Pour moi , ayant traité des lésions de l'estomac, et devant traiter de celles des intestins, j'ai dû et je dois rencontrer cette maladie commune en même lem ps à ces deux parties , en sorte qu'il n'est nullement nécessaire d'en parler ici séparément, attendu surtout qu'elle comporte très-peu de détails; car Bonet lui-même qui a écrit une section (neuvième) sur la même affection, a rempli à peine trois pages, dont la plus grande partie est occupée par des scholies. Ensuite je ne veux rien répéter, comme vous savez. Lui au contraire ayant suivi un plan bien différent a si peu hésité à se
(i) De meclic. , 1. 4, c. ii.
DES iLUX DU VENTRE. 1 53
servir ici également des mêmes observations qui se trouvent ailleurs, qu'il en a rapporté quelqu'une même dans cette section très-courte, et que nonseulement il en a répandu un grand nombre dans la douzième section , ainsi que dans les deux autres, mais encore qu'il l'en a formée tout entière. Ajoutez à cela des parties de scholies qui ont été répétées non-seulement dans des sections différentes, comme ce qui se trouve dans la dixième (i) d'après Graaf l'est dans la douzième (2), mais encore dans une seule et même section , comme dans la dixième où ce qui est placé au-dessoxis de la septième observation tant d'après Willis que d'après Baillou, se trouve encorb soit dans l'appendice (3) qui suit la vingt-huitième observation, soit immédiatement après cette même observation. En outre, pour ne pas m'éloigner de la dixième section , tant de détails sur la transfusion du sang et sur ce qu'on appelle chirurgie infusoire ont été ajoutés à la sixième observation, qu'ils sont plus longs que toute la neuvième section. Enfin, ces déjections sanguinolentes qui ont lieu promptement par une blessure de l'estomac ou du foie, n'appartiennent certainement pas à la dysenterie, qui est le titre de la onzième section. Cependant, je vois que deux observations de cette espèce y
(i) Adobs. 25.
(2) Ad obs. i5.
l54 TRENTE-UNIÈME LETTRE.
ont été rapportées sous le numéro XXVI. Comme je ne puis rien imiter de tout cela, je ne puis non plus avoir une telle quantité de matières qu'il ne me soit possible de les embrasser dans une seule Lettre. Divisant donc les flux du ventre en ceux qui sont sans sang, et en ceux qui sont sanguinolens, je vais rapporter immédiatement sur les premiers deux observations de Valsalva.
2. Un jeune homme qui avait eu le ventre relâché pendant toute sa vie, même lorsqu'il était bien portant , approchait de sa vingtième année lorsqu'il fut pris de tranchées et de déjections fréquentes de sang, c'est-à-dire de dysenterie. Celle-ci se changea douze ou quinze jours après en une diarrhée jaune sans tranchées. Comme cette dernière paraissait avoir été un peu diminuée par le secours des remèdes, une fièvre tierce simple s'y joignit et se termina dans l'espace d'un mois. Les déjections persistant, il fut pris tout à coup d'une fièvre aiguë, qui avait des accès manifestes. Le pouls était fréquent, accéléré, mou, petit, faible. Il s'y joignit de la stupeur, une surdité assez considérable, un gonflement particulier de la partie antérieure gauche de la poitrine. Il mourut dans cet état vers le quatorzième jour à compter du commencement de la maladie aiguë, pendant la durée de laquelle les assistans ne remarquèrent pas de quelle nature étaient les matières des déjections.
Examen du cadavre. Quoique le ventre ne parût
DESFLUXDUVE]VTRE. l55
tuméfié en aucune manière, il contenait cependant beaucoup d'ichor sanieux qui sortait des intestins perforés en plusieurs endroits dans un certain trajet. Ce trajet comprenait la fin de l'iléum, et de plus la partie voisine du colon dans la longueur de deux palmes. A ces endroits, ces intestins étaient corrodés, ulcérés, et affectés aussi de gangrène dans leur face intérieure, en sorte qu'on comprenait qu'ils avaient pu se perforer avec beaucoup de facilité. Près de ce trajet quelques glandes du mésentère s'étaient développées en forme d'une tumeur qui contenait un iclior non différent de celui qui s'était répandu dans la cavité du ventre; mais la substance même de la tumeur était molle et flasque, et semblait approcher de la putréfaction. La rate était trois fois plus grosse que dans l'état naturel. La peau et les muscles de la poitrine, à l'endroit où le gonflement existait, laissaient écouler beaucoup de sérosité pendant qu'on les coupait, surtout près du côté supérieur du sternum ; car il sortait à cet endroit des extrémités du muscle pectoral et du sous-clavier comme de petits ruisseaux de sérosité. Du reste les poumons étaient sains. Dans l'intérieur du péricarde était une sérosité semblable à de l'eau dans laquelle on a récemment lavé de la chair. En touchant le cœur, on le trouvait si mou et si flasque, qu'il semblait être non pas musculeux, mais membraneux. Dans ses ventricules il y avait du sang liquide et tellement écumeux , qu'il ressemblait
l56 TRENTE-UNIEME LETTRE.
à l'eau savonneuse des barbiers après qu'ils l'ont agitée. Mais en outre toutes les veines renfermaient une si grande quantité d'air, que quoiqu'elles ne continssent que peu de sang, elles étaient cependant très-gonflées; ceci était surtout remarquable sur une des grosses branches qui appartiennent à la rate, car cette branche qui semblait ne pouvoir éprouver une plus grande dilatation, conservait à peine quelque vestige de sang. On trouva un peu de sérosité dans l'intérieur du crâne: le cerveau lui-même ne présenta nulle part aucune trace de lésion.
3. Une grande force de putréfaction ^ afin de commencer par les derniers objets pour revenir aux premiers aussitôt après, se manifesta sur ce cadavre par une aussi grande quantité d'air qui s'était dégagé. L'extrême mollesse du cœur s'accordait avec ce pouls petit et fiiible. J'ai remarqué assez souvent d'autres fois que la rate était grosse après des fièvres longues et variées. Mais passant d'autres choses sous silence pour arriver à celles pour lesquelles je vous ai principalement rapporté cette observation ici, vous voyez d'abord combien il en coûta en définitive à ce jeune homme d'avoir eu le ventre constamment relâché , c'est-à-dire que celui-ci ne fut plus modérément humide (car je n'ignore pas l'aphorisme (i) d'Hippocrate), mais qu'il le devint à la fin plus que dans l'état naturel,
DES FLUX J>U VENTRE* I Sy
probablement aussi par un régime peu convenable- C'est pourquoi des humeurs surabondantes et viciées se précipitèrentdans les intestins relâchés, de telle sorte qu'ils ne purent leur résister. D'abord ils avaient été tourmentés par la dysenterie. Celle-ci laissa, à ce qui paraît, des commencemens d'ulcération, auxquels on fit moins d'attention, parce que d'un côté les intestins déjà plus relâchés n'éprouvaient pas des douleurs aussi vives, et que d'un autre côté l'ichor sanieux était déguisé par le flux jaune du ventre qui avait succédé. Or celui-ci avait eu lieu par le transport qui s'était opéré des intestins dans le sang, d'une partie de la matière détériorée qui s'était encore plus viciée dans ces derniers. Quand celte matière fut de retour une seconde fois dans les intestins en même temps que la bile et d'autres sucs, dont les organes sécréteurs et le siège étaient irrités par ce mélange, non-seulement le flux se conserva, mais encore les érosions augmentèrent; en sorte que les intestins devenus enfin très-faibles aux endroits où celles-ci existaient, furent attaqués de gangrène et perforés par un ichor d'une très-mauvaise nature. Mais ce qui prouve que cette matière détériorée s'était portée dans le sang, comme je le disais un peu plus haut, ce ne sont pas tant les fièvres consécutives, que la tumeur du mésentère voisine du trajet ulcéré des intestins. En effet, des ichors dépravés passant continuellement à travers les conduits chylifères de ce trajet aux glandes voi-
l58 TRENTE-UJYIEME LETTRE.
sines, finirent par détériorer la structure intimé de ces dernières, au point que ne pouvant plus les traverser ils s'arrêtaient déjà manifestement dans leur intérieur, et les élevaient en forme de tumeur.
4. Mais de là naissait encore une autre cause qui augmentait le flux du ventre; je veux parler de la stagnation dans le canal intestinal de ces ichors qui passaient auparavant par des voies actuellement fermées. Une cause de cette espèce, lorsqu'elle existe dans un grand nombre de ces voies, non-seulement augmente les flux du ventre, mais encore les produit, surtout celui qu'on appelle céliaque, avec lequel il faut prendre garde de confondre la maladie céliaque qui est décrite par Celse (i). En effet dans celle-ci le ventre ne rend rien y tandis que dans celui-là le chyle lui-même est évacué j car il est mêlé avec les excrémens , de manière que ce qui est rendu est presque d'une couleur cendrée, au lieu d'être blanc, comme le croient ceux qui ne considèrent pas que le chyle ne se sépare des autres parties inutiles des alimens que dans ses petits vaisseaux. D'ailleurs ceux qui ont écrit avoir observé que les matières rendues avaient une couleur blanche, n'ont voulu dire rien autre chose sinon qu'elles étaient blanchâtres en comparaison des excrémens naturels; ou s'ils ont voulu dire qu'elles étaient blanches,
DESFLUXDUVEIVTRE. iSq
c'était du pus, ou un mucus semblable à du pus, ou une autre chose analogue, comme par exemple si quelqu'un étant attaqué d'un flux lientérique plutôt que d'un flux céliaque, rendait le lait qu'il aurait pris sans l'avoir changé. Car les alimens ne sont pas digérés dans le flux lientérique comme ils le sont dans le flux céliaque, soit que les sucs par lesquels ils devraient l'être soient impropres à cet effet, soit que l'estomac après les avoir reçus les chasse par un mouvement Irop précipité, soit que ce viscère les laisse passer par son relâchement ou par la paralysie et la moins grande constriclion du pylore; quoiqu'il n'y eût rien de lientérique sur ce vieillard dont je vous ai décrit ailleurs (i) l'orifice du pylore, qui était par lui-même beaucoup plus ample qu'à l'ordinaire, et qui ne présenta aucun anneau saillant dans la plus grande partie de sa circonférence. Mais il n'y avait non plus rien qui appartînt au flux céliaque; et cependant il existe des hommes très-savans qui croient que le pylore est aussi trop ample dans cette maladie. Quant à moi, je ne trouve nullement l'estomac en défaut dans ce cas; mais j'y trouve quelquefois plutôt le tube intestinal , soit qu'en accélérant son mouvement il chasse les alimens reçus avant qu'il ne puisse s'en séparer assez de chyle, soit que son mouvement étant ralenti et languissant il ne pousse pas plus avant
(i) Epist. 21 , n i5.
i6o trente-unièmï: lettre.
celui qui est séparé, en sorte que ce dernier s'arrêtant dans les radicules de ses petits vaisseaux s'oppose à celui qui doit se séparer ensuite, de la même manière que la lésion des glandes obstruées du mésentère, comme je le disais un peu plus haut, empêche ce liquide d'avancer; pour ne rien dire des cicatrices qui bouchent les orifices des radi* cules, cas dont vous trouverez des exemples dans le Sepulchretum (i), ainsi que de l'obstruction de ces glandes dans les flux céliaques. Quant au flux lientérique, ou à celui qui en approche, vous en verrez des observations dans les Volumes (i) de l'Académie de Vienne, que vous pourrez réunir aux autres, et dans lesquelles ces glandes et d'autres n'étaient pas exemptes d'obstructions, mais où en même temps les parois de l'estomac privé de toute sa force, et d'autres fois celles de ce viscère et de presque tous les intestins, étaient aussi minces que du papier. Mais de ces observations sur lesquelles je suis tombé par hasard, et dont néanmoins il n'aura peut-être pas été toul-à-fait inutile de dire un mot ici, revenons à celles de Valsalva.
5. Un enfant âgé de dix-sept mois était attaqué de diarrhée. A celle-ci se joignit de la fièvre avec de la toux et un certain prurit des gencives et des narines, qui était annoncé par le frottement fré-
(i) Sect. hâc lo, obs. 2 et 4 ^ ac. 5.
(îi) Act. N. C, lom. 1 ^ obs. 65^ et cent. 6 , obs. 94*
DES FLUX BU VENTRE. l6i
qnent qu'il exerçait avec ses doigts sur ces parties. Cependant la diarrhée augmenta , et les déjections qui avaient été jaunes ou vertes auparavant, prirent pour là première fois une teinte sanguinolente 5 et devinrent enfin très-noires vers le septième joui* et furent accompagnées* du hoquet. Au commencement du neuvième jour elles s'arrêtèrent entièrement d'elles-mêmes, ou par l'action d'un remède astringent appliqué sur les pieds par le conseil d'une femme. Mais sept ou huit heures s'étant à peine écoulées, il meurt ce même neuvième jour , après avoir été tourmenté par une anxiété de la région précordiale, et après avoir éprouvé une agitation continuelle de t^ut le corps.
Examen du /cadavre. Les intestins gonflés par de l'air contenaient une matière très-noire, telle que celle qu'ils avaient rendue auparavant. Dans le mésentère il y avait plusieurs petits sacs adipeux, qui, bien qu'il se fût déjà écoulé vingt-quatre heures depuis la mort , présentèrent néanmoins de très-petites parties de graisse qui étaient agitées d'un mouvement tumultueux. Les poumorïs étaient un peu noirâtres au dos, surtout celui du côté droit; cependant ils étaient sains. Il y avait un peu d'eau dans le péricarde ; mais le cœur ne contenait aucune trace de concrétion polypeuse. On trouv^un peu de sérosité dans le cerveau.
6. La diarrhée jointe à la toux et au prurit des narines, pouvait faire naître le soupçon de l'exis-
lence de lombrics chez cet enfant j cependant ton n'en trouva aucun. Mais le prurit des gencives indiquait réellement la dentition. Car telle fut l'opinion de celui qui vit ceci, c'est-à-dire de Valsalva, puisque dans sa petite table il a désigné cette observation par ces mots, Diarrhée avec une dentition difficile et des mouvemens convulsifs. Or on sait avec quelle facilité la dentition excite des convulsions, et je l'ai confirmé ailleurs (i) par deux exemples funestes sur des enfans dont je vous ai écrit l'histoire, en indiquant en même temps à quel endroit je ferais voir comment elle produit aussi des flux du ventre, et de quelle manière ceux-ci arrêtent les convulsions s'ils sont modères. Vous comprenez par là combien il est plus dangereux que les mêmes flux, qui du reste Ttt sont jamaijs sans danger lorsqu'ils cessent complètement tout à coup, s'arrêtent dans ce moment. Que si les matières des déjections sont en outre de très mauvaise nature, non-seulement elles peuvent produire la mort lorsqu'elles se trouvent arrêtées, mais encore elles le peuvent d'une manière très-prompte et très-douloureuse. Or il est suffisamment démontré ici qu'elles étaient d'une nature maligne et funeste, et par leur couleur, et par le hoquet, et par ce mouvement, quel qu'il fut, qui existait dans les parcelles de la graisse, et qui était si extraordinaire qu'après Valsalva je
(i) Episl. g, n. 4; elEpist. lo, n. 9.
1)K s FLUX DU VENTRE. 1 63
ne le croirais que sur la foi d'un petit nombre de personnes.
Mais pour parler uniquement de la- couleur, ne croyez pas que parce que cette teinte très-noire des déjections succéda à la teinte sanguinolente, les matières ne fussent que du sang. Car Valsalva n'étail pas homme à ne pas savoir reconnaître facilement le sang évacué, ou existant encore dans les intestins après la mort, si toutefois.c'eût été du sang. Ainsi, ou bien cette teinte que des femmes regardèrent comme sanguinolente, était quelque portion d'une humeur d'une trèsmau- •yaise nature, qui commençait alors pour la première fois à se manifester, et à colorer ce qui était contenu auparavant dans les intestins, ou bien si elle était réellement sanguinolente, elle provenait de certains petits vaisseaux que quelque partie plus acre d'une humeur très-dépravée avait corrodés. Or cette nouvelle humeur mêlée avec d'autres sucs soit dans la vésicule du fiel, soit dans la cavité des intestins (une expérience de Graaf décrite aussi dans le Sepulchretum (i) indiquera jusqu'à un certain point de quelle espèce purent être ces sucs), donna lieu à cette couleur trèsnoire , et représenta par ses effets pernicieux l'atrabile extrêmement funeste des anciens. Certes vous vous souvenez quellemort cruelle et prompte elle produisit aussi sur le forgeron dont il a été parlé
(i) Adobs. i5^ sect. 12»
dans la Lettre précédente (r). Cependant il arrive quelquefois, mais c'est très-rare et très-difficile, que l'on sauve quelque sujet. Comme j'eus le bonheur de voir une guérison de ce genre sur un autre forgeron l'an 1710, je ne serai pas fâché de vous écrire ici les points principaux de cette observation. #
•7. Maigre, mais jeune et vigoureux, et non moiqs brûlé par son métier que par la température, ce forgeron, sujet à des hémorrhagies nasales, avait été pris, après uue suppression fort longue de cette évacuation, d'une fièvre de mauvais caractère au commencement du printemps. Les principaux habitans de mon pays qui aimaient cet ouvrier parce qu'il était fort ingénieux, me prièrent de vouloir bien m'adjoindre à son vieux médecin, qui ne s'y refusa pas. Le motif de leur demande fut l'urgence du cas. En effet, à tous les autres symptômes il s'était joint ce jour-là un si grand écoulement de sang par le nez, que comme il s'en était écoulé jusqu'à sept livres dans l'espace de cinq heures, et qu'on n'avait pu l'arrêter jusque-là par aucun moyen , le malade perdait déjà les forces, et presque le pouls. Nous nous occupâmes tous deux'en commun d'aller au devant de tous ces accidens. Mais à peine te sang avait-il commencé à s'arrêter que ce que" nous craignions arriva, c'est-à-dire que l'exacerbation de la fièvre,
DES FLUX DU VENTRE. l65
qui eut lieu vers midi comme à Tordinaire , renouvela riiémorrhagie. Pendant que nous y remédions pour la seconde fois , voilà que des déjections noires commencent à se manifester. Comme on serait porté à croire qu'elles étaient composées d'une partie du sang qui aurait coulé par les ouvertures postérieures du nez dans la gorge et dans l'estomac, le malade disait qu'il n'avait point senti du tout de sang descendre de la gorge dans l'œsophage; et cela se trouvait confirmé par les matières qu'il avait vomies par hasard sur ces entrefaites, et dans lesquelles il n'y avait rien de sanguinolent ni de noir. Mais ayant ensuite examiné tous les linges dans lesquels on avait reçu les déjections, comme je voyais que celles-ci avaient une couleur noire, mais nulle part sanguinolente, je me rappelai non-seulement les pronostics connus d'Hippocrate , mais encore ce jeune homme dont il est question dans Baillou (i), et qui dans un cas tout-à-fait semblable au nôtre, mourut le dix-septième jour d'une fièvre, après avoir éprouvé des déjections noirâtres à la suite d'une hémorrhagie nasale excessive. Et notre crainte éîait d'autant plus grande, que comme Baillou soupçonnait néanmoins sur son sujet que le sang s'était écoulé de la gorge dans l'estomac, nous ne pouvions pas avoir ce soupçon sur le nôtre, comme je l'ai dit; et nous le pouvions d'autant moins, que nous
(i) L. i y consil. çj8.
l66 TRE]yTE-UKlÈME LETTRE.
examinions avec plus d'attention toutes les circonstances. En effet, comme les anciens médecins, dont l'opinion est adoptée» par Sennert (i), divisent les déjections noires en celles qui dépendent du sang, en celles qui proviennent d'une huineur mélancolique naturelle, et en celles enfin qui sont produites par l'atrabile, et qu'ils enseignent que les deux premières sont moins dangereuses, mais que les dernières, c'est-à-dire celles qui sont noires ^ brillantes et acres ^ sont les plus fAcheuses de toutes, il était certain que celles qde nous voyions alors étaient très-noires et brillantes , et que le malade se plaignait de leur âcreté. La nuit suivante, les évacuations furent les mêmes, si ce n'est qu'elles étaient un peu moins liquides. Mais ensuite elles ne le furent plus, et le lait qu'on introduisait^au moyen de clystères, fut rendu teint d'abord d'une couleur de tabac, et les jours suivans d'un brun jaunâtre; d'ailleurs rien ne fut évacué qui n'eût une odeur très-forte. Au reste, ([uoique tout cela se fût ainsi passé, néanmoins Je malade guérit avec la bonté de Dieu, et recouvra parfaitement sa première santé, mais non pas avant le vingt-quatrième jour à compter des déjections noires, qui avaient eu lieu le sixième jour de la fièvre environ, et après lesquelles il éprouva des incommodités nombreuses , graves et %ariées. Au nombre de ces incommodités étaient
(i)Meclic. pracL, l. 3 , p. 2, s. 2 , c. lo.
les suivantes : douleurs du ventre, soif, langue rude, noire, et sèche quoiqqe le malade bût souvent, et pendant qu'il buvait, bruit comme s'il jetait la boisson dans un lieu profond , voix rauque et basse, tremblemensdes mains, soubresauts des tendons dans les carpes, changement du pouls, qui était souvent petit ei très-faible à la pression, quelquefois d'une inégalité extrême et à peine explicable, toujours accéléré, mais surtout lorsque la fièvre était plus violente, ce qui avait lieu fréquemment; respiralèon variée, en sorte qu'elle élait tantôi haiîte, et tantôt aussi avec quelque difficulté; d'abord sommeil pénible, et ensuite envie de dormir excessive et presque continuelle, assoupissement avec la chute des paupières, qui néanmoins ne couvraient pas entièrement les yeux; quelquefois les fonctions intellectuelles peu sûres, lenteur à répondre, difficulté à articuler des mots, oubli d'avertir lorsque le ventre ou la vessie devaient se décharger, dureté de l'ouïe, décubitus en supination, comme si la faculté de se tourner sur le côté était perdue dans ce moment, tandis que d'ailleurs la force des muscles et la promptitude à prendre les alimens furent le plus souvent dans tout le cours de cette maladie plus considérables que ne semblaient le comporter la gravité de l'affection et les symptômes que j ai rapportés. Comme plusieurs de ces symptômes et surtout les plus fâcheux de tous se montrèrent ensemble plus d'une fois et non pour peu de temps,
t68 trente-unième lettre.
nous fûmes pendant long-temps plus près de la crainte que de Fespoir, et tons les autres qui voyaient le malade prononçaient que son état était déjà désespéré. Au reste rien ne nous sembla avoir été aussi utile que les urines, qui coulèrent abon-r damment; car les sueurs furent peu copieuses et rares, et elles ne se manifestèrent jamais sur tout ]e corps, tandis que le ventre ne rendit presque jamais des matières abondantes, ni d'une nature à pouvoir être avantageuses, quoique Ton eût remarqué de temps en temps ^ milieu d'elles quelque lombric. •
8. Au reste les déjections noires de cette espèce sont très-fâcheuses, et souvent c'est moins par leur quantité que par leurs effets ; mais elles le sont toujours par l'indication de la cause, c'est-à-dire d'une humeur très-dépravée. Au contraire, d'autres déjections également sans sang, comme celles qui sont jaunes, vertes, aqueuses, ou d'une nature analogue, sont quelquefois funestes, non-seulement par les douleurs mais par leur propre quantité. Néanmoins le plus souvent toutes ces dernières doivent leur origine à quelque irritant qui pique les intestins, de quelque part qu'il y soit venu; car de même que nous voyons une quantité excessive d'humeur élre évacuée par l'action de médicamens très-viohnnment purgatifs ,de même il faut croire que la même chose a lieu par l'irritation de quelque suc formé dans ces organes, ou transporté jusqu'à eux par les artères. En effet, outre le pan-
DES FLUX DU VENTRE. î 69
créas ^ le foie et sa vésicule, il y a des voies petites à la vérité, mais innombrables à raison de la surface extrêmement étendue des intestins, à travers lesquelles quelque chose d'extraordinaire peut se porter du sang dans ceux-ci. Or les mêmes voies innombrables portent une quantité incroyable de sérosité, lorsque les intestins sont irrités pendant long- temps et trop vivement. Car il ne faut pas croire avec le vulgaire que tout ce que l'on rend dliumeur jaune ou verte, soit de la bile, depuis surtout que l'on peut suffisamment comprendre d'après une expérience de Diemerbroeck que vous trouverez (i) aussi dans le Sepulchretum ^ combien il faut peu de bile pour colorer une très-grande quantité d'eau. D ailleurs il n'est pas nécessaire d'attribuer à la quantité de la bile mélangée, les tranchées qui se font sentir alors, attendu que Willis (2) a décrit des diarrhées aqueuses et presque limpides^ auxcjuelles néanmoins il a mieux aimé donner le nom de dysenteries à raison de la complication des tranchées du ventre. En effet, ces dysenteries ayant attaqué à Londres, surtout dans l'automne de Tannée 1670, plusieurs sujets qui la veille étaient bien portans et très-robustes, les réduisirent en douze heures au point qu'ils semblaient être près de mourir, sans que cela dépendît de la très-grande quantité d'humeur rendue; car,
•(1) Tn fin. schol. , ad obs. 3 , J. 1 , s. 9. (2) Pliarmac. ration., s. 3, c. 3.
Î^O TRENTE-TJJVIEME LETTRE.
dit-il, une effusion aussi considérable de sang pur n aurait pas pu produire cet effet» Mais au contraire une quantité énorme de sérosité évacuée produisit aussitôt une défaillance chez une femme dont parle Marcellus Donatus (i), et conduisit presque au tombeau un notaire dont Potier (2) fait mention ; car ni l'un ni l'autre auteur ne parlent en aucune manière de douleurs, mais le premier dit c^uune si grande quantité d'eau claire UK^ait été rendue dans une seule évacuation quelle remplit le vase qui était d'une grande capacité, et le second , que plus de quarante livres de matière séreuse avaient été rendues dans un jour entier.
Toutefois je ne nierai pas que sur ces derniers sujets il ne se joignît quelque irritant à la surabondance de la sérosité dans le sang, et peut-être à quelque relâchement des intestins. Je dis seulement que les douleurs ne paraissent pas avoir été assez fortes pour mériter d'être mentionnées, et qu'après une si grande quantité de sérosité évacuée en aussi peu de temps , il ne faut rien de plus pour concevoir ce qui arriva à l'un et à l'autre. En effet les vaisseaux sanguins ne peuvent pas se contracter assez vite pour toucher étroitement le sang diminué à ce point, autant qu'il est nécessaire pour que ce liquide éprouve un mouvement convenable, par la raison surtout qu'il est privé en
(1) De med. hist. m., 1. 4^ c« 20.
(2) Obs. cent. 2, c. 62.
DES ELU X DU VENTRE. l'y!
graiule partie de son humeur naturelle, et que par là il leur oppose plus de résistance; pour ne pas dire que cette même humeur est d'une nécessité indispensable pour que les liquides sans lesquels la vie ne saurait se maintenir, se sépareïit du sang d'une ilianière prompte et convenable. Je ne chercherai pas d'ailleurs si lorsqu'il s'agit d'une déplétion considérable et prompte des vaisseaux, il est plus fâcheux que la sérosité se soit écoulée seule, ou bien que le sang lui même soit sorti avec elle; car quoique la sérosité puisse se réparer plus promptement et plus facilement, cependant le sang qui reste dans les vaisseaux avec la portion nécessaire de sérosité, n'est point impropre aux sécrétions et ne résiste pas plus qu'auparavant aux causes qui le mettent en mouvement. 9. Plût à Dieu que j'eusse pu disserter sur ce que je dis sans l'avoir jamais éprouvé en quelque partie! Mais l'an lySS ayant cédé, comme je le devais, à une lettre du grand cardinal Annibal Albanr, pendant que je vais et reviens de Forli k Pesaro et de Pesaro à Forli pour une consultation inédicale, en changeant de chevaux pour aller plus vite, je suis pris d'un flux de ventre aqueux si considérable, que je rendis en douze heures au moins seize livres d'une eau presque limpide. Les douleurs étaient légères, les évacuations abondantes sans être très-fréquentes, et je ne sais quel terme elles auraient eu, si une petite nausée incommode ne m'eût averti d'essayer le secours du vomisse-
l'JI TRENTE-UNIEME LETTRE.
ment en buvant un bouillon tiède. Ce moyen, quoique je n'y sois nullement porté par ma nature, eut un résultat si prompt et si heureux, qu'après avoir rejeté un petit corps verdâtre qui ressemblait à une petite feuille d'herbe cuite, les nausées et le flux du ventre cesffcèrent en même temps complètement. Mais était-ce. une véritable feuille, et si elle l'était, quand et où l'avais -je mangée? C'est ce queje ne pouvais savoir, à moins que par hasard je n'eusse avalé en route sans m'en apercevoir, ce corps, quel qu'il fût, en prenant dans une auberge quelque chose à la hâte, comme c'est l'ordinaire, pendant qu'on changeait de chevaux. Mais je compris davantage quel danger j'avais couru, lorsque le lendemain je vis que mon corps, et surtout mon visage et mes mains s'étaient affais- ,.sés comme après une maladie longue et très-grave, et que j'éprouvai une si grande sécheresse dans la bouche et dans la gorge, que quoique je les lavasse de temps en temps, je n'obtenais aucun soulagement, tandis que je voyais que l'eau dont je m'étais servi pour cela et que je rejetais dans un bassin, était devenue noirâtre dans ma bouche même. Au reste ces symptômes et la lassitude durèrent pendant deux ou trois jours, de telle sorte .qu'ils diminuèrent insensiblement. ïoulefois le dégoût pour toutes sortes d'alimens, et, ce qui vous étonnera davantage dans une si grande sécheresse, Taversion pour les boissons elles-mêmes, persistèrent un peu plus long-temps, jusqu'à ce
DES FLUX DU VENTRE. In3
que du poisson grillé et une certaine espèce de vin un peu amer de sa nature , eurent commencé à être désirés par mon estomac et à être bien supportés.
J'ai voulu poursuivre tous ces petits détails, et vous les écrire , parce que ce ne sont pas des choses que j'aie apprises d'un autre, ou que j'aie remarquées sur un autre , mais que j'ai éprouvées moimême, et parce que si vous recueillez toutes les circonstances avec soin, vous ne les rencontrerez pas dans les auteurs qui ont écrit sur la diarrhée, sans même excepter Charles Piso qui passe pour avoir donné ( i ) une description parfaite de cette diar^ rliée (aqueuse). En effet, quand même vous lirez tout le chapitre que l'on cite de lui, et qui est intitulé (a) de la Diarrhée séreuse ^ vous n'y trouverez pas de cas que vous puissiez comparer au mien.
lo. .Si par hasard vous cherchez les causes de mon accident, vous voyez que la principale existait dans l'estomac; et ne doutez pas que le mouvement et l'irritation, d'où provient l'expression de la sérosité, ne puissent se propager jusqu'aux intestins par un irritant qui affecte l'estomac. Jetez Ifîs veux avant tout sur une observation de J. Riolan(je parle du père), que vous trouverez aussi
(i) Vid^ Commerc. liu. , a. 1734, hebd. 42^ post. n. m. (2)Obs. de praelerris. hacten. morbis ab aqua ortis, sect. 4> cap. ï.
1^4 TREKTE- UNIÈME LETTRE.
dans cetle section du Sepulchretiun (i) ; vous y verrez qu'une dame mourut dans l'espace de quatorze heures environ à la suite de déjections semblables à de Veau blanche , cliyleuse à la vérité , mais liquide^ et tellement abondante, qu'elle remjAissait un grand bassin toutes les fois quelle éva-cuait ; or on trouva pour cause de cet^te diarrhée une ulcération de Vestoînac dans son fond. Mais d'où provenait une si grande quantité d'eau? Pour ce qui me regarde, je dirai d'abord que pendant l'été précédent j'avais fait usage d'une plus grande quantité d'eau qu'à l'ordinaire pour tempérer ces vins généreux qui ne se trouvent dans mon pays qu'à cette saison; or quelque portion de cette eau pouvait s'être arrêtée dans mes humeurs d'une manière peut-être un peu plus abondante qu'il ne l'aurait fallu , quoique je parusse bien portant aux autres et à moi-même, lorsque je fus pris de ce flux. Je rappellerai ensuite que de grandes pluies presque continuelles avaient eu lieu pendant les trois jours qui avaient précédé de deux fois vingtquatre heures celui de l'invasion, et qu'il plut aussi beaucoup le jour même où le flux commença; en sor-te que je pus absorber beaucoup d'eau an milieu d'un air pluvieux, par les pou*mons et par tout le corps. J'ajouterai enfin que cela m'arriva au commencement d'octobre; or >■ ' ■ ■ ... ■ . . I ■ ■ Il I
(i) Sect. lo, obs. i8.
VOUS avez vu que les flux aqueux décrits (i) par Willis , et vous pourrez voir que celui que j'ai dit {'i) l'avoir été par Potier, eurent lieu dans l'automne, et que celui dont la description a été faite par Marcellus Donatus (3) régna aussi presque dans la même saison de l'année, ainsi que les trois premiers qui sont indiqués par Piso (4). C'est que quand l'air commence à se refroidir, cette humeur aqueuse qui sortait abondamment des corps pendant les chaleurs de Tété soit par les sueurs soit par la perspiration invisible, est déjà reténue et s'aj.oute à celle qui existe alors en plus grande quantité chez certains sujets pour certaines causes, de manière qu'il n'estnullement étonnant que lorsqu'une irritation des intestins s'y joint, comme elle s'y joignit sur moi avec une grande agitation du corps et des humeurs résultante de la grande célérité que j'avais mise dans un voyage assez long en allant et en revenant; il n'est, disje, nullement étonnant qu'il arrive quelquefois ce qui m'arriva alors.
II. Que si non content des causes nombreuses dont j'ai dit un mot, vous pensez qu'il faille encore en chercher quelque autre, cela vaudra mieux que de s'arrêter à l'une d'elles , c'est à-dire à la sai-
(i) Suprà^n. 8.
{2)Jbid.
(3)Ibid.
(4) C. I ^ ihid. cit., n. g.
JjG TRÉlVTE-UiyiÈME LETTRE.
son de l'automne. En effet, le même temps, là même année, la même cité de Londres, virent régner sur le peuple des fldx du ventre qui furent, il est vrai, sans sang et accompagnés de tranchées, mais en même temps si différens les uns des autres, que î^i vous comparez entre elles les descriptions de Willis (i) et de Sydenham (2), vous serez trèsétonné que tous deux en parlant des flux qui sévirent sur le peuple de I^ondres dans l'automne de l'année 1670, décrivent, Tun des flux aqueux ^ l'autre des flux muqueux ^ et que le premier ne fasse pas mention du moins de quelques flux mu-' queux, ni le second de quelques flux aqueux. Que conclure de là? Pour mo»i, je croirais qu'il arriva à tous deux , dans une ville extrêmement vaste et populeuse, de ne voir presque aucuns flux autres que ceux que chacun d'eux a décrits; mais que la différence provenait de ce que, de même que la constitution et le mélange de l'air peuvent varier dans les différens quartiers d'une grande ville , ainsi que les professions des habitans et d'autres circonstances analogues , de même les corps des individus avaient une surabondance de sérosité, les uns plus liquide, les antres plus visqueuse et plus muqueuse; en sorte que quoiquiil existât une irritation commune à tous dans les intestins, ce-
(1) P^id, c. cit. supra ^ ad *i. 8.
(2) Obs. med. circa morb. acut.^ sect. 4, c 3,
pendant les humeurs exprimées n'étaient pas les mêmes sur tous.
Que si le mucus ou la sérosité évacués présentent aussi par intervalles quelque couleur, soit que celte couleur dépende de la bile, soit que les humeurs se trouvent dans cet état par ellesmêmes, il y a depuis long- temps beaucoup de médecins qui, à l'exemple de ces Anglais, ne balancent nullement, pourvu que les déjections soient fréquentes et non sans de vives tranchées ^ à appeler dysenteries ces sortes de flux, quoique sans sang. Ainsi je me souviens qu'étant autrefois à Bologne, des flux épidémiques de cette espèce qui régnaient à Modène, furent qualifiés du nom de dysenteries par les médecins de cette ville dans les lettres qu'ils écrivaient à ceux de Bologne, qui ne désapprouvaient point cette dénomination. Telles étaient surtout les lettres que je lisais chez Albertini à qui elles avaient été adressées par Franc. Bernardoni que je vous ai cité ailleurs (i); elles contenaient entre autres choses une histoire que je ne dois nullement passer ici sous silence, parce que la dissection y est jointe. En effet, comme les mêmes tranchées que celles qui existent chez les dysentériques faisaient soupçonner que du sang était caché sous d'autres couleurs, Bernardoni voulut détruire ou confirmer ce soupçon par Tanatomie. Or il observa ce qui suit, comme il me le
(i) Epist. 23^ 11. 2.
1^8 TRENTE-UNIÈMK LETTRE.
certifia aussi dans la suite lorsqu'il se trouva avec moi.
la. Un prêtre attaqué d'un flux de ventre, rendait avec des douleurs très-vives des intestins, différentes humeurs, dans lesquelles toutefois on ne voyait rien de sanguinolent ni de purulent. Il mourut le treizième jour de sa maladie.
Examen du cadavre. Tous les intestins examinés à Fintérieur avec soin et à plus d'une reprise, ne présentèrent nulle part aucune érosion, ni à plus forte raison aucune ulcération. Et, ce qui parut plus étonnant encore, ils ne manquaient même pas de cette humeur dont ils sont enduits , et qu'on appelle mucus.
i3. Mais en est-il ainsi dans les dysenteries sanguinolentes? Car je les appellerai ici sanguinolentes pour les distinguer de celles qui sont sans sang et dont il vient d'être parlé immédiatement, devant donner ailleurs et même bientôt le nom de dysenteries sans addition de l'autre mot, comme les médecins grecs avaient coutume de le faire, à celles qui sont avec du sang, et que les anciens médecins latins appelaient ordinairement tranchées. C'est surtout d'après Celse(i) que Ton connaît l'une et l'autre dénomination. Or cet auteur ne doute pas que dans la dysenterie les intestins ne s'ulcèrent en dedans ^ que quelquefois il rien sorte du sang avec des espèces de mucosités y et que
(i) De medic. ^ 1. 4 ^ c. 1 5 in princ.
DES FLUX DU VENTRE. l^(^
par intervalles il ne descende en même temps quelques parties charnues ; et en cela il a adopté l'opinion des médecins plus anciens que lui, et entre antres d'IIippocrate (i), qui toutefois avait appelé ces parties des espèces de caroncules. Les intestins s'ulcèrent souvent en effet; mais non pas toujours. Il faut démontrer l'une et l'autre de ces assertions. Car d'abord il existe quelques médecins (comme ceux que le célèbre Fantoni (ti) avait également entendus) qui disent que l'ulcération a lieu à peine quelquefois. Mais de même que celui-ci leur opposa lui-même ses propres observations, de même vous leur en opposerez d'autres extraites soit de cette neuvième section du Sepulchretum ^ soit d'ailleurs, et spécialement d'un mémoire (3) de Brunner. En effet, ce dernier vit sur une dysentérique les orifices des glandes de l'intestin duodénum corrodés; il observa (4) même sur d'autres sujets atteints d'un flux de ventre de longue durée des ulcères comme cancéreux dans les intestins, tandis que deux autres individus ayant été maltraités, l'un (5) par un flux céliaque et l'autre (6) par une lienterie, il remarqua sur celui-ci une disposition ulcéreuse de l'intestin colon, et il compta sur ce-
(i) Sect. 4, aphor. 26.
(2) De observ. med. et anat. , epist 4.
(3; In paner, secund. ;, c. 7.
(4)C,io.
(6) Exercit. de gland, in duodeno, §. 6.
t8o TRENTE-UNIKME LtTTRE,
lui-là dans tout le trajet des intestins plus de soixante petits ulcères.
J'ai voulu rappeler cela ici pour que vous sachiez quelles sont les causes qui font quelquefois que les intestins étant irrités là où sont des ulcères par le contact des substances qui passent à travers ces endroits , celles-ci sont poussées avec d'autant plus de vitesse sans que le chyle soit achevé ni séparé, et pour que vous compreniez en même temps que puisque les intestins sont parfois attaqués d'ulcères dans les flux de cette espèce, ils peuvent l'être avec une bien plus grande facilité lorsque la violence des douleurs indique qu'il existe une acrimonie proportionnellement plus considérable, c'est-à-dire dans la dysenterie. Mais pour ne pas paraître m'éloigner de celle-ci, considérez deux observations de Valsalva; je parle d'abord de celle qui a été décrite plus haut (i) sur un jeune homme chez lequel une diarrhée sans tranchées ayant succédé à une dysenterie, il trouva l'extrémité de l'intestin iléum et le commencement du colon ulcérés, et ensuite de celle que je vais rapporter immédiatement.
14. Un homme âgé de trente ans est pris d'une dysenterie. Elle dure long-temps, jusqu'à ce qu'il s'y joint un crachement de sang, et que la mort survient.
Examen du cadavre. Dans le ventre, on trouva I - — . . ■ — - —
DES FLUX DU VENTRE. l8l
bien les intestins grêles sains, mais les gros intestins étaient teints en quelques endroits d'une couleur noire, et quelques-unes de leurs glandes ^e trouvaient entièrement corrodées, tandis que toutes les autres étaient remplies d'une humeur sanguinolente dans leur orifice excréteur luimême. La vésicule du foie contenait peu de bile. Dans la cavité de la poitrine, vers la partie inférieure , il y avait une assez grande quantité de sang épanché. A la partie inférieure aussi les poumons étaient engoués , et adhéraient fortement par leurs côtés à la plèvre , qui était elle-même évidemment lésée. Le ventricule droit du cœur renfermait une concrétion polypeuse,
i5. Ce qui fut observé dans la poitrine appartient à un autre objet; mais ce qu'on trouva dans le ventre est relatif à celui-ci. Toutefois comme ce que Valsalva a noté sur les glandes des intestins s'accorde non-seulement avec ce que vous verrez rapporté d'après Peyer dans cette section du 5epulchretum (i), mais encore avec ce que vous avez vu dans la première des observations de Brunner citées un peu plus haut (2), ce qu'il a dit de la petite quantité de bile contenue dans la vésicule serait le seul point sur lequel il serait en opposition avec Spigel, si celui-ci eût prononcé, comme le prétendent quelques savans, que la vésicule est
(1) Schol. adpbs. 4.
l82 TRENTt-Ulyif ME LETTRE.
grande chez les dysentériques ^ tandis qti'il a rapporté (i) seulement l'avoir vue souvent dans cet état. En parcourant toute cette section, nous verrons que ceci a été observé une seule fois par d'autres. En effet, Cummenus (2) est le seul qui ait vu sur une femme le follicule du fiel très-gros et ex-trêmement rempli de bile. Car Bontius (3) et Lamoiijer(4) trouvèrent bien la vésicule distendue, mais elle Tétait dans le premier cas par du pus, et dans le second par une humeur blanche comme de la bouillie d'amidon^ en sorte qu'^7 ne restait même aucun vestige de bile^ tandis que Spigel a dit que c'était la quantité de bil^ dont elle était remplie qui la rendait aussi grosse. D'ailleurs nonseulement Franc. Plater (5j ne la trouva pas distendue par de la bile, ce qui ne paraît pas non plus avoir été observé par d'autres qui gardent le silence à cet égard, mais encore il la vit entièrement vide. Cependant le malade de Plater avait les intestins ulcérés après une dysenterie de queU. ques jours; ce que je fais observer de crainte que vous ne croyiez peut-être que cette lésion n'a lieu que dans une dysenterie de longue durée. Au reste les petits ulcères étaient innombrables, puisqu'ils
(i) De hum. corp. fabr. , 1. 8, c. i3<
(2)Obs. 1.
(3) Obs. 6.
(/♦) Obs. 19.
(5) In addil., obs. 3.
DES FLUX DU VENTRE. î83
existaient dans toute l'étendue de l'intestin iléutii ; et ils étaient séparés les uns des autres par un intervalle de trois doigts de large, en sorte que Ce cas pourrait jusqu'à un certain point être comparé avec une observation du célèbre Bassins (i) qui vit après une dysenterie le même intestin parsemé d'ulcères , qui étaient disposés presque dans un seul trajet, c est-à-dire formant une suite y à la distance de près d'un travers de doigt et quelquefois d'un pouce ^ comme il l'a fait voir (2) aussi dans un dessin (si ce n'est qu'il semble y avoir représenté plu* tôt le jéjunum que l'iléum) qui confirme la description; or dans cette description l'opinion de Peyer que j'ai indiquée un peu plus haut, se trouve appuyée par une conjecture vraisemblable, savoir que comme les plexus glanduleux de l'intestin désigné manquaient, et que chaque ulcère semblait occuper chacune de leurs places, il était croyable qu'il s'était formé des commencemens d'érosion dans ces mêmes plexus, lesquels à la fin avaient été entièrement détruits.
En outre ,.Brunner a affirmé dans cette observation (3) où il compta plus de soixante petits ulcères, que ceux-ci n avaient pas leur siège ailleurs que dans les plexus mêmes. Et en effet, dans les flux du ventre c'est principalement par ces glandes
^immém
(1) Obs. anat. chir. med.^ dec. 3^ obs. 7. (2)Tab.XI,fig. 1.
(3) Supràj ad n. i3.
i84 tre]\te-unii:me lkitre.
ou par d'autres que les humeurs s'écoulent dans les intestins, ce qui est prouvé aussi par Taugmentation de leur volume, qui a lieu comme dans toutes les autres glandes lorsque leur sécrétion est plus considérable. Aussi le même Brunner (i) qui trouva sur un homme après un flux de ventre de longue durée des ulcères vers l'extrémité de l'intestin jéjunum, vit non-seulement à ce même endroit des tumeurs glanduleuses ^ mais encore la tiniique interne des intestins épaissie et paraissant tolaleinent glanduleuse et remplie de glaiides depuis le commencement jusqu à la fin. De plus en parlant des glandes (2) du duodénum qu'il a découvertes, il dit : Elles sont ordinairement plus épaisses sur ceux qui meurent d'une maladie des intestins , d'une diarrhée ou d'une dysenterie^ et il rapporte (3) qu'elles étaient aussi endurcies sur cette dysentérique chez laquelle j'ai dit qu'il avait vu leurs orifices corrodés.
16. Du reste cette dernière observation de Brunner, et les deux que j'ai rapportées un peu plus haut (4) d'après Plater et Bassins, ainsi qu'une partie de celle qui a été décrite d'après Valsalva au commencement de cette Lettre (5), prouvent
(1) C. 7 ihid. cit.
(2) In ear. démons Ira tione anatomica.
(3) Ihid.
DES FLUX DU VEIYTRE. l85
suffisamment, même seules, que ce que vous trouverez dans celte section du Sepulchretum (i) a été écrit avec trop de précipitation par Panaroli, savoir ^\i il ne peut point se former des excoriations et des érosions dans les premiers intestins des dysentériques, comme cela a lieu dans les gros intestins j et principalement dans le colon. Je vois bien que c'est cette disposition que l'on a trouvée dans la plupart des observations, au nombre desquelles se trouvent aussi les deux du célèbre Fantoni (2), et je croirais facilement Panaroli quand il dit que tel fut également le résultât de la dissection d'un tJ^ès grand nombre de sujets qu'il indique; je me rendrais encore à la raison qu'il émet, qu'une humeur corrosive s'écoule très-facilement dans les intestins grêles, tandis qu'elle s'arrête dans le colon à cause de ses cellules; j'ajouterais même que cette humeur est souvent tempérée dans les intestins grêles par le mélange d'une portion de chyle et plus souvent par celui de remèdes aqueux et mucilagineux, tandis qu'elle descend dans les gros intestins après que ces liquides s'en sont séparés en très-grande partie pour entrer dans les vaisseaux chylifères : je vois, dis-je, tout cela, et je l'admets; cependant, pour omettre d'autres raisons par lesquelles je démontrerais que le contraire peut arriver quelquefois, il ne peut point
(i)Obs. i5.
(2) Suprà^ n. i3.
l86 TRENTE-UNIEME LETTRE.
exister je ne dis pas de raisonnemens assez forts, mais même des observations assez nombreuses pour prouver que ce qui a été réellement observé quelquefois, ne puisse avoir lieu.
17. Mais soit que les ulcères se trouvent dans les petits intestins ou dans les gros, on voit suffisamment d'après toutes ces observations que ces organes étaient ulcérés chez les dysentériques sur lesquels elles furent recueillies. Toutefois il convient d'examiner avec plus de soin s'il faut croire qu'ils le soient aussi sur les dysentériques dont on ne peut point faire la dissection, par la raison qu'ils auraient rendu avec du sang des parties comme muqueuses, d'après l'expression de Celse(i), et quelquefois charnues. Autrefois on ne doutait pas que dès le commencement même de cette maladie on ne rendît certains corps gras, que l'on pensait être la graisse intérieure des intestins. Cette erreur a été réfutée par ceux qui ont démontré que la graisse existe non à la face interne mais à la face externe de ces organes; et parmi ces auteurs se trouve Gasp. Hoffmann (2), qui fit voir aussi que l'on regardait mal à propos comme de la graisse un corps blanchâtre qui avait été rendu par le ventre et qu'on lui apporta dans un état d'exsiccation, parce qu'il ne prenait nullenpeqt feu quand on l'approchait d'une flamme, et
(1) Suprà ibid.
(2) Apolog. pro Gal.^ 1. 2, s. 4, c. 122.
DES JFLUX DU VEICTRE, 187
qu'il rendait une fumée tout-à-fait inodore. Mais aujourd'hui il ne ^lanque pas d'hommes savans qui enseignent que les corps rendus par la même voie, et que Tulpius (i) et Stalpart (2) trouvèrent réellement adipeux en faisant une expérience analogue, provenaient sans aucun doute de la graisse^ qui se trouve dans la tunique celhileuse extérieure des intestins. Quant à moi, lorsqu'il n'existera, comme dans ces cas, aucun soupçon soit d'une colliquation tabifique, soit d'une ulcération profonde des intestins, j'aurai moins de répugnance à rapporter avec Stalpart, et avec Rivière cité par lui (3), les déjections grasses de cette espèce, à des corps gras avalés en trop grande quantité et non digérés, tandis que je les ferai provenir de cette tunique celluleuse lorsque je reconnaîtrai qu'il existe des ulcères qui ouvrent à la graisse une entrée dans la cavité des intestins, pourvu toutefois que cette graisse ne sorte pas alors sous forme de pus ou d'ichor.
Au reste comme les intestins s'ulcèrent dans la dysenterie beaucoup plus rarement et plus tardivement que cette matière blanche que l'on prenait pour de la graisse ne se manifeste, quelle nature ou quelle origine faudra-t-il donc lui attribuer? Il faut dire que c'est une matière muqueuse, comme
' Il II II I I •^'mmmmmmmimmmmmmmmmimmmmmmmmmmmmmmmmmmm^ÊmammmmmimmiammmÊmmmtmi'm
(i) Obs. med., 1. 3, c. 18.
(2) Cent. 1 , obs. 61.
(3j In schol. ibid.
l88 TRENTE-UiVlÈME LETTRE.
Celse Ta appelée aussi d'après ce qui a été dit un peu plus haut, et comme les modernes la noni- Tïient quand elle est moins épaisse, lui donnant le nom de polypeuse quand elle l'est davantage. Je m'explique : les glandes des intestins, de même que celles de la vessie, sécrètent quand elles sont irritées, une plus grande quantité d'humeur, laquelle est en outre différente de celle quelles sécrètent lorsqu'elles ne sont point affectées. C'est pourquoi il se manifeste dans les deux cas une matière muqueuse et blanchâtre. Que si de plus ]a disposition du sang est telle, qu'il se forme facilement en polypes, cette humeur sera plus por* tée à se concréter, et elle le sera plus encore là où un sang de cette espèce transsudant ou s'épanchant dans la cavité des intestins, se sera réuni à elle. En effet, de cette manière tant qu'une portion de sang restera dans les cellules de l'intestin colon, la partie aqueuse se séparant et la partie rouge s'affaissant, les parties qui resteront et qu'on appelle fibres blanches du sang, pourront facilement se former en concrétions polypeuses, lesquelles en ayant imposé tant de fois par leur blancheur pour de la graisse dans le cœur ou dans les vaisseaux, pourront également passer ici pour elle lorsqu'elles auront été rendues bientôt après leur formation avec les excrémens.
i8. C'est donc de l'une ou l'autre de ces manières; ou dç toutes les deux^ ou même de quel-
DES FLUX DU Vhl^TRE* î 89
qu'une de celles queLancisi (i) a indiquées, qu'où pourra comprendre d'après la différence de la constitution des malades^ de la nature de la maladie, du temps, et enfin du lieu, ainsi que de la lïfanière dont les matières visqueuses sont retenues et disposées, non-seulement l'origine de ces corps qui semblaient être de la graisse, mais encore celle des lambeaux et même des grands lambeaux de membranes que l'on a dit avoir été rendus; l'on concevra aussi très -facilement celle de quelques-uns de ces autres corps que Celse a appelés charnus , et qui se forment lorsque toute la partie rouge du sang n'est pas exprimée de ses fibres blanches quand elles se réunissent. Par là vous pouvez également comprendre avec quelle prudence il faut faire usage de ce pronostic d'Hippocrate (2) : Si celui qui est tourmenté par la dysenterie rend des espèces de caroncules y le cas est mortel; et certes ceci n'a point échappé au savant Pasta (3), qui a fait un très-beau traité sur les polypes.
Du reste ce que nous appelons aujourd'hui matière muqueuse ou polypeuse, les anciens avaient coutume de la nommer presque toujours pituiteuse et visqueuse, et même quelques-uns parmi eux ont reconnu ce que j'explique ici. Ainsi je re-
(i) Dissert, de tripl. intest, polypo.
(2)8.4, apli. 26.
(3) In not. ad hune aph.
igO TREJVTE-UJVIÈME LETTRE.
marque, pour ne pas aller chercher des auteurs très-anciens, que 3ac. Bérenger(i)a écrit :J'aivUf moi aussi y se former dans mes intestins des peaux de pituite, et une chair pituiteuse un peu rouge de la grosseur d'une noix remarquable. Fernel (2) crut que telle était aussi la matière de ce corps ferme et percé d'un conduit dans son milieu , et long d'un pied, qui fut rendu par l'ambassadeur de l'Empereur Charles-Quint, lequel recouvra ainsi sa première santé. Je rie dis rien de Gabucinus et de Plater, dont l'opinion a été citée par Sennert (3) , et n'était pas inconnue de Lancisi puisqu'il a avoué (4) spontanément que ces deux auteurs avaient enseigné avant lui que certains ténias des intestins n'étaient pas des vers. Mais je loue encore plus Sennert (5) lui-même de ce qu'il pensa que les membranes rendues par les dysentériques qui guérissent, sont un excrément muqueux qui prend cette forme dans les intestins ^ et qu'il n'est pas toujours nécessaire que cet excrément soit rendu avec sa forme, ou avec celle du sang mêlé avec lui, mais qu'il peut en prendre ime autre; car nous voyons chaque jour, dit-il, les^fibres du sang jetées dans Veau chaude devenir
(i) Super anat. Mundin. comm. 7.
(2)PathoL,I. 6, c. 9.
(3) Medic. pract. , 1. 3 , p. 2 , s. 2 , c. 7 ^ qu. 3.
(4) Dissert. cit. Epist 2, ad Bianciard. (5} Qu, cit.
DES FLUX DU VENTRli\ IQt
blanches, Vobs voyez combien ce que Zollicoffer (i) exprima enfin plus positivement l'an i685 se rapproche de cela, lorsqu'en parlant de ces polypes qu'on rencontre hors des réservoirs du sang, et entre autres de celui qui fut trouvé à cette époque par Sponius dans le bassinet du rein, il dit : Cest à cela peut-être quon pourrait aussi rapporter cette concrétion pituiseuse que Justus de Leipsick rendit par le ventre^ s'itnaginant que c étaient les intestins parce quils en avaient la forine. Enfin Lancisi a très-bien éclairci ce point de plusieurs manières, et il 1'^ confirmé très-positivement, et non sous forme de doute.
19. On voit donc que dans la dysenterie on peut rendre des corps gras en apparence, charnus et membraneux, sans qu'aucun ulcère affecte les intestins; quoique Sennert (2) nie que Craton et lui aient pu voir des lambeaux et des membranes tels que d'autres les décrivent, lors même qu'il existait des ulcères. En effet, il en avait certainement existé sur ceux dont les guérisons rapportées par Meichsner (3) et Saxonia lui paraissaient peu croyables ; car le malade du premier avait souvent évacué avec du pus des membranes de la longueur d'un empan ^ et celle du second en avait
( 1 ) Diss. de polypo cord. , ^. 6.
(2) Qu. cit.
(3) Apud Schenck., obs. med,, 1. 3, ubi de dysent. cur.^ obs. 4'
ig^ TRENTE-UNIÈME LETTRE.
rendu par l'intestin rectum ulcéré une qui était de la longueur d'une aune. Pour moi, je croirais qu'il faut faire moins d'attention à ce qui a été publié (î) au nom de Saxonia dans le Pantheum cité par Sennert, après les justes plaintes (2) de l'auteur sur Uffembach éditeur de cet ouvrage, attendu surtout que je ne trouve rien de semblable dans les Préleçons pratiques de Saxonia, qui ont été publiées ici depuis lors, et dans lesquelles je vois seulement (et ceci (3) n'est point approuvé non plus par Sennerl) que Saxonia a vu quatre dysentériques qui rendaient chaque jour des portions d'intestins tellement grandes ^ quelles excédaient sou\^ent la mesure de trois ou quatre doigts; parmi ces malades deux femmes furent guéries. Au reste l'une d'elles est peut-être celle que Gasp. Hoffmann (4) écrit lui avoir été montrée à Padoue par son maître Saxonia , et qui avait rendu dans une dysenterie une portion d'intestin longue d'un palme ^ ce qui doit s'entendre, je crois, de la réunion de toutes les portions rendues.
Toutefois Sennert a bien fait d'avouer de luimême à cet endroit ç\uil peut arriver beaucoup de choses que lui-même n aurait point vues. En effets s'il eût vécu un très-petit nombre d'années de
(i) Panth., 1. 3, c. 23 , ut cit. Sennert.
(2) Vid, Saxon, praef. ad libres 3, de pulsib»
(3)P. 2,c. jg.
(4) C 122 cit. suprà, ad n. 17.
plus, il aurait lu une observation de Tulpius (j) qui vit un cas où des tranchées vives des intestiris et leur ulcération donnèrent lieu à la sortie de toute la membrane interne du rectum, de telle sorte que plusieurs médecins et lui purent la voir suspendue à cet intestin pendant deux ou trois jours , parce que son adhérence ferme à l'anus Tempéchade tomber plus tôt. De phis, je fus prié moimême avec instance à la fin du mois de mai de l'an 17^:^9 d'aider de mes conseils, pour un cas semblable, un marchand hébreux nommé Jacob delVecchio. Cet homme dans le déclin d'une fièvre raaligue, avait été -pris d'une douleur très-incommode à l'intestin rectum, avec le sentiment d'un poids et d'un obstacle; enfin il avait commencé à sortir depuis peu par l'anus avec du sang, quelque chose qui semblait être une membrane épaisse, que je vis ensuite suspendue; elle était longue de six travers de doigt, large de plus d'un pouce, d'une couleur livide et cendrée, comme le sont ordinairement les membranes attaquées de gangrène: cependant elle ne tombait pas, parce qu'elle secon tin uait dans l'intérieur de Fin tes tin, et qu'elle lui était attachée, autant que le chirurgien pouvait le reconnaître en explorant le rectum trèsdoucement; car quoique depuis sa sortie !a douleur fût devenue plus légère, néanmoins il sortait du sang de temps en temps, et la fièvre était plus
(i) Obs. mecl.^ 1, 3; c. 17.
194 TRli\NTE-UNlÈMl£ LETTRE.
forte à cette heure qu'elle ne l'avait été le matin. C'est pourquoi après avoir réglé alors avec le médecin du malade, qui était déjà vieux , ce qui nous parut convenable, je me relirai. Mais celui-ci me fit savoir les jours suivans que la membrane était tombée, et qu'elle paraissait plutôt avoir été rompue par la constriction du sphincter, que sortie en entier; qu'il s'était écoulé du sang une seconde fois, ainsi qu'un ichor de mauvaise nature; qu'un hoquet qui effrayait tout le monde, s'y était joint; que lui conservait cependan t quelque espoir, parce qu'il se souvenait que le père du malade, déjà avancé en âge, ayant éprouvé par l'anus la chute d'une membrane semblable, mais plus courte, était guéri par ses soins, de telle sorte néanmoins qu'il ne put point dans la suite retenir ses excrémens; qu'à la vérité le père n'avait point eu auparavant une fièvre maligne, et n'avait point été pris en outre de hoquet, mais que le fils était à peine sur sa quarante-cinquième année. Ce médecin distingué, nommé Marina, ne fut point trompé dans son espoir, et après avoir réglé avec lui une seconde fois ce que Ton pouvait ajouter aux premiers moyens selon l'étal actuel des choses, il arriva que le malade ayant évacué une assez grande quantité de pus, je le vis hors de son lit le 6 juillet; il reprenait déjà manifestement des forces, de l'embonpoint et des couleurs, et il retenait non-seulement ses excrémens, mais encore ce que l'on injectait dans le rectum. 11 existait
DES FLUX DU VENTRE. iqS
encore alors, il est vrai, quelque douleur, mais eiîe éîait beaucoup plus légère, et elle ne se faisait plus sentir à Fendroit où elle avait été très-incommode auparavan t. Ainsi fut guéri ce sujet , de même que le malade de Tulpius, et d'autres que je passe à dessein sous silence pour être court; et il était même encore bien portant lorsque je dictais cette histoire d'après un écrit vers la fin de l'an 1747. (i) 20. Mais quoiqu'il soit constant que ces sujets soient guéris , cependant si vous me demandez s'il est également constant qu'ils aient rendu de véritables.membranes, je le nierai facilement. En effet, je ne vois pas que la nature de ces membranes ait été suffisamment cherchée, ce que peut-être les autres, non plus que moi, ne purent faire sur des corps corrompus et putréfiés. Ce que je vois au contraire, c'est que là où les intestins sont ulcérés, il peut se former même plus facilement des concrétions polypeuses, tantôt cylindriques, telles que celles que Lancisi (2) affirme avoir vues et qui avaient une longueur de trois ou quatre palmes après qu'elles eurent été rendues par des dysentériques, tantôt planes avec la forme d'une membrane, comme celle qui était longue de près d'un palme, que le célèbre Ant. Pujati (3) vit après
(i) Imo vid, etiam, epist. 65 , n. 6.
(2) Diss. cit. , epic^t. i , ad Bianciard<
(3) Dec. med. obs. n. 6 , obs. i ,
196 TRE1\ TK-UJ\ liME LETrni!:
qu'elle eut été rejetée par une dame affectée d'un ulcère de l'intestin rectum , et qu'il soupçonna être de la même espèce.
Mais de même que je nie qu'il soit constant que ces premiers corps fussent des membranes, de même je nie qu'il soit constant qu'ils nen fussent pas, surtout ceux qui parurent être plus adhérens à l'intestin que les polypes ne le sont ordinairement. Et pour vous ouvrir ma pensée , je crois que quelque portion de la tunique interne des intestins peut se séparer par la violence de la maladie, et tomber, de la même manière que nous voyons souvent cet accident arriver par le contact d'alimens trop chauds, à cette petite membrane par laquelle les parties de la bouche sont tapissées. Certes ceci se fait, je ne dis pas sans une grande, mais sans aucune effusion de sang, sans convulsions, et sans d'autres incommodités funestes que redoutent quelques médecins de la part des petits vaisseaux et des petits nerfs innombrables qui appartiennent à la tunique interne des intestins, si toutefois ils croient que la séparation de cette tunique a lieu; et cependant un nombre extrêmement considérable de petits vaisseaux et de petits nerfs appartient aussi à la tunique interne de la bouche. Et ne dites pas que cette petite membrane qui s'abcède alors dans cette dernière cavité, est la continuation de Tépiderme, ou que du moins elle lui répond proportionnellement.
En effet le même Ruysch (i) qui a appelé celui-ci épithélie sur le devant des lèvres et sur les jouea, a fait voir qu'il existe aussi une épithélie semblable dans l'œsophage , dans l'estomac et dans les intestins; et croyez que je parle ainsi, sinon d'une autre partie, du moins de celle que l'acrimonie des humeurs, ou une gangrène superficielle consécutive à une inflammation, détache de la partie restante de la tunique interne, et abandonne aux excrémens pour être entraînée et expulsée avec eux. Mais, direz-vous , on rend quelquefois , d'après l'expression de Saxonia(2), des membranes ^^^ez épaisses y tandis que l'épiderme est mince. Cela est vrai , à moins qu'il ne soit abreuvé d'une grande quantité d'humeurs; car le célèbre Fantoni (3) pensa que c'est pour cela que nous le voyons souvent devenir tellement épais par l'usage des vési-cans , que c'est d'après cette considération qu'il conjectura qu'il est divisible en plusieurs lames, ou qu'il est composé d'une substance spongieuse.
Que si vous prétendez que je n'explique pas suffisamment la chose même de cette manière, expliquez-moi à votre tour une observation (4) de Benevoli, chirurgien très -expérimenté, relativement à un canal membraneux arraché de l'anus,
(i) Thés. anat. 7, n. 4o«
(2) C. 19, suprà ad n. 19 cit.
(3) Anat. corp. hum, , diss. 2.
(4) 18 délie quaranla.
ICjS TRI'NÏE-UNIÈME LETTRE.
lequel était long de six travers de doigt, aussi large que Test ordinairement l'intestin reclnm, et tellemeiit épais, que le sphincter de l'anus paraissait être tombé tout entier ou presque tout entier avec lui; car il fallut près d'un an pour détruire avec des moyens médicaux et chirurgicaux, tant l'ulcère de l'intestin et les autres incommodités qui en dépendaient, que l'impossibilité continuelle de retenir les excrémens, qui était restée nprès la sortie de ce canal. Ainsi la même raison pour laquelle vous comprendrez qu'une portion aussi épaisse d'intestin a pu tomber sans porter atteinte à la vie, vous fera concevoir beaucoup plus facilement comment la tunique interne qui est comparativement si mince, est tombée quelqiicfois. Or, si vous admettez ceci sans difficulté ruéme pour ceux qui sont guéris , combien le reconnaîtiez vous davantage pour ceux qui sont î:norts! En effet, si vous eussiez été auprès du soldat dont parle Bon tins , ou des malades dont Sylvius fait mention dans cette section onzième (i ) du Sepuldiretum , et que vous eussiez dit que les membranes qu'ils rendaient sans doute dans un flux dysentérique mortel, étaient de véritables lambeaux (le la tunique interne, vous seriez-vous repenti de Tavoir dit, à la dissection de leurs cadavres ? Nullement ; car vous auriez trouvé cette tunique détruite cà et /à avec Sylvius , et entièrement
(i)Obs. 6 et 16.
détruite avec Bontius. Était-ce de tous côtés? Ce que Bontius ne dit pas assez positivement à ce sujet, Piccolhomini (i) l'exprime dans une observation, qui, de quelque manière qu'on l'entende, méritait certainement d'être rapportée dans le Sepulchretwn. En effet, il y'iX.surun dysentérique qui fut cruellement tourmenté ^ et qui était d'abord agité dun léger frisson en prenant de la nourriture ^ toute la tunique interne de V estomac et des intestins détruite de haut en bas {chose étonnante à voir y à entendre et à croire!)] quant â ce qui restait et qui était apparent y il semblait y dit-il , que ce fût charnu depuis V orifice de V estomac jusqu à Vanus , en sorte qu'on aurait dit que c était une espèce de bande large toute charnue^ tandis que T estomac était comme une vessie également toute charnue. Mais je parlerai encore (2) plus bas de cette observation , dans laquelle Fauteur reconnaissait lui-même l'inflammation des fibres charnues , comme ce qu'il ajoute bientôt après le prouve.
ai. Maintenant qu'il est suffisamment démontré que ce qui est rendu par les dysentériques sous forme de tunique, constitue souvent de fausses membranes, et quelquefois de véritables, et que l'ulcération des intestins n'existe que lorsqu'on en trouve de véritables, il faudrait démontrer comparativement la même chose à l'égard des corps
(i) L. 2, anat. praelect. i5.
200 TRENTE-TJl^IEME LETTRE.
qui sont rendus avec une apparence charnue, s'il n'avait déjà élé indiqué d'une manière suffisante plus haut (i) comment les polypes peuvent aussi représenter ces corps sans aucune ulcération des intestins. Il reste donc une seule chose à prouver, savoir que ces corps ne sont pas toujours entièrement composés d'une fausse chair; et lorsque cela sera constant d'après leur examen, il faudra admettre quelque ulcère dans les intestins, si toutefois il n'y en a aucun indice dans l'estomac, restriction que je fais à cause des corps que les Arabes appelaient verrues, et dont il a été question dans la vingt-neuvième (a) Lettre. Or, quoique j'aie déjà dit à cet endroit qu'il peut y avoir des excroissances charnues sans ulcération, cependant je n'ai point nié, et c'est une chose évidente par elle-même, que lorsqu'elles se détachent et qu'elles tombent, il doit se former un ulcère à la place d'où elles sont tombées. Du reste je parlais alors de l'estomac de telle sorte qu'on voyait que l'on pouvait transporter aux intestins les mêmes réflexions, et même je soupçonnais qu'une certaine verrue d'Avenzoar s'était développée non pas dans l'estomac, mais dans le colon qui lui est contigu, à cause de sa grosseur, quoiqu'elle semblât exister dans le premier viscère quand on touchait l'épigastre. Je me plais à confirnier ici ce soiq')çon par
(ON. 17 et 18.
(2) N. 16 et 17.
dès exemples qui sont en général de la même espèce , de telle sorte que je prouverai enfin en même temps ce que je me suis proposé.
J.-B. Cortési (i), en rapportant un passage de Galien d'après lequel on comprend que non-seulement les matières fécales endurcies, mais encore la masse de quelque corps existant contre nature dans les intestins ^ avaient déjà été mises par cet auteur au nombre des causes qui obstruent le ventre, a confirmé ce point de doctrine par l'observation suivante qui lui est propre et qui fut recueillie sur le cadavre du comte de Caldarini, sénateur de Bologne. On trouva dans la cavité de V intestin colon une grande portion de chair ^ qui par sa masse était un obstacle à ce que les excrémens pussent descendre y et il mourut d'une maladie de cette espèce relative à une mauvaise composition des intestins. J'ai voulu vous décrire ici avec les paroles de l'auteur cette cause d'une très-grande considération y comme il le dit lui-même, par la raison aussi que j'ai cherché en vain le nom de Cortési, ainsi que celui de Piccolhomini, dans le catalogue de ceux dont les histoires ont été rapportées dans le Sepulchretum. Ainsi on ne trouve nulle part cette observation dans la treizième section qui est intitulée, Du Serrement du Ventre; mais à sa place on en rapporte une autre ('^) de Willis,
(i) Miscell. med,, dec. 4, c. 8.
(2)Obs. i> J. 4.
202 TnE]\'TE-UNlÈ7vIE LETTRE.
comme s'il était constant que certaines excrois-^ sances charnues qui étaient attachées en très-grand nombre aux parois des gros intestins comme de pe^ tites oreillettes^ et qui s' avançaient des deux côtés des intestins colon et rectum à des distances pour ainsi dire régulières , semblables aux branches d'un arbredouble; comme s'il était constant, dis-je, que ces excroissances n'existaient pas à l'extérieur (ce que je crois), tandis que ce n'était peut-être autre chose que les petits appendices adipeux du colon et du rectum, dans lesquels les petits vaisseaux sanguins étaient rouges après la destruction de la graisse; car c'est sur un homme phlhisique que cette observation fut faite par Willis, qui dit avoir vu quelque chose de semblable sur un autre phthisique. Mais comme s'il était certain qu'elles eussent occupé l'intérieur, et qu'elles eussent ainsi donné lieu au serrement du ventre, on rapporte dans la scholie qui suit le cas d'un petit enfant, qui avait été guéri d'une obstruction opiniâtre du ventre après avoir rendu une grande masse de chair qui conservait la marque de l'endroit où elle avait été adhérente aux intestins. Quant à vous, en jetant les yeux sur Willis, ou sur un autre livre (i) du Sepulchretum où /histoire de cet homme est rapportée plus longuement, vous reconnaîtrez ce que j'ai dit, et vous comprendrez surtout en même temps que puisqu'il était attaqué d' une paralysie
(i) I, secl. i3p obs. r
DES FLUX DU VEINTTRE. 3o3
bâtarde qui occupait chaque membre de tout le corps y au point qu il ne conservait presque en aucune manière la faculté de se mouvoir, il n'aurait pas beaucoup fallu chercher sur lui d'autres causes après celle-là, pour expliquer le serrement du ventre, qui ne cédait qu'à l'irritation.
Mais pour revenir aux excroissances qui existaient d'une manière certaine dans la cavité de *' l'intestin colon , outre ce corps charnu intercep^ tant Vintestin colon ^ que je cherche -en vain dans le Sepulchretum y et qui fut observé par J. Rhodius (i) sur un moine, qui, tourmenté par des coliques avec des vomissemens de chyle y rendait les cljstères sans excrémens ^ il y en a un exemple qui a le plus grand rapport à ceci, dans l'une des deux observations du célèbre Fantoni, que je n'ai fait que nommer plus haut (2). Il trouva sur un homme qu'une dysenterie grave avait enfin enlevé, non loin du cœcumj une ulcération du colon d'oie il s'écoulait une humeur purulente et mêlée de sang; et là il vit en outre un corps charnu , épais , rond, long de près de huit travers de doigta qui était mince à son origine y et qui se trouvait attaché comme par un pédicule à la tunique ulcéreuse ; du reste il était suspendu dans le tube intestinal dont il occupait une assez grande partie de la cavité : on aurait dit, ajoute-t-il, un grand poljpe de Vintestin , car ce
(1) Act. Hafn.,v. 4, p. i; pag, 86.
(2) N. 1 3 et 16.
2o4 TRENTE-UNIEME LETTRE.
corps tout entier surpassait le poids d'une liseré mé^ dicinale. Vous voyez que cette excroissance existait avec un ulcère, qu'elle avait été produite sans cloute par lui, comme il arrive dans une dysenterie de longue durée, et qu'on pouvait dire que c'était un grand polype, non point par la raison qu'elle était de l'espèce de ceux dont il a été parlé plus haut, mais parce qu'elle ressemblait au polype du nez (qui leur a donné son nom par l'analogie qu'il a arec eux) non-seulement par la forme, mais encore par la nature; car cet anatomiste habile et prudent a prononcé que cette nature était charnue.
0.2. Je ne doute cependant pas que les excroissances des intestins ne puissent quelquefois tenir de Tune et de l'autre nature, comme lorsque de petites parties visqueuses de pus, ou d'humeur intestinale, ou de sang épanché, commencent à s'attacher à des extrémités charnues et inégales, et à des surfaces rugueuses, et qu'à ces parcelles il s'en joint ensuite d'autres, et d'autres encore, en sorte que la racine et le noyau sont d'une chair véritable, tandis que le corps de la masse environnante et réunie à elle, ainsi que ses appendices, n'en sont véritablement pas. Je fat consulté l'an 1736 pour un homme noble, qui eut des déjections de sang souvent répétées, auxquelles se joignirent bientôt un flux de ventre bilieux, et une fièvre continue, d'abord légère, et ensuite aiguë; comme cette fièvre et ses symptômes graves n'éprouvaient
DES FLUX DV VENTRE. 2o5
aucune rémission par l'usage des remèdes les plus convenables, et qu'au contraire celui d'entre ces signes qui était le plus grave, savoir la douleur du ventre, était devenue tout à coup très- violente, il avait rendu, aidé de la main d'un chirurgien, après une très-grande quantité de sang, un corps long de près d'un palme et demi, et d'une épaisseur et d'une forme différentes dans ses différentes parties. En effet, à son sommet il ressemblait à la tête informe d'une sorte de grenouille un peu grosse qui aurait eu la gueule ouverte, tandis que le reste du corps était presque cylindrique extérieurement, creux en dedans, et épais de deux travers de doigt jusqu'à l'endroit où il se terminait en queue en s'amincissant insensiblement; cette queue était longue d'un demi-palme, et se trouvait bifurquée près de son extrémité.
En vous rappelant quelle opinion j'ai émise presque à la fin de la Lettre précédente (i) relativement à des grenouilles, des lézards et des crapauds rendus par l'anus, vous jugerez facilement ce que je pensai en lisant ce que je rapportais tout à l'heure; et d'ailleurs il n'y avait ici aucune raison pour soupçonner ce que vous verrez écrit sur un meunier (2), dont la dissection mérite malgré cela d'être examinée par la raison que des excréniens chyleux avaient été constamment rejetés
(2) Eph. N. C, cent. 3 et 4, obs. i63.
Q^o6 TREWTE-UiXiÈME LETTRE.
pendant un an et demi, et d'être comparée pour Tamour de la vérité avec ce dont j'ai dit un mot plus haut (i), sur le flux céliaque. Or, on disait qu'un crapaud s'était glissé dans sa bouche pendant qu'il dormait, et qu'il avait donné lieu à de ' grands accidens à l'intérieur, jusqu'à ce qu'il eut été chassé du ventre où il était mort après s'être engraissé. Plut à Dieu que le célèbre auteur de l'observation n'eût pas été empêché par une fétidité extraordinaire et nuisible de le regarder luimême attentivement, et de l'examiner au moyen du scalpel!
Au reste il est certain relativement à notre sujet, que le savant médecin par qui j'étais consulté pensait aussi, au mépris des opinions vulgaires, qu'un corps de cette espèce appartenait aux polypes de Lancisi. Cependant comme outre des ligamens fibreux extérieurs par lesquels celui-ci paraissait attaché à l'intestin, il décrivait une substance molle susceptible d'être tiraillée et d'une couleur presque noire, qui composait ce corps, et qui était formée de fibres assez fortes dans l'intervalle desquelles se trouvaient différentes glandes, etcomme il rapportait que lesangqui s'étaitécoiilé plus d'une fois auparavant par livres n'avait pas reparu après que le même corps eut été enlevé, mais qu'à ce liquide avaient succédé des matières purulentes, blanchâtres, un peu cendrées, très-
DES tH3X DtT Vi:]VTRi:. 207
fétides, qui tantôt précédaient, et tantôt suivaient la sortie des excréniens, toujours avec une trèsgrande douleur, et que l'évacuation de ces matières et une fièvre aiguë avaient persisté jusqu'à ce que par l'administration de remèdes vulnéraires qui furent remplacés ensuite par des balsamiques , ces symptômes et les autres incommodités eurent d'abord diminué et se furent enfin dissipés, de telle sorte que. le malade qui vécut encore plusieurs années ne me demandait presque conseil que pour des préservatifs, j'inclinai à conjecturer que le principe et les racines de ce corps étaient des excroissances développées près de l'extrémilé de l'intestin colon. En effet, ce siège était indiqué par cette douleur très-vive, qui commençait audessous de l'ombilic à l'endroit où le colon forme ordinairement certains détours avant de se terminer en rectum, et qui en suivant de là les adhérences du mésocolon s'étendait jusqu'au dos. Ainsi lorsque ces racines commencèrent à se corroder, à s'ulcérer et à se déchirer, le sang sécoula, et quand ces lésions furent plus profondes et se répandirent aux environs, la douleur et les autres symptômes empirèrent, tandis que les parties fibreuses du sang qui s'écoulait , et d'autres plus visqueuses s'attachèrent aux excroissances, les augmentèrent, les réunirent, et leur donnèrent cette forme sous laquelle elles sortirent après s'être enfin tout-à-fiiit détachées.
Néanmoins comme sur le nombre de corps de
:âo8 TREJVTE-UNIÈMK LKTTRE.
cette espèce que j'ai lu avoir été rendus par l'anus , je viens à peine de m'en rappeler un qui est cité par Peyer (i) comme ayant présenté des vaisseaux sanguins, je prononcerai bien d'une manière certaine qu'il faut rapporter à des excroissances celui sur lequel je verrai très-clairement des vaisseaux ; mais d'un autre côté sachant avec quelle facilité les concrétions polypeuses peuvent tromper, et de combien de manières elles peuvent en imposer, je ne répondrai rien de semblable que par soupçon et par conjecture relativement aux autres corps qui seraient privés de vaisseaux véritables, ou qui au jugement d'un chirurgien prudent et expérimenté ne seraient point reconnues pour des excroissances très-certaines. C'est ainsi que je crus autrefois Valsalva lorsqu'en regardant avec moi des ichors sanguinolens rendus par un dysentérique dont l'état était désespéré, et en voyant au milieu d'eux un petit morceau qui ne représentait qu'un grumeau de sang si l'on considérait seulement sa couleur, il le reconnut sans aucun doute pour une petite excroissance de Tinlestin ulcéré, après l'avoir examiné très-attentivement, et l'avoir observé à fond. C'est ainsi que j'aurais cru également Molinelli (u), homme très-savant, s'il eût prononcé qu'un corps creux, long d'un empan,
(i) Exercit. I de gland, intest, circa fînem. (2) f^id. comment, de Bonon. ^ Se. Acad. ^ t. 3 ;, p. i ^ inter meclica^ obs. 2.
qu'un homme s'était retiré lui-même de l'?iuus après avoir été tourmenté par une dysenterie longue et violente, était composé d'une chair fongueuse propre aux ulcères; mais il n'a point voulu le faire, parce qu'il est surtout prudent et sage, et il s'est contenté de dire qu'il n était pas diffé-rent de cette chair. Le célèbre Struv (i) n'avait peut-être pas autre chose en vue, lorsqu'en parlant d'une masse membranoso -charnue (comme il le dit positivement), de la même longueur, large d'un pouce, entremêlée de beaucoup de graisse ^ et expulsée du même endroit par un effort trèsconsidérable, il a voulu, je pense, faire connaître son doute en mettant le titre suivant à l'observation, sur une masse membraneuse rendue par le ventre; et cependant il y avait eu auparavant des symptômes qui, ainsi que la dysenterie , pouvaient faire naître justement le soupçon d'une excroissance charnue.
23. En faisant voir jusqu'ici que dans une dysenterie des corps adipeux, membraneux, charnus, peuvent être rendus avec du sang, sans quç les intestins soient pour cela ulcérés, par la raison que souvent ces corps ne sont réellement pas ce qu'ils paraissent être, j'ai en de temps en temps la crainte que vous ne fussiez peut-être étonné vousmême de ce que je ne vois pas que la seule sortie du sang indique suffisamment Térosion ou la rup-
(î) Act. N. C, t. 1, obs. 195.
210 TRETÎTE-UNIÈME LETTRE.
ture de ses vaisseaux, en sorte qu'il faut nécessairement admettre une ulcération déjà formée, ou du moins commencée. Mais si par hasard vous êtes surpris de cela, vous cesserez de l'être aussitôt que vous aurez réfléchi à ce que je vais dire en peu de mots.
11 existe une observation du célèbre Wagne:(i), dans laquelle il dit avoir vu dilférens objets sur les viscères d'une dysentérique, et entre autres une disposition qu'il faut remarquer (.i) en faveur de Spigel , c'est-à-dire la turgescence de la vésicule biliaire, et avoir surtout observé que les intestins ne présentaient nulle part aucune lésion, si ce n'est que tous également ,pe/iV^ et gros ^ étaient entièrement privés de leur humeur muqueuse ^ et que le rectum était gangrené. Que s'il eût remarqué en eux quelque petit ulcère, il n'aurait pas dû chercher alors les voies du sang que la malade avait rendu, dans l'extrémité des petits orifices des veines; car les glandes squirrheuses du mésentère et certains spasmes avaient tellement serré ces vaisseaux, que le sang regorgeait immédiatement dans les intestins par leurs orifices, comme mm liquide bleu injecté dans les mêmes veines lui présenta alors l'indice très-manifeste d'une perspiration bleue opérée dans l'intérieur des intestins.
11 est en outre une observation de Warthon qui
(i) Eph. N. C, cent, i et i, obs. 171, (2) Vid, suprà, n. i5.
a été rapportée par Glisson dans son Traité sur V estomac et sur les intestins^ et qui se trouvant décrite un peu différemment dans le Sepulchretum ( j ) d'après le même Traité, sans l'indication précise du lieu qu'elle occupe, vous fera voir, si vous la lisez au chapitre ^3, et non pas ii, qu'après un énorme vomissement de sang, provoqué par un remède, on n aperçut dans V estomac ^ qui contenait un peu de ce liquide même après la mort, aucune veine soit rompue ^ soit corrodée ^ mais que la tunique interne ayant été ratissée a^ec le dos du scalpel, une infinité de petits points de sang s'étaient alors manifestés peu à peu sur sa surface ainsi détergée. Mais une détersion de cette espèce aurat elle enlevé une sorte d'épiderme, comme le pense Glisson , et n'est-ce pas ainsi qu'aura agi le remède pendant la ^, attendu que la tunique interne elle-même paraissait sanguinolente, comme l'est la peau quand l'épiderme a été enlevé? ou plutôt les extrémités des voies artérielles dilatées par la quantité de sang que la violence du remède avait attiré, en auront-elles répandu un peu auparavant, et auront-elles rendu ensuite tout ce qu'elles Conservaient de ce liquide lorsqu'on l'exprima avec le dos du scalpel?
J'aime mieux que vous jugiez cela d'après ce que Boerhaave {2) a écrit en plus d'un endroit sur
(1) L. 3 , s. 8, obs. 7 in addit.
(2) Praelect, ad Instit, ^. 707^ 775^ 8^4 > ^tc^
Fanastomose, que de vous le dire moi-même. Faites attention aux exemples qu'il rapporte dans ces passages, et ailleurs aussi, comme lorsqu'en parlant (i) de la suppression du sang menstruel qui s'était écoulé par d'autres voies, il dit : J'ai vu une hémoptisie de cette espèce qui s'était changée en habitudey en sorte quun sang vif était craché chaque mois ai^ec une petite toux légère sans préjudice pour la santé. J'ai vu des cas où le sang était vomi; j'en ai vu oit il était rendu par le ventre et par les sueurs. Rassemblez en outre d'autres exemples que le savant de Haller (ol) a ajoutés en très-grand nombre à chacun de ceux-là; et dans tous ceux où vous trouverez que le phénomène a eu lieu sans préjudice pour la santé y croyez qu'il s'est également opéré sans ulcérations, de même que lorsque le sang sortait par les sueurs vous aur^z vu la peau parfaitement saine, sans remarquer autre chose après sa détersion que cette infinité de petits points de sang que Warthon observa sur la tunique interne de l'estomac quand il l'eut détergée.
Transportez ceci de l'estomac aux intestins, et vous concevrez le flux de sang sans leur ulcération. Ou bien si vous hésitez encore un peu, mettez actuellement de côté celte observation de Warthon, et outre les exemples qui ont été indiqués, rappelez à votre esprit les hémorrhagies nasales. Y a-t-il
(i) Ad 5. 667.
(3) In not. ad cil. modo §.
DESFLUXDUVEIVTRE. 2îZ
toujours rupture ou érosion d'une veine ou d'une artère? La membrane du nez est-elle toujours ulcérée? S'il y a rupture ou érosion de ces vaisseaux, comment se fait-il que le sang s'arrête souvent de lui-même sans employer absolument aucun remède? Si cette membrane est ulcérée, comment n'en résulte- t-il pas, je ne dis pas du pus, mais même de la douleur? Maintenant imaginez que ce que vous concevez avoir lieu dans la tunique du nez, peut s'opérer dans la tunique interne des intestins, attendu surtout que les liquides injectés par les artères passent avec autant de facilité à travers (i) l'un et l'autre tunique dans les cavités du nez et des intestins. Ainsi supposez que la quantité et l'impétuosité du sang soient augmentées, et que les dernières voies des artères dans l'intérieur des intestins soient devenues plus larges ou par une paralysie, ou par quelque autre cause, comme par une trop grande humidité dans les flux du ventre , principalement sur ceux chez qui elles étaient auparavant relâchées par leur nature, vous comprendrez sans peine avec Boerhaave que le sang s'écoule par l'anastomose.
24. Au reste prenez garde de supposer seulement une des circonstances qui ont été indiquées; il faut en supposer plusieurs à la fois. En effet, quand Boerhaave enseigne ce qui suit (2) , lorsque
(i) jnd, Not. Haller., ad §. 497^ earumd. praelect. (?.) Ad^. cit. 814-
2l4 TRFNXr-TÎJN liME LETTRE.
le sang ne peut passer à travers la veine ^ porte et ses branches y alors ce liquide pur peut se répandre lui-même des vaisseaux mésentériques par V anastomose^ on pourrait s'il n'ajoutait aussitôt ceci, quand les petits orifices de ces derniers sont dilatés; on pourrait, dis-je, avoir des doutes après avoir lu qu'Ortlobius (i) ayant lié cette veine sur des chiens vivans ne put jamais observer que du sang pur se fût répandu dans les intestins^ quoique toute la tunique de ceux-ci fût teinte comme dune couleur décarlate. C'est que sur ces chiens bien portans les petits orifices des vaisseaux n'éuient pas dilués. Au contraire ils l'étaient même considérablenient à cause du relâchen)ent des fibres environnâmes, dans les intestins sphacelés de ce comte dont Ortlobius parle au même endroit; car il vit sur ces organes les veines mésentériques ou^ inertes , et leurs orifices héans remplis d'un sang grumeleux , semblable à de la ciie. Au reste, j'ai parlé de ceci, parce que quelquefois dans la dysenterie il n'y a point d'inflammation véritable y et qu'ils^en» suit une gangrène funeste ^ comme Boerhaave (2) l'a écrit un peu au-dessous de ce que j'ai rapporté. Et certes les observations (3) de plusieurs auteurs qui se trouvent dans celte onzième section du SepuU cAre^wm prouvent qu'il l'a écrit avec vérité, et l'his-
(1) llist. part, etaecon. liom. diss. 8, %, 7.
(2) Ad§.8i5.
(3j3, 9, 19, §. 1 el2.
toire suivante de Valsai va, outre celle qui a été décrite plus haut (r), le confirme.
nS, Une femme meurt d'une dysenterie.
Examen du cadavre. On trouve les intestins enflammés. Le rein gauche manquait entièremeiit sur cette femme; mais il était suppléé par celiii du côté droit, qui était deux fois plus gros que dans l'état naturel, et qui avait un double bassinet et une double uretère. Toutefois les deux uretères se dirigeaient vers la partie droite de la vessie.
26. Mettant de côté ce que vous concevez avoir existé depuis la naissance, l'inflammation des intestins appartient à la dysenterie. Maintenant rappelez à votre mémoire et réunissez à cette observation et à d'autres, celle que j'ai décrite plus haut (2) d'après Piccolhomini. Car soit que la destruction fût aussi considérable qu'elle parut étonnante à l'observateur lui-même, soit plutôt qu'avec une destruction assez étendue, si vous voulez, il existât une inflammation telle que toute la tunique des intestins fût extrêmement rouge comme sur les chiens (3) d'Ortlobius, il est certain que Piccolhomini reconnut aussi une inflammation. Or, comme celle-ci ne peut exister sans que l'on conçoive l'embarras du passage du sang à travers les branches de la veine-porte, vous savez déjà ce
(3) Suprà^ n. 24.
2l6 TREJNTE UNIÈME LETTKE.
que j'ai dit (j; qu'il peut en résulter s'il s'y joint quelque autre circonstance, même avant que l'impétuosité du sang subsistant encore, les intestins ne commencent à tendre à une laxilé gangreneuse. C est ainsi que Brunner (2) trouva sur un soldat enlevé par des convulsions très-violentes survenues pendant qu'il était attaqué d'une diarrhée, une inflammation remarquable dans tout le trajet des intestins, surtout des intestins grêles, inflammation dont l'estomac n'était pas non plus exemp* , et en même temps des grumeaux de sang dans cei'ji ci. et dans ceux-là un mucus rougeâ- Xff^, iîidice bien manifeste que la diarrhée avait déjà coinmencé à dégénérer en dysenterie, quoiqu On ne vît encore rien de gangreneux dans ces viscères. Mais Tinflammation des intestins peut facUemeï)t passer à la 2;angrène, et même, comme je l'ai dit, au sphacèle; ce qui donna peut-être lieu à ce qu'un médecin d'une très-grande expérience me racontait dans ma jeunesse, savoir qu'il lui était arrivé quelquefois de voir que la fièvre semblait se dissi|)er sur des dysentériques dans les derniers jours de leur vie, de telle sorte que s'il n'avait pas fait attention à tous les autres signes, il aurait pu se tromper grossièrement. Mais j'aurai ailleurs (3) une occasion plus favo-
(i) Suprà, n. 24. '
(2) Exercit. de gland, duoden, §* 4«
(3; Epist. 35.
raLle pour parler du sphacèle des intestins, maladie extrêmement trompeuse. Maintenant il faut ajouter qiielque chose à ce que j'ai écrit plus haut sur les membranes rendues soit avec du sang ou du pus, soit sans ces liquides, tantôt dans la dysenterie, tantôt sans là dysenterie. Certes j'ai regretté que la nature de quelques-unes de ces membranes n'ait pas pu être examinée avec plus de soin. Par exemple, Lentilius (i) a fort bien établi quel était l'intestin d'où provenaient des membranes, qui sortaient de temps en temps en phis ou moins grand nombre par le ventre, avec ou sans sang. Mais relativement à ce qu'il a pensé que c'étaient les valvules conniventes, il est libre à chacun de le croire ou de ne le pas croire; on peut même douter que ce fussent des membranes. En effet, comme il était éloigné de la malade, à ce qu'il paraît, il ne put voir rien autre chose, si ce n'est qu'elles étaient de différente grandeur^ et qu après leur dessication elles ressemblaient aux pellicules d'une vessie de cochon desséchée.
D'un autre côté, J. Maur. Hoffmann (2) en examinant plus attentivement des parties rendues par une autre fem me , et que d'autres personnes avaient prises pour la tunique interne des intestins, reconnut que c'était un mucus fort visqueux, qui s'était formé au-dessus des valvules conniventes ^ et
(i) Eph. N. C, dec. 3, a. 3, inappend. , n. 6yad obs. 68, (2) Dec. eâd., a. 9 et 10^ oba. 60.
2l8 TRENTE -UNIEME LETTRE.
condensé sous r apparence dune membrane ; et son opinion ne diifere pas du jugement du célèbre Treyling consig^ié dans le cincjuième Volume (i) des Acles de^ Curieux de la Nature relativement à une espèce de gaine membraneuse qu'il examina lui-même et qui fut rendue par une paysane,<^^/o/quelle eût la forme de V intestin colon avec ses vaU vules conniventes. Au contraire Apinus [p^ ne douta nullement que ào:^ membranes rendues par un autre sujet ne fussent des lambeaux de la tunique interne des intestins , et il a même rapporté d'après leur examen plusieurs circonstances qui le portaient à le croire; quoique ce qu'il a énoncé en premier lieu, qu elles avaient très-exactement une forme tubuleuse^ soit infirmé tant par cette concrétion qui a été citée tout à l'heure, que par une observation du célèbre Verdries (3), qui ayant examiné à fond le corps rendu par un autre homme, trouva que ce n'était très-manifestement qu'une pituite fistuleuse, qui en se concrétant s'était accommodée à la forme de V intestin qui la conte-naît.
Mais, direz -vous, prétendrons -nous que la même chose a eu lieu dans l'intérieiir de l'intestin cœcum , que Becker (4) affirmait presque avoir
(i) obs. i^a
(2) Dec. cit., a. 9 et 10, obs. 17g.
{Vj Eph. earumd. cent, i , obs. go.
(4) Earumd. dec. 1 ^ a. 4> oh)à, 68.
DES FLUX DU VENTRE. 2lCJ
VU autrefois après sa déjection, puisqu^en parlant d'un corps membraneux^ égal au gros doigt en lon^ gueur et en largeur^ ouvert et corrodé par un côté^ et bouché par r autre ^ il a ajouté aussitôt après qu'il était composé d'une triple tunique^ une mince ^ une charnue et une rugueuse? Bien plus, que prétendrons-nous, dirai-je moi-même, relativement à trois autres observations dans lesquelles il est rapporté que les sujets rendirent par l'anus, non pas l'appendice vermiforme qui est par côté , mais une portion askez longue du tube intestinal lui-même? Plût à Dieu que Georg. Franc (i) (car son malade ne survécut pas comme ceux de Becker et des autres, et il mourut peu d'heures après une déjection de cette espèce) eût obtenu la permission de reconnaître sur le cadavre le lieu d'où une portion entière de V intestin grêle , longue d'un empan et plus , avait été détachée avec une partie du mésentère encore attachée à elle y portion qu'il soupçonnait appartenir au jéjunum à cause des valvules conniventes dont elle était fournie à l'intérieur; quoique, si une séparation de cette espèce est étonnante, on doive bien plus s'étonner de la réunion qu'il faut concevoir entre les parties de l'intestin dont la portion intermédiaire fut détachée sur les deux autres malades, dont aucun n'aurait pu survivre s'il fût resté un passage ouvert des intestins dans la cavité du ventre. Au reste lorsque J. P. Al-
" * ' I Il I I 1.1 I ■ Ml O— »■— ^— ■!! I ^ ■!<
(ï) Earumd. dec. 3 , a. 5 et 6^ obs. 177.
brecht(i)etAndr. Westphal (2) rapportèrent leurs histoires, ils imaginèrent ingénieusement qu'il s'était fait auparavant une intus susception, c'e^tà-dire une descente de la partie supérieure de l'intestin retourné dans la partie qui suivait immédiatement, de telle sorte que la séparation de la partie tombée à la suite de l'inflammation et de la gangrène ne s'opéra pas avant qu'il ne se fût formé dans le lieu de la séparation quelque agglutination entre l'intestin recevant et l'intestin reçu. Car relativement à la partie rejetée , quoiqu'^^A^ assez grand nombre d'auteurs aient douté dans la première observation que ce fut une véritable portion d'intestin, et que Bruchmann et Hoffmann aient cru dans la seconde que c'était seulement une tunique de l'intestin, ou un mucus semblable à une tunique; cependant il ne manqua pas de témoins dans la première , et dans la seconde d'autres savans et surtout le grand ordre des médecins de Greifswald vers lesquels il est dit qu'on envoya pour faire examiner ce qui fut rendu, prononcèrent que c'était vraiment une portion intestinale. A ce sujet j'ai fait une remarque qui pourrait paraître ne point s'accorder suffisamment ni dans l'une ni dans l'autre histoire avec l'intus-susception imaginée. En effet, l'intestin étant retourné comme on le suppose, les valvules auraient du se trouver non pas à la face interne ^ mais à la face
(i)X)ec. eâd.^ a. H, obs. 129.
(2} Disput. quac partem intest, jejuni., etc.
VT.S FLUX DU VENTRE. â^I
externe, et une certaine portion de l'épiploon ou du mésentère aurait dû être attachée non pas e,rtérieurement y mais intérieurement; quoique l'on puisse dire que ces faces ont été désignées non pas comme elles étifîent alors, mais comme elles avaient été auparavant dans l'état naturel, ou que l'intestin retourné s'était déroulé et avait repris son état primitif, soit en descendant jusqu'à l'anus à travers le reste du canal qui s'agitait de mille manières au milieu des douleurs les plus violentes, soit en sortant à travers l'étroitesse de Tanus, soit enfin, après sa sortie, entre les mains mêmes de ceux qui l'examinaient. Quoi qu'il en soit, quand vous aurez lu tout cela, et que vous aurez jugé ce qu'il faut accorder à ces observations (car je vous laisse la liberté d'adopter l'opinion ou de ceux qui croient, ou de ceux qui doutent, ou de ceux qui font quelque concession), vous vous étonnerez moins , je pense , si vous apprenez désormais que quelques dysentériques soient guéris même après avoir rendu par les intestins de véritables membranes ou caroncules.
27. Quoique j'aie écrit sur la dysenterie beaucoup plus longuement que je n'en avais eu l'intention au commencement, cependant avant de finir je veux ajouter quelque chose sur le ténesme, non pas comme je vois que cela a été fait dans cette section du Sepulchretum (i), sur celui qui dépend
(i) Obs. agetseq.
ri22 TREISTE-TJ >f li':ME LETTRE.
d'autres causes dont il sera parlé ailleurs, mais seulement sur celui qui est produit par la dysenterie. Je crois que souvent ce qui excite à la fin de ce flux l'intestin rectum à évacuer, ne consiste pas dans la lésion de l'intestin lui-même , mais dépend de restes de mucus acres, et de sang (surtout si la couleur de celui-ci est sale au milieu des mucosités), qui s'arrêtent dans les cellules de la partie voisine de l'intestin colon, et qui en descendent peu à peu et par intervalles en traversant le rectum, jusqu'à sa partie la plus basse, et celle qui supporte moins facilement l'irritation. C'est une chose étonnante à dire combien de temps certaines matières assez abondantes et non visqueuses par elles semblent s'être arrêtées dans les cellules du colon. On me demanda, Tan 1744 5 ^^^' nom d'un médecin savant et sincère, où je pensais que des pois qui avaient été mangés, avaient pu rester pendant cinq mois entiers dans le ventre d'un homme. Car ce médecin affirmait qu'il y avait dans sa cité un individu, qui après avoir mangé de ces légumes en grande quantité et fort souvent au mois de juin, fut attaqué d'une dysenterie et du hoquet au mois d'octobre, et qu'il ne put être guéri que lorsqu'il eut rendu au mois de décembre environ deux livres de pois entiers, si bien que plusieurs médecins étonnés en ont conservé un grand nombre. On racontait d'ailleurs que la même chose était arrivée autrefois au père de cet homme, mais pendant moins de mois. Je
répondis que si cela était vrai (car je ne pouvais nier décemment une chose très*connue dans celte ville d'a[)rès le témoignage de plusieurs personnes, attendu surtout que j'avais lu dans des auteurs recommaudables des choses beaucoup plus difficiles à croire), et que si la structure de Testomac et des intestins élait la même sur ces deux, hommes c|ue sur les autres, je ne voyais pas où ces pois auraient pu s'cîrrêter moins difficilement que dans plusieurs cellules de l'intestin colon, où ils se seraient distribués; car réunis ils auraient obstrué la voie de cet intestin, et à plus forte raison celle des intestins^rêles, et ils auraient été pour resloniac d'un poids extrêmement lourd, et très-incommode, par la raison qu'outre leur pesanteur ils n'avaient point été mâchés comme on le voyait par le fait, ni peut-être suffisamment cuits, et qu'ils étaient non pas verts et tendres,, mais déjà jaunârres et xmi peu durs : que peut-être ces hommes avaient naturellement ces cellules un peu plus grandes et leurs fibres plus relâchées, mais qu'il était presque certain qu'ils avaient dans le tube intestinal des matières très -visqueuses et très-tenaces, puisqu'ils étaient accoutumés à mâcher aussi peu les alimens : que par conséquent les pois embarrassés au milieu cle ces matières, et comme agglutinés aux parois des cellules, s'étaient arrêtés, jusqu'à ce qu'ils furent chassés par les tranchées de la dysenterie et par les efforts des déjections.
224 trejxte-UjViè^ijl: lettre.
28. Mais qiioiqu'en expliquant ce ténesme qui succède à la dysenterie, je partage souvent, comme vous avez vu, l'opinion de Sydenham (i), de manière à ne point admettre l'existence d'un ulcère dans l'intestin rectum , ne croyez cependant pas que je m'arrête à sa doctrine au point de ne pas craindre quelquefois qu'une ulcération ou une autre lésion grave ne soit la suite d'une dysenterie dans cet intestin, instruit que je fus déjà dès ma jeunesse par l'issue d'une douleur qui se manifesta dans le rectum après une dysenterie, et sur la cause de laquelle mes maîtres avaient été d'un avis différent. En ef^t une dysenterie ayant cessé d'elle-même environ quinze jours après son commencement sur une femme du premier rang, comme celle-ci se plaignait d'une douleur au bas de l'intestin, où elle souffrait toujours lorsqu'elle rendait ses excrémens, mais 011 elle éprouvait aussi de temps en temps le sentiment de certaines piqûres, l'un croyait, parce que la femme était délicate, que cela dépendait seulement d'une légère écorchure de la tunique interne, et l'autre, c'est-à-dire Albertini, qui remarquait qu'à celte douleur se joignait, outre la fièvre, un sentiment continuel de pesanteur, non sans une certaine sympathie qui s'étendait jusqu'aux cuisses et jusqu'au bas des lombes, mais que le ténesme était nul, ou presque nul, craignait quelque chose de
(i) Obs. med. circa morb. aciU. , s. 4 , c. 3.
plus grave, jusqu'à ce que la fièvre ayant augmenté avec un frisson, il prédit alors ouvertement la manifestation d'un abcès. Ce pronostic fut promptement confirmé par l'événement; car il sortit environ deux onces de pus, et celui qui avait été d'un avis différent, vieillard plein dc/ franchise, non-seulement avoua, mais encore loua la vérité de la prédiction , ce que font peu de médecins. Mais j'aurai dans la Lettre suivante (i) une occasion pour parler d'une lésion du même intestin plus grave et moins connue parmi le peuple. Adieu.
{i)N. 6 et seq.
XXXIP LETTRE AN ATOMICO -MÉDICALE.
Du Serrement du Ventre et des Hémorrhoïdes^
I. J'ai observé, il est vrai, sur beaucoup de sujets le serrement du ventre^ affection opposée à celle sur laquelle je vous ai écrit dernièrement, tantôt sans une altération. manifeste de la santé, quoique quelques-uns fussent accoutumés à ne rien évacuer pendant des semaines, et même, comme le célèbre Zéviani (i) l'a noté, pendant un mois, et tantôt (ceci plus fréquemment) avec une lésion évidente, qui était suivie de la mort même. Cependant j'ai à peine à vous décrire ici une seule observation de cette maladie jointe à la dissection; car relativement aux autres histoires qui appartenaient en outre aux vomissemens, au volvulus et à d'autres affections de cette espèce, je n'ai pas jugé à propos de les en séparer. Si on eût fait cela aussi dans le Sepulchretum , les observations de cette treizième section se réduiraient à un bien plus petit nombre. En effet, vous verrez qu'on a noté dans la plupart d'entre elles à quelle autre section il faut lire ce qu'on en a retranché. Mais de plus, trois pages sur lesquelles vous jetterez les yeux, 193, 197, 2o3, suffiront pour vous démon-
^(i) Del flato^ etc., I. 2, c. 1 1.
trer très clairement qu'il y avait encore d'autres observations pour lesquelles il aurait fallu noter la même chose. Car lisez dans la première de ces pages le §. 2 de l'observation troisième, vous croirez que cet exemple appartient à ce sujet seulement; mais le §. 3 qui vient immédiatement après indiquera qu'il a été placé deux fois à cet endroit, et que ce qui manque dans l'un et dans l'autre il faut le chercher ailleurs, c'est-à-dire dans la quinzième observation de la huitième section du troisième livre. Le §. s>. de la neuvième observation, comparé avec le §. 8, fera voir qu'il y a une répétition semblable dans la seconde page; car quoique l'imprimeur ait commis à ce dernier paragraphe une faute grossière en écrivant dans le côté gauche sous la région du foie ^ ce n'en est pas moins le même cas que celui qui est rapporté dans le premier , où l'on a bien écrit dans le côté droit, comme vous le verrez clairement dans la section suivante (quatorzième) qui y est désignée , et dans laquelle cette histoire est décrite un peu plus longuement au §. 1 de la huitième observation. Enfin la troisième page vous fera connaître ce qui y est répété, et ce qui y est orliis malgré cela, aussitôt que vous aurez comparé le §. 9 de la douzième observation avec le §. 3, et tous les deux avec la section septième qui est indiquée dans le dernier, et où vous verrez l'exemple décrit longuement dans l'observation trente-troisième.
Mais qu'il suffise de vous avoir montré ces repé-
328 TRENTE-DEUXIÈME LETTÎIE.
titions, qui sont si rapprochées. Parmi les plus éloignées que je vous laisse à chercher, il en est une que je ne puis passer sous silence, et que l'on reconnaîtrait avec plus de difficulté à cause de la supercherie ordinaire de Blancard. Lisez^ je vous prie, le §. 6 de l'observation première, et comparez ce que Formius a rapporté sur un cordonnier, avec ce que Blancard a écrit dans la troisième observation des supplémens sur un porte-faix; vous comprendrez que c'est le même fait de part et d'autre, mais que le cordonnier de Formius a été changé par Blancard en un porte-faix, pour qu'on ne le reconnût pas facilement. Si je mets aussi souvent à découvert de tels artifices de cet auteur en vous écrivant, je le fais pour que vous suspendiez votre assentiment lorsque vous lirez dans un écrivain, du reste savant, que Blancard s'est rendu coupable ^ il est vrai, d'un plagiat à peine
excusable dans son Analoniie Réforniée , mais
que de plus grands éloges sont dus à son Jnatomie Pratique Rationnelle j c'est-à-dire à ce livre d'après lequel les exemples que je vous cite ont été rapportés dans le Sepulchretum.
2. Cependant il ne manquait pas d'autres histoires relatives à cette section , qu'on aurait pu extraire, soit d'ailleurs, soit du Sepulcliretum luimême. Car, par exemple, Saxonia(i) avait vu dans cette ville un ouvrier, qui après une longue sup-^
(i) Praelect pract.^ p. 3, c. 19.
pression des eK^acuations alpines et de grandes doubleurs du ventre ^ rendit en partie par V usage de la-vemens irritans , et en partie par d'autres remèdes y plusieurs petits cailloux de la grosseur d'une noi-sette ^ d'une couleur jaune ^ et d'une telle dureté, qu'ils purent à peine être brisés. Cette observation n'aurait pas été déplacée dans cette section, à l'endroit où (i) le serrement du ventre est rapporté à des calculs de la vésicule biliaire; ou bien si ces petits cailloux paraissaient trop durs et trop gros pour qu'on pût les faire provenir de cet organe (quoique les canaux de la bile se trouvent quelquefois extrêmement dilatés), elle ne l'aurait pas été du moins là (2) où la cause de la constipation est attribuée à un calcul de la grosseur d'une châtaigne, qui était adhérent à l'intestin colon. D'ailleurs, puisque plusieurs autres observations déjà décrites plus en détail dans d'autres sections sont répétées dans celle<:i , pourquoi y a-t-on omis cette histoire (3) étonnante d'un maniaque qui se gorgeait de tout ce qu'il rencontrait, et dont le ventre extrêmement gonflé n'éprouvait aucune évacuation pendant quinze ou seize semaines? Ou bien, pour ne pas trop m'éloigner d'ici, puisque l'observation de Holtzach (4) recueillie sur un des
(i)Obs. i2,§.2,3,7,8.
(2)Obs.9,5.4.
(3) L. I , s. 9, in addit. obs. 1
(4) Obs. 11,5.6.
'23ô TREIVTE-DEIJXIÈME LETTIIE.
sujets qui rendaient les excrémens par la verge, est répétée d'après la section précédente (i) parmi les exemples rapportés dans celle-ci sur des enfans, qui nés avec une imperforation de Fanus ne pouvaient rien évacuer par cette voie, pourquoi en a-t-on omis une semblable qui y avait été décrite (2) d'après Fabrice de Hilden, et deux de Mœbius (3) , dont la première est parfaitement semblable à celles-là, et dont la seconde appartient à une petite fille de six mois qui rendait les matières {écoles j?ar la vulve?
3. De ce dernier genre est une observation de mon compatriote Mercuriali (4), qui est devenue extrêmement célèbre dans les ouvrages des médecins écrivains, Dan. Sennert (5), Tho. Bartholin (6), J. Rhodius (7) et autres. Mais il est étonnant de la part de Rhodius, qui passa trente sept ans à Padoue, et qui y recueillit et publia ses observations l'an 1607, qu'il ^^^ ^^ ^^^ P'*^ informé de ce qui était survenu à cette même petite fille dun Hébreu appelé Theutonicus ^ qui était née avec une imperforation de l'anus, et que Mercuriali ^àvait vue dans cette ville rendre les matières fécales
(1) Obs. 24> §. 1.
(3) Obs, 21.
(4) De morb. puer. , 1. i , c. 9.
(5) Medic. pract. , 1. 4^ p- ^ ^ s. i , c. 1 in fin.
(6) Cent. 2, hist. 63.
(7) Cent. ij obs. c)i.
par la vulve y et survivre néanmoins, ce dont quelques personnes pouvaient douter. Mais comme Rhodius n'ignorait nullement d'après une observation semblable et aussi célèbre de Beniveni (j)^ qu'une autre petite fille n'avait pas vécu au-delà de seize ans , il aura cru facilement que cette Hébreuse avait peut-être succombé aussi, peu d'années après que Mercuriali l'eut vue (or il l'avait vue avant l'année i585), au même genre de mort, c'est-à-dire à des douleurs des intestins produites par les excrémens endurcis et devenus à la fin trop épais pour pouvoir sortir par une voie non naturelle, qui peut-être n'était pas propre à transmettre commodément aux intestins des clystères émolliens et lubréfians. Mais soit que cet accident eût lieu plus facilement sur la petite fille de Beniveni parce qu'elle ne déchargeait son ventre que tous les huit jours, soit que l'Hébreuse de Padoue fût plus heureuse, il est certain que si Rhodius avait pris des informations il aurait appris qu'elle vivait encore alors à l'âge de soixantedix ans, bien différente d'une femme (2) de Herborn qui n'en vécut que vingt ; elle survécut même à Rhodius de plusieurs années, puisque par un exemple rare même chez les personnes très-bien constituées, elle vécut cent ans, comme me l'affirma celui qui avait été quelquefois le médecin
(1) De addit. morbor. caiis., etc. , c. 86.
(2) Eph. N. C, dec. 2^ a. 10^ obs. 75.
^32 TREIVTE-DEUXI ÈME LETTRE.
de cette vieille femme, Isaac Cantarini, vieillard savant qui s'entretenait par hasard avec moi de Mercuriali l'an 1719. Au reste, elle avait toujours supporté son incommodité, se rappelant bien le conseil que son père avait reçu de ce dernier.
En effet, lorsqu'une voie étrangère a été ouverte par la nature elle-même et qu'elle peut assez bien transmettre au dehors les excrémens, il faut préférer une incommodité à des dangers nombreux et variés , auxquels il ne faut nullement s'exposer d'après le conseil d'un homme prudent, à moins que la nécessité n'y foi^ce. Car à moins qu'on ne reconnaisse que le trou de l'anus n'est fermé que par une membrane , de telle sorte que par une incision facile et sûre on puisse donner issue aux excrémens qui poussent d'en haut, comme l'anatomie prouva que la chose était possible sur un petit enfant dont le célèbre Baver (i) a fait la description ,' cette opération pratiquée imprudemment hâtera assez souvent la mort de l'enfant, et le discrédit fera avoir en horreur un moyen qui serait utile à plusieurs sujets, s'il était employé avec prudence. En effet, qu'arrivera-t-il si l'intestin rectum n'est point perforé dans toute sa longueur, mais qu'il soit solide comme une corde , comme dans l'observation onzième (2) de cette section du Sepuldiretum ^ ou si, pour ne point citer
(1) Act. eorumd., t. 4, obs. 147.
DU SERPtEM. DU VENTRE ET DES HÉMORRH. 233
dlfférens exemples d'autres vices, cet intestin manque totalement, das dont vous trouverez un exemple au même endroit (i)? Le résultat de l'incision ne sera-t-il pas le même que celui que vous lirez dans ces exemples, et dans Schenck (î>.), où il est dit qu'un chirurgien fit l'incision sur une petite fille de l'apothicaire Siçhard, mais qu'// ne trouva nullement ï intestin rectum y pas plus que cet autre qui fit une incision de la longueur presque du petit doigt SUT l'un des deux enfans dont parle Ruysch (3), et chez lesquels cet intestin manquait tout entier. D'ailleurs les exemples de ce genre ne sont pas extrêmement rares, puisque l'illustre Heister (4) a affirmé en avoir vu deux aussi, et qu'il en a décrit un d'une manière claire (5) : il en existe encore un autre que vous lirez ailleurs, quoiqu'il ait été cité en passant par le célèbre Hoyer. (6)
De plus il arrive quelquefois aussi une chose qui pourrait tromper fort facilement, c'est-à-dire que là partie basse de pintestin rectum ne manque pas, et que le doigt introduit par l'anus la trouvant assez ouverte dans un trajet très-court donne
(2) Obs. medic. , 1. 3 ^ ubi de intest, recto^ obs. 6.
(3) Advers. anat., dec. 2, c. 10.
(4) Instit. chirurg. , p. 3, s. 5, c. i63, n. i.
(5) Eph. N. C. , cent. 3 et 4, obs. 193.
(6) Earumd. cent. 6^ obs. 5g.
l'espoir que l'incision réussira, comme s'il n'y avait que quelque membrane intermédiaire qui interceptât la communication avec la partie supérieure de l'intestin , tandis que cette autre partie n'existe nulle part, et qu'il y a un autre intestin rectum, qui rempli d'excrémens se courbe plus loin de l'anus vers la partie supérieure de Tos sacrum, et s'y termine en se bouchant et en réunissant fortement ses parois, comme le célèbre Pi.-Chr. Wagner (j) l'a vu. Pour moi, je ne blâmerais pas toujours le chirurgien , si le nouveau-né mourait le lendemain de l'incision, comme le fit celui dont les deux petits frères étaient nés (2) aussi avec l'anus imperforé. En effet, de même que j'ai lu que tant d'autres enfans affectés du même vice avaient vécu sept , dix , douze jours ou plus; de même j'ai lu aussi que quelques-uns, sains du reste, et n'ayant non plus été soumis à aucune incision , n'avaient pas dépassé trois jours. Toutefois , à moins qu'il ne soit constaté par l'anatomie que l'opération du chirurgien n'a pas causé la mort, on ne sera pas à l'abri de tout soupçon de l'avoir accélérée, quand surtout on se sera hâté d'en venir à l'incision comme à un moyen nullement dangereux, sans avoir examiné convenablement toutes les circonstances.
Ainsi lorsqu'une voie ^étrangère, quoique in-
(1) Commerc. litter., a. 17 35, hebd. 46, n. 4- (a) Eph, cit. ^ dec. 3 , a. 5 et 6 , obs. 282.
commode, est assez ouverte, et qu'il n'est pas constant que l'intestin rectum descende jusqu'à Tentre-cuisse, de telle sorte que son canal soit couvert par la peau ou par une membrane assez peu épaisse, il ne faut pas chercher à cet endroit au moyen d'une incision ce qui se termine peutêtre ailleurs, par exemple, à la partie supérieure du vagin. Car si l'incision ne pénètre pas jusquelà, il n'y a rien de fait; mais si elle y pénètre, outre le danger d'une hémorrhagie ou des convulsions, il reste deux autres craintes; la première, que la voie ouverte par la nature dans le vagin ne puisse pas se fermer entièrement malgré cela, et la seconde, que l'autre voie ouverte par l'art au lieu de détruire l'incommodité, la double à cause de l'absence du sphincter.
4. Que s'il n'existe absolument aucune issue ouverte aux matières fécales, il faut préférer un traitement douteux à la mort certaine de l'enfant. Car la nature n'a point agi à l'égard des autres animaux comme à l'é^rd de celui que l'on appelle en Y T^iicQ fourmilion , qui d'après les observations de l'incomparable historien des insectes, Réaumur (i), n'a ni anus, ni excrémens sensibles. Si la vache de Périnthius sur laquelle Aristote (2) a rapporté ce qu'il avait appris, avait l'anus imperforé, et si chez elle V excrément de la nourriture
(i) Mémoir. pour THist. des Insect., t. 6, mém. 10. (îî) De générât, animal., 1. 4, c. 4 iu fin*
à36 TREIfTE-DEUXlÈME LETTIÎE.
atténué était transmis au dehors par la vessie, et si l'anus coupé se réunit promptement une seconde fois f sans quon pût triompher du vice en le cou^pant encore^ c'est que d'après ce que je soupçonne, ]e dernier intestin se terminait peut-être à la vessie; et d'ailleurs l'inutilité des incisions confirme ce que j'ai dit un peu plus haut sur la difficulté de parvenir là où il le faut, ou de boucher la voie ouverte par la nature. J'eus le même soupçon aussi autrefois, lorsque j'appris qu'il y avait à Bologne une fille qui n'évacuait point par les intestins, mais qui rendait par la vessie tous les excrémens dissous dans l'urine. En effet, le rectum s'est inséré plus d'une fois à cet organe, comme le prouvent trois observations que vous trouverez réunies dans le Sepulchretum (i) , ou du moins deux, si la troisième est la même que la première, comme cette section treizième (2) semble l'indiquer d'après celle qui a déjà été citée. Que si aucun des enfans dont l'histoire est décrite à cet endroit ne survécut,||J faut peut-être en attribuer la cause, sinon à un trop grand rétrécissement de la voie de communication entre l'intestin rectum et la vessie, comme le célèbre Sandenius (3) le fait voir dans un dessin, du moins à Tétroitesse, à la longueur et aux flexuosités de
( I ) L. 3 , sect. XII , obs. 24 ^ §• ' > 2 , 3.
(2) ^/r/. obs. XI, §.6.
(3) Eph. N. C.^ dec. 3, a. 9 et 10, obs. 194.
DU sêrrem. du ventre et des hémorrh. 287 l'urètre chez riiomme, qui est incapable par cela même de transmettre (1) au dehors pendant fort long-temps, une urine rendue très*épaisse par le mélange des excrémens intestinaux.
Quoi qu'il en soit, toutes les fois qu'il est constant qu'il n'existe aucune issue ouverte aux matières fécales, il ne faut point temporiser jusqu'à ce que celles-ci retenues dans le corps commencent à blesser l'enfant d'une manière Irop grave, et à le rendre par-là moins propre au traitement; mais après avoir annoncé à tout le monde l'incertitude du résultat de l'opération, il faut nécessairement oser l'entreprendre; cependant il faut le faire toujours avec prudence et habileté, de crainte que celui qui ne connaîtrait pas l'anatomie ne blessât peut-être la vessie, ou le vagin chez les petites filles, surtout lorsqu'il faut porter l'instrurnent Irès-profondément. Car, outre une membrane très-épaisse , il peut y avoir quelquefois une chair spongieuse et de la graisse in termédiaire dans la profondeur de deux doigts, comme vous le comprendrez d'après le Sepulchretuni (2); et même quelquefois la réunion intime des parois de l'intestin , comme vous le lirez dans le même ouvrage (3), monte jusqu'à deux articles du doigt au-^ riculaire d'un homme ordinaire, et cependant dans
(i) Vid. tamen Epist. 65, h. 6.
(2)Obs.cit.XI,§. 14.
(3} Ibid, in schol. , ad §. 4-
238 TKENTJi-BEUXlÈME LETTRE.
ce cas Tenfant fut guéri, après un écoulement de sang peu abondant qui eut lieu pendant la perforation, par un traitement convenable auquel il fut soumis postérieurement, en sorte qu'il mourut enfin à Vâge d'un an d'une tout autre maladie, à ce qui paraît, comme vous l'apprendrez en lisant ailleurs (ï) la fin de cette observation, qui est omise mal à propos à cet endroit. Mais vous verrez qu'un autre enfant que Hoyer (2), cité un peu plus haut, guérit au moyen d'une incision qui avait plus î^Cun article du pouce de long^ vivait quatre ans après, et vit peut-être encore; pour ne rien dire de celui qui aurait pu être sauvé, comme le célèbre Huber (3) le fait voir, si le père de l'enfant avait permis qu'on perfoijât un peu plus profondément une m^iSSQ charnu-adipeuse ^ que cet auteur vit après la mort, et qui avait déjà été incisée avec l'instrument pendant la vie dans la profondeur de près de deux tras^ers de doigt; car de cette manière on serait parvenu dans la cavité de l'intestin qui se terminait très-près de là.
5. Mais de même que ce genre de vice peut se guérir quelquefois, lors même que la guérison peut à peine être espérée, de même plusieurs autres sont incurables, comme lorsqu'il existe une occlusion ou un rétrécissement dans quelque in-
(1) Eph. N. C. , dec. 1 , a. 3 , obs. 267,
(2) Obs. 69 cit. siiprà, ad 11. 3.
(3) Act N. C, lorn. 8, obs. 24.
DU SERREM. DU VENTRE ET DES HEMORRH. ^?jij
testin supérieur, cas dont vous aurez des exemples soit dans cette section du Sepulchretiim , soit ailleurs de moi-même. A ces vices vous ajouterez non -seulement la grande excroissance charnue ciJéedans la Leltre précédente (i) et trpuvée par Cortési dans l'intérieur du colon, mais encore un anneau squirrheux formé de glandes que le célèbre Haas (2) rencontra au même endroit, et qui recevait à peine un stylet délié, ainsi qu'une callosité presque cartilagineuse du même intestin, qui rétrécissait considérablement sa cavité, comme Christ. Wencker (3) l'a rapporté d'après l'observation de son frère; à ces lésions vous ajouterez ensuite une telle contraction des tuniques d'une grande partie du colon avant l'endroit où cet intestin approchait du rectum, qu^il n'était pas étonnant que les matières fécales n'eussent pas pu descendre, comme Laubius (4) Ta noté, et surtout ce même vice étendu en même temps à la plus grande partie du rectum, cas observé par un autre médecin, Walther (5), homme très-recommandable par son expérience du temps qu'il vivait. Et pour ne pas m'éloigner de ce dernier intestin , souvent une compression externe y cause
(2)Oommerc.litter. , a. 1742.. hebd. 45, n. 2.
(3) Disserl. sist. virgin. ventric. perforatum , §. 5.
(4) Eph. N. C, cent. 7, obs. 41.
(5) Dissert. de inleslin. angastia , J. '20.
un rétrécissement incurable. C'est ainsi que dans l'observation onzième (i) de cette section du Sepulchretuiriy il est question d'une tumeur comme glanduleuse qui comprimait de part et d'autre la partie supérieure du rectum; or qui aurait pu, je ne dis pas la guérir, mais la reconnaître exactement? Au reste je ne doute pas qu'il ne fallût attribuer la réunion des parois de l'intestin à une tumeur de cette espèce plutôt quà certains remèdes pris très-chauds (2), lesquels auraient desséché et contracté cet intestin, comme le feu a coutume d'agir sur les membranes ; si toutefois la réunion existait dans le rectum , car une portion de bougie fut introduite dans la longueur d'une coudée ^ comme le dit Donatus, et je ne vois nullement comment cela aurait pu avoir lieu sur un homme quel qu'il fût, à moins que la bougie fléchie ne se fût repliée, ou que ces intestins ne fussent disposés autrement qu'ils ne le sont ordinairement. Mais une autre histoire de la même réunion décrite dans la même section (3) d'après Tulpius, fera voir qu'il aurait fallu plutôt rapporter cellelà, en quelque endroit qu'elle fût, à la cause que j'ai indiquée. Cet auteur vit l'intestin dont je parle tellement déprimé par deux calculs de la vessie, c^xx il produisit par son rétrécissement un grand nom-
(2) F'id. schol. subject.
(3)Ob3. 14, §.5.
DU SERREM. DU VENTRE Eï DES HEMORRH. 9.4 C
hre de filamens membraneux qui entrelaçaient d'une manière si étroite son canal intérieur ^ quil ne put plus transmettre aucune partie des excrémens ; or c est absolument de la même manière qu'il avait vu (i) une autre fois des filamens semblables obstruer V œsophage rétréci par un carcinome. Au reste la réunion des parois de l'intestin rectum était incurable ici aussi pour plus d'une raison, comme vous le verrez en lisant cette observation dans Tulpius lui-même, {pt)
D'un autre côté, d'autres observations que vous réunirez à celles du Sepulchretum ^ vous apprendront combien le rétrécissement de l'intestin rectûm, même sans la réunion de ses parois, s'est opposé aux évacuations alvines; telle est celle de Riedlin (3) , qui trouva sur un homme mort d'une obstruction du ventre, une substance en partie charnue et. en partie glanduleuse ^ plus grosse que le poing, et comprimant près de la vessie urinaire l'intestin dans lequel étaient aussi plusieurs excroissances charnues; telle est encore l'histoire de Jannelli et de Lancisi (4), qui observèrent sur une dame un serrement du ventre incurable, produit par une telle dilatation et \\n^ telle pesanteur
(0 Ki(L ejiis observ. medic., 1. 3^ c. 2 in fin.
(2) C. cit.
(3) Vid. Act. Erud. Lips. ^ m. jul. ubi ejus curae med. refe-riintur.
(/4) Eph. N. C,, cent. lO;^ in append. n. 4» V. . 1 6
surtout de la partie basse du colon, que celui-ci poussait le rectum vers rulérus, et qu'il le rétrécissait; telle est enfin celle du célèbre Hasenest (i) qui remarqua que plusieurs appendices adipeux, suspendus extérieurement sur les côtés du rectum et semblables à de petites poires, n'avaient point , il est vrai, donné lieu à une obstruction du ventre à cause de leur mollesse, mais avaient beaucoup nui aux évacuations.
6. Il est encore un autre vice du même intestin, dont je vois qu'il n'est fait aucune mention dans cette section du Sepulchretuni, Ruysch décrit dans ses observations anatomico-chirurgicales (2), et dans ses Adversaria (3), sous le nom ^épaississes ment squirrheux et de rétrécissement extraordinaire de V intestin rectum j un état des tuniques qui consiste dans une épaisseur de près iMxxvi pouce, et dans un tel endurcissement, qu'il ne. savait s'il fallait les appeler charnues ou cartilagineuses, tandis que leur cavité était réduite à une telle étroitesse, qu'on pouvait à peine y introduire quelquefois un stylet délié , et que les excrémens ne pouvaient sortir qu'avec les plus grands efforts, et cela goutte à goutte, ou bien par morceaux à peine plus gros qu'une tige de blé. Il dit que cette affection a lieu rarement^ et que par conséquent
(1) Commerc. litler. , a. 1740, hebd. 3o, n. 1.
(2) Obs. 95 et 96.
(3) Dec. 2 , c. 1 a.
elle est connue de peu de monde; et en effet il ne paraît pas quil Fait vue sur plus de deux sujets, en sorte qu'il la mettait au nombre des lésions qu'il croyait (i) n'avoir jamais été observées par Bidloo.
Je me souviens que j'accompagnai Valsalva , lorsqu'il fut appelé à Faenza, auprès d'un grand personnage, chez lequel les mêmes symptômes démontraient l'existence de la même maladie, ou du moins d'une affection qui en approchait beaucoup. Il me disait qu'il l'avait aussi observée auparavant sur d'autres sujets, qu'il avait également disséqués, à ce que je crois, car je n'ai rien vu de semblable dans la description de ses dissections, et je n'ai trouvé dans d'autres notes que ce qui appartient à deux malades qu'il vit quelques années après, comme le prouvent les conseils écrits pour eux. Il rapporte sur l'un et sur l'autre la difficulté et la douleur qu'ils éprouvaient en évacuant, à des glandes épaissies dans Tintestin rectum et ulcérées en partie, et il écrit qu'on sentait sur l'un à trois doigts environ au-dessus de la partie basse de Tanus, une tumeur formant une saillie circulaire comme un anneau.
Je fus consulté moi aussi l'été dernier pour une dame noble qui déjà depuis plusieurs mois ne rendait les matières fécales que dans un état de compression et en forme de bandelettes, et qui ne
(i) Respons. ad Bidl.
l44 TRENT£-DEIIXIJE]\JE LETTRE.
croyait être aUaquée craucime autre affection que des hémorrhoïdes, tandis qu'on avait trouvé depuis peu de temps chez elle Tintestin tuméfié de toutes parts dans l'étendue de deux doigts autour de la partie supérieure du sphincter de l'anus, avec un tel rétrécissement, que le bout du doigt ne pouvait être introduit sans violence et sans douleur. Comme elle avait eu auparavant d'autres tumeurs aux glandes des aines et des aisselles, ainsi que des pustules et des ulcérations, et comme elle rendait encore à cette époque du pus (quoiqu'eu petite quantité) avant les excrémens, je pensai que ce que Valsalva avait senti avec son doigt sur ces malades existait sans doute aussi sur celle-ci, et je le répondis à ceux qui me consultaient, par la raison surtout que quelques-unes de mes observations me portaient également à le croire. Je vous écrirai d'autant plus volontiers celle de ces observations que je garde encore avec Thistoire de la dissection, que je vois que cette affection, ou du moins une assez semblable à elle (autant qu'on put l'observer pendant la vie), est décrite a\^ec raison parmi les cas rares dans le Commercium lilterarium (i); toutefois je ne trouve pas qu'on ait fait l'examen anatomique du sujet, qui mourut (2) dans un autre endroit d'une passion iliaque. D'ailleurs quoique je lise dans un autre
(i) A. 1742, liehd. 35, §. 3 , n. 1. (2) A. 1744> hebd. 2, J. 3, n. 2.
BU SERREM. DU VENTRE ET DKS HEMORRH. ^45
livre (i) qu'il existait sur un petit enfant une lésion de V intestin rectum telle que celle dont Rujsch rçipporte deux exemples dans ses quatre-vingt-qicin^ zième et quatre-vingt seizième observations anatomiques j c'est-à-dire que vers le sphincter cet intestin était roidi tout autour par une grande squirrhosite y cependant je remarque non-seulement que le même genre de lésion était commun aussi aux autres intestins, mais surtout que le ventre pairesseux dès le principe , devint extrêmement dévoyé par les progrès du temps , et que le plus souvent il rendait sans aucun sentiment les alimens crus aussitôt après leur ingestion. Voici donc mon observation, où les choses se passèrent de la manière suivante. 7. Une femme âgée de plus de cinquante ans, avait été prise déjà trois ans auparavant, à la suite d'une affection qu'elle appelait elle-même hémorrhoïdale, d'une lésion beaucoup plus grave de l'intestin rectum, pour laquelle elle fut enfin reçue à l'hôpital des Incurables de Bologne vers la fin de l'année 1704. Valsai va n'ayant faittju'interroger cette femme, sans même introduire le doigt pour explorer l'intestin, prononça aussitôt qu'elle était atteinte d'une maladie mortelle, et s'étant tourné vers moi, qui étais près de lui : C'est, dit-il, un genre de lésion semblable à celui que je rencontrai (2) les mois précédens à Faenza,
'■ ■ " ■■ -■ I ■ . . .. il m I I i.,ii. I ■ I !■ I III
(i) Act. N. C, tom. 2, obs. 65.
(2) Vid. n. proximo superiore.
. ^46 TRENTE-JDKUXIÈIME LETTKE,
lorsque vous étiez avec moi; car ici Tintestia rectum est également occupé intérieurement dans sa circonférence par une tumeur glanduleuse. Au reste, quoique cette femme n'éprouvât aucune douleur avec les autres indices de cette affection, cependant elle rendait beaucoup de matières fétides, soit ténues, soit épaisses. C'est pourquoi ayant été réduite à une extrême maigreur, elle mourut un ou deux mois après son arrivée, après avoir eu des fièvres qui commençaient par un frisson.
Examen du cada^>re. En examinant moi-même l'intestin rectum incisé en long et déployé, je le trouvai dans l'état suivant, k six ou sept travers <le doigt au-dessus de l'anus il commençait à devenir plus dur et plus épais, et à présenter de toutes parts dans son intérieur des proéminences formées par des corps serrés de la forme et du volume de très-grosses fèves. Ces corps étaient tous d'une surface polie, et d'une substance solide et compacte. lia dureté et l'épaisseur de l'intestin, et la masse de ces corps qui ne ressemblaient à rien tant qu'à des glandes conglobées même par leur couleur, augmentaient d'autant plus qu'on descendait davantage. Toutefois, tandis que la partie basse de l'intestin était saine dans toute l'étendue qui aurait pu être couverte par un travers de doigt , deux excroissances se trouvaient enfin suspendues à l'extrémité même de l'anus, autour duquel la peau était légèrement ulcérée.
^ DU SERREM. DU VEJVTRE ET DES HEMORRH. 247
8. Maintenant pour que vous compreniez que les observations de Valsalva et de moi diffèrent moins qu'il ne le semble peut-être au premier abord de celles de Kuysch, vous trouverez en les comparant que le premier malade (i) de celui-ci rendait les excrémens avec une matière ichoreuse et purulente, et que la maladie du second (li) était regardée par certains médecins comme étant des hémorrhoïdes ; or l'une et l'autre circonstances eurent lieu aussi chez la plupart de nos malades. Je crois même qu'entre autres causes pour lesquelles cette lésion n'a été connue que de peu de monde, quoiqu'elle ne soit peut-être pas très-rare, et pour lesquelles on ne la reconnaît presque toujours que trop tard, lorsqu'enfin on a introduit le doigt dans l'intestin, la principale, c'est que les malades et les médecins croient qu'il n'existe d'autre mal que des hémorrhoïdes. C'est pour cela qu'on résolut d'enlever celles-ci par des incisions dans ce dernier cas de Ruysch, et que ce fut tenté inutilement, comme cela devait être. En effet, en supposant même que ce genre de maladie que j'ai décrit fût tel qu'il pût être enlevé par le fer du chirurgien, cependant le siège même de la maladie, tel qu'il a été observé par Ruysch et par moi , étant souvent très -élevé, il n'y aurait point lieu à ce traitement.
(i) Ohs. ibid, cit. gS.
(2) Obs. 96.
^48 trente-dkuxiême lettre.
Je n'ignore certainement pas cette ancienne sentence (i) qui se trouve dans les livres d'Hippocrate ; En incisant Vintestin rectum^ en le coupant y en le cousant^ en le brûlant ^ en le putréfiant y vous ne produirez aucune lésion , quoique cela paraisse très-grave. Mais je n'ignore pas non plus que ce point de doctrine est rapporté presque toujours par les praticiens les plus habiles à cette partie de l'intestin, que la plupart des chirurgiens s'ab-' stenaient autrefois de couper trop profondément, de crainte de diviser le sphincter de l'anus, et de détruire à jamais sa force et ses fonctions. Si cette crainte n'était dissipée en grande partie par les observations des autres, je pourrais vous confirmer que j'ai entendu Valsalva dire qu'ayant fait l'expérience sur des chiens, il avait observé que ce sphincter, coupé dans toute son épaisseur, avait de nouveau recouvré ses forces, et rempli ses fonctions, quoiqu'avec moins de vigueur qu'auparavant, et qu'il avait remarqué la même chose sur l'homme, quand l'occasion s'était présentée. J'ai même lu dans wuq de ses feuilles écrite depuis ce temps-là, qu'il avait parfaitement guéri, l'an 1708, un homme chez lequel un abcès, et la gangrène survenue après lui , avaient corrodé une ])artie de l'une des fesses avec toute la portion correspondante du sphincter, en sorte qu'il rendrait les excrémens malgré lui; que cet homme réduit
(1) I de haenjorrh.^ n. 1.
en conséquence à l'extrémité en était réchappé, et qn'après I entière cicatrisation de l'ulcère le sphincter était revenu à son premier état.
Mais quoique cela soit vrai, cependant plus on s'éloignera du sphincter en profondeur, plus l'incision sera dangerevise, soit que quelque gros vaisseau sanguin ayant été coupé l'on ne puisse pas arrêter Fécoulement du sang, soit que Ton pique un nerf, d'où il semble que résulta cette douleur mortelle observée par Fabrice d'Aquapendente (i ) , soit aussi que sans blesser ni vaisseau ni nerf on perfore uniquement l'intestin , et qu'on ouvre ainsi une issue aux matières fécales pour se répandre dans la cavité du ventre; or qui pourrait éviter ces dangers dans des incisions cachées et profondes?
g. Ainsi, comme ces causes et d'autres assez manifestes par elles-mêmes empêchent qu'il n'y ait lieu à un traitement efficace , il reste à embrasser de nécessité avec Ruysch (2) et Valsalva , celui qu'ils appellent palliatif. Le premier louait les lavemens émolliens et caïmans. Le second ne les désapprouvait pas, à moins qu'ils ne refluassent aussitôt; aussi recommandait-il plutôt de petites injections, et des bains de siège, en y ajoutant même, autant que le malade pouvait le supporter sans douleur, un petit tube approprié avec des trous sur les côtés , au moyen duquel il reçût le
(i) De chirurg. oper., c. de an. fist. in fin. (2) Obs. cit. 96 in fin.
aSo TRENTE-DEUXIÈME LETTRE.
liquide dans lequel il était assis, au siège même de la lésion , et le conservât après l'avoir reçu pendant le temps qu'il prendrait le bain. Au reste il louait différens liquides suivant le différent état de la maladie, et il recommandait tantôt ce qu'on appelle eau de chaux, qui était plus ou moins délayée, mais qui l'était toujours, tantôt celte eau thermale qui est au-dessus de Bologne, et qui s'appelle Eau de la porrecta veterCy qu'il donnait quelquefois aussi en boisson; d'autres fois, lorsqu'il pensait qu'il ne s'y était joint aucune ulcération, il préparait l'eau commune en y faisant cuire ce qu'il croyait devoir être le plus utile. Il faisait prendre aussi à l'intérieur des remèdes qu'il variait de la même manière, entre autres de la résine de térébenthine, par dessus laquelle il faisait boire de l'eau préparée avec des herbes vulnéraires (quelquefois il mêlait avec cette eau la résine délayée dans un jaune d'œuf , et il s'en servait pour des injections); au contraire dans certains cas, lorsque la saison de Tannée était trop chaude, il négligeait la résine, et il voulait que l'on but de l'eau dans laquelle on avait fait cuire de ces mêmes herbes, ou d'autres suivant les circonstances, mais il y av3it peu de plantes relativement à la quantité de l'eau, afin qu'on pût en boire beaucoup , presque autant que des eaux thermales; tandis que l'biver il donnait à table du vin domestique, dans lequel on avait fait macérer pendant l'automne, lorsqu'il fermentait dans le
I)U SERPiEM. DU VENTRE ET JDES HÉMORRH. 2^)1
tonneau, des racines, des bois, des feuilles, qu'il croyait les plus convenables.
J'ai suivi moi-même les conseils et les exemples de ces deux auteurs , de telle sorte qu'en recommandant davantage différens remèdes aux différens sujets , j'y mêlais presque toujours les anti-vénériens, parce que j'ai remarqué que le plus souvent la vérole précède les affections de cette espèce , et je négligeais bien moins encore les moyens que j'ai reconnus pour être quelquefois d'un grand secours dans la résolution des tumeurs dures. En effet, je pense qu'il faut se servir de ces derniers remèdes plus souvent que des émolliens proprement dits, de crainte que par un trop grand relâchement des fibres les parties ne cèdent peut-être à la matière qui les presse, et que la tumeur n'augmente et n'intercepte toute issue aux excrémens: je crois également qu'il faut faire en sorte que ceux-ci soient mous, de peur que par leur dureté et leur épaississement ils ne s'obstruent à euxmêmes la voie déjà trop étroite, ou que s'ils passent ils n'excitent des douleurs en exerçant une trop grande violence sur la tumeur, et n'augmentent les ulcères s'il en existe; mais que cependant pour obtenir cet effet il ne faut pas se servir, pour ces mêmes motifs, de médicamens qui soient acres par eux-mêmes, ou qui fassent aborder vers cet endroit des humeurs acres et abondantes.
lo. Le serrement du ventre sur lequel je vous ai écrit cette courte Lettre, est suivi de deux ma-
ladies, fort souvent de l'une, c'est-à-dire des hémorrhoïdes, et pas très-rarement de l'autre, c'està-dire de la chute de l'anus. Vous m'avez demandé déjà depuis long-temps un long conseil que j'ai écrit, comme vous l'avez appris , sur cette dernière incommodité, par la raison, je crois, que vous saviez qu'il n'y a dans le Sepulchretum aucune section qui en traite; je vous l'enverrai, quel qu'il .soit, dans la prochaine Leltre. Quant aux hémorrhoïdes, il existe bien uue section dans le Sepulchretum (i) sur cette affection, mais elle est si courte que si on en retranche les scholies, elle occupe à peine une demi-page. C'est pourquoi j'aime mieux ajouter ici quelque chose sur cette incommodité, que d'écrire une Lettre à sou sujet lorsque j'en serai là, attendu surtout que je ne trouve presque pas de dissections qui appartiennent spécialenjent à cette maladie, ni parmi les observations de Valsalva, ni parmi les miennes.
llelativement donc à ce que la dureté du ventre est souvent suivie d'hémorrhoïdes, comme je l'ai dit un peu plus haut, cela n'est pas douteux, et lioerliaave (2) l'explique ainsi : dans les efforts nécessaires pour évacuer, les intestins sont comprimés j le sang artériel est excité ^ le sang veineux est retardé et reste même en stagnation dans les vaisseaux de l'intestin rectum^ se putréfie et produit ainsi une
(i) L. hujns. 3, sect. i5.
(2} Prcelecl. in Inslit. , fj- 774 iû fin.
BU SERRKM. DE VENTRE ET DES HrlMORRH. :253
disposition aux hémorrhoïdes. Je n'ignore pas que le sang reste aussi en stagnation pour d'autres causes dans les veines du même intestin. En effet, comme parmi ces veines les intérieures appartiennent finalement au tronc de la veine-porte, s'il arrive par hasard qu'elles soient serrées ou comprimées trop long-temps soit dans leur trajet, soit à leur terminaison , c'est-à-dire dans ce tronc, par des convulsions, par la distension, par l'obstruction des parties environnantes , il est aisé de coro- . prendre que le sang s'arrêtera facilement dans ces veines; et qu'ainsi cela peut avoir lieu sans difficulté dans les convulsions du mésentère, dans xme tuméfaction excessive des intestins produite par une quantité de vents, et par l'obstruction du foie. C'est à ceci que se rapporte une observation de Vésale, qui est la première et la principale des trois qu'on lit dans cette section très-courte que j'ai indiquée un peu plus haut. Car la rate n'était pas seule endurcie sur le sujet qui avait éprouvé par intervalles un flux de sang par des hémorrhoïdes, comme vous le croiriez peut-être en jetant les yeux sur le cinquième chapitre du troisième livre de la Fabrication du Corps Humain , d'après lequel seulement cette observation a été décrite dans le Sepulchretum ; mais le foie était aussi d'une dureté étonnante y ce que vous apprendrez dans le chapitre quinzième du cinquième livre, où Vésale a rapporté le même cas d'une manière un peu moins succiucte, et vous comprendrez en même
^54 TRENTE-DKUXIEIME LETTRE,
temps, du moins en partie, la véritable cause qu'il ne pouvait pas comprendre lui- même dans ce temps-là, celle pour laquelle la veine hémorrhoïdale interne égalait presque la grosseur du pouce à V extî'émité de Vintesiin colon et dans toute la Ion-gueur du rectum. C'est qu'il n'était pas assez facile au sang de traverser un foie comme celui-là. Mais pourquoi donc, dites- vous, ne s'arrêta- t-il pas également dans les autres veines qui appartiennent au tronc de la veine-porte? C'est pour cela que j'ai dit que vous comprendrez aussitôt cette cause du moins en partie. Ajoutez-y donc, pour passer d'autres considérations sous silence, l'extrême longueur particulière à cette veine seulement au milieu de toutes les autres , en sorte qu'il est beaucoup plus difficile au sang de monter par elle que parcelles-ci, en raison surtout de la situation du corps de l'homme, qui est sans doute une des causes pour lesquelles les autres animaux ne sont pas sujets aux hémorrhoïdes. Que si vous cherchez sur ceux chez lesquels il existe quelque obstacle qui empêche que le mouvement du sang soit facile en haut, la cause pour laquelle les veines se dilatent en varices principalement aux jambes , vous trouverez la même que celle que j'assigne aux hémorrhoïdes. Or vous voyez, même dans le Sepulchretum (i), que Walœus enseigne positivement que les hémorrhoïdes ne sont autre chose
(i) In schol. ad i , obs. sect. cit.
DU SERREM. DU VENTRE ET DES IIEMORRIÎ. sSj
que des varices des veines de Vanus ; et vous lirez dans un autre enrlrpit que Boerhaave (i) confirme ceci, là où il avait déjà enseigné un peu plus longuement sans faire aucune mention de putridité, les mêmes choses que j'ai rapportées un peu plus haut d'après lui.
Au reste, j'ai observé sur un homme (.*) d'une bonne habitude de corps tendant à la plénitude, qui mourut à la suite d'une blessure au-dessous de l'aisselle, et que je disséquai à Bologne l'an 1706, combien ces veines se dilatent. Comme l'extrémité de l'intestin qui paraissait avoir été sujet à il^s hémorrhoïdes, présentait à l'intérieur des inégalités formées par des nœuds variqueux, je fus étonné en examinant très-attentivement le plus gros de ces nœuds, de ce qu'il n'y avait que de petits vaisseaux sanguins très-déliés qui communiquaient avec lui, tandis qu'il était d'ailleurs distendu par un grumeau de sang assez gros;* en sorte qu'il était évident que quelque veine trèspetite était parvenue à cette ampleur par sa dilatation.
Ji. Ainsi, pour qu'il n'arrive point ce que l'on sait n'avoir point lieu sans exciter de vives douleurs la plupart du temps, surtout en évacuant quand les varices se tuméfient et ne se rompent pas, ou bien, si celles-ci se rompent, sans pro-
(i) Praelect. cit. ad §, 112.
(2) De hoc vid. Epist. 44 , lu 22-
2^0 TREINTE-DEUXTÊME LETTRE.
duire un flux de sang quelquefois excessif et laissant après lui des incommodités qui ont suffisamment appris qu'on ne doit pas beaucoup désirer des hémorrhoïdes, il faut d'abord éviter la plénitude; car la nature n'a pas préparé pour les hommes comme pour les femmes chez lesquelles la chose était nécessaire, des voies par lesquelles le sang diminue à propos, mais il faut que ces voies soient ouvertes par une maladie, qui est alors quelquefois salutaire, souvent dangereuse,»et toujours incommode. Ensuite il faut éviter ce qui rend le ventre très-dur; et je ne parle pas seulement de ce qui resserrant les petits orifices des glandes qui lubrifient ces intestins et ce cju'ils renferment, n'en laisse pas sortir assez d'humeur, comme les substances styptiques et acerbes ingérées trop fréquemment ou trop abondamment, mais je parle aussi de l'habitude de manger et surlout de boire beaucoup moins que la nature ne pourrait le supporter. C'est ainsi que nous lisons dans la vie de Sarpi que comme il mangeait très-peu dans sa jeunesse, et qu'il restait même plusieurs jours sans boire, il fut pris d'une constipation de longue durée, telle que non-seulement il n'évacuait point ordinairement pendant trois jours, et quelquefois pendant sept, mais encore qu'il était obligé pour avoir enfin des évacuations, de faire des efforts qui donnèrent lieu pendant plusieurs aimées à beaucoup d^ douleur produite par des hémorrhoïdes, et à la chute incommode de l'anus.
DU SERREM. DU VEJNTRE ET DES HExMORRH. 9.5 J
Que si après avoir évité ce que j'ai dit, et d'autres choses de cette espèce, le ventre continue néanmoins à être plus dur que dans l'état naturel, et que l'usage plus fréquent d'alimens adoucissans ne soit d'aucun secours, vous préférerez à tout moyen , pour empêcher que les efforts ne donnent lieu à des hémorrhoïdes, celui dont je vois que des médecins célèbres se servent pour faire qu'une fois développées elles ne soient pas aussi incommodes pendant les efforts. Ceux-ci injectent avant l'évacuation une once d'huile douce quelconque, et surtout de graines de lin, dont j'ai coutume de faire usage souvent aussi avec suc-' ces, lorsque les excrémens trop durs doivent être ramollis, ou qu'il faut lubréfier la partie inférieure de l'intestin; j'en employé à peu près la même quantité, ou du moins pas beaucoup plus, pour qu'elle ne reflue pas aussitôt, et même pour qu'elle soit retenue plus long-temps. Au reste j'ai également prescrit quelquefois de cette manière l'huile d'olives, depuis que Ramazzini racontait que, comme des moyens nombreux et variés n'étaient d'aucun secours sur une dame accouchée qui n'évacuait point déjà depuis sept jours, il se rappela ce qu'il disait avoir lu dans Mart. Ruland (si je m'en souviens bien), en sorte qu'il fit injecter deux onces d'huile commune par heure, et que de cette manière il lâcha le ventre.
1 2. Cette dame me rappelle un remède qui était mis en usage , à ce que j'ai appris, par une autre
258 TRENTH-DEUXIÈMK LETTRE.
femme illustre qui était tourmentée déjà depuis long-temps par des hémorrhoïdes tuméfiées. Elle était venue ici pour me consulter, et lorsqu'elle me les eut fait voir, je lui demandai comment elle pouvait les replacer quand elles étaient tuméfiées à ce point sans éprouver une douleur insupportable; elle me répondit aussitôt qu'ayant fait Tessai de plusieurs remèdes différens, elle n'en avait trouvé aucun de plus utile que la graisse qui est placée autour des reins d'un chien roux; qu'en conséquence elle frottait avec cette graisse préparée convenablement les hémorrhoïdes qui étaient sorties pendant l'évacuation, et que de cette manière elle les replaçait sans douleur, ou avec une douleur beaucoup plus légère, et cela déjà depuis long-temps que ce remède lui avait été communiqué comme un secret par d'autres personnes qui en avaient fait l'épreuve auparavant. Je savais bien avant cela que les médecins s'étaient servis quelquefois de la graisse de chien, non-seulement à l'extérieur, mais encore à l'intérieur; mais je ne crois pas me rappeler qu'ils l'employassent à cet usage, et qu'ils la retirassent d'une partie déterminée d'un chien également déterminé.
On peut reconnaître beaucoup plus facilement la cause de l'utilité de deux moyens que j'indiquerai; car ils sont mis, du moins, fort souvent en tisage, quoique ce ne soit pas pour la même maladie , ni de la même manière. J'ai donc vu Albertini calmer des douleurs dliémorrhoïdes tuméfiées
DU SERREM. DU VENTRE ET DES HEMORRH. sSq
sur un grand personnage, en appliquant sur elles les parties intérieures d'une courge, ou en faisant des injections avec l'eau dans laquelle ces parties avaient été cuites. D'ailleurs j'ai appris d'un autre grand personnage aussi recommandable par sa dignité que par sa noblesse, puisqu'il avait rempli depuis peu les fonctions de vice-roi; j'ai appris, dis je, dans la conversation qui tomba par hasard sur les hémorrhoïdes pendant qu'il me demandait conseil pour des personnes qui lui étaient très-chères, qu'il avait retiré lui-même un tel soulagement dans les douleurs que cette incommodité lui causait, de l'application faite de temps en temps de compresses trempées dans l'eau tiède où Ton avait fait une décoction de graines de lin, et de trois racines d'althœa coupées par morceaux, que non-seulement les douleurs se calmaient, mais que si on les appliquait aussitôt que celles-ci commençaient, elles ne laissaient point augmenter la tumeur des hémorrhoïdes, et empêchaient par conséquent qu'elles ne se rompissent, et qu'un flux de sang n'eût lieu.
Lorsque ce flux était trop considérable, Valsalva, pour revenir aux médecins, louait surtout trois moyens , parce qu'il avait vu des effets étonnans produits par eux. Le premier consiste à frotter la région ombilicale avec la thériaque fraîche mêlée au poids de six drachmes environ avec quatre grains d'opium, ou même six dans un grand écoulement. Le second est le vitriol calciné, que
sGo TRr:KTK-DEtîXli:ME LETTRE.
les chimistes appellent colchota7\ et qu'on applique sur la partie d'où le sang s'écoule. Dans le troisième on recommande au malade de pousser en dehors la partie basse de l'intestin , pour voir si par hasard, comme il arrive quelquefois, l'orifice ouvert du vaisseau sanguin se présente à la vue; et alors on applique sur cet orifice jusqu'à ce qu'il forme une croûte, un petit morceau de vitriol adapté à l'extrémité d'un stylet, comme les peintresontcoutumed'adapter leur hématite. Mais il voulait qu'on employât ces moyens l'un après l'autre dans l'ordre dans lequel il les proposait, lorsque les premiers n'avaient pas réussi.
i3. Puisqu'il ne s'agit pas ici de remèdes nouveaux, ni de moyens de traitement inusités, mais bien de médicamens qui ont été reconnus utiles d'après le témoignage de malades d'une grande distinction ou de médecins graves , et surtout d'après la méthode ordinaire de Valsai va, j'ajouterai encore une chose pour vous qui désirez connaître à fond cette méthode. Si par hasard il avait rencontré un homme qui eût reclamé avec prudence le secours de la chirurgie, pour ne pas être sujet dans la suite à un écoulement excessif de sang par des hémorrhoïdes, il n'aurait pas suivi, si ce n'est peut-être dans une maladie récente et par un moyen de traitement différent, le conseil de l'auteur d'un petit livre (i) sur les Hémorrhoïdes , qui enseigne qu'i/
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BU SERllEM. DU VENTKE LT BliS UÉMORRH. 261
ne faut laisser aucune hémorrhoïde sans ustion, et qu il faut les brûler toutes; mais il aurait plutôt suivi celui de l'auteur des aphorismes (i) (sect. vi), qui avertit que si un homme étant guéri d'hémorrhoïdes de longue durée , il ne s'en conserve pas une , il est à craindre quil ne survienne une hjdropisie ou une phthisie. En effet, il se tenait soigneusement en garde contre ceci, même dans le traitement des ulcères de Fanus. C'est ainsi qu'en me montrant quelqu'un qui en avait déjà eu pendant seize ans, et qui était assez bien portant encore alors, c'est-à-dire huit ans après le traitement, il me dit : j'ai laissé intact à dessein un ulcère qui était moins incommode que les autres»
Au reste je me souviens que comme on était en controverse pour savoir si c'étaient des hémorrhoïdes ou des ulcères qui maltraitaient deux chevaliers du premier rang, il fit voir aussitôt que c'étaient des ulcères sur l'un et sur l'autre. En effet, lorsqu'il eut introduit profondément le doigt dans l'intestin sur l'un , il indiqua aux autres médecins le siège précis de l'ulcère, dans l'orifice duquel le bout du doigt était reçu et semblait être serré comme dans un anneau; car souvent les ulcères de l'intestin rectum et du vagin sont tels, dit- il, que leur orifice plus étroit se dilate en un sinus plus large. Sur l'autre il fit voir, même sans avoir introduit le doigt, que c'était un ul-
(i) Aplior. 12.
'202, ÏKE:n TE-DEUXliM E LEÏTllE.
cère, et qu'il n'était pas très - profond ; car il y avait quelques personnes entre autres qui pensaient que ce qui était rendu était un mucus exprimé des glandes plus élevées de l'intestin rectum. Mais il les convainquit facilement d'après le témoignage même du malade, qui avouait que cet écoulement avait lieu continuellement; d'où il résultait que les sources de cette matière n'étaient pas au-dessus du sphincter. D'ailleurs comme Valsalva lui-même , dont le jugement était d'un très-grand poids surtout pour une chose comme celle-là, prononçait affirmativement et même faisait voir que cette matière était purulente , il ne restait déjà plus aucun doute qu'il ne fallût la faire dériver d'un ulcère. Or on faisait d'autant plus de cas de son jugement, que tout le monde savait qu'il connaissait aussi bien que qui que ce soit, ce qui est rapporté aussi dans les scholies de cette première observation (i) de la quinzième section, sur des matières muqueuses et blanchâtres qui s'écoulent quelquefois par l'anus, et qui, bien qu'elles en aient imposé pour du pus, ont cependant été reconnues par des médecins très-savans comme provenant des veines hémorrhoïdales, de même qu'il s'écoule souvent des vaisseaux de l'u térus des fleurs blanches sans qu'il y ait lieu à aucun soupçon d'ulcère (cette comparaison est de Plat'er qui a été cité dans les mêmes scholies). Vous expliquerez
(i) Su pi à, ad u. lo.
facilement ceci de la même manière que vous verrez que j'ai expliqué des fleurs utérines de cette espèce dans la quatrième partie des Adversaria (i); c'est-à-dire que vous comprendrez que si les orifices des vaisseauK répandaient du sang lorsqu'ils étaient plus ouverts , quand ils sont plus serrés sans cependant être entièrement bouchés, ils permettent non plus au sang, mais seulement à sa sérosité qui est visqueuse par elle-même sur quelques sujets, ou qui est devenue muqueuse par la stagnation , de distiller peu à peu , ou de passer tout exprimée après les excrémens. Voilà ce que j'avais à ajouter sur les hémorrhoïdes. Adieu.
(i) Animad. 27.
264 lUEiVTE-lKOlSlÈME LETTRE.
XXXIIP LETTRE AN ATOMICO- MÉDICALE.
De la Chute de V Intestin Rectum,
I. JVoN-SEULEMEivT il ii'j a aucuîie section dans le Sepulcliretum Anatomique sur la chute de l'intestin rectum, mais il ne s'y trouve même nulle part aucunes observations anatomiques sur cette affection , autant que je me le rappelle maintenant. Or comme tous les raisonnemens solides que les médecins font sur les origines internes et les causes continentes de la plupart des maladies, sont fondés sur ces observations comme sur des bases stables, il n'est pas étonnant à cause de cela qu'il n'ait point encore paru, ou qu'il ne me soit pas du moins parvenu entre les mains un traité sur celte affection, tel que nous en avons sur quelques maladies même plus rares ou plus légères, c'est-à-dire propre à éclairer suffisamment ceux qui doivent traiter de cette chute sans témérité et avec prudence, et à diminuer leur travail. Je ne me suis jamais plus aperçu que nous manquions de ce traité, que lorsqu'on me demanda ce conseil que vous désirez avoir depuis long-temps, et que j'ai promis de vous envoyer avec cette Lettre. Or je vous l'envoie tel que je l'écrivis alors, si ce n'est que je l'ai traduit en latin ici pour vous. Au reste , je sais que ce que j'écris ainsi ne peut
DE LA CHUTE 1>T^ l'iNTESTIN RECTUM. ^65
avoir d'autre mérite que celui de la promptitude, attendu que ce sont des conseils que les amis des malades demandent presque pour le moment, ou pour très-peu de jours. C'est pourquoi je ne les livre qu'aux personnes pour qui je les ai faits; et il faut nécessairement que les exemples de ceux que vous m'écrivez avoir lus en grand nombre, viennent de ces personnes, à moins que par hasard quelques-uns ne m'aient été imprudemment attribués par ceux qui les ont écrits, comme je me suis aperçu que cela est arrivé quelquefois. Mais bien que je n'approuve pas trop celui que vous recevrez ici, et que je vous en eusse même envoyé quelque autre plus volontiers, cependant s'il ne peut pas servir à vous faire reconnaître quels sont les conseils qui m'appartiennent véritablement, il vous indiquera du moins la plupart des choses que je voudrais que les Anatomistes eussent cherché sur cette maladie. Il était donc conçu dans ce sens.
2. Autant la maladie est évidente, ainsi que la cause qui a augmenté l'affection du sujet, homme aussi recommandable par sa noblesse que par son grand savoir, autant il serait à désirer que je connusse les causes internes qui ont donné lieu à son commencement, et celles qui l'entretiennent encore, et, ce qui est beaucoup plus important, que je susse quels sont les moyens les plus efficaces pour la bien traiter. La maladie est bien une chute de l'intestin rectum, et la cause qui l'a augmentée
consiste dans les efforts excessifs et prolongés faits en évacuant. Mais comment ces efforts l'ont-ils augmentée? D'où et comment a-t-elle commencé? Par quelles causes existe-telle encore, ou, d'après le langage des médecins, quelles sont ses causes continentes? Il m'est très-difficile de supposer et presque impossible de savoir tout cela, surtout dans un si grand intervalle de temps et de lieux. Que si quelqu'un eut pu observer les symptômes et les crises de cette fièvre opiniâtre et incommode à laquelle succéda le commencement de cette affection , et voir exactement à cette époque et dans la suite lorsque celle-ci augmenta, ainsi que dans ces derniers temps, quelles sont les extrémités supérieure et inférieure du tube qui sort, et en quoi ce tube consiste, il serait peut-être moins difficile pour lui de conjecturer les véritables causes de la maladie.
3. Ces causes , en ne considérant même que le genre de celles qu'on appelle conjointes ^ peuvent être nombreuses et très-différentes entre elles. Mon compatriote, le savant Jér. Mercuriali (i) et Ambroise Paré (2) en indiquent principalement une, savoir le relâchement du sphincter de l'anus qui laisse sortir l'intestin. Mais d'une part mon expérience en médecine ne me permet pas d'adopter facilement leur opinion, parce qu'elle m'a ap-
(i) De morb. puer. , 1. i , c. 10.
(îi) Oper. chirurg ., 1. 7^ c. 18.
DE LA CHUTi£ DE l'iNTESTIIV RECTUM. Liôy
pris que la sortie de rinteslin n'a même pas coutume de succéder immédiatement à la véritable paralysie de ce sphincter, et qu'elle ne survient erifin qu'après un certain temps; et de l'autre part je conçois surtout combien ce muscle est encore fort chez notre malade, et combien il résiste comme les antres à tout mouvement même violent. D'un autre côté, J. Riolan (i) (je parle du père) ajoute le relâchement des releveurs de l'anus à celui du sphincter, et cette opinion est admise par une grand nombre de médecins. Quant à moi, je ne pourrais pas affirmer comme une chose certaine si ce dernier relâchement existe dans ce cas^ ni s'il exista dès le principe, et je ne voudrais pas le nier avec confiance. Je dis seulement que si par hasard il existe, il est certain qu'il n'existe plus seul. En effet, je sais par l'anatomie que la partie de l'intestin qui pourrait rester hors de l'anus par la seule raison qu'elle ne serait pas relevée par ces muscles, est la plus basse qui n'a que peu de doigts de longueur, et non pas celle qui est au dessus d'elle, et qui est longue d'environ huit ou dix doigts, et même de seize ou de vingt, si on considère la duplicature qu'elle forme en se renversant en dehors.
4. Il est donc nécessaire d'imaginer ici d'autres catises, et entre autres celle qui est indiquée par le savant médecin consultant, c'est-à-dire la sépa-
(i) Meth. med. sect. 3, ubi de ileosi.
ration de l'intestin d'avec le mésocolon, ou quelque autre qui reviendrait au même, et qui serait plus facile, comme le relâchement opéré peu à peu de la dernière partie de ce mésocolon qui sert de lien soit au rectum , soit au trajet voisin flexueux et mobile de l'intestin colon dans lequel celui-ci se termine.
Je n'ignore pas qu'il ne paraît pas vraisemblable à certains médecins des temps très-modernes que tout le corps de l'intestin sorte, lorsqu'ils considèrent la fermeté de ses liens, et son étroite liaison avec le vagin chez les femmes, et avec le col de la vessie et les parties voisines chez les hommes, et qu'ils ont égard en outre à une observation qu'ils rapportent d'après Cowper (i) relativement à un homme, qui, ayant supporté l'extirpation des parties putréfiées qui étaient restées suspendues après une chute de l'anus de longue durée et après un sphacèle de celui-ci déterminé enfin par une trop grande intempérance, nonseulement recouvra sa première santé, mais encore fut entièrement guéri de la chute de l'anus. Ils croient donc avec le célèbre Junker (2), que ce n'est pas tout le corps de l'intestin qui se renverse et sort, mais seulement sa tunique interne relâchée et épaissie. Je ne nierais pas que leur opinion ne soit fortifiée par ce que l'on croit avoir
( I ) Anat. of. hum. 60 1 , t. 89 , F. 7, (a) Consp. racdic.^ tab. UQ.
DE I.A CHUTE DE l'iNTESTJN RECTUM. sGg
lieu de la même manière dans les chutes plus fréquentes de l'utérus, c'est-à-dire du vagin , que beaucoup de médecins confondent mal à propos avec les chutes de l'utérus lui-même, qui sont certainement raines. Mais, quoique je n'ignore pas cela, et que je sache combien les membranes relâchées et abreuvées d'humeur peuvent devenir plus longues et plus épaisses, cependant lorsque je relis ce que Fabrice d'Aquapendente (i) écrit avoir vu sur ceftains sujets , savoir une chute de Vanus tellement longue quelle égalait la mesure d'un avant -bras y et tellement grosse quelle mesu-^ rait les deux avant-bras réunis ensemble (ce passage avait peut-être échappé à Junker (2), puisqu'il pensa qu'une chute du fondement de la même longueur, qui a été citée par Murait (3), passait presque toute crojance)\ lors donc que je relis de tels faits mon esprit semble pencher à croire avec le célèbre Pol. Schacher (4) que dans certains cas déterminés le phénomène a lieu, non pas de cette première manière, ni de la seconde, mais plutôt d'une troisième qui a été proposée par ce dernien C'est que la partie basse de l'intestin rectum que j'ai dit être aussi fermement unie aux organes voisins, étant immobile, l'autre partie qui est au-
(1) De chirurg. oper. c. de ani procid.
(2) Tab. cit.
(3) Eph. N. C, dec. 2, a. i ^ obs. ii3 in scbol.
(4) Disp. de morb. a situ intest., p, n. c. 'i^ §, 3.
a'JO TREWTK-TROISIKME LETTRE.
dessus d'elle tombe dans son intérieur avec les excrémens, et sort renversée au dehors de l'anus. En effet, il suffit que le mésocolon soit relâché à l'endroit où il renferme le rectum, et de plus, si la chute est fort longue, à celui où il appartient au trajet voisin flexueux et mobile du colon, lequel étant, comme je l'ai dit dans les Adversavia (i), plus long chez les uns et plus court chez les autres, peut s'étendre et descendre plus ou moins, et permettre au rectum cjp tomber. Que si ce que je viens d'ajouter ne suffisait pas non plus, j'imaginerais encore une autre manière, et je verrais, par exemple, si outre les trois précédentes, on pourrait en proposer une quatrième, d'après laquelle ce que j'ai dit tout à l'heure dans la troisième aurait lieu, en même temps que V\ tunique interne étant relâchée et tombant renversée comme il a été dit dans la seconde, s'avancerait par l'extrémité inférieure de l'intestin sortant, et l'allongerait en s'ajoutant à lui.
5. Certes je n'ai pas l'habitude de m'étendre beaucoup dans la partie théorique des conseils médicaux; car je n'ignore pas que la plupart des malades sont semblables à A^% empiriques, qui disent sans hésiter, d'après l'expression de Celse (>.) ^ que ces conjectures de choses cachées n appartiennent point à la question^ parce qu'il n'importe pas
(i) Aniraad. 6.
(2) De nieclic. in praef.
DE LA CHUTE DE L INTESTIN RECTUM. 2^] l
de savoir ce qui produit la maladie ^ mais ce qui la détruit. Cependant j'ai cru devoir agir ici autrement, non -seulement parce que le malade qui réclame mon conseil est très-instruit, mais encore parce que quand même certaines conséquences que je déduirai de ce que j'ai dit jusqu'ici ne prouveraient pas l'utilité de ce que j'ai avancé contre' l'opinion des empiriques, comme la chute dont je parle peut se joindre à Tune, ou à l'autre, ou à plusieurs des différentes causes que j'ai indiquées, et qu'il ne m'est pas permis à cause de ce qui a été dit au commencement (i) de déterminer sans une très-grande difficulté et par conséquent sans un très-grand danger de me tromper, avec laquelle de ces causes elle co-çxiste effectivement, il faut au moins que je conclue par une certaine induction^ comme je le fais, qu'il est toujours vraisemblable, soit qu'il existe ici l'une, ou l'autre, pu plusieurs de ces causes, que la chute dépend d'un relâchement qui est commencé depuis plus de vingt ans, comme son effet le démontre, et qui a fait ensuite des progrès insensibles.
6. D'après cela, de même qu'il existe une indication pour redonner aux parties relâchées le premier état de leur resserrement naturel, et pour rétablir leur union, leur situation et leur vigueur primitives, de même il n'est personne, -
H"]! TRENTE-TROlSliME LETTRE.
pour peu qu'il soit versé dan$ la pratique de la médecine, qui ne comprenne aussitôt qu'il est très-difficile d'y parvenir, pour ne pas dire impossible. Que si, comme Galien (i) l'a enseigné en général, les lésions et les affections du fondement sont difficiles à guérir (ce qui est peut-être cause que certains médecins d'autrefois s'occupaient (2) uniquement de leur traitement), avec quelle plus grande difficulté celle-ci, qui est aussi opiniâtre et aussi ancienne, pourra-t-elle l'être? Je me souviens bien d'avoir lu des guérisons de chutes beaucoup plus considérables, comme celle que j'ai citée d'après Murait (3); mais je ne me souviens certainement pas qu'elles fussent anciennes, et qu'elles existassent déjà depuis vingt ans. Ainsi il devrait nous suffire ici, puisque le relâchement ne peut pas être détruit, de parvenir au moins par le traitement qu'on appelle palliatif, à empêcher, ou à diminuer et à rendre plus supportable son effet de chaque jour, qui est aussi grave soit par l'incommodité qu'il cause , soit parce qu'il augmente la maladie, soit aussi parce qu'il peut quelquefois exposer au plus grand danger, résultant ou de ce que la partie qui tombe augmente excessivement, ou de ce qu'elle est replacée trop tard, ou de ce qu'elle est viciée par le.s
(i) De comp. medic. sec. loc. , 1. 9 , c. 6.
(2) P^id, 1. Gai. adscr. de partib. art. med. , c. 2.
JDE LA CHUTE DE L'iNTESTfJV RECTtlM. 2']3
injures de l'air, ou enfin de ce qu'elle est trop peu comprimée par le sphincter, qui peut se relâcher par le laps du temps, alors surtout que la force de l'âge une fois abattue ne pourra point s'opposer suffisamment à ce relâchement, ni empêcher que celui qui existe déjà n'augmente encore davantage.
7. Mais de même que je comprends que tous les médicamens les plus énergiques ont été employés inutilement pour détruire ce relâchement, de même je vois qu'on a en vain mis en usage contre son effet dans le traitement palliatif, un grand nombre d'instrumens différens, et que c'est pour cela qu'on m'en demande d'autres, et surtout la desxription de celui qu'on dit avoir été inventé autrefois par un moine très -ingénieux, Pa. Sarpi. Mais je crains qu'en définitive on ne puisse rapporter tous ceux que je connais à ceux qui ont déjà été employés, pour ce qu'il y a de principal, sans même excepter celui de Sarpi, puisque je n'en trouve aucune autre description que celle qu'on lit de la manière suivante dans ïlhodius (i) : Que les hémorrhoïdes remises à leur place ^ soient comprimées adroitement avec un an-neau de fer ^ pour qu elles ne tombent pas de nou- \>eau. Plusieurs personnes rapportent que cet anneau fut d'une grande utilité à Va. Servita de Venise^ homme d'un génie supérieur. Or il est retenu de part
(1) Cent. 2 , obs. med. 94»
et d' autre par une peau ^ qui est assujettie du côté du périnée et des fesses par^ quatre bandelettes qui sont cousues aux chefs de cette peau , et qui sont attachées à une ceinture de lin.
Ainsi rinstriiment de Sarpi appartient aux anneaux déjà mis en usage; et c'est au même instrument, et à p!us forte raison aux tablettes trèsétroites d'Hippocrate (i) (il est questiou des tablettes dtrs lieux d'aisances) que revient ce qui est recommandé par Riolau (2) et par deux autres Français, Blegny (3) et Dionis (4), et même avant ce dernier par Murait (5), c'est-à dire une tablette percée d'un trou tel que l'intestin ne puisse point passer pendant l'évacuation. Murait faisait couvrir cette trïbletie d'un linge teint eu bleu avec de Vindigo j non pas avec celui de la terre de Madagascar^ mais avec celui des iles Antilles, Enfin c'est aussi à cela que revient ce que Paré (6) conseillait sans l'emploi d'aucun instrument, en écrivant que si le sujet peut décharger son ventre en se tenant droit et debout ,^ l'intestin ne sortira jamais par /'ç/jfort que Von Jait pour évacuer.
Mais comme le malade en questiou ne peut décharger son ventre qu'en laissant sortir l'intestin
(i) De fistul. , n. 4-
(2) Sect. cit. suprà, ad n. 3.
(3) L'Art de guérir les Hern. , p. 2, sect. 2, c. 8.
(4) Coiir.^ d'Opérat. de Ciiirurg.^ dém. 4-
(5) Schol. cit. siiprà^ ad n. 4.
(6) Cap, oit siiprà, ad n. 3.
DE LA CHUTE DE LJNTKSTJN RKCTUM. 2^5
et en iDettant de côté tout moyen artificiel , je paraîtrais perdre mon temps si je m'efforçais d'imaginer d'autres moyens de la même espèce, et si je ne cherchais pas phitôt la cause pour laquelle l'usage de ces sortes d'instrumens est inutile ici, afin que la connaissance de cette cause excite le génie de quelque chirurgien habile à en inventer un autre tout différent qui puisse être de quelque utilité, ou afin que si l'on voit que ceci soit absolument impossible, la partie affectée ne soit désormais tourmentée par aucuns instrumens.
8. Et d'abord il n'est certainement pas croyable ici qu'il faille nécessairement laisser sortir l'intestin, par la raison que les excrémens trop épais et trop durs ne pourraient point passer à travers les instrumens que j'ai cités; car s'il en était ainsi, on aurait déjà pourvu à ce que cela n'arrivât pas, et l'on y serait parvenu soit par un genre de vie convenable, soit par l'injection d'un liquide peu abondant et approprié. 11 reste donc à croire que tel est le relâchement de tout l'intestin ou de sa tunique interne, que l'un ou l'autre descendant par l'impulsion des excrémens, forme des rides nombreuses et considérables placées les unes sur les autres, et donne lieu ainsi à une sorte de valvule, toutes les fois surtout que l'intestin retenu par quelque moyen artificiel , ne peut point s'étendre entièrement et se déployer, ni ouvrir ainsi une issue aux excrémens.
S'il en est ainsi, il faut rejeter tous les moyens
^2*70 TREj\"TE-TROISIK]VrE LETTRî:.
artificiels de cette espèce, par lesquels cette partie de l'intestin placée entre l'instruiTient et les matières fécales poussées d'en haut, se trouve comprimée j d'où Ton ne peut espérer aucun avantage, et d'où l'on peut même craindre quelquefois de plus grands inconvéniens. A leur place il faudrait tin instrument qui non -seulement soutiendrait extérieurement, comme eux, la partie basse de l'intestin , mais parviendrait en même temps à un endroit où il pourrait appuyer intérieurement et dilater à propos les parois relâchées, pour que les espèces de rides et de valvules ne fermassent point la voie aux excrémens lorsqu'ils devraient sortir, en se retournant devant eux. 11 faudrait donc que cet instrument fût tel qu'il pût s'introduire facilement, et se dilater un peu aussitôt que le besoin naturel commencerait à l'exiger, et qu'il ne risquât point de blesser l'intestin soit par ses côtés, soit surtout par sa partie supérieure ; or pour éviter ce danger on pourrait recouvrir de quelque intestin mou et frais d'un petit animal, toutes ses parties les plus élevées avant de l'introduire. L'instrument connu qu'on appelle spéculum^ dont les chirurgiens se servent pour dilater le vagin et l'intestin reclum lui-même, pourrait peut-être donner plus facilement à quelque inventeur habile et adroit, une idée bien meilleure et moins incommode de cet instrument, avec lequel il suffirait de conserver étendue celte partie de l'intestin qui 6e dilate facilement, c'est-à-dire celle qui est au-
DE LA CHUTE DE L INTESTIN RECTUM. '2^j^
dessus du sphincter, et de ne laisser à travers celui-ci qui résiste davantage à la dilatation , qu'une ouverture qui serait suffisante à la sortie des ckcrémens mous et comme liquides ; car il faut néanmoins faire en sorte par le régime, comme je le dirai, que ceux-ci soient dans cet état.
Mais comme je sais bien que la plupart des machines ne répondent pas ordinairement , dès qu'on les met en usage, à l'espoir et à l'idée de leurs inventeurs, et que je vois très-clairement, surtout dans ce cas, quels inconvéniens pourraient résulter non-seulement de l'introduction et de la dilatation de l'instrument opérées par une main inexpérimentée, mais encore de la trop grande fréquence de ces opérations, et même du mouvement et de la compression de l'intestin pendant l'expulsion des excrémens, et comme enfin je ne puis même pas savoir d'une manière certaine si le relâchement ne commence pas trop haut pour que l'instrument puisse y parvenir, j'avoue que je n'en ai parlé dans aucune autre intention que dans celle d'exciter les autres à chercher quelque moyen plus commode et plus facile; et s'il était certain qu'on put s'en servir d'une manière sûre, et sans la crainte d'aucun danger, alors il ne serait assurément pas hors de propos, ni peut-être inutile d'en faire l'essai.
9. Mais puisque tout le monde tenait pour certain qu'il n'y avait lieu ici à l'application d'aucun instrument pour le traitement palliatif (ce que je
crains beaucoup pour les motifs indiqués tout à l'heure), il ne resterait alors à la médecine qu'à •voir si par hasard on aurait omis dans les moyens mis en usnge déjà depuis long- temps pour détruire ce relâchement, quelque remède qui pût, sinon triompher de la maladie, du moins la diminuer en quelque partie.
10. On tirait autrefois de la chirurgie beaucoup de remèdes contre cette maladie. Riolan (i) recommandait l'application de deux ventouses, une de chaque côté de la partie inférieure de l'os sacrum, ou bien sur les fesses, comme Schacher (2) le rapporte, et il en attendait quelque avantage dans les cas où la principale cause du mal est fixée sur les muscles languissans de l'anus. Pour moi, je n'espère pas beaucoup plus de ce moyen que de l'application de deux cautères au bas de l'épine, que Mercuriali (3) qui a adopté l'opinion des partisans des Arabes, a proposée, et que Marc- Aurelle Séverin (4) a confirmée, à moins qu'il fallût peut-être employer ce remède sur un sujet dont riiabitude du corps serait bien différente de celle de notre malade, et chez lequel la chute aurait été produite ou entretenue par une trop grande quantité d'humeur.
(1) Sect. cit. supra, ad n. 3.
(2) §• 9, cap cit. suprà, ad n. 4-
(3) Cap. cit. suprà , ad n. 3.
(4) De eflic. med. ^ 1. 2^ p. 1 , c. 5o.
DE LA. CHUTE DE L riVTËSTIN RECTUM. ^'J^
Quant au fameux moyen de cet ancien chirurgien Léonula, que le célèbre Dun. Leclerc (i) crut être le même que Léonides, médecin épisynthétique , qui a été cité par Cœlius Aureliaaus (i) ^ je ne passerai pas sous silence les jugemens diffélens que les autres en ont porté, et je ne cacherai pas ce que j'en pense moi-même. Ainsi lorsque la diète n'avait été d'aucune utilité, et que les médicaniens n'avaient pas produit de soulagement, Léonida était d'avis, lorsque le mal était déjà invétéré, qu'il était nécessaire et nullement dangereux de brûler avec quelques cautères l'extrémité de la partie externe du fondement; car de cette manière une cicatrice solide se formant ensuite, l'anus se trouvait resserré dans sa circonférence et la chute détruite. On peut lire ce traitement d'une manière un peu plus claire dans Aétius (3) qui nous l'a gardé, ainsi que d'autres méthodes de Léonida ; Fabrice d'Aquapendente (4) et Riolan (5) l'ont également cité. D'un autre coté non seulement Séverin (6) l'indique, non-seulement il confirme par ses nombreuses observations que le feu lui avait heureusement réussi sur cette partie , quoique
(i) Hist. de la médec. , p. a, 1. 4^ s. 2^ c. i.
(2) Acat. pass. ^ 1. 2, c. i.
(3) Medic. telrab., 1. 4, serm. 2, c. 8.
(4) C. cit. suprà^ ad n. 4»
(5) Sect. cit.
(6) Part cit. , c. gS.
SSO TREIN TE-TROiSlEMK LETTRE.
dans (Fautres maladies, mais encore il appelle lâches les médecins qui rempéchèrent de traiter par le même moyen , un homme de la famille équestre des Surgenti, chez lequel la chute datait de vingt ans, comme celle de notre malade, et n'avait non plus éprouvé aucune amélioration par l'usage de toules sortes de remèdes.
Au contraire Nie. Blegny (i) rejette un traitement de cette espèce comme non moins nuisible qu'inusité de notre temps. D'ailleurs Pi. Dionis (2) dit ne l'avoir jamais vu mettre en usage, et il appelle ses auteurs cruels, en disant qu'il est même horrible à entendre; il croit en outre que s'il se trouvait par hasard quelqu'un qui voulût le tenter, il n'y aurait personne qui ne s'y opposât, et cela avec raison , parce que ces maux peuvent être guéris sans ce moyen ; quoique l'on ne voye pas comment il pouvait prouver lui-même cette assertion, puisqu'il ne propose aucun secours qui paraisse égaler celui dont je parle pour opérer la guérison. Au reste il n'est nullement nécessaire pour moi d'adopter ici l'opinion des lâches de Séverin , ou des cruels de Dionis. En effet, bien que je ne nie pas que le traitement de Léonida ne puisse être utile dans un relâchement situé bas et peu considérable, et que ses avantages né soient confirmés jusqu'à un certain point par l'observation de Cow-
(1) Cap. cit siiprà , ad n. 7.
(2} Denioiiiyt. ibid, cit.
DE LA CHUTE DK l'iIXTESTIIY RECTUM. 28 f
per qui a été citée plus haut (i), cependant dans notre relâchement en question , qui est si considérable et qui paraît commencer si haut, je crains beaucoup qu'il ne soit pas assez utile, et même qu'il ne le soit pas du tout.
1 1. Cependant abandonnant à de meilleurs juges que moi l'examen ultérieur de ces traitemens dont ]es chirurgiens d'autrefois se servaient, je passe à îa considération d'un instrument plus moderne, dont l'auteur assure que l'emploi a été utile dans plusieurs cas de chute. Cet auteur est Blegny (î^), homme fort ingénieux, que je citais un peu plus haut. Il prenait le jabot d'un coq-d'inde, et il liait étroitement son orifice autour de l'une des extrémités d'un petit tube d'argent, court et mince, tandis qu'il introduisait par l'autre extrémité jusqu'au fond de ce jabot une baguette mousse à son sommet; de cette manière il poussait. dans l'anus d'abord le jabot, et ensuite une partie convenable du petit tube, après l'avoir enduite de remèdes astringens; il conservait au dehors la partie restante, qui était faite de manière qu'après avoir enlevé la baguette et introduit à sa place dans cette partie du petit tube l'extrémité du tuyau d'un petit soufflet, et avoir injecté autant d'air qu'il en fallait pour remplir le jabot, ce fluide ne pouvait pas revenir avant que le malade ne le
(2) Cap. paulo anle indic.
aSa TRENTE-TROISIÈME LETTRE.
voulût; par conséquent l'air se trouvant retenu soutenait les parties relâchées, et faisait à la suite de l'opération répétée de temps en temps et pendant long-temps, que ces parties reprenaient leur situation primitive et recouvraient leur ancienne vigueur, autant que la chose était possible. Mais il vaut mieux voir dans l'auteur la description soignée de cet instrument, ainsi que son dessin et la manière de l'assujettir.
Sans doute je suis facilement de l'avis de Dionis (i) en ce que cet instrument n'est pas sans inconvénient, et n'a point pour effet de retenir l'intestin à sa place dans le temps où cela serait surtout nécessaire, c'est-à-dire lorsque le ventre se décharge, puisqu'il doit être retiré alors pour être replacé bientôt après, lorsque l'intestin a été remis à sa place. Cependant , je nie que les bandes et les autres moyens employés extérienrt ment produisent le même effet que lui , comme cet auteur le dit. Déplus, excepté un inconvénient qui n'est pas très-grave, et la circonstance qu'il faut une main prudente pour replacer l'instrument, je croirais qu'il n'est pas tout-à-fait inutile, surtout dans les commencemens des relâchemens de cette espèce. On pourrait aussi réfléchir s'il vaudrait mieux se servir, au lieu de ce jabot, d'un intestin mou de quelque animal brute, qui aurait des tuniques minces, qui serait d'une longueur et d'une largeur
(i) Demonsl. paulo siiprà indic.
DE LA CHUTE DE l'iNTESTIN RECTUM. 283
convenables et nécessaires, et qui serait étroitement bouché en dedans à son extrémité supérieure, et enduit en dehors de ce remède que je recommanderai plus bas (i) après Févacuation ; et lorsque cet intestin aurait ainsi été suffisamment introduit, on pourrait en injectant bientôt de l'air, ou même quelquefois un liquide approprié, le distendre tout-à-fait, ou au moins jusqu'au point de ne pas exciter l'envie d'évacuer.
Il n'est peut-être pas aisé de trouver un moyen plus facile et en même temps plus innocent que celui-là , pour replacer et retenir à sa place naturelle la tunique relâchée, ou l'intestin lui-même, et pour soulager de cette manière leurs liens, afin qu'ils puissent se rétablir et recouvrer leurs forces autant que possible. Au reste, de même que je croirais, comme je l'ai dit, qu'on peut attendre de ce moyen quelque avantage dans les commencemens, et qu'on peut certainement en espérer plus que des tentes, que d'autres emploient souvent avec le même espoir après les avoir imprégnées et enduites de remèdes fortifians, de même j'avoue que je ne vois pas ce qu'on peut en attendre dans une maladie invétérée.
11. Pour ce qui regarde la pharmaceutique, il me convient d'être d'autant plus court, que j'apprends par une lettre du médecin consultant qu'on a déjà employé tous les remèdes possibles du genre —' •" '" ■ I I I y , , ,,,. ,1. ..Il — ' '-■ "' — •
des glutinalifs, des vulnéraires, des astringens et ^»es forlifîans du système nerveux, et que je vois que tous les livres des médecins et des chirurgiens sont remplis de médicainens de cette espèce. D'ailleurs, quoique je remarque qu'il n'est question dans la même lettre que de fomentations, de demi- Lains, d'injections, de cérats , de parfums, et d'autres moyens analogues , appartenant tous à des remèdes extérieurs, cependant je ne doute pas qu'on n'ait employé en même temps les médicamens intérieurs qui leur correspondent. Je comprends sans doute très-bien que ce qu'on n'a pas pu obtenir jusqu'à présent avec ces secours, il faut l'espérer beaucoup moins pour la suite, attendu que la maladie est devehue plus grave pendant ce temps-là, et que ses causes se sont fortifiées davantage. Néanmoins, tant que la force de l'âge et du corps est en bon état, il faudrait peut être revenir à un traitement long et énergique, et il est certain que répété avec précaution et avec prudence il ne serait nuisible en aucune manière. Dans ce traitement, tous les meilleurs médicamens fortifians seraient pris à l'intérieur; toutefois ils seraient plutôt de la classe de ceux qui fortifient le système nerveux, que de ceux qui jouissent d'une force astringente; car le ventre resserré par ceux-ci aurait besoin d'efforts plus considérables et plus nombreux pour évacuer, et ces efforts augmenteraient la maladie de plus en plus, C'est aussi pour ce motif qu'il faut
DE LA CnrJTE BF LlNTiSTiN rxECTUM. tiSo
absolument rejeter les remèdes qui sont réputés purgatifs, attendu qu'ils conduisent à la partie lésée des irritans très-incommodes et nuisibles, et qu'ils les y laissent. Que s'il est nécessaire de lâcher le ventre, il faut se servir des moyens toutà-fait innocensqui vont être bientôt indiqués dans la diététique, ou d'autres qui leur ressemblent. Quant à ces remèdes qu'on emploie à l'extérieur, j'aimerais beaucoup, pour la forme, les demibains et les injections, et pour la matière, les eaux thermales fortifiantes.
i3. Il reste la diététique, dont un bon usage est tout-à-fait nécessaire, soit parce qu'elle seconde l'action des remèdes qu'on tire de la chirurgie et de la pharmacie, soit parce que si on ne répète pas ceux-ci ou si on les répète inutilement, il n'y a plus d'autre moyen que le régime, que nous pouvons employer fort facilemeht, fort innocemment et fort souvent, pour que la maladie soit supportée au moins d'une manière moins incommode et moins dangereuse. Mercuriali (i) en propose iiA qui a pour effet de dessécher; et iî n'est pas douteux que ce régime ne contribue à fortifier. Cependant, à bien examiner les'inconvéniens graves et nombreux qui résulteraient des matières fécales endurcies par ce genre de vie, on verra facilement que nous devons préférer, surtout après que les remèdes fortifians auraient' été
(i) Cap. ciî. supra ;, ad n, 3.
l86 TRENTE-TRO rSlKME LETTRE.
répétés inutilement, an régime qui dessèche celui qui humecte, parce qu'en même temps que celui-ci conserverait la mollesse des excrémens, il corrigerait leur acrimonie. Un médecin très-prudent, Franc. Rédi (i), ordonnait dans un conseil contre la douleur et le flux des hémori hoïdes avec la chute de l'intestin pendant l'évacuation alvine, qu'on bût le matin environ une demi-livre de jus de viande non salé, dans lequel auraient bouilli un assez grand nombre de violettes de mars, et à la place de celles-ci lorsqu'on ne pourrait en avoir que de sèches, de la chicorée, ou de la bourrache, ou de la buglosse, ou du laitron, ou des prunes fraîches ou sèches, ou des pommes d'api, ou d'autres choses analogues. Il recommandait l'usage du petit-lait dépuré et édulcoré avec un julep composé d'une teinture de violettes de mars, ou de pommes d'api. Il louait aussi l'usage du lait d'ânesse ou de chèvre. Au dîner et au souper il recommandait toujours, entre autres alimens, un potage, mais un potage simple, extrêmement abondant en bouillon, dans lequel on aurait fait bouillir des pommes, ou quelques-unes des herbes qui ont été nommées plus haut, et quelquefois aussi un peu d'orge ou de riz. 11 préférait très-souvent les viandes bouillies aux viandes rôties. Il mettait de côté les aromates et le vin, et. il faisait toujours terminer le dîner et le souper par une pomme ou
(i) Opcre dell'iilt. ediz, , t, /^^ vçrsoil fine.
»E LA CHUTE DE l'iNTESTJIV RECTUM. Q187
par une poire cuite, en ordonnant de boire après cela environ trois onces d'eau édulcorée avec un julep d'écorce de citron.
Je ne m éloignerais pas beaucoup dans ce cas, de ce que j'ai rapporté d'après le conseil de Rédi, ou je ne m'en éloignerais qu'autant qu'il le faudrait pour que le ventre ne devînt point par hasard trop relâché. Que si ce régime de Rédi ne suffisait pas ( mais il devrait suffire par un long usage) à rendre le ventre assez mou pour qu'il ne faHût ni efforts ni trop de temps pour le décharger, alors je n'aurais pas de la répugnance à imiter ce praticien, même en ce qui concerne l'administration renouvelée de teaips en temps de deux drachmes (le pulpe de casse à prendre le matin avant le bouillon dont j'ai parlé, et à reprendre, à la même dose, un peu avant le souper, si les deux premiers drachmes n'avaieiit encore produit aucune évacuation. Mais si néanmoins les excrémens continuaient à devenir durs et^ecs, je serais d'avis qu'on dût les expulser, non point par des efforts et par violence, mais au moyen de lavemens. Toutefois ceux-ci devraient être du poids d'une demilivre au plus, afin qu'ils pussent être gardés, et ils devraient être composés uniquement de jus de viande, ou de ce qu'on appelle émulsion d'orge ou de riz qu'on aurait fait griller et cuire préalablement; et cela encore à l'imitation de Rédi. Enfin ce médecin donne de grands éloges k un certain onguent jaune de roses (on l'appelle înanteca)^ tel
q88 trente-troisième lettre.
qu'il était prépare parles parfumeurs du grand tluc d'Étrurie, et il affirme que Tintestiu tombé est replacé beaucoup plus facilement et plus promptement, si l'on enduit son extrémité de cet onguent, qui, outre qu'il pourra calmer la douleur et chasser l'acrimonie des humeurs, sera capable, dit-il, de fortifier considérablement la partie lésée et affaiblie.
Du reste, le genre de vie prescrit, et l'usage de peu de nourriture donneront plus de facilité à replacer l'intestin. En effet, de cetre manière il ne s'accumulera pas une quantité d'excrémens dans * le trajet voisin du colon , circonstance qui est l'obstacle ordinaire qui s'oppose au Iaxis, et il ne se formera pas du sang cjui par sa surabondance ou par une autre mauvaise qualilé puisse épaissir la partie affaiblie. Comme ce dernier effet peut encore avoir lieu par des mouvemens et par des exercices violens, il faudra aussi les éviter, ainsi que (pour tout embrasser en peu de mots) tout ce que l'expérience d'un si grand nombre d'années aura fait reconnaître comme nuisible, mieux que ne pourrait le faire le conseil d'un médecin quelconque.
14. Telles sont les réflexions et la réponse que j'ai pu faire dans un cas très-difficile, détourné que je suis par mes études et par mes occupations nombreuses et variées; je désire de la part de l'homme noble et savant pour qui j'ai écrit ceci, qu'il l'agrée tel qu'il est, de la part du mé*