‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 24 sur 41 · XXXIV^ LETTRE ANATOMICO-MÉDICALE · texte numérisé non relu

XXXIV^ LETTRE ANATOMICO-MÉDICALE

De la Douleur des Intestins.

I. Quoique la plus grande partie des observations qui composent la quatorzième section du troisième Livre du Sepulchretum Anatomique (i), se rapportent aux douleurs des intestins, cependant il y en a encore beaucoup qui appartiennent à d'autres viscères du ventre , tandis qu'il en est quelques-unes dans lesquelles la douleur fut produite non pas par des causes internes, mais par des causes survenues du dehors, comme par des coups et par des blessures. Il ne me convient pas de suivre cet exemple, attendu que j'ai traité ou que je traiterai ailleurs des douleurs des autres parties du ventre, chacune en son lieu, et que je dois vous écrire également à part sur les coups et sur les blessures. Or je ne veux point être ennuyeux par des répétitions, qui sont si peu ési- Xéefi^ àîiVi^^Xe Sepulchretum j qu'on trouve plusieurs observations (i) rapportées deux fois dans cette même section , et que dans les supplémens on en

( 1 ) Confer. y obs. i , §. 2 , et obs. 20 , §. 1 4 ; obs. i , §. 1 3 ^ etobs. 24, §. 2; obs. \ ,§, 14, et obs. 19^ §, 4; obs. 2, §. i et §.3; obs. 5, J. 2, et schol. ad 5. 8 obs. 19; obs. 8^ §. ii.> et obs. 14 ; §• 3 ; obs. 28 et obs. 3o, §. 4»

a répété trois sous le nom de Blancard, dont on n'a pas reconnu la supercherie; ce sont les quinzième, seizième et vingt-troisième, dont les deux dernières avaient déjà été décrites dans la section elle-même (i), comme la première l'avait été dans la section huitième (2), avec l'indication de leurs véritables auteurs.

Mais je n'aime pas trop non plus à imiter l'auteur du Sepulchretum relativement à la division des observations en celles qui appartiennent à la colique , et à la douleur iliaque; non que je désapprouve entièrement cette division, quoique Diodes Carystius, comme Celse (3) l'enseigne, appelât uKîlv^ iléus j, non pas la maladie de l'intestin grêle, mais celle du gros intestin, et quoique Alexandre de Tralles, comme on le voit dans Salius (4), ait pensé que V iléus ne soit autre chose que V intensité et V accroissement de V affection colonique y et que Salins (5) fasse voir que le siège primitif et la cause de l'iléus peuvent se trouver dans ces deux intestins; mais il n'est pas aussi facile que beaucoup de médecins le croient, de distinguer les douleurs de l'un de celles de l'autre, ni par conséquent de diviser d'une manière assez

(1) Obs. 20, §. \iy obs. 3.

(2) In aclclitain, obs. 5.

(3) De medic, 1. 4^ c* i3.

(4) De affect. partib.^ c. 1 1

(5) Ihid.

claire les observations de cette espèce au moyen des symptômes observés sur les malades.

2. Car relativement à ce que l'on dit que les douleurs iliaques sont plus violentes que les coliques, ce qui e$t sans doute vrai, soit que vous pensiez que cela dépende de la quantité des vaisseaux qui fait qu'on trouve aussi les intestins grêles enflammés beaucoup plus souvent que les gros intestins, soit plutôt que vous l'attribuiez au nombre des nerfs, surtout si les villosités qui sont si nombreuses dans les premiers doivent être rapportées au genre des papilles, il est certain que quelques sujets supportent plus difficilement la douleur que d'autres, et que la cause de celle-ci est différente sur les différens individus et plus ou moins grave; en sorte qu'il n'est nullement facile d'établir lequel éprouve réellement une plus grande douleur. Voilà peut-être aussi pourquoi Galien, dont Baillou cherche à concilier certains passages opposés entre eux, comme on le voit dans cette section (i) du Sepulchretwn y a écrit que les douleurs les plus fortes sont quelquefois les iliaques, et quelquefois les coliques. Quant au vomissement, qu'il a dit être plus violent et plus continuel dans les premières, vous trouverez qu'on a fait avec raison une exception dans le Sepulchretum (2) pour les coliques dont le siège se trouve-

(i)SchoLad§.5,obs.5.

(2) SchoL ad 5. 2 , obs. aô in fin.

3oO TRENTE-QUATRIÈME LETTRE.

rait dans ce trajet du colon qui touche le fond de l'estomac. Et pour ne pas trop vous éloigner du Sepulchretum y vous pourrez (i) y apprendre aussi combien souvent ce symptôme est également sujet à exceptions, et par cela même trompeur, quoique du reste il paraisse être le principal, puisqu'on le retire du siège même de Tintestin grêle , et de celui du gros intestin. En effet, vous y trouverez les paroles de Franc. Sylvius, qui enseigne que le colon passant par le milieu de V abdomen enfor^ mant un détour remarquable ^ s'étend souvent fusqu'à V ombilic y et quelquefois jusqu'à la vessie. Si cela est vrai, comme cet intestin quitte sa place et qu'il occupe celle des intestins grêles , vous comprenez clairement combien celui-là peut se tromper, qui accorde beaucoup d'importance au siège dans ce cas. Car alors non-seulement ceux que Sylvius blâme se tromperont, mais encore ceux qui adoptent son opinion. En effet, lorsque la partie du colon qui est ordinairement située en travers au-dessous de l'estomac, ne s'y trouvera pas, mais se fléchira en bas à ce point, il y aura certainement alors erreur de la part de ceux qui soutiendront que cette partie n'est pas le siège de la douleur, par la raison que celle-ci n'existe point en travers dans la partie supérieure du ventre en forme de ceinture; mais ceux-là se tromperont aussi qui croiront avec Sylvius qu une dou-

( 1 ) Scliol, ad obs. 4 1 •

DE LA DOULEUR DES INTESTINS. 3o I

leur développée dans le pourtour et la circonférence du ventre doit être appelée véritablement colique^ car la douleur qui se manifestera dans ce cas à la partie supérieure de la circonférence du ventre ne pourra pas exister dans le colon, qui est éloigné de cet endroit.

3. Au reste ce que Sylvius a dit arriver souvent au colon est vrai, comme le confirmeront un assez grand nombre d'observations soit de Valsaiva,soit de moi, que j'ai déjà rapportées ou que je dois rapporter, quoique je ne ^loive pas avoir l'occasion de rappeler dans cette Lettre tous les corps sur lesquels j'ai vu cette disposition. En effet, il y a long-temps que j'ai commencé à faire cette remarque avant même d'être tombé sur ce passage de Sylvius, comme la seconde partie de mes Adversaria (i) le prouve. Mais j'ai noté aussi da-ns la troisième partie des mêmes Adversaria (2) une autre variété i\\\ siège de la partie inférieure du colon, que je ne dois nullement passer ici sous silence; et bien que je n'aie pas pu citer également à cet endroit selon mon habitude, ceux qui l'avaient remarquée avant moi, Spigel (3) et Riolan (4) , il paraît cependant qu'il leur arriva le contraire de ce qui est arrivé à Valsalva et à moi , c'est-

(1) Animad. 2.

(2) Animad. 6.

(3) De hum. corp. fabr. , 1. 8, c. 5,

(4) Anthropog. ,1. 2^ c. 14.

à-dire de rencontrer plus souvent le colon extrêmement flexueux à son extrémité , et plus rarement dans une direction simple. Mais quoi qu'il en soit, comme dans ces flexuosités non-seulement le colon s'étend sur quelques sujets vers l'aine droite, mais encore s'élève quelquefois jusqu'à la région ombilicale, comme je l'ai vu, surtout lorsqu'il est gonflé par des vents, on voit certainement par-là avec quelle facilité la douleur qui existerait dans cet intestin poui^rait être rapportée imprudemment alors à l'intestin grêle, dont le siège se trouve à ces endroits.

Ainsi ces deux espèces de variétés ne sont nullement rares, soit qu'elles existent dès la naissance, soit aussi qu'elles dépendent d'une maladie, comme les paroles de Riolan (i) l'indiquent : 3' ai vu y dit-il, V intestin colon non tendu directeinent entre le foie et la rate, mais fléchi en forme d'S romaine y et tombé jusqu'à l'ombilic; et Spigel (2) écrivant d'une manière encore plus claire et plus générale, dit que le même intestin sort contre natare de son siège propre dans les coliques y lorsqu'il est distendu par des vents. Que si vous voulez que ce fut pour cela qu'il m'arriva d'observer sur une femme apoplectique (3) qui avait été sujette à ces douleurs, non-seulement que le colon avait des

{i) Jbicl.

(2) C. cit.

(3) Epist. 3 , n. 2.

DE LA DOULEUR DES INTESTINS. 3o3

cellules peu nombreuses et rares, mais encore que son extrémité se contournait vers l'ombilic en foriDant (les circonvolutions plus grandes qu'à l'ordinaire, je ne m'y opposerai pas, attendu surtout que je comprends d'après l'observation qui se trouve sous le numéro xv dans cette section du Sepulchretum ^ et qu'on lit avec plus de détails dan^ la neuvième section du premier livre sous le numéro xlviii; que je comprends, dis-je, que Franc. Sylvius pensa qu'une autre femme avait éprouvé les mêmes douleurs, non pas tant parce qu'il avait remarqué que l'épiploon ne couvrait pas ^o^^ les intestins, ou que ceux-ci étaient un peu éïoi^néià de leur siège (car cette dernière disposition n'est pas rare, et l'autre se rencontre très-souvent), que parce que, si je ne suis dans une grande erreur, il avait trouvé sur cette femme, comme vous pourrez le voir , l'une et l'autre espèce de variétés exposées un peu plus haut.

Que si le siège de l'intestin colon était changé par une cause de cette espèce seulement, il faudrait néanmoins craindre d'autant plus de se tromper, qu'il est question de ce siège sur ceux principalement qui sont sujets à cette cause. Mais sur ceux aussi dont l'estomac est trop ample ou le foie trop volumineux, cette portion transversale du colon qui est placée au-dessous dé ces viscères, est d'autant plus basse que ceux-ci sont plus gros. A ceci se joignent les causes qui abaissent l'estomac, et avec lui le colon, comme nous avons

3o4 TRENTE-QUATRIÈME LETTRE.

va (i) que cela était arrivé sur un jeune homme de Venise à la suite d'une inflexion irrégulière de Tépine.

Mais outre les maladies, il est aussi des constitutions naturelles du corps dans lesquelles le colon occupe différens sièges. En effet, il peut aussi être placé autrement dès la naissance, comme il a été dit un peu plus haut; et chez les femmes grosses, dans les derniers mois, lorsque l'utérus est augmenté de volume , cette partie transversale du colon est plus élevée, comme Spigel (2) Ta noté.

4. Puisqu'il en est ainsi, et qu'on voit assez d'après cela pourquoi je ne divise pas les observations des douleurs qui ont leur siège dans les intestins, de manière à rapporter les unes aux iliaques et les autres aux coliques, je dois dire de quelle division j'aime mieux me servir. Je décrirai donc d'abord celles dans lesquelles les douleurs dépendaient d'une cause qui sans venir du dehors tombait cependant sous les sens, et ensuite celles dans lesquelles la cause était entièrement cachée dans rintérieur du corps. Or en voici deux de Valsalva qui sont du premier genre.

5. Un homme âgé de quarante ans, d'un tempérament bilioso-sanguin , qui portait quelquefois une légère hernie aux aines, fut pris d'une pas-

ri. ■ ■ - ■ - - I II III I ■ I |- ■ IM ■ ' ..,.'.■■.

(i) Epist. 4, n. 16.

(2) C. cit.

DE LA DOULEUR DES INTESTINS. 3o5

sion iliaque après avoir mangé des chardons. II se manifeste bien une légère tumeur aux aines, mais le malade dit qu'il n'y éprouve aucune douleur, tandis qu'il avoue souffrir dans le ventre devenu extrêmement dur par la rétention des matières fécales. Les remèdes étant inutiles, il succombe à un vomissement mortel le septième jour de la maladie.

Examen du cadaK^re, A l'ouverture du ventre, on trouva les intestins gonflés par de l'air, livides et noirs dans une partie où ils se doublaient assez près du cœcum , et par laquelle ils s'introduisaient avec la portion annexe du mésentère qui paraissait comme charnue, dans un petit sac herniaire, long de quatre doigts, mais d'un orifice fort étroit, en sorte qu'ils ne pouvaient point revenir dans le ventre après avoir été distendus par la matière qui y était tombée. Ce petit sac était dans l'aine droite, et il était formé, il est vrai, par le péritoine prolongé et dilaté, mais non , comme plusieurs le crurent autrefois, par le prolongement que cette membrane fournit pour accompagner le canal déférent et les vaisseaux spermatiques; il s'appuyait même par la partie antérieure sur ce prolongement, et sur ç^?* vaisseaux qui étaient extrêmement distendus par du sang ; intérieurement il présentait, de même que la portion interceptée de l'intestin, une couleur noirâtre^ ou plutôt d'un vert noir, comme s'il eût été teint avec du vitriol. D'ailleurs y il y avait dans l'aine gauche un autre

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petit sac parfaitement semblable à celui que j'ai décrit, si ce n'est que la membrane qui le formait, ainsi que les fibres et les vaisseaux , ne s'éloignaient pas de leur état naturel par la couleur ni par les autres qualités.

Dans la poitrine tout était sain. Cependant il y avait des concrétions polypeuses jaunâtres avec du sang grumeleux dans les ventricules du cœur, une plus grosse dans celui du côté droit, et une plus petite dans celui du côté gauche; mais aucune des deux ne se prolongeait hors des ventricules.

6. La cause de cette douleur était manifeste; c'était une hernie incarcérée ^ comme on l'appelle. Il sera souvent question de cette hernie dans cette Lettre, mais en tant seulement que par la compression d'une partie de l'intestin, elle étrangle ses vaisseaux sanguins et ceux de îa partie voisine, d'où il n'est pas nécessaire d'expliquer que dépendent la douleur, l'inflammation et le sphacèle. Je parlerai ailleurs (i) des autres objets relatifs aux hernies, et à la portion du péritoine qui accompagne les vaisseaux spermatiques. Quant à la passion iliaque, il en sera parlé de temps en temps dans cette Lettre, autant qu'il le faudra pour le sujet. Mais vous comprenez déjà facilement que lorsqu'elle a lieu par l'interception d'un intestin, ce qui arrive le plus souvent, les intes-

(i)Epist. 43, n. 6 et 7.

DE LA. DOULEUR DES INTESTINS. 5o*]

tins supérieurs se distendent alors par raccumulatiou des matières qui se forme au-dessus de Fin^ terception, et que de cette distension naît yne autre cause de douleur, qui est encore augmentée elle-même par la putréfaction que contractent par leur séjour les matières accumulées. Mais à quoi attribuerons-nous la cause qui fit que le malade disait dans l'histoire en question, qu'il n'existait aucune douleur là où la lésion était la plus grande? Est-ce que le sphacèle se serait emparé de l'intestin intercepté, sans aucune inflammation antérieure? Mais nous verrons (i) ailleurs s'il peut en être ainsi. Est-ce plutôt parce que, lorsque le malade disait cela, l'inflammation avait déjà dégénéré en sphacèle? Car il y a aussi d'autres choses dans cette histoire, telle qu'elle a été écrite par Valsalva , qui indiquent qu'elle n'avait pas été confiée au papier avec un tfès-grand soin. Du reste il n'a fait non plus aucune mention de douleur dans l'observation suivante , et cependant elle fera voir assez par elle-même si cette douleur put ne point exister.

7. Un homme âgé de cinquante ans , attaqué d'une entérocèle, est pris d'une fièvre ardente, et quelques jours après d'un vomissement d'humeurs qui paraissaient teintes de rouille. Il rend d'abord l'urine difficilement, et ensuite il nen rend pas du tout. Un cathéter est inutilement introduit par

■I -..,... Il II.. .i„,Mi».- m. * I I I ■

(i) Epist. 35, n- 19 et serj.

3o8 TREIVTE-QUATRIÈME LETTRE.

un chirurgien ; car dès qu'il est arrivé près de la vessie, il rencontre un obstacle. C'est pourquoi ces incommodités persistant, le malade meurt.

Examen du cadavre. Le ventre et le scrotum ayant été incisés, des intestins tombés dans celui-ci se présentent atteints d'inflammation; et, quoiqu'il n'existât sur eux aucune ulcération, on aperçoit cependant tant soit peu de sérosité sanieïise dans leurs interstices. On trouve aussi un indice de la même humeur sanieuse dans la cavité du ventre. La vessie était pleine d'urine , quoiqu'elle ne présentât en dedans aucune lésion. Quant à l'obstacle qui s'était offert au chirurgien près de cet organe, ce n'était autre chose qu'un des trous par lesquels sort le sperme; ce trou était tellement dilaté, que l'extrémité du cathéter s'y jeta; car la même chose arriva aussi à un stylel qui fut introduit par l'urètr^^, ouverte en partie après la mort pour examiner le fait.

8. Ce trou était-il plutôt le sinus que j'ai décrit postérieurement dans la caroncule séminale, et qui se serait agrandi outre mesure sur cet homme? En effet, si c'eût été l'un des conduits du sperme, il semble que le sujet aurait dû être affecté d'un écoulement de cette liqueur. Au contraire il est certain que l'orifice de ce sinus est tantôt plus, tantôt moins apparent, ce qu'un homme célèbre, Hen. Bassins (i), a noté également. Quant à moi,

(i) Dec, 1 , obs. anat. 5, J. 9.

DE LA DOULEUR DES INTESTINS. Sog

qui en fais la démonstration tous les ans dans Tamphithéâtre , et quelquefois sur plus d'un cadavre, depuis 1709 que j'en ai publié (i) la découverte, il ne m'est jamais arrivé, que je me souvienne maintenant, de trouver aucun conduit du sperme qui s'y déchargeât, et bien moins encore de croire reconnaître, comme cet auteur^ que ce hiatus fût quelquefois une légère fente ^ cestà-dire un sillon devenu enfin apparent après la flétrissure de ces parties.

Mais quoiqu'il soit vraisemblable que la caroncule dans l'intérieur de laquelle se trouve ce sinus fût agrandie aussi -bien que le sinus lui-même, et que de cette manière elle pût d'une part opposer l'orifice de celui-ci au cathéter peut-être trop mince, et de l'autre part donner lieu à la suppression de l'urine; cependant, comme Valsalva n'a rien dit de plus, je m'abstiendrai d'autant plus volontiers de décider s'il en était ainsi, que, pour passer sous silence une cause citée par Wallher (2) , il n'est pas très extraordinaire que la vessie soit affectée sympathiquement et qu'elle ne chasse pas l'urine lorsque les parties voisines sont atteintes d'une lésion grave, puisque Sennert (3) a mis au nombre de{> signes de l'inflammation des intestins la rétention des urines. De plus, Cœlius Aurélia-

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(i) Ad vers, 4^ animad. 3.

(2) Dissert, de collo viril, vesicaî, etc., s. 3.

(3) Medic. pract. , 1. 3^ p. 2, s. 1, c. 2.

3jo trente-quatrième lettre.

nus (i) plaça autrefois parmi les autres incomluodités qui accompagnent l'iléus , la cessation en^ tlère des fonctions de la vessie et au ventre. Mais il sera question ailleurs de la suppression de l'urine. Maintenant après ces deux observations de Valsalva rapportons-en quelques-unes des miennes.

9. Un jeune homme de la campagne qui avait éprouvé sept ans auparavant une descente de l'intestin dans le côté droit du scrotum, d'où il avait été remis à sa place et retenu par un suspensoire, n'en avait ressenti aucune incommodité tant qu'il se servit de ce moyen. Mais l'ayant enfin négligé, l'intestin retomba au même endroit, lorsque déjà depuis environ deux mois il était en proie à des fièvres intermittentes, et peu de temps après qu'il se fut gorgé de beignets et d'autres pâtisseries grossières de cette espèce. A dater de ce jour, qui était le 3f octobre de l'an lyoS, il commença à être pris de vomissemens d'une matière amère. A ceci se joignit le hoquet le quatrième jour de la maladie, ainsi qu'une douleur du scrotum. L'application d'une compresse trempée dans de l'eau de lessive chaude , paru t diminuer cet te douleur. Mais conmie les vomissemens et le hoquet persistaient, et qu'il existait en outre des douleurs du ventre et de la soif, on le transporta le sixième jour à l'hôpital de Sainte-Marie Jéf /<2 3fo/'^ de Bologne. Là, la main du chirurgien ne fut d'aucune utilité, et les

(i) Acut. pass., 1. 3, c. 17.

DE LA DOULEUR DES INTESTINS. 3ll

secours du médecin apportèrent à peine quelque soulagement. En effet, le hoquet fut dissipé, de même aussi que le vomissement; mais celui-ci ne le fut que pour peu de temps, après que l'on eut appliqué sur la région de l'estomac ce qu'on appelle emplâtre de croûte de pain, et que l'on eut injecté un lavement d'huiles de graines de lin et de violettes. Je le vis pour la première fois le septième jour. La douleur était plus légère dans le scrotum. Le pouls était moins fréquent que je n'avais appris qu'il l'avait été la veille, mais plus petit et plus faible qu'il ne devait l'être chez un jeune homme comme celui-là. La soif persistait. Le ventre ne rendait les excrémens qu'au moyen de l'injection des huiles qui ont été nommées. De plus, comme on avait fait usage ce jour- là d'un lavement fait avec la décoction qu'on appelle carminative, à laquelle on ajouta du miel écume avec deux drachmes d'un électuaire qu'on nomme laxatif bénit, il y eut de nouveau des vomissemens de matières amères , dans lesquelles se trouva un lombric cylindrique , tandis que les substances injec^tées ne furent enfin rendues que plusieurs heures après. Le huitième jour un autre lombric fut rejeté. L'abdomen se trouvant tendu (ce que j'avais aussi remarqué la veille), et résonnant sous la main comme dans une tympanite, supportait le toucher, quoiqu'un peu rude, même à l'épigastre, où le malade éprouvait le sentiment de certaines espèces de morsures. Comme je lui demandais s'if

3l2 TREJVTE-QUATIIIÈME LETTRE.

y ressentait aussi de la chaleur, il me dit que non. Pouls semblable à celui de la veille sous tous les autres rapports, mais cependant beaucoup plus fréquent ; langue sèche; couleur foncée des urines; lividité au-dessous des yeux, et état moins satisfaisant de la face, même sans cette Uvidité ; nuit inquiette. Le neuvième jour tous les symptômes étaient les mêmes; et en outre l'état de la face et du pouls avait empiré, car ce dernier était encore plus fréquent, et ne résistait que peu ou point à la pression, tandis que le visage approchait de la face qu'on appelle Hippocra tique. De plus, comme les jours précédens le malade était inquiet, qu'il avait une voix larmoyante, et qu'il changeait de temps en temps la position du corps et des membres, on remarquait davantage tous ces symptômes ce jour-là. En effet, outre une douleur qui existait constamment dans tout le ventre, le sentiment des morsures revenait ça et là par intervalles, soit sur tous les points, soit surtout à l'épigaslre. La douleur n'était nullement pulsative (car je m'en informai), et il n'existait nulle part aucune pulsation. La sensation douloureuse qu'il éprouvait dans le scrotum, ou dans la partie voisine du ventre, n'était pas la principale ces derniers jours. Du reste, en tâtant le pouls, je remarquai bien qîie la peau était sèche et rude, mais non pas plus chaude qu'elle ne devait l'être. Après avoir pris de la nourriture, il se trouvait un peu mieux. Il disait qu'il était aussi soulagé par

DE LA DOULEITR DES INTESTINS. 3l3

le lavement de ces huiles, et il l'avait confirmé la veille après qu'il eut été injeclé. Mais ce jour-là, lorsqu'on lui en eut donné un autre composé de sucre et de bouillon dans lequel on avait fait bouillir des semences de coriandre, il vomit les alimens pendant qu'il le rendait. Sur le soir il dormit. Interrogé ensuite comment il se trouvait, il répondit qu'il avait je ne sais quoi qui battait à son épigastre, et qu'il éprouvait un sentiment de chaleur dans le ventre. Cependant il était tourmenté de temps en temps par des vomissemens d'une matière plus jaunâtre et plus liquide qu'elle ne l'avait été jusqu'alors. Ce symptôme et tous les autres qui onti été indiqués ayant persisté toute la nuit, il mourut le matin du dixième jour de la maladie.

Examen du cadavre. Le ventre contenait un épanchement considérable de matière de la même nature que celle qui était rejetée par le vomissement; et Testomac et les intestins grêles jusqu'à la hernie en étaient aussi considérablement distendus; d'ailleurs il n'y avait dans tout ce trajet qu'un lombric qui était semblable aux deux qui avaient été vomis. Quant aux gros intestins, ils étaient vides, blancs et sains. L'estomac était sain aussi ; mais l'intestin voisin était devenu tellement livide à la suite d'une inflammation dans Tétendue d'environ six doigts, à l'endroit où il reçoit les conduits biliaire et pancréatique, qu'il sentait déjà la gangrène. Une inflammation plus légère

3l4 TRENTE-QUATRIÈME LETTRE.

et OÙ il n'y avait pas encore de lividité, occupait çà et là le jéjunum, et une partie extrêmement considérable de l'iléon ; car la partie restante, c'est* à-dire celle qui se rapprochait davantage du colon, était plutôt attaquée de gangrène que d'inflammation, comme la description de la hernie le fera voir. Il existait un petit sac pyriforme composé d'une tunique non moins épaisse et non moins ferme que la paroi de l'artère pulmonaire. Il était couvert, avec le testicule et les vaisseaux qui lui appartiennent, non-seulement par le scrotum et par le dartos, mais encore par le muscle crémaster et par la membrane sur laquelle celuici est appliqué. Toutefois le testicule était au-dessous du petit sac; ses vaisseaux lui étaient adhérens extérieurement par le côté interne, et ils entraient dans le ventre près de son orifice, et non par l'orifice lui-même. Cet orifice était une espèce d'anneau épais, qui était formé par le péritoine et par un tendon environnant, et outre Tiléon et une petite portion du mésentère attachée à cet intestin, il recevait aussi lepiploon , dont je n'avais vu presque aucune partie couvrir les intestins du côté gauche, parce qu'il avait été entraîné du côté droit dans la hernie; et non-seulement celui-ci pénétrait jusqu'au fond du sac, mais il revenait de nouveau sous la forme d'un corps cylindrique; que je n'aurais pas su être composé de la substance comprimée de Tépiploon si je ne l'eusse coupé, et il se trouvait attaché à la partie

DE LA DOTJLEUR DES INTESTINS. 3f5

de l'iléon interceptée, non loin de Forifice du petit sac. Au reste tout ce qu'il y avait d'épiploon dans celui-ci, je le trouvai attaché à ses parois par l'intermédiaire d'un corps rouge et flasque, qui pouvait facilement se séparer de lui et du petit sac, et qui semblait n'être autre chose que des cellules membraneuses remplies de sérosité et de sang. Quant à l'iléon, il n'était point attaché au petit sac, et il ne parvenait point jusqu'à son fond, mais un peu au-dessous de l'orifice il se courbait en forme d'arc, et retournait dans le ventre par la même voie de l'orifice par où il était venu, en sorte qu'en le déployant on ne trouvait pas qu'il fût intercepté dans une étendue de plus de quatre ou cinq doigts. Toute cette partie affec^ tée de gangrène était noirâtre, mais elle Tétait beaucoup plus là où elle était serrée par l'orifice du petit sac, dont l'anneau n'était ni moins noir ni moins fétide, ainsi que la partie voisine supérieure de Tiléon ; cette dernière était même tellement putréfiée, qu'elle ne put pas résister à la force de distension opérée par l'humeur, et qu'elle la répandit dans la cavité du ventre par un trou assez grand dont elle était percée. Parmi les autres viscères de cette cavité, qui, comme les intestins, étaient encore assez chauds, le foie avait aussi contracté une lésion; car il était noir à son bord, et noirâlre à sa face concave, ainsi qu'à sa vésicule, qui était d'une grosseur médiocre. Dans îa poitrine tout était sain, quoiqu'il y eut dans

3lG TRENTE-QUATRIÈME LETTRE.

le ventricule droit du cœur une concrétion polypeuse jaunâtre et molle, qui de là étendait des prolongemens blanchâtres jusque dans les veines jugulaires.

10. De beaucoup de remarques qui pourraient être faites ici, quelques-unes trouveront une place plus convenable plus bas, et je dirai un mot de quelques autres aussitôt que j'aurai décrit une autre observation que je recueillis environ quatre mois après la précédente dans le même hôpital.

1 1. Une femme âgée de plus de cinquante ans, qui était affectée déjà depuis trente-deux ans, de deux hernies, toutes deux du côté gauche, l'une à l'ombilic, l'autre au pubis, étant tombée par hasard d'un lieu qui n'était pas très-élevé, ne s'était blessée en aucune manière, si ce n'est qu'elle s'était fait une contusion aux limites de l'une des épaules et du bras. Pendant que la guérison de cette contusion s'opérait avec facilité, elle commença quelques jours après la chute, à avoir le ventre serré, et à vomir bientôt après une matière liquide, jaunâtre, qui répandait absolument la même odeur qu'exhalent ordinairement les excrémens. Le vomissement avait lieu soit dans d'autres temps, soit surtout deux ou trois heures après qu'elle avait pris de la nourriture. Le pouls qui n'était point fréquent, et qui ne résistait nullement à \i\ pression des doigts, était extrêmement petit, surtout après le vomissement, et il le devenait davantage de jour en jour. Comme les lave-

mens n'étaient d'aucune utilité, on donna deux fois du mercure à la dose de deux drachmes, la première fois inutilement, et la seconde avec un tel effet, qu'il y eut trois évacuations alvines, savoir deux d'excrémens solides, et la troisième de matières liquides. Ce remède ne parut point avoir été nuisible. Cependant la femme mourut environ douze heures après avoir pris la seconde dose de mercure, quatre ou cinq jours après que le vomissement eut commencé, et demi-heure après le dernier vomissement, sans avoir eu dans tout le cours de la maladie ni fièvre manifeste, ni convulsions, et après avoir éprouvé des douleurs du ventre tellement modérées, que je n'ai rien de noté sur elles.

Examen du cadavre. Après avoir incisé l'abdomen et mis ses parois de côté, il s'éleva une forte odeur. L'intestin jéjunum et la partie voisine de l'iléon étaient totalement distendus par une matière de la même nature que celle qui était rejetéé par le vomissement. Mais la partie restante de celui-ci et les gros intestins étaient contractés. Le jéjunum était parsemé en certains endroits de stries d'un rouge vif dirigées en long, et ailleurs il était d'un rouge brun , comme l'iléon l'était aussi presque partout. Mais je trouvai ce dernier intestin affecté d'une manière beaucoup plus grave dans l'étendue de trois ou quatre doigts, à un endroit assez peu éloigné du jéjunum. Cette affection existait dans une partie qui s'introduisait avec le mé-

3l8 TRENTE-QUATRIÈME LETTRE.

sentère attaché à elle, dans le petit sac de la hernie inférieure, lequel était courbé en forme d'arc. En effet, quoique cette partie ne fût adhérente ni au petit sac, ni à son orifice qui représentait une sorte d'anneau, cependant ayant été frappée de gangrène, elle était d'une couleur rouge-noirâtre, et il s'en écoulait une sérosité sanguinolente. Du reste la hernie supérieure n'était occupée par aucun intestin, mais seulement par une partie de Tépiploon; examinée en dehors, elle était divisée en deux espèces de monticules, et en dedans elle était composée d'un seul petit sac, pour la formation duquel le péritoine s'était relâché. En faisant l'examen des autres viscères du ventre, outre les intestins (car je n'ouvris point la poitrine ni la tête), je remarquai que le foie était un peu dur, et la rate mollasse, et livide en quelques points de son extérieur seulement. Les ligamens de l'utérus étaient noirâtres, et le viscère lui-même était très-petit et ses parois minces. Après l'incision de celles-ci, leiir substance présenta ime telle lividité dans le milieu, qu'elle semblait tendre à la gangrène. M'étant aperçu que l'utérus était placé un peu plus bas qu'à l'ordinaire, il me vint à l'esprit d'examiner l'intérieur du vagin, pour reconnaître jusqu'à quel pointée premier viscère s'avançait dans celui-ci. Or, à peine les lèvres eurent-elles été écartées et l'orifice du vagin mis à découvert, qu'il se présenta un corps suspendu à ce conduit , corps que quelqu'un aurait pu prendre au premier

DE LA DOULEUR DES IIVTESTINS. SlQ

abord pour Torifice de l'utérus. Mais lorsque j'eus remarqué que ce viscère n'était pas placé assez bas pour qu'il pûtparvenir jusque là, quand même il aurait été très-grand, je disséquai ce corps après l'avoir immédiatement enlevé du cadavre avec le vagin, et je reconnus en lui le corps glanduleux de l'urètre tellement épaissi et tirant en bas ce conduit, qui du reste était relâché et entièrement dénué de rides, qu'il pouvait représenter l'orifice de l'utérus par son extrémité où se trouve l'orifice de l'urètre, et en imposer facilement à un chirurgien peu instruit, et à plus forte raison à une sage-femme.

12. Mais ces derniers objets appartiennent à un autre sujet. Examinons maintenant ce qui a rapport à celui-ci. Relativement à ce que cette femme se plaignait à peine de douleurs du ventre, et à ce qu'elle était sans fièvre, croyez-vous qu'on puisse l'attribuer à ce que r iléus existait sur elle à rai-son de V abolition de la foi ce expultrice y d'après l'expression de Salins (i), ou par Vatonie dépen-dante de V obstruction des nerfs des intestins ^ d'après le langage de Ruysch (gt)? Le premier dit que l'affection a certainement lieu alors sans aucune douleur actuelle ^eX. le second nedoutait pas qu'elle n'eût existé sur une femme pour la même cause sans une douleur notable et sans fièvre. Mais pour

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(i) C. cit. suprà, ad n. 1.

(a) Obs. anat. chir. 91.

ne point chercher maintenant ce que nous verrons plus bas (i), savoir si les intestins étant clans cet état, les matières peuvent en être repoussées et chassées clans l'estomac, afin d'être rejetées par le vomissement, et pour ne point examiner si tous les autres signes de cet état, que Salins énumère, existèrent sur la femme dont j'ai décrit Thistoire, il est certain que ni Salins, ni Ruysch, ne croient qu'il y ait alors une inflammation des intestins; l'un et l'autre parlent au contraire de cette inflammation séparément, et le premier place positivement parmi ses symptômes la fièvre j ainsi que des douleurs violentes qui tourmentent beaucoup les malades. Est-ce donc que sur cette femme chez laquelle il est évident qu'il exista une inflammation des intestins, il existait en même temps une atonie de ces organes? Mais il était certain qu'aucune des causes de cette atonie, que Salins indique, n'avait précédé l'affection. Au reste j'aurai encore à un autre endroit (2) l'occasion de voir, relativement à la fièvre, si elle peut manquer quelquefois quand les intestins sont enflammés.

i3. Mais actuellement si nous considérons dans les deux histoires rapportées les accidens consécutifs à l'inflammation, il sera facile de comprendre combien il faut se hâter quand on veut prévenir cette maladie, et de quels remèdes il faut se

('2) Epist. 35, n. 20. ^

Ï^E LA DOULEtJll DES ÎNTESTÏNS. 32Î

défier quand elle a déjà fait de très-grands pro-» grès; je parle, par exemple, des boules de plomb et du mercure. En effet, si les intestins putréfiés par le sphacèle ne résistent même pas à la matière qu'ils renferment, comme sur ce jeune homme de la campagne (i), il faut prendre garde qu'en prenant plus de nourriture qu'on n'y est forcé par la nécessité , on n'augmente cette matière, et à plus forte raison qu'en avalant des corps trèslourds , on n'accélère la mort, en ouvrant une autre voie que celle qu'il faudrait ouvrir. Ceci iirrive beaucoup plus facilement là où il existe en même temps une constriction qui ne permçt le passage d'aucun corps, qu'après que l'intestin a été replacé. En effet, d'une part la même constriction en viciant la partie supérieure voisine de l'intestin, la rend impropre à la distension et incapable de soutenir le poids, et de l'autre part elle arrête à l'endroit même où l'intestin est le plus faible, ce qui le distend et le surcharge.

Mais,direz-vous, cependant Hoffmann (2) sauva une femme attaquée d'un volvuhjs dépendant de l'interception de l'intestin dans un bubonocèle, en lui donnant jusqu'à demi-livre de vif-argent; quoiqu'il y ait des médecins à qui ce cas paraît presque incroyable. Quant à moi, je le trouve d'autant plus croyable, que déjà auparavant Alph. I — .1 ..■.'»■»

{2) Medic. rat.;, t. 4, p. 2 , s. 5t, c. 4^ obs. 3.

Khon (i) avait détruit sur un homme la même affectivon ck^pendante de l'interception de Tintestin dans une oschéocèle, en lui donnant jusqu'à neuf onces du même vif argent. Mais, quoique les symptômes fussent graves dans l'un et l'autre cas, la constriction de l'intestin pouvait être peu considérable, et il est certain que le sphacèle n'était pas encore déclaré, pas plus que sur ce grand nombre de sujets atteints de volvulus, dont nous lisons çk et là les guérisons opérées par le poids encore plus grand dece remède pris intérieurement. Ainsi, je n'ai jamais eu cette crainte pour ceux chez lesquels les intestins sont encore fermes; car je ne la conçus que lorsque je vis dans la dissection de ce paysan combien ces organes étaient en mauvais état, ce qui me fil conjecturer de quelle manière ils pouvaient être affaiblis aussi sur d'autres sujets, quand la maladie avait déjà fait de grands progrès. Au surplus je suis étonné de n'être tombé, que je me souvieiuie, depuis ce temps-là jusqu'au jour où je relisais ceci, sur aucun auteur de médecine pratique , qui, en parlant de ce genre de secours vanté par le plus grand nombre contre cette affection, ait dit quelque chose de cette juste crainte, excepté sur un dont j'ai lu l'ouvrage (2) tout récemment; je veux parler de l'illustre médecin Méad qui avertit sérieusement qu'il ne faut

(i)Epli. N. C, dec. 3, a. 9, obs. 79. (2) Monila medica, c. 7, s. 2.

Î)E LA DÔtLEtJR DES INTESTINS. SsS

pas tarder long-temps d'employer le vif-argent dans riléus, si les autres moyens ne sont d'aucun secours, ji7a/c6' qu'il est à craindre {ce qui a lieu assez souvent) que la gangrène ne survienne à Vinflam^ mation^ et que les tuniques de V intestin en étant frappées^ le métal pesant ne se répande dans V abdomen.

Je ne pense pas du reste que vous m'objectiez l'observation du célèbre Wahrendorff (i) , qui A parle d'un sujet attaqué d'un iléus, sur qui une demi-livre de mercure qu'on lui donna était parvenue jusqu'au colon, sans avoir néanmoins perforé l'estomac qui était putréfié, ou l'intestin duodénum qui était attaqué de sphacèle. Car comme le malade v[\oViX\x\^ trois jours après avoir pris le mercure , vous comprenez facilement que dans cet espace de temps, l'inflammation qui se voyait encore sur le jéjunum |ît sur l'iléon, put dégénérer dans le duodénum et dans l'estomac en un sphacèle qui n'existait pas auparavant. Je croirais que vous ne feriez pas non plus \\n^ réponse bien différente de celle-là, si quelqu'un vous objectait que Schroeke (2) trouva dans un cas d'obstruction du ventre de longue durée, environ deux livres de vif-argent au commencement et à la terminaison de l'iléon, et qu'il le vit séparé en parties trèspetites et adhérentes aux tuniques de celui-ci,

(i) Act. N. C, tom. 3^ obs. i3i, an te fin. (2) Eorumd. dec. 3^ a, 5 et 6^ obs. 299.

sans qu'il les eût perforées, quoique les intestins fussent non point enflammés, mais tellement affaiblis, qu'en les maniant un peu trop rudement ils se rompirent en quelques endroits. Car il y avait plus de vingt jours d'intervalle entre celui où la dernière dose du remède fut prise et celui de la mort, en sorte que les intestins distendus par de l'air et par des matières fécales, purent enfin se putréfier dans les derniers temps; et d'ailleurs il n'est pas certain qu'ils fussent putréfiés à ce point dans les endroits où le vif argent s'était arrêté.

i/j. Vous demanderez peut-être pourquoi l'intestin ne fut pas replacé sur les malades dont j'ai donné la description, et pourquoi ne l'ayant pas été, une partie de la matière passa néanmoins sur quelques-uns des petits intestins dans les gros. Pour ce qui regarde la première question, sachez que les uns furent transportas dans les hôpitaux plus tard qu'il ne l'aurait fallu , et que les autres y furent bien transportés à temps, mais qtie c'était à une époque où presque tous les chirurgiens dans la plupart des villes d'Italie n'osaient point encore assez se servir du fer pour détruire les étranglemens, qui sans cela empêchent le taxis. Quant à ce qu'une partie de la matière traversa ces étranglemens sur quelques sujets, je désire que vous remarquiez d'abord que ce que j'ai dit (i) avoir été évacué par les clystères, se trouvait déjà au-des-

DE LA DOULEUR DES INTESTriVS. 325

soiivS de l'endroit de la constrictioii avant que l'intestin ne fût serré; or ce qui est au-dessous de cet endroit sur les individus attaqués de volvulus, peut être chassé non-seulement par les secours de Tart, mais encore par ceux de la nature, comme Salins (i) l'a confirmé contre l'opinion commune; de ce temps-là, par le raisonnement, et par son expérience, ainsi que par celle d'Hippocrate (2) sur la femme qui était couchée chez Tisamène, avec la différence qu'il dit que cela a lieu pendant que la maladie se déclare, et non lorsqu'elle est déclarée.

Au reste il estévident que ce que je dis arriva vers la fin de la maladie mortelle sur la femme dont j'ai rapporté (3) l'histoire, et non-seulement il y eut une ou deux évacuations de ce qui était au-dessous de la constriction de l'intestin, mais peut-être aussi, à la fin, d'une partie de ce qui était au-dessus, et surtout du mercure; à moins que vous ne croyiez par hasard que' telle fut la force de ce remède, quoique simple et administré sans aucun purgatif et à très-petite dose, qu'il put propager je ne sais quelle irritation à travers les parois interceptées de l'intestin, qui n'étaient pas encore attaquées de sphacèle, mais bien de gangrène. Comme ceci ne peut se croire facilement, il paraîtra plus vrai-

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