IV
354 TRENTE-QIT/VTRIÈME LETTRE.
milieu du ventre, et enfin elles se propagèrent aussi du côté gauche. Le sang tiré du bras droit à la quantité de sept onces, ne présenta point de sérosité, tandis qu'il avait une couenne épaisse et jaune. Il y avait bien des nausées, mais elles n'étaient pas telles que le malade eût dn dégoût pour les alimens. Le ventre se déchargeait sans douleur. La nuit fut très-mauvaise. Le troisième jour le poids était faible, les rapports fréquens, amers, acides; la parole était altérée comme par un effet de convulsions; les facultés intellectuelles n'étaient point en bon état par intervalles, comme le prouvaient les futilités et les bagatelles que le malade racontait. Le quatrième jour les membres étaient convulsés de temps à autre, et le corps tout entier restait roide pendant un quart d'heure; durant ces accidens, le pouls était nul; et réciproqtjement après la cessation des convulsions, celui-ci revenait de la même manière, et il était semblable à celui des personnes en bonne santé sous tous les rapports, si ce n'e^t qu'il se trouvait faible, et qu'il ne résistait pas à la pression des doigts. Ensuite la respiration étant devenue difficile, quoique la langue se trouvât enfin humide, et que le sujet ne délirât plus, il vomit des matières fécales, et peu de temps après ayant été pris de convulsions il mourut le soir du rriême jour.
Examen du cadavre. Les parois de l'abdomen ayant été mises de côté, le lobe gauche du foie fut: trouvé mou, et entièrement sphacelé. L'estomac
et les intestins, surtout les intestins grêles , étaient rouges à un endroit, livides à un autre, et noirs ailleurs. Mais le commencement du colon , à l'endroit où il touchait les muscles qui couvrent la face concave de l'os ilium , était entièrement frappé de gangrène en même temps que ces muscles euxmêmes, et il se trouvait tellement uni avec eux, qu'il ne put point en être séparé sans déchirure. C'est paF là que paraissait s'être épanchée la sérosité livide et mêlée de pus , qui avait été remarquée dans la cavité du ventre; car les intestins contenaient un liquide semblable à cette sérosité.
1^6. Pour ce qui regarde le commencement de cette histoire, il n'est pas très -invraisemblable qu'il se fût développé insensiblement dans les muscles qui ont été cités tout à l'heure, quelque lésion qui donnait lieu à la compression des nerfs cruraux du côté droit voisins de ces muscles, et que ce fût pour cela que le sujet s'appuyait davantage sur la cuisse gauche en marchant. A cette lésion se joignant l'inflammation et ensuite la putréfaction, des sucs de très-mauvaise nature auront irrité ces nerfs, de manière à communiquer des convulsions à tout le corps. Et peut-être ne fallait-il pas rapporter à une autre cause les convulsions de toutes les parties du corps, et surtout des cuisses, sur un enfant qui mourut d'une passion iliaque après l'érosion des mêmes muscles produite par une sanie putride de l'intestin, et dont vous lirez l'histoire dans cette quatorzième
section (i) du Sepulchretum ^ où vous verrez que lui aussi finit par succomber à des convulsions. Il n'est pas nécessaire d'ailleurs d'expliquer comment l'inflammation du vieillard se propagea à l'intestin voisin , ni les autres objets que j'ai décrits. C'est pourquoi je passe à une observation que cette partie enflammée du colon me rappelle, et qui me fut communiquée pendant que j'écrivais ceci, par un homme très-recommandable par sa science et par son honnêteté, l'archiatre M. Ant, Laurenti, deux ans avant que je ne recueillisse l'histoire précédente.
S'y. Une femme qui était tombée sur le dos un an auparavant, ayant été tourmentée dernièrement pendant quelques jours par une douleur violente et profonde du ventre avec bruit, et avec des vomissemens, était morte.
Examen du cadaK^re, L'estomac fut trouvé extraordinairement contracté; et l'intestin coecum des anciens était tellement dilaté par des excrémens à demi liquides et jaunes, qu'il ressemblait à un estomac. Cet intestin avait été attaqué d'une inflammation , qui commençait à se propager aussi aux viscères voisins.
a8. Si cette chute fut du nombre des causes qui produisirent cette maladie chez cette femme, il est croyable qu'elle tomba sur le dos, de telle sorte cependant qu'elle se blessa le côté droit du ventre
(i) Obs. 21 , in additam.
et la partie du colon qui y est cachée. C'est pourquoi la force avec laquelle cette partie pousse les excrémens en haut ayant diminué chaque jour de plus en plus, celle-ci aura surtout été dilatée à ce point avec le cœcum placé au-dessous d'elle, par les excrémens qui s'y arrêtèrent enfin tout-àfait, et elle aura été affectée d'une douleur très-vive par le tiraillement de ses tuniques, et enflammée par la compression de ses vaisseaux. Que si la femme avait traîné son existence un peu plus longtemps, peut-être aurait-elle vomi aussi d'une manière hideuse et déplorable , comme quelques-uns des sujets dont il a été question plus haut, des matières stercorales, ou plutôt des matières trèssemblables à des excrémens. Car plusieurs médecins trompés par cette ressemblance, ont cru que l'on rejetait dans le volvulus ce qui était déjà passé dans les gros intestins, phénomène qui arrive plus rarement qu'ils ne le pensent, comme l'indique la valvule intermédiaire de Bauhin , ainsi que d'autres objets dont j'ai parlé dans les Adversaria ( i ). Or il n'est pas difficile de démontrer qu'ils ont été trompés par la ressemblance', en rapportant plusieurs observations de vomissemens de cette espèce, même sur des sujets chez lesquels la voie était entièrement interceptée, de manière qu'il n'y avait point de communication entre les gros intestins et le reste du canal jusqu'à la bou-
(i) III, animad. 9,
che. Car voyez, pour omettre d'autres histoires dans lesquelles cette voie était interceptée par une hernie très-étroite , ou par une obstruction , ou par des adhérences; voyez, dis- je, par exemple, dans cette section du Sepulchretum (i) une observation de Heers. Un charlatan avait serré avec un fil de fer sur un enfant attaqué d'une hernie, l'intestin iléon avec Fépiploon , de telle sorte que rien ne pouvait passer. Mais l'enfant ayant rejeté des excrémens par la bouche mourut. Ajoutez à cela plusieurs expériences faites par le célèbre Hagueliot {pL) sur des chats et sur d(?s chiens, qui après la ligature du même intestin , vomissaient des matières fécales. Quel est celui qui n'aurait pas cru au premier abord que celles-ci étaient remontées des gros intestins, s'il eût ignoré que les intestins grêles étaient bouchés? C'est que si les substances qui sont chassées de l'estomac dans les intestins se mêlant avec le suc gastrique et bientôt après avec le suc intestinal , ainsi qu'avec le suc pancréatique et avec la bile , sont forcées de faire dans les intestins grêles, surtout quand ils sont enflammés, le même séjour qu'elles devraient faire dans les gros intestins, elles contracteront la même fétidité d'odeur dans les premiers que dans les derniers, et l'on pourra aussi, si on le veut , les appeler non sans raison excrémens ^ comme l'a enseigné Pic- Ci ) Obs. 24, f 3.
(2) Mém. de TAcad. Roy. des Se, ann. 1713.
lïE L^ DOULEUR DES INTESTINS. 35c)
colhomini (i), qui nie à cause de cela qu'il soit ïiécessaire que les restes des alimens parvii ni.ent jusqu'aux gros intestins, pour qu'ils acquièrent la nature des excrémens. Au reste, bien qu'on ne se trompe pas sur ce point, cependant ce fait même induit en erreur parce qu'on croit que les matières reviennent des gros intestins, tandis qu'elles reviennent des intestins grêles.
29. Cependant les suppositoires et les lavemens que les sujets affectés d'iléus rejettent par la bouche, prouvent que les matières peuvent revenir des gros intestins. Mais il me semble avoir déjà suffisamment exposé dans les Adversarïa (2) ce que je pensais des suppositoires , ainsi que des lavemens. Néanmoins comme j'ai lu postérieurement dans un auteur assez connu, que le vomissement de ceux-ci a lieu w^^^ç^-l fréquemment ^ et que j'ai vu dans un autre écrivain ce vomissement expliqué d'une nouvelle manière sans le mouvement antipéristaltique des intestins, j'ai résolu d'ajouter ici quelque chose pour vous sur ces deux objets.
Et pour ce qui regarde la première supposition , Galien,il est vrai, a enseigné en plus d'un livre (3), que le mouvement des intestins est changé dans
(i) L. !?., anat, praelect. 1 1.
(2) Aiîimad. cit. *
(3) De nat. facult., l, 3, c. i3, et in Hipp. de Vlct. in acat.;, comin. 3, n. 33.
36o TKENÏE-QUATRIÈME LETTRE.
la passion iliaque, et même sans elle; et il a même affirmé (i) une première et une seconde fois que quelque portion de cljstère était entrée chez quelques sujets dans le ventre (c'est-à-dire dans l'estomac), en sorte qu'ils la vomirent; et quen outre les excrémens y étaient passés dans des iléus mortels. Mais depuis le temps de cet auteur jusqu'à celui de J. Math, de Grado (2), c'est-à-dire depuis le second siècle de l'ère chrétienne jusqu'au quinzième, je ne me souviens pas d'avoir lu aucun écrivain qîii confirmât ce fait. Ensuite d.ans le seizième siècle Julius Alexandrinus (3) écrivit qu'il avait vu ce cas non pas très-souvent ^ mais quel-que/ois , et Franc de Hildesheim (4) l'observa deu^ fois. Mais dans le siècle suivant, et même dans celui-ci, il est certain qu'un assez grand nombre de médecins Font vu. Car vous pouvez en lire trois observations d'Ab. Roscius (5), une qui p>a~ raît être de Dan. Sennert (6), une de J. lien. Lavater (7), une de Luc. Schroecke le père (8), une de J. Méry (9), et plusieurs des Éditeurs de la
(1) m de sympt. caus. , c. 2.
(2) Apnd Donat. , de Hist. niir. , 1. 4^ c. 3.
(3) Apud Schenck. ^ obs. medic. , L 3, sub lit. variar. rer, vomit.
(A) Ibid.
(5) Apud Hildan., cent. 6, obs. 70.
(6) In liac 14 Sepulclir. , s. scbol. ad obs. 20^ §. i3.
(7) Thés. 6 cil. suprà^ ad n. 16.
(8) Eph. N. C. , dec. 2 , a. 5, schol. ad obs. igS.
(9) Obs. 1 cit. supra , ad n. i G.
Bibliothèque Anatomique (i); vous en verrez en outre sans passion iliaque ou sans colique, une de P. Borelli (2), une autre de Fréd. Lossius (3), une troisième de Georg. Séger (4), une quatrième de Gab. Chauder (5), enfin une cinquième de Pi. Rommelius (6); tant en effet étaient nombreuses celles que je me rappelais dans le moment! Vous en trouverez vous-même d'autres facilement. Mais quand même vous en trouveriez autant, vous diriez, je pense, que les cas de clystères rejetés par** la bouche ne sont pas très-rares, sans dire qu'ils soient fréquens; car la plupart des médecins, même les plus expérimentés , n'en ont jamais vu , comme le prouvent leurs écrits aux endroits où ils parlent de ces observations, et où ils mettent en avant le témoignage des autres, et non le leur.
3o. Voyons maintenant de quelle manière le vomissement des clystères a été expliqué. On a supposé que dans le volvulus tous les intestins étaient pleins ou presque pleins de liquides, soit de ceux qui y affluent sans cesse, soit de ceux qui sont bus par les malades; et qu'il existe à l'anus un obstacle quelconque qui empêche leur sortie,
(1) Tom. ly p. I , in adnot. ad Peyer. , exercit. 1, de gland, in test.
(2) Cent. I , obs. 17.
(3) l^id, schol. modo cit., in Eph. N. C.
(4) Earumd. dec. i , a. 9, obs. 94.
(5) Earumd. dec. 2, obs. cit.
(6) Earumd. dec. 3^ a. 7, obs. Sg.
mais qui peut être surmonté quand on introduit des clystères. Qu'ainsi les substances injectées dans ce cas de cette manière augmentent la plénitude des intestins et leur distension , auxquelles se joignent la compression alternative des muscles de l'abdomen et du diaphragme; ce qui fait que ces ^ substances sont poussées là où la résistance est la moins forte, et que ce qui est mêlé avec ces liquides est enfin rejeté par le vomissement. Qu'au t^reste la valvule de Bauhin n'oppose pas de résistance, puisque la plénitude de tous les intestins existant, elle se maintient ouverte. Qu'il n'est pas d'ailleurs nécessaire que le mouvement de ceux-ci 5oit anti-péristaltique, attendu surtout qu'on n'a pas pu remarquer ce mouvement sur des animaux qui éprouvaient déjà des vomissemens produits par la ligature de l'iléon (bien plus, le mouvement péristaltique lui-même ne Mous paraîtra plus suffisamment reconnu sur les animaux vivans et sains, si vous faites attention à ce qui se trouve à la fin de cette explication.)
Lorsque je lus tout cela pour la première fois, bien qu'il y eût quelques points que je comprenais ne pouvoir être facilement admis, cependant je me mis à faire ce qu'il ne faut jamais négliger pour la recherche de la vérité, c'est-à-dire à considérer ce qui pourrait être avancé non-seulement contre celte explication , mais encore en sa faveur. 3e remarquai donc que quelques-uns des objets que l'ingénieux auteur avait prouvés soit par des
raisonnemens, soit par des expériences, étaient aussi confirmés par ce qui m'était propre. En effet* pour ce qui regarde la plénitude des intestins depuis l'obstacle jusqu'à l'estomac, elle a été démontrée également dans des maladies de cette espèce par des observations que j'ai faites sur des cadavres humains, dont i! se plaint d'avoir manqué lui-même; telles sont les histoires que j'ai recueillies sur un jeune homme de la campagne (i), sur un porte-faix (ji), et en partie sur une femme (3), Or en admettant la plénitude non-seulement des intestins grêles, mais encore des gros intestins, je voyais se présenter de lui-même cet obstacle dont j'avais dit en général dans les Adversaria (4) qu'il fallait faire la recherche, et qui existant pour un temps s'opposait à ce que la valvule de Hdiuhin ptlt se fermer convenablement; \(d, dis pour un temps, car s'il existait constamment, on ne comprendrait pas de quelle manière après avoir été traversée par les clystères, cette valvule a repris aussitôt ses fonctions, comme on le voit dans quelques-uns des cas qui ont été indiqués un peu plus haut (5). En effet dans ces cas il ne suffirait pas de l'explication de ceux qui ont conjecturé que la valvule
(i) Suprà, n. g.