‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 28 sur 41 · XXXV^ LETTRE AN ATOMICO -MÉDICALE · texte numérisé non relu

XXXV^ LETTRE AN ATOMICO -MÉDICALE

Fin de la Douleur des Intestins.

I. J'ai embrassé, il est vrai, dans la dernière Lettre plusieurs exemples relatifs à la douleur des intesfins, ainsi qu'à l'inflammation et à la gangrène qui en sont la suite; mais il reste d'autres objets qui méritent d'autant plus d'être examinés par vous et par les autres jeunes médecins, que vous verrez que les malades furent enlevés en fort peu de temps, ou après une apparence trompeuse de rémission. Commençons par le premier point, et même par le cas d'un jeune homme que je connaissais beaucoup pendant que j'étais à Bologne, et qui mourut d'une manière si prompte, que j'appris pour ainsi dire sa mort avant sa maladie. Le fait qui n'a point été écrit par Valsalva, mais qui me fut raconté alors avec soin par lui , se passa de la manière suivante.

2. Lœlius, fils de Lœlius d'Imola, étudiant en médecine, aimant la solitude, et d'un naturel facilement irascible, se trouvant très-bien portant comme à son ordinaire, et sans absolument aucune cause antérieure, si ce n'est qu'il savait que son père rendait l'âme dans ce moment, et qu'il attendait d'un esprit chagrin la triste nouvelle de sa mort, e^t pris tout à coup vers le milieu de

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novembre de Tan 1705, à la quatrième ou cinquième heure de la nuit, d'une douleur violente à la région ombilicale, laquelle est plus vive tantôt à un endroit, tantôt à un autre, mais qui ne dépasse jamais un certain espace de la même région. Son hôte, réveillé par ses cris, lui fait prendre par le conseil d'un médecin du voisinage, le pliilonium romanum. Ce remède est vomi; car des vomissemens d'une bile porracée, qui devint ensuite érugineuse, et enfin noire près de la mort, de telle sorte cependant qu'elle approchait de la couleur ferrugineuse, avaient déjà commencé. On appelle Valsalva le matin , dix heures après le commencement de la douleur. Celui-ci, après avoir remarqué que l'état de la face n'était nullement satisfaisant, et que l'abdomen était tendu et douloureux au toucher, le pouls petit, comme lié et à peine sensible, et l'urine d'un rouge brun et très-trouble, et après avoir observé d'autres symptômes analogues, ^ononce que le sujet mourra dans l'espace de vingt-quatre heures, parce qu'il voyait que le mal était devenu aussi grave en si peu de temps, et qu'il se rappelait d'autres observations de lui, qui ne différaient pas beaucoup de celle-là. Cependant, pour que le malade ne comprenne pas tout de suite son danger, il ordonne qu'on lui donne de l'huile fraîche d'amandes douces, qu'on fasse des onctions sur le ventre avec de l'huile de violette mêlée avec du camphre, et qu'on appelle deux vieux médecins. Ceux-ci étant

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arrivés quatre heures après , lorsque le malade avait déjà reçu rextréme-onction, il leur dit : «Vous « allez voir un excellent jeune homme, mon com- « patriote, accablé par la violence d'une maladie « de telle nature, que je crains qu'il ne puisse ré- « sister plus long-temps, si vous ne lui apportez «quelque secours; car pour ce qui me regarde, « j'avoue franchement que je ne vois pas comment « je pourrais le soulager. » Tout en parlant ainsi il les introduit auprès du malade. Ces médecins pensent qu'il est attaqué de convulsions , et qu'en conséquence il faut lui tirer du sang du pied, et lui appliquer aussi une grande ventouse sur le ventre. Valsalva s'y opposant avec modestie, l'avis des deux vieux praticiens l'emporte pour la saignée. On ouvre la veine deux fois; à la première piqûre il ne sort rien; à la seconde le sang saule bien, mais il perd aussitôt sa force, et il coule si faiblement, que quoique la veine eût été bouchée bientôt après, on ne put pl^ sentir le pouls. Il s'y joignit ensuite un délire léger; les yeux annonçaient quelque chose de convulsif ; la respiration devint difficile , et enfin la mort eut lieu d'après la prédiction de Valsalva la nuit suivante.

Examen du ca<i«i^re. Valsalva en palpant le ventre du cadavre, sentit qu'il y avait quelque épanchement. C'était du sang liquide qui s'était épanché à la quantité d'une livre et demie; mais il s'en était aussi épanché quelque peu dans les bronches. Du reste l'odeur qui s'exhalait du ven-

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tre était forte, sans cependant l'être excessivement. Les intestins, surtout ceux qui occupent la partie supérieure, étaient rouges çà et là dans un grand trajet, et déjà l'iléon commençait à devenir livide. Le péritoine était parsemé de taches noires soit ailleurs, soit surtout aux endroits où il tapisse le diaphragme. Mais là où il couvre extérieurement l'estomac , qui se trouvait ici dans l'état naturel en dedans , il présentait des inégalités formées plutôt par des tubercules noirs que par des taches. Bien que ces tubercules simulasseîit des glandes au premier aspect, cependant en effet (car j'en vis moi-même bientôt après quelquesuns que Valsalva me montra ) ce n'était autre chose que du sang en stagnation, ou, si vous l'aimez mieux, un commencement de gangrène.

3. Pendant que Valsalva me montrait ces tubercules en me faisant le récit de tout ce que je vous ai écrit, je lui demandai pourquoi il n'avait pas ordonné lui-même la saignée, et pourquoi il ne l'avait pas approuvée lorsque les autres l'ordonnèrent. Je ne puis pas, me répondit-il, vous donner une raison qui vous satisfasse pleinement; mais cependant je puis m'étayer de mon observation. En effet, j'ai remarqué que la saignée réussit mal dans l'inflammation des intestins; de plus j'ai observé souvent aussi que les malades dans cette affection, vont subitement et inopinément plus mal par eux-mêmes, en sorte que je redoute de me servir d'un remède quelconque , qui soit d'une

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telle espèce, qu'on puisse lui attribuer ce qui doit être imputé à la nature de la maladie. En lisant ceci vous direz ; Quoi donc! si quelqu'un a pour ainsi dire trop de bon sang, s'il est vigoureux et qu'il soit pris d'une douleur très-violente des intestins, nous ne le saignerons pas d'après le conseil de Valsalva! Cette conduite tend-elle à autre chose, si ce n'est à permettre le développement d'une inflammation qu'on pourrait empêcher? Quoi! si cette douleur dépend de convulsions, nous ne les préviendrons pas par la saignée , et qui plus est nous laisserons s'opérer la constriction des vaisseaux, qui sera d'autant plus dangereuse, qu'ils seront eux-mêmes plus pleins! Allons pas à pas, je vous prie; car qui vous dit que Valsalva n'aurait pas tiré du sang dès le principe à cet homme dont vous hiies la description ? En effet, c'est une chose bien différente d'ouvrir la veine avant que l'inflammalion ne survienne, ou même pendant qu'elle commence à se former, principalement sur un homme comme celui-là, ou de l'ouvrir lorsqu'elle est développée, que les forces sont languissantes, et que tout empire, parce que, pour me servir des expressions de Celse (i) y on a l'air (T avoir tué celui que son sort aura fait mourir. C'est que la marche de cette maladie est souvent plus prompte qu'on ne le pense, en sorte que si l'on a égard aux heures, on croit

(i) De medic.^, 1. 5 , c. îî6.

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qu'elle commence alors même qu'ayant déjà fait de trèS'grands progrès, elle approche d'une terminaison funeste. Ainsi cette sentence d'Hippocrate (i), une occasion prompte ^ est vraie dans cette maladie, si elle l'e^t dans aucune autre. Cette occasion avait existé sur Lœlius dans ces premières heures où on hii donna le philonium non-seulement inutilement, mais encore mal à propos; et elle était passée lorsque Valsalva arriva, et à plus forte raison lorsque les vieux médecins appelés se rendirent.

4- En effet, relativement à ce que ces médecins jugèrent que le jeune homme était attaqué de convulsions encore susceptibles d'être guéries , d'après les symptômes qui faisaient croire à Valsalva qu'il ne pouvait pas résister à la violence de la maladie devenue déjà insurmontable, le résultat de l'ouverture de la veine fait voir par qui la vérité fut très-bien reconnue. Il est certain qu'on ne peut pas nier que les convulsions n'aient souvent une grande part dans cette maladie, et que cette part ne soit d'autant plus grande que la douleur est plus vive (soit que cette douleur produise des convulsions, soit qu'elle soit produite par elles), et qu'elle arrive plus promptement au terme fatal. C'est ainsi que je comprends pourquoi Boerhaave (2), après avoir rapporté la sensibilité ex-

(i) Sect. I, aph. i.

(2} Prœlect. ad Instit. ;, S. 9 1 -

quise des intestins à un grand nombre de papilles nerveuses, ajoute aussitôt ce qui suit: C'est pourquoi les sujets sont enles^és très -promptement par V inflammation et par V excoriation des intestins; et si la violence de la douleur est extrême , elle tue V homme le plus fort en une heure. Mais souvent aussi dans la douleur violente des intestins il se manifeste des indices de convulsions, qui sont encore plus évidens que sur Lœlius (i). C'est ainsi*, pour ne point parler ici des convulsions horribles dont il est question dans une observation (2) qui appartient à ce sujet, soit que l'on considère les symptômes, soit que l'on ait égard à la dissection; c'est ainsi, dis-je, que je me souviens que dans mon pays une fille avancée en âge , mais vigoureuse, qui était sujette à une douleur du ventre, que son vieux médecin rapportait sans aucun doute à des coliques, fut prise sur la fin de 1709 de la même douleur, mais avec plus de violence, sans néanmoins aucuns indices de fièvre concomitans, à en juger par le pouls, ou par les urines, ou par d'autres fonctions; qu'elle fut excessivement soulagée par un clysïère qui avait amené des matières bilieuses ; que son médecin ne l'ayant plus visitée parce que sa maladie avait diminué de plus en plus chaque jour, des femmes de la maison lui introduisirent un suppositoire

(i) De quo suprà, n. 2.

(2) Ep]j. N. C, dec. 3 , a. 7 et 8, obs. i^S.

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de miel à la place du lavement qu'on lui administrait tous les deux jours sur le soir; qu'immédiatement après l'introduction de ce suppositoire elle fut prise d'une douleur de l'anus si atroce, qtie le matin on ne pouvait plus trouver le pouls; qu'il se joignit une si grande constriction de l'anus à cette douleur, qu'on ne put introduire le clystère d'aucune manière; mais que bientôt après, pendant qu'on cherchait à remédier à cette contraction et à la douleur au moyen d'émoUiens anodins, il survint tout à coup un relâchement de la même partie, comme cela arrive souvent sur les cadavres; et que la mort eut lieu vers midi.

Supposez donc qu'il existe des convulsions. Les détruirez-vous facilement en tirant du sang? Que sera-ce, si les nerfs sont convulsés par une cause' telle, qu'il soit très-difficile de la surmonter, ou que si on en triomphe par hasard pour très -peu de temps, elle revienne avec plus de violence, comme cela a lieu très-souvent dans les affections convulsives? Apprenez ce qui arriva du temps que j'étais à Bologne. 11 y avait un moine, qui était vieux, mais extrêmement robuste. Il est pris tout à coup, sans aucune cause manifeste, si ce n'est peut-être à la suite d'un froid et d'un excès de travail, d'une si grande douleur du ventre, qu'elle ne lui permet point de rester en place, et qu'elle le force de crier. En vain on lui donna de l'huile d'amandes, en vain on lui introduisit des lavemens, en vain on lui tira du sang du pied. Aucun remède v. a6

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ne l'ayant soulagé !e moins du monde, il mourut dans l'espace de douze heures, et pas davantage, après que ses dents se furent froissées deux ou trois fois les unes contre les autres.

Je n'écris pas ceci contre la saignée, qui est un moyen exlrémement utile, si on l'emploie à propos. Mais je vous avertis de ce qui peut arriver proniptement, même après elle, dan.s les maladies de cette espèce où il existe des convulsions très-violentes, afin que vous sachiez vous-même, et que vous puissiez prévenir les autres, qu'il ne faut pas imprudemment accuser un remède puissant, si par hasard son emploi est suivi immédiatement d'une terminaison funeste. Mais comme c'est toujours un malheur dont on est coupable aux yeux du j)lus grand nombre, quand un moyen est suivi d'une mort prompte, quelque précaution q!ie l'on ait mise à avertir du danger, vous comprendrez assurément pourquoi Valsalva craignait de faire usage de remèdes de cette espèce dans ces maladies.

5. Mais que sera-ce, si la dissection du cadavre enlève toute excuse au médecin? car les convulsions, quoique ne revenant pas, peuvent cependant avoir produit la lésion en question d'une ^ manière prompte et inattendue sur les intestins, en interceptant le sang dans leurs petits vaisseaux resserrés; et quand cette lésion existe, on ne saurait tirer du sang impunément. Vous avez vu sur Lœlius avec quelle promptitude les intestins

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avaient contracté non-seulement de Tinflanirtiation, mais encore de la lividité. Il n'est peut être aucune partie qui se change en gangrène et qui devienne noire plus facilement et plus promptement que les intestins, sans que le médecin soupçonne rien de semblable. Bien que je pusse prouver ceci d'une manière encore plus convenable, par des histoires qui ont été rapportées ailleurs, ou qui doivent l'être dans cette Lettre (i), cependant je veux le démontrer ici par deux observations qui m'ont été communiquées par mes maîtres, Valsalva et Jac. Sandrio, une par chacun d'eux. Celle-ci est donc de Valsalva.

6. Un homme était pris chaque jour cinq ou six heures après le repas, au moins depuis quelques mois, de douleurs du ventre, comme s'il eût été déchiré à coups de dents. A cela s'étaient joints un flux de matière jaune, et de la maigreur, lorsqu'il fut attaqué tout à coup d'une apoplexie, qui était légère, il est vrai, et qui parut diminuer un ou deux jours après, puisque les mains recouvraient quelque peu la faculté du mouvement et que l'esprit était un peu moins absorbé, mais qui cependant fut mortelle le cinquième jour.

Examen du cada\^re. A l'examen du cadavre tout fut trouvé dans l'état sain, si ce n'e§t le cerveau et l'intestin iléon. En effet, dans les ventricules du premier viscère il y avait une assez grande quan-

{i)N. i6eti8.

4o4 TRENTE -CINQUIEMK LETTRE.

tité de sérosité, qui avait rendu les plexus choroïdes pâles. Quant à l'iléon , il présentait sept ou huit espaces annulaires, qui étaient noirâtres; dans ces espaces il y avait des glandes de la grosseur d'un pois, et la plupart d'entre elles étaient remplies d'une matière blanche. Ces glandes n'étaient pas ramassées en tas, ni placées à l'intérieur, mais éparses, et proéminentes plutôt en dehors entre les tuniques de l'intestin,

7. En mettant de côté la cause de l'apoplexie, parce qu'elle n'appartient pas à ce sujet, vous voyez celle des douleurs qui revenaient chaque jour à une certaine heure; je veux parler du développement des glandes dans l'iléon, soit que, comme Valsalva le pensait d'après quelques autres exemples, elles ne pussent pas supporter sans douleur la pression de la matière alimentaire qui descendait à travers cet intestin, soit qu'elles fussent distendues par un nouveau chyle qui ne pouvait sortir de Tétroitesse de ces glandes obstruées en partie. Cette dernière circonstance était même indiquée par leur nature, qui ne parut pas à Valsalva très-différente de celle des glandes qui sont dans le mésentère, et se trouvait confirmée jusqu'à un certain point par cette matière blanche dont la plupart étaient remplies. Au reste, je désire que vous considériez surtout ici avec quelle facilité et avec quelle promptitude tous ces espaces dans lesquels elles se trouvaient, avaient pris une coukur noire. Mais, dites-vous, l'inertie des fibres

DE LA BOtJLtltJR DES INTESTINS. /[05

(îe Tintestin était augmentée par l'apoplexie, en sorte qu'elles étaient moins propres à pousser le sang à travers ces espaces viciés par les glandes* Je l'avoue, mais néanmoins la gangrène ne s'empare pas ordinairement aussi promptement d'autres parties lésées, lorsque l'apoplexie s'y joint. Au surplus, il est certain qu'il n'avait existé auparavant aucune apoplexie dans l'autre observation que Sandrio recueillit de la manière suivante*

8. N. Capellini, attaqué d'une colique, était as^ sis et buvait une émulsion , lorsque tout à coup il dit à son domestique qui était présent, en lui tendant la tasse qu'il tenait dans sa main , prends; et en disant cela il tomba en arrière, et mourut.

Examen du cadastre. Le corps entier ayant été disséqué , on ne trouva aucune lésion autre qu'une inflammation de l'intestin colon, qui tendait à la couleur noire.

9. D'après cette observation, vous comprenez soit ce qujp j'ai avancé , soit aussi quelle lésion pouvait facilement exister dans le même intestin sur la fille de Forli dont il a été question un peu plus haut (i). Et ne soyez pas arrêté par la circonstance qu'il n'y eut aucuns indices antérieurs de fièvre, attendu que nous verrons dans cette Lettre même (2) si l'inflammation peut avoir lieu sans fièvre, et même si le sphacèle peut exister sans

" ' ' ' ' ' ' ■ ■ ■ I I lin mmimmmmtm ni i i l l ■ i ■ i i ».«*— «^

(2) N. 19 et seq.

4o6 TRENTE-CINQUIÈME LETTRE.

inflammation. Mais il faut terminer auparavant ce qui appartient à la promptitude avec laquelle les intestins contractent une inflammation mortelle.

lo. Un valet de pied, celui dont j'ai parlé aussi dans la quinzième Lettre anatomique (i) , où j'ai donné sur lui d'autres détails que je ne répéterai point ici, d'une petite stature , d'une constitution grasse, ne pouvant plus servir, mendiait déjà depuis quelques années, et faisait un usage un peu trop abondant de vin, lorsqu'il le pouvait. C'est pourquoi étant rentré chez lui le dernier jour de sa vie, comme il disait qu'il était mal portant, il ne prit pour se rétablir que du vin et du pain; bientôt il se plaignit de douleurs du ventre, et il mourut avec elles vers le milieu de la nuit. Le cadavre fut transporté le lendemain au gymnase, où j'enseignais l'anatomie au comm^jncement de février de l'an 1736.

Examen du cadaK>re, Les muscles de Tabdomen qui étaient relâchés ayant été incisés, et le ventre d'où il s'élevait une forte odeur ayant été ouvert, je remarquai qu'une portion assez considérable d'intestins grêles descendait fort profondément dans l'intérieur du bassin, en sorte qu'elle parvenait jusqu'à la réunion de la vessie avec le rectum , en remplissant tout l'espace qui se trouve à cet endroit. Mais cette disposition existait de-

(1) N. 70 ad ï\n.

puis la naissance, ou du moins elle n'était pas récente. Ce qu'il y avait de récent, c'était la lésion des autres parties des intestins grêles, qui étaieiit extrêmement resserrées et brunes en quelques endroits, tandis qu'ailleurs elles étaient rouges, parce que le sang en stagnation distendait les plus petits vaisseaux eux-mêmes, comme si on y eût injecté de la cire rouge. Tel était aussi l'état des gros intestins çà et là, et surtout au commencement du colon. La base du foie était noirâtre; la rate était plus grosse que dans l'état naturel; le tronc de l'aorte n'était pas sans quelques petils osselets dans le ventre ;*la veine-cave était remplie d'une grande quantité de sang noir et liquide.

i I. Le temps pendant lequel une inflammation des intestins enleva une femme dont je vais parler immédiatement, ne fut point aussi court, il est vrai ; mais il le fut cependant, et peut-être plus qu'il ne le semble, attendu qu'on n'était pas certain du commencement, non pas tant de la maladie, que de l'inflammation. Bien que ce commencement ne soit pas assez déterminé, ceperidant je ne dois pas passer sous silence tout ce que j'ai de noté sur cette femme, parce que je l'ai promis lorsque j'ai traité des Palpitations du Cœur (i), du Pouls (2), et même des Affections des Yeux (3).

(0 Epist. 23, n. 21.

(2) Epist. 24, n. 12.

(3) Epibt. i5, n. 17.

4o8 TREIN^TE-CINQUIÈMK LETTRE.

Car cette vieille femme est celle dont je n'ai exposé à ce dernier endroit que l'état des yeux, en renvoyant le reste à un autre.

12. Une vieille femme, pauvre, aveugle, d'une taille petite et mince, élant déjà malade depuis trois jours , fut transportée à l'hôpital de Padoue, et semblait être attaquée d'une inflammation de ]a poitrine. Car on ne put savoir d'elle rien de certain, attendu que ses forces étaient tellement abattues, et son pouls si faible et si petit, qu'elle mourut le même jour où elle fut transportée à cet hôpital. Le cadavre fut plus utile que je ne l'avais espéré d'abord (c'était dans une saison favorable, c'est à-dire au commencement de l'année 1742), pour faire aux jeunes étudians la démonstration de plusieurs objets. Pendant que je faisais cette démonstration, je rencontrai les lésions que je vais décrire.

Examen du cadavre. Dans le ventre, les intestins étaient enflammés, ainsi que le foie. C'est à la même lésion que se rapportait la couleur que présenta la face interne du fond de l'utérus après que ce viscère eut été ouvert ; car elle était non moins rouge que si la femme eût été récemment dans ses mois. Mais à l'endroit où le fond se contractait pour fermer le col, et où les faces internes antérieure et postérieure se réunissaient à angle dans le côté droit, il y avait une légère membrane qui n'était pas très-petite, et qui, née de l'angle même, se dirigeait en travers vers la face posté-

rieure, à laquelle elle était adhérente par tout son bord inférieur, le reste étant libre et élevé, en sorte qu'elle avait sa cavité tournée en haut, et non en bas, contraire en cela à la direction ordinaire des valvules du col; ce qui me fit soupçonner qu'elle existait non pas depuis la naissance, mais peut-être depuis quelque accouchement difficile; car il était constant que la femme ^vait eu des enfans, et j'avais vu l'utérus incliné à droite. Dans la poitrine, les poumons étaient sains et sans absolument aucune lésion. Mais le péricarde avait contracté de toutes parts avec le cœur une adhérence qui était bien continue, mais non pas très-ferme, de sorte qu'on pouvait les séparer trèsfacilement avec les doigts, sans aucune déchirure soit du péricarde lui-même, soit de la membrane du cœur. Le péricarde n'était point adhérent aux gros vaisseaux; mais la face par laquelle il était attaché au cœur présenta en un seul endroit, une tache blanche , qui s'étendait à une distance médiocre. Il y avait dans les ventricules du cœur du sang qui était noir comme partout ailleurs; mais ils ne contenaient aucunes concrétions polypeuses. Toutefois il existait de côté et d'autre de ces concrétions qui s'étendaient des orifices du cœur dans les vaisseaux artériels eux-mêmes; elles étaient cylindriques et blanches, et quelques-unes s^ trouvaient épaisses, fermes, et longues aussi, puisqu'elles se prolongeaient de l'oreillette droite jusque dans les veines jugulaires internes. Enfin il a

/jlO TKENTE-CINQUIÈME LETTRE.

été dit dans la Letire que j'ai indiquée en dernier Jieu, ce qui fut trouvé sur les yeux.

i3. Quoique les histoires rapportées jusqu'ici apprennent avec quelle promptitude les douleurs des intestins sont quelquefois funestes, soit par la violence de l'inflammation, soit aussi par celle des convulsions, et par conséquent combien il convient qu'un médecin soit prudent et défiant qTiand cette maladie est dans sa force, cependant les observations suivantes vous feront voir qu'il doit l'être beaucoup plus et se tenir bien plus sur ses gardes, pour ne pas se laisser tromper quelquefois par un vain espoir, lorsque l'affection diminue et semble se dissiper.

i/j. Un petit jeune homme adonné au vin et à ce qu'on appelle esprit-de-vin, étant affecté d'une fièvre intermittente depuis assez peu de temps, avait été pris d'une douleur du ventre, que des vents rendus par en bas avaient dissipée. Mais elle revint quelques jours après; et comme il ne pouvait point s'en débarrasser chez lui, il fut enfin reçu à l'hôpital de Sainte-Marie de la Vie de Bologne le sixième jour après le retour de cette douleur. Il existait à Thypogastre une douleur continuelle, mais légère, si ce n'est qu'elle augmentait de temps à autre, et souvent alors le ventre se tuméfiait davantage à cet endroit, et quand on y appliquait la main on sentait plusieurs espèces de globules durs; mais tous ces accidens se dissipaient promptement, jusqu'à ce qu'ils revenaient de nouveau

par intervalles. L'estomac était également douloureux, et déjà tous les alimens étaient rejetés par le vomissement, ainsi que les médicamens, au nombre desquels était l'opium lui-même. C'est pourquoi, comme il n'y avait d'évacuations alvines que quand on les provoquait par des clystères, on résolut de remédier à la constipation, et eu même temps d'introduire quelque remède et quelque nourriture, avec des lavemens composés de bouillon et d'herbes émollientes; toutefois la douleur ne fut point diminuée par ce moyen, pas plus qu'elle ne Tavait été auparavant lorsque les excrémens étaien t amenés au dehors avec de Tliu ile de graines de lin , qui avait été injectée plus d'une fois. Les onctions sur l'abdomen faites avec la même huile ou avec d'autres, avaient aussi été inutiles. Le malade supportait mieux sa douleur assis sur son lit, que couché; aussi était-il sur son séant même quand il dormait. Il était mieux aussi et il prenait plus facilement du sommeil quand son estomac était vide, que quand par hasard il avait retenu quelque chose. Cette circonstance et l'absence de quelques autres caractères qui indiquent fort souvent l'existence de vers, faisaient que la douleur n'était pas regardée comme produite par des lombrics, quoiqu'il eût rejeté par la bouche un ver cylindrique fort long trois jours auparavant. Enfin il commença à garder quelques alimens, et même le dîner. Les joues étaient rouges, ce qui dépendait, disait-il lui-même, d'une

fluxion sur la face, à laquelle il était sujet. Il était altéré. Tout son ventre était distendu. Le cinquième jour après son entrée à l'hôpital, je lui parlai seion mon habitude vers la seizième heure; car c'était au commencement de l'hiver de l'an 1703. Il dit qu'il était un peu mieux, ce qui était confirmé par l'état de son visage, par la vivacité de sa conversation, et par la plus grande fermeté que son corps conservait sur son séant; car le pouls n'avait jamais présenté, ni ne présentait alors aucune lésion; la fièvre était certainement nulle dans ce moment, et pendant tout le temps qu'il resta dans l'hôpital personne ne put jamais en trouver, si ce n'est peut être une fois. Les choses étant dans cet état, qui aurait cru alors qu'il fût dans un si grand péril? Cependant il y avait à peine deux heures que nous l'avions vu dans cet état , les jeunes étudians et les autres personnes qui le visitèrent, et moi, lorsqu'il se mit tout à coup à pousser des cris que lui arrachait la violence de la douleur, et il ne cessa point d'en pousser jusqu'à la neuvième heure de la nuit. Pendant ce temps-là il vomit, et sur le soir il avertit qu'il ne sentait déjà plus son pouls; en effet ceux qui étaient présens ne le sen* taient pas. Dès que l'heure que j'ai indiquée fut arrivée, il dit qu'il ne pouvait pas s'empêcher de descendre de son lit pour déchfjrger son venlre. Pendant qu'il le décharge, il perd connaissance et meurt en cet état dans l'espace d'une demi-heure. Examen du cadavre. Le lendemain pendant

qu'on lave le cadavre, il s'écoule de la bouche une grande quantité d'une espèce de sang putride, délayé dans des excrémens liquides, d'une couleur de tabac , et d'une odeur fétide. C'est pourquoi l'abdomen devint un peu mou à l'hypogastre; et bien qu'il fût encore dur et distendu à l'épigastre qui était livide, et aux autres parties, il l'était cependant moins que pendant la vie. Dès qu'on fut arrivé dans la cavité du ventre avec le scalpel, il s'échappa aussitôt avec impétuosité une grande quantité d'humeur, parfaitement semblable à celle qui s'était écoulée par la bouche; mais elle s'échappa de telle sorte qu'il fut douteux pour celui-là même qui disséquait, et à plus forte raison pour nous qui étions présens, si elle sortit de la cavité du ventre dans laquelle elle aurait été épanchée auparavant, ou d'nn intestin distendu, qui par cela même aurait été facilement blessé en même temps que le péritoine. Ce qu'il y a de certain , c'est que bientôt après lorsque les parois de l'abdomen eurent été mises de côté, le ventre se montra rempli de cette humeur. D'ailleurs tous les intestins grêles étaient aussi noirs que du charbon. La rate était aussi atteinte du même sphacèle, du moins en partie. Cependant l'estomac, autant qu'on put en jiiger extérieurement, était sain, ainsi que toute la portion des gros intestins qui s'étend depuis l'extrémité de l'iléon jusqu'à l'hypochondre gauche; car il ne fut pas possible de faire des recherches sur les autres, à cause d'une

4l4 TREIYTE-CINQUIÈME LETTRE,

fétidité incroyable, qui était crautant plus grande, qu'un intestin fut perforé par inadvertance et par trop de précipitation, ce qui augmenta la quantité des matières, au milieu desquelles était sorti un lombric cylindrique d'une grosseur médiocre. i5. Vous avez vu quelle grande lésion existait dans tous les intestins grêles, lorsque le petit jeune homnie semblait déjà être mieux. Mais croyez-vous qu'elle se fut formée avant qu'il ne vînt à Fhôpital, ou après qu'il y fut venu? Dans la première supposition, une si grande affection aurait donc été cachée pendant cinq jours sans ces caractères qui accompagnent ordinairement le sphacèle. Dans la seconde, comment se développat-elle sans les signes d'une inflammation, et surtout sans une fièvre continue? Et croyez que je pourrai vous faire presque les mêmes questions, lorsque je rapporterai les observations qui suivent, ou lorsque vous aurez lu celle de Séger, qui se trouve dans cette quatorzième section (i) du Sepulchretum, Voici le fait : Un vieillard, après s'être plaint déjà pendant quelques jours de douleurs du ventre auxquelles il était sujet, mais qui n'étaient pas assez graves pour qu'il se couchât, en éprouva enfin de si violentes vers le soir en revenant de son jardin dans sa maison, qu'aucuns remèdes ne l'ayant soulagé il mourut le lendemain vers la quatrième heure du matin : on trouva bien

(0 Ohs.G.

d'autres lésions plus anciennes sur le pancréas, sur le foie et sur la rate ; mais ce qui était récent, c'était Tétat des intestins ^ qui se trouvaient extrêmement noirs , surtout les intestins grêles et le colon. Cette lésion se fornja- t-el!e donc en très-peu d'heures, après que Séger eut trouvé le mouvement de Tarière plus vil que dans Tétat n^^tmel? Mais je parlerai de ceci également p^us bas. (i)

Maintenant, pour reveidr à nofre petit jeune homme, s'il eiit été certain que cette malière extrêmement putride s'ét lit é[)anc^iée dans la cavité du ventre, non point par une blessure de Tintestin faite imprudemment, mais p^r sa ruplure opérée antérieurement, je conjecturerais qîie h\ défaillance, et la mort qui s'ensuivit, eurent peut être lieu après que le malade se fut rompu lui-même quelque partie putréfiée de l'intestin distendu dans les efforts qu'il fit pour décharger son ventre. Car c'est ainsi que Wepfer, comme vous le lirez également dans cette section du Sepulchretuin (2), rapporte que les intestins se rompirent aussi dans des doideurs des plus atroces, et que tous les excrémens s'étaient épanchés dans la cavité , ce qui donna lieu à la mort subite du malade. Cependant il n'arrive pas toujours nécessairement que la mort s'ensuiveimmédiatemenî,coQ)me le prouvent deux

(i) N. 19 et seq.

(2) In addit, obs. 3.

4l6 TRENTE-CINQUIÈME L^ETTRE.

observations (i) de Fernel et de Rivière qui sont dans la même section; et une des miennes décrite dans la Lettre* précédente (2) ne diffère pas de celles-là. Je vous laisse la liberté de juger si celles qu'on lit dans le Commercium litterarium (3) et dans les Actes de l'Académie de Vienne (4) appartiennent à ces dernières histoires^ ou aux premières. Mais c'est certainement aux premières que se rapporte celle qui a été décrite dernièrement par le célèbre Galeati (5); tant des tranchées avaient subitement enlevé le sujet dont le ventre était également rempli d'excrémensqui s'étaient échappés par une rupture de l'intestin. Mais actuellement rapportons une histoire où la maladie fut funeste, quoique les douleurs non-seulement eussent diminué, mais encore se fussent complètement dissipées.

i6- Une femme maigre, d'une petite stature, d'un tempérament qu'on appelle bilieux, âgée de quarante ans, veuve depuis trois ans environ, n'étant plus réglée depuis huit , ce qui était cause , ;i ce qu'elle croyait, qu'elle crachait du sang par intervalles, tandis qu'il me semblait que ce sang venait plutôt du pharynx que du poumon, fut

(1)23 et 21, 5.4.

(3) A. 174^^ liebd. 45^ n. '^' (4)Toin. 8, obs. 47.

(5) Comment, cle Bonon. , Se. Acad. , t. 3 , inter medica.

DE LA DOULEUR DES INTESTINS. ^l^

prise en dernier lieu à la suite d'une colère et d'un chagrin, d'une douleur pour laquelle elle fut obligée de se coucher à l'hôpital de Sainte-Marie de la Mort de Bologne, vers le commencement de mars de l'année 1706. Cette douleur était semblable à celle que produiraient des coups de couteau; elle existait d'abord au-dessous de la mamelle gauche, et sans abandonner ce siège elle s'étendit ensuite aussi jusqu'au-dessous de la mamelle droite, où cependant elle était plus légère, de manière qu'elle permettait le décubitus sur ce côté. Elle augmentait au toucher, et elle rendait la respiration difficile. Son invasion avait eu lieu avec un frisson fébrile, qui revenait chaque jour, sans que la fièvre fût néanmoins intermittente. La faceétait rouge, et la soif incommode; mais la toux l'était davantage, parce qu'elle augmentait la douleur. Les crachats étaient souvent sanguinolens^ et d'autres fois blancs , épais, écumeux. Elle éprouvait quelquefois la sensation comme de quelque chose qui montait jusqu'à la gorge. Enfin il se manifesta une douleur aux environs de Tombilic, et elle était semblable à celle qui est produite par des morsures de chiens. Le ventre était relâché. On tira du sang du pied, et l'on administra d'autres remèdes que l'on crut devoir être utiles. Peu de jours après, tous les symptômes éprouvèrent une telle rémission sans aucune évacuation critique antérieure, que le médecin annonça que la femme était déjà en bon état. Elle se lève elle-même; mais

4l8 TREKTE-CINQUIKME LETTRK.

ses forces s'affaiblissaiit, elle est bientôt forcée de retourner à son lit, où on la trouve sans pouls et contractée sur elle-même, position qu'on a coutume de prendre lorsqu'on a froid. Comme on lui demandait si elle sentait "lu douleur de la poitrine, ou celle du ventre, elle dit qu'elle n'en sentait plus aucune. Le même jour elle commença à évacuer du sang fétide. Elle délira ensuite, et il se manifesta des soubresauts convulsifs dans les tendons des carpes. Ces symptômes l'ayant affaiblie au point qu'elle ne pouvait plus parler, elle mourut le seizième jour après le commencement de la maladie.

Examen du cadavre* L'abdomen qui s'affaissait ayant été incisé, et ses parois mises de côté, il s'exhala une fétidité semblable à celle qui s'élève ordinairement à la suite d'une gangrène, avec l'odeur qui semble provenir d'une espèce de matière acide lorsqu'il existe des lombrics; et en effet il ne manquait pas de ces vers cylindriques dans les intestins grêles, qui passaient presque tous d'une couleur rouge à nm^ couleur livide et noirâtre. La même lividité morbide occupait la face convexe de la rate inférieurement , et s'avançait un peu dans sa substance. Le pancréas devenu plus épais, était composé d'espèces de globules endurcis. Le foie était aussi un peu dur, et sa vésicule était distendue par cent vingt calculs qui se trouvaient au milieu d'une bile un peu pâle. Les plus gros d'entre eux, au nombre de vingt

DE LA DOULEUR DES INTESTlIVS. 4^9

environ, égalaient le volume d'une noisette. Les iujtres objets qui appartiennent à ces calculs, j'en ai fait la description dans les AcUersaria (i). J'y ai parlé (2) aussi de la situation de l'utérus de cette veuve, qui était telleinent retiré dans le côté droit du bassin, parce que le ligament rond se trouvait trop court, qu'aucune partie de ce viscère ne répondait au milieu de cette cavité. D'un autre côté, à l'endroit où la trompe gauche naissait de l'utérus, il y avait une saillie formée par xme pustule remplie de pus blanc, de la grosseur d'un lupin. Mais la substance du viscère que la pustule avait creusée, présenta de la noirceur après que cette pustule eut été ouverte et qu'on en eut évacué le pus. Les trompes contenaient non point une matière blanche, mais une matière jaunâtre et de couleur de chair. Les ovaires étaient contractés, ayant dans leur intérieur un petit nombre de vésicules, et la tunique de l'un étant comme cartilagineuse. En OMvrant la poitrine, je trouvai les poumons adhérens à la plèvre en un très- petit nombre d'endroits par leur face antérieure au moyen de très-petites membranes, tandis qu'ils étaient libres dans le reste; ils étaient également sains, à l'exception de la partie antérieure de celui du côté droit, dont la substance était compacte, sans l'être beaucoup.

(i) III, animad. 28.

(2) IV^ animad. 25.

11 n'y avait point d'humeur dans le péricarde; et le cœur, qui était flasque, contenait des concrétions polypeuses médiocres dans le ventricule droit et dans tous ses orifices. Du reste, j'ai écrit dans les Lettres Anatomiques (i) de quels endroits du pharynx les crachats sanguinolens venaient. Enfin, pendant qu'on séparait la tête du cou, il s'écoula une assez grande quantité d'eau par le grand trou de l'occipital ; on en trouva aussi, après l'ouverture du crâne, au-dessous de la pie-mère, surtout à gauche. H y avait dans les ventricules latéraux du cerveau une sérosité rougeâtre, et les plexus choroïdes présentaient des inégalités foririées par beaucoup d'hydatides qui se rompaient facilement au toucher. Il s'exprimait plus de sang qu'à l'ordinaire des parties divisées de la substance médullaire, là où les poinis rouges se manifestaient. La même odeur de vers dont j'ai parlé dans le ventre, s'élevait du cerveau, ainsi que de la langue, du pharynx, et même des yeux que je disséquai. ly. Si vous mettez de côté ce qui appartient au délire, aux convulsions, au crachement de sang, aux douleurs de la poitrine, et à d'autres affections que je n'examine pas ici, et si vous faites seulement attention aux douleurs des intestins, vous comprendrez facilement que lorsque cellesci et les autres symptômes eurent diminué sans aucune évacuation critique antérieure, au point

(i)IX,». 14.

qu'on croyait que la femme était guérie, et qu'eiîe ne sentait plus elle-même aucune douleur, les intestins avaient déjà commencé à cette époque à devenir livides et noirâtres, ce qui était démontré par les déjections de sang fétide, qui eurent lieu le même jour, pour ne rien dire de l'asphyxie. Il n'est absolument rien de plus suspect que la cessation des douleurs qui survient subitement et sans raison. Je me souviens que Pi. Molinelli, médecin d'une grande sagacité et d'une grande expérience , que j'ai cité dans la Vie de Valsai va, me raconta une observation récente qu'il avait faite à ce sujet. Un petit jeune homme , d'un tempérament mélancolique , est pris d'une fièvre aiguë avec une inflammation de la gorge, et avec du délire. Vers le quatorzième jour les autres symptômes se dissipent, mais la fièvre persiste continuellement, et quoique le malade sue et urine beaucoup, néanmoins elle parvient jusqu'au trente-cinquiènrie jour, si ce n'est qu'elle sembla manquer un seul jour à la fin. Comme Molinelli soiipçonna,it d'après la durée de la fièvre, qui avait été si longue même après des sueurs et des urines abondantes, qu'il existait quelque lésion assez grave, voilà que sans aucune imprudence antérieure de la part des assistans ni de la part du malade, il se déclare tout à coup une diarrhée érugineuse, accompagnée d'une douleur située un peu au-dessus de la région de la vessie. Ces accidens, qui étaient survenus tout à coup, se dissipé-

4â2 TRENTE-CINQUIÈME LETTRE.-

rent également tout à coup et promptement. Mais alors le médecin commença à craiodre des lésions plus graves, et ce n'était pas sans raison. En effet tout Tabdomen s'endurcit d'une manière incroyable, avec un sentiment de chaleur intérieure, et de douleur lorsqu'oale touchait : en même temps insensibilité du pouls, délire, enfin respiration difficile, aucuns signes de convulsions, mort trois jours après que le ventre se fut endurci. Au reste, quoique Molinelli s'étonnât qu'une inflammation eût pu être produite par un sang épuisé, puisque c'était après une maladie fort longue et assez grave, il ne doutait cependant pas qu'elle n'eût existé, et moi je ne doutais pas non plus que la gangrène n'eût eu liea Mais ce qu'on ne put savoir d'une manière certaine sur ce petit jeune homme, parce qu'on ne laissa pas ouvrir le cadavre, on le put sur une princesse dont l'histoire m'a été communiquée par un de ses médecins; et comme elle est semblable à celles que j'ai décrites plus haut, je ne la passerai point ici sous silence.

i8. Une grande princesse, âgée de cinquantequatre ans, qui n'était pas grasse des membres, mais qui l'était beaucoup du ventre, chez laquelle le pouls était tel qu'après deux pulsations naturelles, il y en avait aussitôt deux autres qui étaient petites et d'une vivacité inégale, paraissait guérie d'une douleur très-grave des intestins, qui agissait sympalhiquemeiït sur la vessie, et qui empêchait Tévacualion de l'urine; mais elle fut prise très-

peu de jours après que cette douleur eut été calmée, de déjections noires qui furent suivies de la mort.

Examen du cadavre. Le ventre ayant été ouvert, on trouva certains intestins et l'estomac affectés de gangrène; mais la vésicule du fiel était sans bile, et renfermait un calcul delà grosseur d'une petite poire. Il y avait dans les reins de petits graviers plutôt que des calculs. Dans la poitrine, le cœur et le péricarde étaient surchargés de graisse.

19. Soit que ces inégalités du pouls fussent produites par la quantité de graisse qui surchargeait ces organes, soit aussi qu'il y eut quelque chose d'héréditaire , comme ce que je me souviens d'avoir lu autrefois sur le roi , père de cette princesse, l'indique, je croirais certainement qu'on devait attribuer la gangrène des intestins à une inflammation antérieure, lorsqu'il existait de la douleur, plutôt qu'aux déjections de l'atrabile, comme on le disait généralement. En effet, les déjections n'auraient pas altéré aussi l'estomac, et d'ailleurs sur la veuve dont il a été parlé \\\\ peu plus haut (i), la mort fut bien précédée de déjections noires » mais c'étaient des déjections de sang putride, et non d'atrabile. Mais, dites-vous, il n'est pas vraisemblable que plusieurs médecins, et surtout des médecins exercés, tels que c^wy. que Ton appelle ordinairement pour traiter é^^ princes, n'eussent

4^4 TKKI^TK-CINQUIÈME LETTRE.

pas connu rinflammation , et la dégénération de celle inflammation en gangrène. Quant à moi , accoutumé à juger des autres comme je voudrais qu'on jugeât de moi, principalement dans une maladie que je n'ai pas vue moi-même, je serai fidèle ici aussi à mon habitude de n'accuser personne témérairement, et si vous ne vous y opposez pas, je dirai que cette gangrène eut lieu sans aucune inflammation antérieure. Je le ferai d'après la grande autorité de Fernel (^\) ^ qui vit un jour après une douleur très-violente, V extrémité du pied sphacelée tout à coup ^ sans rougeur remarquable ^ de sorte qu'enfin le malheureux mourut sans fièvre et sans des symptômes extrêmement graines. Ainsi, quoique beaucoup de médecins pensent que le sphacèle est la conséquence nécessaire d'une grande inflammation , cependant Fréd. Hoffmann (î^) a écrit positivement ceci, en ayant égard à un assez grand nombre d'observations semblables à celles de Fernel : c'est pourquoi il 7iy a pas de raison pour que nous doutions que la même chose ne puisse avoir lieu aussi intérieurement dans les viscères ^ sans une inflammation antérieure.

Que si par hasard vous réclamez des exemples pour les intestins eux-mêmes, vous pourrez relire (3) l'observation de Séger; ou plutôt, puisque

( I ) De abdit. rer. caus. , 1 . 2 , c. i 5.

(2) Dissert, de morb. hep. ex ânàt. deduc.^, §. 19.

(3) J^icL suprà, n. i5.

DE LA DOULEUR DES tlNTESTINS. ^20

dans celle-là la douleur était extrêmement violente et qu'on trouva le mouvement de l'artère fort vif, si vous en lisez une autre de Fréd. Ortlobius (i), qui est aussi dans le Sepulchretum (si), vous verrez que les intestins étaient Iwides ^ noi^ râtres y sphacelésk droite^ et cela, comme Ortlobius en témoigne son étonnement dans la scholie , sans des douleurs précédentes de l'abdomen, et saris une fièvre manifeste antérieure.

20. Cependant, puisque sur le malade même d'Ortlobius il avait existé précédemment des douleurs obscures du ventre, et qu'il n'est personne qui puisse affirmer qu'il n'y avait point eu auparavant une rougeur remarquable sur les viscères, comme sur ce pied dont il a été parlé un peu plus haut d'après Fernel et sur les autres parties extérieures, vous ne nierez sans doute pas que le sphacèle des intestins ne puisse avoir lieu quelquefois sans aucune inflammation antérieure, mais vous chercherez en même temps s'il peut succéder, dans certains cas, à une inflammation d'une espèce telle que ses principaux symptômes et ses caractères les plus connus n'existent pas. Pour ne point nous éloigner du Sepulchretum ^ lisez, je vous prie, dans cette même quatorzième section (3), vme observation de Rivière. Vous ver-

(i) Eph. N. C, dec. 1 , obs. i43.

(2) L. 3, s. 1 , obs. 11.

(3) Obs. 21, §.4.

4ci6 .TRENTE-CINQUIÈME LETTRE.

rez que Tintestin iléon était affecté de gangrène et même de sphacèle vers sa terminaison, avec la portion annexe du mésentère, sur un sujet qui ayant éprouvé une douleur des intestins le premier jour de la maladie qui se prolongea jusqu'au treizième, et qui n-ayant eu ni douleur ni fièvre le second, avait jeté les médecins dans une grande incertitude le troisième jour et les jours suivans, attendu que la fièvre qui survint ce troisième jour ^ ainsi que la soif et la sécheresse de la langue , semblaient annoncer une inflammation ; mais ils ne pouvaient concevoir comment ïinflammation des intestins pouvait exister sans douleur. Croirez-vous que le sphacèle existât déjà le premier jour? Le sujet aura-t-il donc vécu douze jours dans cet état? Ensuite comment le sphacèle étant formé, la fièvre qui n'existait pas auparavant s'y joignit-ellç avec la sécheresse de la langue ? Vous avez certainement vu dans la Lettre précédente que le pouls devint enfin semblable à celui des personnes en bonne santé après avoir été fébrile, et la langue humide après avoir été sèche, sur un vieillard (i) chez lequel je trouvai une partie des intestins encore rouge, une autre partie livide, noire, attaquée de gangrène; indice non équivoque que cette dernière partie avait passé tout récemment de l'inflammation à la gangrène.

Mais pour ce qui regarde la douleur, d'autres de mes Lettres font mention de l'inflammation des intestins sans ce symptôme. En effet, pour passer sous silence ce qu'on lit dans la vingt-neuvième (t), que les intestins n'éprouvaient aucune douleur dans un cas où ils étaient tous très-gravement enflammés (car j'ai conjecturé que cela dépendait de leur paralysie), ils n'étaient certainement pas paralysés sur d'autres malades, comme sur deux dont il a été question dans la vingt-unième Lettre (2); et cependant bien qu'ils fussent enflammés , on n'avait entendu aucune plainte qui se rapportât à la douleur de ces organes. Et pour parler d'une malade dont vous pourrez vous souvenir plus facilement, j'ai décrit dans la Lettre précédente (3) l'histoire d'une femme dont les intestins grêles étaient rouges dans une très-grande partie, quoiqu'ils eussent paru prCvSque exempts de douleur. Du reste l'autre signe principal de l'inflammation, la fièvre, n'avait jamais existé non plus sur cette femme dans tout le cours de la maladie; tandis que sur le portefaix dont l'observation a été rapportée (l\) bientôt après la sienne, la fièvre était légère, soit que l'on considérât l'état du pouls qui n'était pas très-fréquent , ou les chairs

(i)N. 10, II.

(2) N. 9 et 17.

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