‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 29 sur 41 · N. II · texte numérisé non relu

N. II

qui n'étaient pas chaudes, et cependant Finflammation n'était pas peu considérable, en sorte qu'il n'y avait pas lieu sur lui, et bien moins encore sur la femme, à la sentence de Baillou (i), qui du reste mérite d'être citée. Cet auteur après avoir dit ^il paraissait naturel qu une fièvre remarquable fût la conséqueûce des inflammations internes ^ ajoute cependant aussitôt, à l'imitation de Galien qui veut que les inflammations soient grandes dans les parties internes pour qu'il s'ensuive une fièvre aiguë : de même si la phlogose est médiocre^ il nen résulte pas une fièvre mordante à la main,

21. Puisqu'il en est ainsi de tout cela, quand vous trouverez sur des malades avec les autres signes de l'inflammation des intestins, une douleur violente et une fièvre aiguë, vous croirez à juste titre et avec raison les auteurs de médecine qui placent ces deux symptômes parmi les caractères principaux d'une grande inflammation des intestins. Cependant, si quelquefois vous remarquez que l'un des deux ou tous les deux n'existent pas, ou existent à peine, vous ne jugerez pas tout de suite que l'inflammation est nulle ou légère, et que la gangrène et le .^phacèle ne peuvent point se rencontrer dans les intestins de ceux: sur qui vous n'aurez pas vu ces deux symptômes antérieurement. Certes il aurait été à désirer que les médecins qui ont décrit les signes de cette inflam-

(1) L. r, consil, medic. 112.

mation et de la gangrène qui en est la suite, n'eussent pas omis cet avertissement dans une maladie qui cause assez souvent une mort prompte et subite par une erreur de cette espèce. Je dis assez souvent; car je me souviens que lorsque dans mon étonnement je racontai à Valsalva et à Albertini le cas du petit jeune homme dont j'ai fait la rlesr çription plus haut (i), ils me confirmèrent aussitôt l'un et l'autre que des exemples semblables s'étaient présentés à eux, et cela plus d'une fois. Dans le temps où Albertini m'enseignait qu'il fallait être attentif et se tenir sur ses gardes dans les douleurs des intestins, parce qu'il avait vu des malades aller tout à coup très-mal, et être promplement enlevés par une inflammation latente et par un sphacèîe des intestins auquel on ne s'attendait pas, après des douleurs légères, ou du moins avec des douleurs qui n'étaient pas du tout violentes, sans qu'il existât aucune fièvre manifeste, aucune convulsion, aucun vomissement, et lorsque l'esprit et le corps étaient en assez bon état; dans le temps, dis-je, où il m'inculquait ces principes, je demandai à ce médecin extrêmement attentif et à cet observateur extrêmement exact, d'après quels signes nous pourrions donc comprendre l'imminence du danger, et au moins l'annoncer d'avance? Par le pouls, me dit-il, l'abdomen et la face. En effet, le pouls est petit, plutôt

43o THENTE-CINQUIEME LETTRE.

faible que fort, et, si Ton y fiiit bien attention, inégal d'une manière un peu obscure; l'abdomen est tendu, dur, et il y existe quelques douleurs; enfin, la face offre quelque chose d'extraordinaire, mais ce symptôme varie sur les différens sujets, en sorte que j'ai vu quelquefois les yeux comme effrayés, et d'autres fois une lividité au pourtour des lèvres. Voilà, dit-il, ce qui s'est offert à mon observation presque toujours dans des cas de cette espèce; car dans quelques circonstances j'ai aussi remarqué que la langue n'était pas en bon état, et qu'il existait une certaine soif

C'est ainsi que, selon son habilude, il m'indiquait avec candeur les signes que je cherchais. J'eus occasion de reconnaître la vérité de ces symptômes soit dans d'autres cas, soit surtout dans celui de Th. Aloeti, mon compatriote, aus.si recomfiiandable par sa probité que par sa noblesse. En effet, comme il était couché après avoir éprouvé, certaines douleurs du ventre auxquelles il était sujet, et qu'il ne se rétablissait pas aussi promptement qu'à l'ordinaire, à l'époque où j'étais retenu chez moi par le mauvais état de ma santé (c'était, si j'ai bonne mémoire, pendant r.iutomne de l'an 171 1), son médecin, qui fut envoyé vers moi sur le soir pour me consulter, m'ayant fait le récit de quelques-uns des signes qui ont été indiqués tout à l'heure, et ayant compris d'ailleurs moi-même par les questions que je lui fis qu'il n'en manquait pas certains autres, ma réponse, à

DE LA DOULKUR DES INTESTINS. /p f

laquçlle il était loin de s'attendre, fut qu'il retournât auprès du malade, et que s'il remarquait que son état eût empiré même quelque peu pendant ce temps-là, il eût soin de l'avertir aussitôt qu'un grand danger pouvait devenir imminent ^ afin qu'il remplît les devoirs ordinaires de la religion et qu'il réglât les affaires de sa famille. Éh bien! très-peu d'heures après ayant commencé à se trouver manifestement plus mal, et ayant fait aussitôt ce dont on finit alors par l'avertir, cet excellent homme mourut cette nuit même d'une manière très-prompte.

*j.i. Mais comme telle est la nature de la médecine^ que les mêmes accidens n'ont pas toujours lieu de la même manière , recevez ce que j'ai dit de telle sorte que si vous voyez quelquefois la plupart de ces indices se réunir, vous ayez au moins des soupçons, et vous observiez ensuite le reste avec prudence et avec beaucoup d'attention. Mais en attendant il ne sera peut-être pas toutà fait inutile de comparer avec les observations qui ont été décrites dans la Lettre précédente ainsi que dans celle-ci, d'une part la plupart des signes d'Albertini, et de l'autre ceux que les médecins ont coutume d'indiquer, afin de reconnaître l'inflammation des intestins. Mon maître avait remarqué la petitesse du pouls , et sa faiblesse plutôt que sa force, symptômes que vous retrouverez notés presque partout dans la Lettre précédente, aux 11'^' 9, II, i8, 25, et dans celle-ci au n^ 2 (pour

433 tredtTe-cinquième lettre.

ne rien dire de Tasphyxie qui a été notée au même numéro), et enfin aux n*"' i4 et i6. 11 avait remarqué aussi la tension et la dureté du ventre, et l'état de la face ou des yeux qui offraient quelque chose d'extraordinaire. Vous verrez ce qui a été observé à ce sujet à tous les numéros qui ont été cités tout à l'heure, excepté aux n*"' 1 1 et 16 où il n'en est rien dit. Au reste les auteurs de médecine sont bien d'accord sur la tension du ventre ; mais ils ajoutent plusieurs autres signes qui indiquent d'une manière non équivoque une inflammation des intestins, mais une inflammation évidente que tout le monde reconnaît facilement, et non cette inflammation obscure dont je parle, et dont à peine un petit nombre de médecins se doutent.

Au nombre de ces signes sont surtout une fièvre aiguë et une douleur violente, sans lesquelles cependant j'ai fait voir plus haut (i) que cette inflammation a existé. En outre, pour ce qui regarde seulement la fièvre, lisez, si vous voulez, une observation décrite par le célèbre Rosa (2); vous verrez que tout le système des intestins était attaqué d'inflammation et f jappé de gangrène ^ et que néanmoins dans tout le cours de la maladie on ne put pas observer la moindre intensité du pouls y ni le moindre mouvement fébrile. C'est, il

(2) Act. N. C, tom. 8, obs. 47,

est vrai, un cas particulier que décrivait cet auteur Tan 1745; mais avant lui, et non avant les observations de mes maîtres ni avant les miennes, le célèbre Simson avait publié des choses qui fournirent à l'illustre archiatre Van-Swieten (i) une juste occasion de le citer et de confirmer son opinion par ces paroles, que vous verrez dans plus d'un auteur italien par qui elles ont été répétées dans ces dernières années, mais que je me plais cependant à transcrire encore ici ; Simson a donné un as^ertissement très-salutaire en médecine-pratique y -pour que les médecins ne se trompent pas ^ en croyant quil n existe aucune inflammation s' il y a absence de fièvre. Vinfiammation des intestins et de V estomac produisant souvent des douleurs fixes , il est possible quon n observe aucune fièvre en explorant le pouls. Voyez comme cet auteur extrêmement grave dit que cela arrive souvent; et comme il ne doute pas que cet avertissement ne soit très-salutaire en médecine-pratique. Or, c'était cela que je m'étonnais moi-même en 1703 (2) de voir omis par les médecins que j'ai ici en vue, et qui avaient indiqué les signes de l'inflammation des intestins comme ceux de toutes les autres maladies. Voilà donc ce qui a rapport à la fièvre.

Quant à la douleur, il faut ajouter ici que les médecins disent qu'elle se joint à un sentiment

(1) Comment, in Boerh.^ Aplior., J. 871

(2) N. i4 et 21.

(!e pulsation et de chaleur assez considérable, ce que vous ne trouverez dans aucune de mes observations; vous en lirez même une (ï)où, lorsque je pris spécialement des informations sur le sentiment de pulsation et sur celui de la chaleur, on me dit positivement que ni l'un ni l'autre n'existaient. Vous verrez plutôt dans la plupart (3) que les malades dépeignirent leur douleur, en disant qu'il semblait que des chiens les mordissent. Les mêmes écrivains admettent encore le serrement du ventre et des vomissemens continuels, surtout si les intestins grêles sont enflammés, en sorte que lesexcrémeîis finissent par être rendus par la bouche. Mais il est certain que vous ne trouverez rien de tout cela en relisant ce qui a été rapporté plus haut (3) , au moins sur le valet de pied , sur la vieille et sur l'autre femme; et même cette dernière avait le ventre relâché. Vous chercherez aussi en vain la soif dans la plupart des histoires; je ne parle pas de cette soif légère qu'Ai bertini a remarquée quelquefois, mais de celle qui est incommode, que Ton dit également être propre à la fièvre aiguë. Je passe les autres symptômes sous silence; car je ne me suis pas proposé de critiquer des autein\s que j'estime beaucoup, mais seulement de iaire voir que les principaux signes de l'inflammation

(1) Epist. 34, n. 9.

(21 Ibid. , et n. 1 8 et 25 ; et in liâc Epist. , n. 1 6.

des intestins que l'on met en avant/n'existent pas toujours.

23. Au reste, je ne saurais louer comiTie ils le méritent, ces mêmes auteurs, lorsqu'ils avertissent que l'inflammation de ces viscères dégénère facilement et fort souvent en gangrène et en sphacèle, et que l'indice de cette dégénération est la cessation subite de toute douleur. C'est par la même cause que si cette cessation a lieu dans la dysenterie, les malades périssent promptement, lorsque eux-mêmes et les autres le craignent le moins. Vous avez dans la section onzième (i) du troisième livre du Sepulchretuin ^ un aveu franc et digne d'Hippocrate, fait par Drelincourt qui ayant chanté victoire en voyant les douleurs d'un dysentérique se calmer tout à coup , ne chanta plus trois jours après , lorsque le malade mourut sans douleurs d'une gangrène étonnante des intestins. Moimême en vous écrivant ailleurs (2), j'ai conjecturé que le sphacèle des intestins avait été cause que dans les derniers jours d'une dysenterie et de la vie, la fièvre avait également paru se dissiper^ et j'ai fait voir dans cette Lettre (3) et dans la précédente (4) d'où dépendait et ce que présageait dans les douleurs du ventre, non-seulement la ces-

(i) In addit., obs. 4.

(2) Epist. 3i , n. 26.

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