XXXVP LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE
Des Tt^^xf^^^rs et de la Douleur des Hjpochondres.
I. r ASSAPfT sous silence la section extrêmement courte qui suit dan3 le Sepulchretum sur les liémoirhoïdes , pour les motifs qui ont été ludiques dans la trente-deuxième Lettre (i), j'arrive toiit de suite aux deux sections suivantes, la seizième et la dix-septième , pour embrasser dans cçtte seule Lettre ce qui est traité dans l'une et dans l'autre, les tumeurs des hypochondres, et leur douleur. En effet, ces deux affections sont assez souvent réunies, comme il sera facile de le comprendre d'après les observations de Valsalva, par lesquelles je commencerai.
2. Une femme de quarante ans, d'un teint jaunâtre, avait éprouvé pendant long-temps à la partie droite du ventre, nne dureté qui descendait jusqu'à l'os ilium et plus bas. Elle souffrait, si l'on touchait cette partie. Elle était altérée. Pendant un mois environ avant de mourir, elle se plaignait d'une douleur d'estomac après avoir pris de la nourriture, et elle respirait difficilement. Il s'y était joint des vomissemens quelques jours avant
(i)N. lo.
DES TUM. ET DE LA DOUL. DES HYPOCHOND. /i^Q
sa mort, et une douleur très-vive les deux derniers jours.
Examen du cada\>re. On trouva le ventre rempli d'une eau jaune, amère et concrescible par l'action du feu. L'estomac était étroit à son milieu , en sorte qu'il égalait à cet endroit le rétrécissement du pylore, et qu'il représentait ainsi pour ainsi dire deux estomacs. Le foie formait une grande masse; car il s'étendait presque par son lobe droit jusqu'au fond du ventre. La substance tout entière de ce lobe était endurcie, et parsemée en plusieurs endroits de corps blanchâtres, dont quelques-un.s des plus gros égalaient une noisette ; en la disséquant, elle présenta en quelques points un commencement d'érosion et une putréfaclioii imminente des sucs. D'ailleurs le lobe gauche de ce viscère était également endurci, et il compris luait l'estomac à cet endroit où j'ai dit que ceiui-ci était rétréci. Les tuniques de la vésicule du fiel étaient épaissies, et sa cavité extrêmement étroite contenait une bile noire, épaisse, visqueuse. Les conduits de la lymphe n'étaient nullement apparens dans le ventre. Dans la poitrine, les poumons étaient blanchâtres et parsemés de taches noirâtres; celui du côté gauche était légèrement adhérent au dos, et celui du côté droit se trouvait libre de toutes parts. Les ventricules du cœur contenaient un sang liquide, en sorte qu'il y avait à peine un léger commencement de concrétion polypeuse dans celui du côté droit.
44o TllEWtE-SIXlÈME LETTRE.
3. J'ai rapporté dans d'autres Lettres (i) aussi trois observations, où j'ai fait la description d'un estomac qui était comme double, sans que la constriction fût pourtant aussi grande qu'ici; quoique j'aie cité (2) d'après Blasius un rétrécissement encore plus considérable que celui-ci, sur un homme du reste bien portant, si ce n'est qu'il était affamé. Je n'ai pas douté non plus que des structures de l'estomac de cette espèce n'existassent depuis la naissance (3). D'après cela je n'ai pas cherché la cause de ces rétrécissemens dans le foie, quoique dans les deux premières observations ce viscère s'étendît à gauche plus qu'il ne le devait, sans toutefois être dur dans cette partie; et la principale raison , c'est que'dans la troisième , le foie se trouvait dans les bornes de l'état naturel : d'un autre côté dans cette même troisième observation je n'ai pas rapporté au rétrécissement de l'estomac les vomissemens et les douleurs de ce viscère, parce que ces symptômes n'existaient en aucune manière dans les premières. Cependant ici je ferai dépendre ces mêmes incommodités de cet état de constriction , parce qu'il paraît avoir augmenté de plus en plus et d'une manière extraordinaire dans les derniers temps, à raison de la dureté du foie qui devenait de jour en jour
(ï) Epist. 16, n. 38 • Epist. 26, n. 3i ; Epist. 3o, n. 7.
(2) Ibid, , n. 8,
(3) Epist, 26, n. 82.
plusgros,etqui comprimait particulièrementcette même partie de Testomac.
En effet, la raison et des histoires multipliées confirment combien les fonctions de l'estomac sont troublées par sa compression et son abaissement opérés par la masse augmentée du foie, comme vous le verrez dans l'observation de Bartholin (i) sur une petite fille de six ans, et dans celle de Fantoni le père (2) sur un prêtre; sur celui-ci la masse du foie remplissait tout Vépigastre^ et sur celle-là elle occupait \ abdomen tout entier. Le foie étend bien quelquefois jusqu'à la rate une partie fort mince de sa substance, sans être malade en aucune manière , comme je l'ai dit ailleurs (3); mais dans certains cas il est malade sans présenter presque aucuns prolongemens à travers le ventre. Les médecins et les chirurgiens ne doivent ignorer ni l'une ni l'autre de ces dispositions, pour qu'ils ne se laissent pas tromper dans quelques circonstances par ce qui existe le plus souvent. Mais lorsque le foie est sain, il n'y a lieu qu'à des soupçons, comme par exemple si une blessure reçue par hasard à l'hypochondre gauche est accompagnée de symptômes autres que ceux qui ont lieu ordinairement dans les blessures de tous les viscères que l'on sait être placés à cet . • ^„^_____^___
(1) Sepulchr., 1. hoc 3, sect. 1, obs. 4-
(2) Obs. anat. med. 24.
(3) Ad vers. 2, animad. %,
endroit. Au contraire lorsqu'il ne manque pas de signes de maladies du foie, tels que, sur la femme en question, le teint jaunâtre, et la dureté qui commençait à Thypochondre droit, alors il est moins difficile de reconnaître que le foie est aussi étendu jusqu'à l'endroit où la dureté s'étend ellemême d'une manière continue. Mais sur une autre femme qui est le sujet de l'histoire suivante, la continuation de la douleur opérée par la pression exercée avec la main , montait-elle assez haut pour indiquer la même disposition? comme Yalsalva qui était fort jeune lorsqu'il écrivit trop succinctement ce qu'il avait observé pendant la vie, a gardé le silence à ce sujet, je puis plutôt le conjecturer que l'affirmer.
4. Une femme sexagénaire se plaint pendant long-temps d'une douleur au-dessus de la région ombilicale; elle est altérée, elle tousse, elle crache une matière catarrhale. Enfin elle respire difficilement, et peu de jours avant sa mort son ventre se tuméfie tout à coup considérablement, et ses pieds s'œdématient. Enfin cette douleur s'éteignant insensiblement, la mort arrive.
Examen du cadastre. Le ventre contenait wnç. grande quantité d'eau limpide : il n'y avait aucun vestige de vaisseaux lymphatiques. La rate était deux fois plus grosse que dans Tétat naturel. Le foie était dur , et la vésicule du fiel qui lui est unie était pleine de calculs lisses. Mais dans une autre partie on voyait un amas de vésicules attachées
au foie, et qui après avoir été déchirées laissaient écouler de la sérosité. Du reste, dans la substance du même viscère, vers la partie qui regardait le diaphragme, on trouva la cavité d'un abcès qui occupait plus du tiers du foie. La matière de l'abcès après avoir perforé le diaphragme, s'était précipitée dans la cavité droite de la poitrine, qui était totalement remplie d'un pus sanieux. Cependant le poumon était sain.
5. Maintenant que vous avez compris dans quelle partie l'abcès du foie se précipita, je ne doute pas que vous ne regrettiez avec moi que Valsalva n'ait pas pu décrire avec plus de soin tous les symptômes, surtout les derniers, dans un cas comme celui-là, qui nes'était peut-être présenté à personne avant lui. En effet, Stalpart (i), en parlant d'un homme sur qui le pus passait d'un abcès du foie, non pas abondamment ni dans la cavité de la poitrine, mais en quantité médiocre et dans le pou-* mon, par une fistule qui traversait le diaphragme attaché à l'un et à l'autre viscère , n'a ajouté, comme il avait coutume de le faire ( car il avait beaucoup lu), aucun exemple de cas analogue qu'un autre eût vu par l'anatomie. Mais après lui, si toutefois nous cherchons des observateurs d'une bonne foi non équivoque, comme nous le devons, je ne me souviens maintenant d'avoir lu aucun auteur qui ait trouvé la même lésion, ni à plus forte raison
(i) Obs. rar. !fi, cent. i.
ce que Valsalva a observé. Celui-ci a bien laissé par écrit les symptômes qu'il put recueillir; mais vous voyez à quoi il faut rapporter la tuméfaction du ventre et l'œdème des pieds. Quant à la difficulté de la respiration, elle peut exister dans une telle affection du foie, lorsque le diaphragme est sain , de même que la toux , dont l'indice était d'au* tant plus équivoque sur cette femme, qu'il s'y joignait une expectoration de matière catarrhale.
Il existe dans cette section du Sepulchretwn (i) jusqu'à vingt histoires d'abcès du foie ; mais il n'en est presque aucune où l'on ne regrette qu'on n'ait pas apporté plus de soin dans l'observation des signes, à l'exception de celle (2) de l'homme de Nuremberg, qui a été décrite par Coiter. Toutefois sur ce sujet la vomique avait occupé la partie concave du foie, en sorte qu'il paraît qu'elle s'ouvrit dans la cavité du ventre. Elle se trouvait aussi à la même partie concave sur le jeune homme que Paavvr(3) disséqua; mais celle-ci n'avait pas répandu du pus , de manière que l'on comprend que le trou qui recevait les deux poings^ et par lequel le diaphragme était percé à la partie ou il s'appuie sur le côté gauche du foie ^ ne fut point opéré par l'éruption de la sanie; en outre, on ne trouve indiquées dans celte histoire aucunes des incommo-
(1) Sect. 17, obs. a,
(3)/6tc/.,f 7,8.
dites qui avaient précédé la mort, pas plus que sur un autre sujet (i) sur lequel le même Paaw observa à la partie convexe du foie des ulcères qui pénétraient dans sa substance. Vous ne lirez pas non plus de signes particuliers dans l'observation (2) de Blasius, relativement à un foie qui était tombé dans une telle suppuration, que sa tunique seule séparait le pus du diaphragme qui lui était étroitement uni.
J'ai rappelé ceci pour vous faire mieux comprendre combien il aurait été à désirer que Valsalva eût pu faire ce que les autres n'avaient pas fait, c'est-à-dire indiquer, pour ce qui regarde les signes presque toujours communs aux abcès du foie, quels étaient ©eux qui manquèrent ou non, parmi ceux au moins que Coiter a notés, outre la toux et la soif dont mon maître a également parlé, et si parmi les symptômes de la^ruptiïre dé l'abcès, ceux qui ont été rapportés par Coiter de la manière suivante, existèrent : la tumeur qui était située à l'hypochondre droit et à la région soujacente, j<? dissipa^ la dureté disparut ; lemêmejour ayant été pris de quelques défaillances^ il rendit /'a/we. En effet, Valsalvane dit rien autre chose, si ce n'est que la douleur qui avait existé au-dessus de la région ombilicale, s'éteignit insensiblement , c'est-à-dire que la matière de l'abcès passa de plus
en plus dans la poitrine. Il n'indique même pas en quoi les fonctions de cette dernière partie furent alors lésées, puisqu'il ne dit rien de la respiration devenue plus difficile, pas plus que des défaillances.
6. En lisant ce grand nombre d'histoires qui ont été indiquées un peu plus haut dans le Sepulchretum, vous trouverez que ces derniers symplômes ne sont pas plus notés que la promptitude de la mort, sur ceux chez lesquels une vomique du foie s'était déchargée (r) dans la cavité du ventre, excepté sur l'homme dont j'ai dit que le cas avait élé décrit (2) par Coiter; et au contraire, vous verrez (3) qu'un boulanger dont la membrane du foie en suppuration élait intacte et saine ^ cwait été pris quelquefois d'une lipothymie. Cependant l'un et l'autre de ces accidens dont il n'est nullement parlé dans ces histoires, se sont présentés si souvent aux médecins , et surtout à mon maître Albertini, qu'il avertissait le malade avec sollicitude de ne pas remuer lorsque les signes d'un abcès déjà formé dans le foie existaient ; non qu'il ignorât que le mouvement avait été ordonné à cette époque par des auteurs d'ailleurs recommanda-^ Lies, moyen que j'ai lu avoir réussi aussi quelquefois de nos jours; mais d'un côté il pensait que
(1) 5. 2 et 5.
c'était par hasard si le pus d'un abcès rompu de cette manière passait dans les intestins par les branches du conduit biliaire, en laissant la membrane du foie intacte, et de l'autre côté il prévoyait avec quelle facilité cette membrane venant plutôt à se rompre, le pus pouvait s'épancher dans la cavité du ventre, et le malade mourir aussitôt dans une syncope qui en serait l'effet. En effet, il se souvenait que ceci était arrivé à Bologne dans sa jeunesse, lorsqu'un médecin distingué, qui était aussi un chirurgien célèbre, eut prescrit le mouvement à une fille qui avait le foie en suppuration, à l'imitation de ces praticiens; car le pus s'étant épanché dans le ventre, la malade mourut bientôt après entre les mains des femmes sur lesquelles elle s'appuyait. D'ailleurs il avait vu ensuite la même chose avoir lieu même sans mouvement, ou du moins par un mouvement léger, tel que celui qu'on fait pour se remuer dans le lit, ou pour se lever, soit sur d'autres sujets, soit surtout sur un marquis d'une très-grande noblesse, qui avait un abcès à la partie concave du foie. Guidé par ces observations, il soupçonnait qu'un genre de mort analogue devait être rapporté à une cause peu différente, sur un autre personnage noble dont je vous décrirai ailleurs (i) avec soin tous les symptômes de la maladie. Au reste, il approuvait d'autant moins le mouvement, que « ' -...■■
(i) Episl, 40, n. 28.
l'abcès est quelquefois si grand, ou d'une telle espèce, que quand même il trouverait par hasard une issue à travers les conduits biliaires, les malades ne pourraient cependant point être guéris avec le même bonheur avec lequel il m'assurait avoir parfaitement rétabli une dame de première qualité et une servante , en leur donnant des soins pendant long-temps, mais en ne leur administrant pour tous médicamens que la résine de térébenthine et le petit-lait, et ensuite les sucs de lierre terrestre et de consoude moyenne.
En effet, quelquefois la vomique du foie s'est ouvert elle-même une issue à travers les muscles de l'abdomen , cas dont on rapportait deux exemples à Bologne; et, bien que l'on eût cherché même alors à guérir le viscère non-seulement avec des remèdes internes, mais encore avec des médicamens externes appliqués dans la cavité même de l'apostème, cependant on n'y était parvenu que dans l'un des cas , tandis que dans l'autre , où il sortait tantôt une matière semblable à l'eau dans laquelle on a récemment lavé de la chair, et tantôt quelque chose de jaune , on ne put point parvenir au même résultat, et le malade mourut à la fin. Au reste c'était moins l'effort de la nature que l'erreur de l'art qui avait ouvert la tumeur sur celui-ci; car le médecin, quoique d'un nom assez connu, et le chirurgien son confrère ne faisant pas attention qu'il avait existé antérieurement im ictère et d'autres symptômes qui indi-
DES TUM. r.T DE LA DOUL. DES HYPOCHOND. 4^9
quaieiit une lésion du foie, s'étaient laissés tromper par le toucher, peut-être par la même cause que celle que Fantoui le père (i) trouva dans l'amincissernent des muscles de l'abdomen à cet endroit, en sorte qu'ils crurent que la tumeur qui était ^ans le foie, existait dans ces muscles; ce qui fit qu'ils excitèrent la suppuration par un soin très-inopportun en appliquant des émoUiens.
Vous comprenez ce que je désapprouve ici. En effet, je ne suis pas homme à croire que lorsque la nature elle-même pousse vers les muscles de l'abdomen une tumeur du foie en suppuration, il faille y laisser pendant fort long-temps le pus qui augmenterait de jour en jour, et qui après s'être altéré par la stagnation vicierait le sang, corroderait d'autres parties du viscère, et d'autres encore, et s'ouvrirait une voie là où il le faut le moins, par exemple dans l'estomac; car il s'est répandu aussi dans ce viscère par un grand trou, comme le célèbre Vogel (2) l'a observé, ou dans la poitrine, comme je l'ai fait voir plus haut, ou, ce qui est moins rare, dans la cavité du ventre, d'où résulte une mort misérable et lente, si l'on n'est enlevé très-promptement, comme j'ai dit (3) qu'Albertini l'avaij: vu, et comme l'illustre Van-Swie-
(1) Obs. anat. ïïied. i3.
(2) Act. N. C, t. 5;, obs. 90,
45o TRENTE-SIXliAlE LETTRE.
ten (i) le confirme. // est à craindre^ dît-il , quiine syncope et la morl subite ti aient lieu pendant que V abcès du joie se rompt ; car les branches de la veine'porte comprimées auparavant par la vomir quCy et actuellement dégagées par V épancliement du pus^ peuvent facilement être rompues par le sang qui se précipite avec plus d'impétuosité ^ surtout lorsqu elles ont été macérées et comme à demi rongées par un pus acre appliqué sur elles pendant si longtemps.
Ainsi, à l'innitation de cet écrivain et d'autres auteurs graves, j'avertirais le malade et ses parens avant que ces derniers effets n'eussent lieu, des grands et nombreux dangers qui seraient imminens, si Ton ne donnait issue au pus au plus' vite; qu'après la lui avoir donnée, toutefois avec prudence, comme on le doit, on peut espérer la guérison, non pas toujours, mais quelquefois, comme cela est annoncé dans les Aphorismes (2) d'Hippocrate; et qu'on a même parfaitement guéri plus d'iuie fois des abcès du foie, par l'ouverture desquels il s'écoulait des matières bien différentes de celles qu'IIippocrate désirait, exemples auxquels on peut aussi ajouter celui qui a été rapporté par le célèbre J. P. Albrecht (3), quoique la guérison fût longue et difficile. Mais maintenant revenant
(1) Comirient. in Eoerh., aphor. §, SBg.
(2) 44 et 45, s. 7.
(3) Eph. N. Ck , dec. 3 , a. 5 , obs. 22.
au suj€j; d'où je me suis écarté, passons des objets dont Valsalva n'a point parlé dans Ttiistoire de la femme sexagénaire, à ceux qu'il a notés.
7. Ne croyez pas que l'amas des vésicules adhérentes au foie, et qui laissaient écouler de lia sérosité après leur rupture, fût autre chose que des hydatides (comme il Ta écrit positivement luimême à part), lesquelles se trouvent assez souvent attachées extérieurement à un foie malade. Croyez d'ailleurs que cette quantité d'eau limpide qu'on trouva épanchée dans le ventre, provenait au moins en partie de plusieurs. de ces vésicules, sans doute des plus grosses, que la surabondance de sérosité avait rompues. Ainsi, ne pensez pas que celles-ci fussent de la même nature que ces vésicules particulières et remplies d'une humeur jaune, dont vous lirez la description dans la troisième Lettre Anatomique (i) d'après l'observation de Valsalva. Mais, quoique les histoires qui y sont rapportées appartiennent toutes aux maladies du foie, et quelques-unes à ses abcès, je ne les répéterai pas ici, et je resterai fidèle à mon plan, qui est bien éloigné de cette négligence avec laquelle vous verrez qu'on a répété un grand nombre d'objets dans ces sections seizième et dix-septième du Sepulchretum, En effet, pour passer sous silence que dans la première les observations douzième et dix-huitième sont les mêmes, il est certain que
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452 TREKTE-SIXlilVÎE LEtTKÈ.
dans la seconde les histoires indiquées dans les §. lo et 20 de la seconde observation ne diffèrent pas l'une de l'autre, ni l'observation quatrième du §. 4 de la onzième, ni le §. 8 de celle-ci du §. i5 de la seconde, ni dans cette même onzième observation le §. 2 du §. 6; pour ne rien dire des mêmes choses qui se trouvent répétées en autant de mots dans les scholies des observations seizième et dix-huitième. Quant à moi, ne répétant ici rien de ce que j'écrivis alors, je ferai seulement trois additions à ces histoires de Valsalva.
8. Et d'abord il convient d'ajouter à celle qui est rapportée dans cette Lettre sous le numéro 8, une circonstance qui n'était pas nécessaire alors ; c'est que la sérosité dont le ventre regorgeait, exhala une odeur nidoreuse, semblable à celle que répandent souvent les fébricitans, et assez fréquemment aussi leur urine placée sur du feu; mais de livide elle devint bientôt tellement trouble, qu'elle ressemblait au sérum du lait de vache qui n'est pas bien clarifié; enfin, elle s'évapora totalement par l'action de la chaleur. Je ne dois pas omettre non plus qu'il se manifesta aux environs des glandes lombaires un léger indice de vaisseaux lymphatiques , qui étaient extrêmement vides.
^. Quant à l'histoire que j'ai rapportée (i) immédiatement après celle-là, il ne me reste rien à
ajouter ici d'après l'observation de Valsalva pour la compléter 5 depuis que je voué ai donné des détails suffisans à ce sujet dans une autre Lettre (i). Peut-être attendez-vous plutôt de moi que puisque les vésicules décrites dans cette histoire étaient renfermées dans une d'entre elles, la plus grosse, comme dans une bourse, je défende Je jugement qu'en a porté Valsalva contre l'opinion de plusieurs auteurs, dont je vois que le nombre augmente surtout depuis quelques années, et qui pensent que les vésicules embrassées dans les tumeurs cystiques qui se rencontrent quelquefois dans le foie et dans d'autres viscères, n^appartien- Tient en aucune manière à l'agrandissement des follicules glanduleux. Pour moi, je ne veux ni ne suis dans la nécessité de revenir à cette question, puisque le jugement de Valsalva n'était pas fondé sur cette histoire seulement, ni sur l'observation de toutes sortes de vésicules. Vous pouvez voir aussi comme Vallisnieri, qui observa également long-temps avant eux des vésicules remplies d'autres vésicules, ne les regarda pas toutes dans cet écrit que je citai alors, comme des follicules glanduleux dilatés. D'ailleurs ce n'est pas seulement dans les tumeurs cystiques du foie que Valsalva a rencontré des vésicules (car il est certain que dans cette histoire que j'ai complétée un peu plus haut, il en avait trouvé le foie totalement formé) , quoi-
" -"1 II I ^1 I 11 I I I III III II II I ■!■! ■! ■ I > I ■ I ^— ^1 ■ 1 ■'
(i)XXI, n.55.
qu'il ne soit pas absolument hors de doute, même dans les tumeurs cystiques du même viscère, que ]es vésicules qu'elles renferment ne puissent appartenir en aucune manière aux follicules glanduleux. Car que sera-ce, si les tumeurs cystiques extérieures ont présenté quelquefois des vésicules semblables à celles-là? Est-ce que les follicules glanduleux manquent dans ces parties, parce qu'elles sont extérieures? Mais, comme je l'ai dit, je ne veux point m'arrêter de nouveau à ces controverses.
lo. 11 vaut mieux considérer aussi dans la dernière de ces histoires (i) de Valsai va ce que Malpighi en citait positivement, c'est-à-dire la communication du conduit biliaire avec l'abcès du foie par un grand orifice, et sa dilatation dans tout le ' reste de son étendue, en sorte qu'on voyait manifestement comment il avait pu recevoir les vésicules qui venaient de Tabcès, et les transmettre dans l'intestin duodénum. D'après cela on doit moins douter qu'il ne transporte fort souvent aux intestins par ses branches corrodées, le sang et le pus provenant des vomiques du foie, comme cela a été dit plus haut (2), et comme les conduits biliaires devenus plus amples que dans l'état naturel, et la dilatation de l'orifice par lequel la bile entre dans le duodénum et qui était capable de
DES TUM. ET DE LA. DOTJL. DES HYPOCHOND. /i55
recevoir facilement le petit doigt, le confirmèrent sur une jeune fille (i) , qui, après avoir rendu successivement par le ventre plusieurs livres de pus, en présenta beaucoup dans plusieurs abcès du foie, dans ces conduits, et dans cet intestin.
Puisqu'il en est ainsi, et que les reins offrent un exemple manifeste et plus fréquent d'un fait semblable, en ce que les uretères transmettent le pus et le sang de ces viscères à la vessie, on est porté à s'éÇonner que des hommes, très-savans cependant, paraissent avoir quelquefois oublié cette voie ouverte entre les intestins et le foie , au point que les uns enseignent quil existe souK^ent des diarrhées purulentes y et que le foie lui-même se trouvant putréfié est rendu par les veines mésentéri(|ues, comme si celles-ci portaient les humeurs, non pas des intestins au foie, mais du foie aux intestins, et que les autres disent qu'ils ne peuvent pas comprendre comment l'estomac étant sain, du sang avait été vomi et évacué par un sujet chez lequel ils n'ignorent pas qu'on trouva un grand apostème dans chaque lobe du foie devenu très-volumineux. Mais revenant aux observations de Valsalva que je n'ai point encore rapportées, aux deux que j'ai décrites plus haut et qui sont relatives au foie, j'en vais ajouter un égal nombre qui appartiennent à la rate.
I i.Un jeune homme d'environ vingt ans , ayant
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(ï) E^h. N. C, dec. 3, a. 4^ obs. yS.
commencé déjà depuis près de deux ans à devenir valétudinaire après avoir joui d'une santé naturelle, en attribuait la cause soit à la chasse, à la danse et à d'autres exercices de cette espèce auxquels il s'était beaucoup adonné, soit à son métier; car il était cardeur de lin. 11 était devenu pâle, et il se plaignait de temps en temps, à la manière des hypochondriaques, d'affections légères du ventre et de la poitrine. Enfin l'été de l'an f688 il se manifesta une tumeur volumineuse et dure à l'hypochondre gauche, avec un sentiment de pesanteur, et avec de la difficulté de respirer quand il se promenait. A ces symptômes se joignirent tout à coup un vomissement abondant de sang, une grande perte des forces, l'augmentation de la tumeur, et de la fièvre. Déliré les premiers jours du vomissement, et ensuite aussi de la fièvre, avec des remèdes, il fit usage de ferrugineux pendant les trois mois suivans, et la dureté de la tumeur se dissipa également; cependant sa grosseur persista avec une couleur de la face pâle et comme citrine. Mais au mois de janvier le vomissement de sang étant revenu deux ou trois fois, il fut pris d'une fièvre violente avec un pouls vif, dur et petit, avec de la douleur aux deux hypochondres, avec un sentiment de pesanteur et de tension, et avec une soif inextinguible. Cepencbnl il mourut très-paisiblement le neuvième ou onzième jour de la fièvre. Examen du cadavre. A la dissection du cadavre
on s'étonna combien il restait peu de sang dans tons les vaisseaux. C'est pourquoi les viscères du ventre attiraient les regards sur eux par leur pâleur extraordinaire et par une sorte de blancheur, à l'exception de la rate qui conservait sa couleur naturelle; mais elle était tellement augmentée de volume, qu'elle surpassait le foie par sa masse, et qu'elle pesait quatre livres et demie. Elle n'étaitpas plus dure que dans l'état naturel, si ce n'est qu'à sa face convexe, à un ou deux endroits, elle cachait profondément une substance plus solide, du volume d'une grosse noix. Dans le tronc de la veine splénique étaient cachées des concrétions polypeuses, qui se divisaient d'une manière trèsélégante avec les branches de la veine, même dans l'intérieur de la rate. Le foie extrêmement pâle était parsemé seulement ça et là de taches rouges. La vésicule du fiel , qui était plus pâle que le foie et qui se trouvait même blanchâtre , contenait peu de bile d'une couleur ^extrêmement affaiblie; une bile semblable à celle-là existait au fond de l'estomac; le reste était sain dans le ventre. Dans la poitrine, les poumons étaient pâles à la partie antérieure, tandis que du côté du dos ils étaient d'un rouge noir et parurent enflammés; mais lorsqu'on les coupa ils laissèrent écouler une grande quantité de sérosité écumeuse. Le ventricule droit du cœur contenait une petite concrétion polypeuse, et dans celui du côté gauche il y en avait seulement un commencement.
12. On pourrait sans cloute faire beaucoup de remarques sur celte histoire; mais il convient d'être court, et je ne dois pas m'étendre beaucoup. Ces vomissemens abondans de sang, qui s'étaient répétés plus d'une fois sur ce jeune homme, auraient été facilement expliqués dans le temps où l'on ne doutait pas que quelque quantité de ce Jiquide ne passât de la rate à l'estomac par la veine appelée vaisseau court. Mais depuis que la circulation du sang et les expériences ont enseigné qu'il en est autrement, il faut expliquer la chose cVune autre manière; comme, par exemple, si nous disions que moins il peut être porté de sang par l'artère cœliaque dans la rate obstruée , plus il en est apporté à l'estomac par d'autres branches de la même artère, ou bien que le retour du sang de l'estomac par le vaisseau court est empêché par la tuméfaction de la rate, qui comprime considérablement ce vaisseau entre elle et cet autre viscère qui se trouve souvent gonflé; en sorte qu'on peut concevoir de l'une ou de l'autre manière, ou de toutes les deuj^, ou de quelque autre analogue, que le sang s'ouvre une issue et passe des petits vaisseaux trop distendus dans la cavité de Testomac, quand surtout celui-ci est disposé à cet effet. Et ne croyez point par hasard que cette explication soit combattue par ce qui est dit que l'estomac de ce jeune homme était sain ; car vous penserez que le sang s'épancha dans l'intérieur de ce viscère, dont les fibres étaient peut-être trop relâ-
chées, par des orifices très-nombreux, mais trèsétroits.
Que si vous jetez les yeux sur les anciens euxmêmes, ou sur ceux qui ont continué pendant quelque temps à suivre leur opinion, et sur les dissections faites par eux et rassemblées dans le Sepulchretum (i), vous ne trouverez parmi les observations des sujets qui avaient en même temps une lésion de la rate et un vomissement de sang, qu'une seule histoire {p) dans laquelle il soit dit que quelque vaisseau était manifestement ouvert dans l'estomac. Cette histoire a été décrite par Piiolan dans le livre 2 de l'Anthropographie indiqué à cet endroit; toutefois elle ne se trouve pas au chap. i5, mais au chap. 17 vers la fin. Assurément je croirai facilement cet auteur relativement à la dilatation du vaisseau court qui avait la grosseur du petit doigt, mais ce sera comme je l'expliquais un peu plus haut; je croirai même, si vous voulez, qu'il trouva le même vaisseau ouvert dans l'esto— tnac, quoique je voye qu'il est trop porté à cet endroit à exagérer ce qui peut confirmer son opinion. Car je passe sous silence que lorsqu'il rapporte d'après le cinquième livre des Épidémies, qu'^7 s'était répandu beaucoup de sang vers la rate et en bas sur un sujet qu'un vomissement de sang avait suffoqué, il n'ajoute rien sur l'interprétation
(i) L. 3, s. 8, obs. 71 et seq.
(2) Obs. 73.
46o TRE]VTE-SIXIÈ1VJE LETTRE.
qu'il convient de faire de ces paroles, comme s'il aimait mieux qu'on entendît qu'il est question de l'effusion du sang dans l'intérieur du ventre, que l'auteur extrêmement ancien de ce livre ne pouvait pas avoir vue^puisque l'anatomie des hommes n'était point en usage dans ce temps-là; comme, dis-je, s'il aimait mieux qu'on entendît qu'il est question de cette effusion que de taches irès-rouges sur la peau , qui se seraient manifestées à la région de la rate et au-dessous, comme Vallesio (i) Fexplique. Je passe donc cela sous silence. Mais ce que je ne puis omettre en aucune manière, c'est ce qu'il dit avoir été observé par Vaherda {Jiv. 6, c/^. 5) sur le cardinal Cibo qui mourut après un vomissement de la même nature; savoir que/;^/* la compression de la rate V estomac se remplissait de sang ^ qui y abordait par le vaisseau court. En effet Columbus, qui avait disséqué le cadavre , n'a rien dit de cette expérience, puisqu'il n'a écrit sur la dissection quecequ'on litdanslei5epi//cÂ/'e/i^/^2(2); et Valverda qui en a parlé, s'est exprimé de manière qu'on ne peut point suffisamment comprendre si par la compression de la rate le sang devenait turgescent à l'intérieur, ou bien à Tex térieur de l'estomac; et même Sanctorius qui avait lu l'un et l'autre auteur, a entendu la chose de telle sorte qu'il a écrit ce que vous verrez dans la
(i) Comment, in eum loc, n. 87.
(2) Obs. cit. 73, §. 2.
DES TUM. ET DE LÀ DOUL. DES HYPOCHOND. lfi\
scholie placée au-dessous de cette observation de Columbus : Pendant que la région de la rate était comprimée y le sang refluait vers V orifice de V estomac.
Mais en outre, plusieurs sujets ayant été disséqués après des vornissemens énormes et mortels d'une humeur sanguinolente, ou même de sang, il ne se présenta à ceux qui firent des recherches à ce sujet, aucune trace d'ouverture ou d'érosion d'un vaisseau dans l'estomac; de plus, le vaisseau court était fort petit, quoique la rate fût beaucoup plus volumineuse que dans l'état naturel, et ses racines s'étendaient bien jusqu'aux tuniques extérieures de l'estomac^ mais non jusqu'à ses tuniques intérieures. Vous pourrez voir des observatio/îs de cette espèce même dans le Sepulchretum (ï). Ainsi dans ces cas le sang vint ou des intestins dans lesquels il s'était répandu , ou du foie par l'intermédiaire des vaisseaux biliaires, opinion que le célèbre Van-Sv^ieten (li) adopta de préférence, lorsqu'en examinant avec un grand soin tous les viscères du ventre sur un sujet mort de cette manière, il ne put trouver nulle part aucun vaisseau rompu, ni aucune lésion remarquable. Et en effet, il existe aussi une observation de l'illustre Budée (3), que j'ai citée ailleurs, sur une
( 1 ) In addlt. ad cit. , sect. 8 , obs. 1 1 et 1 3,
(2) Comment. inBoerh., aphor. , §. gôo.
(3) Eph. N. C.^ cent. 1 et 2, obs. io5.
46i TRENTE-SIXIÈME LETTRE.
femme qui après avoir vomi une grande quantité de matière sembable à du sang grumeleux et putréfié, présenta la substance de l'estomac sans aucunes veines remarquables, quoiqu'elle eût le vaisseau court rempli d'une matière de la même espèce, et presque aussi gros qu'un doigt, et que la vésicule du fiel fût également grosse et remplie de la même matière; en sorte qu'il est facile de comprendre d'où cette matière était venue dans l'estomac, qui en contenait encore beaucoup.
Je ne voudrais pas que. vous crussiez que j'ai dit ceci comme si jamais le sang ne pouvait s'écouler du vaisseau court dans l'estomac, en suivant pour un certain temps une direction contre-nature. Car je n'iguore pas ce que des auteurs ont écrit avoir été trouvé après des vomissemens de sang, savoir Georg. Wolffg. Wedel (i) sur une dame, J. Dan. Dolée (2) aves ses confrères Stang et Hiller sur une jeune fille, et Hoffmann (3) sur un jeune homme. De ces observations je vous ai cité la dernière une autre fois , et je pense que les deux premières sont les mêmes que celles que je me souviens d'avoir lues dans Stahl (4). Sur chacun de ces cadavres la rate était ou plus grosse, ou plus dure que dans l'état naturel ; le vaisseau court était aussi ou trop
(i) Eariimd. dec. i^ a. 9, obs. 20.
(2) Earumd. dec. 3, a. 5 et 6 ^ obs. 257.
(3) Mcdic. rat. ^ t. 4, p- 2, s. 1, c. 3, obs, 2.
(4) Disscrt. de vena-port. porta malor, , s. 3.
gros, OU rempli de sang en partie, ou du moins il avait une couleur noire qui le rendait remarquable dans l'intérieur de l'estomac; et ses branches étaient rompues dans ce viscère, ou bien quelqu'une d'elles s'y trouvait tellement ouverte, qu'il recevait par son orifice un styîet, ou de l'air, ou même du sang au moyen d'une légère compression de ce vaisseau. Au reste, quoique Ceux qui n'ignorent pas combien il est peu difficile à un stylet, ou à de l'air et à des liquides injectés, de se frayer une voie non-ouverte auparavant, à travers les tuniques des petites branches distendues qui se relâchent sur les cadavres, restent peutêtre dans le doute relativement à quelqu'une de ces observations, cependant je vous permets de les approuver, pourvu que vous vous souveniez qu'elles sont peu nombreuses comparativement à toutes les autres, et qu'il ne faut pas établir (i) facilement avec Wedel que le vomissement de sang dépend fort souvent de V ous^erture contre-nature du vaisseau court. Et quand même ce qu'il remarqua sur un jeune étudiant aurait lieu sur tous les sujets^ et quand même le vomissement de sang reviendrait surtout lorsque le malade se couche sur le côté droit, ce qui rend nécessaire le décubitus sur le côté gauche, comme il l'ordonnait lui-même, il ne s'ensuivrait pas que le sang se répand du vaisseau court, comme si aucuns vaisseaux autres que
(i) Obs. 20 cit.
celui-là n'appartenaient à la partie gauche de l'estomac.
Mais soit que ces voies du sang ou d'autres s'ouvrent alors manifestement dans l'estomac, soit, comme cela a lieu le plus souvent, qu'elles ne s'y ouvrent pas; car vous lirez aussi dans les Mémoires (i) de la célèbre Académie de Pétersbourg, qu'un homme mort subitement avait l'estomac entièrement rempli de sang coagulé, et que ce viscère é{^\i parfaitement sain ^ tandis qu'o^ trouva au contraire des caractères de putridité sur la rate : soit donc que ces voies du sang s'ouvrent manifestement dans l'estomac, soit qu'elles ne s'y ouvrent pas, vous expliquerez toujours de quelqu'une des manières indiquées par d'autres ou par moi, ou de quelqu'autre analogue, soit les observations que j'ai citées, soit aussi celles qui se trouvent dans cette seizième section du Sepulchretuin (2), et dans lesquelles il est dit que la rate s'était gonflée plus d'une fois, mais qu'elle se désenflait après un vomissement très-abondant de sérosité sanguinolente, ou de sang. A ces observations vous pourrez ajouter celle que J. Maur. Hoffmann (3) a publiée d'après les écrits de son père; quoique lorsqu'il n'est pas démontré d'une manière certaine par la dissection que tel viscère est malade ou sain ^ on puisse imputer à tort à la
(i)Tom. i.
(2) In schol. ad obs. i3 et \l\.
" (3) Epli. N. C. cent. 9 et 10, in append. n. i, obs. 6.
DES TUM. ET DE LA DOUL. DES HYPOCHOND. /j65
rate ce qu'il faudrait rejeter sur une autre partie voisine, et sur l'estomac lui-même.
i3. Vous pouvez demander ici pourquoi donc sur le jeune homme en question, dont la rate était loin de manquer de lésions, ce viscère nonseulement ne se désenfla pas à la suite du vomissement abondant de sang, mais encore augmenta de volume; c'est qu'à la faiblesse déjà trop considérable de la rate relâchée s'étant jointe, après une grande effusion de sang, une perte extrême des forces de tout le corps, ce liquide eut plus de difficulté à traverser ce viscère et à s'avancer, par la raison surtout qu'il devint plus inerte après cette effusion, ce qui le força à rester davanbge dans ce même viscère, et à le relâcher de plus en plus. Mais on peut trouver beaucoup plus étonnant comment après que le vomissement de sang fut revenu deux ou trois fois en dernier lieu, il put s'ensuivre cette fièvre violente, laquelle en outre était accompagnée de symptômes qui semblaient indiquer quelque inflammation dans les hypochondres, dont ces taches parsemées çà et là sur le foie étaient peut-être des indices. En effet, le sang qui restait dans tous les vaisseaux était en très-petite quantité, et dans un état d'inertie tel qu'on put le comprendre par la dissection. Car sa petite quantité était annoncée, non-seulement par le fait même, mais encore par la pâleur et par une sorte de blancheur des viscères, qui étaient er^ même temps l'indice de son inertie, attendu sur-
466 TRENTE-SJXIEMÊ LUtTRÉ.
tout qu'elles coexistaient avec une bile peu abortdante et d'une couleur extrêmennent affaiblie. J'ai souvent remarqué sur les cachectiques que la substance corticale du cerveau était extrêmement pâle, et que la substance médullaire était plus blanche qu'à l'ordinaire, parce que parmi les petits vaisseaux sanguins qui appartiennent en grand nombre à la première, et qui sont plus rares dans la seconde, les uns étaient vides, les autres à demi transparens, et que par conséquent ils n'empêchaient presque en aucune manière de chercher même extérieurement le siège où les petites racines des nerfs naissent du tronc de la substance médullaire; en sorte que j'ai préféré quelquefois ces sortes de cadavres pour examiner et démontrer ces objets avec plus de facilité. Cependant vous pourrez juger vous-même si la petite quantité de bile, et même sa couleur affaiblie, indiquaient que de petites parties fort acres étaient retenues dans le sang. En attendant , je vais chercher ce qu'était, ou plutôt ce que n'était pas cette substance solide du volume d'une grosse noix, que la rate de ce jeune homme cachait profondément à un ou deux endroits.
i/j. Vous avez dans l'une des deux sections du Sepulchretum que j'ai nommées au commencement^ c'est-à-dire dans la dix-septième, l'observation (i) d'une rate qui cachait un stéatome corn-
DES TUM. ET DE LA DOVL, DES lïYPOCHO^D. ^67
posé d'une matière adipeuse de la grosseur d'une noix. Vous avez dans la même section plusieurs observations de rates devenues cartilagineuses ou osseuses en partie, ou même pierreuses, comme Pechlin (i) le prétend , et à ces observations vous pourfez en ajouter d'autres, soit d'après la section précédente (2), soit d'après la première section du Livre précédent ('^). Mais moi, je crois que ce que Valsalva trouva sur ce jeune homme n'appartenait ni à l'un ni à l'autre de ces genres d'altération; car tous deux auraient été très-faciles à connaître ; d'ailleurs il est certain qu'ayant rencontré lui-même un os dans la partie extérieure de la rate sur une vieille femme dont je vous ai parlé dans la vingtième Lettre (4), il ne balança pas à affirmer que c'était un corps osseux d'une forme sphérique. Ainsi, ou je croirais que cette lésion était d'un autre genre particulier, ou si elle était de l'un des deux que j'ai indiqués, je pienserais qu'elle était plutôt un commencement du second , c'est-à-dire d'un os ou d'une pierre, que du premier. Car celui-là a lieu beaucoup plus fréquemment dans la rate, comme le prouvent ce grand nombre d'observations citées dans le Sepulchre-tum^ et comme le confirment d'autres histoires
(i) In addit. , obs. 2.
(2) Inaddil., obs. 1^ etschol.
(3) In addit. , obs. 3i^ et schol.
468 TREJVTE-SIXIÈME LÉTTRK.
qu'on peut facilement troiiver dans les auteurs d'anatomie. Vous en verrez aussi une assez grande quantité qui me sont propres dans les Lettres que je vous ai envoyées ailleurs (i), ou que je dois vous envoyer.
Je ne nierai certainement pas qu'on ne remarque cette dégénération plus souvent sur les vieillards que sur les jeunes geris, et sur la tunique plutôt que dans l'intérieur; car elle a continué à être observée sur la membrane ou du moins extérieurement par la plupart des auteurs après Andernac (a), Vésale (3) et Colombus (4), qui l'y ont rencontrée les premiers. Cependant elle a été vue quelquefois aussi sur les jeunes gens, par exemple, par le célèbre Fantoni (5) et par moi-même (6); et il ne manque pas d'observations qui font voir qu'elle a existé également dans l'intérieur de la tunique. En effet, Charles Etienne (7) avertit autrefois qu'il fallait couper profondément la rate pour cette raison même, c est- kdire pour voir s'il existe quelques calculs dans sa substance ^ comme on en a trompé quelquefois. Vous lirez d'ailleurs
(1) Epist. 7, n. 9 et 1 1 ; Episl. 10, n. 19; Epist. 24 , n. 18. (a") AjukI Bauhin. iheatr. anat, I. i^ c. 4^^ in adnot.
(3) De Fabr. hum. corp., 1. 5, c. 9.
(4) De re anat. , 1. i5.
(5) De obs. med. anal.^ Epist. 8, n. 10.
(6) Epist. 24, n. 18.
(7) De dissect. part. corp. hum, , l. 2, c. 40, ubi de liene.
àûtis cette section du Sepulchretum (i) qu'on rencontra clans la rate d'une femme belle et jeune une pierre de la grosseur (Tune châtaigne y et dans la dix-huitième sectiori (li) qu'une rate extraordinairement grosse était pleine de pierres très-hlanches ^ tandis que sur un autre sujet (3) elle contenait plu-^ sieurs calculs ; pour ne pas parler d'autres pierres , et sur tout de deux assez grosses , réunies à plusieurs autres^ dont Lentilius {[[) fait mention. De mou côté, je vous écrirai ailleurs sur quel sujet j'ai trouvé un corps osseux qui de la tunique osseuse de la rate s'étendait à l'intérieur, et je croirais que c'est à cela qu'appartenait aussi celui que je disais un peu plus haut avoir été observé par Valsalva sur une vieille femme. Que sera-ce, si Littre (5) montra à l'Académie Royale des Sciences, non -seulement la membrane extérieure^ comme quelques-uns l'écrivent, mais la rate entière d'un vieillard devenue pierreuse, et si nous en avons ici dans le Musée du Gymnase une autre, qu'on enleva avant la fin de ce siècle d'un cadavre qu'on disséquait publiquement dans le même Gymnase? i5. Comme personne jusqu'ici n'a fait la des^ cription de cette rate, j'espère que vous ne serez
(i) Sect. 16, obs. 20.
(2) Obs. 22.
' (3) Obs. 25, §.9.
(4) Eph. N. C, éfec. 2j a. 7, obs. i3.
(5) Hist. de l'Acad. Roy. des Se. , a. 1700, obs. anat. 7
tl'JO TRENTE-SIXTÈME LETTRE,
pas fâché que je la décrive moi-même, qui l'ai examinée aussi soigneusement qu'on peut le faire en ne voyant que l'extérieur, avec la permission du gouverneur du Musée, Vallisnieri le fils. Elle est longue de sept travers de doigt, et large de quatre à l'endroit où elle Test le plus : elle a plus de deux doigts de largeur à Tune des extrémités; car l'autre extrémité se termine en angle. Elle est épaisse à un endroit comme le petit doigt, dans d'autres elle l'est moitié moins, et dans plusieurs, surtout aux bords , elle est beaucoup plus mince. Elle est d'une forme irrégulière, et courbée en long; sa surface est inégale et tubéreuse, mais elle l'est plus à la face concave qu'à la face convexe. Les restes de la tunique membraneuse qui sont desséchés, existent encore presque tout autour des bords ; de là ils se continuent sur l'une et sur l'autre face, mais plus manifestement sur la face concave, qui est encore évidemment couverte de sa membrane, et qui paraît être à cause de cela d'une couleur jaune, mais d'un jaune extrêmement brun , tandis que la face convexe est d'un blanc jaune, si ce n'est en quelques endroits où la membrane reste encore comme sur l^.face concave. Au reste il est vraisemblable qu'en arrachant la rate du diaphragme auquel elle était fort étroitement unie, la membrane se sépara de la face convexe de ce viscère, de telle sorte qu'elle resta presque entièrement attachée à ce muscle; elle y resta même tout entière en quelques endroits,
DES TUM. ET DE LA. DOUL. DES HYPOCHOIVD. [\^l
avec de petites lames de la rate endurcie qui lui étaient adhérentes, et de là résultèrent certains hiatus oblongs et quelques trous sur cette face, tandis qu'il en existe à peine un seul à la face concave, qui ne présente d'ailleurs aucun indice des endroits par lesquels les vaisseaux pénétraient autrefois dans ce viscère. Quand on regarde dans ces hiatus , on comprend que cette rate n'est pas solide partout, et Ton voit même qu'elle est caverneuse et vide dans plusieurs parties, en sorte qu'il n'est pas étonnant qu'elle ne pèse pas plus de dix drachmes; quoique cette pierre de la grosseur d'une châtaigne que je disais un peu plus haut (i) avoir été trouvée dans une autre y aie ^ fût du poids de deux onces et demie et d'un drachme. En effet, celle-ci était yo/v/2ee de lames semblables à des coquilles d'œufs ens^eloppées par écailles les unes dans les autres y en sorte qu'il n'y avait point d'espaces intermédiaires vides, comme dans cette rate de Padoue, et peut-être aussi dans celle de Paris, dont nous savons que le poids était d'une once et demie, mais dont nous ignorons les dimensions. On sait sur quel homme cette dernière fut trouvée; c'était sur un individu qui n'était pas sujet à des maladies qui se rapportassent à la rate : et l'on sait également de quelle substance elle paraissait composée; c'était d'une substance pierreuse. Mais sur notre sujet cette dernière circonstance est dou-
teuse; quant à la première, il en fut bien autrement d'après ce que j'ai appris du fils de mon prédécesseur qui avait assisté à la dissection. En effet, le cadavre était celui d'un portefaix qui n'était pas encore vieux, et que des douleurs cruelles et incurables à la région de la rate avaient non-seulement affaibli, mais encore forcé de se coucher dans cet iiôpital où il mourut. Relativement à la substance de cetterate,quoiqueVallisnieri le père, à qui elle avait été doiniée depuis peu, ait écrit de sa main Milza osseffatta d'uomOy Rate ossifiée d'un homme^ et que certaines petites parties qui s'élèvent sur la face concave paraissent osseuses; cependant, en examinant l'autre face, on aimerait certainement mieux qu'il se fut servi ici aussi du même mot qu'il a souvent employé pour désigner le cerveau d'un bœuf qu'il regarda comme pierreux (i), et qu'il eût écrit ostéo-pierreux ; ce qu'il aurait fait, je crois, s'il avait pu mettre autant de soin et de temps dans l'examen du second viscère que du premier. Au reste le jugement de Lanzoni (2) put être plus précis lorsqu'ayant trouvé sur un forgeron âgé de cinquante-cinq ans, d'un tempérament mélancholique, et qui était mort d'une fièvre quarte aniérieure, entre autres lésions, la rate tellement dure, qu'elle ne cédait pas au scalpel, et ç\\\Q frappée avec un marteau elle se divisa
(i) Consideraz. int. al creduto cervello di bue impielr. fi) Eph. N. C, cent. 9^ obs. 7.
en trois parties en se brisant comme une pierre y il ne balança pas à prononcer qu'elle étSLÏl pétrifiée.
16. J'ai souvent regardé avant ce moment, et je regarde surtout maintenant en vous écrivant ceci, une membrane longue de quatre travers de doigt et large de deux, qui a été enlevée en ma présence et par mon ordre de la face convexe d'une rate d'homme. Elle paraît presque entièrement changée en lames planes et minces, que l'on reconnaît tout de suite et sans aucun doute pour être entièrement osseuses, soit qu'on les examine par la face externe, ou par la face interne. Mais entre ces lames, et de ces lames en partie, il s'élève des tubercules qui sont très-petits à l'extérieur, tandis qu'il y en a de plus gros à l'intérieur; ils sont d'une surface inégale et granulée , et ces derniers s'enfonçaient dans la substance de la rate à la profondeur d'un demi-doigt. Ces tubercules semblent être des excroissances formées par la concrétion d'une espèce de suc épanché, qui tiendrait le milieu entre la nature osseuse et la nature cal-, culeuse. C'est de cette espèce indéterminée que me paraît être en grande partie la substance qui produisit l'endurcissement de la rate du Musée du Gymnase, que j'ai décrite.
En examinant cette rate, j'ai reconnu que ce que j'avais conjecturé d'après la membrane que j'indiquais tout à l'heure et d'après d'autres, est peut-être vrai quelquefois, mais ne l'est certainement pas toujours, savoir que la transformation
de la rate en nature osseuse ou pierreuse, commence dans la tunique, et le plus souvent dans la partie de cette tunique qui couvre la face convexe, et qui par conséquent est sujette à la pression alternative du diaphragme. En effet, toutes fois qu'il m'est arrivé de voir cette dégénération, je l'ai vue dans cette partie, ainsi que presque tous les auteurs qui ont désigné un certain endroit de la tunique où ils ra>uiient trouvée (car il est rare de rencontrer ce que Pechlin (i) observa à la partie opposée); et je croyais que c'était à cela que devait se rapporter l'avertissement de Bosch qui est également rapporté dans le Sepulchî^etuin (2), relativement à la tunique supérieure de la ixite qui était devenue tellement dure en se tournant vers les muscles de V abdomen^ quil semblait faussement qu'il existait un squirrhe dans la substance de la rate. Vous croirez vous-même que c'est au même objet qu'appartient aussi ce que Tillustre Planci (3) a noté sur un noble vieillard, savoir l'ossification de la membrane de la rate à l'endroit où elle était fortement adhérente au péritoine, ou ce que d'autres (4) ont observé sur une femme de trente-trois ans, c'est-à-dire la moitié de la surface externe du même viscère entièrement changée en cartilage. Car,
( 1 ) Obs. cit. suprà , ad n. 1 4 .
(2) Sect. hâc 17, obs. 21.
(3) Epist. de monslris.
(4) In Commerc. lilt., a, i73/l^ helxl. ag.
PI- s TUM. ET 1>E LA DOUL. DES HYPOCHOND. 4?^
relativement à ce que le savant Weiss (i) trouva un commencement de tranvsformation de la même espèce, c'est-à-dire une substance blanche^ tendU rieuse et un peu dure , sur le dos de la rate ^ et au milieu de sa surface^ dans une direction oblique^ ment transversale ^ et à ce qu'un ancien anonyme, comme on le voit dans le célèbre Targioni (2), rencontra en deux endroits où la rate était adhé^ r^nte aux côtes ^ une telle dureté de ce viscère, que cette partie paraissait osseuse , ou tout au moins cartilagineuse^ mais très-dure^ vous ne douterez pas je ne pense que ces états n'appartinssent à ce que je disais.
Je conjecturais donc que la lésion commençant à cette partie de la tunique qui couvre la face convexe de la rate, se propage ensuite au reste de la tunique, et embrasse enfin de cette manière la rate tout entière, comme Bauhin (3) l'observa, ainsi que Columbus (4) si je le comprends bien, et d'autres encore qui sont cités dans l'observation seizième de cette section du Sepulchretum ; et qu'alors cette matière dure faisant de plus en plus de progrès de toutes parts dans l'intérieur de la tunique, comprime toute la substance du viscère, la détruit et prend sa place. Mais quoique
(i) Et a. 1740, hebd. 35.
(2) Prima raccolta di osservaz. med.
(3) Locis suprà indicalis, ad n. i4«
(4) Ibid.
476 TRENTi:- SIXIÈME LETTRE.
cela ait lieu peut-être quelquefois, comme je le disais, la chose ne se passa certainement pas de cette manière sur la rate que j'ai décrite (i), puisque tout ce qui reste de sa tunique (or il en reste une grande partie), non -seulement n'est pas osseux ou pierreux, mais se trouve encore maintenant dans un état tel que quand on l'humecte extérieurement (ce que j'ai fait en plus d'un endroit) , cette partie seule se ramollit assez peu de temps après, comme les membranes desséchées le font ordinairement. Mais en voilà assez sur ce sujet. Actuellement passons à une autre des observalions de Valsalva, qui appartiennent à la rate,
17. Une femme âgée de vingt-huit ans, maigre, mariée, mais sans enfans, ayant éprouvé autrefois une fièvre chronique, à la suite de laquelle il lui était survenu une telle augmentation du volume de la rate, qu'une tumeur tombait manifestement sous le toucher, conservait un teint un peu pâle, et était prise de temps en temps pendant quelques jours d'une fièvre dont l'invasion avait lieu avec un frisson. Comme l'écoulement menstruel s'était supprimé deux ans auparavant, elle fut attaquée d'un ulcère cutané, mais opiniâtre, à la jambe gauche; et cette jambe s'étant ensuite tuméfiée à côté de l'ulcère, il se forma un abcès. Bien que cet abcès abondamment vidé parût approcher de la cicatrisation, cependant lorsque le temps approchait
OÙ le sang aurait du s'écouler de l'utérus, il s'irritait, et il rendait une plus grande quantité d*un ichor séreux, et réciproquement plus cette époque était éloignée, moins ces accidens étaient remarquables. C'est pourquoi la veille de l'époque l'ichor s'étant écoulé non-seulement peu abondamment, mais encore avec une odeur fétide, sans qu'il s'y joignît aucuns autres indices d'une mort imminente, voilà qu'à la pointe du jour elle est forcée de s'asseoir sur son lit, et qu'en se tournant d'un côté et d'autre elle se plaint d'une angoisse de la région précordiale et d'une extrême anxiété de la poitrine, de telle sorte qu'elle peut à peine proférer une parole par intervalles; elle crache une grande quantité de matière écumeuse et teinte de sang, et elle meurt en cet état dans Tespace d'une heure.
Examen du cadavre. La cavité du ventre était 'presque totalement remplie à gauche par la rate, dont le volume était augmenté, surtout en long, au point qu'elle pesait huit livres et demie. L'intérieur du viscère ne paraissait pas s'éloigner de l'état naturel ; à l'extérieur, les vaisseaux soit sanguins, soit lymphatiques, paraissaient plus gros, en sorte que ces derniers présentaient ça et là sur la tunique de la rate une disposition belle à voir. Les vaisseaux spermatiques d'une couleur violacée contenaient du sang, de manière à faire comprendre que ce liquide y avait séjourné trop long-temps. Les ovaires étaient presque totalement squirrheux^
en sorte que personne n'était étonné que cette jeune femme n'eut point eu d'enfans. Il n'y avait aucune vésicule dans ces viscères, si ce n'est dans celui du côté gauche qui en offrait une seule de la grosseur de la moitié d'une noisette. Cette vésicule fortement adhérente à la substance de Tovaire était parsemée de petils vaisseaux sanguins, et contenait une humeur non pas limpide, mais brunâtre : après l'écoulement de cette humeur il se présenta un corps d'une couleur jautie, de la grosseur et presque de la forme d'une lentille ; il était attaché dans l'intérieur de la vésicule, en sorte qu'il ne proéminait qu'à peine; il était entouré de certains globules très-petits, qui lui formaient une sorte de digue. Il y avait aussi dans le même ovaire d'autres corps dont quelques-uns présentaient la même couleur; mais ils n'avaient point cette forme, et n'étaient point protégés par cette digue. Quant à la poitrine , tout y était sain / si ce n'est que les poumons teints de rouge laissaient écouler, quand on les coupait, une grande quantité de matière de la nature de celle que j'ai écrit avoir été crachée par la femme en dernier lieu.
18. Ce n'est pas ici le lieu de parler de la stérilité dépendante d'un vice des ovaires, ni de la suffocation produite par des humeurs de mauvaise nature qui se jettent tout à coup sur les poumons, pas plus que des femmes mariées qui n'ont pas d'enfans, et qui finissent fort souvent
par être sujettes à quelque grande maladie, ni de certains abcès des femmes chez lesquelles ils tendent à la cicatrisation, et n'y sont cependant conduits assez souvent qu'avec difficulté, parce , que le temps revenant où elles ont coutume d'éprouver une purgation par l'utérus, les abcès qui déjà étaient presque entièrement guéris, augmentent d'une manière fâcheuse par la turgescence et le mouvement des humeurs qui s'opèrent dans tout le corps, et surtout dans les parties les plus faibles; accident que je me souviens principalement d'avoir vu arriver pendant plusieurs mois sans interruption, à la jambe d'une dame de la plus haute noblesse. Passant donc à des objets qui appartiennent plus spécialement à ce sujet, je vois des fièvres de longue durée qui laissent des rates volumineuses, et des ulcères des jambes qui sont la suite de la grosseur des rates. Et en effet, quelques-unes de mes Lettres (i) ont fait voir aussi que ces ulcères coexistent avec ces rates volumineuses. Mais un passage du second Livre des Pronostics (2) apprend que la même remarque avait été faite dès les temps les plus anciens. Toutefois prenez garde de lire ce passage comme il est rapporté dans cette section (3) du Sepulchretum à la scholie de la seizième observation : quand
(i) Epist. 4, n. 3o; Epist. 12, n. 2.
(3)Sect. 16.
il survient des hémorrhagies chez ceux qui ont la rate volumineuse , et quils ri ont pas V haleine fétide j ils ont des ulcères de mauvaise îiature aux jambes; car il y a dans le grec autographe, ^«rs ettixofpetytAt yivovTAi, c'est-à-dire, comme d'autres l'ont traduit plus fidèlement, il ne survient pas des hémorrhagies. C'est pourquoi cette sentence pourra jusqu'à lin certain point s'appliquer à cette femme, chez laquelle le sang ne s'écoulait pas par l'utérus.
Ce qui se trouve immédiatement après dans la même scholie d'après une observation de Spigel, que les rates se tuméfient plus facilement chez les sujets maigres que chez les sujets gras , conviendrait aussi à la même femme, puisqu'elle était maigre. Quant à ce que ces tumeurs sont la suite de fièvres de longue durée, plus d'une de mes Lettres (i) le font voir, et plus d'une observation (2) de cette section du Sepulchretum le prouvent également. A ces observations ajoutez, si vous voulez, celle de Christ. Vater (3) sur un étudiant qui après avoir été tourmenté pendant fort long -temps par des fièvres intermittentes , présenta une rate de la grosseur d'une tête humaine; ajoutez -y aussi la remarque faite par le célèbre professeur d'anatomie Weiss (4), que toutes les fois qu'en disséquant des
(i) Epist. 16;, n. 6; Epist. 20, n. 2, Zo, 5i ; Epist. 3i, n, 2.