‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 3 sur 41 · ÉP1TRE DÉDICATOIRi · texte numérisé non relu

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mêmes ont conclu qu'on pouvait presque dire contre ce médecin et contre son conseiller, ainsi que contre tous ceux qui croyent que les travaux des anatomistes exacts sont inutiles pour Texercice de la médecine, ce qui avait été dit en général avec raison par Fontenelle, votre compatriote, dans la préface qu'il fit Fan 1699 ^ 1 Histoire de l'Académie Royale des Sciences contre les détracteurs des choses les plus utiles de ce genre, comme je l'ai rapporté au«si ailleurs, et ce qu'avait écrit avant tous l'auteur de cette ancienne Lettre adressée à Denis, qu'on publie avec les livres d'Hippocrate : Chacun juge diaprés ce qu^il n'a pas lui-même y que ce qui existe dans un autre est superflu.

Comme tout ceci s'est passé en Italie il n'y a que peu d'années, et a été publié dans notre langue, j'ai voulu, savant Sénac, vous en parler ici, pour que vous compreniez aussitôt que s'il n/était resté par hasard quelque léger scrupule d'après l'opinion de ce grand médecin, il aurait été entièrement détruit par ce que j'ai remarqué dans vos écrits, lorsque vous mettant peu en peine de ces causes les plus cachées que les hommes ne peuvent atteindre en aucune manière, vous considérez celles qui sont évidentes à l'intérieur et qu'il est permis de voir sur les cadavres morbides, et que vous établissez avec le jugement le plus sain quelles conséquences en découlent immédiatement.

J'ai appris en même temps aussi par vos écrits ce que vous pensez qu'il faut répondre à d'autres auteurs qui, tout en avouant que ces causes internes évidentes des maladies se trouvent au moyen de la dissection des corps, objectent que néanmoins un assez grand nombre d'affections ne se guérissent pas. En effet, disent-ils, elle n'est pas toujours vraie la sentence de l'ancien auteur du livre intitulé de VArt^ que si le médecin parlent k connaître y il

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paivient aussi a guérir y pas plus que celle de Cicéron (i) qui paraît avoir écrit d'après cette pensée, que les médecins pensent que la cause de la maladie étant trouvée ^ la guéri-' son est trouvée. Plût à Dieu que cette objection fût fausse, et que les malades ne mourussent pas aussi souvent, malgré la connaissance de la cause! Cependant ces censeurs ne sont-ils pas semblables aux premiers? Ceux-là prétendaient que, puisqu'on ne peut connaître les causes invisibles 5 c'est en vain qu'on cherche les autres , et ceux-ci soutiennent que puisque avec la connaissance de la cause on ne peut pas guérir toutes les maladies, sa recherche devient inutile. Quelle est, hélas, cette injustice des uns et des autres? Ou bien faites par Tanatomie, disent-ils, ce qui est au-dessus des forces de l'homme , ou bien , si vous ne le pouvez pas , nous ne tenons aucun compte des autres choses que vous pouvez faire. Car enfin voilà ce que disent les médecins qui tiennent ce langage. Ainsi ils ne feront aucun cas de l'anatomie lors même qu'elle soutiendra leur réputation, en faisant voir qu'une maladie que la malveillance ou l'ignorance de ceux qui les blâmeraient voudrait injustement faire passer pour avoir été curable, était incurable, ou bien lorsqu'elle confirmera les symptômes connus de certaines affections, ou qu'elle les rendra douteux, ou qu'elle en indiquera d'autres moins incertains, ou qu'elle en suggérera de nouveaux ou de moins connus pour reconnaître une maladie obscure, ou une cause particuhère de l'affection au milieu de plusieurs autres, ou bien son siège. Si par hasard quelqu'un ne faisait aucun cas de tout cela et d'autres objets analogues pour le traitement, je ne sais s'il ne faudrait pas plutôt n'en faire aucun

(i)Tusc. quaesl. 3.

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de lui-même. Que si les dissections des cadavres n'apprenaient rien d'utile pour opérer la guérison (or elles apprennent beaucoup de choses nécessaires à cet effet) , et qu'elles fissent connaître seulement quelles sont les maladies incurables, elles ne seraient cependant pas d'un médiocre secours, sans parler de l'honneur d'avoir porté un diagnostic et un pronostic justes, pour nous empêcher d'accélérer la mort des malades en les fatiguant par tant de remèdes superflus et peut-être nuisibles , et pour diminuer au contraire les symptômes par le traitement qu'on appelle palliatif, pour retarder autant que possible les progrès de la maladie , et pour nous faire prendre garde qu'en prononçant témérairement, l'ouverture du cadavre ne découvre notre erreur.

Au reste j'ai le plus grand plaisir à voir, savant Sénac, que tout cela a été confirmé par vous, soit en différens endroits de votre Traité, soit surtout à la fin du chapitre v du livre 4- J'ajoute à cela avec raison qu'il peut résulter de vos propres dissections, outre d'autres conséquences, un avertissement utile pour prédire avec prudence ce que l'on devrait trouver sur les corps après certaines maladies d'après l'attente de la plupart des praticiens. Ainsi, de même qu'autrefois le grand médecin Baillou, votre compatriote, a savamment noté (i) qu'après des symptômes effroyables et extrêmement graves dépendans d'une affection du cerveau , on a souvent ou\fert^ a la grande honte des hommes de tarty les têtes des sujets morts dune maladie de cette partie sans que Von ait trou\>é rien de remarquable qui eut provoque la mârt, tandis que le médecin avait prononcé quon trouverait un abcès ou quelque chose de semblable ^ de même,

(i)L. 3, consil. 71.

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VOUS aussi , vous avertissez avec la plus grande vérité au chapitre 3 du livre 4 qtie dans les fièvres malignes et pestilentielles on rencontre quelquefois , il est vrai, dans les viscères un effet visible de ce virus extrêmement subtil qui produit promptement la mort, mais que le plus souvent il ne s'en présente aucun vestige qui tombe sous les sens. Vous aurez compris d'après ceci que j'ai lu en entier et avec attention , comme je le devais , votre excellent Traité, et vous le comprendrez mieux encore si au milieu de vos occupations extrêmement graves il vous reste de temps en temps quelque loisir pour jeter les yeux sur cet ouvrage. Plût à Dieu que vous pussiez approuver ce qu'il renferme de moi, comme vous dites dans votre préface que vous auriez approuvé l'histoire que j'aurais faite des découvertes anatomiques! Au reste j'ai été détourné d'écrire cette histoire par plusieurs motifs, au dernier rang desquels il ne faut point placer la connaissance suffisante que j'ai d'une part de ma médiocrité et même de ma faiblesse, et de l'autre du caractère de la plupart des hommes, qui, si vous les mettez l'un -avant l'autre, ou si par hasard vous avancez même avec raison quelque chose qui ne soit pas con-^ forme à leur volonté, se fâchent aussitôt et s'indignent. C'est pour cela aussi que dans ce livre où je dis quelques mots en quelques endroits plutôt de l'histoire des pathologistes que de celle des anatomistes, quoique pourtant J€^ parle quelquefois également de ce qui appartient à ceux-ci, je suis fidèle à ma coutume de ne nommer aucuns vivans, si par hasard je diffère d'eux en quelques points, pas même ceux par qui je parais avoir été provoqué nominativement; je tâche *tu contraire de leur répondre de manière que tout le monde ne les reconnaîtra pas sur-le-champ, s'ils ne se découvrent eux-mêmes. Mais le principal motif qui m'a

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détourné de ce travail, comme il devait le faire, c'est que j'ai cru que cette histoire serait moins utile que celle des maladies et des dissections, à notre jeunesse, pour laquelle j'écris principalement; car ses intérêts m'ont été confiés par le gouvernement extrêmement généreux, et, comme vous le dites vous-même avec raison , le plus sage de tous , auquel je consacre avec le plus grand dévouement mon talent, quel qu'il soit. Au reste, si par honnêteté pour moi vous voulez bien faire ce que j'ai annoncé au commencement, et ce que je demande avec plus d'instances, ce sera de votre part envers moi , illustre Sénac , un grand bienfait ajouté aux autres. Adieu.

A Pacloue, le 3i août 1760.

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