DE J. B. MORGAGNI A SON AMI
Quelques mots sur la Faim contre nature^ et sur la Mort produite par la Faim; le reste traite des Lésions de la Déglutition.
I. Des quatre livres qui forment la division du Sepulchretum Anatomique^ le troisième est de beaucoup le plus long , parce qu'il embrasse les lésions de toutes les parties qui appartiennent spécialement au ventre; et je parle non-seulement du ventre de l'homme, mais encore de celui de la femme. D'après cela je dois m'appliquer désormais à être court,autant que je le pourrai, si toutefois je veux mettre quelque terme à ce travail que j'ai entrepris pour vous. Or il me semble que je puis y
parvenir surtout dans les matières qui sont traitées chacune en particulier dans les quatre premières sections iulirulées, Inappétence y Faim, contre nature ^ Soif morbide^ Lésions de la Déglutition, En eftet, si l'on met le dernier titre de côté, ni Valsalva ni moi n'avons fait aucune dissection qui appartieiHie principalement aux autres. Mais pour que vous n'en soyez pas étonné, réfléchissez combien il arrive rarement que quelqu'un meure consumé par la perte de l'appétit, ou par une faim excessive, ou par une soif extraordinaire, sans qu'aucune maladie plus grave s'y joigne, ou en soit la suite. Ainsi qu'est-il besoin, si vous devez trouver ces lésions citées en même temps aux endroits dans lesquels j'ai traité ou je traiterai de cette maladie plus grave, de répéter ici inutileîïient ce qui a été ou sera dit nécessairement ailleurs? Parcourez, je vous prie, ces trois premières sections du Sepulchretum ^ vous y verrez presque toujours la coexistence d'un appétit languissant ou nul avec de grandes lésions des viscères, c'està-dire avec des maladies graves, et celle d'une grande soif avec des fièvres, avec des inflammations, avec une hydropisie. C'est pour cela que Eonet indique çà et là qu'il rapporte dans \xï\ autre endroit les mêmes observations, et que quelquesliues sont même décrites ailleurs sans qu'il l'ait indique. Au reste ceci est moins étonnant que la répétitioïi des mênies observations dans une seule et même section. Ainsi, dans la première section
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les observations troisième et q^iatrieme ne sont pas autres que celles qui se trouvent dans le §. 7 de l'observation neuvième et dans le§. i de la dixième. Dans la troisième section ce sonl encore les observations troisième et quatrième qui ne diffèrent pas de celles qui sont rapportées dans les §. 7 et 3 de la cinquième ; de même que l'histoire qui se trouve dans le §. 2 de l'observation septième est la même que celle qu'on lit dans les supplémens au §. i de l'observation quatrième : je ne cite pas d'autres répétitions que vous remarquerez peut-être vousmême.
2. Au reste je ne dis pas ceci pour la secondé section. Cependant je soutiens que Id faim excessive elle-même était jointe aussi à quelque maladie plus grave, comme le démontrent ça et là soit les différentes incommodités qui existaient pendant la vie, soit les différentes lésions qu'on trouva dans les viscères après la mort. En outre, si vous faites une exception pour certaines conformations extrêmement rares et existantes déjà depuis la naissance, comme l'absence du pylore, ou sa trop grande largeur, ou sa brièveté beaucoup trop considérable, et comme les circonvolutions trop peu nombreuses du tube intestinal, conformations auxquelles je suis étonné qu'on n'ait pas ajouté ces deux si connues, dont l'une accidentelle a été observée par Rujsch (i), et dont l'autre
(i) Obs. anat. cliir. 74.
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constitutionnelle a été remarquée par Denis (i); si, dis-je, vous faites une exception pour ces conformations, vous pourrez douter dans la plupart des autres observations si la cause proposée de la faim extraordinaire est vraie ou fausse, comme lorsqu'on cherche (2) cette cause dans la rate qu'on suppose envoyer quelque chose dans l'estomac, ou lorsqu'on la fait consister dans l'ampleur (3) de ce dernier viscère , que Ton prendrait plutôt pour l'effet de l'ingestion d'une trop grande quantité d'alimens que pour sa cause, comme dans la première section (4) on aimerait mieux croire, relativement à un homme qui n'avait rien mangé -depuis long-temps, que la petite capacité de l'estomac contracté était l'effet de l'abstinence plutôt que la cause pour laquelle il ne mangeait rien. Mais pour la rate et pour l'ampleur de l'estomac, vous aurez encore plus de doutes , lorsque vous aurez lu bientôt après l'appendice de la septième observation et la dixième observation elle-même.
Quant a la grosseur extraordinaire (5) du foie, la regarderez-vous comme la cause d'une faim excessive, qu'elle produirait soit en réchauffant davantage l'estomac, soit en sécrétant plus de bile?
(1) Anat. deTHomine, démonst. 2.
(2) Obs. 4 et .seq.
(3) Obs. 1 et 8.
(/,) Obs. 5.
(5jOb8. 2.
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OU bien croirez-vous qu'elle en soit l'effet, par la raison que l'augmentation de la nourriture aurait agrandi ce viscère mou, comme cela a lieu sur les oies engraissées? Mais si vous admettez la première supposition pour le foie, l'admettrez-vous aussi (i) pour le pancréas? comme si par la raison que ce dernier viscère avait deux canaux qui se rendaient aux intestins dans des endroits différens (ce qui a été observé aussi plus d'une fois sur d'autres sujets qui n'étaient pas affamés), il sécrétait beaucoup plus de suc, effet qui aurait dû être entièrement rapporté non pas au nombre des canaux qui pouvaient être petits , mais à la grosseur trop considérable du viscère qui du reste était sain , si toutefois cette grosseur existait. Enfin, pour omettre d'autres considérations , fallait-il dire que lepica dépendait d'un estomac sphacélé? Non certes, car cette disposition mortelle de l'estomac , quoiqu'ayant existé sur la femme lorsqu'elle était déjà très-proche de la mort, ne pouvait certainement pas avoir lieu alors que des charbons lui avaient paru délicieux.
3. Mais, dites-vous, n'approuvez- vous rien dans toute cette section? Au contraire, j'y approuve beaucoup de choses, quoique je désirasse un meilleur choix dans les unes, et un jugement plus sain dans les autres. Il est aussi certains points que je ne saurais admettre sans quelque doute, et quelques-uns au contraire que je pourrais même con-
(i) Obs. i3.
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fîrmer. Vous voyez, par exemple, ce qui est rapporté dans la neuvième observation relativement à quelques poux avalés par un enfant ictérique, de telle sorte qu ils grossirent dsius l'estomac d'une yianière monstrueuse ^ quils s' y multiplièrent à Vinfini ^ et quils donnèrent lieu à ui}e faim insatiable en mangeant les alimens que l'enfant avait pris. Les poux se nourrissent-ils des mêmes alimens que l'homme? ces alimens \^^ rendent -ils plus gros? ce lieu leur est-il assez convenable pour y vivre, pour n'y point être étouffés par les boissons, pour ne point être entraînés dans les intestins en même temps que les alimens auxquels ils s'attachent avec avidité, et qui plus est pour s'y multiplier à ce point? enfin, s'ils avaient vécu dans l'estomac, n'auraient-ils pas donné lieu promptement, dans un viscère comme celui-là, à une érosion insupportable, et n'auraient-ils pas produit MTi sentiment de corrosion plutôt que celui de la faim? Cependant il n'est question d'aucune érçsion observée enfin après la mort. Ainsi c'est pour phis d'un motif qu'on peut regarder comme w\\ peu moins incroyable l'observation qui se trouve dans la scholie, et qui est rapportée ailleurs (i) sous ce titre, Douleur (V estomac produite par des vésicules pleines de poux attacliés à ce viscère; quoique l'esprit soit porlé à soupçonner que dans Tune et Tautre histoire on vit de petits corps, ou, si
(i) r.. hoc '^». s. 7. obs. 38.
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VOUS Faimez mieux, des animalcules semblables jusqu'à uu certain point à des poux, attendu surtout qu'il est constant que celui qui raconte cette dernière n'était pas présent, que celui qui a écrit la première n'a pas exprimé positivement qu'il eût assisté à la dissection , et que ni Tun ni l'autre ne disent si les poux vivaient encore dans ce moment, de manière à prouver du moins par leurs mouvemens que c'étaient des animalcules. Au reste comme j'ai remarqué depuis que j'ai écritceci^que la chose a paru croyable à plus d'un savarlt de mes amis, je voudrais encore plus pour ce motif que vous vous souvinssiez que je l'ai fait, non point pour nier absolument le fait, mais plutôt pour en douter.
Au contraire, il n'y a aucune raison pour que je m'arrête à l'appendice placé après les scholies de la première observation, où il est question de lombrics humains qui donnaient lieu à umd faim canine par leur grosseur singulière, ou par leur nombre. Ces Iqmbrics sont dans leur place naturelle, et ils y trouvent une nourriture qui leur est propre; or si cette nourriture ne répond pas à leur grosseur ou du moins à leur nombre, il est évident que l'animal sur lequel ils existent, privé de ses alimens, doit être tourmenté par une faim incroyable, et souvent aussi par la soif En effet, ces deux symptômes dépendans de cette cause ont souvent été remarqués soit par d'autres, soit par moi; je les ai surtout observés sur un petit chien
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qui mourut après les avoir éprouvés, et que je disséquai avec le plus grand soin sans pouvoir trouver rien de morbide nulle part à l'exception d'un grand nombre de vers, comme je l'ai écrit dans la Lettre qui fut publiée autrefois par Vallisnieri (i). C'est ainsi également que l'indication ('2) des observations de Bontius sur la boulimie^ et sur la faim appelée canine^ qui sont la suite de l'engouement du mésentère, me rappelle ce qu'Albertini m'avait raconté autrefois, qu'il avait trouvé sur certains sujets affectés de cette espèce de mal , principalement sur un enfant tellement affamé qu'il était pris souvent de défaillances, les glandes du ventre tartarisées ^ comme l'on dit, au point qu'elles échappaient par leur dureté à la pointe du scalpel. Mais je ne me souviens pas d'une manière certaine s'il y eût ou non chez eux un flux de ventre, et de quelle nature il était (le passage du chyle étant intercepté à travers le mésentère); car vous lirez dans Bontius (3) qu'il existait une lienterie.
4. On a aussi du plaisir à lire ces dissections rapportées (4) en dernier lieu relativement à deux hommes qu'une longue abstinence de nourriture et de boisson fit périr; et on en aurait encore davantage, si de même qu'elles font voir que les
(i) Consideraz, int. alla generaz. de'vermi.
(2) Obs. \'y..
(3) Vid, Sepulclir., 1. 3, sect. 10, obs. i.
(4) Obs. 18, §. i et 2.