‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 31 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

(3) Eph . N. C. , dec. 3 , a. 9 et 1 o , obs. 1 65.

(4) Commerc. litt. , a. 1745, hebd. a/f, n. 1, ad 7.

DES TUM.'ET DE LA. DOUL. DES HYPOCHOIVD. ^St

cadavres il rencontra des rates très-volumineuses, il apprit presque toujours que ces sujets avaient été attaqués autnefois d'une fièvre grave , soit intermittente, soit sjnoque continue; pour ne pas parler ici de ce que j'ai cité ailleurs (ï) d'après des hommes recommandables , Hoyer et Rramer, sur les squirrhes et sur l'engouement de la rate après des fièvres intermittentes chroniques, et surtout après la fièvre quarte. Et plût à Dieu que les observations de ces auteurs ne fussent pas confirmées chez nous non plus par des exemples fréquens de fièvres de cette espèce, mais de fièvres mal guéries! Ceci avait été remarqué également par les anciens médecins , comme le prouvent (2) les paroles suivantes d'Hippocrate, ou plutôt de Polybe : La maladie (c'est-àdire la tumeur de la rate) a lieu^ lorsqu'à la suite de fièvres mal guéries , la bile , ou la pituite ^ ou toutes les deux se sont jetées sur la rate. En effet, ce vis-* cère lâche par lui-même, celluleux, et d'où le retour du sang s'opère lentement, puisque ce liquide doit traverser le foie avant d'entrer dans la veinecave, est très-propre à former des tumeurs, surtout si le peu de forces qu'il a se trouvant affaiblies par une maladie longue, le sang devenu inerte conserve quelques parties qui auraient dû être corrigées ou chassées hors du corps. Car la lenteur du mouvement du sang se trouvant aug-

(1) Epist. 20 y 11. 5?..

(2) De affection., n. 21.

482 TREPfTE-STXiÈME LETTRE.

rnentée par ces causes, ce liquide semblable à l'eau limoneiise qui sort de son lit, se détourne pour entrer dans les cellules de Ja rate, et y dépose ce qu'il peut contenir de petits corps qui sont trop pesans pour que sa nature les supporte ; et de cette manière il les distend de plus en plus en s'obstruant en partie à lui-même la voie du retour. Or, plus toute la rate est distendue par la distension de ces cellules, plus elle s'affaiblit, et plus par conséquent elle devient propre à retenir en grande partie ce qui aborde ensuite dans son intérieur. Aussi elle grossit quelquefois d'une manière incroyable, en sorte qu'^tius écrivit même autrefois cruelle touchait les aines sur certains sujets, comme vous le lirez dans la scholie indiquée un peu plus haut, si ce n'est qu'il y est dit qu'il écrivit cela dans le septième livre, tandis que n'ayant composé en tout que quatre livres de médecine recueillie des anciens, qui sont divisés en quatre discours, vous devrez le chercher dans le second ( TetrahiL 3, cap, 16). Cette faute, et cette autre plus grave relative à la sentence des Pronostics, ont été transportées dans le Sepulchretum , en transcrivant les paroles de Diemerbroeck sans que l'on ait jeté les yeux sur les auteurs cités par celni-ci.

Cet écrivain intercala plus tard (i), à ce que je crois, les exemples des rates les plus volumi-

(i) Aiiat. , 1. 1, c. 16, edit. Patav.

neusCvS, et s'arrêta à celle qui pesait vingt-trois Jivres. Mais Boscus (i), si toutefois je le comprends bien , avait écrit que son père en avait trouvé une qui pesait trente-trois livres. D'ailleurs , bien que je ne me souvienne pas d'avoir lu parmi \^^ observations qui sont plus modernes que celles qui ont été citées, des histoires qui fassent mention du poids d'une rate approchant de celui-là; cependant celles qui furent publiées par Henr.- Alb. Nicolaï (2), et antérieurement par Maur. Hoffmann v^3), ne sont point à dédaigner. En effet, celuici trouva une rate du poids de quinze livres, et celui-là en rencontra une qui pesait une demi-livre de plus; dans les deux cas, ce viscère poussait la partie gauche du diaphragme vers les côtes supérieures, et dans celui de Nicolaï il descendait en même temp.s jusqu'à la région iliaque. D'un autre côté, Preuss (4) vit sur un enfant la rate élendue par sa masse depuis l'hypochondre gauche jusqu'au pubis dans toute la longueur de ce côté, et Vercellonus (5) en trouva une encore plus longue puisqu'elle s'étendait jusqu'au bas de l'abdomen, de sorte que, comme elle ne pouvait pas avancer davantage, elle se réfléchissait en haut,

(i) De facult. anat, lect. 2.

(2) Comiïierc. litt. , a. 1 782 , hebd. 33 , n. II , ad 5.

(3)Eph. N.C. , dec. 3, a. 9 et 10, inappend., n. I, obs. 5.

(4) Earumd. cent. 3, obs. ii,

(5) Eariimd. cent. 7^ qbs, 9.

et se terminait derrière l'utérus en une masse égale au poing. Celle que J.-Dav. Mauchart (i) observa, et qui avait pris la forme d'un cône, ne s'étendait pas, il est vrai, jusque-là; cependant elle était volumineuse, puisque attachée par sa base au diaphragme , elle égalait une tête d'homme assez grosse; elle ne dépassait pas non plus le poids de quatre livres et quatre onces, mais elle contenait quelque chose qui rend cette observation extrêmement rare, c'est-à-dire une telle quantité d'eau renfermée dans une certaine tunique, qui était, je pense, comme une hydatide qui aurait occupé tout l'intérieur de ce viscère, que Mauchart ne balança pas à appeler cette affection une hjdropisie de la rate; en effet, il s'en écoula quatre livres d'eau. En étendant ainsi la signification de l'empième, vous pourrez appeler empième de la rate ce qu'Ant. de Haen (2) trouva, puisqu'il vit ce viscère, dont l'inflammation avait simulé auparavant une pleurésie, rempli (V un pus blanc ^ épais j abondant,

ig. Maintenant, avant de passer des observations de Valsalva à d'autres histoires, je ne veux pas en omettre une de lui, qui vous fera comprendre quels viscères entre ceux qui sont situés dans les hypochondres , peuvent quelquefois y causer des douleurs extrêmes et même mortelles, sur-

(i) Earumd. cent. 9, obs. l\\,

(2) Apud Swieten. Comment, iu Boerh. , apli. J. gSS,

tout si aux lésions de ces viscères, quoique légères en apparence, il se joint des convulsions, que je regarde sans aucun doute comme ayan t existé dans cette observation.

20. Une fille est prise d'un grand vomissement, et de fièvre. Le vomissement s'apaise; la fièvre persiste. Il s'y joint sous les fausses côtes gauches une douleur violente qui l'enlève en deux jours.

Examen du cadavre. On trouva une sérosité très-limpide dans le ventre. L'estomac et les intestins étaient considérablement gonflés par l'air qu'ils renfermaient. Les deux reins étaient trois fois plus gros que dans l'état naturel; mais celui du côté gauche contenait, entre sa propre membrane et la substance soujacente, un peu de matière sanieuse, surtout dans la partie qui regardait la rate. Dans la cavité de la poitrine, il y avait un peu d'eau. Les poumons étaient sains, si ce n'est qu'ils étaient parsemés de taches noires , mais trèspeu nombreuses. Le péricarde était rempli de sérosité. Il s'écoula du sang fort liquide des ventricules du cœur; cependant il y avait un commen-^ cément de concrétion polypeuse dans celui du côté droit.

21. Le volume augmenté du rein gauche, et sa lésion, ont donné lieu plus d'une fois à unt tumeur ou à de la douleur dans Thypochondre du même côté. Ceci est prouvé par quelques histoires rapportées dans ces deux sections du Sepulchretum^ comme par celle qui se trouve dans le §. a

486 TRKNTF.-SIXIÈME LETTRE.

de la vingt-deuxième observation de la seizième section, et par les deux qu'on lit dans le §. 9 de la trentième observation de la dix-septième section , où Baillou dit ce qui suit: On ne croyait pas que la douleur fût néphrétique^ cependant elle Tétait, Mais la situation de la douleur et de la partie tronipait. L'histoire qui est rapportée en premier lieu dans la même trentième observation, fait voir que cela peut aussi arriver quelquefois à droite; mais celle qu'on y lit en dernier lieu prouve que le même effet peut être produit non-seulement par les parties soujacentes, comme par les reins ^ mais encore par les parties supérieures, comme parle diaphragme, lorsqu'il est surchargé dune quantité de pus, et poussé en bas; car je conjecture que cette histoire doit plutôt être expliquée de cette manière que par un certain consensus et une certaine sympathie, comme je vous ai fait voir ailleurs (i) que le même diaphragme déprimépar une quantité d'eau ou de sérosité épaisse, avait produit une dureté ou une douleur dans les régions supérieures du ventre.

Mais actuellement, pour ne pas m'éloigner des reins ou des autres parties qui sont placées audessous des hypochondres , je crois devoir ajouter ici pour vous une observation de Bonfigli (2), qui vous fera facilement comprendre, si vous la lisez

(i) Epist. 16, 11. 26; et Epist. 3o, n. 3oet3i. •

ip) N. C. , cent. 9 , obs. /|.

attentivement, qu'une tumeur ancienne, qu'on sentait autrefois dans riiypochondre droit, n'était autre chose que le rein qui en grossissant de plus en plus, était enfin tombé de sa place à la région iliaque, où on le trouva cinq fois plus volumineux que dans l'état naturel. Pour ce qui regarde les autres parties, le célèbre Gœkel (i) fera voir que la rate tout entière avait été tellement enveloppée par l'épiploon qu'une graisse squirrheuse avait augmenté de volume, qu'il exisUit par cette cause une telle tumeur et une telle rénittence dans Thypochondre gauche pendant la vie, que cet état si^inulait exactement un squirrhe de la rate. D'un autre côté, Schroecke (9.), Hurter (3) et Gerbez (4) observèrent dans l'autre hypochondreune tumeur et une douleur produites par un squirrhe qui était très-fortement adhérent aux intestins iléon et colon, ou par le colon lui-même qui s'élevait en une masse telle, qu'après avoir fait violence aux ligamens du foie, il avait chassé ce viscère de son siège yers l'hypochondre gauche; ou bien ils remarquèrent seulement de la douleur, qui était faussement attribuée au même viscère, puisqu'elle dépendait du mésentère qui était rongé à peu de distance au-dessous de lui, presque dans la largeur d'un

(i) N. C.^ cent. 6^ obs. 94, ad n. 7 (2) Et cent. I et 2 , obs. 186.

{V)Ibid, obs. 184.

(4) Etdec. 3, a. 7 et 8, obs. 186.

488 trfjjvte-sixième lettre.

palme. Mais revenons aux lésions propres des viscères qui sont clans les hypochondres.

22, Toutefois comme je vous ai décrit très-souvent des observations de tumeurs du foie, ou de la rate^ il suffira pour ce motif d'ajouter ici à celles que j'ai rapportées jusqu'à présent d'après A^alsalva, un petit nombre d'histoires qui sont communes aux tumeurs de l'un et de l'autre viscère.

23. Un lainier^ d'environ quarante ans, était venu a l'hôpital de Padone pour des obstructions des hypochondres, comme il le disait lui-même. Le mauvais teint de sa face, et sa santé qui s'était affaiblie déjà depuis un an entier, ainsi qu'une petite fièvre qu'il avait souvent éprouvée , et dont il n'était pas encore guéri à cette époque, indiquaient qu'il disait vrai, et cela était surtout confirmé par l'application de la main sur les deux hypochondres, principalement sur celui du côté droit. Comme il paraissait avoir déjà retiré quelque soulagement des remèdes dans c'et hôpital, voilà qu'il est pris d'une fièvre aiguë, accompagnée des signes d'une inflammation interne de la poitrine, et il en meurt dans l'espace de dix ou douze jours.

Examen du cadavre. Le cadavre fut transporté au gymnase pour le commencement du cours d'anatomie, l'an 1746. En l'examinant, je vis qu'il était blanc, sans être entièrement maigre, et que les pieds n'étaient pas tuméfiés. Les muscles de l'abdomen incisés à peine deux jours après la

mort, et cela au mois de janvier, étaient relâchés, et tendaient à une couleur verdâtre dans la partie inférieure. Cependant les organes contenus dans le ventre étaient dans l'état naturel, à l'exception de ceux-ci. Le foie était gros outre mesure, en sorte que son volume excessif frappa aussitôt les regards de tout le monde; quoiqu'il ne fût pas d'une mauvaise couleur à l'extérieur, cependant à l'intérieur il était d'un brun un peu pâle, et soit qu'on le regardât avec des yeux attentifs en dedans ou en dehors, on voyait qu'il était tout entier parsemé de certains points bruns, et qu'il se trouvait plus dur qu'à l'ordinaire, ce dont je m'assurai avec les doigts et avec le scalpel, en le coupant de mille manières dans toutes les directions. Pendant que je le coupais ainsi, je remarquai aussi une chose, savoir qu'il ne se présenta nulle part avec les sections des veines aucuns points jaunes, qui servent ordinairement à faire connaître les petites branches du conduit hépatique que l'on a divisées en travers en même temps que ces veines, soit que ces petites branches fussent tombées jusqu'à un certain point sur ellesmêmes à cause de la sécrétion peu abondante de la bile qui s'opérait dans ce foie, soit plutôt que celle-ci fût trop pâle et peu propre à colorer;* et en effet il y en avait peu dans la vésicule , qui était petite et grêle relativement au volume du foie, et sa couleur approchait presque d'une teinte cendrée. La rate était deux fois plus grosse qu'à l'or-

dinaire dans toutes les dimensions; du reste elle n'était pas en mauvais état, autant que je pus en juger. L'artère splénique, depuis son origine jusqu'à sa terminaison, ne présenta nulle part, contre ce que j'ai coutume d'observer, rien de tortueux , rien pour ainsi dire de variqueux, excepté dans un seul endroit vers le milieu de sa longueur où elle se fléchissait à peine légèrement. Dans !e mésentère il s'était développé un corps dur de la grosseur et presque de la forme d'une cerise médiocre, mais d'une surface inégale et grenue, et d'une nature moyenne entre celle de l'os et celle de la pierre. Un rameau artériel et un rameau veineux touchaient étroitement à leur passage l'un des côtés de ce corps sans le pénétrer, et ils continuaient ensuite leur chemin vers les intestins qui étaient distans de celui-ci d'environ deux doigts. L'iléon présenta un appendice, ou, si vous l'aimez mieux, un diverticulum qu'il suffira d'avoir rappelé ici, puisque je l'ai décrit dans la trentequatrième Lettre (i). Il vaut mieux noter les autres objets que je vis dans le ventre de cet homme. La veine iliaque externe gauche, près de sa réunion avec l'interne, était dure, sans cependant être osseuse; car ses tuniques étaient seulement épaissies à cet endroit dans un court trajet. Après l'ouverture de ces tuniques, je vis qu'il y avait dans la cavité de la veine, à un seul côté où elle

Dr s TUM. ET DE LA DOUL. DES HYPOCHOND. 49 ^

n'était percée d'aucuns orifices, de petites cordes, et comme de petites espèces de valvules. Mais ce que j'observai dans les reins et dans leurs artères , est bien plus digne d'attention, quoique ces dispositions fussent plutôt contre l'état habituel que contre l'état naturel. Ces viscères étaient longs d'environ neuf doigts; mais pour une si grande longueur ils étaient étroits, si ce n'est qu'ils s^ trouvaient un peu pins larges à leur extrémité supérieure. La longueur des sinus qui reçoivent et envoient les vaisseaux, était également extraordinaire, et d'autant plus facilement remarquable que toute la partie de la substance des reins qui aurait dû former leur paroi antérieure manquait : aussi les plus grosses d'entre les branches qui portent l'urine dans le bassinet étaient entièrement à découvert, et les vaisseaux sanguins Tétaient également dans toute cette partie qui est cachée ordinairement dans l'intérieur des sinus. D'ailleurs, comme deux artères, une supérieure et une inférieure, et autant de veines, appartenaient à chaque rein, ces dernières sortaient bien des sinus, de telle sorte que l'inférieure montait obliquement sur la supérieure en la traversant; mais les artères ne se réunissaient point entre elles, et l'inférieure comme la supérieure se portaient sans obliquité en travers, ce qui faisait que l'inférieure ne gagnait pas le sinus, mais la partie placée au-dessous de lui, et presque le côté inférieur du rein. Vous comprenez d'après cela que l'une et l'autre

artère inférieure avaient du naître beaucoup plus bas que ne naissent ordinairement les artères des reins; et en effet elles sortaient de l'aorte à la distance à peine d'un pouce au-dessus de sa division en iliaques; et, ce qui è^t peut-être beaucoup plus rare, elles tiraient leur origine non pas des cotés de cette artère, mais du milieu de sa face antérieure, et si près l'une de l'autre, que leurs orifices étaient à peine séparés par une cloison très-mince. Parties de là , elles s'avançaient semblables et égales de part et d'autre, etelless'inséraientàl'endroitque j'ai indiqué sans s'être divisées en aucunes branches avant leur insertion. Au contraire les artères supérieures, un peu plus grosses que celles-ci, mais pas beaucoup, ne différaient ni par leur origine, T)i parleurs branches, de celles que j'ai coutume de voir le plus souvent. Quant au reste, ayant trouvé sur ces entrefaites un meilleur cadavre, je ne pus pas poursuivre la dissection de celui-là avec autant de soin. C'est pourquoi je ne touchai pas à la tête. Enfin , dans la poitrine je trouvai le poumon droit adhérent à la plèvre, et dur ; je vis dans le péricarde quelques cuillerées d'eau sanguinolente , et je remarquai que deux veines qui s'avançaient à travers la face postérieure du cœur dans le sen^s de sa longueur, étaient engorgées de sang et comme variqueuses.

24- Si mettant de côté ce qui n'appartient pas au sujet actuel, nous considérons seulement ce qui a rapport à la tumeur de la rate, et à la tumeur

DES TUM. ET 1>E LA DOUL. DES HYPOCHOND. ZjQ^

et à l'obstruction du foie, quelqu'un pourra croire, si par hasard l'artère de la rate n'élait pas sans flexuosités dès la naissance, qu'elle les avait perdues lorsque le cours du sang artériel étant em^ péché dans le foie endurci , une plus grande quantité de ce liquide fut forcée de passer dans cette artère splénique. Or la raison indique et l'observation évidente prouve quelquefois combien dans une obstruction du foie, les petits rameaux artériels sont comprimés dans son intérieur, et combien ils reçoivent moins de sang. En effet, le célèbre J. B. Volpie m'a confirmé qu'il lui était arrivé deux fois de trouver dans une obstruction du foie, le tronc de l'artère hépatique tellement dilaté, qu'il pouvait y introduire le pouce. Du reste, cette petite quantité de bile et sa pâleur prouvent d'yne manière évidente sur l'homme en question, entre autres choses, avec quelle facilité dans une telle affection du foie les sujets tendent à la cachexie. Que si une lésion plus grave s'empare de ce viscère , des observations très-nombreuses apprennent que fort .souvent elle forme un degré non-seulement vers la cachexie, mais encore vers l'hydropisie. Parmi ces observations, celles qui ont été rapportées par Rostius (i) et Usenbenzius (2), méritent d'être lues, soit à cause de ce que l'on trouva dans le foie squirrheux, soit à raison du poids de ce viscère. A ces

(i) Act. N. C, t. 2, obs. 178.

(2} Et cent. ^, obs. 27.

histoires vous pouvez aussi ajouter celle que je vais décrire immédiatement.

25. Un portefaix qui paraissait être dans la force de l'âge, n'ayant jamais éprouvé aucune maladie, sent tout à coup en soulevant un fardeau très-lourd^ une douleur assez forte aux lombes, qui le force dans le moment de rester couché pendant deux jours, mais qui l'affaiblit tellement pour la suite, qu'il ne peut plus soulever même un poids de vingt livres sans ressentir de la gêne aux lombes. Un mois s'étant écoulé, il lui sembla entendre une agitation d'eau dans son ventre pendant qu'il se tournait dans son lit, et bientôt après il crut sentir une espèce de corps qui montant de l'hypogastre à ce qu'on appelle la fossette du cœur, ets'arrêtant à cet endroit, formait le commencement d'une tumeur très-dure et assez grosse. Tourmenté par ce symptôme en même temps que par une petito fièvre, il ne vint à l'hôpital que le cinquième mois après avoir soulevé ce lourd fardeau, et il raconta ce que j'ai dit. Ce qu'il y avait de certain, c'est qu'il existait alors une petite fièvre continue qui éprouvait une exacerbation pendant la nuit, qu'une tumeur se trouvait à cette fossette ainsi qu'audessous des côtes inférieures, surtout du côté droit, et qu'il y avait de l'eau épanchée dans le ventre. Cependant cet épanchement augmenta; en sorte qu'ayant eu par hasard occasion de monter à l'hôpital environ un mois après l'époque où il s'y élail coïiché, comme on me pria de toucher

DES TUM. ET DE LA X)OUL. DES HYPOCHOND. /[qS

son ventre, je sentis à peine la tumeur ailleurs que dans la fossette, parce que l'abdomen était distendu par l'eau. Cette tumeur était très-dure, nu peu inégale, et indolente même à la pression. Je lui demandai si elle était incommode par son poids, ou par quelque douleur qui s'étendrait jusqu'à la gorge, et s'il éprouvait quelquefois de la toux. Il me répoudit positivement que non à toutes ces questions. Mais comme je m'informai si la tumeur grossissait encore alors : au contraire, répondit-il, elle s'est affaissée et est devenue plus petite; ce qui dépendait, je crois, de ce qu'elle était obscurcie par l'eau qui avait augmenté; et en effet ceux qui l'avaient touchée d'autres fois ne reconnaissaient pas qu'elle fût rapetissée. La face du sujet était un peu pâle, sans être jaune, ni livide; le blanc des yeux lui-même, que j'examinai très -attentivement, n'était jaune en aucune manière. Il était couché en supination la plupart du temps, quoique le décubitus fût possible sur l'un ou l'autre côté à volonté. Il était altéré, mais non pas excessivement Sa respiration était également gênée, sans cependant l'être beaucoup. Ayant noté ces symptômes avec d'autant plus de soin, que je prévoyais que le malade mourrait sans tarder, et que j'aurais la faculté d'examiner les viscères, je me retirai indécis en partie du siège universel de la tumeur, sur lequel mon jugement restait suspendu. Cependant le pouls finissant par s'affaiblir, il mourut paisiblement avec

rintégrité de ses facultés intellectuelles et de la parole qu'il conserva jusqu'à l'extrémité , au comrnencement d'avril de l'an 1745, quatorze jours après que je l'eus vu.

Examen du cadavre. Mais comme on disséqua le cadavre le lendemain, je fus empêché par une affaire fort importante d'assister à la dissection. Cependant Mediavia présida à cette dissection pour moi, et j'appris de lui le même jour ce qui suit. Le corps était maigre, et ne présentait nulle part aucune œdématie, si ce n'est une légère au scrotum, et une beaucoup plus légère aux pieds. Le ventre contenait un grand épanchement d'eau , qui n'était point fétide, ni épaisse, et qui loin d'être troublée par certaines espèces de petites membranes qui nageaient au milieu d'elle, se trouvait trèsdaire, et approchait cependant de cette couleur que nous voyons dans l'huile d'amandes. L'épiploon rétracté dans l'hypochondre gauche était intact, mais d'un brun verdâtre. L'estomac était petit et contracté. La rate était deux fois plus grosse que dans l'état naturel , et blanchâlre extérieurement, tandis qu'à l'intérieur elle avait quel-» ques parties blanches, qui cependant n'étaient pas dures. D'un autre côté le foie était extrêmement volumineux, en sorte que quelques-uns de ceux qui étaient présens jugèrent qu'il pesait jusqu'à quatorze livres. Ce qu'il y a de certain, c'est que quoiqu'il ne s'étendît pas beaucoup au-dessous des côtes, il occupait antérieurement toute la région

supérieure du ventre, et la partie voisine; il avait pris d ailleurs un tel développement du côté gauche, qu'ayant courbé considérablement vers ce côté le ligament suspensoire, qui du reste était épaissi, il s'était formé une fissure ombilicale au côté gauche du cartilage xiphoïde. Le foie tout entier était dur, et parsemé çà et là de taches saillantes, non moins larges que le pouce, et jaunâtres; du reste il était pâle. Tel était son état extérieur. Quant à l'intérieur, tout le viscère était composé d'une substance qui ne pouvait pas être plus facilement coupée que la glande mammaire, à l'exception d'un petit nombre de parties qui étaient répandues çà et là dans le tissu hépatique; cette substance était d'un blanc jaunâtre, et semblait laisser écouler un ichor comme purulent, quand on la comprimait. Enfin la vésicule était extrêmement petite.

26. Un forgeron et une femme dont parle le célèbre Schmid (t), ayant senti en faisant effort pour soulever des fardeaux, que quelque chose se rompait en dedans, non sans une douleur considérable ou brûlante à la région du foife, on recon-» nut que ni l'un ni l'autre ne s'étaient trompés d'après ce qu'on trouva sur le cadavre du forgeron , et d'après ce qui arriva à la femme. Mais bien que vous deviniez peut-être par une conjecture véritable, quelle lésion notre portefaix se fil aux

(i) Commerc. litt.. a. 1784^ hebd. 3/f.

Page 1