‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 32 sur 41 · V. Sa · texte numérisé non relu

V. Sa

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lombes lorsqu'il s'efforça de soulever ce fardeau, et ce qui lui en imposa pour le corps qui lui semblait monter, cependant vous ne pourriez pas le démontrer facilement. 11 est une chose certaine, c'est que la lésion et la tumeur du foie augmentant, l'eau augmenta dans le ventre, soit qu'elle y fût auparavant en partie, soit qu'elle n'y fut pas. C'est que dans le décubitus continuel en supination, la tumeur même du foie et son poids compriment les troncs de la veine-cave et de la veineporte , et en même temps plusieurs conduits de la lymphe , en sorte qu'il s'épancha une plus grande quantité d'eau dans le ventre par la rupture de quelques-uns de ces derniers, ou par la stagnation même du sang, si ces conduits étaient intacts. Il s'y joignait une cause qui rendait le sang lent et inerte; c'était la lésion du foie squirrheux, qui était si considérable, que ce viscère sécrétait une bile qui n'était pas propre à ses fonctions, et qui du moins se trouvait peu abondante, ce que la petitesse de la vésicule confirmait; et de la la formation (fun chyle et d'un sang qui n'étaient pas d'une bonne nature. A cela ajoutez l'état de la rate qui péchait par son volume et par sa constitution ; et bien que je ne puisse pas définir quelles sont ses fonctions particulières, cependant je ne doute pas en général qu'elle ne soit utile en définitive à l'un et à l'autre de ces liquides , ou à l'un des deux. Mais je ne pense pas que vous souvenant bien d'où la rate et le foie reçoivent le sang, vous de-

mandiez pourquoi on trouva en même temps ces deux viscères tuméfiés sur ce sujet et sur le précédent, ainsi que sur tant d'autres, parmi lesquels je pourrais compter soit cet enfant de Preuss (i), soit une femme dont il est question dans Portius (2), si l'on ne voyait aussi souvent la même chose dans les dissections» En effet, comme ils retirent le sang artériel de la même artère céliaque, lorsque l'un des deux se tuméfie le prenner, et que par conséquent il reçoit moins de ce liquide, il doit s'en écouler davantage dans l'autre. Quant au sang veineux, comme le foie le reçoit en partie de la rate, et cela, d'après mon opinion , pour servir à la sécrétion de la bile, certainement si le foie se tuméfie, il en restera une plus grande quantité dans la rate; mais si c'est la rate qui se tuméfie, elle enverra un sang qui sera incapable de traverser les parties resserrées du foie, et moins propre à la sécrétion d'une très-bonne bile, eu sorte que s'il se sécrète une bile trop épaisse et trop visqueuse, elle s'arrêtera en partie dans le foie, et augmentera elle-même le volume de ce viscère.

27. Au reste je désire que vous receviez ceci et certains autres points proposésdelamême mapière dans cette Lettre, de telle sorte que si un temps

(i) Obs. cit. suprà, ad n. 18.

(2) Act. Erud. Lips., a. 1704, m. septemb., in relat. ejus opusc.

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convenable est accordé àraclion de ces causes, et qu'il n'y ait rien qui empêche cette action, les effets indiqués s'ensuivent; car s'ils s'ensuivent souvent, comme je l'ai dit un peu plus haut, ils ne s'ensuivent pas toujours. Je vais éclaircir ceci par des exemples. Jac. Sylvius (i) d-rsséqua Latomus qui avait le foie volumineux, et aussi pâle et aussi tendre que s'il eût été cuit; tandis que la rate était d'une couleur cendrée, présentait à l'extérieur deux petits squirrhes, et se trouvait comme cuite intérieurement. Pourquoi celle-ci n'était-elle pas également volumineuse? pour que vous ne croyiez point par hasard que ce fût seulement à cause de la mollesse du foie, laquelle se trouvant en rapport avec l'augmentation de son poids , conservait la facilité du passage du sang à travers ce viscère, sachez que par un exemple rare il existait sur cet homme trois branches remarquables , qui de la veine éniulgente gauche se portaient à la rate^ c'est-à-dire, d'après ce que la circulation du sang enseigne aujourd'hui, que par ces trois branches il se portait dans la veine émulgente une grande partie du sang, qui devant passer difficilement à travers le foie, aurait distendu la rate en s'y arrêtant. Mais vous jugerez vous-même si ces trois branches emportant de la rate le sang plus promptement que ne l'exige la nature de ce viscère, et privant le foie d'une partie du secours que ses

(i) Obs. adject. isagogi anat.

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fonctions exigent de la rate, contribuèrent en quelque chose dans un long espace de temps, aux lésions qui furent observées sur l'un et l'autre viscère.

D'après ce qui a été dit plus haut, ou d'après ce que j'indique maintenant, il vous sera facile d'expliquer d'autres exemples, comme ceux de Riolan (i) et de Fantoni le père (2), dans lesquels le foie étant endurci et augmenté de volume, nonseulement la rate ne se trouvait pas plus grosse qu'à Fordinaire, mais encore était petite, au point qu'elle pesait à peine une once, ou que Ton ne voyait presque que des vestiges de sa substance. En effet, supposez que la raie soit diminuée, quelle qu'en soit la cause, vous comprenez déjà combien le foie reçoit plus de sang artériel et moins de secours pour sécréter une bonne bile. Ou supposez au contraire que par une cause quelconque, le foie soit augmenté de volume et de poids, au point qu'il occupe tout l'épigastre, comme dans l'exemple de Fantoni, et qu'il chasse l'estomac à la région ombilicale, vous concevez déjà facilement par conjecture combien peuvent être comprimées en même temps soit la rate, viscère mou et lâche, soit l'artère splénique, de laquelle ce viscère reçoit le sang qui le nourrit et qui le maintient dans le degré convenable d'extension et de développe-

(i) Anthropog., 1. 2^ c. 16.

(2) Obs. med. anal. 24.

ment. D'ailleurs comipe cette artère se porte sous ]e pancréas, auquel elle est attachée dans le sens de sa longueur, vous voyez assurément combien elle dut être comprimée dans l'exemple de Riolan, où le pancréas totalement squirrheux égalait le foie lui-même par son développement et par son poids. Car, relativement à ce que cet auteur rencontra un vestige de rate de la largeur d'un ongle sur un aulre cadavre, cela put dépendre peut-être d'une compression plus considérable ou de plus .longue durée de l'artère splénique^ attendu qu'alors aussi il trouva le pancréas non-seulement squirrheux, mais encore dur comme un cartilage. si8. Mais mettant le pancréas de côté, pour revenir à la rate et au foie, certes il existe une si grande réciprocité de rapports entre ces deux viscères, qu'il n'est nullement étonnant que l'un étant vicié il y ait aussi une lésion dans l'autre^ et qu'il l'est au contraire si l'on trouve une lésion dans l'un seulement, comme lorsqu'on lit dans le Sepulchretum (i) : Le foie étant gros et dur en

plusieurs endroits , les autres viscères du ventre

se trouvaient dans Vétat naturel; ou bien (2) le foie

était presque desséché et pâle , mais la rate et

les reins se troublaient dans Vétat naturel. Cependant il n'est nullement nécessaire, même dans une maladie longue où l'on trouve une plus grande

( I ) L. 3 , s. « 4 , obs. v^6 , 5- 4« (2) Ibid, , obs. 20.

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lésion dans les autres viscères que dans le foie, que la lésion existe aussi dans celui-ci depuis longtemps. Je désire que ceci soit dit surtout pour l'une des observations indiquées tout à l'heure. Il faut prendre garde en outre de regarder quelquefois comme des effets ou des causes d'une maladie, certains états qui sont naturels : tels étaient, à ce c[ue je croirais , ces quelques sillons cjui paraissent mis au nombre des dispositions morbides dans l'observation dix-neuvième de cette dix-septième section du Sepulchretum ^ de même que ces fentes ou fissures du foie ^ qui sont indiquées dans la septième observation de la même section, comme étant quelquefois la cause de la douleur de Vhypochondre droit. Des erreurs de cette nature sont suffisamment prouvées par l'observation fréquente et attentive des fissures de l'un et de l'autre viscère, ou de tous les deux, qui se rencontrent fort souvent sur les cadavres de toute espèce, et qui ne sont pas sans quelque utilité, comme je vous l'ai écrit ailleurs, (i)

Mais, quand bien même on ne pourrait pas rendre compte de tout ce qu'on lit sur l'intégrité de l'un des viscères, jointe à la lésion de l'autre, ce ne seraient pas en définitive les seuls phénomènes qui paraissent avoir lieu quelquefois contre la raison. En effet, pour ne pas m'éloigner de l'histoire du portefaix en question , on ne voit cer-

(i) Epist. anat. ,1. i^ n. 35.

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tainement pas assez pourquoi il ne sentait pas du malaise avec ce poids si considérable du foie, ni pourquoi parmi les signes dont j'ai noté la nonexistence, quelques-uns surtout pouvaient ne pas exister avec une aussi grande lésion du viscère. Ceci nous apprend à ne pas prononcer d'une manière positive avec trop de précipitation dans certaines circonstances, soit que nous niions, soit q:ie nous affirmions. Et en effet, il se présente quelquefois en médecine des cas plus rares et plus étonnans que ceux dont j'ai parlé tout à l'heure, et qui doivent rendre proportionnellement plus réservé le jugement du médecin dans le diagnostic, et par conséquent dans le traitement. Je vous communiquerai deux de ces faits, tels que je les ai appris d'autres médecins, et qui ne seront pas hors du sujet; car ils ont rapport à une tumeur et à une lésioîi des deux viscères qui se trouvent dans l'hypochondre gauche, la rate et l'estomac. Relativement à la rate, Mediavia observa ce qui suit vers la fin de l'an 1735, d'abord pendant la vie, et ensuite après la mort.

29. Ufi/liomme maigre avait aussi parmi d'autres maladies pour lesquelles il était couché à cet hôpital , une tumeur à la région lombaire gauche, à l'endroit où celle-ci commence à se tourner vers le côté exlerne an-dessous de la côte inférieure ellemême. Cette tumeur était tar] tôt plus, tantôt moins appareille, sans cependant l'être jamais beaucoup; mais elle cédait a la main quand on la touchait,

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comme si elle contenait un liquide. Cet homme succomba enfin à ses maladies.

Examen du cadavre, A l'ouverture du ventre, on vit ce qui formait cette tumeur. C'était la partie inférieure de la rate tuméfiée et extrêmement molle, qui parvenait jusqu'à l'endroit que j'ai indiqué, et qui poussée jusque-là tantôt plus, tantôt moins, par les vents de l'estomac et des intestins, produisait sur ce sujet qui était maigre, comme il a été dit, ce qui aurait pu facilement en imposer à quelque chirurgien inconsidéré et imprudent, au grand détriment du malade.

3o, Dans le second livre des Pronostics (i), immédiatement après d'autres détails relatifs aux sujets qui ont la rate volumineuse, on lit ce qui suit ; Si des tumeurs aux pieds s'y joignent aussi ^ ils paraîtront également avoir de Veau. Mais il faut examiner et le ventre et les lombes. Je voudrais donc que vous vissiez si parmi les auteurs qui sont les oracles de l'inlerprétation d'Hippocrate, il en est quelqu'un qui rapporte l'examen des lombes à la grosseur de la rate elle-même, à laquelle les autres signes qui précèdent immédiatement sont relatifs.

Quant à ce que j'écrirai sur l'estomac, Pi. de Marchetti, cité ailleurs, m'en fit la lecture l'an 1780 d'après une lettre d'un médecin voisin de ce pays, que nous considérons tous deux, et qui connaissait parfaitement tout ce qu'il disait être arrivé

tout récemment à renclioit d'où il écrivait; voici son récit :

3i. II s'était développé sur une femme, à la région de resîomac, une tumeur qu'un chirurgien avait jugé à propos, après l'avoir touchée, de conduire à la suppuration; mais il ne pouvait y parvenir, quoiqu'il appliquât sur cette tumeur les remèdes propres à produire cet effet. Enfin la chose se termina de telle sorte que la tumeur disparut, tandis que la peau de l'endroit où elle avait été , sans avoir laissé écouler la moindre quantité d'humeur, se contracta comme en forme de cicatrice. Après cela la femme conçoit, et la grossesse et l'accouchement s'étant terminés heureusement, elle était bien portante, et le lait lui venait très-bien pour l'allaitement, lorsque trois mois après l'enfantement elle sent tout à coup un peu d'humeur distiller de cette petite cicatrice. Elle regarde, et elle voit que c'est du vin qu'elle venait de boire. Elle pouvait aussi faire sortir par cet endroit, si elle faisait effort, quelque peu de bouillie qu'elle avait mangée. Cependant telle fut l'issue de ce cas, que la femme se rétablit parfaitement, et qu'elle continuait à jouir d'une excellente santé, comme le médecin, à qui de Marchetti le demanda par honnêteté pour moi et pour m'étre agréable, le confirma encore dans une autre lettre.

32. Vous pourrez lire sans doute des exemples assez nombreux de perforation de l'estomac, soit que le trou fut caché dans l'intérieur de la cavité

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du ventre, soit qu'il fut ouvert au dehors, exemples qui se trouvent dans l'histoire d'une fille affectée de cette' maladie pendant vingt-sept ans, qui a été publiée par le célèbre Christ. Wencker (i), et vous pourrez les réunir à ceux du Sepulchretum ; car comme on ne put guérir aucun de ces malades, on eut la faculté de les disséquer tous après leur mort. Cependant vous trouverez un cas de guérison semblable à celui que je vous décrivais tout à l'heure, dans le programme que Ettmûller le fils a ajouté à sa dissertation intitulée de V Inflamma" lion très'graK'e du pied. Comme vous pouvez voir en même temps dans ce programme ce qui a rapport à la guérison parfaite de l'estomac, qui était affecté de telle sorte qu'il ne tonibait rien de ce viscère dans la cavité du ventre, je n'ajouterai rien à cette Lettre qui est déjà assez longue, si ce n'est pour vous dire : aimez-moi comme vous le faites, et portez-vous bien.

(i) Argentorali^ a. 1743.

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