‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 4)Chapitre 33 sur 41 · XXXVII^ LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE · texte numérisé non relu

XXXVII^ LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE

De r Ictère et des Calculs biliaires.

I. L'iCTERE se joint si souvent aux lésions du foie, dont j'ai principalement trailé dans la dernière Lettre que je vous ai adressée, que c'est avec raison que dans le Sepulchretwn on a placé la dixhuitième section qui porte le titre de cette maladie, immédiatement après les deux où il est question de ces lésions. C'est à cette affection qu'appartient l'observation suivante de Valsalva.

2. Un jeune prêtre ayant été pris d'un ictère peu de temps après un trouble de l'âme, se coucha avec une douleur à la région de Testomac, et avec des vomissemens qui lui firent souvent rejeter la nourriture et les médicamens. Cependant les déjections alvines étaient blanchâtres. Uii ou d^nyï jours après, on s'aperçut que le malade était inquiet et attaqué d'une sorte de stnpeur, au point qu'il oubliait ce qu'on lui avait raconté. Les médecins ne remarquèrent qu'il existait de la fièvre qu'à la fin du troisième jour, époque où elle se manifesta d'une manière violenle avec du délire, et avec des convulsions telles que le malade était forcé de ronger tous les corps avec les dents, et qu'il triomphait presque par les grands efforts qu'il faisait, de la force des assistans, avec cela il y avait des vomis-

j)E L ictèhe et des calculs biliaires. Soq semens dont la matière était d'une couleur un peu obscure. Le matin on ouvre la veine, d'où le sang sort avec impétuosité; la sérosité de ce sang, dans laquelle on trempa une serviette dès qu'elle se fut séparée de la partie coagulée, la teignit d'une couleur jaune. Les convulsions cessent; mais le malade est couché comme s'il était plongé dans l'assoupissement, il se remue à peine, et il témoigne à peine qu'il sent les ventouses qu'on lui avait appliquées. Sa respiration était pour ainsi dire na-^ turelle, si ce n'est qu'elle était suspirieuse de temps en temps. Il mourut après le quatrième jour.

Examen du cada\^re. A l'ouverture du ventre^ on trouva le foie flasque et tirant sur une couleur un peu pâle; sa vésicule contenait une bile d'une teinte légèrement obscure. Il y avait dans l'estomac une matière semblable à celle qui avait été vomie les derniers jours, comme il a été dit; et sa tunique intérieure, aux environs de l'orifice gauche, était parsemée comme de points rouges. Du reste on voyait ça et là dans le ventre un grand »ombre de très-petites glandes qui étaient enflammées par la stagnation du sang. A l'ouverture de ia poitrine, les poumons se présentèrent tuméfiés par de l'air , et dégagés de la plèvre , si ce n'est qu'il existait quelques noeuds formés par de petites membranes distinctes, qui unissaient celui du côté gauche à cette tunique. Le péricarde contenait peu d'eau. Dans les ventricules du cœur il y avait du sang coagulé. Le crâne ayant été coupé

5lO TREW^TE-SEPTIEME LETTRE.

circiilairement, et la dure-mère incisée, il s'écoula un peu de sérosité; on remarqua une concrétion gélatineuse, mais légère, dans les interstices des vaisseaux sanguins qui rampent à travers la piemère; d'ailleurs le cerveau était extrêmement mou, et il n'avait pas entièrement sa couleur naturelle, que la teinte de la bile avait peut-être altérée. Pendant que pour enlever le cerveau, on coupait la moelle épinière à la partie supérieure du canal vertébral, il s'écoula pendant assez long- temps une matière séreuse de la paroi externe de cette moelle, comme si un conduit de la lymphe eût été coupé.

3. Des observations fréquentes dans l'exercice de la médecine font voir ce que peuvent les troubles de l'âme pour produire l'ictère, et celle qui a été rapportée le confirme évidemment. Et cela n'est pas étonnant, quand on réfléchit combien les affections morales agissent sur les nerfs, et combien ces mêmes nerfs peuvent affecter les vaisseaux sanguins et les vaisseaux excréteurs, ainsi <]ue la substance intime de Torgane sécréteur luimême, quel qu'il soit, et par conséquent pour vicier et empêcher les sécrétions et les excrétions des humeurs. Imaginez que sur certains sujets les nerfs hépatiques soient plus sensibles, ou que si les autres le sont également, les vaisseaux du foie et l'organe sécréteur cèdent néanmoins plus facilement à Faction des nerfs sur certains. corps, et vous comprendrez aussitôt pourquoi Jes affections

DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 5f F

(le l'âme donnent lieu à l'ictère sur ces individus. C'est ainsi que vous lirez dans Hoffmann (i) l'histoire d'une femme , qui , toutes les fois que des accès fébriles nom^eaux lui survenaient à l'occasion d'une commotion antérieure de Vâme, était reprise aussitôt d'un ictère avec tous ses symptômes. Que si vous y ajoutez certaines dispositions du sang, ou de la matière de la bile qui doit en être sécrétée, ou des autres viscères, vous comprendrez d'autant mieux et le phénomène, et l'origine des symptômes extrêmement graves qui se joignent quelquefois à l'ictère, et qui causent une mort p!us prompte qu'on ne l'aurait cru. Comme je reconnais presque tout cela dans l'observation du prêtre qui a été rapportée, de même je leclaircirai par des exemples qui lui ressemblent en grande partie. Le premier de ces exemples me fut raconté pendant que j'étais à Bologne (car le fait était arrivé dans cette ville peu d'années auparavant) par des hommes savans et graves, et il m'a été confirmé par Valsalva lui-même qui avait assisté à la dissection. 4. Un jeune homme de beaucoup d'esprit, livré aux devoirs du saint ministère et à la littérature, est attaqué par un homme cruel et menaçant qui lui porte sans qu'il s'y attende un pistolet sur la poitrine. Frappé d'une grande terreur, il devient ictérique le lendemain, et bieutôt il délire au point, qu'il ne remettait personne de sa connàis-

(i) Medic. rat., t. 4> p* 4^ ^' *2, obs. 5.

sance, et qu'il s'écriait de temps en temps : oh! action indigne] Ayant été pris ensuite de secousses convulsives tellement fortes, que plusieurs personnes pouvaient à peine le retenir avec leurs mains, il mourut vingt- quatre heures après le commencement du délire.

Examen du cadavre, La dissection du cadavre ne présenta rien qui parut très-remarquable, si ce n'est que les vaisseaux sanguins qui rampent à travers la pie-mère furent trouvés considérablement distendus par du sang noir.

5. Je pouvais rapporter cet exemple parmi ceux qui appartiennent au délire, ou bien encore aux convulsions. Mais comme 1 ictère fut le premier de tous lés symptômes qui se présenta après la terreur, j'ai mieux aimé le décrire ici. Cet ictère paraît avoir été produit par la contraction des nerfs hépatiques, tandis que la matière de la bile, retenue en grande partie dans le sang, se trouvant trop acre parce que le sujet était jeune, et affectant surtout le cerveau parce qu'il était livré à l'étude, donna lieu à tous les autres accidens.

6. Je ne chercherai pas dans les auteurs de médecine d'autres exemples comparables sous la plupart des rapports avec celui (i) de Valsalva, attendu que nous en avons deux dans cette section i\\x Sepulchretuni (a), l'un de Bâillon sur un petit

(i) Supni, n. 2.

(2) Obs. G, et in addit. ;, obs. 5.

1)E LfCTÈliE ET DES CALCULS BILIAIRES, 5l3

jeune homme fils du comte Chaulnée, et l'autre; de Guarinoni sur le cardinal Sfortia. La fièvre fut d'abord latente sur ce dernier ictérique, au point que les médecins ne la reconnurentqu'après qu'elle eut augmenté, et pendant ce teinps-là il fut pris d'une légère démence; ensuite lorsque la fièvre devint plus violente, il éprouva une extrême agi-i tation du corps , puis deux accès subits d'épilepsie , et enfin trois jours avant la mort différentes convulsions; cependant il expira paisiblement. Du reste il avait le foie et presque toutes les autres parties du corps teints d'une manière fort remarquable d'une couleur jaune, tandis que les poumons étaient tels qu'oij les trouve ordinairement sur ceux qui ont été tourmentés pendant longtemps en mourant par une difficulté de respirer. Quant au petit jeune homme, devenu morose et un peu triste, de doux et d'aimable qu'il était, il fut pris tout à coup d'un ictère, et quinze jours après, lorsqu'on était loin de s'y attendre, il grinçait des dents, il avait des convulsions pendant la nuit, il était comme en extase, et aprèsavoir poussé de grands hurlemens et éprouvé des convulsions, il mourut Son cerveau était dans un état tel qu'il ne paraissait pas que la cause de la mort fût dans ce viscère; le poumon était extrêmement altéré, mais le foie l'était davantage, puisqu^il était comme uTop^AwjDo; car c'est ainsi qu'il faut écrire, et que Baillou écrit, comme vous le verrez en jetant les y. 33

5l4 ÏREJVTE -SEPTIÈME LETTRE.

yeux sur son second livre des Épidémies (i) qu'on cite dans le Sepulchretum ^ non pas à la page ^44 qui y est indiquée, mais 258; or, comme ce mot veut dire verdâtre , ou légèrement pâle , vous voyez certainement très-bien que le cas du petit jeune homme s'accorde aussi avec celui du prêtre de Valsalva pour cette couleur du foie.

Au reste, tout le monde s'accorde sur cet affaiblissement de l'intelligence, que Baillou a appelé Tine sorte d'extase, et Guarinoni une légère démence, tandis qu'Hippocrate ou du moins les auteurs des Pronostics (2) et des Prénotions (3) Çoaques l'ont nommé [Aœpoa-içy et ont enseigné que ce symptôme est fâcheux après V ictère. Les interprètes traduisent ce mot ^?iV fatuité^ et Zacchias les a imités dans une observation qui confirme ce sens, et qui a été rapportée dans cette section du Sepulchretuin (4). Que s'il exista des convulsions sur tous ces sujets, tandis qu'il n'exista pas sur tous un délire furieux, c'est que l'âge, le tempérament, la disposition du sang, de la bile et des viscères, étaient différens sur les différens individus. C'est ainsi que sur le cardinal le sang était liquide sans présenter nulle part aucune concré-

(i) Edition, quae una tune erat, et diu fuit, Parisien.

(4) Obs. 7. t

DE l'ictère et Dés calculs BÏLÏAIRES. SlÔ

tion, et tel que Boerhaave(i) affirme qu'il se trouve sur les ictériques, de telle sorte que celui qiton tire de la veine ne se coagule point ; tandis que sur le prêtre de Valsalva, celui qu'on avait tiré s'était coagulé, et celui qu'on trouva dans les ventricules l'était également, ce qui fît qu'il se montra aux environs de l'estomac sous la forme de points rouges, et qu'étant en stagnation ça et là dans le ventre, il ressemblait à un grand nombre de petites glandes qui auraient été enflammées. Un sang de cette espèce a quelquefois été observé par les anatomistes dans le cœur d'autres ictériques, comme le prouvent suffisamment l'observation citée de Zacchias, et une autre de Bartholin , qui a été également rapportée dans cette section du Sepulchretum (2); pour ne point parler ici de la mienne sur le potier ; qui était ictérique en grande partie, et dont je vous ai décrit l'histoire ailleurs (3), ou d'une autre de Valsalva sur une jeune fille ictérique (4), dont le cas est plus remarquable en ce que , outre qu'elle avait une concrétion muqueuse dans le cœur, le reste du sang qui était liquide se coagula cependant quand on l'exposa à Tair.

Mais à cette disposition qu'a le sang à se coa-

(i) Praelect. in instit.^ §-773.

(2) Obs. 24.

(3) Epist. 7, n. II.

(4) Epist. 10, n. 7.

5l6 TRENTE-SEPTIÈME LETTRE. ^

guler, il faut qu'il s'en joigne d'autres, soit dans ce liquide même , soit dans le cerveau , pour qu'un délire grave survienne. Cependant il n'importe pas que le cerveau paraisse atteint d'une grande lésion même dans ce cas, ni quand il a existé des convulsions violentes. En effet, ce qui était la cause du délire dans ce viscère peut échapper à la vue; et une irritation soit des nerfs placés hors du cerveau , soit de la moelle épinière, comme on doit conjecturer que cela eut lieu sur ce prêtre d'après la dissection, peuvent donner lieu à des convulsions horribles.

7. Cependant le cerveau ne fut pas trouvé parfaitement sain sur ce sujet, soit que l'on considère ce qu'on observa pendant la section des méninges, soit que l'on ait égard à la couleur même du viscère, qui n'était pas tout-à-fait naturelle, et que Valsalva regardait comme ayant été sans doute produite par celle de la bile. En effet, bien que l'on ait trouvé aussi quelquefois la substance du cerveau jaune dans celte maladie, cependant je ne me souviens pas d'avoir lu beaucoup d'observations où elle se soit présentée dans cet état; peutêtre cela dépend-il d'abord de la petitesse, et ensuite de la rareté des vaisseaux qui traversent l'intérieur de ce viscère. Et certes il n'y a pas bien long-temps qu'ayant, selon ma coutume, beaucoup de têtes dans l'Amphithéâtre pour enseigner l'anatomie du cerveau, comme je remarquai sur une d'elles une couleur jaune de la face et du

DE l'ïCTÈRË et des CALCULS BILIAIRES. 5\']

reste de la peau, ainsi que de la membrane conjonctive des yeux, je demandai à quel homme elle appartenait, et ayant appris que c'était celle d'un sujet asthmatique affecté d'un ictère, qui était mort la veille, je vis bien çà et là sur la face externe de la pie-mère des espaces celluleux assez étendus qui étaient d'un jaune verdâtre, mais en disséquant le cerveau bientôt après je n'y trouvai pas une couleur autre que celle qu'il présente ordinairement. Une occasion semblable s'étant offerte de nouveau dans la suite, bien que j'eusse remarqué que le peu d'eau qui était dans les ventricules latéraux était jaunâtre, que les plexus choroïdes tiraient un peu sur cette couleur, et que la glande pinéale elle-même passait de sa couleur cendrée à une teinte jaunâtre et sale (du reste cette glande était trop courte et pas assez molle, et à sa base adhérait antérieurement un peu de substance non pas sablonneuse, ni jaune, mais blanche, tandis que vers la partie supérieure tout ce qui se trouvait à l'intérieur était comme du sang ou comme un vaisseau sanguin); cependant tout le reste, car j'en fis la disseclion, conservait sa couleur naturelle, en sorte que tout ce qui était médullaire, je le trouvai très-blanc.

C'est ainsi que vous verrez également dans cette section (i) du Sepulchreturn qu'après un ictère de longue durée la substance du cerveau était assez

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(t) Obs. 3.

5l8 TRENTE-SEPTIÈME LETTRE.

blanche, quoiqu'il existât une couleur jaune nonseulement sur les méninges, principalement sur la dure-mère, mais encore à l'extérieur du crâne, et même à son intérieur en partie; car cette maladie communique aussi quelquefois aux os euxmêmes une couleur jaune qui ne s'efface jamais sur les squelettes, comme certains auteurs en donnent l'avertissement. Une observation de Rerckring, qu'il faut lire aussi dans cette section (i) du Sepulchretum ^ fait voir combien les os étaient jaunes sur un foetus ictérique; et cela n'est pas étonnant, puisqu'au lieu du sang il trouva un liquide jaune comme de la bije, semblable à celui que Vésale observa également srjr Martelli , Sénateur de Florence, comme vous l'apprendriez dans cette même section du Sepulchretum , si la dissection du sujet, qui y est rapportée deux fois (2), y était décrite une seule fois en entier, comme elle l'a été ailleurs (3). Du reste, lisez dans tous ces passages, non pas Marcelli, mais Martelli. Croyez en outre que Van-Helmont lui-même (4) rencontra des cas semblables, puisqu'il vit dans les veines lïiésentériques de deux ictériques un liquide qui lui fit imaginer q^xuîi virus excrémentitiel y oU un sang jaune et stercoraly ou un excrément liquide.

(i) Obs. 34.

(2)Obs. 8, 5.4, et obs. 20.

(3)L. 2,s. 11, obs. 36, §. 1.

(4) Vid. in hâc Sepulchr. 18, sect, obs. 26.

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jaune y fruit de la seconde digestion^ étant entraîné de nous^eau contre nature dans les veines , et dispersé dans tout le corps y élait la cause de rictère , tandis que c'est la bile qui n'étant pas sécrétée du sang en proportion convenable soit à cause de sa quantité, soit à raison d'un vice du foie, comme sur Martelli, finit quelquefois par être surabondante dans ce dernier liquide, au point que lesangqu'oii tire de la veine, et l'urine qu'on rend alors, paraissent ( i) tout-à-fait semblables, et cela nonseulement sur les sujets qui doivent mourir, mais encore dans certains cas sur ceux qui doivent guérir (2). Ceci arriva à ces, ou du moins à cet ictérique, sur qui, d'après le rapport de Baglivi (3), il ne s'écoulait des narines et des endroits oit Von avait appliqué des ventouses scarifiées ^ quune eau jaune au lieu de sang; cas analogue à celui que nous voyons dans I.ow^er (4), relativement à la guérison d'un jeune homme sur qui il s'écoulait déjà un liquide plus semblable à du bouillon qu'à du sang, parce qu'il avait abondamment réparé le sang par le bouillon pendant qu'une hémorrhagie longue et considérable s'opérait par le nez. 8. Mais au nombre des parties que le sang jaune colore le plus souvent et plus facilement, on re-

(1) Vid. apud Hoffnian. , supra ad n. 3 , cit. cap. 12 , §. 4«

(2) IhicL

(3) De experim. circa bilem.

(4) Tract, de corde, c. 2.

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marque surtout les membranes adipeuses , et celles que l'on appelle conjonctives dans les yeux. Valsalva croyait que la graisse était le plus propre de tous les tissus à contracter la couleur jaune, du moment que la sérosité du sang jaunissait seulement un peu. En effet, il l'avait trouvée jaune sur beaucoup de sujets non affectés d'ictère , et principalement sur trois qu'il disséqua presque dans le même temps ; savoir, un hydrocéphale, un blessé, ^t un autre homme qu'une fièvre ardente avait consumé.

Au reste , la couleur jaune est si apparente sur le blanc de l'oeil dans cette maladie, que c'est à cause de cela que les anciens semblent avoir été portés à croire que tous les objets paraissent jaupes aux ictériques. Hoffmann (j) écrit que cette assertion a été révoquée en doute par Mercuriali, mon compatriote, dans ses Préleçons de Bologne ; il a peut-être voulu écrire dans ses Préleçons de Padoue (2), ou plutôt dans ses Différentes Zeçons (3). En effet, après avoir rapporté dans cellesci le témoignage des auteurs qui affirment qu'il en est ainsi, celui de Varron , de Lucrèce, de Sex-* tus Empiricus, du médecin Cassius, d^ Galien lui-même, il a opposé à ce témoignage le silence des autres auteurs qui ont écrit sur la médecine,

(i) §. 4 modo cit.

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et l'observation contraire qu'il avait faite lai-même sur une infinité d'ictériques. Or, il pouvait ajouter les observations extrêmement fréquentes des autres médecins à la sienne, et ne pas douter qu'il aurait aussi une très-grande partie de la postérité pour soutenir son opinion. Ce qu'il y a de certain, c'est que même dernièrement lorsque Boerhaave (i) eut écrit après Sydenham (2) la même chose que ces anciens, un homme d'une trèsgrande érudition, de Haller (3), avoua positivement qn il ne trompait pas des expériences évidentes de ce fait, et qu'il n'avait pas lu que Iq, cornée eût été trouvée jaune sur les ictériques; que d'ailleurs il est nécessaire qu'il y ait dans les humeurs des yeux un changement de couleur, non pas léger, mais extrêmement remarquable, comme dans le cas où après un épanchement de sang dans l'humeur aqueuse, la lumière parut rouge d'après une observation d'Yvesius. Et en effet, il me semble que Boerhaave a cru, puisqu'il a écrit une seconde fois (4) ce que j'ai indiqué, et qu'il a rapporté une autre observation de lui assez semblable à celle d'Yvesius , que quelque partie de bile se mêlant avec Vhumeur aqueuse^ pouvait se comparer avec le s<ing épanché dans cette humeur. Mais il n'arrive

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(i)Praelect. ad instit. , §. 544-

(2) Process. in morb. curand. ubi de iclero.

(3) Adnot. ad eum locum.

(4) Praelect. modo cit. ^ §. 840.

pas fort souvent que la couleur de la bile par* vienne aux humeurs de l'œil, peut-être à cause de la petitesse des vaisseaux destinés à ces humeurs , comme cela a été dit (i) aussi pour la substance intime du cerveau. Du moins je ne trouvai en disséquant autrefois avec soin les yeux d'une femme ictérique, absolument aucune teinte jaune sur aucune des trois humeurs, pas plus que sur la tunique cornée, qui est la seule que je n'ai jamais pu voir colorée en jaune sur d'autres ictériques, et nommément sur ce potier dont il a été parlé plus haut (2), quoique je l'examinasse fort attentivement au milieu de cette couleur qui était très-remarquable dans la conjonctive voisine. Cependant il peut arriver quelquefois, mais très-rarement, que les objets paraissent jaunes dans cette maladie, par exemple, si la tunique cornée est remplie tout entière de bile; et cela a lieu non-seulement a/6>/'j, comme Mercuriali l'accorde également, mais encore dans les cas où les humeurs des yeux sont teintes d'une couleur jaune très-intense. Croyez que l'une ou l'autre de ces circonstances, ou, si vous l'aimez mieux, toutes les deux existaient dans les deux exemples que Hoffmann (3) affirme avoir vus en faveur de l'opinion des anciens, ainsi que dans un troisième (car je ne me souviens pas d'en

(3) §.4 cit.

DE l'iCTÈHE et des CALCULS BILIAIRES. 5a3

^voir lu un plus grand nombre) qui a été ajouté aux autres par le célèbre Scardona. (i)

9. Mais le nombre ou le calibre des petits vaisseaux qui se rendent à la tunique cornée et aux humeurs, peuvent être plus considérables dans les yeux de quelques sujets, et en même temps la matière de la bile dans le sang de ces mêmes individus, peut être plus propre à traverser ces vaisseaux et à colorer les parties, soit que ce dernier effet dépende de la nature de sa matière, ou de sa quantité. En effet, nous voyons qu'après qu'elle est sécrétée et déposée dans sa vésicule, elle traverse avec plus ou moins de facilité sur les diffé* rens sujets les membranes de cet organe, et teint les parties contiguès d'une couleur jaune plus intense sur les uns, et très-légère ou nulle sur les autres. C'est que le sang d'où elle provient: est trop éle^é à la djscrasie sulfureux -saline sur les uns (si vous aimez mieux parler le langage de Willis dont les paroles sont rapportées dans cette section (2) du Sepulchretutn^ et qu'il a sur les autres son sou-fre plus abaissé; c'est pour cela aussi que comme les premiers sont très-sujets à l'iclère, de même les seconds, dit-il , se trouvent exempts de cette ma-ladie^ ce qu'il vit sur plusieurs cachectiques et sur plusieurs phlegmatiques, quoique ces sujets fus- - .... -

(1) Aphor. de cognosc. et cur. morb. , 1. 3 , c. 10^ comm. ad n. 8.

(2) Schol. ad obs. 1.

5a4 TRENTE'SEPTIÈME LETTRE.

sent affectés d'une obstruction et d'une induration d'un très-grand nombre de conduits du foie. Toutefois il faut admettre ceci avec prudence, ou bien distinguer les temps, et faire attention aux changemens que Tictère lui-même produit, afin que vous ne soyez pas étonné ensuite lorsque vous lirez dans le même ouvrage les observations de Fabrice de Hilden (i) ou de Graaf (2). En effet, le premier écrit qu'un sujet pituiteux et cacochyme avait aussi été affecté de temps en temps pendant quelques années d'une ictéricie y et Graaf rapporte que la bile d'un ictérique était entièrement séreuse et teinte d'une couleur jaune si légère^ que des linges trempés dans ce liquide prenaient à peine cette couleur.

Quant à la quantité de la matière de la bile, de la nature de laquelle j'ai parlé, il est étonnant combien elle peut être considérable sur certains sujets, si à celle qui a été formée par la disposition naturelle du corps, par la saison de l'année, par les alimens, par les boissons, et par la réunion fortuite d'autres circonstances analogues, il s'en joint encore une autre , comme lorsqu'une fièvre, ou un exercice immodéré en plein soleil, ou un venin introduit par la morsure d'un animal, ou enfin quelque autre chose de semblable, dégagent tout à coup et élèvent ces parcelles de soufre, qui

(i)Obs.8,<J. ,8.^ (2) Obs. 10.

DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 5^5

étaient plus unies et plus abaissées dans le sang, en sorte que dès-lors elles deviennent si nombreuses, que le foie ne peut pas suffire à les sécréter. Il est encore un autre mode, même plus connu, dont la matière de la bile augmente dans le sang, comme lorsque la sécrétion de celle qui s'y trouve ne s'opère que peu ou point, soit à cause de quelque vice du sang lui-même, ou de la substance intime de l'organe sécréteur, soit parce que la voie 'de plusieurs branches du conduit hépatique, ou de son propre tronc, ou du conduit commun, est embarrassée. Car cette voie étant embarrassée, quand même la bile déjà sécrétée ne reviendrait pas dans le sang, comme plusieurs continuent à le croire, une nouvelle bile ne pourrait point entrer dans les conduits pleins et distendus , et par conséquent autant la matière de la bile qui provient des alimens augmente continuellement dans le sang, autant il est nécessaire qu'elle ne s'en sépare point, qu^elle devienne plus considérable de jour en jour, et qu'elle soit surabondante.

lo. Mais la voie que j'ai indiquée peut être embarrassée par des causes plus rares, ou plus fréquentes. Parmi les causes plus rares se trouvent celles qu'on lit dans cette section du Sepulchretum^ l'étroitesse capillaire du conduit commun (ij, ou sa contraction (2) et son endurcissement (3) en

(i) Obs. 14.

(2) Obs. 1 7.

(3) Obs. q5, §. 7,

520 TilENTE-SEPTlÈME LETTRE.

forme de corde solide, on son ossification etitière et complète (i), ou sa compression (2) opérée par quelques glandes environnantes. Mais aux causes plus fréquentes appartiennent d'abord les convulsions, qui donnent lieu à des crispations, lesquelles se propagent jusqu'à l'origine des petites branches du conduit hépatique, les rétrécissent et les bouchent à raison de leur extrême étroit tesse. Quoique cet effet ne puisse pas tomber sous les sens, cependant il est si conforme à la raison, que je l'admets facilement pour expliquer ces ictères qui sont produits par des affections vives de l'âme, ou par des douleurs. Il est aussi des hommes très-savans qui expliquent ainsi l'ictère qui a pour cause le venin de la vipère, opinion que je ne rejette point, pourvu toutefois que les excrémens du ventre soient alors blanchâtres, comme la forte constriction de l'orifice du conduit commun qu'ils supposent d'après les convulsions, l'exige absolument; que si les excrémens continuent à être plus jaunes, je persisterai à concevoir le phénomène de la manière que j'ai exposée un peu plus haut''(3), avant de parler d'aucun embarras des voies.

Ensuite il faut compter parmi les causes plus fréquentes les obstructions qui surviennent dans d'autres vaisseaux, et dans les conduits biliaires,

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(i)Obs. 16.

DE l'ictère et des CALCULS BILIAIKES. B2J

que je veux surtout considérer ici, soit que l'obslruction soit produite par certaines petites parties trop épaisses et trop visqueuses sécrétées avec la bile, ou par des calculs nés de ces parties et de la bile, d'où résulte l'engouement des branches du conduit hépatique, ou du tronc même de ce conduit, ou du conduit commun. Je n'ai pas nommé le conduit cystique, parce que son obstruction ne peut point par elle-même empêcher le passage de la bile du foie dans les intestins, quoiqu'il y ait eu beaucoup de médecins dans les temps antérieurs , et qu'il y en ait quelques-uns de nos jours , qui, malgré l'avertissement de Wepfer (i) qui dit que le col de la vésicule biliaire étant obstrué y il ne s'ensuit pas un ictère ^ à moins que le conduit cornmun ne soit également obstrué y ont pensé que les hommes devenaient ictériques par un calcul arrêté non-seulement dans le conduit cystique, mais encore dans la vésicule. Pour que vous compreniez très-bien ce qu'il faut penser de cette opinion, tout le reste de cette Lettre (or ce reste renferme un très-grand nombre d'objets) traitera des calculs biliaires , puisque ce que j'ai dit jusqu'ici peut vous suffire pourpoursuivre la plupart des autres causes de l'ictère, et en même temps pour ouvrir la voie à ce que je vais écrire sur ces calculs situés dans le foie, ou hors du foie.

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