DE L^ICTÈIIE ET DES CALCULS BILIAIRES
assez considérable en raison de leur grosseur, et d'autant plus considérable qu'ils étaient |3lus gros, que cette partie était remplie d'une bile molle et humide, et que par conséquent tant s'en faut qu'il ne assez grande portion intérieure de chaque calcul en particulier soit composée de ces couches, qu'il faut chercher comment la bile peut passer en dedans à travers ces couches déjà solides. Vous comprendrez encore d'autres choses que j'omets ici à dessein; par exemple, vous verrez que les calculs cuboïdes que j'ai coupés, ne sont pas composés d'autres calculs très-petits de la même figure, mais, comme ceux dont je parle, d'une bile placée par couches , que ces couches sont souvent d'une couleur différente , et quelquefois d'une couleur qui varie alternativement, et qu'enfin assez fréquemment elles paraissent composées de petites lignes très-serrées dirigées vers le centre. ''
a3. Cette direction des petites lignes rappelle maintenant à ma mémoire une certaine structure propre à ces calculs, et qui diffère de celle que Kentmann a proposée. En effet, non -seulement ces petites lignes très -serrées que je disais tout à l'heure exister dans chaque couche, ont été sans doute remarquées aussi par d'autres avant moi, comme par Maur. Hoffmann (i) , puisqu'il a décrit des CdXcxxXs formés pour ainsi dire de lames striées ^ mais encore on a vu quelquefois des lignes qui
(i) Eph. N. C.^ cent. () et lo^ appencl. \, obs. 35.
Bj'l TREJVTE-SEPTIÈME LETTRE*
étaient beaucoup plus évidentes, qui s'étendaient par un trajet non interrompu du centre même à la circonférence, comme Baeumlin (i) qui a observé sur des calculs qui avaient, à ce qu'il dit, un très-grand rapport pour Tordre des couleurs avec quelques-uns que j'ai décrits, des espèces de pointes salines qui se portaient par ^/ne^ du centre à la périphérie; en sorte qu'ils paraissaient moins formés àQ petites lames que de stries. C'est ainsi également que Trew (2) assure o^ il ne put trouver aucune structure lamelleuse sur un autre calcul, tandis qu'o/^ voyait plutôt des rayons qui du centre se portaient pour ainsi dire à la périphérie ^ mais confusément , ce que confirme le dessin (3) qu'il a ajouté à cette description. D'ailleurs Maur. Reverhorst (4), pour ne point passer sous silence ceux qui ont écrit antérieurement, ayant dessiné les sections d'un ou de deux calculs pris parmi un grand nombre qu'il avait retirés de la vésicule d'un vieillard, représente dans l'une de ces sections une écorce circulaire, et dans. toutes les deux des lignes assez grosses qui du centre se portent en rayons vers la périphérie. D'un autre côté, J. B. Contulus (5) qui a donné des dessins (quels qu'ils soient du reste)
(1) Commerc. liu.^ a. 1743, hebd. 28, n. 2
(2) Ibicl. , hebd. 36 ^ n. 4.
(3)Tab. I, fig. 26.
(4) Dissert, de mot. bil.^ tab. 2^ fig. 3.
(5) De lapidib. , etc., c. 11.
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 5j3
de calculs trouvés dans la même vésicule, et entre autres d'une pierre qu'il y observa lui-même, et qui était diaphane à ses extrémités y représente aussi, à ce qu'il paraît, la section d'un autre calcul tiré de je ne sais où, section dans laquelle on voit bien plusieurs couches circulaires, mais où l'on remarqua un bien plus grand nombre de lignes qui s'étendent du centre à la circonférence.
Au reste, je me souviens de la description que Malpighi (i) a faite d'une espèce particulière de calculs qu'il croyait formés d'une substance mu^ queuse qui imiterait le suK^on , ou mieux le camphre. Il dit donc qu'i'/^ sont d'une structure étonnante; car ils imitent la pierre de Judée par leur forme ^ et ils sont composés de petites lames intérieures^ élégantes ^ qui se portent de la périphérie au centre ^ et qui se séparent facilement les unes des autres. Mais quoiqu'il pensât que ces calculs se développent dans le foie et dans son pore (par la raison, je crois, qu'il avait appris qu'une pierre de cette espèce , que son ami Bonfigli conservait, avait été trouvée en Allemagne dans le foie d'un homme noble) , cependant il ne pouvait pas savoir d'une manière certaine si un autre calcul de la même espèce, qu'il écrit avoir vu lui-même et qu'une dame de sa çoDiiaissance as^ait rendu par le ventre après de grandes douleurs et une longue ictéricie ^ s'était formé dans ce viscère. En effet, je ferai voir plus
' «Il I . I «c III III I ■■■ II» I. Wi II I I» Mil ji r ■.
(i) Op. poslb.
bas (i) que certains calculs qui venaient sans aucun doute de la vésicule du fiel ont été rendus aussi par le siège, et il est évident d'après ce qui a été dit qu'il s'en forme également quelquefois dans cet organe avec une structure analogue, ce qui va d'ailleurs être prouvé immédiatement par d'autres observations. Car ce calcul transparent de Vater que j'ai cité plus haut (2), non-seulement avait sur sa surface des stries salines trèslénues et brillantes, mais encore // en était formé; ou si par hasard il y a quelque doute pour celui-là , il n'y en aura certainement pas dans la description et dans les dessins des deux que j'ai indiqués (3) d'après Morand; car l'un et l'autre avaient de petites lames brillantes ou transparentes, l'un avec des couches environnantes, Fautre sans couches, et ces lames se portaient en rayons du centre à la circonférence. De plus dernièrement l'illustre de Haller (4) en a décrit d'autres qui étaient hrillans comme du cristal et à demi transparens ^ et la substance interne de l'un d'eux, qui se rompit spontanément, brillait comme la sélénite^ s'é-tendait en rayons de son centre jaune vers Vécorce extérieure ^ et était formée de croûtes et de petites lames; les autres plus petits étaient également
(i) JldcL
(4) Opusc. palliul.^ obs. 33^ liist. 7
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 5^5
lamelleuxj et hrillans à V intérieur comme la sélé^ ni te.
24. Toutes ces observations, jointes à d'autres que j'ai citées plus haut (i) sur les calculs brillans et transparens de la vésicule, vous porteront facilement à soupçonner que la plupart des calculs qui ont été rendus par le ventre, ont été jugés avec trop de précipitation comme appartenant, non pas à la vésicule, mais à l'estomac et aux intestins 5 par la raison qu'ils semblaient trop s'éloigner de la nature plus connue des calculs cystiques et de leur structure. Le premier qui se présente est celui que Donatus (2) a décrit d'après Cornélius Gemma, et qui offrait à V intérieur une substance transparente comme du verre très-pur ou du cristal^ et composée d' un grand nombre de stries et de rayons qui se réunissaient à un centre commun. Ce qui semble s'opposer au soupçon dont je parle , c'est qu'il éXdàl très-gros. Mais outre que je ferai voir plus bas (3) combien peuvent se dilater les conduits biliaires, et même combien ils ont été trouvés dilatés, croyez avec Gemma d'après une douleur et une tension de longue durée qui avaient leur siège à la région iliaque droite sous les fausses côtes, noti pas qu'il se forma dans l'intestin coecum, comme il le pensait lui-même, mais qn'y
(2) Cap. 3o, cit. suprà, ad n. i5
ayant pris pendant son séjonr cette autre substance extérieure en partie brune et en partie noire, ce fut là qu'il parvint à ce volume. Croyez également que c'est de la même manière qu'un autre gros calcul dont Bezoldus (i) donne la description et le dessin , augmenta de volume en chemin par l'addition de certaines couches, qui se trouvaient bien moins nombreuses là où s'était formé le noyau qui était comme du cristal ^ et que les desrsins semblent assez bien représenter avec quelques stries dirigées du centre à la circonférence. Or la déjection de ce calcul avait été précédée de douleurs de bien plus longue durée dans l'hypochondre droit , et Bezoldus (2) ne pense pas qu'il ne soit pas possible qu'il vînt de la vésicule du fiel. Quant aux deux observations qu'il ajoute et qui sont relatives à l'évacuation de deux calculs, l'un grand, et l'autre plus petit, vous établirez vous-même ce que vous voudrez. En effet, la première n'indique aucun siège positif d'une ancienne douleur dans le ventre , et la seconde ne fait mention d'aucune douleur. Cependant, lorsque vous aurez lu qu'il est question dans celle-là d'un calcul dont la substance intérieure brillante présentait des cercles véritables entrecoupés de stries^ et que vous aurez jeté les yeux sur les dessins (3) de l'obser*-
(i) Disp. de cholelitho, cas. 2 et fig. 2 et 3.
(2) IbicL, n. 7.
(3) Eph. N. C, dec. i^ a. 9^ obs. 90, f\^, 3 et /|.
DE L'rCTÈRE ET DES CALCULS BILIAIRES. 577
valeur, le père de Schroecke, qui s'accordent avec cette description^ peut-être n'exclurez-vous même pas ce calcul de votre soupçon. Pour le pelit, sur* lequel vous ne trouverez pas plus de détails dans Fauteur Brechtfeld (i) que dans Bezoldus,Morsque vous chercherez par hasard si quand il fut rendu par la femme (les trois premiers, et celui que Malpighi (2) vit, furent également rendus par des femmes), elle était vieille, comme nous savons que ces trois l'étaient, suffira- t-il pour vous qu'il fût blanchâtre et brillant comme du cristal intérieur rement ^ en pensant que dans une description trop succincte on a pu facilement omettre la structure , qui peut-être aurait paru telle qu'elle a été décrite dans les derniers, et telle qu'on aurait pu la trouver dans d'autres également transparçns que j'ai cités plus haut (3), s'ils avaient été brisés.
Mais pour ne point vous livrer trop facilement à des soupçons, rappelez-vous d'un autre côté une observation (4) du célèbre Chomel qui trouva sur une dame décrépite un petit sac formé par le relâchement des tuniques de l'intestin duodénum, et rempli de beaucoup de calculs, que vous regarderez sans doute comme biliaires si vous lisez la description de ce qu'ils présentèrent à l'examen
(i) In Act. med. Flafn.,, vol. i, obs. loo.
(2) Suprà, n. 23.
(4) Hist. de l'Acad. Roy. des Se, ann. 17 10, obs. anat. 3,
578 TREJVTE-SEPTIÈME LETTRE.
extérieur, et si vous savez en même temps qu^il^ étaient composés intérieurement de couches circulaires, et plus près du centre de stries qui formaient des rayons, et au milieu desquelles étaient parsemées des parcelles blanches et brillantes. Et cependant il est nécessaire que vous admettiez avec Cliomel qu'ils s'étaient développés dans le même intestin, à moins que vous n'aimiez mieux par hasard l'une des deux explications dont je vais parler. Ou bien ce petit sac communiquait avec le conduit commun de la bile à l'endroit où celuici se porte obliquement entre les tuniques de cet intestin, et reçut par lui d'abord un calcul, et puis d'autres qui auront relâché les membranes par l'augmentation de leur poids; ou bien ce premier calcul ausshôt après être passé du conduit dans l'intestin , s'arrêta dans ce dernier par une cause quelconque, et prépara le petit sac pour lui et pour ceux qui le suivirent, en surchargeant les tuniques, et en les poussant en dehors et en bas. Mais bien que vous pussiez peut être confirmer Tune et l'autre explication , la première par l'exemple d'un petit sac dans lequel étaient des calculs de la même espèce que ceux qui se trouvaient dans la vésicule, et qui fut observé par l'habile Galeati (i) à l'endroit où le conduit commun de la bile était déjà parvenu près de son extrémité, et la seconde par l'autorité de Chomel lui-même,
(1) Comment. (leBonon. ^ Se, Inst. , t 3, inter medica.
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. S79
puisqu'il rapporte la formation de son petit sac au calcul développé dans l'intestin duodénum, de la même manière que vous l'attribuez au calcul tombé dans cet intestin; bien, dis-je, que vous pussiez peut-être dire cela, cependant je ne voudrais pas que vous parussiez vous livrer trop facilement à des soupçons.
25. Plût à Dieu que ce que Reverhorst (i) a pensé, et qui est sans contredit utile pour distinguer les calculs Cystiques des calculs des intestins^ fût entièrement satisfaisant! Vépreus>e de ces calculs, dit-il, jjour savoir si ce sont réellement deà calculs de la vésicule du fiel ^ ou non, consiste nonseulement en ce que approchés du feu ils s' enflamment, mais encore en ce que jetés dans Veau ils ne gagnent point le fond ^ rnais surnagent à raison des petites parties huileuses de la bile, qui composent ces calculs. Mais pour ne pas chercher ici relativement aux autres calculs biliaires, s'ils sont dis-^ tingués par là des calculs cystiques, il est certaiii que Bidloo (2) ayant écrit peu d'années après que les calculs formés de bile nagent sur Veau^ et sont inflammables au feu , quelles que soient leur couleur, leur forme et leur grosseur^ ajouta immédiatement, mais le plus souvent; addition à laquelle je ne sais pas trop si quelqu'un des auteurs nombreux qui ont rapporté ou cité ces paroles a fait attention;
(1) Diss. de mot. bil. , %. 57.
(2) Vindic. contra Ruysch.
68o TRENTE-J^EPTIÈME LETTRE.
quant à moi , j'avoue que je ne l'avais point remat" quée avant ce moment.
En outre, pour parler d'abord de la légèreté des calculs me réservant de traiter ensuite de leur in-' flammahilité ^ Scheffel (i) avertit que Reverhorst est réfuté ^2iX Valentini qui dit dun côté quuii calcul de cette espèce ne nage pas sur Veau^ et d'un autre côté que les égagropiles nagent sur l'eau, bien quils ne se forment pas dans la vésicule. D'ailleurs je lis que Ott. HSurnius (2) rapporta plusieurs années avant tous ces auteurs, qu'il avait trouvé luimême dans la vésicule du fiel trois calculs qui jetés dans Veau ne nagèrent pas , comme quelquesuns écrivent que cela a lieu, mais s'enfoncèrent. Il désignait par là les écrivains que j'ai nommés ailleurs (3), Fernel, Riolan, et d'autres, parmi lesquels se trouvait aussi Houllier (4). L'opinion de ces auteurs et de Reverhorst continua néanmoins à être suivie pendant long-temps, même par des hommes du premier mérite , parmi lesquels il suffit de nommer Ruysch (5), et de Berger (6); et il ne manque pas de médecins qui la suivent encore, en écrivant que ces calculs sans aucune ex-
(1) Diss. de lilhiasi fell. , 5- '4- (7.) Obs. cit. suprà, ad 11. 22,
(3) Animad. ibid, indicata.
(4) De morb. int. , 1. i, schol. ad c. 48.
(5) Thesaur. anal, b, 11. 32.
(6) Physiol. med., 1. i^ c. i\.
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 58 f
ception'^nagent dans l'eau. Effectivement les expériences donnèrent ce résultat à ces écrivains, ainsi qu'à d'autres, soit dans ce temps-là, soit postérieurement, comme à Conrade (i), à Tremel (i), à ïrew (3), aux médecins d'Edimbourg (4), et à quelques-uns encore. Mais elles ne le donnèrent point à d'autres, comme à J.-C. Fabricius (5), ou bien elles ne le donnèrent qu'en partie, comme à Lancisi (6) qui vit dix calculs s'enfoncer dans Veau et dans le vin , et nager dans le vinaigre , et à Weitbrecht (7) qui en trouva un égal nombre qui ayant été jetés dans Veau aussitôt après avoir été retirés de la vésicule, éVàiQnl plus pesans que ce liquide spécifiquement y mais qui se trouvèrent plus légers que lui quand ils furent secs.
Quant à moi, ayant vu descendre dans l'eau d'abord quelques calculs (8), et ensuite un plus grand nombre , je résolus de chercher si l'on pour^ rait rapporter les exceptions à certains chefs déterminés. Mais je compris (9) bientôt qu'on né pouvait pas les rapporter à la couleur. Je cherchai
(1) Eph. N. C.^ dec. 3^ a. 9 et 10, obs. 171, ad n. 7. {2) Act. N. C. , tom. 8, obs. \o, ad d.
(3) Loco indic. supra, ad n. 23.
(4) Cit. suprà, ad n. i3.
(5) Propemptic. , cit. suprà, ad n. i5.
(6) De subit, mort.^ 1. i, c. 20, n. 4-
(7) Cit. supra ^ ad n. 17.
(8) Epist. anat. 1, n. 43.
(9) Ibid.y n. 45;» 4^»
582 TREHTE-SEPTIÈME LETTRE.
donc si elles dépendaient d'ailleurs. 'Toutefois il vous sera aisé de voir d'après les observations que j'ai communiquées (i) à Schroecke, combien la chose est difficile dans cette grande diversité qui existe-, je ne dis pas seulement entre des calculs différens, mais entre les mêmes, avec un changement de temps ou de quelque autre circonstance. Cependant lorsque vous aurez lu une ou deux fois ce que j'ai écrit à ce sujet, vous y apprendrez certaines choses qui ne sont pas inutiles pour empêcher qu'on ne porte des jugemens trop précipités sur le siège où des calculs que Ton a sous les yeux , se sont formés ; vous y trouverez aussi quel* ques objets qui ont été notés ensuite à peu près de la même manière par un médecin illustre, soit qu'il eût lu, ou non, ce que j'avais écrit.
Mais si vous cherchez ce qui fait que parmi ces calculs, les uns nagent, et les autres s'enfoncent; si c'est parce que ceux-là ont plus, et ceux-ci moins de parcelles huileuses, lesquelles ont coutume de surnager (comme nous voyons les huiles et les résines rester sur l'eau de tous côtés), soit que par une certaine figure elles laissent plus d'espaces entre elles, soit par une autre cause quelconque; ou bien si c'est parce que sur les premiers, de quelque matière-qu'ils soient composés, il y a plus (rinlervalles de cette espèce répandus dans leur intérieur que sur les autres, car ces intervalles
(i) Obs. medic. suprà, ad n. 20.
DE l'ictère et des CALCULS BiLlAIRES. 583
seraient remplis d'air, dont le célèbre de Haller (i) croit effectivement d'après une observation de Halesius, qu'une quantité énorme est contenue dans les calculs cystiques : si donc vous faites des recherches à ce sujet, vous ne serez peut-être pas fâché d'apprendre ce que j'ai observé relativement à de petites bulles , que les calculs laissaient échapper, ou qui leur restaient unies dans l'eau, pour voir si par hasard elles contribueraient en quelque chose à expliquer surtout le retour de ceux qui étant d'abord tombés, reviennent bientôt à la partie supérieure, ou font effort pour y revenir. Mais il conviendra de comparer mes observations avec ce que Stancario (2) écrivit autrefois sur les bulles qui sont unies à d'autres corps plongés dans l'eau, et sur la force qu'eiîes ont pour les soulever, et avec les recherches que îe médecin Petit (3) a poursuivies d'une manière beaucoup plus étendue. En lisant ce dernier, vous apprendrez aussi ce que peut la chaleur communiquée à l'eau pour faire que les corps qui nageraient sans cela, descendent; ce qui transporté aux calculs biliaires indique encore une autre cause qui pourrait faire varier les expériences, et qui me porterait à avoir des doutes sur celles que je fis presque toujours dans les temps froids de
(i) Ad Boerh. praelect., §, 25o, n. r. (2) Fid. Yaïiisner. , oper. , t. i/p. Ç. (v3) Mém. de TAcad. Roy. des Se, ann. 1731,
l'année après la publication de la première Lettre Anatomique, si je ne les avais faites dans de l'eau tiède, eX non dans de l'eau bouillante.
26. Quant à la raison pour laquelle ces calculs 3ont inflammables ^ elle est trop évidente pour qu'il soit nécessaire juaintenant de faire des recherches à ce sujet. Je ne me souviens pas qu'on ait fait mention de cette propriété des calculs avant le temps de Cortési (1) qui dit : Il a été reconnu par V expérience que les calculs formés dans le follicule de la bile brûlent comme de la graisse. J'ai fait connaître un peu plus haut (2) celui qui affirma ensuite que cela était commun à tous (ce que quelques-uns semblent croire encore maintenant), et celui qui a averti que cela était vrai seulement le plus souvent. Du reste, j'ai indiqué soit dans les uédversaria (3) et dans cette Lettre Anatomique (4)> soit à la fin de l'autre Lettre que j'ai écrite (5) à Schroecke, quelles variétés j'ai observées dans la combustion de différens calculs, et quels sont ceux que j'ai vus, ou non, prendre feu, l'entretenir et le conserver. Vous comprendrez d'après cela certains objets, et surtout ceci, que ce qu'un auteur trè.s-célèbre de médecine a dit de tous les
(i) Miscell. med. , dec. 2, c. 9.
(3) III, animad. 28.
(5) Obs, iudicata suprà , ad n. ao.
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 585
calculs, même de ceux qui ont uue même nature en apparence, doit être entendu de tous ceux sur lesquels il a.fait Fexpérience, et noii de tous ceux sur lesquels d'autres et moi l'avons faite. C'est que sous la même apparence extérieure peut êlre cachée dans ces différens calculs une différefice dans la nature et dans le nombre des parcelles qui les composent; quelquefois même cette différence n'est pas cachée, si on examine plus attentivement. Il arriva à l'illustre de Haller (i), qui voulut non pas jeter dans Teau, mais approcher d'une flamme, ces calculs si nombreux et si différens qui avaient été retirés d'une vésicule, de les voir tous prendre feu, même les noirs, excepté ceux qu'il appelle calcaires. Mais étaient-ils noirs aussi à l'intérieur? ce qu'il y a de certain, c'est qu'en décrivant des pierres de cette couleur dans les Histoires II, X et XI, il ne parle dans les deux dernières que de la croûte extérieure et de Vécorce qui étaient noires ^ tandis que dans l'autre il dit qu'une couleur jaune bilieuse se manifesta après que la dernière écorce qui était mince et noire eut été erdevée. Vous comprenez donc d'après l'exactitude de la description, que la nature des calculs qui prirent feu dans les expériences de cet auteur, était différente de celle des calculs qui étaient très-noirs non-seulement à l'extérieur, mais encore à l'intérieur, ou qui l'étaient surtout à l'intérieur, et que
(i) Opusc. pathoL, obs. 33,
j'ai écrit n'avoir point pris feu , ou n'avoir pas conservé la flamme. Au reste ce sont principalement les expériences que j'ai faites à ce sujet, qui ont rendu vulgaire la connaissance que certains calculs cystiques ne sont pas inflammables. À ces derniers j'en ai ensuite ajouté d'autres, quoiqu'ils ne fussent pas noirs; mais il n'est pas nécessaire de les rappeler ici.
27. Après avoir parlé aussi longuement de ces calculs dans le but surtout de les distinguer quand ils sont sortis du corps, je dois en traiter maintenant pour les reconnaître , s'il est possible , lorsqu'ils sont cachés dans leur vésicule, de crainte que vous ne croyiez peut-être que j'ai oublié par où je suis entré dans cette matière. J'y suis donc entré en blâmant celui qui avait prononcé qu'un ictère opiniâtre, ou en récidive, était un signe certain de ces calculs. Combien a agi avec plus de prudence Fernel (i), qui n'a dit rien autre chose, si ce n'est qu'o^z doit les soupçonner dans ce cas; toutefois il les admettait surtout quand les deux conduits de la vésicule, c'est-à-dire le conduit hépatique et le conduit commun (2) étaient obstrués. Que si l'on ne peut pas dire qu'un ictère, n)ême de cette espèce, soit un signe certain de calculs cystiques, combien se seront trompés ceux qui
(i) Patholog., 1.6, c. 5.
(2) Fid. ejusd. physiolog. , 1. i, c. 7; vid. etiam infrà,, n. 33.
DE l'icteiie et des calculs biliaires. 587 ont cru que ces calculs ne pouvaient pas exister sans ictère! Pour détruire entièrement cette opi- ^ nion qui survit encore dans l'esprit de certains médecins, je puis affirmer comme une chose certaine qu'ayant trouvé moi-même des pierres dans la vésicule sur dix-neuf sujets, et que Valsalva eu ayant vu sur quatre, pas un de tous ces individus ne fut affecté d'ictère. Mais comme trois des observations de mon maître et un égal nombre de moi appartiennent à des Lettres qui doivent être écrites (i) plus bas, vous pourrez voir de nouveau en attendant les quatorze histoires que je vous ai envoyées dans d'autres (2), et les réunir aux trois que je vais rapporter immédiatement.
28. Une vieille femme, pauvre, s'était frappé violemment la tête en tombant. Toutes ses plaintes portèrent uniquement sur cette partie, tant qu'elle vécut ; or elle vécut un assez grand nombre de jours, jusqu'à ce qu'elle s'éteignit insensiblement. Elle ne présenta aucune inégalité dans le pouls, ni aucun vestige d'ictère. Ce que je remarquai dans le cœur et dans la vésicule du fiel tout en m'occujpant d'autre chose, fera voir pourquoi je note
(1) Fid, Epist. 38, n. 20 ; Epist. 49, n. 2 ; Epist. 56, n. 7. 9, 3i ; Epist. 57, n. 10.
(2) F'id, Epist. 3, n. 4; Epist. 4, n. i3; Epist. 5, u. G et 19 ; Epist. 2 1 , n. 3 ^ 3o et 36 ; Epist. 24 ^ n. 1 6 ; Epîst. 26 , n. 21 ; Epist. 27, n. 2; Epist. 3ô, u. 14 ; Epist. 34, tï. i5; ppist. 35, n. 16 - Epist. 36, n. 4,
588 TRENTï:- SEPTIÈME LETTRE.
ces deux circonstances. Car je ne disséquai pas le cadavre pour reconnaître les lésions produites par le coup.
Examen du cadavre. Le corps était gras, et cependant la peau était très-rude. Dans la poitrine, je ne vis rien de remarquable; car quelques-uns de ceux qui se trouvaient là par hasard , pensèrent autrement que moi relativement à une concrétion polypeuse que nous trouvâmes dans l'oreillette droite du cœur, et qui était blanchâtre, et assez résistante quand on essayait de la dissoudre avec la main; comme si nous ne voyions pas souvent • une couenne de cette espèce au-dessus du sang coagulé qu'on a tiré de la veine, ou comme si cette femme eût eu le pouls inégal, symptôme que ces médecins avaient coutume de rapporter à des polypes. Dans le ventre, Testomac paraissait presque double, tant il se contractait avant d'arriver à l'antre du pylore. La vésicule biliaire était à demi pleine de bile d'un jaune aussi vif que celui de l'orpiment; elle avait communiqué cette couleur à tout le voisinage. Dans cette bile étaient dix calculs d'une grosseur différente, mais aucun n'était petit. Les autres objets appartenant à ces calculs, vous les lirez dans ma Lettre à Schroecke (i); car cette femme est celle dont j'ai parlé en troisième lieu dans cette Lettre, en indiquant où et quand je la disséquai. Vous pourrez y voir les mêmes in-
(i) Vid, in Act. N. C, tom. 2, obs. 167.
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIllES. 58g
dications relatives à une autre femme , dont je vais décrire immédiatement le reste de l'histoire; car c'est celle dont il a été question en premier lieu dans la même Lettre.
2g, Une femme un peu moins âgée que la pré-* cédente, et parvenue cependant à près de soixante ans, d'un teint qui non-seulement ne paraissait pas ictérique, mais encore était excellent, adonnée au vin, et mariée sept fois, ne s'était plaint d'aucune autre maladie que de celle dont elle mourut , c'est-à-dire d'une inflammation de la poitrine. Je la disséquai, non pas à cause de sa maladie, mais pour examiner les viscères du ventre, et elle présenta dans les parties génitales , mais surtout dans la vésicule de la bile, quelques objets qui ne sont pas indignes d être transcrits ici.
Examen du cadavre. L'utérus offrit extérieurement à la partie la plus élevée de son fond, un tubercule de la forme et de la grosseur d'une petite noisette, proéminent en partie, et en partie caché dans la substance de ce viscère, d'une dureté squirrheuse, d'une couleur blanche en dedans et en dehors, et composé de petites parties variées qui représentaient jusqu'à un certain point des cellules contractées sur elles-mêmes. Mais dans la cavité de l'utérus, il s'élevait de la partie antérieure moyenne de son fond une excroissance molle et presque gélatineuse. D'ailleurs, bien que les ovaires fussent amaigris et très-petits, comme l'âge le comportait, cependant le col de l'utérus
590 TREÎVTli-SEPTliME LETTRE.
et le vagin se présentèrent dans un état autre que celui qu'on se serait attendu de voir sur une femme qui avait été mariée à sept hommes. En effet, il existait encore alors dans le vagin beaucoup de rides qui s'étendaient même jusqu'au milieu de sa longueur, tandis que la figure du col approchait de celle de cette partie chez une vierge, et que les valvules étaient conservées à Tun des côtés; en sorte que je crus qu'elle avait été mère d'un très-petit nombre d'enfans, ce que confirmaient de petites rides situées au bas de l'abdomen. Pour ce qui regarde la vésicule du fiel, quoiqu'elle fût beaucoup trop courte comparativement à la grosseur du foie (car son fond n'arrivait pas au bord de ce viscère, d'où il était même distant de près de deux doigts), qui du reste était sain, cependant avec une bile peu abondante et jaune, elle contenait au moins trois cent trente calculs^ dont une très-grande partie étaient petits , comme l'indique suffisamment par elle-même la brièveté de l'organe, dont il a été parlé. Quant aux autres observations faites sur ces calculs, il a été dit un peu plus haut (1) dans quelle Lettre je les ai décrites; quoique les ouvriers aient fait des fautes nombreuses et graves dans l'impression de cette Lettre, et qu'ils aient omis plus d'uîie ligne entière précisément dans cette partie. Outre ce grand nonibre de calculs que j'ai indiqués et qui occu-
niî l'ictère et des calculs biliaires. Bgi paient Ja cavité de lâ vésicule, j'en mis à découvert avec le scalpel un qui était caché entre les tuniques, et qui ressemblait parfaitement par sa couleur noire et par sa petitesse, à ceux que j'ai dit plus haut (i) avoir trouvés moi-même d'autres fois dans les glandes de la vésicule; cependant ici l'orifice de la glande n'était pas ouvert d'une manière aussi évidente.
3o. Un cordonnier très-vieux, et partant déjà presque tout-à-fait édenté, étant mort de vieillesse et d'un catarrhe en deux ou trois jours, sans fièvre, à ce que l'on disait, et certainement sans ictère, comme la blancheur de la peau le prouvait évidemment, son cadavre fut transporté au gymnase sur la fin de janvier , pendant que je faisais le cours d'anatomie Tan 1744- En conséquence, comme il y fut disséqué tout entier avec soin, je rapporterai ici ce que je remarquai contre nature, en commençant par ce qui fut observé en dernier lieu.
Examen du cadavre, La voûte du crâne ayant été enlevée avec difficulté parce qu'elle était trèsétroitement adhérente à la dure- mère, au point que la lame externe de celle-ci resta attachée à los du front, le cerveau ainsi que le cervelet furent trouvés ramollis et brunâtres dans la substance médullaire; les trois ventricules du premier étaient ^ remplis d'une eau transparente et pure; les plexus rchoroïdes étaient pâles; la glande pinéale disten-
5gi TRENTE -SEPTIÈME LETTRE*
due par une huineur qui paraissait aqueuse, et qui la rendait Irès^molle, avait la forme et la grosseur d'un grain de raisin médiocre; mais la glande pituitaire, examinée par la partie supérieure, par.aissait contractée et affaissée. Bien que les troncs et les branches des artères qui se portent à traveFS la base du cerveau, ne fussent pas distendus par du sang comme les vaisseaux sanguins de l'intérieur des ventricules, el qu'ils se trouvassent même •vides, cependant ils paraissaient plus gros que dans l'état naturel.
Dans la cavité delà poitrine, il y avait une quantité médiocre d'eau trouble et brune. Les poumons tombaient vers le dos , parce qu'ils étaient presque entièrement séparés de la plèr^vre. Comme le cœur était fort ample, de mênie le tronc de l'aorte était fort gros. D'ailleurs les valvules attachées aux digues de cette artère, comme Valsaiva les appelait, étaient ossifiées, et même un côté de l'une d'elles était composé d'une écaille osseuse. Mais tandis qu'une coideur blanche se propageait dans tout le tronc de l'aorte et dans ses branches iliaques, et qu'il se présentait çà et là beaucoup plus de ces taches que de lames osseuses, je vis une de ces lames à la courbure, et une autre près de la troisième paire lombaire; Tune et l'autre n'étaient pas très-petites, et elles se trouvaient interceptées d'un côté par la membrane interne de l'artère , et de l'autre par les fibres charnues annulaires : il y avait même aussi un os véritable à la
DE l'ictère et des CALCULS BTEIAIRES. 5c)3
division de l'une des iliaques en externe et en interne. En outre, tandis que le tronc même de Taorte commençait à se fléchir du côté gauche au-dessus des émulgentes, et à revenir de nouveau à droite avant de fournir les iliaques, le même vice s'étendait dans ces dernières, au point qu'elles ressemblaient presque à l'artère splénique par leurs nombreuses flexuosités. Mais de plus, les carotides et les vertébrales n'étaient pas tout-à-fait exemptes de ce même vice. Ces flexuosités qui existaient aussi dans les branches, firent que je n'attribuai pas entièrement la courbure du tronc décrite tout à rheure, à des exostoses continués des vertèbres lombaires, qui se comportaient de la manière suivante. Tous les ligamens épais qui sont interposés entre les corps de ces vertèbres, à l'exception de celui d'en bas, proéminaient tellement comme des bulles d'air par leur face antérieure, surtout sur les deux côtés, que ces proéminences, droites et gauches, égalaient presque le travers du petit doigt. Toutes celles du côté gauche étaient osseuses; est-ce parce qu'elles avaient commencé avant celles du côté droit? Quant à ces dernières, il n'y avait que celle qui répondait à l'intervalle qui existait entre la troisième et la quatrième vertèbre, qui parût être ossifiée, et cependant elle ne l'était pas; mais la lame osseuse qui formait la surface du corps de la quatrième vertèbre, s'élevait de ce corps, et en s'élevant ainsi elle s'étendait en haut g: et couvrait cette proéminence d'une V. 38
594 TRENTE-SEPTIÈME LETTUE.
croûte osseuse, au-dessous de laquelle était conservée la nature du ligament proéminent. Quand j'eus coupé en travers avec le grattoir une de ces proéminences du côté gauche, et que j'eus incisé ]e ligament continu avec le scalpel, les lignes concentriques se montrèrent bien là où elles sont ordinairement, mais tout était teint d'une couleur livide et comme cendrée.
Enfin les autres objets qui appartiennent au ventre donnèrent lieu aux observations suivantes. L'épiploon était attaché à droite soit avec la partie du colon qui est très-proche du commencement de cet intestin , soit avec les intestins grêles voisins de cette partie, et avec le péritoine. L'estomac non-seulement était trop étroit, mais encore avait une figure peu naturelle. D'ailleurs l'anneau du pylore était légèrement tuméfié en deux endroits. Près de Tautre orifice il s'élevait dans l'intérieur de l'estomac une espèce de glande arrondie et petite, qui après sa dissection fut reconnue pour une tumetn^ cyslique; car elle était bien composée d'une substance blanche , ferme et réunie en un seul corps de la même forme qu'une glande, mais cç corps put très-facilement se séparer de la petite membrane qui le contenait. I/ori- (jce de l'estomac voisin de cette tumeur, c'est-àdire le cardia, était très-ample. L'œsophage qui se continue avec lui l'était également au moins à la hauteur de quatre doigts au-dessus de l'estoanac, et dans tout ce trajet il se trouvait intérieu-
DE L ICTKRE ET DKS CALCULS BILIAIRES. DqS
lement plus rouge que dans tout le reste de son étendue. Je remarquai même que le trou ouvert dans le diaphragme pour le laisser passer, était beaucoup plus grand qu'à l'ordinaire, surtout en largeur, et se terminait à son extrémité supérieure par une ligne droite transversale, et non par un angle. En examinant avec plus Ae soin la partie de l'épiploon qui est attachée à l'estomac, je vis à gauche, non loin du fond de ce dernier viscère, une espèce de petite rate comme une glande, qui recevait de petits vaisseaux sanguins de l'épiploon dans lequel elle se trouvait, qui était parfaitement semblable à la rate par sa couleur, par sa tunique, par la manière d'être de sa substance, si ce n'est que celle-ci était un peu trop humide, et qui avait une forme et une grosseur telles, qu'on pouvait la comparer avec la rate d'une poule moyenne. Outre cette rate, il yen avait une autre qui était saine, et qui répondait au volume naturel ou plutôt un peu trop petit du foie , lequel était également sain. Dans la vésicule du fiel il y avait avec une bile peu abondante et visqueuse^ six ou sept calculs qui n'étaient pas petits, et dont le plus gros ne l'était pas moins qu'un grain de raisin médiocre; ils étaient presque arrondis, et cependant leur surface était inégale comme si d'autres très-pelits leur étaient adhérens. Si l'on fait abstraction de quelques points très-petits d'une couleur jaunâtre qui étaient épars çà et là sur leur surface, tous étaient très noirs en dedans et en dehors, êtres-
596 TREIVTE-SEPTIÈ3IE LETTRE.
semblaient à du charbon non-seulement par la couleur, mais encore par la substance elle-même. Après qu'ils furent secs, la plupart se séparèrent creux-mêmes en fragmens. Au reste , bien qu'ils eussent paru légers auparavant, ceux qui furent jetés dans l'eau gagnèrent aussitôt le fond; et ceux qui furent approchés d'une flamme ne prirent feu en aucune manière, et ne purent se liquéfier dans aucune de leurs parties. Un des plus petits se trouvait là où la vésicule se contracte déjà pour former le conduit, et cependant il ne s'était pas opposé à la sortie de la bile, comme je m'en assurai en comprimant la vésicule avant de l'inciser. Enfin, comme il n'y avait rien de remarquable dans les reins, la vessie urinaire fut ouverte, et à sa face postérieure au-dessus de son orifice se présenta une protubérance blanche, semblable à une petite poire renversée, un peu plus grosse que ne l'était la caroncule séminale, jusqu'à laquelle elle se prolongeait par sa partie basse qui se contractait en une ligne petite et légère, et qui formant une saillie dans le commencement de l'urètre, se continuait avec la glande prostate; en sorte que comme elle était de la même substance que cette glande, il ne parut douteux à aucun des assistans, qui étaient exercés aux dissections de ces parties, qu'elle n'en fut une excroissance.
3r. Plut à Dieu que de même que j'ai noté les objets contre nature qui existaient par tout le
"DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 697
corps de ce vieillard , dans le but du moins de ne pas vous laisser ignorer des causes de maladies peut-être assez graves qui peuvent quelquefois élre cachées, de même je n'ignorasse pas quels effets avaient été produits par la plupart d'entre elles pendant la vie du sujet! Mais il suffit de savoir pour le moment que quoique cet homme eût ces calculs dans la vésicule, il ne fut cependant pas ictérique, pas plus que les femmes dont les histoires ont été décrites, et tant d'autres sujets cités plus haut (i). Que s'il n'était arrivé qu'à moi de faire cette observation, je permettrais volontiers à ceux qui professent encore l'opinion contraire, de la négliger ou de la dissimuler. Mais outre des observations analogues d'hommes trèsgraves, que j'ai rapportées ailleurs (2), et celles de Valsai va que j'ai indiquées (3), il en existe encore tant d'autres, que je désespère de pouvoir les énumérer toutes. Qu'il suffise donc d'en ajouter quelques-unes à ces premières.
Lœlius à Fonte (4) écrit que la vésicule du fiel d'un vieux évêque était remplie de pierres lisses ^ et que néanmoins il ri as^ ait jamais été affecté d'une ictéricie, Pechlin (5) affirme absolument la même
[%) Episl. anat. i, n. 5o, 5i.
(3) Suprà, n. 27.
(4) Consult. med. iSg in fin.
(5) Apud Scheffel. diss. suprà^ ad n. i3 cit., §. i5.
SqS TilENTK-SFPTlÈME LI-TTRK.
chose relativement à une vieille femme, ainsi qu'Etîmûller (i) à l'égard d'une autre femme qui fut condamnée à mort à Leipsick, et qui portait dans le follicule du fiel des pierres nombreuses , grandes et petites. D'un autre côté, Vallisnieri (2) rapporte qu'il trouva sur les cadavres de plusieurs sujets qui n'avaient yV/^;?^/^ été ictériques, tantôt plusieurs calculs biliaires, tantôt un seul qui était volumineux. Vous pourrez voir d'ailleurs par vousmême combien Baeumlin (3) en trouva dans la vésicule d'une femme sur laquelle il n'avait rien paru d'ictérique^ combien Fabricius (4) en rencontra sur une autre femme qui éUiii saine ou jugemeîit des sens, et enfin combien de Haller (5) en observa sur une troisième c\\ù paraissait très-saine ^ ainsi que sur une vieille femme chez laquelle il n'avait existé aucuns signes d'ictère. Au reste vous ne soupçonnerez pas que dans tant d'autres histoires de ce dernier auteur où il n'est point fait mention d'ictère, cette affection ne manquait peutêtre pas, quand vous remarquerez qu'il écrit à l'endroit où il fait le résumé (6) de ces observations, c\\\il est constant par son expérience que ces calculs existent la plupart du temps sans ictère,
( i) Prax. , 1. !, s. I 7, c. 3^ art. 4.
(2) Aclnot. cit. sLiprà, ad n. i3.
(3) Loc. indicat. suprà^ ad n. i3.
(4) Ihld.
(5) Opusc. ])al}iol. , obs. 33, hist. 7 et 1 1.
(6) IhicL , hist. 10,
DE L ICTÈRE ET DES CALCULS BILIAIRES. 5g9
Je passe à desscia sous silence d'autres auteurs, et entre autres Vater (i), parce qu'il faudrait ajouter à ceux que j'ai nommés, non-seulement ceux que je citerai plus bas (a) et qui affirment n'avoir vu absolument aucune affection coexister avec ces calculs, mais encore ceux qui tout en décrivant d'autres incommodités, ou en parlant de ceux sur lesquels il exista des calculs cystiques,pnt entièrement omis l'ictère, maladie qui aurait frappé les regards d'elle-même. Et ne croyez pas que ces écrivains se bornent à Rêverhost(3),àContulus(4),àRiedlin(5),àHoffmann(6), à Bassins (7), et à d'autres plus modernes; feuilletez seulement le Sepulchretum ^ vous y trouverez Jes noms de Bonet (8), Morton(9), Greiselius (10), Keutmann (i i), Huldedreich (12), Cnoffel (i3), et d'autres; car je n'ai pas le temps de citer en parti-
(i) Diss. suprà, ad n. 16 cit. , thés. g.
(2) N. 38et seq.
(3) Diss. suprà cit. , ad n. 16.
(4) Loc. suprà, ad n. 23 cit., c. 25.
(5) Eph. N. C. , cent. 3 , obs. 45.
(6) Cap. suprà, ad n. i5 cit., obs. 1.
(7) Dec. 4^ obs. anat. 9.
(8) L. 2, s. 4, obs. 35.
(9) S. 7, obs. A3.
(10) Sect. 1 1, obs. 16.
(i 1) L. 3, s. 7, obs. 33.
(12) S. i4j, obs. 36.
(j3) s. 17, obs. i4, J. 5.
6oO TIIENTE-SEPTIKME LETTRE.
culier tous ceux dont la lecture m'a empêché de croire qu'ils eussent facilement passé l'ictère sous silence, si les malades en eussent été affectés.
32. Pourquoi donc, dites-vous, d'un autre côté cite-t-on même dans le Sepulchretum le témoignage d'un grand nombre d'auteurs qui ont vu cette maladie coexister avec des calculs cystiques? Ce n'est assurément pas pour que, l'existence de ces corps étant admise, on doive nécessairement admettre celle de l'affection ; car tous auraient vu également cette coexistence. C'est donc pour quelque autre cause. En effet, par exemple, pour ne pas m'élolgner du Sepulchretum ^ vous voyez que dans une observation (i) de Heiwigun ictère coexistait bien avec ces calculs, mais en même temps avec l'altération et la putréf^iction du foie; vous voyez également qu'il y avait des calculs dans les observations de Vésale (si) et de Verzsacha (3), mais en même temps le foie était gros, dur et vert, ou bien squirrheux , jaune et ex sanguin. Quelquefois à la place de ce genre de lésion , il en existe un autre, comme lorsque Becker (4) écrit que des calculs furent trouvés non-seulement dans la vésicule du fiel, mais encore dans les pores cholédoques. D'autres fois ils existent tous deux. C'est ainsi que
(i) Ibid. , sect. 7, in a délit. , obs. 1. (2)8. 18, obs. 8, §. 4? cum obs. 20.
(3) Ibid. in addit. , obs. 6.
(4) Sect. eàd^ obs. 8^ §. i.
DK l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 6o ï
Deoclat (i) et Dobrzensky (2) rapportent non-seulement que le foie était dur, mais encore qu'il existait des calculs en même temps dans la vésicule, et dans ces conduits.
Au reste il n'est pas étonnant que la matière de la bile demeure dans le sang pour produire l'ictère, lorsque le foie ne peut point la sécréter, ou qu'après l'avoir sécrété, il ne peut point s'en débarrasser et faire par là qu'elle n'empêche pas la sécrétion du reste. Or, c'est à ceci que vous comprendriez facilement que doit être rapportée une ancienne observation (3) recueillie sur la mère d'un professeur de Bologne, si elle était décrite en entier. Mais il faut que vous la lisiez deux fois dans une seule et même section, de même que celle de Vésale que j'indiquais un peu plus haut; car qui le croirait au premier abord? c'est cette même observation qui est rapportée encore plus bas (4), comme vous le reconnaîtrez facilement en les comparant entre elles, et avec celle qui a été décrite dans une autre section (5), ou plutôt avec la description de celui par qui elle a été recueillie, c'est-à-dire de Coiter (6). En effet, quoiqu'elle soit
(î) Ibid.y §.10.
(2) S. i6,obs. 5.
(3) S. 18, obs. 8, §. 5.
(4) Ibid, , obs. 25, §. 6.
(5) S. 8, obs. 36.
(6) Obs. anat.
Go2 TRE1VTF.-SEPTIÈ3IE LETTRE.
répétée tant de fois dans le Sepulchretum ^ cependant on y a toujours omis le doute de Fauteur, qui d'ailleurs ne devait nullement être passé sous silence; car il n'a pas écrit, elle avait été affectée d'un ictère; mais, elle a\^ait été affectée d'un ictère^ si je ne me trompe. Vous voy^z donc que si l'on y fait bien attention , les témoignages mis en avant sont infirmés, et que leur nonibre se trouve en même temps diminué, puisque Ton reconnaît que ce qui était un fait particulier est rapporté deux fois comme s'il était double. C'est ainsi que vous trouverez aussi la répétition d'une observation (i) de Timée, ainsi que d'une autre de Guarinoni (2), et peut-être d'autres encore; mais aucune ne vous étonnera plus que celle d'une histoire de Fantoni (3), qui après avoir été rapportée sous le n° 22, l'a été immédiatement après dans la même section sous le n*" 23, avec vlïi changement d'à peine quelques mots.
Au surplus les deux dernières observations appartiennent à w\\ autre genre de lésion qu'à des calculs cystiques coexistant, il est vfai, avec un ictère, mais en même temps avec luie lésion grave du foie , ou avec une obstruction des canaux biliaires, coexistence à laquelle se rapportent les histoires précédentes, ainsi que certaines autres publiées
(i) S. 18, ohs. 8, §. II, et obs. 25, 5. 4* :?.) Ihid. , obs. 33, et in addlt. ^ obs. 5. : -r Sect. eâd.
DE l'ïctère et des Calculs biliaires. 6o3
beaucoup plus récemment. Or si l'on met en avant quelqu'une de ces dernières observations, on pourra aussi l'infirmer facilement d'une autre manière, comme lorsque Vater (i) écrit qu'une dame, dans la vésicule de laquelle il trouva trente calculs, était affectée d'un ictère; car j'avoue le fait, mais en même temps je remarque ce qu'il ajoute immédiatement après, savoir qu'elle fut délivrée de l'ictère pendant environ trois ans, qu'elle jouit pendant vingt d'une santé parfaite, et qu'elle mourut enfin d'une apoplexie. En effet, si elle avait été prise de cet ictère par la seule rai- 3on que des calculs étaient déjà cachés à cette époque dans la vésicule, elle n aurait point passé ensuite sans ictère ce long espace de temps de vingt-trois ans, pendant lesquels ces calculs nonseulement existaient, mais encore grossissaient. Vous ferez aussi une réponse analogue à ceux qui objecteraient les observations de Weitbrecht (2) et de Galeati (3). Car l'un et l'autre trouvèrent des calculs dans la vésicule après un ictère qui avait existé long-temps auparavant; quoique vous pussiez répondre également ceci , que le premier avait rencontré en même temps le foie un peu dur, et que l'autre l'avait trouvé fort dur et rempli de beaucoup de tubercules, pour ne pas parler de
(1) Thés. 9 cit. supra, ad n. 3i.
(a) Cit. sijprà, ad n. 17.
(3) Cit. suprà ^ ad n . 2 1 .
6o4 TRENTE-SEPTIÈME LETTRE.
ce dont j'ai dit un mot plus haut (i), et d'où vou& comprendrez que d'autres calculs existaient autrefois à un autre endroit, de telle sorte qu'ils empêchaient facilement la bile d'entrer alors dans l'intestin.
Mais si quelqu'un par hasard opposait à ces exemples ceux dans lesquels un ictère coexistait avec des calculs cystiques non -seulement antérieurement, mais encore actuellement, comme ceux de Lanzoni (2), (Je Duverney (3), de Van- Swieten (4), de de Haller (5), et d'autres hommes célèbres, vous avez suffisamment de quoi lui répondre d'après ce qui a été dit un peu plus haut. En effet, le premier vit en même temps le foie assiégé d'un grand nombre d'hjdaîides ; le second le trouva tellement desséché dans sa moitié, qu'il n'égalait pas la grosseur du pouce dans cette partie; le troisième le vit livide^ dur y desséché ,
rendu inégal par des tubercules squirrheux ; enfin le quatrième qui n'a décrit que deux histoires d'iclériques au milieu de tant d'autres-, savoir la seconde et la neuvième , rapporte dans celle-là que le même viscère était morbide et ulcéreux ^ et dans celle-ci qu'il était putréfié en grande partie ^ a^^ec la des-"
(1) Jbid.
(2) Eph. N. C, dec. 3, a. 3, obs. 36.
(3) Cit. sLiprà, ad n. i3.
(4) Ad §. 950 cit. supra ^ ad n. iS.
(f)) Opusc. palliol.^, obs, 33.
I)E L ICTBRE ET DES CALCULS BILIAIRES. 6o5
truction totale de la vésicule du fiel ^ de telle sorte quun calcul fut trouvé au milieu d'un putrilage.
D'un autre côté, je soupçonne que si d'autres observations de certains auteurs que l'on met en avant n'eussent pas été écrites légèrement, et qu'elles eussent été rapportées avec une égale exactitude, nous lirions qu'outre les calculs de la vésicule on trouva souvent en même temps d'autres lésions dans le voisinage, et surtout dans le foie, dans l'intérieur duquel elles peuvent aussi rester cachées si on ne les y cherche pas. On cite également quelquefois des observations moins récentes; mais, pour avouer la vérité, elles sont encore moins concluantes : telle est celle de Dom. de Marchetti (i), comme s'il disait qu'il avait vu un ictère produit par des calculs de la vésicule; tandis qu'en écrivant ce qui suit, V obstruction de la vésicule par quelque matière ou par quelque pierre {^car fai trouvé quelquefois dans la vésicule ellemême trois ou quatre calculs de la grosseur d'un pois) donne lieu à une ictércie jaune ^ il dit bien qu'il a trouvé des calculs dans la vésicule, mais il lie dit certainement pas comment ils l'obstruaient dans ces cas, et produisaient par là un ictère.
33. Mais mettant de côté, à cause des remarques que j'ai faites jusqu'ici, toutes ces observations, et d'autres analogues, comme il en reste quelques-unes contre lesquelles on ne peut peut-
(i) Anat. , c. 4-
6o6 TRENTE-SEPTIÈME LETTRE.
être faire aucune de ces objections, vous me demanderez comment les calculs de la vésicule du fiel peuvent quelquefois rendre les hommes ictériques, et si c'est de la manière dont de Marclietti et d'autres l'ont cru; je veux parler de l'obstruction de la vésicule, ou plutôt de son conduit propre, c'est-à-dire du conduit cystique. En effet, il est certain , même d'aprèi> les observations que j'ai citées plus haut (i), qu'elle a été obstruée ellemême sans ictère dans des cas où elle était pleine de calculs. Toutefois, quoiqu'elle ne puisse point envoyer de bile lorsqu'elle est pleine de calculs, et que par èonséquent ce soit comme si son conduit était bouché, cependant, pour vous satisfaire, je rapporterai plus bas (2) des observations de l'obstruction de ce conduit sans ictère, et je rappellerai seulement ici à votre mémoire une chose qtii a été indiquée plus haut (3), savoir que ce n'est point le conduit cystique , mais bien les conduits hépatique et commun qui sont les voies par les** quelles la bile passe du foie lui-même dans les intestins; en sorte que si ces voies ne sont point embarrassées ou par une excroissance, ou par quelque constriction , ou par une matière visqueuse et épaisse, ou par des calculs développés dans les voies elles-mêmes, ou bien dans le foie,
DE l'ictère et des CALCULS BILTaIRES. 607
OU même cians la vésicule, pourvu qu'ils aient pénétré dans ces voies, la bile ne pourra point être retenue dans le foie à raison des conduits biliaires, et par conséquent sa matière ne pourra point l'être non plus dans les vaisseaux sanguins pour produire l'iclère.
Mais il faut prendre garde de nous laisser tromper quelquefois par les expressions dont les anciens observateurs se servaient pour indiquer le conduit hépatique , ou le conduit commun , et de confondre celui-ci avec le conduit cystique. En effet, ils prenaient l'un ou Fautre de ces premiers conduits indifféremment pour le méat de la vésicule, comme je Tai dit aussi précédemment (i) en expliquant un passage de Fernel, et comme le comportaient les doctrines de ces temps-là, tandis qu'ils désignaient le conduit cystique , autant qu'on peut le voir dans Mundini (2) , par le mot de col de la vésicule, et non par celui de pore, ou de méat, ou de conduit. Ainsi, lorsque vous lirez dans Donatus (3) qu'Albucasis a enseigné, et Nicolus confirmé, qu'//^e développe dans le méat de la vésicule du fitil une excroissance charnue ^ qui en le bouchant est la cause d'une ictéricie incurable ^ ne croyez pas facilement, bien que j'aie dit (4) que
(2) Anat. ubi de kysli fell.
(?») De med. hist. mirab. , 1. 5^ c. 3
(4) Suprà^ n. 25.
6o8 TRENTE-SEPTIÈME LETTRE.
j'en ai trouvé aussi une autre fois dans la vésicule elle-même, que ces auteurs entendent que celle dont ils parlent (car elle obstruait autre chose que la vésicule, si réellement elle était la cause de l'ictère) s'était développée dans cet organe, ou dans le conduit cystique. Voyez de même lorsque Gentilis écrit, comme il a été dit plus haut (i), qu'il avait trouvé une pierre clans le pore ou dans le viéatde la vésituledufiel^ ce que vous entendrez par ce mot. La lecture du Sepulchretum lui même vous rendra circonspect, là où (2) Camenicène écrit de la manière suivante à Matthiole, ce méat qui du follicule du fiel s'étend au foie ^ était très* libre; ce méat était le conduit hépatique. Mais il avait dit un peu auparavant , ce méat qui du folli" cule du fiel se termine à V intestin ^ était obstrué par une pierre; or ce méat était non pas le conduit cystique, mais le conduit commun , comme vous le comprendrez, non-seulement par ce qui a été dit, mais encore par la circonstance que le folli-' cule du fiel était extrêmement rempli de bile sur cet ictérique. Ce ne sera pas dans un autre sens que vous entendrez les paroles suivantes qui se trouvent dans une observation (3) de Coiter, il j avait sur une ictérique dans le méat qui s'étend de la vésicule de la bile au duodénum , un grand calcul qui
(2) li. 3 , s. 18, obs. 8 , §. 12
(3) IhicL , s. 8^ obs. 36.
DE LiCTÈRE ET DES CALCULS BILIAIRES. 609
avait obstrué ce méaCde toutes parts ^ attendu surtout que vous remarquerez que le follicule du fiel a été décrit ailleurs par cet auteur (t), de telle sorte que sans faire aucune mention du conduit cystique, il dit qu'i/a deux pores ^ Vun par lequel il reçoit la bile du foie ^ et Vautre par oit il la transmet de son intérieur dans V intestin duodénum. C'est qu'il a bien suivi les dogmes de Fallopia (2) son maître en cela qu'il prenait le conduit cystique pour le col de la vésicule, comme ces anciens, mais non pas au point d'admettre que la bile était transportée du foie à l'intestin par un méat unique et direct, au milieu du trajet duquel la nature a placé le col de la vésicule,
34. Ainsi pour que j'avoue que l'ictère est produit parun vice des grandes voies de labile, j'exige une obstruction, non pas du conduit cystique, mais du conduit hépatique, que je reconnais comme étant unique , mais que je divise en hépatique et en commun, seulement pour être plus clair, et pour me conformer à l'usage, soit que cette obstruction soit opérée par une excroissance, ou par un calcul qui y a été observé fort souvent aussi par Fallopia (3), ou par une matière épaisse et visqueuse, ou d'une autre manière. En effet je ne doute pas que ce conduit ne puisse être obstrué
(i) Tab. intern. hum. corp. part.
(2) Obs, anat.
(3) lUd.
6lO TRENTE-SEPTIÈME LETTRE.
par une matière épaisse, et par la bile elle-même, moi qui ai trouvé autrefois sur un chien attaqué de maladie, non-seulement Textrénjité du conduit pancréatique, mais encore celle du conduit commun , bouchées par une matière concrétée, comme gypseuse et jaunâtre, et qui ai lu la description d'un ictérique de Leipsick faite par Ettmùller (i), qui rapporte que la partie basse du pore était entièrement obstruée par une pituite visqueuse ^ au point qu après que ce méat biliaire eut été coupé ^ il ne s'écoula même pas une goutte de bile^ parce que ce liquide retenu à cet endroit était extrêmement épais et tenace.
Mais je sais que je puis être interpellé ici par Vous, qui me demanderez pourquoi donc un Français noble que Scultet (-ji) disséqua, n'était point affecté d'ictère, quoiqu'il eût le pore biliaire telle-ment obstrué dans la partie qui s'insère au duodénum par un caillou qui égalait un gros pois ^ quon ne put pas faire sortir la moindre quantité de bile par ce pore. Quant à moi, à moins de vouloir recourir dans un cas aussi singulier à ces états (3) du sang dans lesquels la matière de la bile et même la bile elle-même peuvent à peine teindre en jaune, je dirai qu'il existait nécessairement une disposition particulière des voies biliaires, telle, ^
(i) Art. suprà cit. , ad n. 3t.
(gt) Obs. cil. suprà, ad n. i8.
(3) Vid, suprà, n. y.
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. Gl I
par exemple, que cellç^ cjiie Fallopia (i) affirme avoir vue deux ou trois fois, c'esl-à-tlire la dwi^ sion du conduit commun en un double canal un peu au-dessus de l'intestin duodénum; division qui a encore été observée une fois par Abrah. Vater (si); toutefois celte dernière existait entre les tuniques du même intestin, et elle formait deux branches remarquables dont les orifices séparés étaient ouverts dans Vintérieur de Vintestin, En effet, de cette manière lorsque l'un des orifices est bouché, il reste à la bile une voie ouverte par lautre pour se rendre aux intestins. Il est possible aussi qu'il existât quelque conduit extraordinaire, comme celui que Vesling trouva sous les yeux de Bartholin (3) sur une femme qui était en bon état^ grasse et assez forte ^ dont la vésicule était remplie de calculs et obstruée, et chez laquelle ce conduit né du foie s'avçinçait à côté du pore biliaire également rempli de calculs ^ et se terminait à Vintestin jéjunum. Tel était aussi celui que Bezoldus (4) écrit avoir vu, et dont il donne un des-sin, dans lequel on voit que ce conduit était semblable à celui de Vesling, à cela près qu'il se rendait au canal commun , et non aux intestins. Tels sont encore ceux que le même auteur dit (5) avoir
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(i) Obs. cit.
(2) Diss. qua nonum bilis diverticulum, etc. , th. 7.
(3) Cent. 2 , liist. anat. 64.
(4) Diss. de cholelitho , §. 6^ etfig. \, litt. f.
(5) S. cit.
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été démontrés deux fois par Diemerbroeck, et qui s'étendaient de la vésicule aux intestins à côté du conduit commun , en sorte qu'une grande quantité de bile pouvait être transportée à ces organes, ou directement, ou par cet autre conduit. Quant aux observations d'Adr. Lacuna qu'il place immédiatement après, qui ^appartiennent en partie à celles que j'ai indiquées plus haut (j) sur les calculs concrètes dans la vésicule sans ictère, et qui ont été citées à ce titre dans la première Lettre Anatomique (2), s'il avait pu les lire dans l'auteur lui même plutôt que dans Riolan, il aurait mieux aimé se servir des expressions du premier que du second, qui par défaut de mémoire a rapporté dans trois lignes trois choses qui ne s'accordent pas avec ce que Lacuna avait dit. Mais mettons ceci de côté, et passons à d'autres objets. 35. Comme j'ai indiqué plus haut (3) quatre genres de causes qui embarrassent les canaux commun ou hépatique de la bile, et que je n'ai produit des exemples que de trois, vous vous étonnerez peut-être pourquoi je n'ai rapporté aucune observation du quatrième, c'est-à-dire de la conslriction de ces conduits. Mais votre étonnement cessera du moment qu'en relisant cette Lettre, qui est si longue, vous remarquerez que j'en ai rap-
DE l'ictère et des CALCULS BILIAIRES. 6l3
porté plus haut (i), autant que possible, en indiquant des exemples qui, il est vrai, ont été cités d'après le Sepulchretum, Que si par hasard vous en cherchez d'autres ailleurs, il n'en manque point. Celui d'And. Mauroceni, sénateur et historien de Venise d'une très-haute noblesse, que son savant médecin, Aurélius Palazzoli (2), a décrit, est célèbre par le rang du personnage qui en est le sujet; car la cause insurmontable de Fictère dont Mauroceni mourut était la constriction des voies , puisque les parois du conduit par lequel la hde se porte surtout aux intestins étaient réunies. D'un autre côté, Méad (3) a vu après un ictère opiniâtre le même méat tellement rétréci comme par \\x\. lien dont il aurait été entouré, à l'endroit où il se réunit au canal cystique, qu'// ne rece^^ait pas un stylet y et qu'aucune portion de bile, qui distendait la vésicule et le foie, ne pouvait parvenir aux intestins; or ce rétrécissement paraissait avoir été produit par une tumeur squirrheuse et même cancéreuse de la partie voisine du pancréas. Il existe aussi (4) dans \^s Actes de l'Académie de Vienne l'observation d'un ictérique, sur qui un squirrhe du pancréas avait bouché Textré-
(i)N. lo.
(2) p^icL in adnot. a Calhar. Zeno additisad vitamhujus Mauroceni ab Nie. Crasso scriptam.
(3) Monit. med., c. 9^, s. i.
(A) Tom. 8 , obs. 3o.
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mité du même conduit commun, non sans une concrétion ferme.
Ainsi j'ai cité plus haut et ici des exemples des causes les plus rares qui rétrécissent le conduit commun de la bile, soit en formant d'un tube un corps solide, soit en exerçant une compression extérieure; et j'en aurais fait autant pour les causesles plus fréquentes de cette constriction, si de même que leurs effets sont très-conformes à la raison , de même ils tombaient facilement sous les sens après la mort. Je veux parler des crispations spasmodiques, qui rétrécissent au moins l'orifice du conduit commun, ou une très-grande partie, des plus petits rameaux du conduit hépatique, à moins que nous ne croyions point que ce soit à ceci que se rapporte une observation du célèbre J. Gerg. Maurer (i). Un homme illustre fut pris après une blessure non pénétrante reçue à la région du foie, d'une fièvre bilieuse tierce, d'un ictère et ensuite d'autres incommodités; comme on avait conçu l'espoir de l'en voir réchapper, et qu'il était déjà presque guéri de l'ictère, il s'y joignit bientôt après une violente commotion de l'âme qui dura long temps et qui se répéta, et cette commotion fut promptement suivie d'une inflammation subite de la gorge et des poumons, non sans une certaine crainte et sans des anxiétés produites par le danger de la mort; il mourut de cette înflam-
(i) Ibid.y obs. 70,
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mation dans Tespace de trois jours. Or, pour passer le reste sous silence, il avait bien dans l'intérieur de la vçsicule trois calculs, qui de plus n'étaient pas petits , mais V orifice du canal cholédoque et ce canal tout entier étaient tellement oblitérés ou rétrécis , quils ne permettaient plus le passage à un stjlet extrêmement délié ^ et bien moins encore à une petite goutte de bile, La cavité de ce conduit était sans doute rétrécie à ce point quand la peau était jaune, et quand les déjections alvines étaient blanchâtres ^ lentes et difficiles. Mais assurément elle ne l'était plus dans le teilips où la peau avait entièrement recouvré sa couleur naturelle et fleurie^ et où les matières fécales sortaient en grande quantité et avec leur couleur naturelle. Par conséquent il peut paraître vraisemblable que la constriction spasmodique que le repos de l'âme et le traitement avaient calmée depuis peu, était revenue dans l'intervalle de ces trois jours par l'influence de nouvelles affections morales de cette espèce, et de symptômes mortels.
Quoi qu'il en soit, si cependant vous admettez que ce que j'ai dit des crispations auxquelles donnerait lieu un spasme consécutif à certaines affections de l'âme, ou (i) produit par des irritans, ou bien par des douleurs d'autres parties, et surtout des organes voisins du foie; si, dis-je, vous admettez que cela s'accorde avec la vraisemblance, et
(i) Suprà^ n. lo.
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si VOUS faites un moment attention à ce qui a rapport principalement aux irritans, vous trouverez facilement la raison que vous me deiuandiez (i), c'est-à-dire pourquoi des calculs étant placés dans la vésicule , Ficlère se développe quelquefois , bien qu'il n'existe en même temps aucune autre cause parmi celles en si grand nombre que j'ai indiquées plus haut, à laquelle on puisse rapporter cette maladie.
Je reconnus autrefois ceci lorsque j'écrivis (i) ce qui suit : soit que les calculs que je trouvai ne fussent pas encore dune telle grosseur^ ou d'un tel poids ^ ou d'une telle forme ^ que la vésicule pût en être suffisamment lésée ^ soit quils n eussent jamais été poussés jusqu'au point d' empêcher la sortie de la bile^ il put se faire par ces raisons (j^xils nepro^ duisirent sur ceux chez lesquels je les observai, aucune incommodité particulière qui fût apparente ^ pas même une couleur ictérique. C'est que je ne doutais pas, comme cela a été ensufte positivement exprimé par Hoffmann (3), que la vésicule ne soit irritée par la grosseur , ou par le poids , ou surtout par la forme des calculs, alors principalement que poussés dans l'étroitesse du col ils éprouvent toujours une pression de plus en phis considérable de la part de la bile qu'ils retiennent
(2) Episl. anat. I, n. 5o.
(3) C. 3 suprà^ adn. i5cit.^5* ï9>^tp. 4, s. 12^ c. 12, §. 10.
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ainsi dans la vésicule, tandis que cet organe est comprimé par l'estomac ou par les intestins; et j'étais persuadé que cette irritation donne lieu à un spasme, à des contractions et à des crispations , qui se propngent par les plus grands conduits continus de la bile , d'une part dans l'intestin duodénum, et de l'autre dans le foie, et que les voies étant ainsi rétrécies, un ictère peut en résulter. Ainsi comme l'ictère peut seulement alors être la conséquence des calculs cystiques, et que ce que ceux ci font dans cette circonstance par l'irritation, d'autres causes situées ailleurs et des affections mêmes de Tâme peuvent le faire, ce symptôme ne sera donc pas l'indice constant et propre de ces calculs.
36. Mais si. l'ictère n'est pas le signe propre et constant de ces calculs, en existe -t- il quelque autre? Je crains fort que ce qui avait lieu du temps de Fernel (i) n'ait lieu encore de nos jours et à l'avenir, c'est-à-dire qu'on ne trouve pas des caractères évidens au moyen desquels ces corps puis-^ sent être reconnus d'une manière certaine et facile^ et que nous ne restions dans des soupçons ^ comme nous l'avons vu pour l'ictère. Sans doute je n'ignore pas qu'il a existé des hommes célèbres parmi les anciens et parmi les modernes, qui se sont efforcés de reconnaître avec un zèle louable ces caractères , et de les prouver à tout le monde; car je vois sur^
(1) C. 5 supra, ad n. i3 et 37 cit
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tout que Coïter (i) a publié quelques obser.vatious relatives à ces calculs, pour qu'on apprit par elles les symptômes qui sont la suit^ de ce mal Mais ces symptômes se réduisent à un ictère de longue durée, et dans une de ces observations où le conduit commun était également obstrué, il n'est question, qne du vomissement continuel des alimens. J'ai assez parlé du premier de ces caractères. Quant au second , qui a été cité aussi par d'autres , certes il est évident pour tout le monde combien il manque souvent, et par combien de causes différentes il peut en outre être produit.
A ces symptômes d'autres auteurs en ont ensuite ajouté d'autres que je n'examinerai point en particulier, puisque l'on voit facilement que ce que j'ai répondu pour le vomissement, dort l'être pour la colique et les autres incommodités de cette espèce. Que dirai-je, en voyant que l'on met en avant des signes opposés, comme la constipation et la diarrhée ? Et je ne suis point arrêté par ce qu'on lit dans le Sepulchretum (2), que Von peut à peine comprendre ce dernier sym ptôme dans ce cas ; car je conçois que lorsqu'un calcul remplit la vésicule en totalité, toute la bile s'écoule continuellement du foie aux intestins, et qu'elle les irrite avec plus de violence, si par hasard çlle est trop acre. Mais je remarque seulement une chose ;
( I ) Obs. anat
[7) K 3, s. 10 addit. , in schol. ad obs. 1.