J)E LA FAIM ET DES LÉSIONS DE LA DÉGLUT
les corps, que ce qu'a dit Hippocrate (i) s'accorde assez avec la vérité, que les jeunes gens supportent le jeûne moins facilement, surtout les en/ans^ tandis qu'il est supporté au contraire plus facilement par ceux qui sont à la force de Vâge ^ et très-facilement par les vieillards ^ à moins qu'ils ne soient par hasard accablés de vieil|esse, d'après la manière dont Celse (2) interprète sagement Hippocrate dont il traduit ainsi la pensée : La faim est supportée très-facilement par Vâge moyen , moins facilement par les jeunes gens ^ et nullement par les enfans et par ceux qui sont accablés de vieillesse; , . . mais celui qui grandit a surtout besoin de nourri-ture, ce qu'Hippocrate avait positivement enseigné aussi dans l'aphorisme suivant. (3)
7. Au reste la sentence d'Hippocrate serait merveilleusement confirmée par une histoire particulière, si, comme Cardani (4) et Zambeccaria (5) l'ont cru mal à propos, c'était une histoire, et non une fiction poétique du Dante (6) relative au com te Hugolin et à ses quatre enfans , qui furent forcés de mourir de fiiim (seule circonstance qui soit certaine), de telle sorte qu'ils vécurent tous quel-
(i) Sect. i^ aph. i3.
(2) De raedic.^, 1. i ^ c. 3.
(4) Comment, in cit. , aph. i3.
(5) Experim. circa diversa e vivenlib. exsecta.
(6) Infern. cant. 33.
'lÔ V^NGT-HUITIÈME LETTRE.
ques jours, et que l'enfant de trois ans mourut le quatrième, les autres enfans ou adolescens qui étaient un peu plus grands, le cinquième ou le sixième, et enfin le père qui se trouvait à la force de 1 âge ou qui du moins avait une vieillesse verte et vigoureuse, le huitième. Tout cela a été imaginé sans doute d'après l^aphorisme d'Hippocrate , ou du moins d'après la vraisemblance, par ce poète qui était très-savant pour ce temps-là. D'ailleurs il l'indique lui-même suffisamment (ce à quoi ces hommes illustres n'ont pas fait attention) à l'endroit où il représente l'âme de Hugolin lui faisant le récit de cet événement, quil ne pommait pas savoir d'ailleurs, comme il le dit positivement, puisqu'il avait eu lieu dans les profondeurs ténébreuses d'une tour, dont les clefs avaient été jetées dans un fleuve par les ennemis de ces infortunés après les y avoir enfermés. Si donc vous demandez par hasard plusieurs histoires pour confirmer les différentes parties de la sentence d'Hippocrate, comme elles ont été exposées par Celse, je vous en citerai d'après les Romains quelques-unes qui se présentent à mon esprit pendant que j'écris ceci. ]'ai dit plus haut (i) que Pomponius Atticus étant malade mourut le cinquième jour de son abstinence. D'un autre côté , Sextius Baculus , comme on le voit dans César (2), étant atteint d'une ma-
(2)DebelloGa]!., I. r,,c.38.