IX
1er quelque soulagement (car on ne pouvait pns espérer une guérison parfaite pour un o% rongé en partie et déformé), et combien, au contraire, auraient été sans aucun doute extrêmement nuisibles. Parmi ces derniers, vous compterez aussi ceux que je n'ai point encore nommés, mais que j'indiquais tout à Theure, c'est-à-dire ceux qui repoussent à Tintérieur, dans les veines, la matière arthritique déjà déposée, ou commençant à se déposer autour des articulations, et qui en éloignent celle qui devrait s'y déposer alors et dans la suite, en resserrant les petits vaisseaux qui la portent aux articulations, et en fortifiant les fibres mal à propos. En effet, on peut juger,par l'avantage même qu'elle produit fort souvent lorsqu'elle est reçue aux articulations, combien elle est nuisible lorsqu'elle en est exclue. Voyez, si vous voulez , comme lés vices de l'ouïe qui tourmentaient un homme noble, malgré l'emploi de tous les autres moyens, avaient coutume de disparaître à l'approche de la goutte , tandis qu'ils revenaient quand celle-ci s'en allai t, d'après le rapport de Reusner ( ï ) ; et comme l'épouse de Gerbez (2) éprouvait ordinairement des douleurs longues et vives de l'estomac et de la poitrine, jusqu'à ce que la goutte, venant à se manifester , l'en délivrait sur le champ. Mais pourquoi chercher dans ces écrivains^ et
(i)Epli. N. C, cent. 5, obs. 8.
(2) Earurad. cent. 8, obs. 6.
dans d'autres où je pourrais puiser, des exemples d'u ne utilité que j'ai moi-même éprouvée ? En effet , lorsque j'étais affecté d'une inflammation, et presque déjà d'un chémosis des deïix yeux, dont j'ai fait mention ailleurs (i), et qu'après avoir inutilement employé tous les autres remèdes , je sentais moi-même, et mes amis me confirmaient qu'il ne fallait plus différer la saignée, j'eus l'idée d'essayer, avant qu'on ne m'ouvrît la veii^e (car on ne me l'avait jamais ouverte, comme on ne me l'a point ouverte jusqu'à ce moment, où j'accomplis ma soixante-dix-neuvième année ); d'essayer, dis-je, si un pédiluve, joint à des frictions légères, faites sur les pieds , me procurerait assez de soulagement Comme ces moyens furent mis en usage à l'entrée de la nuit, voilà qu'une douleur de l'articulation , même du pouce avec le métatarse, annonce une attaque de goutte, laquelle augmentant un peu pendant la nuit, diminua aussitôt l'inflammation des yeux, et l'enleva les jours suivans. Cette goutte fut très-bénigne, parce qu'elle attaquait un sujet qui n'avait jamais éprouvé auparavant une maladie de cette espèce, non plus que ses parens et ses ancêtres; et elle ne se manifesta pas dans la suite, si ce n'est cinq ans après, au genou gauche, mais d'une manière beaucoup plus légère; en sorte que l'effet du pédiluve sur la production de la goutte fut semblable, quoique
(ï) Episl. i3, n. 24.
bien différent qnant à la violence, à celui qu'on observa, àceque je vois, sur un jeune homme dont vous lirez l'histoire dans le Commercium Litterarium (i). Au reste, cette différence de la violence n'est pas étonnante, puisque , pour omettre les autres circonstances^ ce jeune homme prit un pédiluve, non pas tiède, comme moi, mais fort chaud.
Mais autant la goutte est utile, si elle attaque les articulations à propos, autant elle est nuisible aux autres parties, si elle ne les attaque plus. Comme on peut prouver ceci par une infinité d'observations, dont vous pouvez, si vous voulez, voir plusieurs dans les volumes de l'Académie de Vienne, où elles sont surtout indiquées à l'observation cinquante-cinquième (dec. 3, a. 5 et 6), il me suffira d'en citer une qui appartient à H. F. Albertini (2), que je cite fort souvent, comme il le mérite. En effet, un orfèvre accoutumé à éprouver chaque année une attaque de goutte , s'étant frotté les pieds plus d'une fois , à l'approche de la maladie, avec du pétrole, l'arrêta, il est vrai; mais il éprouva d'autres accès beaucoup plus graves , qu'il ne put guérir qu'en rendant par le ventre une grande quantité de matière, que vous reconnaîtrez facilement avoir été celle de la goutte à ces ex-
(i) A. 1741^ hebd. 25 , n. 1, propius fin. (2) Comment, de Bonon. Se. Instit., tom. i, in opusc.de cort. peruv. hand ita procul a fin.
DE LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. 2l3
pressions ; elle était comme de la chauôt , ou commue du gypse nouK^ellement formé.
Ainsi cette matière, chassée des articulations fprtifiées, se porte assez souvent sur des parties contenues dans le ventre, dans la poitrine, ou dans le crâne, et produit un danger instantarié, et souvent la mort. Les mêmes accidens ont liei^i, lorsque quelque cause interne, et surtout la faiblesse des forces s'oppose à ce qu'elle se porte aux articulations. .C'est ce que vous aurez pu arguer de deux observations que je vous ai envoyées ailleurs (i), et ce que vous apprendrez plus évidemment par la suivante.
lo. G. Cornéli, cardinal de la Sainte Eglise Romaine, évêque de Padoue, très-sujet dès autrefois , non-seulement à des douleurs dans les membres , mais encore à des douleurs de reins, se. trouvant déjà délivré de ces dernières dès qu'il ne se manifesta plus aucuns calculs, sembla devenir hydropique à la suite d'une diminution considérable de l'excrélionde Furine, et léserait peut-être devenu, s'il ne se fût écoulé une grande quantité de ce liquide après l'administration d'un remède très efficacement diurétique. Aucun calcul ne se manifesta même alors, et il n'exista dans la suite, pendant un très-grand nombre d'années, aucun indice d'une affection des reins, quoiqu'il fit en voiture, et en poste pour aller vite , des voyages longs
(i) Epist. 25, n. /iO; et Epist. 40, n. 2.
:2l4 CIJVQCJ A.KTE-SEPT1EME LETTRE,
par des chefnins difficiles, comme lorsque, Tan 1 72 1 , il alla à Rome , et revint à Padoue, Mais les douleurs arthritiques ne se calmèrent pas toujours durant le cours de ces années, comme les douleurs néphrétiques; et mérne elles revenaient de temps en temps, et elles étaient d'autant plus fréquentes et plus graves qu'il devenait déjà de jour en jour mioins capable de faire de l'exercice, à cause de l'habitude grasse de son corps , de la faiblesse de ses membres inférieurs, et de son âge avancé. A cela se joignait déjà depuis long-temps une con-stipation continuelle, puis une pesanteur de la ^tête, une dureté de l'ouïe, du penchant au sommeil , et à la fin des défaillances assez fréquentes. Ayant à peine passé sa soixante-quatrième année au milieu de ces symptômes, il fut pris d'abord d'une inappétence complète, et ensuite d'un paroxysme arthritique; et déjà la main droite et le genou gauche avaient commencé à se tuméfier, lorsqu'il reçut la triste nouvelle de la maladie mortelle de son frère sérénissime le duc de Venise, qu'il aimait beaucoup. Quoiqu'il eût d'ailleurs un grand courage, il en ressentit un violent chagrin, et bientôt non-seulement la matière arthritique cessa de se porter aux articulations, mais encore celle qui s'y portait retourna dans les veines, et produisit de l'anxiété à la région précordiale, de la difficulté de respirer, et en outre une attaque soudaine , dans laquelle on crut que la mort était imminente à raison de lanéantissement presque
DE LA GOUTTE ET DES AUTKES DOiiLEtJKS. 2j5
complet cle$ fonctions du cerveau et du coeur. Alors son vieux médecin , et les assistans, qui étaient ses parens ou ses intimes amis, m'appellent iiès7 promptement en consultation. Je trouve le malade qui était un peu revenu à lui pendant ce temps-là, mais qui était si différent deilui-même , non-seulement de corps, mais encore d'esprit, que ce changement me frappa aussitôt , parce que je me rappelai ce pronostic d'Hippocrate (i) ; Faire quelque chose contre V habitude est mauvais. En effet,
je comprenais par ses paroles qu'il avait absolu^ ment perdu tout espoir de guérison, lui qui n'avait jamais manqué ni à lui ni aux autres dans des circonstances très-'difficiles; car il nous avertissait, nous ordonnait, 430 us priait de ne point lui porter inutilement des secours , en «'adressant principalement à moi, pour qui il avait toujours eu une bonté singulière; et envers qui il redoublait encore ses prières pendant que je touchais le pouls. Celui-ci , d'après ce que je reconnus alors et dans la suite par le toucher, était effectivement trèsmauvais, et souvent intermittent après deux pulsations, et toujours après un très-petit nombre. 11 éitait évident que si la matière peccante n'était pas rappelée aux articulations , ou ne pouvait pas le sauver. Toutefois, l'extrême difficulté qu'il y avait à Ty rappeler n'était pas moins évidente dans cet état de faiblesse , et sur un sujet qui tenait pour
(i) In coac. , n. i^ apud Marinell.
2l6 CINQTTAJVTE-SEPTIÈME LETTRE.
certain que tout ce qu'on ferait serait inutile; c'est pourquoi je dis à l'écart à ceux qui avaient intérêt à le savoir, qu'il était dans un danger extrême; et ayant aussitôt dicté une lettre, je le fis savoir, par un courrier, aux fils de son frère, qui étaient des personnages très-considérables. Au reste, rien de ce que nous avions établi qu'on ferait dans la consultation, ne fut négligé sur ses entrefaites, ni dans la suite, autant pourtant que les forces du malade le permirent , et que nous pûmes l'obtenir de lui à force de prières. Et déjà le genou commençait à se tuméfier de nouveau, le jour où nous remarquâmes que le pouls était aussi devenu un peu meilleur. Mais bientôt, la nature s'épuisant, tous les symptômes commencèrent de nouveau à empirer, et , malgré tous nos efforts pour nous y opposer , la difficulté de la respiration augmenta, la tête fut appesantie dans l'assoupissement, et des convulsions attaquèrent non-seulement les parties intérieures, mais encore les membres. Ce cardinal, homme du premier mérite, excellent pontife, grand protecteur des lettres , fut enlevé d'une manière insensible en très-peu de jours, au milieu de ces symptômes , à tous les gens de bien qui le pleurèrent, le jo août de l'an 1722, presque à la même époque où mourut son frère sérénissime, qui était aussi un excellent prince, et également sujet à la goutte.
Examen du cadastre. Comme on devait embaumer le cadavre la nuit suivante, pour pouvoir lui
rendre les derniers devoirs à la manière des anciens, j'envoyai un élève, que j'avais exercé, pour enlever les viscères, et pour les examiner attentivement chacun en particulier; car je n'eus pas le courage d'assister moi-même à cet examen. Je m'informai de tout bientôt après avec soin auprès de lui, et auprès du médecin dont il a été parlé précédemment. Or voici ce à quoi se réduit ce que tous les deux me rapportèrent. Dans le ventre, l'épiploon était très-gras, et lé mésentère, ainsi que les petits intestins étaient chargés d'une grande quantité de graisse; l'estomac était ample, mais ses tuniqnes se trouvaient extrêmement amincies; le foie lui-même était en bon état, il est vrai; mais sa vésicule était petite, et ses tuniques si minces et si flasques , qu'elles se rompirent au toucher, et laissèrent sortir un calcul arrondi, assez gros relativement à la petitesse de la vésicule , dans laquelle il était renfermé tout seul sans bile. Les reins étaient plus gros que dans l'état naturel; mais celui du côté droit était extrêmement volumineux, en sorte qu'avec la graisse dont il était couvert, il égalait presque la grosseur de. la tête. 11 renfermait jusqu'à onze pierres, grosses pour la plupart, et rameuses. Celui du côté gauche en renfermait une seule, qui était également rameuse et assez grosse. Ces calculs ne ressemblaient à rien tant qu'à du corail noir par leur couleur et par leurs veines. Car on me les apporta pour me les faire voir, et il faut qu'ils
2l8 CINQUANTE-SEPTIÈME LETTRE.
n'aient point été vus par ceux qui ont dit qu'ils étaient semblables à ceux qu'Aighisi (i) a dessinés dans sa troisième table. Du reste, la substance des reins, qui les embrassait immédiatement et étroitement, était dure et calleuse. A l'ouverture de la poitrine, on ne trouva rien dans les pounïons qui fût contre nature; mais le tronc de la trachée artère avait des cartilages qui étaient trèsdurs , et qui ne cédaient pas facilement quand on les serrait avec la main. On avait également remarqué ce genre de lésion dans les artères iliaques , et dans le voisinage du tronc de l'aorte, d'où celles-ci naissent. Il ne manquait pas non plus dans le thorax; mais il devenait d'autant plus manifeste, que Faorte s'éloignait davantage du cœur. Celle-ci était en outre beaucoup plus grosse qu'elle n'aurait dû l'être dans la poitrine. Il n'y avait aucune concrétion polypeuse dans le cœur, qui contenait à peine quelque peu de sang écumeux. Mais il n'y avait pas non plus beaucoup de sang dans tout le corps, excepté dans les tégumens de la tête , d'où il s'écoula en assez grande quantité pendant qu'on les coupait. A l'ouverture du crâne, outre la sérosité qu'il contenait, on remarqua que toute la substance du cerveau était très- mol le.
1 1. Outre ce qui était manifeste , il y avait, sur ce corps, des causes cachées trop nombreuses et
{i} Ijilotomia.
DE LA GOUTTE ET DES AUTRES BOULtCKS. Uig
trop puissantes qui s'opposaient à ce que la nature et Tari rappelassent la matière arthritique aux articulations.
En effet, la grande mollesse du cerveau était indiquée par des symptômes antérieurs, la lourdeur de la tête, la dureté de l'ouïe, et le penchant au sommeil. Toutefois croirez-vous qu'il fût devenu assez mou pour ne pouvoir déjà presque plus remplir sa fonction principale, et pour être trèspropre à recevoir une certaine quantité de sérosité arthritique; cVoù résultèrent ces convulsions externes et internes, desquelles dépendaient l'anxiété de la région précordiale, et l'extrême difficulté de respirer, malgré Tétat sain des poumons, dans Finlérieur desquels Joerdens (i) ne remarqua non plus rien de morbide dans un cas analogue? Mais comment l'aorte, qui était plus grosse que dans l'état naturel, et pourvue de tuniques très-dures, ainsi que les branches iliaques, pouvait-elle pousser la matière peccante dans les membres supérieurs et inférieurs? Certes elle était beaucoup plus propre à ralentir de temps en temps le mouvement du sang; à quoi il faut rapporter et les défaillances, et ce dernier accès, et l'intermittence du pouls, attendu surtout que les forces du cœur étaient affaiblies^ comme le prouvait la f^iiblessedu pouls, et ce qui n'était pas sans cause, puisqu'elles ne pouvaient
(ï) Act. N. C. loîia. 4, appeiicl. n. 5 In fin.^ §. 5.
pas être entretenues par un cerveau comme celuilà. A cela se joignait que le coeur et les artères qui n'auraient même pas pu faire circuler un sang excellent et vif, à cause dé la faiblesse du premier et de la dureté des secondes, avaient à agir sur un sang languissant et impur, comme le démontrent ce grand nombre de dispositions contre nature qu'on trouva dans le ventre, sans parler du genre de vie du sujet, qui ne faisait à la fin aucun exercice actif. Car d'abod un estomac aussi re- / lâché, et ayant des tuniques aussi affaiblies, ne pouvait pas bien digérer les alimens. Ensuite les intestins ne pouvaient pas non plus faire trèsbien le chyle; car le calcul biliaire assez gros, et la petitesse delà vésicule, ainsi que la constipation de longue durée, indiquent que ces viscères ne recevaient déjà point de bile de la vésicule, et que depuis long» temps ils en avaient reçu qui n'était pas bonne, et en petite quantité seulement : au reste, vous comprenez combien cette constipation s'opposait à ce que le sang se purifiât. Enfin la purification dont un sang comme celui-là avait surtout autant de besoin que dans aucun autre cas, se faisant principalement par la peau et par les reins, qui croira qu'ici où elle ne se faisait point par la peau, puisque le corps était en repos, elle se faisait assez bien par les reins, qui étaient si lourds et en partie calleux? Moi qui ai cité ailleurs (i) une cause du phénomène, et
( f ) Epist. /|0^ 11, 3 et 5.
DE LA GOUTTÉ ET DES AUTRES DOULEURS. 22 î
qui l'ai confirmée principalement sur les sujets gras, je n'ignore pas combien souvent les calculs des reins coexistent avec la goutte, et je sais qu'ils sont cause que le sang des goutteux se purifie moins bien, et que c'est ainsi que la matière de pas la goutte augmente.
Cependant je ne voudrais pas que vous tirassiez de là la conséquence que sur tous ces sujets cette matière est moins susceptible d'être portée aux articulations, ou que, si par hasard elle a abandonné celles-ci pour se porter en dedans, elle ne peut pas y être rappelée. Je me souviens même que quand ce sénateur de Bologne, dont il a été parlé plus haut (i), et qui, outre la goutte^ était affecté de calculs rénaux , éprouvait par hasard une tuméfaction des genoux et des mains (effet de la première affection), et que bientôt après la tuméfaction et la douleur se dissipaient presque entièrement tout-à-coup sans cause manifeste , tandis que la difficulté de respirer qui s'ensuivait effrayait tout le monde; je me souviens, dis-je, qu'Albertini rappela pourtant aux articulations la matière peccante avec les mêmes moyens dont je me servis inutilement sur le cardinal. C'est que l'âge n'était pas le même, et que dans son cas il n'existait ni chagrin, ni lésions du cerveau et de l'aorte; et, quoique des calculs fussent rendus de temps à autre, ils n'étaient cependant pas comparables à ceux dont je parle.
(i) N. 8 in fin.
222 CîNQUAIVTr-SEPTlJÈlME LETTRE.
12. En effet, d'abord ceux-ci avaient la forme du corail; ce à quoi vous devez faire attention, moins pour en être étonné, que pour connaître la cause et l'effet de ces calculs. Car vous lirez dans le Sepulchretum qu'on trouva dans le rein des calculs qui ressemblaient non-seulement à du corail (i) , mais encore à une souris (2). Au reste Eustaehi, qui a publié la première de presque toutes les observations d'un calcul coralliforme, a suffisamment fait connaître (3) la cause d'une forme de cette espèce, d'après laquelle Piccolhomini (4) expliqua aussi ensuite la forme d'une souris que présentait un calcul dont il a donné la description. Si l'histoire de ce dernier calcul eût été rapportée dans le Sepulchretum d'après l'auteur lui-même, les lecteurs n'ignoreraien t pas après quels symptômes il avait été trouvé.
Ainsi de même que la matière des calculs s'arrête dans le bassinet et au commencement de l'uretère, de même elle prend une forme qui représente le corps et la têle d'une souris , ou le tronc du corail; et de même qu'elle se fixe dans les petits tubes qui aboutissent au bassinet, de même elle représente la queue et les jambes de la souris^ ou les branches du corail. Or la plupart des voies
(i)L. 3, s. 122, obs. 26, 5.6.
(oi) Ibid, ^ obs. 21, J. 4 et seq. ; et s. 0.5, obs. 20 ; et s. 28^ obs. 26.
(3) nd. §. 4 cit.
(4) L. a aiiat. pnielect, ?.3.
J)E LA GOtîTTE ET DES AUTRES DOULEUnS. ai3
fie l'urine, on toutes celles que j'ai nommées, se trouvant assiégées par un calcul de cette espèce, et les plus petits organes contigus qui servent à la séparer du sang' étant comprimés, vous comprenez assurément comme la sécrétion de ce liquide ou son excrétion doivent diminuer , ou comme celle-ci doit même être entièrement empêchée, et comme , si aucun secours n'est porté parla nature, ou par l'art, ou par l'une et l'autre, une hydropisie, ou une autre grande affection doivent commencer à se développer.
Vous voyez donc par quelle cause l'hydropisie avait commencé à se former sur le grand personnage en question, lorsque l'art employant un remède très-énergique pour chasser l'urine, débarrassa un peu les voies assiégées, et, ce qui est le principal, dilata outre mesure celles qui ne l'étaient point encore , au point que l'urine s'écoula alors copieusement , et qu'elle s'écoula plus tard en. assez grande quantité par le secours de la nature, qui transporta ensuite plus souvent et plus abondamment aux articulations la matière qui aurait ajouté de nouvelles branches aux calculs. Mais quoique quelques petits tubes se fussent conservés ouverts et forts larges , cependant plusieurs se trouvèrent entièrement remplis et embarrassés par les branches des calculs, et étaient tout-à-fait inutiles;et , ce qui est plus remarquable, la substance des reins qui les environnait immédiatement, qui était dure comme eux, et qui était devenue cal-
224 CTNQUANTESEPTIÈME LETTRE.
Jeuse par l'effet d'une compression continuelle, était également inutile. Cet état faisait que la plus grande secousse du corps ne produisait aucune douleur dans les reins, attendu surtout que l'adhérence très-étroite des petits tubes aux branches des calculs empêchait l'agitation de ceux-ci, comme vous apprendrez par le Sepulchretuni (i) qu'elle l'empêcha sur d'autres sujets, chez lesquels de grosses pierres semblables à du corail étaientp/^/ziées comme un clou^ et immobiles dans les reins.
Mais croirons-nous que tant de parties de la substance des reins étant devenues calleuses, et par conséquent inutiles, leurs fonctions n'en souffrirent point? Ces calculs en outre étaient nombreux et volumineux, en sorte qu'il fallait nécessairement que le reste de la substance des reins, qui n'était pas endurcie, fut en partie surchargée par leur poids, et en partie tiraillée ; ce qui faisait qu'elle ne pouvait certainement pas remplir parfaitement ses fonctions en séparant du sang les parcelles inutiles et nuisibles, qu'elle en sépare d'ailleurs ordinairement. Enfin ces calculs se trouvaient dans les reins d'un sujet, dans la vésicule biliaire duquel un autre calcul était contenu, et par conséquent sur un sujet chez lequel la séparation de ces parcelles était encore plus nécessaire, comme je l'ai dit plus haut (2).
(1) Cit. obs. 20 et 26,
(a)N. ïi.
A la vérité, je n'ignore pas que des calculs peuvent facilement se développer dans la vésicule biliaire sur les mêmes corps qui sont sujets à ceux des reins; c'est même ce que j'ai avoué autrefois dans une autre Lettre (i), où j'ai parlé de ceux qui furent trouvés sur ce grand cardinal ; et je n'ai rien tant à cœur que de rapporter un assez grand -nombre d'observations d'auteurs qui en ont rencontré dans les deux endroits en même temps. Car, outre ces histoires si nombreuses que vous trouverez indiquées ailleurs (2), et outre cette observation célèbre qui est citée par l'illustre Pohl (3), et qu'on pourrait ajouter au Sepulchretum y je me souviens d'en avoir lu six dans le Sepulchretum lui-même, et toutes les six dans le troisième livre (4), où il y en a entre autres une de Grembsius, qui s'accorde encore avec celle qtie j'ai décrite ici, en ce qu'on ne trouva point de bile dans la vésicule. Mais aucun de ces sujets , que je sache, n'était affecté de la goutte; et siquelc|u'un l'avait été, il n'avait pourtant pas des lésions aussi nombreuses ni aussi graves dans les Vaisseaux et dans les viscères.
i3. Il est encore d'autres vices qui se mariifes-
(i) Epist. anat. i , n. 4^.
(2) Epist. 87, n. l\Z.
(3) Dissert, de prost. calcul, affect. , §. 7.
(4) S. 22^ obs. I ; s. 23 , obs. 4^ %- 16; s. 24\, obs.'2, J. 12 obs. 6,5. 4? ol^s. 10 secunda, §«4^ ^ts. 25^ obs. 9, §. 5.
IX, i5
2 20 CINQU AIVTE-SKPTIÈME LlîTTIlK.
tent quelquefois clans les articulations, comme celui que j'ai vu sur une femme, dont la dissection mérite, par plus d'une cause, de vous être rapportée ici.
i/j. Une vieille femme, mère de plusieurs eur- Jans, avait été attaquée d'apoplexie environ trois mois auparavant. Celle-ci avait été suivie d'une paralysie des deux membres du côté droit, de telle sorte cependant que la faculté du sentiment s'y était maintenue entière , et que celle du mouvement pouvait s'y exercer légèrement; mais à la fin une espèce d'assoupissement s'y étant jointe, et la parole étant devenue moins prompte, elle avait été portée à l'hopilal^ où elle était morte insensiblement après le commencement de décembre de Tan 1746. Parmi un grand nombre d'objets que je remarquai sur son cadavre, en le disséquant pendant plusieurs jours, voici principalement ceux qui appartiennent à ce sujet.
Examen du cadavre. Dans le ventre, l'utérus était si court, que de son orifice à son extrême fond il y avait à peine deux travers de doigt , même extérieurement; mais il était contracté sur luimême et ramassé dans sa totalité, de manière à représenter une petite balle légèrement déprimée par-devant et par derrière, et il avait des parois trop épaisses proportionnellement. En coupant la substance de ces parois, je vis qu'elle était livide, et je jugeai qu'elle n'était pas saine. La grosse extrémité de l'une des trompes était non-$eulement
imperméable, mais encore entièrement confondue avec l'ovaire, qui, ainsi que l'autre, était dur, et avait une surface en quelque sorte marquetée. Dans la poitrine, le cœur contenait de grosses concrétions polypeuses. Une grande sugillation se montra extérieurement et intérieurement sur les tégumens de la tête, à l'endroit où ils couvraient la tempe gauche, quoique la mort n'eût été précédée, ni suivie de près d'aucun froissement, ni d'aucun coup à la tête ^ autant qu'on put le savoir en prenant des informations. Contre ce que rhéuïiplégie avait indiqué, je ne trouvai aucune lésion dans tout Fhémisphère gauche du cerveau; mais dans celui du côté droit je remarquai d'abord que les vaisseaux qui rampent à travers la pie-mère, surtout à l'endroit où ils répondaient au sommet de la tête, étaient fort; engorgés de sang, et je vis à travers la même méninge comme de l'eau qui aurait été mêlée avec des molécules d'air; cette eau existait réellement , mais elle était en si petite quantité, que cette méninge ne suivait pas facilement les doigts quand on la tirait. Ensuite je trouvai un vice singulier et assez grave dans la substance même du cerveau ; il était vers le sommet, et il avait trois ou quatre doigts dans le sens de la longueur de la tête, et autant dans le sens de sa largeur à l'endroit où il était le plus large; car il était beaucoup plus étroit dans quelques endroits. Or il commençait au bord supérieur de l'hémisphère, là où il est fort près de l'hémi-
2^8 CIJYQUANTE-SEPTIÈME LETTRE.
sphère gauche, et de là il s'étendait en largeur : il ne descendait pas plus d'un doigt en dedans, à partir de la surface du cerveau qu'il occupait. Toute la substance du cerveau, qui a été indiquée dans l'un et l'autre siège , était d'une couleur rouge mêlée d'un brun sale, et d'une mollesse non moins grande que si elle eût été coupée et pétrie pendant long-temps et avec force avec un gros couteau de manière à être rendue presque diffluente. Cependant elle n'était point fétide. Pour le reste du cerveau, il n'offrit rien contre nature aux recherches que je fis avec beaucoup de soin, si ce n'est qu'il était fort mou quand on le comparait avec le cervelet et la moelle allongée; de telle sorte que je ne trouvai même pas de l'eau épanchée dans les ventricules, bien que la glande pituitaire fût très-contractée et affaissée.
Enfin , comme je ne voyais point de mucilage dans le genou gauche , que je disséquai pour faire aux spectateurs extrêmement nombreux , qui avaient vu aussi les objets précédens, la démonstration des ligamens intérieurs, des cartilages et des glandes, je commençai à examiner toutes les parties avec plus d'attention ; elles étaient assez lisses, et je remarquai que la couche cartilagineuse de la partie de la rotule qui répondait au condyle externe du fémur, était comme usée, et offrait de petits sillons parallèles, peu profonds, comme si quelqu'un eût appliqué sur ellela pointe d'un scalpel, qu'il aurait promenée plusieurs fois
de haut en bas. Quanta la couche du condyle, que je nommais tout à l'heure, elle était tellement amincie dans la partie qui répondait à cette portion de la rotule, qu'elle paraissait un peu livide à cause de l'os qu'on voyait à travers elle. Mais ce qui était surtout remarquable , c'était un grand nombre de globules, dont les cinq pi us gros étaient presque tout aussi volumineux que des grains de raisin médiocre, et dont les autres, qui étaient au nombre de plus de vingt , se trouvaient ou un peu ou beaucoup plus petits que les premiers ; ils étaient tous blancs et d'une surface lisse; tous étaient séparés les uns des autres, et saillans dans l'intérieur de l'articulation; ils étaient attachés et même confondus par une petite partie, les plus petits avec le ligament capsulaire vers ses côtés inférieurs, de manière que quelques-uns étaient disposés en une ligne oblongue, et les plus gros avec la couche cartilagineuse, ou plutôt avec le bord de quelque glande mucilagineuse qui couvrait étroitement la couche cartilagineuse dans quelques parties des os qui appartenaient à la cavité de l'articulation; mais les uns étaient entièrement osseux, et les autres contenaient un noyau osseux sous une écorce cartilagineuse. Comme je voulais chercher aussi dans l'autre genou , pour voir si par hasard il y avait de ces globules, et s'ils manifesteraient mieux leur origine, je fus fâché de ce qu'on l'avait déjà enterré avec la plupart des autres parties.
23o CINQUANTE-SEPTIÈME LETTRE.
i5. Au reste, quelle que fût leur origine, il est une chose certaine, c'est que s'ils étaient nés des glandes mucilagineuses, ils avaient pu nuire à l'articulation en diminuant la sécrétion du mucilage, et que s'ils étaient nés d'autres parties, ils lui auraient été très-nuisibles en grossissant, s'ils ne l'avaient pas été jusqu'alors (ce qu'on ne put pas savoir d'une manfére certaine) Bien plus, si par hasard quelqu'un disait qu'un de ces globules osseux, très-petit, ayant été arraché de sa place par le mouvement du genou, se plaça entre le condyle et la rotule, et produisit sur les cartilages de l'un et de l'autre les vices qui ont été indiqués, celui-là ne parlerait pas tout à-fint contre la vraisemblance. Toutefois je me souviens qu'en examinant au même endroit les genoux de je ne sais quel homme, je trouvai que la couche cartilagineuse du même condyle était comme légèrement corrodée dans la partie qui couvre la rotule, et dans un espace qu'aurait pu couvrir l'ongle du plus petit doigt, et dans d'autres petits espaces voisins; et néanmoins on ne voyait aucun vice sur la rotule, ni ailleurs dans tout le corps, loin qu'il y eût aucuns globules.
3'ai cru devoir d'autant moins omettre la description de ces globules, qu'il me semble n'avoir lu (i) aucun auteur qui ait fait mention d'une maladie du genou de cette espèce. Cependant il
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(i) ^^id, Epist 69, n. i3.
DE LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. 23 t
a paru, pendant que je revoyais ceci, une observation de l'illustre de Haller(f), qui est assez semblable à la mienne, mais dans une autre articulation. En effet, en examinant les articulations de la mâchoire inférieure avec les os des tempes sur une femme décrépite, chez laquelle plusieurs artères, et quelques valvules du cœur offraient des écailles osseuses, ou des commeneemens d'écaillés, il vit que l'une d'elles était dépouillée de la couche cartilagineuse j et que presque la moitié du cartilage interarticulaire était détruite et perforée ; le même frottement qui avait détruit la coucke , V avait changée en près de vingt globules à demi osseux , et librement rassemblés dans la cavité de la capsule. Cette disposition extraordinaire n'existait point dans l'autre articulation ; mais tout y était dans l'état naturel. Si l'auteur eût donné plus de détails , je vous les ferais connaître , afin que vous pussiez comparer le tout avec mon observation; mais il ne put pas savoir lui-même d'une manière certaine, à ce qu'il paraît, quelle incommodité il en était résulté pour la femme.
Mais je n'ai pas lu non plus beaucoup d'auteurs qui aient parlé de ce genre d'altération de la substance du cerveau, que je trouvai sur la vieille femme dont il a été question , comme je l'avais observé à peu près sur un très-petit nombre d'autres sujets (2). D'ailleurs la paralysie n'est pas très-
(1) Progf, de indurat. corp. lium. parlib, , J. 5.
(2) Epist, 5 ^ n. 6 ; et Epist. 9 , n. 1 G , 18.
fréquente, non pas dans le côté opposé à la lésion du cerveau j mais dans le côté soujacent. C'est pourquoi vous pourrez ajouter cette observation à ce petit nombre d'autres que j'ai citées ailleurs (i) comme des exceptions, parmi un très-grand nombre de cas, qui leur sont opposés, à moins que vous ne disiez par hasard qu'ici la lésion ne fut pas subite, ou qu'elle se trouvait éloignée des parties du cerveau (savoir les ventricules et les protubérances qu'ils renferment), dont la lésion subitedonne priricipalement lieu à une hémiplégie qu'on observe ordinairement dans le côté opposé. Cependant il n'est pas facile d'établir si l'on peut dire cela de l'observation rapportée par le médecin napolitain Curtius, et que j'ai citée aillei?rs (9.). En effet, le côté droit étant paralysé par suite d'une apoplexie, il vit une altération de la substance du cerveau peu différente de celle dont je parlais toutàTheure, non pas dansThémisphère gauche, mais dans l'hémisphère droit tout entier, de telle sorte que les méninges elles-mêmes étaient changées en une substance muqueuse; quoiqu'on puisse trouver qu'il reste quelque doute, attendu qu'il ne dit rien des cuisses de la moelle allongée, qui se prolongent pour former ces protubérances. 16. Il y a une si grande analogie entre la goutte, dont il a été principalement question dans cette
(1) Epist. anat. i3, n. 25.
(2)Epist. 9,11. jg.
Lettre, et le rhumatisme, que ce n'est que tard que les qiédeciiis ont distingué l'une de l'autre, quoique cette di.stinction n'ait pas été faite assez tard, pour qu'elle l'ait été, pour !a première fois, vers le milieu du siècle précédent, comme le disent quelques auteurs , qui ne se souviennent pas de Baillou (i). Quant au rhumatisme, il n'en est fait aucune mention particulière dans X^Sepulchretuin y pas même à l'endroit où il aurait été le plus convenable d'en parler, savoir vers la fin de la onzième section de ce quatrième livre, qui appartient aux douleurs des parties externes. Cependant je n'en suis pas étonné, puisque je me souviens à peine d'avoir lu une dissection de rhumatique autre que celle dont j'ai connaissance d'après Drelincourt , et dont Havers fait mention dans son ostéologie (^), dissection dans laquelle Drelincourt vit une gélatine, concrétée sur la surface des muscles^ où elle avait V épaisseur de deux ou trois ducats. Cette observation pouvait être rapportée dans cette petite partie de la section du Sepuh chreturuy que j'ai indiquée, qui est très -courte et .composée en grande partie d'histoires rapportées ailleurs, et qui se termine par une qui avait déjà été décrite (3) dans une seule et
(i) Vid, ejus librnm de rheumatismo , et qusest. medic. illi adjectaiii.
(2) Disc. 4.^ ubi de rheiimatismo.
(3)Obs. 7, J. iiet7.
2o4 CIJVQUAiVTfi-SEPTliiUK LETTRE.
même page. Pour moi, qui ai traité ailleurs des objets relatifs aux autres parties de la même section, pour ne point paraître avoir entièrement omis cette dernière petite partie , j'ajouterai ici deux observations de Médiavia, dont la première appartient aux douleurs des parties externes, et dont l'autre semblerait avoir appartenu au même sujet, si la dissection n'avait fait connaître la vérité.
17. Un jeune homme, orfèvre, avait été tourmenté par une douleur située au côté droit des lombes et qui ne cédait à aucun remède. L'année s'étant ainsi écoulée, le côté gauche des lombes avait déjà commencé aussi à être douloureux , et il existait au cou des douleurs qui semblaient rhumatismales, lorsqu'il s'y joignit l'impossibilité de remuer les jambes, une hydropisie et une tympanite, et enfin la mort vers le milieu d'avril de l'aii ïySS.
Examen du cadavre, 11 ne fut permis de disséquer que les parties externes du cadavre qui avaient été le siège de la douleur extrêmement opiniâtre des lombes. C'est pourquoi, après avoir détaché la peau de celles-ci, et la membrane adipeuse, dans les cellules de laquelle on voyait un peu d'eau , et avoir enlevé ce gros tendon qui donne naissance au muscle très-large du dos, on ne remarqua aucune lésion sur ce tendon ni de \\\\i ni de l'autre côté; et lorsqu'on fut parvenu à ce gros corps charnu qui forme l'origine commune des muscles sacro-lombaire et très-long du dos, voilà
qu'on aperçoit une couleur insolite, telle que celle que nous voyons sur les vieilles armoires de bois de noyer; cependant elle n'existait pas dans la totalité du corps, mais seulementdans une étendue d'environ cinq travers de doigt en long et en large; elle pénétrait d'ailleurs si profondément de la surface à l'intérieur, qu'on la voyait également sur les muscles soujacens, sacro-lombaire et carré des lombes. Au reste, les fibres étaient ex- Iraordinairement relâchées et cédaient avec facilité dans tout ce trajet que j'ai indiqué, et elles se trouvaient persemées d'un très grand nombre de petits grumeaux de sang intermédiaires. Tous les vices que j'ai indiqués étaient d'autant plus apparens que les muscles étaient plus près de l'épine; mais, bors de cet espace lombaire, on ne remarqua sur les muscles ni couleur ni rien autre chose qui fût contre nature. Bien plus, il n'existait même pas de douleur très-forte là où ces vices se trouvaient. Voilà tout ce qu'on trouva dans les deux côtés des lombes , mais d'une manière beaucoup plus légère dans le côté gauche. i8. Je vois que vous me demandez ici deux choseSj d'abord d'où dépendait cette impossibilité de remuer les jambes, ensuite d'où provenaient les douleurs du cou. Quant à celles-ci , vous en conjecturerez sans difficulté la cause, si, vous souvenant de mes observations (i), que j'ai également con-
(»} A c! vers. nnat. 2 , animad. i5 in fin.
firniées les années suivantes^ vous n'ignorez pas que les muscles très-longs qui étaient viciés ici à leur origine, s'étendaient du dos au cou sur tous les sujets sur lesquels j'ai fait cette recherche. Mais, pour l'impossibilité de remuer les jambes, rien n'empêche de soupçonner qu'elle dépendait peut-êlre de ce que les lésions observées aussi sur les niuscles carrés des lombes, et qui étaient d'autant plus considérables qu'elles approchaient davantage des vertèbres, purent s'étendre à la fin aux nerfs qui forment les nerfs cruraux, et à plus forte raison aux muscles psoas eux-mêmes, puisque ces lésions se portaient de l'extérieur à l'intérieur; car ce qui prouve, attendu qu'on n'eut pas la faculté d'examiner le ventre, qu'elles ne s'étaient pas portées de l'intérieur à l'extérieur, c'est qu'il ne fut question d'aucunes plaintes relatives aux reins, ni d'aucuns signes d'une lésion de ces viscères, et que les jambes s'affaiblirent, non pas au commencement de la maladie, mais lorsqu'elle avait déjà fait de longs progrès.
19. Recevez actuellemement l'autre observation, qui, quoique paraissant appartenir à des douleurs externes, appartenait cependant en effet à l'intérieur, d'après ce qu'on trouva, et mérite d'autant plus par cette raison de ne point être passée sous silence.
qlo. Un moine de Padoue Agé de soixante-dix ans au moins, avait commencé à éprouver, après une fièvre accompagnée de froid, des douleurs,
qu'on croyait dépendredece qu'on appellefluxions. Ces douleurs semblaient avoir leur siège dans les muscles situés autour de l'un des os innominés, et un peu plus haut à la partie antérieure; elles étaient tantôt plus, tantôt moins fortes, de sorte qu'elles ne Tempêchaient pas de marcher. Après les avoir supportées pendant deux ou trois ans, il mourut enfin par leurs progrès, vers le milieu de juillet de l'an 1737, une tumeur dans laquelle on sentait une matière fluctuante s'étant manifestée à l'une des aines la veille de sa mort.
Examen du cadavre. Les parois de l'abdomen ayant ^té incisées à l'endroit de la tumeur pour chercher d'où cette matière était sortie, on trouva^ contre toute attente, une grande quantité de pus entre le péritoine et l'os innominé, qui était couvert à cet endroit par les muscles que je nommerai bientôt.
21. Vous penserez que cette observation est d'autant plus digne d'attention de la part des médecins 5 que les maladies internes peuvent en imposer plus facilement sous l'apparence de fluxions, et dégénérer en abcès de cette espèce, et qu'elles se cachent peut-être plus souvent qu'on ne le croit sous ce masque. Il est certain qu'un seul chirurgien a vu trois fois ce cas; c'est le célèbre Bénévoli (i) , qui ajoute que la même chose a été également observée par Quercius, et qui explique
(i) Due relaz, chir. y vid. 1
^38 CINQUAiNTE-SEPTlÈME LETTRE.
savamment de quelle espèce sont les tumeurs placées près des muscles que nous appelons psoaS;> ou iliaques internes, comment elles peuvent être la cause de contractions incommodes aux cuisses, et comment, quand elles tombent à la fin en suppuration, elles peuvent envoyer le pus au haut des cuisses. Mais vous verrez ces détails plus au long dans l'auteur lui-même. En attendant, adieu.
DE LA MALADIE V ï N£ RI E J\ JX E. ^39
LVIIP LETTRE AN ATOMICO -MÉDICALE.
De la Maladie Vénérienne.
T. Daivs les Lettres que je vous ai écrites jusqu'ici, je vous ai communiqué un très- grand nombre d'observations qui sont relatives à la maladie vénérienne. C'est pourquoi il n'y a pas de raison pour que vous vous étonniez, si je dis qu'il m'en reste à peine quelqu'une, que je décrirai dans celle-ci. Mais si vous jetez les yeux sur les Lettres que je vais citer immédiatement, vous , verrez que je vous ai satisfait, puisque je n'ai point négligé de faire mention de cette affection à l'occasion d'autres maladies qui dépendaient d'elle, ou qui coexistaient avec elle, et que je n'ai point omis non plus les lésions intérieures qui semblaient produites par elle.
2. En effet, en parlant dans la première Lettre (i) de douleurs atroces de la tête, j'ai fait connaître quelle lésion existait dans les méninges, au cer^ veau et au cervelet; et en traitant de l'épilepsie dans la neuvième (2), j'ai dit quels étaient les vices du cerveau et du crâne. Dans les quarante-
deuxième (i) et quarante-quatrième (2), il est question de lésions qui furent remarquées ou sur Fépiglotte seulement, ou sur d'autres cartilages du larynx, et sur la trachée-artère; et les mêmes Lettres (3) (4) font mention de vices intérieurs de l'aorte, en sorte qu'il est moins étonnant, cela admis , qu'il soit dit, dans la dix-huitième (5), que cette artère avait pu se dilater en un anévrisme, et, dans les quarantième (6), vingt-septième (7) et cinquante-troisième (8), que l'anévrisme, ou l'aorte elle-même avaient pu se rompre. Il est quesûon d'un poumon purulent dans la dix -huitième (9), et surtout dans la vingt -deuxième (10); il e.^t dit, dans les quatrième (11), quarante-deuxième (12), quarantequatrième (i3) et quarante-huitième (î4),que les reins, ou d'autres organes urinaires étaient purulens, ou lésés d'une autre manière. D'un autre côté la quarante-septième (i5) fait mention d'une excroissance dans l'utérus, ainsi que d'une cicatrice au bas du vagin près de l'urètre. Il est parlé dans
(2)N. i5. (10) N. 10, II, i5.
(3)N. 39. (ii)N. 19,
DE LA MALADIE VÉNÉRIENNE. O^I^l
la quarante- quatrième (i), d'une humidité et d'une rougeur insolites de l'urètre chez Thomme ; et la même Lettre (2) , ainsi que la quarantedeuxième (3), parlent du rétrécissement de l'urètre dans quelques endroits et de sa contraction y tandis que ces deux dernières (4) t (5), la quatrième (6) et la quarantième (7) font mention d'excroissances, ou de restes d'une excroissance dans l'urètre. Pour omettre la cinquante-deuxième (8), il est question dans la huitième (9), la vingt-septième (10), la quarante-deuxième (i i), et la quarante-quatrième (12), de la destruction de tous, ou d'une partie des grands canaux, et enfin cette dernière fait mention d'autres traces (i3) de lésions de l'urètre, ou de son inflammation (14) k l'endroit où la glande de Littre l'entoure, ou de l'endurcissement (i 5), oude l'atrophie (16) de l'une des glandes deCowper, ou du mauvais état (17) des orifices des conduits de l'une et de l'autre, ou de l'obstruction des orifices des conduite qui ap-
(2) N. 10. (lïjN. 39, 4a.
(4)N.7, lo, 18. (i3)N. 9, 14.
(8)N. 3o. (i7)/è«rf.