IX
S>4? CINQUANTE-ICIJITIEME LETTRE.
portent (i) le sperme, ou enfin de Tatrophie et du dessèchement (:?.) des vésicules séminales.
3. Au reste, les observations des lésions que j'ai indiquées ne sont pas les seules que je vous aie envoyées ;mais j'ai encore parlé fort au long, surtout dans les deux Lettres que j'ai citées fort souvent, la quarante-deuxième et la quarantequatrième, de certains vices qui accompagnent la maladie vénérienne, ou qui la suivent, savoir de la gonorrhée, et de ce qu'on appelle caroncules de l'urètre. En effet, je n'ai point négligé de dire dans cette quarante-deuxième Lettre (3) ce que d'autres ont senti , ou vu, et ce qu'il m'est arrivé de voir moi-même relativement à ces caroncules. Pour les gonorrhées, comme la quarante-quatrième Lettre y est consacrée tout entière, j'ai rapporté par ordre ce que les autres et moi avons vu sur les différens sièges de cette maladie, sans omettre certaines autres choses qtii lui sont relatives. Ainsi, comme je ne veux rien répéter, il me reste à décrire ici trois ou quatre observations qui me restent par hasard sur cette affection. Les deux premières sont de Valsalva.
4. Une femme qui avait passé sa cinquantième année, ressentit une douleur à la mâchoire inférieure pendant qu'elle avait un écoulement de
{2)Ibid, (3)N. 38etseq.
DK LA. MALADÎE VÉNÉRÎENJNÈ. 24^
sang tellement abondant, que plusieurs personnes songeaient à le diminuer avec un fer rouge , s'il ne se fut enfin arrêté de lui-même. Peu de temps après elle commença à éprouver des douleurs aux ôs; et, après les avoir éprouvées pendant longtemps, elle se mit à se plaindre, toutes les fois qu'elle se remuait, que tous ses os se brisaient; et effectivement les assistans entendaient alors un bruit aux articulations. Outre cela il arriva ensuite que les os des membres inférieurs commencèrent à se fléchir , comme s'ils eussent été de cire , et à être douloureux même par un léger mouvement-
Ex amen du cadastre. Enfin lorsqu'elle fut morte, on trouva les os innominés, ceux de la cuisse et de la jambe, et ceux qui forment la voûte du crâne, flexibles comme s'ils eussent été du papier un peu gros; ils étaient spongieux à leur surface, mais ils se trouvaient cariés à leur centre en quelques endroits.
5. Valsalva a omis d'écrire par où ce sang abondant, dont il est question au commencement de l'histoire, s'écoulait. Mais j'ai appris de ceux qui avaient vu autrefois la femme avec lui et pendant sa vie et après sa mort, qu'elle avait un abcès à Fun des côtés du cou, de sorte que je conjecture que c'est par cet abcès qu'il s'écoula. Les mêmesi personnes ajoutèrent que quelques autres os encore, entre autres quelques côtes, et les os des pieds, étaient flexibles sur le cadavre, et qu'ils avaient reçu le scalpel comme des cartilages; tan-
dis que tous les os qui cédaient à la flexion ou à L^ compression, avaient rendu, au moment où on exerçait celle-ci, une humeur c|ui était comme du sang délayé. J'ai vu moi aussi ensuite ces os; car Valsalva les avait conservés. Les os oblongs étaient bien courbés en forme d'arc, tandis que ceux qui formaient la voûte du crâne étaient déprimés de manière à présenter une surface plane^ et tous avaient une couleur sale (parce qu'on n'avait pas pu les nettoyer dans la substance intime) et une mauvaise odeur, et ils graissaient les mains quand on les touchait. Mais comme il y avait déjà long-temps qu'ils étaient gardés, je ne pus pas voir quelques objets que j'aurais cherchés s'ils eussent été frais, même sur le cadavre; entre autres choses, j'aurais cherché comment leurs têtes se trouvaient dans les articulations, c'est-à-dire si elles étaient plus ou moins cou« vertes de mucilage, à raison de ce bruit que les assistans entendaient dans ces parties lorsque la la malade les remuait, et surtout dans quel état étaient les parties génitales sur une femme que l'on disait infectée de la maladie vénérienne, au point qu'on ne doutait pas que celle-ci ne fût la cause de cette grande altération des os.
6. Il existerait des exemples très-anciens de ramollissement des os, s'il était certain, ce que Sachs fi) semble croire avec Pierre à Castro, que
■ I " ' ' ' ' " ■ ' I II ■ I . I II' I ..i.. I I ■ . . m
(i) Tn schol. ad obs. 87, a. i, dec. 1, Eph. N. C.
DE LA MALADIE V É JV É H J E N NE. ^/jS
cette maladie a été appelée alachad et alzemena jmr les Arabes ^ et traitée par Asncenne^ comme i! est certain, d'après la traduction (f) des mots arabes en latin, faite par André de Bellune, et qui a été publiée avec Avicenne, que V alzemena^ ou zemena existe quand le malade ^ par suite du rainollissemeiit y ou de la paralysie des pieds ou des mains, ne peut point remuer ces membres ; en sorte que ce litre de Tobservation de Pierre à Castro, sur le ramollissement des membres et des os y semble bien convenir à la paralysie des membres, ou, d'après l'expression de l'interpète d'Avicenne, à leur ramollissement (2), mais non à celui des os. Cependant ils sont assez anciens ces exemples qui fîircnt rapportés autrefois par Fernel (3), et par Ruel cité par ce dernier, avec des détails sur Theureux traitement qui consistait dans l'emploi des bains d'eau aluraineuse, et qui fut snivi aussi par d'autres, comme vous le comprendrez d'après Sachs (4). Mais de même qu'on ne put savoir^ dans ces cas , quelle était la structure, ou la nature des os ainsi ramollis, qu'on aurait trouvée par la dissection, puisqu'ils recouvrèrent leur fermeté; de même je ne l'ai point appris, comme je Fespérais, dans les autres auteurs qui ont coutume d'être cités,
( I ) A d vocem Alachad,
(p) yicL c. '■}. ^ Fen. 2, 1. 3^ can. Avicen.
(3) De abdit. rer. caus.^ l. 2 . c. 9.
(4) Scliol. cit.
246 CINQUAÎfTE-HUlTïilJÏE LETTHE,
par exemple, dans Jecq. Houllier (i), G. Fabrice de Hilden (2), P. Borelli (3), Th. BarthoUri (4), D. Prottenius (5), dont il a été question. Je passe même sous silence une altération qui serait plutôt particulière à quelque os déterminé que commune à ia plupart; et je place dans cette catégorie, ce qui a été rapporté d'après Bartholin déjà cité, dans les Éphémérules de l'Académie des Curieux de la INature de Vienne (6). C'est pourquoi, desceadant aux auteurs qui ont fleuri de notre temps , j'ai trouvé d'abord parmi les Italiens, Gabrieli (7), qui disséqua, pas plus tard que l'an quatre- vingt» dix-huitième du dernier siècle (car GagliarJi (8), qui décrivit fort succinctement celte observation l'année suivante, a dit qu'elle lui avait été coa/zmuniquée tout nouvellement^^ qui disséqua, dis-je, vers cette année, les os d'une dame, dont aucuns n'avaient conservé leur dureté première, tandis que presque tous les os oblongs étaient devenus flexibles dans tous les sens , et étaient convertis en une chair, non point fibreuse, il est vrai, mais rougeâlre. Après cette observation, j'en ai lu une
(1) In adjectis, I. i, de morb. int. raris quibusd.^ n, 7.
(2) Cent. I, obs. cliir. 45, et cent. 6, obs. 74.
(3^ In fin., epilog. additi ad cent. l\, hist. et obs. med. phys.
(4) Cent. 6, hist. anat. 40.
(5) In Act, med. Hafn. , vol. 3, obs. 24.
(6) Obs. 37, suprà cit.
(7) Epb. N. C. , dec. 3 , a. 2^ obs. 1.
(8) Anat. oss., c. 2 , obs, 3.
DE LA MALADIE VÉNÉRIENjNE. Q./^'J
autre semblable, de Courtial (i), sur une autre femme; et même sur celle-ci, tous les os, excepté les dents, dontGabrieli n'a pointparlé, avaient pu être fléchis, comme ils ressemblaient tous à des chairs fongueuses, molles, et abreuvées d'une sé^ rosité sanguinolente. Quoique je voye, au reste, que certauies observatiorjs du célèbre chiriirgien Petit (2) ne spnt pas d'un autre genre, puisqu'il y est question d'os changés en une substance semblable à de la chair, tandis que, d'après ce c|cu'U a noté, les cartilages voisins, ou intermédiaires, étaient sains, ce qui a rappelé à ma mémoire ces ligamer;is cartilagineux , épais, interposés entre les corps des vertèbres, que je trouvai (3) dans l'état sain, bien que ces corps eussent été profondément viciés par un anévrisme; néanmoins, comme ces observations de Petit relatent que cette maladie n'exista jamais sur plusieurs parties à la fois, et qu'elle coexista toujours avec une tumeur, je ne puis point les rapporter à l'espèce dont je parle. Mais je ne p.eux point y rapporter non plus plusieurs autres histoires, comme celle de Mauchart (4) , àixns laquelle les parties extérieures de l'os de la cuisse étaient développées, et tellement ramollies qu'elles cédaient au manche du scalpel,
(i) Hiiit. de i'Acad. Roy. des Se. , ann. 1700, obs. 2.
(2) Mém. de la même Acad./a. 1722.
(3) Epist. 40, n. 2Ô et 29.
(4) Eph. N. C. , cent. 9, obs. 3o.
248 CIIVQUANTE-HUlTrÈME LETTRE.
et même aux doigts, et que quand on les pressait^ elles laissaient écouler une espèce de moelle sanguinolente, semblable à celle qui se trouve dans les petites cellules des os; ou comme celle qui a été publiée deux fois d'après Nebel (i) relativement à une bien plus grande partie du même os, qui était convertie en une grande mas.^e blanchâtre et spongieuse, si ce n'est que des lames très-petites et très-nombreuses étaient encore éparses dans l'intérieur de celle-ci , et que le système médullaire était à demi déchiré et vide, le tout étant embrassé dans une membrane blanche, un peu dure, et même presque cartilagineuse^ qu'on crut être le périoste. Vous verrez qu'Alex. Camérarius (2) observa aussi une membrane semblable, qui enveloppait des tumeurs, au-dessous desquelles certaines parties des os du bras et de la éuisse étaient tellement détruites, sur un enfant rachitique, qu'elles se changèrent en une matière liquide, point fétide, blanche, semblable à du lait grumeleux, ce qui fit qu'il nommait la maladie. Carie blanche des os. Si vous avez une dissertation de Platner, intitulée de Thoracibus ^ vous pourrez voir si par hasard ce que j'ai lu sur cette dissertation dans les Actes des Érudits (3), appartient à ceci, et jusqu'à quel point il lui appartient : Z^^«>
(1) Act. N. C, tora. I, oTbs. 1, et lom. 5, obs. m.
(2)Tom. eod. 1, obs. 5"^.
(3) A. i75ii^ m. sept. p. 2, exejusdiijserlationuin;, p. 139.
DE LA. MALADIE Vl^JV É RI E N IV E- ^49
OS des hommes avancés en âge se ramollissent quelque/ois contre nature^ et deviennent si mous et si fragiles y qu'ils sojit diffluens comme des liquides; ce que je sais par ma propre expérience pour Vos innominé droit d'un certain homme.
Enfin , pour revenir des os diffluens aux osqu'oa peut fendre facilement, il existe une observation de l'illustre de Haller (r), sur un péroné, qui, sans changement de son périoste, était entièrement charnu , ou semblable à un cartilage mou , pouvait se couper presque comme du fromage dur, et était tuméfié, et rongé intérieurement par un ulcère fétide. Quoique tout cela n'appartienne pas plus que les observations de Petit à l'histoire en question , pour l'une des deux causes dont il a été parlé plus haut, ou pour toutes les deux, je n'ai cependant pas voulu le passer sous silerîce, ne doutant pas que quelqu'un des états observés sur chaque partie, ne puisse quelquefois être transporté pour l'intelligence à ce qui se rencontrera sur plusieurs à la fois , ou sur presque toutes.
Mais actuellement, pour rapporter à l'espèce de maladie que j'ai entrepris d'examiner ici, les observations de Gabriel i et de Courtial , citées plus haut, et qui sont encore semblables à celle qui a été décrite d'après Valsai va , en ce que les douleurs des os dans tout le corps avaient précédé le ramollissement; il est certainement étonnant qu'après
(i) Opiuc. palhol., obs. 54.
une si grande ressemblance dans les maladies pendant la vie de ces trois femmes, bn ait trouvé une telle différence entre leurs os après leur mort, que, tandis qu'ils ressemblaient à de la chair sur deux, ils étaient bien spongieux et cariés sur une, mais en conservant cependant leur étal osseux. Au reste on trouve une différence bien plus grande encore dans l'exemple cité par Boerbaave (i), à moins que vous n'aimiez mieux, par hasard, la faire dépendre, dans ce cas et dans d'autres analogues, de ce que la maladie était fort avancée. En effet, le sujet qui avait les os ramollis pendant sa vie, et qui avait éprouvé des douleurs très vives, avait, après sa mort, les os tout-à-f ait semblables à de la bouillie ^ telle qu'on la prépare avec des os dans la machine de Papin. Puisqu'il en est ainsi, vous comprenez bien que si quelquefois des maladies de celte nature se représentent, il faut que le médecin soit prudent dai^s le pronostic qu'il a à porter sur l'état des os, puisque sur quatre cadavres on trouva trois états si différens les \\x\^ des autres.
7. Mais, de ces trois états, celui que Valsalva trouva ne peut même pas être rapporté à celui que les médecins ont observé quelquefois, surtout à la suite de la maladie vénérienne, c'està-dire à luie.carie tellement avancée, que les os se cassaient sans aucune difficullé sur le cadavre , ou par un mouvement quelconque lorsque le
■— — — — ■ Il I I M— i^»i I I I iim II I II I— «w— — 1».— i— ■— M— ■.
(1) Préçlect. ad Instit. ; §. 4<^'«
J>E LA. MALADIE VÉNÉ RI H JV N E. 25l
^ujet vivait encore. Pour ne pas vous mener trop loin, vous avez, dans celte neuvième section (i) du Sepulchretum y et dans la cinquième (a) de ce même quatrième Livre , de ces sortes d'exemples , que Blaw^ (3) et d'autres ont publiés par citation. En effet, sur la femme de Valsalva ,dont il a été question , les os étaient bien spongieux à leur surface, et cariés dans quelques endroits à leur centre seulement; mais il n'y avait point de carie dans les autres endroits de leur centre, ni dans toute la partie qui se trouve entre celui-ci et leur surface; aussi ne se cassaient-ils pas , mais ils se courbaient, et faisaient voir par là que dans la partie qui était de beaucoup la plus considérable, les fibres n'étaient pas rongées, mais ramollies. Mais d'où dépendait ce ramollissement ? car s'ils fussent devenus charnus ou pultacés, vous pourriez suivre l'opinion d'hommes très-ingénieux, qui conjecturent que les parcelles osseuses qu'ils croient être usées ou détruites par les os, même sur les sujets sains, n'avaient point été remplacées par de nouvelles parcelles de la même espèce, comme cela devait être, mais par des parcelles bien différentes, qui ne devaient jamais parvenir à la dureté osseuse.
Si donc vous voulez recourir aussi à des con-
(i) Eph. N. C, dec. 3, a. 7 et 8^ obs. i5i. (ii)Obs. I, §. i3, 14. .
(3) Obs. i^ ^. 2, etschol.^ ad §/io.
2^2 CIJVQUAlYTE-HUrTlÈME LETTRE.
jectures, il faut imaginer ici une humeur, qui, en se transportant aux os, puisse les ramollir; car Ruysch (i) a démontré qu'il y en a une qui peut produire cet effet hors du corps, c'est-à-dire lorsque les os sont beaucoup plus durs, lorsqu'il a écrit qu'une liqueur, dans laquelle il avait conservé des côtes, étant devenue plus acide, les avait tellement ramollies, qu'on put les plier comme une ficelle, en forme de spirale, ce qu'il confirma ensuite en en faisant macérer d'autres dans une liqueur acide; car il put (o.) leur donner la forme des lettres C et P. Au reste, il a prétendu , dans la seconde partie (3) de ses ^d^ersaria^que la même macération long-temps prolongée, ramollit et rend flexibles, non-seulement les côtes, mais encore les os humains en général, et il a même positivement ajouté ceci : JSe voit-on pas , cV après cela y la raison de la maladie mémorable dont fut affectée y en France ^ une fille qui avait tous les os mous comme de la pâte? Mais comme il n'a parlé dans les expériences dont il a été d'abord question, que des côtes âe petits enfans y et qu'ici, où il avait le même objet en vue, il a fait mention des os {JCenfans ; à ces faits vous pourrez ajouter que Hunauld fit voir à l'Académie Royale des Sciences de Paris (4) des os qu'il avait fait macérer
(i) Thés. anat. 6, n. i3.
(2) Thés. mâx. , n. 164, et thés. iiov. , n. 129.
(4) Hi•^t. a. 174^; ohs. de phys., etc. 7,
DE LA MALADIK V É N i R I E N ?f li. ^53
dans du vinaigre, et qui avaient été ramollis delà lïiéme manière; et comme on ne voit pas sur quels corps ces os furent pris, vous pourrez réunir ce cas à ce que les hommes célèbres, Fauchy et Geoffroy, rapportèrent (i) à la même Académie relativement à deux cuillers d'ivoire, dont Tuiie^ laissée par oubli dans du lait pendant long-temps , et par .conséquent dans du lait devenu acide, fut trouvée flexible comme du cuir, et dont l'autre, qui était petite et qui fut vue par la même Académie , était devenue flexible et transparente comme de la corne, après être restée pendant longtemps dans la préparation qu'on appelle moutarde. Pour revenir au vinaigre lui-même, je voudrais vous faire remarquer aussi qu'après que les os que Hunauld montra eurent été ramollis par le vinaigre, ils recouvrèrent en macérant dans de l'eau, leur ancienne dureté, qu'ils perdirent de nouveau en macérant dans du vinaigre. Or de tout cela, ainsi que de ce qui a été dit plus haut (a) des bains d'eau alumineuse, qui rendirent à des os la fermeté qu'ils avaient perdue sur des sujets vivans, je désirerais que vous tirassiez un nouvel argument en faveur de la multiplicité et de la variété des causes et des altérations qui rendent les os flexibles; car certainement s'ils eussent été charnus ou pultacés, il n'aurait pu'y avoir lieu à
(i) /è/ûf. , et liist. a. 1743^ obs. de pbys., et c. i3, (2) N, 6.
254 CINQUANTE-HUlTli^MK LETTRE*
aucun remède. Que si tout le monde était d'accord que les os sont flexibles comme de la cire sur les enfans racliitiques, et que Mayou ne prétendît pas comme vous l'avez vu aussi dans \q Sepulchretum (i), qu'ils sont au contraire plus fermes que sur les outres sujets^ je parlerais ici de certains remèdes externes qu'on dit leur avoir été utiles, et je les comparerais avec l'expérience de Hunauld. Mais je trouve que cette mollesse des os^ semblable à celle de la cire, est bien propre, mais non absolument nécessaire à l'explication de leurs courbures, qu'on observe chez ces enfans, mollesse à laquelle il suffit d'être beaucoup plus considérable que chez les adultes ( comme l'âge l'exige), pour que la force prépondérante des muscles qui appartiennent à quelque face des os, courbe ceux-ci dans ce sens, comme il a été dit dans un autre endroit (2), où j'ai parlé du squelette d'une jeune fille que Méry {6) a décrit, efe dont il a donné l'explication. Voilà pourquoi je n'ai pas cru que ce fût à ce sujet qu'appartinssent, soit l'extrême courbure des os des membres de cette jeune fille, et la petitesse de la taille qui en résulta (bien que des accidens semblables aient eu lieu sur des sujets chez lesquels j'ai dit que les os étaient devenus charnus ou
(ï) L. 2, s. \iin un,
(2) Epist. 27, n. 33, 34.
(3} Mém. de FAcad. Roy. des Se, a. 170G,
pultacés), soit la petitesse des nains qui est le résultat de la torsion des os produite par le rachitisme, quoique je sache que tous lés nains ne sont pasrachitiques. En effet, si par hasard vous doutez que quelques sujets puissent naître avec un corps très petit, et prendre peu d'accroissement, les os étant droits et tous les membres bien proportionnés, vous pouvez en être convaincu, même par ce dernier exemple que vous lirez dans l'Histoire (i) de FAcadémie citée, et qui est relatif à un enfant de cette espèce, déjà âgé de cinq ans, et qui cependant n'avait pas plus de vingt-deux pouces de long.
Maintenant, avant de passer à d'autres objets, aux causes de la flexibilité et de la fragilité des os dont il a été parlé plus haut, je veux ajouter aussi les suivantes. Dom. Gagliardi (^^) a pensé que lés os deviennent mous, et par conséquent fragiles sur les sujets chez lesquels ils ne sont pas assez durs naturellement ; qu'en effet ils n'ont pas la même dureté sur tous , mais qu'ils sont plus durs chez les uns et moins chez les autres, suivant le différent degré de cohérence et de consolidation du suc osseux (ce qu'il aurait peut-être pu confirmer par la circonstance qu'ils se ramollissent beaucoup plus souvent chez les femelles que chez les mâles); et que ce que l'on appelait
- • • I I I II I 11 I « . . i. I I ■« I. m ■ ■"
(i) A. i74^> obs. anat. 8.
(2) Obs. 3 siipià, ad n. 6 cit.
2i56 GIx\QUAJ>rTE-HU ITIÈME LETTRE.
le gypse osseux, c'est-à-dire \ alcali ^ est ramolli par des acides qui se précipitent dans les vaisseaux des os, et que c'est pour cela que ceux qui sont sujets aux douleurs rhurnatismales et goutteuses ^ surtout en France ^ sont aussi sujets au ramollissement des os.
Par là il a prévenu ceux qui ont confirmé plus tard, comme je le disais un peu plus haut, que les liqueurs acides ramollissent les os. Et en effet, les os sont devenus flexibles plus d'une fois chez des rhumatiques et chez des goutteux, comme l'apprennent des observations, auxquelles vous ajouterez encore celle du célèbre Targioni (i), sur une femme chez laquelle la violence des douleurs articulaires avait courbé les humérus, les cubitus et les radius en forme d'arc. Au reste, comme personne ne peut prouver que les humeurs soient infectées de parcelles acides dans les affections queGagliardi a nommées, vous emprunterez à cet auteur tout ce qu'il vous plaira, et vous laisserez le reste.
Quant à la fragilité des os, le célèbre Louis (2) a fait voir qu'elle n'est pas toujours produite par la carie. En effet, comme il disséquait le cadavrç d'une femme qui s'était cassé l'humérus, et bientôt
(1) Prima raccolta d'osservaz. med. nella descriz. d'un tumore foUicul.
(2) Vid, Act. Erud., a. 1751/m, jim., p. i, ubi de ejus observation ib.
T>E LA MALADIF. Vl' NÉll T ENIV E. 2.5j
^près le iénuir en faisant un léger effort, il trouva les os non cariés y mais secs et fragiles y et la moelle également sèche et friable ^ et dépourvue des parois des cavités osseuses, h. la vérité, celte femme était âgée de soixante ans; mais elle était d'une constitution fort grasse, et en outre bien portante et vigoureuse, si ce n'est qu'elle était affectée, déjà depuis quelque temps, d'un cancer des mamelles. Ptecevez actuellement l'autre histoire de Valsalva que j'ai promise.
8. Un homme de Bologne était maltraité par des douleurs vénériennes qui revenaient chaque jour à une certaine période; ces douleurs avaient leur siège à la diaphyse du tibia, et à sa malléole, mais à celle-ci principalement, où l'on voyait et l'on sentait avec les doigts une petite tumeur un peu molle. Les moyens internes et externes ayant été employés inutilement, Valsalva soulagea le sujet avec le scalpel. En effet, les tégumens communs ayant été mis de côté, il retira uneg^e/a/me jaune, peu abondante, qui, placée entre ces tégumens et les tendons soujacens, formait la tumeur; et le lendemain la douleur ne revint pas à la malléole. Cependant, comme le malade disait qu'il lui semblait qu'on le piquait avec des épingles quand on comprimait les tendons du voisinage, on comprit facilement que quelque portion de cette gélatine était cachée au-dessous d'eux; ayant enfin retiré toute cette portion avec adresse et d'une manière insensible jusqu'à Fos, sans intéresser \ IX. 17
:258 ClNQlJAIVTE-IIUfïrEME LETTRE.
les tendons, ce sentiment de piqûres d'épingles se dissipa également. Mais la douleur du tibia persistait contre son attente; car il Tavait regardée comme sympathique. C'est pourquoi le périoste fut mis à découvert avec le scalpel, et il ne fut pas trouvé tout-à-fait dans Fétat naturel, en sorte qu'il fallut le séparer de l'os, qui du reste était sain. Cela fait , aucune douleur n'exista plus; les plaies furent facilement amenées à la cicatrisalion, et le malade fut renvoyé sain et sauf.
9, Je me souviens que Valsalva ajouta, en me faisant le récit de cette observation (car il ne Va point laissée par écrit) , qu'il avait également enlevé a'vec succès et de la même manière d'autres tumeurs vénériennes semblables, de telle sorte que ni elles, ni les douleurs ne revinrent ensuite. Or il les rapportait parmi ce qu'on appelle gommes vénériennes, persuadé qu'il n'est point nécessaire que toutes celles-ci se forment au-dessous du périoste, ni qu'elles soient embrassées dans une tunique particulière. Rien n'est plus semblable à l'observation en question que celle que j'ai citée aussi ailleurs, et qui est de Fabrice d'Aquapendente (ï), si ce n'est que la tumeur existait, non pas à la malléole, mais au carpe; cette tumeur produisait des douleurs violentes lous les jours à des heures fixes, et elle était formée, comme on le trouva avec le scalpel, par un peu de pituite
(i) De chirurg. oper. ubi de arliculor. iist.
DE I- A MALADIE VENERIENNE. 2^9
concrète, d'après le langage ne ce temps, laquelle était transparente, et touchait les lendous internes. Au reste, je crois que c'est une matière de cette espèce que désigna Nie. Massa , lorsqu'il écrivit qu'il trouva, comme vous l'avez dans le SepuI^ c/iretum (i)^ les os douloureux coiwerts d'une matière pituiteuse ^ sur les cadavres de sujets qui avaient été tourmentés pendafit leur vie par la maladie vénérienne; or il avait disséqué plusieurs de ces cadavres. Fracastor (3)a aussi indiqué cette rnatière par l'expression d'une certaine viscosité observée sur les tendons et sur les muscles, à l'endroit où il dit que la cause des douleurs produites pendant la nuit par la même maladie fut trouvée dans les dissections qui furent faites ; et il a écrit positivement que les gommes consistent dans une pituite concrète. Il n'importe pas d'ailleurs que Fabrice d'Aquapendente n'ait pas donné à cette tumeur, qu'il excisa , le nom de vénérienne ; car il admettait (3) que les gommes sont produites souvent par cette cause, et non toujours.
Du reste, j'aime mieux que vous jugiez par vous-même, que de vous le dire, si deux hommes du premier mérite en anatomie et en chirurgie , Fabrice 'et Valsalva , se sont trompés dans cette occasion en ne doutant pas que les tendons ne
(i) Sect. lîâc g, obs. i, §. i.
(2) De morb contag. , 1. 2^ c. 12
(3) L. cit. ubi de gummatib.
a6o CINQUANTE-HUITIEME LETTRE.
fussent le siège des douleurs ; ce dernier y ajoutait le périoste. Quant auxgommes,sans vous éloigner de cette section du Sepulchretum ^ vous comprendrez qu elles n'ont pas toujours leur siège entre le périoste et l'os, non-seulement d'après Rhodius(i), qui vit dans ce même amphithéâtre, à l'ouverture d'un crâne, trois gommes blanches ^ dont knX. Molinetti fit la démonstration, et qui étaient inhérentes à la dure-mère y mais encore d'après Guarinoni (2), qui écrit avoir vu des gommes formées dans le cer^ K^eau. Je cite surtout ce dernier siège, parce que celase trouve écrit à côté de l'observation du même auteur, dans laquelle on lit que trois petits coips ^ qui étaient comme des gommes vertes ^ furent observés dans le cerveau d'un homme, qui, à la suite de la maladie dont je parle, devint sujet à Tépilepsie et à des convulsions, et qui finit par succomber à un assoupissement très-grand. Comme il est également question de cette cause et de ces maladies dai^is l'histoire que je vous ai décrite ailleurs (3), vous pourrez comparer entre elles les deux observations, et examiner de nouveau, si vous voulez, ce que je laissai alors irrésolu (4) relativement à ce petit abcès arrondi de l'intérieur du cerveau, savoir s'il appartenait aux gommes :
(i)Obs. I, §.9.
(2) In schol. iilt. yd additam,
(3)Epist. 9, n. 23.
DE LA MALADIE VENERIENNE. S>6l
et, en le faisant, vous vous rappellerez en même temps les gommes de la tête , qui, dans les cas les plus ordinaires, commencent sous les tégumens de cette partie, et qui, si on ne s'en aperçoit pas de bonne heure, rongent le crâne, comme la même histoire le fait voir; car on regrette, dans cette section du Sepulchrelum ^ des observations de cette espèce, dont il faudrait par conséquent l'augmenter, entre autres celle que le célèbre Heister (i) a rapportée avec la dissection du cadavre.
lo. Après avoir rapporté les deux observations de Valsalva qui restaient , j'en ajouterai un égal nombre des miennes, en commençant par celle qu'exige surtout le sujet commencé sur la carie qui ronge le crâne. Car, j'ai observé moi-même, et vous comprendrez, même sans la dissection du cadavre , combien cette carie s'étend au large , si on ne s'y oppose à temps.
u. Une vieille femme était couchée à l'hôpital des incurables de Bologne, pour une carie vénérienne qui avait détruit une si grande portion de l'os pariétal gauche et de la partie voisine du frontal, qu'on voyait le cerveau par x\n trou de trois travers de doigt dans tous les sens, et qu'on pouvait voir, en touchant l'artère au carpe, le cerveau s'éleveret s'affaisser dans le même instantque cette artère battait* Pour que vous nen doutiez pas , je le vis fort souvent cette année, c'est-à-dire l'an
(i) Dissçrt. de oss. tumorib. , îi. i5.
26l CINQUANTE-HUITIÈME LKTTRj:.
1700, si je m'en souviens bien ; car la femme ne vécut pas peu de temps à Thôpital , quoique le virus corrosif ne fut pas encore entièrement détruit, et que ruicération, qui existait extérieurement autour des bords du trou, ne se cicatrisât pas. Quant à la membrane du cerveau lui-même, on la voyait brillante et saine.
12. Je n'ignore pas que si la carie continue, elle détruit le crâne dans une bien plus grande étendue; car , pour omettre d'autres auteurs , j'ai lu Fallopia(i) qui écrit qu'il observa Valtération et la destruction tantôt de tout le sinciput^ tantôt aussi d'une -partie de V occiput ^ et dans quelques cas Valtération de tout le crâne. J'ai vu cela moi-même^ dit-il, pour la première fois sur nia> tante , qui avait reçu la maladie française de son mari; je lui enlevai tout le crâne ^ la membrane se couvrit d' une pellicule y et Von sentait toujours le mouvement de la méninge qui battait. Il ajoute c\uil possède encore plusieurs autres exemples qui ont eu lieuici et ailleurs. Mais , sur cette vieille femme, il n'y avait aucune pellicule manifeste qui couvrît les méninges; et même les choses paraissaient telles, que lorsque nous eûmes enlevé la dure-mère , nous vîmes le cerveau couvert seulement de la pie-mère, et ayant une surface rougeâtre, brillante et humide. C'est pourquoi je ne pouvais assez m'étonner commeiiL une humeur qui avait pu ronger un os n'avait pro-
(1) Tract, de ulcerib. ^ c. 47.
DE LA MALADIE V É JV ERIL JN NE. !?.6j
duit aucune lésion sur cette première membrane, et comment la femme n'était affectée ni de convulsions, ni de paralysie, ni d'aucun autre Indice d'une lésion de cerveau ou de ses membranes, quoique j'ignore si elle en avait été affectée auparavant. Fabrice de Hilden (i) ne s'éîonnait pas moins autrefois de l'absence des signes d'une lésion de la moelle épinière sur un sujet qui avait celle-ci entièrement dénudée et couverte uniquement de sa membrane ^ et sur lequel la carie avait détruit trois des vertèbres du dos.
Et en effet ces^ cas sont plus éîonnans que ceux où les muscles, ou les tégumens superposés, ne sont point altérés par l'iiuraeiîr qui ronge les os soujacens en dehors et en dedans sans qu'il se manifeste à l'extérieur aucun symptôme de tuméfaction ou de couleur; ce qui trompe malheureusement les anians imprudens, qui ignorent qu'une carie même très-grave peut être cachée sous la beauté du corps, qui ne présente nulle part la plus légère difformité. On peut lire des exemples de celle espèce, sxirtout dans Novési (ti), d'où on pourrait les transporter dans le Sepulchretum d'après l'approbation de Gug!ielmini(3). Bénivéui (4), rapportant autrefois qiie los du
(i) Cent, b y obs. cliir. 56.
(2) Lettre 6.
-(3) Réponse 6.
(4) De abdit., etc.; morbor. caasis^ c. 18
26/i CINQUANTE-HUITIEME LETTRI-.
front avait été presque entièrement détruit, sans aucun indice visible à l'exlérieur, par une carie , mais par une carie cVun autre genre, à ce qu'il faut croire , se servit de l'exemple de la foudre , qui liquéfie quelquefois l'or en laissant les bourses intactes, ou qui produit des effets analogues, que Marcellus (i) Donatus fait connaître en rapportant l'observation de Bénivéni. Mais d'autres aiment mieux se servir de la comparaison de l'eau stygienne qui corrode le fer, et qui n'altère pas le suif. Pour vous, il faut ou que vous imaginiez quelque autre chose, ou que vous suiviez ces auteurs. Car vous y serez forcé, non-seulement dans les cas rapportés , mais aussi dans d'autres, C'est ainsi que Fabrice d'Aquapendente (2), Mat. Blaw (3) et J. J. Schenchzer (4), ont vu sur un enfant, sur un homme et sur une femme, le crâne entièrement percé en plus d'un endroitpar une carie rongeante, quoique la dure-mère fût intacte ^ en sorte qu'il était évident que cette humeur acre et corrosive était, pour rue servir des expressions de Fabrice, contraire à la nature de Vos de la tête , et nullement à celle de la jjîetnhraiie soujacente. Ce\)^iu\d.\\t vous pouvez être averti de ne p;^s croire que ceci a lieu dans toutes les caries du crâne, par plusieurs ob-
(i) Media hist. mirab. , 1. 5 , c. 1.
(s) De chirurg. oper. ubi de guniniatib. , in fine
(3) Eph. N. C, dec. 3, a. 7, obs. i5i.
(4) Act. N. C.^ tom. 7, obs. 47.
servations, entre autres par deux de Laubius,dont Tu n e sur une feni me ( i ) e t l'autre sur un hom me (2), chez lesquels le crâne était tellement détruit, ou perforé par la carie dans une grande étendue, que les parties correspondantes, non-seulement des méninges, mais du cerveau lui-même, laissaient pénétrer le pus jusqu'au ventricule laléral droit sur tous les deux; quoiqu'il s'y fût joint à la fin , sur la femme, une paralysie du côté soujacent, laquelle avait déjà existé pendant long-temps sur l'homme à gauche, comme cela a lieu le plus souvent dans ce cas. Comme j'ai suffisamment parlé de cette différence, vous en examinerez une autre qui est relative à ceci, savoir pourquoi l'ichor corrosif de la carie vicie les méninges chez les uns, et les laisse intactes chez les autres? si c'est parce qu'il a une issue ouverte au dehors chez ces derniers, tandis qu'il ne l'a pas chez les premiers, ou parce que l'infection vénérienne existe chez ceux-là, et qu'elle n'existe pas chez ceux-ci. Mais comme il ne manque pas de cas qui s'opposent à l'une ou à l'autre explication, comme celui qui a été rapporté sur un homme par Blaw, s'oppose à la première, et celui qui l'a été par moi sur la femme à la seqonde ; certes, il est nécessaire que vous fassiez dépendre cette différence, d'une nature et d'une disposition particulières de l'ichor et des
(1) Eph. cit. , cent. 8, obs. 21.
(î>) Eiriimd cent. 9 . oBs. 14.