‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 9 sur 39 · Une femme était souvent tourmentée par de<î · texte numérisé non relu

Une femme était souvent tourmentée par de<î

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douleurs ischiadiques à rarticulalion droite du fémur; elle boitait, et elle était un peu bossue de ce côté. Enfin elle fut attaquée d'une paralysie, ensuite d'une apoplexie , el elle mourut avant la fin de janvier de l'an 1741? pendant que j'enseignais Fanatomie au gymnase, où on transporta le cadavre de rhôpital.

Examen du cadastre. A l'ouverture du ventre, l'épiploon se présenta s'étendant presque jusqu'au pubis. Comme je voulais le reporter en haut , j'y re[)ortai en même temps l'intestin colon , qui était courbé vers la partie inférieure, et étroitement aclhérenl à l'épiploon. C'est que le siège de cet intestin était autre qu'il n'est ordinairement. En effet, outre queson comniencement, ainsi que lecœcum, étaient plus bas qu'à l'ordinaire, dès qu'il était monté jusqu'auprès du foie, il se courbait en bas en forme d'arc, jusqu'à la partie supérieure de l'hypogastre, et de là il montait plus haut dans rbypocondre gauche en formant une courbure tout-à-fait semblable ; or il était fortement attaché à l'épiploon par tout cet arc, comme il a été dit. Les deux trompes étaient bouchées du côté de l'utérus. L^orifîce de ce viscère ne présentait absolument aucune saillie par derrière. Le vagin était court; l'espace qui séparait le gland du clitoris et l'orifice de l'urètre , était également court. Le tronc de l'aorte, qui se trouve dans le ventre , donnait naissance à la mésentérique supérieure, qui était plus grosse que la cœliaquej et il était

j3arsemé çà et là de taches blanchâtres intérieiirenient. Je n'examinai pas les autres viscères et vaisseaux, parce que d'autres cadavres m'en fournissaient alors qui étaient en meilleur état, et que la brièveté du temps ne me permit même pas d'examiner la tête. Je vous ai écrit ailleurs (i ) dans quel état je trouvai la glande thyroïde en faisant la démonstration des muscles du cou, du reste du tronc, et des membres; maintenant je vais parler, comme je l'ai promis dans la Lettre précédente (2^), de l'articulation du fémur avec sa cavité, après avoir annoncé toutefois que le bord du sinus osseux, dans lequel le scapulum du côté droit recevait la tête de l'humérus, manquait manifestement à l'endroit où il aurait dû s'approcher de la partie supérieure par le côté antérieur. Quant à la tête du fémur du côté droit, elle n'était point arrondie en forme de globe, mais déprimée, et couverte d'un cartilage non pas lisse et blanc , niais livide ; et même ce cartilage manquait entièrement à la partie postérieure de la tête, de telle sorte que l'os paraissait à nu à cet endroit, et conformé en plusieurs petites parties arrondies et saillantes. La face interne de la cavité était sanguinolente, et ce qu'on appelle son sourcil présentait deux lames osseuses assez grosses, et voisines Tune de l'autre, qui étaient cachées dans l'intérieur de la

(i) Epist. 5o, n. 3i.

(2)Epist. 56, n i6.

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substance naturelle, qui est cartilagineuse et ligamenteuse.

3. Fernel(i) pensait bien que l'humeur goutteuse ne pénètre ya/;?^^^ ou que très-rarement^ dans la cavité des articulations , mais qu'elle s'arrête seulement sur les ligamens, les membranes et les tendons environnans , en se servant de ce raisonnement, entre autres, que, dans la podagre ou la chiragre tophacée, Thumeur déjà formée en calcul, sort le plus souvent de l'articulation des doigts, en laissant le ligament capsulaire entier et intact. Mais ensuite d'autres auteurs semblent avoir voulu aller un peu plus loin que Fernel, comme vous l'apprendrez dans le Sepulchretum (2), puisqu'ils prétendent que les tendons qui s'insèrent aux articulations ne sont point sensibles ^ ou ne le sont que d'une manière obscure y et que cette matière gypseuse finit bien par s'entasser autour des articulations par d'autres causes qui s'y joignent, mais non pas toujours, puisqu'elle se présente aussi dans d'autres endroits voisins. Quant à moi, je ne trouvai aucune lésion autour de l'articulation; et l'altération existait tout entière dans son intérieur, sur la femme en questioii, qui était tourmentée à ce point par des douleurs ischiadiques. Mais je ne nie pas que cette matière tartareuse ne se concrète aussi autour

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(i)Patholog., 1. 6, c. 18.

h.) Sect. liâc 8;, in scliol. ^ ad obs, i.

hE LA GOUTTE ET DES AUTllES DOULCllRS. 189

des articulaîions, puisque Valsalva (i) la trouva, sur un prêtre, immédiatement au-dessous de la peau, dans la membrane qui couvre les tendons des doigts. Je ne m'opposerai pas non plus à l'opinion de ces auteurs, si par hasard ils veulent entendre les paroles d'Arétée (2) de la manière suivante : Certaines matières tophacées se réunissent aussi dans les articulations; dès le principe elles les occupent comme des abcès; mais après qu elles se sont épaissies davantage , les inflexions deviennent difficiles par la concrétion de V humeur ; enfin il se forme des tophus solides blancs. J'indiquerai même les observations de Sanctorius (3). J'ai vu quelquefois ^ dit-il, duTis une gonagre ancienne une pituite gypseuse molle ^ semblable à de la chaux liquide y s'écarter vers la peau ^ et sortir dans cet état de liquidité après la perforation de celle-ci. Engagé par cette expérience^ je versai une fois goutte à goutte sur une gonagre de pituite gjpseuse^ des eaux de laines non lavées^ dans lesquelles avaient bouilli du mahaviscum^ des mauves et du cresson; ^t^ après un long intervalle^ je rendis liquide et molle quelque portion de cette pituite gypseuse ^ qui existait sous la peau , et je Ven fis sortir en coupant celle-ci. Je n'ai pas voulu passer ici sous silence cet essai de traitement, quoique je n'ignorasse

(i) Epist. 40, n, 2.

(2) De sign. et caiis. diuturn. morb. , 1. 2 , c. 12.

(3) Comment, in I , F. i^ 1. eau. Avic. , d. 4^ c. i, 1. 1.

pas (i) que la matière calcaire des podagres a été résolue (c'est-à-dire dissipée, à ce que je crois) par des modernes avec de Veau chaude seulement y et que c'est de là qu'on a conçu l'espoir qu'en faisant boire abondamment et fréquemment de l'eau d'écaillés d'huître, qui contient du savon, on opérera la résolution dans les articulations des goutteux. Plût à Dieu que le succès confirmât cet espoir, qui serait plus raisonnable , s'il se portait une aussi grande quantité de cette eau dans les articulations que dans la vessie!

J'accorde donc à ceux que j'ai cités, d'après le Sepulchretujn ^ qu'une matière tophacée s'amasse aussi autour des articulations, et cela assez souvent. J'ajoute même qu'elle s'amasse loin des articulations , comme je l'ai vu (2) dans une tumeur de la mamelle d'un homme noble, dont le grandpère et le père avaient été maltraités par la goutte , et qui n'en avait pas été entièrement exempt luimême. Mais ce n'est pas une raison pour que je puisse approuver en outre ce qu ils écrivent, que, lorsque les ligamens capsulaires couvrent les cavités des articulations, qxx aucune voie nest ou-^ verte jusqu'à elles, et c\u aucune veine ne pénètre dans ces parties , l'humeur arthritique ne peut point s'y porter; car celle-ci a les mêmes voies que le mucilage qui lubréfie les cavités des arti-

(i) F'id. §. \^ , dissert. cit. , epist. 4^^ n.' 19. [1) Epist. 5o, n. 45 , 46.

culalioiis : or les glandes de ce mucilage ont des artérioles qui leur sont propres, comme le prouvent non-seulement la raison, ou les injections, mais encore l'œil nu lui-même qui voit leurs orifices rougeâtres et tenus. Ainsi, dès que le sang sera rempli de corpuscules tartareux, il pourra les déposer avec le mucilage, par le moyen de ces artères, dans les cavités des articulations, aussi bien qu'il les déposera, par le moyen d'autres artères , aux environs des tendons et des membranes placés près des articulations. Ces corpuscules formant par leur développement des tophus et de petites pierres, écartent insensiblement les os, détachent les lig3.mens ^ défont les articulations ^ d'après l'expression de Persius (ï) lorsqu'il parle de la chiragre pierreuse ^ ou d'après celle de Caelius Aurélianus (2) quand il traite de ces pierres arthritiques, qui détruisent les articulations j distendent la peau , font saillie en sortant , et sont enlevées par la chirurgie. J'ai vu tout cela, principalement dans les articulations des doigts des mains d'un sénateur de Venise. Et vous n'aurez pas de raison pour douter si les concrétions se forment dans l'intérieur des cavités mêmes des articulations , dès que vous aurez lu les observations de Harder (3), de

(i) Sect. 5^ V. 59.

(2) Morb. chron., I. 5, c. 2,

(3) Sect. hac 8, post. obs. a.

jg'À CINQUANTE-Sr, PÏJÈME LETTRE.

Schneider (i) et de Dobrzensky (2)^ qui sont rapportées dans le Sepulchretum.

4. Cependant il n'est pas toujours nécessaire que les corpuscules tartareux pénètrent avec le mucilage dans les cavités des articulations, pour qu'il existe dans celles-ci des affections arthritiques. A en croire Boerhaave (3), le mucilage lui* même suffit, si, n'étant point atténué par un travail convenable , et n'étant par conséquent point résorbé, il reste trop long-temps en stag/iation dans les articulations , et devient acre par son séjour même. Car par-là il produit des douleurs très-violentes; et souvent de si grands maux sont occasionnés uniquement par le genre de vie séden^^ taire. Mais à cela il faut ajouter d'autres circonstances, que je mets au nombre des causes soit d'une attrition trop légère, ou d'une résorption trop difficile, ou de l'une et de l'autre ; savoir, i''. le froid humide, qui nuit considérablement au ton naturel des articulations , et cela d'autant plus facilement que les cartilages et les ligamens dont elles sont composées, et les tendons dont la plupart sont couvertes, ont de petits vaisseaux sanguins, qui ne sont pas nombreux comparativement à ceux de la plupart des autres organes, et qui du moins sont extrêmement tenus , ce qui fait

(1) Obs. 3.

(2) Obs. 5.

(3) Praelect. ad Instit, §. 258.

DE LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. TgS

que ces parties sont plus sujettes au froid, principalement dans les articulations qui sont le plus exposées aux injures de celui-ci, comme aux pieds; a*", la pression , comme quand elle est produite par des chaussures trop étroites, qui font que plusieurs des petits vaisseaux référens se rétrécissent , ou s'obstruent entièrement, et cela d'autant plus facilement, qu'ils sont appliqués contre des parties fort dures, dont jai dit que les articulations sont composées; 3°. i'éloignement du cœur, d'où il résulte trop de faiblesse dans l'impulsion qu'il doit donner aux humeurs; 4''- ^^ direction ascendante^ suivant laquelle celles-ci doivent être reportées; 5^ le repos même des parties affectées de douleur^ dans lequel les sujets délicats restent encore plus long-temps qu'il ne faut; 6"". le trop grand épaississement et la trop grande viscosité du mucilage, dépendans, soit de causes morbides, et surtout dé la gourmandise, du vin, des plaisirs vénériens, soit: des parens, de qui provient Tétroitesse des petits vaisseaux référens, ou la faiblesse des fibres qui poussent les liquides, 7"*. d'autres circonstances analogues. J'ai énuméré plusieurs d'entre ces circonstances, parce que j'ai remarqué que certains auteurs qui les ont décrites d'après Hoffmann (x) qui a parlé de presque toutes, sans faire aucune mention de lui, en ont omis quelques-unes, qui ne devaient point l'être, soit que nous n'entre-

( I ) Med. rat. , lom. 4 ;, p. 2 , s. 2 , c. i j^ ihes. pathol. ;, ^. 16, jx. i3

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prenions d'expliquer que ce que Hoffmann a expliqué, savoir, pourquoi la goutte attaque plus souvent les pieds que les autres parties, soit aussi que nous donnions la raison pour laquelle elle en attaque également quelque autre, même dès le commencement. Car effectivement, comme Ta écrit Cœlius Aurélianus (i), quelquefois la douleur goutteuse ^ commençant aux pieds ^ a attaqué les autres articulations; et quelquefois^ commençant dans d'autres parties , elle a attaqué les pieds.

Du reste, les articulations qui non-seulement sont beaucoup plus souvent en mouvement que les autres, mais qui encore sont exposées à un moins grand nombre de causes que j'ai énumérées , sont à peine attaquées de la goutte quelquefois, ou jamais; car je ne me souviens pas d'avoir lu , ou d'avoir entendu dire qu'elle ait jamais attaqué les articulations que j'ai retirées de l'oubli dans lequel elles étaient tombées, en faisant voir que malgré leur petitesse il n'y manque rien de ce qui existe dans X^d^ grandes. En effet, j'ai démontré (2) que ces articulations extrêmement petites, qui se trouvent entre le cartilage cricoïde et les aryténoïdes, ont évidemment \\i\ ligament capsulaire membraneux , une petite glande mucilagineuse , et du mucilage. Mais celles-là sont surtout affectées par des causes

(1) C. 2 , paulo ante cit.

(2) Advers. anat. j^ n. i5.

morbides accidentelles , qui sont sujettes à la phipart des autres causes que j'ai énumérées ; ce sont les articulations du pied. C'est pourquoi, lorsque les anciens auteurs (i) virent une goutte épidémique, de telle sorte que des eunuques, des femmes, des enfans, des jeunes filles et des- troupeaux de chèvres en étaient attaqués , ce fut aux pieds qu'elle attaqua indistinctement les habitans du pays pendant vingt ans. Il est d'ailleurs moins étonnant que Brasavola (2) ait connu deux jeunes gens d'une naissance illustre, qui commencèrent à en être attaqués à Tâge de quinze ans, puisque j'ai vu moi-même deux petits garçons, qui, après avoir à peine passé Tâge de l'enfance, furent pris de douleurs vives dans les articulations ; mais je savais que leur père , leur aïeul et leur bisaïeul avaient été sujets à la goutte.

5. Au reste, chez la femme en question (3) la cavité sanguinolente et l'érosion de la tête du fémur prouvent suffisamment combien le mucilage stagnant dans les cavités des articulations devient quelquefois acre; et lorsque l'acrimonie est parvenue au point de produire ces effets, pensez-vous qu'on puisse guérir entièrement la douleur ischiadique avec des remèdes internes ou externes ? Moi

(i) /^id, apud Donat;, de medic. Iiist. mir.;, l. i^ c. 8. (oj riclAbid.

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du moins je ne le pense pas, lors même que vous emploiriez le dernier y et le plus efficace dans les ma^ ladies anciennes (car je crois que c'est ainsi qu'il faut lire le passage de Celse (i), ^^ ulcérant la peau avec des fers chauds à trois ou quatre endroits audessus de la hanche)^ et à plus forte raison les autres genres d'ustion plus doux , dont se servait en outre Hippocrate (2). Tels et beaucoup plus nombreux encore sont les genres d'ustion dont parle Cœlius Aurélianus (3), et au nombre des- - quels se trouve aussi celui qu'Hippocrate mettait également en usage, et qui semble plus que les autres correspondre au moxa des Indiens, puisqu'il consiste à appliquer un bourrelet, et à le brûler par la partie supérieure. Bien que Cœlius reconnaisse que ce mode d'ustion est modéré en pénétrant doucement y il préfère pourtant les autres remèdes à tous les genres d'ustion, parce qu'ils sont accompagnés de beaucoup Ae douleur, et qu'ils empêchent d'employer les autres moyens, parce que les parties ulcérées ne peuvent supporter leur application.

Mais il y a lieu à l'ustion pour contracter et fortifier des parties relâchées, et à l'ulcération de la peau pour détourner des parties intérieures quelque portion d'une matière nuisible, et pour

(i) De medic. , I. 4 , c. 22 ; vid. Epist 6 nostram il Cels. (2) Vid. apud Leclerc, liist. de la médec.^ p. i^ 1. 3, c. 280 (3)L. cit. 5, c. I.

DE LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. igy

la chasser hors du corps. C'est pourquoi vous penserez qu'employé plus doucement et à propos , ce moyen ne doit point être rejeté d'une manière absolue dans certains cas, surtout lorsque vous vous rappellerez les cures qui ont été heureusement obtenues par son secours, non-seulement dans les temps anciens , mais encore à des époques assez peu éloignées; et vous n'aurez pas une autre opinion de certains autres remèdes. Telle est Vef-^ ficacité des lavemens ^ dit Aranti (i), dans la douleur ischiadique, surtout lorsquelle commence ^ que fai rétabli dans leur première santé plusieurs sujets gravement affectés^ sans employer aucun autre remède que des clystères. Et effectivement, vous approuverez facilement les premiers lavemens qu'il propose, qui ne diffèrent pas trop de ceux dont parle Cœlius (2) , souvent cité par moi , et c[ui en échauffant les parties intérieures ^ et en leur envoyant de la vapeur ^ produisent du relâche^ ment; mais dès que ces premiers lavemens n'ont pas suffisamment opéré, Aranti en prescrit un autre qui estyo/Yeme/z^ purgatif, comme il le reconnaît hji-même. Est-ce que vous le rejetterez entièrement, dans la crainte de produire des irritations? Bien plus, lorsque les causes et les corps qu'il suppose lui-même existeront, vous vous servirez de ceclystère, du moins de quelque autre ;^

( I ) L. de tumor. ^ p. 1 f , cap. 63 . (2) C. I cit.

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pour obtenir le même effet. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'outre le témoignage d'Ara n ti , si vous lisez des auteurs plus anciens ou plus modernes que lui, vous en trouverez beaucoup qui s'accordent avec lui. C'est ainsi que Montagnana(i) dit que les douleurs ischiadiques sont guéries par des cly stères aigus , d'après Vavis unanime de tous les sages. Rivière (2), après avoir parlé d'autres cly*^ stères nombreux, en veut aussi à la fin qui soient acres, de sorte que vous comprenez qu'il partage l'opinion d'Aranti. De son côté Ettmûller (3), pour passer les autres auteurs sous silence, non-seulement dit que les clystères répétés conviennent surtout, mais encore il ajoute : Et même il est néces-saire quils soient acres. Qui oserait croire que ce moyen , qu'ils ont tant recommandé, n'a pas réussi à tant de professeurs très-expérimenlés ? Ainsi il y a lieu quelquefois aussi à ce remède; mais dans d'autres cas il y a lieu aux clystères que Cœlius approuvait, ou à d'autres qui produisent un autre effet, et dans lesquels je sais qu'ont quelquefois été utiles les préparations d'eau , dans laquelle on avait fait une décoction de coquillages, plus encore que celles faites avec des remèdes travaillés, et à plus forte raison avec des choses de vil prix. Je croirais, au reste, que certaines de ces

(1) Consil. 257.

(2) Prax. medic.^ 1. 16, c. 2.

(3) Prax., 1. 2, s. 2, c. 3, act. 8.

compositions ont été utiles aux nerfs voisins de rintestin rectum, qui descendent derrière l'os ischion, et que quelques auteurs regardaient comme le siège de la douleur ischiadique, surtout depuis que Coïter (r) a écrit qu7/ avait trouvé plu-sieurs fois sur les arthritiques ^ les ischiadiques et les podagres y l'espace situé entre la partie inférieure de l'épine et la dure-mère correspondante, à travers lequel passent ces nerfs, rempli d'une sérosité tenue j et quelquefois d'une pituite visqueuse. Je suis moins fâché que cette observation ait à peine été rapportée dans le SepulchretumiT) ^ d'après les paroles d'Arnisée qui la cite, parce qu'une humeur analogue se rencontre souvent sur ceux qui n'ont point éprouvé ce genre de maladie.

6, Ce que j'ai pensé des cly stères, je dois nécessairement le penser aussi de l'administration des remèdes purgatifs, et de la saignée; car, relativement à cette dernière, pour ne rien dire de l'opinion de ceux qui croient que la douleur ischiadique dépend d'un vain effort de la nature, qui tend à chasser par des hémorrhoïdes le sang superflu, il est certain que les anciens ont éclairé les observations de ces auteurs, entre autres Zecchius (3), qui» fort du raisonnement et de l'expérience, a écrit que le sang tiré de ces veines soulage singulièrement les

(i) Obs. anat.

(2) Secl. hac 8, obs. 6.

(w3) Consult. mt^d. 43.

ischiacliques. Le même auteur rapporte des choses plus étonnantes relativement à la disparition trèsprompte de la même maladie , si on ouvre la veine à la malléole externe correspondante, ce que confirme une observation analogue de Rivière (i). Qui niera que ces médecins n'aient vu ce quïls rapportent? Cependant tenterez-vous sur un homme ex-sanguin et très-faible un moyen que l'on doit croire avoir bien réussi sur un sujet robuste, et plein de sang, ou sur un sujet qui est devenu ischiadique à la suite de la suppression dhémorrhoïdes? Je sais que vous ne donnerez pas non plus des remèdes purgatifs à ces arthritiques dont le corps est desséché, les forces faibles, lea nerfs facilement sympathiques, et enfin Festomac tel que ces remèdes puissent lui nuire; mais je ne crois pas pour cela que vous pensiez que ces médicamens soient nuisibles à tout le monde et toujours; car, s'il en était ainsi, la plupart des médecins anciens n'auraient jamais chassé ou arrêté la goutte, même à son commencement, eux qui affirment qu'ils ont obtenu l'un et l'autre effet en employantsurtout la purgation. Démétrius Pépagoménus, médecin de Michel Paléologue, me dispense de nommer tous ces praticiens en particulier. Il écrivit, par Tordre de ce dernier, un opuscule sur la goutte , sans désigner le nom de V auteur; opuscule qu'on ne pouvait point se procurer sans

(i) Cent. i.y obs. med. 25.

de gros volumes, et qui a été imprimé à Padoue de mon temps, tandis que, pour ne rien dire d'une édition plus ancienne, il avait paru séparément à Paris Tan i558 avec le nom de son véritable auteur, ainsi qu'à Saint-Omer, où il fut publié l'an 1619, par J. Berges, qui, je crois, ne se serait pas donné la peine de le traduire en latin d'après la version française de Jamot, s'il n'eût pas ignoré qu'il avait paru en grec et en latin à Paris, et qu'il avait été également traduit en latin par Mareus Musurus. Si donc vous feuilletez cet opuscule, même à la hâte, vous comprendrez aussitôt combien un archiatre grec, qui a suivi ces anciens médecins, a accordé d'efficacité à la purgation pour guérir et prévenir la goutte. Mais, pour que vous ne croyez point par hasard que ce moyen n'a réussi que dans la Grèce, et pour que vous ne m'objectiez pas qu'un médecin d'un grand nom , notre contemporain , prétend que toute purgation produite même par des remèdes doux , et à plus forte raison par des médicamens plus violens, est très- nuisible aux goutteux, soit qu'on veuille guérir un paroxysme artuel, ou même en prévenir un qui doit survenir, et que lui-même a reconnu par l'expérience qu'il a faite tant sur lui que sur les autres , qu'elle répondait si peu à ses vœux, (\n il appelait un mal qu il voulait éloigner et détourner;]^ vous opposerai deux médecins de ce pays, très-célèbres du temps qu'ils vivaient, qui étaient goutteux aussi, et qui avaient fait sur eux-

202 CIIVQUANTE-SEPTIÈME LETTRE.

mêmes l'expérience de la purgation , savoir, M. Gatinaria et P. Bayri. Le premier (i) dit : après avoir pris im purgatif tous les mois pendant deux ans, et deux niinoratifs toutes les semaines, y^yj^i'g^/eW^ et il est certain que je n ai jamais souffert des douleurs de goutte. Quant à Bayri (^), ayant déjà éprouvé huit ou dix fois des douleurs les plus violentes dans toutes les articulations , au point qu'il ne pouvait remuer que la langue, et s'en trouvan t attaqué de nouveau , il prit son électuaire purgatif; or il put se promener le même jour, et dès le lendemain il fut guéri : essai qu'il fit aussi ensuite deux fois avec le même bonheur. De phis, ayant fait usage trois ou quatre fois par an du même remède, lorsqu'il éprouvait des symptômes de plénitude, il y a déjà plus de vingt-six ans, ditil, que je ne suis tourmenté d'aucune manière par les douleurs citées; et j'ai fait cette épreuve , nonseulement sur moi-même y mais sur une infinité d'hommes. Or, ce remède est ce même électuaire que Capivaccio (3) disait être très-recommandable dans la goutte, comme cela a été très-souvent prouvé par V expérience.

J'ai parlé plus longuement de Bayri, pour que vous ne disiez pas que les purgations ont réussi à Gatinaria parce qu'il commençait alors à être

(i) Vid, apud Donat. , c. 8 suprà, ad n. 4 cit.

(2) Demedend. hum.corp. malisenchir.dist. 19, tr, i^c. i.

(3) Consil. medic. a Scliolz. edit. 332.

DK LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. 2o3

tourmenté par la goutte, et qu'en outre il ne but point ou que peu de vin pendant ces deux ans entiers; quoique j'aie connu moi-même un littérateur, qui, ayant éprouvé pendant long- temps de grandes douleurs de goutte , ainsi que son frère, et ayant employé tous les autres moyens, entre autres, celui de boire de l'eau au lieu de vin, n'en retira cependant aucun soulagement, et devint même faible et maigre, jusqu'à ce qu'il commença à prendre chaque jour, avant son petit dîuer, une pilule mélanogogue de Langelot, qui produisait des déjections presque muqueuses, et non très-abondantes. î^n effet, comme il commençait à se trouver mieux, il sortit, et je le vis ensuite moi-même marcher sans bâton d'un pas ferme et léger, bien portant et avec son ancienne habitude de corps , à l'époque où il ne prenait que tous les cinq jours une de ces pilules. Il n'y a pas de doute que les écrivains les plus modernes en médecine défendraient aussi toute espèce de purgation à tous les goutteux, s'ils ne connaissaient pas des exemples semblables à ceux-là; et cependant s'ils n'approuvent pas euxmêmes les médicamens trop violens, surtout dans le paroxysme , ils recommandent les remèdes doux , même à l'approche , et qui plus est au commencement du paroxysme, et à plus forte raison pour empêcher d'autres paroxysmes d'avoir lieu. 7. 11 est certain que relativement à la diète qu'on appelle lactée, il faut aussi beaucoup y ré-

2o4 CINQUANTE-SEPTIÈME LETTRE.

fléchiravantderordonnerauxgoutteux, de crainte qu'elle ne soit peut-être beaucoup plus nuisible qu'utile à un individu d'une mauvaise constitution, ou sujet à des affections hypocondriaques, ou ayant un estomac faible. De plus, des médecins très-célèbres ont écrit que son utilité est de courte durée et fugace, même chez ceux qui supportent bien le lait, et qu'aussitôt qu'ils l'ont abandonnée pour revenir au régime des hommes( en bonne santé, quoique doux et léger, la goutte revient, et fait beaucoup plus souffrir qu'auparavant, ou bien est remplacée par des maladies internes très-graves, qui sont suivies de la mort bientôt après. Toutefois, toute espèce de lait pris d'une manière quelconque, ne laisse pas nécessairement après lui ces incommodités, comme, par exemple , si l'on donne dans le même temps à ceux à qui il convient, non-seulement le lait, mais encore d'autres alimens, pourvu qu'ils soient convenables et pas trop abondans, comme il arrive souvent dans les autres maladies. Ce qu'il y a de certain, c'est que parmi les observations que Daniel Puérarius, je crois, a ajoutées au Trésor de Th. Burnet (i), il en est une qui a pour sujet un comte, lequel, ayant un estomac qui ne pouvait pas supporter plus long-temps l'usage du lait, se nourrit de bouillies préparées avec du sucre et du lait, et de poulets qui mangeaient du pain trempé

(i) Thés, mec], pracî. ^ 1. ly s, 40 in fin.

DE LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. 2o5

dans du lait; or étant revenu insensiblement à son ancien régime, il n'était sujet qu'à des douleurs des articulations fort légères, et qui s'en allaient facilement, et il n'éprouvait plus ces premières souffrances. D'un autre côté, un assez grand nombre d'autres arthritiques ayant pris du lait pendant environ deux tàus ^ s' adonnèrent ensuite inipuné^ ment au vin et aux boissons. Voilà ce que contiennent ces observations. Quant à Cornélius Celse (i)^ il rapporta autrefois que quelques arthritiques s' étant gorgés de lait d'ânesse ^ évitèrent ce mal pour toujours, Pline (2) a confirmé également çi^il est des exemples d'hommes qui se sont délivrés de la podagre y ou de la chiragre ^ en buvant du lait d'à" nesse. Je vois que ce passage a été rapporté dans les Annotations aux Conseils (3) de Bâillon, avec une remarque qui indique combien est facile, et propre à détruire l'acrimonie de la sérosité arthritique, un remède comme celui-là^ que les médecins de ce temps-là négligeaient. Comme on faisait un jour diverses objections à ceux qui ont renouvelé ensuite l'usage du lait établi par Hippocrate contre cette maladie, il se trouva enfin un excellent vieillard, mon intime ami, L. Testi, qui imagina un moyen moins sujet à difficultés de faire usage de lait , par la découverte de ce qu'on appelle

(1) De medic. , I. 4 ^ c. 24.

(2) Nat. hist. , 1. 28 , c. 9.

(3) L. 2 , conf. 3 ;, annot. 4*

sucre de lait. Bien que les heureux effets de ce remède aient éré confirmés par plusieurs observations, soit dans ce pays-ci, soit chez les étrangers, cependant je ne sais comment, après la mort de Fauteur, l'application de cette découverte parut tomber peu à peu en désuétude.

8. Ne vous attendez pas que je parle également du mercure, remède qui est du nombre de ceux qu'on emploie contre ce mal difficile. Au reste, EttmûUer (i) fera voir à quels auteurs nous pouvons attribuer l'usage de ce moyen, considéré comme excitant la salivation , et d'autres auteurs, entre autres Pujati (2) , le feront connaître sous d'autres rapports. Je ne parlerai pas plus ici de ce moyen que des diaphorétiques , ou des amers et des échauffans, soit pour ne pas être trop long, soit parce que je ne dois dire antre chose de ces remèdes, comme de tous les autres, si ce n'est qu'il peut y avoir lieu quelquefois à tous, et que dans d'autres cas ils doivent être in utiles suivan t l'état des sujets , et même nuisibles, surtout quand ils sont trop violens. Ainsi, je me souviens qu'un médecin me racontait qu'il avait guéri de la maladie vénérienne, des goutteux qui avaient en outre été pris de la vérole , en leur donnant du mercure, et en excitant une salivation abondante, sans avoir diminué la cause de la goutte, qui continuait à les attaquer

(i) Prax. art. 8 suprà , ad n. 5 cit.

(2) Dissert, cle hydrarg,, n. 5i etseq. et in fin.

avec non moins de violence qu'auparavant. Je lui répondis : Certes, je suis étonné qu'elle ne les attaquât pas avec plus de violence. Au reste, quoiqu'il faille employer, autant que possible, dans cette maladie, pour ne pas dire principalement dans celte maladie, des remèdes fort peu nombreux et fort légers , cependant si quelquefois quelques causes particulières exigent un moyen que nous éviterions dans d'autres circonstances, il faut croire Boerhaave (i) quand il écrit, en parlant de la goutte, que le plus grand remède pour chacun est celui qui est opposé à la cause d'où la maladie a tiré son origine^ surtout lorsqu'il semble s'accorder avec la constitution du corps que nous traitons. Et voilà pourquoi quelques moyens qui sont suspects pour beaucoup de médecins, ont quelquefois été avantageux dans cette maladie. C'est ainsi, pour dire aussi quelques mots des médicamens externes, que l'on voit dans ce qu'on appelle les Transactions de la Société Royale d'Angleterre (ii), avec quel éloge Thuile extraite des racines du cannelier a été citée pour chasser et arrêter les douleurs des articulations. C'est ainsi qu'en lisant les écrits des médecins, on rencontre des remèdes extrêmement nombreux et variés, dont l'application a procuré du soulagement; et, pour ne parler que de la graisse, je me souviens

(i) Aphor. de cognosc. et cin^and. morb. i?.8o. (2) Saggio delle Iransaz. , etc., tom. 4«

qu'on vante celle de la grenouille, de Thérisson^ de l'oie, du bélier, du chien. J'ai vu aussi Albertini prescrire quelquefois celle d'ânesse , que vous verrez citée par PauUini (i), mais non pas pour cet usage. Croirez-vous que parce que quelqu'une de ces graisses a été utile à quelques sujets, toutes conviennent à tout le monde et toujours? 11 est certain qu'Albertini employa celle d'ânesse sur un ischiadique, qui n'était tourmenté ni par une douleur très-vive, ni par une inflammation. Dans d'autres cas, pour apaiser autant que possible les douleurs des articulations, il ne se servait que des moyens que la plupart des médecins avaient coutume d'employer; mais il se servait de préférence dans tous les cas de celui qui soulageait ordinairement chaque sujet, comme, par exemple, d'un morceau de chair fraîche de vache qu'il changeait deux fois par jour, ou, pour parler d'un remède que je n'ai vu cité dans aucun livre, mais qui a été employé sur un sénateur de Bologne, non sans soulagement, d'un petit linge trempé dans du suc de feuilles de sureau. Je sais, au reste, que les écrivains grecs (2) et latins (3) proposent , pour apaiser les douleurs de la gou tle , les bourgeons tendres de cette plante, ou les

(1) L. de asino, s. 4^ c. 3, §, 12.

(2) Dioscorid. de med. mat.^ c. 168.

(3) Scrib. comp. rnedic. 160, Samonic. de medic.^ c. /^2^ Marcell. de rnedicani. ;, c. 36.

DE LA GOUTTE ET DES AUTRES DOULEURS. *20g

feuilles elles-mêmes, mais combinées avec d'autres substances ; mais je ne me souviens pas qu'ils proposent le suc simple des feuilles.

g. Au reste, soit que ces moyens externes et internes dont j'ai parlé, et d'autres cités par les auteurs, aient été utiles à quelque sujet, pour le motif qui a été indiqué un peu plus haut, ou qu'ils aient été employés par hasard vers le déclin de la maladie, qui a liei^ quelquefois beaucoup plus tôt qu'à l'ordinaire, soit aussi (regardez ceci comme dit principalement des médicamens qu'on appelle préservatifs) que la guérison attribuée à l'usage de ces remèdes, eût dû l'être, avec plus de vérité, à un bon régime, que l'on prescrit de suivre en même temps pendant long-temps ( Cœlius Aurélianus (j) a soupçonné aussi l'un et l'autre de ces deux cas, et Celse (2) et d'autres affirment que le second a produit tout seul la sécurité de toute la vie)'^ il est une chose certaine, c'est que la plupart de ces moyens n'ont point ou que peu soulagé la plupart des sujets, et que quelques-uns ont produit un très-grand danger, ou causé la mort. Si donc vous rapprochez tous ceux que j'ai cités de la maladie de la femme (3) qui m'a fourni l'occasion de les citer, vous comprendrez facile- ^ment combien peu auraient peut-être pu appor-

(1) C. 2 suprà^ ad n. 3 cit.

(2) C. 24 supra ^ ad n. 8 cit.

(3) Suprà, n. 2.

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