‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 18 sur 39 · IX · texte numérisé non relu

IX

3o6 CINQUANTE-JN IlUVIÈME LETTRE.^

expériences faites parSproegel (i) aveclui, oiiavec d'autres poisons du même genre. Il fit prendre à un chat et à un chien de l'arsenic hlanc crû. Après avoir observé des efforts de vomissemens et des vomituritions, des signes d'anxiété, et des convulsions, ou des secousses, il disséqua l'un et l'autre animal avant leur mort; et il fit voir dans leur estomac qui était très-enflammé aux environs du pylore, ou partout, des grumeaux desang. épanché et coagulé entre les rides, ou entre les villosilés, et entourant l'arsenic sur le chien. Deux chiens ayant vomi impunément du cobalt, qui est un minéral arsenical , un autre (2) , à qui il lia le museau pour l'empêcher de vomir, éprouva des efforts de vomissement très-violens , des anxiétés, des convulsions, de la faiblesse, et mourut en très-peu d'heures. Celui-ci avait l'estomac un peu livide en quelques endroits, et très-enflammé partout; et tous ses intestins étaient également enflammés, mais d'autant moins , qu'ils s'éloignaient davantage de l'estomac. Au reste, il ne manque pas d'observations de funestes effets du cobalt sur des hommes qui en avaient pris , puisqu'une seule du célèbre Kundmann (3) fait mention de la mort d'au moins trois sujets, qui moururent dans un nombre d'heures assez peu

(i) Exper. cit.^ exp. 3o et 3i.

(2) Exp. 35.

(3) Act. N. C, tom. 5-, obs. 102.

DES MALADIES PRODUITES PAR UN POTSOK. Scj

considérable; or, tous avaient été pris sur le champ (le tranchées très-violentes , de vomissemens énormes , et de sueurs froides , et le dos de leurs cadavres était livide, leur estomac trèsenflammé, et il s'écoulait une humeur sanguinolente par les vaisseaux corrodés de ce viscère. La même observation fait mention aussi de la mort d'une femme qui eut lieu en peu d'heures, après des tranchées et des vomissemens de cette espèce produits par de l'arsenic rouge qu'elle avait avalé. Quant à l'arsenic jaune, qu'on appelle orpiment, Gerbez (i) enseignera quel sentiment d'ardenr et d'érosion il produisit , et combien de vomissemens et de déjections il provoqua, de quelle manière il causa presque la mort dans toute une famille, dont quelques membres rendirent du sang par la bouche et par les intestins, et comment il tua réellement une jeune fille; en sorte que ce que vous lirez dans Heydius (^2) est moins étonnant, que des cristaux d'orpiment donnés à une poule produisirent un flux de ventre qui la consuma. Et, quoique les faits suivans soient relatifs, non pas à l'arsenic, mais à du plomb lithargé, ils méritent ce[)endant que vous les lisiez; je veux parler de Texpérience faite par Brunner sur un chien avec ce poison dissous dans du vinaigre et cuit, et de la dissection de l'animal, ainsi que des ob-

(i) Eph. N. C.^ dec. 3^ a. 5 et 6/obs. 137. (2) Obs. med, 49'

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servations recueillies par J. J. F, Vicary (r) sur des sujets qui avaient bu du même poison cuit avec un bol, et versé dans des tonneaux de viii aigre. Il est d'autres histoires qui ne méritent pas moins d'être lues , comme une du célèbre J. M. Muller (2), et une autre de l'illustre Just. dav. Hemmer(3). Car, d'après les tranchées, les vomissemens , les déjections , les anxiétés, les défaillances, la soif, qui eurent lieu dans la première, et d'après la soif, la chaleur, les déjections sanguinolentes, qu'on lit dans la seconde, ainsi que d'après la promptitude de la mort dans l'une et dans l'autre, et les taches de toute la peau, les marques rougeâtres dans tout le canal alimentaire, et les petites perforations de toutes ses tuniques éparses çà et là , dont il est question dans la première , et d'après la couleur noire de la parlie postérieure du cadavre , une grande inflammation extérieure de l'estomac et des intestins, et une grande érosion intérieure de ces organes, il est assez constant qu'un poison, corrosif dans les deux cas, avait produit tous ces accidens , quoiqu'on ne sache pas d'une manière certaine quel était ce poison.

Mais il est certain que ce fut Tarsenicqui avait été pris, qui produisit et les symptômes, et les

(i)Dec. nriodocit. , a. 4:> ol>s. 100.

(2) Eph, N. C. ;, cent. 5, obs. 5i in schol.

(3) Commerc. lilt., a. 1738^ hebd. lo, n. 3.

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lésions des viscères, dans les histoires que j'indiquerai fort succinctement. Preuss (i) parle de constriction de la gorge et de la poitrine, de soif, d'ardeurs, d'érosions, de tranchées, de vomissemens énormes et de déjections. Outre ces symptômes, MuUer (sè), déjà cité, fait mention de douleurs du ventre, du gonflement subit de celui-ci et d'anxiétés. M. Hoffmann (3) indique le gonflement du ventre survenu également avec promptitude, mais extrêmement considérable, la lividité de la face, les contorsions des veux et du cou. Le célèbre Heimreich (4) parle de vomissemens continuels pendant vingt-quatre heures avec des cris horribles, du tremblement des membres, de la paralysie des pieds; et l'illustre J. P. Wolff (5), de douleurs atroces de l'estomac et du reste du ventre, jointes à un choléra-morbus. Hemmer (6), que j'ai cité plus haut, et le grand Quelmatz (7) ont noté, le premier, des vomissemens violens , l'affaiblissement des forces, et des contractures des membres, et le second, en outre, des anxiétés, des cardialgies, le gonflement des yeux et de toute la tête.

(i) Eph.N.C, cent. 3, obs. i5.

(2) Obs. paiilo ante cit. et schoK

(3) Eph. N. C.^ cent. 9 et io, append. n. 1, obs. 38.

(4) Act. N. C., tom. iy obs. 10, circa médium. (^) Eorumd. ^ t 5, obs. 29 in fin.

(6) Commerc. htter.^ a. cit., liebd. 27, n. 2.

(7) Commeirc. ejusd.^ a. 1737, liebd. 28^ n. 2,

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Mais, comme les vomissemens eux-mêmes firent rejeter l'arsenic en grande partie dans presque tous ces cas, et que l'effet de tout ce qu'il en restait, ainsi que les lésions commencées par ce poison, furent arrêtés par des substances huileuses douces, et surtout par du lait, je citerai d'autres observations recueillies pendant la vie et après la mort, sur des sujets qui ne purent pas être sauvés. Etmûller (i) le fils parle d'une jeune fille, qui, après avoir pris de l'arsenic, rejeta la première nuit beaucoup de matières visqueuses, et fut trouvée morte le matin;et cependant, à l'exception d'une lividité extérieure et d'une teinte violette, le cadavre tie présenta bientôt après dans les viscères rien qu'on pût attribuer au poison; il n'y avait rien de putride nulle part, rien de fétide dans les intestins, aucune inflammation, ni érosion dans ceux-ci, ni dans Festomac, quoique ce dernier, entre autres, contînt unt poussière blanche, qui, jetée sur des charbons, rendit une fumée gui sentait r arsenic ; or une poussière semblable à celle-là, qu'on trouva dans la maison et qu'on fit prendre à un petit chien et à un chat, tua celui-ci une demi-heure après, et celui-là chez lequel elle excita plusieurs vomissemens , trois heures après; l'estomac du chat était enflammé dans un petit trajet, et celui du petit chien l'était dans une grande étendue , ainsi que la partie voisin de l'in-^

(ï) Eph. N. C.^ cent. 3 et4^ obs. 126, cum schoL

DES MA.LADIES PRODUITES PAR UN POISON. 3 t I

tesrin duodénum près duquel il y avait une grande érosion. Mais, chez la jeune fille, il paraît que l'estomac fut garanti de ces lésions par la grande quantité de matière visqueuse , et par la nourriture qu'elle avait prise auparavant, tandis que ces substances ne garantirent pas également de l'irritation sa tunique interne, et les nerfs qui se distribuent à ce viscère. D'un autre côté il est question d'exemples où l'arsenic, quoique appliqué extérieurement, exerce son action soit là où se trouvent des ulcères de la peau (sujet pour lequel je vous renvoie à ce que je vous ai écrit ailleurs (i), parce qu'il n'appartient pas à ceci), soit là où la peau est intacte; exemples auxquels on peut surtout ajouter celui dont il est parlé dans l'observation de Heimreich citée un peu plus haut, soit qu'on considère la promptitude avec laquelle il produisit les accidens, ou leur gravité et leur ténacité, lorsqu'on eut poudré les cheveux avec de l'arsenic en place de poudre, pour ne pas dire lorsqu'on eut voulu reconnaître ce poison à l'odorat. Or, comme on n'aperçut ni pustules, ni tumeur, ni rougeur dans l'estomac de la jeune fille en question, c'est pour cela, je crois, qu'il est fait mention d'exemples de lésions d'un autre genre , et d'un danger extrême ; lésions qui se développant ordinairement après que Tarsenic a été

(i) Epist. 55^ n. 12.

3ia CINQUANTE-NEUVIÈME LETTRE,

avalé, ont aussi été produites par ses vapeurs, et cela assez souvent.

Du reste, de quelque manière que la chose se tioit passée sur la jeune fille, il ne sera pas nécessaire de chercher comment trois ou quatre autres sujets, dont je ferai connaître ici les histoires en un mot , devant en rapporter quelques autres plus bas (i), furent tués par l'arsenic. En effet, celui qui fut disséqué par Tyson (t.) avait à l'estomac un trou qui n'était ni petit, ni régulier. D'un autre côté, le fond de ce viscère examiné sur une vieille femme pnr M. Hoffmann (3), était comme ulcéré, sphacélé et noirâtre. C'est ainsi qu'il fut trouvé également entièrement corrodé sur une autre femme dont la description a été faite par Wolff (4) déjà cité , et cela non sans une inflammation gangreneuse très-grave au pylore. Sur un homme que le célèbre Henckel (5) disséqua, il y avait des taches assez grandes d'une brun jaune ou rougeâtre, qui s'étendaient vers le pylore, et en outre deux trous angulaires sur la tunique villeuse, l'un vers le même endroit^ et l'autre vers l'œsophage. Cet homme succomba

(i) N. 9 et 21.

(2) Act. Lips. suppleiïi., t. 3, s. 4

(3) In cit. append. , obs. 35.

(4) Cit. obs. 129.

(5) Act N. C. , t. 2, obs. i55.

mis MALADIES PRODUITES PAR UN POISON. 3(3

eu très-peu de temps à des cardialgies très-violentes, à des ardeurs, à des douleurs, à des lipothymies, à des vomissemens. Quant à cette femme, prise de grandes anxiétés à- la région précordiale, et en même temps de vomissemens et de déjections violens et continuels, enfin de mouvemens convulsifsqui lui tordaient borriblement les membres, elle était morte, dans l'espace d'à peine dix heures , au milieu des douleurs les plus atroces. Et, pour que vous ne puissiez pas douter d'où tout cela dépendait, on trouva de l'arsenic dans l'estomac de l'un et de Tautre.

6. Jusqu'à présent j'ai parlé peut-être beaucoup plus longuement que vous ne l'auriez voulu, mais non inutilement, des signes relatifs surtout à l'empoisonnement par l'arsenic, signes qu'il a été permis de déduire des histoires qui se trouvent dc\ns\e Sepulchretum^ou que vous pouvez y ajouter, si vous voulez. Maintenant je rapporterai ce que j'ai vu deux fois moi-même, la première sur un iîujet, et la seconde sur trois ; j'ai conjecturé qu'eux tous avaient été atteints par ce poison , en bien pesant tout ce que je pus savoir d'après les recherches que je fis ensuite. Le premier sujet était un homme robuste et grand , et d'une constitution fort pleine; je le traitais pour luie fièvre dont il avait été pris, et qui avait déjà assez diminué pour qu'il se levât quelquefois de son lit. A peine s'était-il écoulé uug demi-heure depuis son petit souper, où il n'avait mangé que du pain coupé

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et cuit dans du bouillon , qu'il fut pris à l'improviste d'un vomissement très-incommode, et d'autant plus incommode qu il revenait fort souvent. Un de ses domestiques vint chez moi dans la profondeur de la nuit, me raconter le fait, et me demander ce qu'il f^dlait faire. Persuadé que le malaise était augmenté par la circonstance que le malade s'efforçait de vomir, quoique l'estomac fût déjà vide , j'ordonne qu'on lui donne du bouillon^ et que si le vomissement continuait à être incommode malgré cela , on lui administre un clystère pour opérer une diversion. Comme ces moyens étaient inutiles, le domestique revient ; j'ordonne qu'on donne d'autres remèdes ^ et entre autres, à la fin, un grain de laudanum opiat,en disant que j'irais moi-même, s'il ne réussissait pas. Le laudanum ayatït également été rejeté un quart d'heure après, je me lève, et je vais auprès du malade avec ce domestique. Étonné de ce que le vomissement était si opiniâtre sans cause manifeste, et de ce qu'il s'était déclaré subitement d'une manière si grave, je demande en chemin si par hasard le malade a commis quelque écart de régime, et s'il a pris à son souper plus ou autre chose que ce que l'on avait dit. Le domestique dit que non, et i! ajoute même : 11 n'a pris que ce pain cuit dans du bouillon , et saupoudré par N... de la poudre que vous aviez ordonnée. Alors moi, qui n'ignorais pas que je n'avais pas ordonné qu'on saupoudrât îe pain avec quelque poudre, et quelle pouvait être

DES MALADTES PRODUITES PAR UN POISOIN*. 3l5

Tintenrion de celui qui l'avait saupoudré, je réfléchissais en silence sur ce que j'avais à faire immédiatement, sur ce que je devais taire, et sur les précautions que j'avais à prendre pour la suite. J'étais déjà arrivé auprès du malade qui se plaignait de manière à exciter la pitié, non pas tant du vomissement, que d'une angoisse inexplicable à l'endroit qu'on appelle la fourchette du cœur, et qui implorait des secours au plus tôt. II n'y avait ni à cet endroit, ni dans le reste de la région de l'estomac, aucune tension, ni aucune douleur. Mais il avait le hoquet avec des rots fréquens , et sou« vent il éprouvait une certaine difficulté de respirer incommode. Le pouls était très-fréquent, mnis plutôt petit que grand, et faible. Courage, lui dis-je; vous voyez combien vous avez rendu de mauvaises humeurs ( en effet il y en avait beaucoup, et une pituite visqueuse qui existait en abondance chez lui, nageait au-dessus de ces humeurs, tandis que le pain qu'il avait pris, et qu'il avait rendu dans les premiers vomissemens , mais quelques heures après, était au fond); maintenant il faut vous rétablir avec un liquide excellent: et aussitôt je lui donitai un grand verre de lait de vache que j'avais près de moi. Après avoir bu ce lait, il s'écria que je lui avais rendu la vie. Et effectivement tous les symptômes s'améliorèrent, en sorte qu'av.int deux heures le pouls reprit sa grandeur et sa force naturelles, l'angoisse diminua, et le vomissement, même provoque par

3r6 ClNQUAJNTE-iNEU ViEMli LEïTKJi.

Fart, ne revint plus. Mais, en Ini donnant une seconde fois une plus grande quantité de lait qu'auparavant, dans le but ou de le faire rejeter par la bouche, si les circonstances le voulaient ainsi, ou d'adoucir et de laveries intestins, j'obtins ce dernier effet en lâchant le ventre; et en même temps le pouls devint moins fréquent, la difficulté de respirer et le hoquet, qui avaient déjà lieu plus rarement, se dissipèrent, au point qu'on les observa à peine une ou deux fois les jours suivans. On préparait aussi des bouillies d'orge, ou de riz, avec du lait. On lui donnait d'ailleurs autant de petit lait qu'il en voulait; car, à mesure qu'il y avait des évacuations alvines, la soif et la chaleur augmentaient ; deux symptômes que la quantité du petit lait qu'il buvait, diminuait. Les lavemens de petit lait, ou de lait, adoucissaient encore ]e senliment d'ardeur qui avait commencé a se manifester à l'anus. Pour abréger, en deux ou trois jours tous les accidens produits par cette poudre qui contenait du poison, furent entièrement dissipés; et tant que le sujet vécut (or il vécut plusieurs années encore), il ne présenta aucune trace de lésion restée dans l'estomac et dans les intestins. C'est ainsi que le sujet fut sauvé parles humeurs visqueuses qui étaient abondantes chez lui, comme je l'ai dit, par les vomissemens prompts et fort souvent répétées, et enfin par le lait et le petit lait, qui parleur quantité enlevèrent tout ce qui restait de poison , ou de ses

DES MALADIES PîlODUITES PAR UN POTSON. JÏJ

effets, dans l'estornac et dans les intestins, en l'enveloppant, le délayant, lelavant, et le chassant par le ventre. Quant à la manière avec laquelle j'empêchai qu'on ne donnât alors de nouveau au malade de cette poudre, qui était blanche d'après ce que j'appris ensuite , je pourrais la faire connaître actuellement ouvertement (car il y a long-temps que ces individus sont morts), et faire voir en même temps dans quel danger se trouve quelquefois le médecin, s'il ne cache pas sa pensée, et dans quel péril est le sujet, soit qu'il apprenne ou non certaines choses du médecin, tant qu'il est malade; de quelle manière cependant je mis mon sujet à l'abri de nouveaux pièges, et comment j'évitai moi-même la vengeance du scélérat, s'il s'iiperçut que j'empêchai l'exécution de son projet. Mais il vaut mieux actuellement passer à ce que je vis dans trois autres cas, dans lesquels je dus former la même conjecture, mais sans avoir besoin de la même dissimulation.

•7. Un excellent prêtre, F. Balducci, revenait d'un saint pèlerinage au mois de mai de Tannée suivante, c'est-à-dire de l'an 1711, lorsqu'il s'arrêta un moment à Césène pour dîner frugalement €t sans délai avec trois personnes qui se trouvaient avec lui , et qui étaient non moins vigoureuses que lui par leur âge, par leurs forces et par leur bonne santé. Ces personnes étaient la sœur de son frère, un autre homme ^t une autre femme. Peu de temps après le dîner ils sortent de l'auberge, et

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se mettent en route. Ils n'avaient pas fait beaucoup de chemin, lorsque le prêtre fut pris d'une si grande douleur de ventre, qu'il fut nécessaire de le descendre de cheval. Bien qu'après en avoir été descendu il eût éprouvé des vomissemens et des déjections abondans et fort fréquens, cependant celte douleur jointe à une angoisse inexprimable, augmenta au point qu'il semblait qu'il rendait l'âme. Pœporté à Césène , le médecin croit qu'il n'éprouve qu'une colique, parce que le siège des douleurs était à la région épicolique droite. Aussi emploie-t-il pendant tout ce jour et une grande partie de la nuit autant de clystères, de fomentations, de potions, de bols soit anodins, soit purgatifs, qu'un autre médecin en aurait à peine employé en plusieurs jours, et le tout inutilement. Et, quoiqu'il vît que l'une des femmes avait été prise pendant ce temps-là de vomissemens, de déjections, et en outre de graves défaillances, et qu'il entendît Thomme se plaindre d'une chaleur et d'une pesanteur d'estomac, il n'avait aucun soupçon d'empoisonnement, par la raison , je crois, que l'autre femme qui avait fait le même repas, n'avait ressenti absolument aucun mal, que l'aubergiste assurait aussi très-opiniâtrément qu'il n'avait pu y avoir rien de nuisible dans le dîner , et que l'homme, qui avait voulu prendre de la thériaque de sa propre volonté, avait senti la chaleur de l'estomac augmenter par cette cause. Lui-même ordonne une émulsion anodine à la

BKS MALADIES PRODUITES PAR UN POISON. Sig

femme qui se trouvait mal. Mais elle et le prêlre furent soulagés par la maladie elle-même, dont la violence continuai faire rejeter beaucoup de matière de l'estomac et des intestins. Ces évacuations s'étant enfin apaisées vers Taurore , on les porte tous en même temps à Forli ; ils m'appellent sur-lechamp, et ils m'apprennent ce qui leur est arrivé. Pour moi, je demandai aussitôt s'il y avait eu dans le dîner quelque mets dont la femme qui n'avait senti aucun mal, n'eût pas mangé. Comme j'appris qu'en effet il y avait de la bouillie d'orge , qui avait été apportée avant tous les mets dans un grand plat, je dis qu'il y avait conséquemment du poison dans cette bouillie; et nous aussi nous le croirions^ disent-ils, si ceux qui en ont mangé davantage avaient été plus incommodés, et ceux qui en ont mangé moins avaient été moins incommodés : mais c'est le contraire; car ce prêtre qui a mangé trèspeu de celte bouillie, comme des autres mets, est très-gravement indisposé; la femme, qui en a mangé un peu plus, l'est moins gravement; et Thomme, qui en a beaucoup mangé , l'a été et l'est très-légèrement. Mais est-ce que par hasard, leur dis-je, on l'avait saupoudrée, comme à l'ordinaire, de fromage broyé? Comme ils me répondirent que oui, et que le prêtre qui n'avait pas d'appétit n'avait presque mangé que de ce fromage, mais que la femme avait mangé beaucoup plus de riz que de fromage, et enfin que l'homme avait à penie mangé de celui-ci, et beaucoup de celui-là; vous

SlO CINQUAPfTE-NEUViÈME LETTRE*

comprenez déjà vous-même, leur dis-je, même sans que je parle, qu'on avait peut-être mis dans le fromage un poison corrosif pour tuer les souris, et que ce fromage n'ayant point été mis à l'écart, comme il devait l'être, quelqu'un, sans le savoir, en saupoudra la bouillie^ pendant que vous pressiez de préparer le dîner dans l'auberge. Il leur vsembla alors que je disais vrai , et ils le crurent bien plus encore lorsque long-temps après l'aubergiste, qui apprit qu'ils en étaient réchappes, et qui n'avait plus de crainte pour lui, ne fit pas difficulté de faire quelque aveu. Néanmoins, il semblait qu'il restait alors deux doutes; l'un, qu'ils avaient senti en mangeant une mauvaise odeur, produite par du mauvais fromage, à ce que je crois, tandis qu'ils n'avaient ressenti aucun goût extraordinaire, et qu'ils n'avaient éprouvé , même ensuite, aucun sentiment d'érosion sur la langue, ni dans la gorge; l'autre, que, quoique je conjecturasse que c'était un poison corrosif, je n'étais pourtant pas certain quel était ce poison • pour pouvoir lui opposer un antidote particulier. Mais les mêmes doutes auraient pu exister aussi dans le cas précédent (i). Car, comme vous l'aurez jugé sans doute d'après mon silence, il n'y avait aucun indice d'érosion sur la langue, ni dans la gorge, et je ne savais point en particulier quel poison on avait donné; et cependant

le lait et le petit lait qui furent administrés avec un si grand succès confirmèrent mon soupçon relativement au poison corrosif, et firent voir en niême temps que lorsque l'espèce du poison est inconnue, et qu'on ne peut pas se servir d'un remède qui lui soit propre, il faut du mouis se servir de celui qui combat son genre, qui est moins inconnu. J'aurais même fait , dans cet autre cas, ce que je fis dans le premier, si un très-grarid nombre de vomissemens et de déjections qui avaient existé auparavant, et qui avaient eutièrement cessé actuellement, et si la non persistance de l'angoisse et des tranchées n'eussent semblé indiquer que le poison était déjà rejeté* Cependant, dans le doute où il en resterait encore un peu, je donnai beaucoup de petit lait à boire au prêtre et à la femme, pour le combattre^ et en même temps pour ne point négliger la soif et la fièvre, qui avaient été la suite d'une si grande quantité d'évacuations, et d'une si grande commotion. Car, pour l'homme qui n'avait ni soif , ni fièvre, et qui ne me demandait que de lui enlever le sentiment d'un poids qui surchargeait son estomac, je me rendis facilement à son désir en lui donnant de l'huile d'amandes dans l'intention de provoquer le vomissement plutôt que des déjections; et d'ailleurs si par hasard il restait encore quelques parcelles corrosives, ce remède pouvait servir en même temps à les envelopper, et en adoucir l'effet. Mais, tandis que le vomissement

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