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'5'22 CINQUANTE-]VEUVIÈME LETTRE.
ne fut pas provoqué, même avec les doigts introduits fort profondément dans la bouche, le ventre fut lâché, et le sentiment de pesanteur entièrement enlevé. Comme ensuite il se trouva très-bien , je ne lui recommandai que des potages de riz et de lait. Je donnai aussi de ces potages aux deux autres malades pour le souper, quand je m'aperçus que la fièvre et la soif étaient devenues très-légères après qu'ils eurent bu abondamment du petit lait. La nuit fut excellente, au point que le lendemain la femme était déjà sans fièvre et sans aucune autre incommodité, et que le prêtre, chez lequel la fièvre et la soif diminuèrent de plus en plus, n'avait plus aucun sujet de plainte; car le sentiment d'ardeur, qu'il avait éprouvé la veille en urinant, était déjà nul. Quoique les symptômes eussent continué à s'améliorer chez eux pendant tout ce jour, et pendant la nuit suivante et une grande partie du jour suivant , et que le relâchement du ventre eût lieu sans aucun sentiment d'ardeur , je ne négligeai cependant pas de donner les mêmes choses que j'avais données pendant les deux jours.
8. Mais voilà qu'au commencement du quatrième jour cette douleur atroce dont le prêtre avait été pris, revint de la même manière, et à la même heure de midi, sans aucune cause antérieure manifeste. Les pieds étaient froids au commencement, et le pouls légèrement contracté. Outre la douleur il existait une angoisse inexpli*
DES MALADIES PRODUITES PAR UN POISOTV. 3'j3
cable tiès-iacommode dans tout le ventre, angoisse par laqïielle le malade se plaignait beaucoup d'avoir la respiration interceptée, et qui le forçait surtout, disait -il, à se tourner avec peine tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, à ne jamais se lever, ou se promener. Mais la douleur occupait la région épicolique droite , et la partie voisine des lombes, d'où elle s'étendait quelquefois en travers à l'hypogastre, d'autres fois au côté droit du scrotum, et par intervalles à la fesse voisine; en sorte qu'elle semblait être néphrétique. Toutefois le prêtre n'avait jamais été sujet à une douleur néphrétique; et la dotdeur qui s'était manifestée quatre jours auparavant, et qui était parfaitement semblable à la douleur actuelle, abstraction faite des vomissemens et des déjections, n'était point néphrétique, comme le prouvaient suffisamment, soit la cause qui l'avait précédée immédiatement et que j'ai exposée plus haut, soit les effets graves produits dans le même temps par cette cause sur ses compagnons; enfin les urines, qui n'étaient point chargées et qui se trouvaient tout-à-fait semblables à celles des personnes en bonne santé, contre ce qui a lieu ordinairement sur les néphrétiques, confirmaient que cette douleur n'était pas de ce genre. Cependant, comme aucun des remèdes, que j'avais ordonné d'employer extérieurement, ne procurait du soulagement, et que le malade disait qu'il ne pouvait pas prendre des clystères à cause de la tumé-
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faction de ses hémorrhoïdes, et parce qu'il s'y était joint en même temps une si grande douleur, avec ténesme, qu'il ne pourrait point la supporter si elle était encore exaspérée par l'introduction d'une canule j la nécessité pressante de produire du relâchement, et l'analogie de la douleur avec celle d'une douleur néphrétique me portèrent à tenter un moyen utile dans celle-ci , savoir un bain émoUient tiède. Et je ne fus pas trompé dans mon attente; car à peine le malade s'était-il assis dans le bain, qu'il y eut une diminution d'abord de l'angoisse, et bientôt après de la douleur. Mais comme à la sortie du bain ces deux symptômes le tourmentaient de nouveau, il fut forcé de se donner un peu de sommeil, et de se rétablir de cette manière. Ayant donc pris un grain de laudanum opiat^ il dormit une heure. A son réveil , comme la douleur était un peu moins considérable, et qu'il pouvait déjà prendre quelque nourriture, je lui donnai de la tisane de bouillon gras^ qui le fit dormir le reste de la nuit. Le lendemain, comme il avait de la fièvre, mais sans aucune douleur de ventre, je lui donnai de Fhui^le d'amandes, et j'ordonnai pour une heure fixe un clystère de lait et de mucilages. Au reste, pour que la douleur des hémorrhoïdes, quoique diminuée, ne fut pas un obstacle à ce moyen, une petite tente avait été introduite auparavant dans l'anus et enduite de graisse de grenouilles, qui, d'après l'observation d'un médecin, mon ami , est propre à calmer les douleurs
de ces veines; et, quand la tente eut été enlevée , la canule de la seringue fut recouverte du petit intestin renversé d'un poulet, pour être moins incommode, et introduite dans cet état d'une manière insensible. Quand il eut rendu le clystère, qu'il garda une heure et plus , il éprouva du soulagement, quant à quelque angoisse qui existait encore dans le ventre, et quant à la soif. La boisson d'une grande quantité d'eau de Nocéra servit à combattre cette dernière et l'amertume de la bouche. Dès ce moment, tous les symptômes s'améliorèrent constamment de plus en plus.
La femme fut aussi soulagée par les mêmes moyens à peu près, lorsque des déjections jaunes, qui étaient utiles à la vérité, mais qui donnaient lieu à de la soif, à certaines douleurs légères et vagues du ventre, et à du ténesme avec un sentiment d'ardeur, lui étaient parfois incommodes. Le prêtre ne fut pas exempt non plus de déjections jaunes , mais elles n'étaient pas liquides , et elles ne causaient aucune douleur, si ce n'est celle des hémorrhoïdes. Il y avait, dans ces déjections, des mucosités qui sortirent une fois en forme de boule ; et comme j'examinais cetre boule fort attentivement, je vis que ces mucosités ressemblaient, pour ainsi dire, à de la graisse non digérée, avec laquelle une substance tendineuse aurait été mêlée. Cette boule sortit le quatrième jour après la récidive, avec des excrémens solides, teints de sang, lequel n'était pas mêlé avec eux,
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mais couvrait seulement leur surface, en sorte qu'on comprenait qu'il venait des hémo/rhoïdes.
C'est ainsi que ces deux sujets, qui furent également guéris onze jours après ce repas, vécurent ensuite plusieurs années sans aucune trace de restes de lésions dans l'estomac , ou dans les intestins. Bien plus, le prêtre ne succomba, à la fin, qu'à un anévrisme de l'aorte pectorale, qui commença à se développer six ans après, et qu'il porta pendant long-temps.
9. Maintenant, pour faire quelques remarques sur les différens objets observés sur les quatre malades en question, en commençant par ce qui a été dit en dernier lieu , si par hasard vous remarquez, dans cette dixième section (i) du 6epidchretum , que Paaw croyait que les signes de l'empoisonnement étaient l'énorme dilatation du ventricule droit du cœur, et de la veine-cave adjacente, et la coagulation du sang opérée dans le cœur et dans toutes les veines par la violence d'un poison très-froid, pendant la vie du sujet, à ce qu'il pensait (comme s'il n'eut pas disséqué le ca« davre sept heures après la mort j, ne croyez pas que Tanévrisme de notre prêtre doive servir à confirmer son opinion. En effet , les dilatations de celte espèce ne se forment pas aussi promptement, comme cet auteur semble le croire, et il est certain que les signes d'un anévrisme commençant
(.)Obs. 4,5. I.
ne se manifestèrent sur notre sujet que plusieurs années après, comme je l'ai dit; en sorte que si vous soupçonnez que sa première origine était due aux constriclions qui eurent lieu à Tépoque de la douleur et de Tangoisse, vous ne pourrez cependant pas prétendre qu'il faille regarder comme un indice d'empoisonnement, ce que les autres peuvent regarder comme l'effet de tant d'autres causes qui auraient agi pendant un si long espace de temps.
Quant au sang qui était coagulé soit dans les veines, soit dans le cœur lui-même, je vous ai rapporté qu'on l'a trouvé assez souvent dans cet étatsur les cadavresde ceux qui étaient morts d'une toute autre cause que d'un empoisonnement; en sorte que si ce fut la coagulation du sang à Tintérieur qui fut cause, comme on le conjecture dans la scholie soujacente, qu'on ne brûla pas le cœur de Germanicus (i), les cœurs de beaucoup d'autres sujets, chez lesquels il ne pouvait y avoir aucun soupçon d'empoisonnement, n'auraient pas pu non plus être brûlés. Que sera-ce, si à cela vous ajoutez ce que le savant Méad (a) prétend , que les poisons agissent principalement sur les nerfs et non sur le sang, opinion de laquelle Harder (3) ne semble pas s'être éloigné! Cela ne peut effecti-
(i) Suelon. de dnodec. Cassarib., 1. 4 , c» i.
(2) Tract, de venen. passim.
(3j Sepulchr.s. cit. in schol. ad obs. 17 addit.
vement pas se nier pour certains poisons, par exemple pour ceux qui tuent sur-le-champ: comme celui que Vibulenus Agrippa {\) prit dans le sénat même ^ après Valoir retiré non pas à^ son anneau y comme l'écrit Baccius ('2), qui songeait alors à quelques autres personnages, à ce que je crois (6) , mais de son sein ; car il tomba moribond ^ et les licteurs^ malgré leur célérité , ne purent V entraîner en prison que la corde au cou lorsquil était déjà mort. Tel était encore le poison d'une \ertu instantanée que Locusta (/j) prépara par l'ordre de Néron, et qui tua un petit cochon à Vinstant même ^ et fit tomber Britannicus aussitôt quil F eût goûté ; car (5) // parcourut tous ses membies de manière que sa voix se perdit en même temps que sa respiration. Mais aupun poison n'a paru plus propre à confirmer l'opinion de Méad (6) que celui par lequel il dit, d'après les expériences de Nichols, qu'un chien est tué dans moins d'une demi-minute ^ et qui injecté dans le dernier intestin, produit le même effet dans un moment ^ sans qu'il existe aucuns signes d'inflammation ou de corrosion ; en sorte qu'il faut moins s'étonner
(i) Tacît. annal., 1. 5.
(2'j De venenis ubi de venenor. ingest. saevitia.
(3) f^icL Plin. nat. hibt., 1. 33 ^ c. 1, et annot Dalecamp.
(4) Sueton., 1. 6, c. 33.
(5) Tacit. annal., 1. i3.
(6) Tract, cit. in append. lentam. 5.
dece quej'ai noté plnshaut(i)suriin lapin d'après Sproegel, ou sur une jeune fille d'après le fils d'Ettmûller, qui pour ce motif expliquent le phénomène l'un et l'autre de la même manière.
Cependant, comme il arrive que pendant que les poisons affectent les nerfs, le mouvement du sang change ou est intercepté , pour me servir des expressions de Wepfer (i)^ ou que sa circulation est tantôt empêchée ^ tantôt très-confuse^ il arrive aussitjue le sang se trouve dans des états différens sur les différens sujets. Aussi Méad (3) pense-til que si la circulation est arrêtée subitement par suite d'une paralysie universelle causée par le poison, le sang reste parfaitement liquide dans les vaisseaux, et que dans les autres cas (4) où la circuation est troublée, les sécrétions interrompues , et les plus petits vaisseaux embarrassés par la stagnation du liquide, effets qui tous résultent de l'affection des nerfs, le sang lui-même éprouve divers changemens, parce qu'étant une humeur composée du mélange de diverses autres humeurs, il est sujet à toutes sortes de changemens par l'effet du changement seul de son mouvement. Quant à ces changemens du sang, oulre qu'ils ne sont l'effet ni primitif, ni propre du poison qui a
(2) Sepulchr. , ibid, in schol. ad obs. 3.
(3) Append. cit.
(4) Introduct. in fin.
33o CINQUANTE -NEUVIÈME LETTRE.
été avalé , i!s peuvent varier considérablement sur les différens sujets, suivant la différence non-seulement de l'affection des nerfs, mais encore de la disposition du sang lui-même. C'est pourquoi, pour ne pas m'éloigner de l'arsenic, une femme tuée par cepoison avait le sang liquide et rouge, comme vous l'avez lu plus haut (i), tandis qu'un chien tué par le même poison , l'avait grumeleux et noir, comme je Fai rapporté plus haut (2). Et moi-même, je me souviens qu'en disséquant neuf rats des plus gros qu'un de mes amis avait tués avec de Farsenic, je vis, sur tous, les deux oreillettes du cœur distendues par du sang noir, mais qui n'était ni coagulé ni très-liquide, comme il Favait été pendant la vie. Mais, comme je disséquais ces petits animaux pour examiner, non pas les effets du poison, mais différens objets relatifs à certaines structures naturelles, je n'ai noté rien de plus qui se rapporte à ceci , si ce n'est que l'estomac était très-plein sur tous, et non enflammé sur aucun , autant qu'on le voyait à Fextétérieur, et bien moins encore perforé ; regardez cela comme dit aussi des intestins. Heydius (3) ne dit pas non plus que Festomac, rempli de limon et de pain , fut enflammé, ou corrodé sur deux rats qui avaient avalé de ce mêjne poison ; mais il dit
(3) Obs. medic. 48.
qu'en disséquant l'un après sa mort ( car il disséqua Taulre encore vivant), il ne s' écoula point de sang des vaisseaux , et même qu'^7 ne sortit pas une goutte de sang des ventricules du cœur ^ dont le cône avait été coupe; est-ce parce qu'il s'était porté dans d'autres vaisseaux, ou parce qu'il était coagulé? C'est ce qui reste incertain, parce qu'il n'ajoute rien sur cet objet. Il est certain au contraire, d'après les expériences du grand Eller (ï), qu'une solution d'arsenic ayant été mêlée avec du sang nouvellement tiré de la veine dans la proportion d'un tiers ou d'un quart, le sang se coagula sur-le-champ , mais que les globules , examinés au microscope, étaient très-petits, dissous, et comme mis en mouvement. Au milieu de ces globules on voyait évidemment çà et là de petits cristaux triangulaires, et semblables à la pointe tranchante des flèches ; de sorte qu'il comprenait , d'après tout cela , que les poisons très-énergiquement corrosifs de cette espèce agissent en détruisant non pas tant les parties liquides que les parties solides de notre corps. Mais il n'ignorait pas que l'arsenic, qu'on a avalé, ne se mêle pas aussi immédiatement avec le sang, et vous voyez qu'en définitive il ne peut point se mêler avec lui dans cette proportion.
11 vaut donc mieux revenir du sang tiré de la
(i) Hist. de TAcad. E. des Se, de Berlin, a. 175^, class. philos, experim.
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veine au corps vivant, et des chiens et des rats aux hommes , et rapporter ce que Ruysch (i) trouva sur ces derniers en les disséquant après qu'ils eurent avalé de l'arsenic. Il fit quelquefois l'examen de ces sortes de cadavres; et en opposition avec ceux c\u\ prétendent que dans un cas semblable^ il ne survient que la coagulation du sang ^ il n'a jamais trouvé ce liquide coagulé; mais il a vu l'estomac ulcéré , si toutefois il y avait eu assez de temps pour la production de cet effet, comme sur une femme dont il conservait une grande partie de l'estomac dans un liquide, et chez laquelle l'arsenic b!anc était attaché à la tunique interne de ce viscère qui était ulcéré en divers endroits. Dans les cas où les sujets étaient morts plus promptement, il a vu des points de sang épars ça et là dans l'estomac.
lo. En réunissant ces observations de Rusych à celles qui ont été citées plus haut (2), on comprend très-bien que l'effet premier et propre de l'arsenic qu'on a avalé , et des autres poisons de cette espèce, se manifeste sur les tuniques internes elles-mêmes du canal alimentaire, surtout de l'estomac, dans lequel ils séjournent, d'abord par l'irritation des nerfs, par la piqûre des tuniques, et, s'il y a assez de temps, par leur inflammation, leur ulcération et leur perforation. C'est pourquoi
(i) Thés. anat. 8, n. 70.
rien ne peut arriver de plus heureux dans ces sortes d'accidens, que de rejeter sur-le-champ, ou du moins le plus promptement possible , ce qui a été introduit dans l'estomac; et c'est là le moyen principal qui a guéri ceux que j'ai ( i ) traités. Il arriva même beaucoup plus heureusement à un homme noble, qui avait pris deux drachmes de tartre émétique pour de la crème de tartre , d'être délivré de toute incommodité de l'estomac par quelques vomissemens qui s'ensuivirent bientôt après , non sans des angoisses de la région précordiale; or le célèbre Détharding (2) pensait que quelques molécules du poison s'étant dissoutes et ayant provoqué le vomissement, les autres n'avaient pas eu le temps de se dissoudre, et que toutes les parcelles, qui, étant en si grande quantité, auraient certainement fait mourir le sujet, avaient été rejetées.
Mais il est des individus qui sont moins disposés à vomir par leur nature. Il en est aussi chez lesquels les fibres de l'orifice gauche de l'estomac et de Fœsophage sont tellement tendues dans ces sortes de cas, qu'elles résistent à celles qui se contractent dans le reste de l'estomac; et il n'arrive pas toujours que si l'on fait avaler quelque chose, ces fibres, qui résistent, se relâchent, comme Tenseigne Wepfer (3); car il est des cas
(2) Eph. N. C. , cent. 9 , obs. 74, cum schol.
(3) Schol. cit. supra , ad n. g.
334 CINQUANTE-NEUVIÈME LETTHK.
OÙ le sujet avale alors, et où il éprouve (i) cependant inutilement l'envie de vonnir. Ceux-là mêmes qui ne vomissent pas promptement, sont quelquefois dans un moinsgranddanger, comme quand ils avalent le poison pendant que leur estomac est plein. C'est pourquoi Baccius (2) donîie le conseil, lorsqu'on ne peut pas éviter un repas suspect, (le ne point s'y rendre accablé de soif ou de faim, mais de prendre du lait auparavant, et de se rassasier de mets grossiers et gras. Car il avait vu (3) le même mauvais aliment, dont toute une famille avait mangé , ne faire mourir, le jour même, que le maître qui avait mangé ayant le ventre vide,, tandis que les autres, qui l'avaient plein, furent guéris. Bien que cette circonstance ne préserve pas toujours de l'empoisonnement, elle retarde du moins assez souvent l'effet pernicieux du poison, comme vous l'avez vu sur la femme par Thistoire de laquelle j'ai commencé cette Lettre. La mort ne survint plus tard également sur les sénateurs de Capoue qui étaient au nombre de près de vingt-huit, que parce qu'étant pleins de nourriture et de vin, lorsqu'ils prirent le poison , ils avaient rendu celui-ci moins efficace à hâter leur mort , d'après ce que Tlte-Live (4)
(i) Sect. bâc sepulclir. ^ obs. 4> 5* ^'
(2) De venen. ubi de particulari praeserv., n. i.
(3) Ibid. Ubi venena quibus modis fieri possint irrita n. 10.
(4) Historiar.^ i. 26.
DES MALADIES PRODUITES PAR UJNf POISOIY. v335
a rapporté. Que si on n'avale que tant soit peu de poison, mais avec beaucoup de nourriture, quand on a l'estomac vide, il n'est pas étonnant que le danger soit moins grand. Car alors , ou bien le poison est éloigné des tuniques de l'estomac, ou bien son action est émoussée par son mélange avec beaucoup de substances.
D'après cela on peut expliquer la plupart des choses que j'ai écrites plus haut. J'ai dit la plupart; car quelques-unes sont assurément fort difficiles, celle-ci surtout, pourquoi le prêtre (i) fut pris de douleurs, non pas à la région de l'estomac, mais à la région épicolique droite. Que si cet accident ne fût survenu que le quatrième jour, on pourrait coujecturer alors que quelques parcelles du poison, qui avaient été retenues dans les premières cellules de l'intestin colon , les avaient piquées. Mais comme il survint peu de temps après que le poison eut été pris , à moins que vous n'imagiuiez que l'estomac était un peu plus à droite, comme cela s'observe sur quelques sujets , ou que rintesiin duodénum se trouvait un peu plus de ce côté, puisque cette situation du premier viscère est très-rare, vous ne comprendrez pas facilement le phénomène.
II. Quant à ce que je n'ai même pas songé à employer , dans le traitement, la thériaque, ou d'autres remèdes de cette espèce, je sais que vous
(i) Suprà, 11. 7,8.
n'en serez point étonné. Car pourquoi , puisque je pensais que j'avais affaire à un poison corrosif, aurais- je jeté de l'huile sur du feu, ou aurais-je exci té davantage ce poison , ou du moins augmenté ses effets? Et effectivement, je voyais que sur quatre sujets que je traitais, un seul , qui avait pris (i) de la thériaque de lui-même, avait éprouvé une augmentation de la chaleur de l'estomac; ce qui fait que je suis moins étonné que l'enfant dont il est question dans le Sepulchretum {2) ^ et à qui on donna deux fois de la thériaque, mourut quatre heures après avoir mangé de l'arsenic ; et si J.Faber(3) n'eût donné que dumithridate au jeune homme qui avait pris de la poudre de risagalli pour de la cannelle, il ne l'aurait certainement pas sauvé. Mais il le sauva, parce qu'il lui fit boire en même temps des bouillons gras et du lait en abondance. C'est ainsi que je crois que J. J. Cysatus (4) avait pu sauver également un enfantetdeux jeunes filles qui étaient en danger de mourir pour avoir pris de l'arsenic , non pas parce qu'il leur avait donné l'électuaire appelé ondétan^ mais parce qu'il leur avait fait prendre beaucoup de lait auparavant, et que la nature les avait tous soulagés préalablement par de prompts vomissemens. En
(2) Sect. hac in addit. , obs. i3, hist. 7.
(3) Ibld, , hisl. 12.
(4) Ihid.y hist. 2 et secj.
effet , les alexipharmaques de cette espèce ne pourraient point envelopper les parcelles corrosives, ou les couvrir de manière à empêcher qu'elles n'enflammassent, ou ne corrodassent par leur action irritante, ni adoucir et nettoyer les parties ulcérées; mais ils pourraient donner du mouvement et de la force à ces parcelles, et de la chaleur et de l'irritation à ces parties. Il est au contraire évident quelle peut être l'efficacité du lait, de l'huile, des autres substances un peu visqueuses, du petit-lait et même de l'eau, en enveloppant, en délayant, en adoucissant, en nettoyant , si toutefois ils sont donnés en assez grande quantité pour favoriser le vomissement, et s'ils délayent ce qui peut rester après celui-ci de manière à en empêcher l'effet nuisible. Et, quoique les anciens proposassent aussi quelques moyens moins convenables , cependant Ardoyn (v) a suffisamment démontré combien ils estimaient ceux que j'ai cités. Quant aux modernes, après avoir négligé les remèdes inutiles et nuisibles^ ils ont confirmé l'efficacité des autres, lorsque l'occasion s'en est présentée, les uns par leurs écrits, les autres parles observations d'autrui qu'ils ont rassemblées. C'est ainsi que relativement au lait, outre les observations que j'ai indiquées plus haut (2), il en existe plusieurs autres, au nombre ' ' ' ' " ' I . Il ■ I I , II»
(i) De ven^n. , 1. 2, c. i, 2^ 3, 5^ ubi de curât, v (2) N. 5.