‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 20 sur 39 · IX. <x · texte numérisé non relu

IX. <x

338 CINQUANTE-IVEUVÏÈME LETTllTÙ

desquelles se trouve surtout celle que H. Doorschodtius fi) dit avoir décrite d'après Hoffmann, et qui a pour sujets dix jeunes gens, qui furent mal portans peu de temps après avoir pris un bouillon d'avoine, dans lequel on avait mis près de plus de deux onces d'arsenic avec autant de sucre, et qui furent sauvés par du lait qu'on leur fit boire jusqu'à ce que tous les efforts du vomissement cessèrent; or ils en burent tant, que dix mesures de lait suffirent à peine à chacun d'eux. C'est ainsi que pour les huileux ( et effectivement l'huile d'amandes leur fut donnée aussi comme à plusieurs autres ) vous lirez ce que le célèbre J. Gentilis (2) a dit de l'opinion qu'en eurent les modernes ainsi que les anciens. Quant aux aqueux, parmi lesquels se trouvent le petitlait et l'eau elle-même, lisez, dans Ettmûller, la dissertation intitulée Petits comuiencemens de grandes maladies. Vous y (3) verrez l'exemple d'un homme qui ayant bu par erreur de ce qu'on appelle eau-forte, avala bien tôt après une grande quantité d'eau, et se mit à l'abri de toute incommodité. A cet exemple ajoutez-en un autre d'après Sydenham (4) qui sauva, avec ce remède unique donné et injecté par le siège abondamment, un sujet qui

(1) Dissert, de lacté iia. cotoîlar.

(2) Annotaz.allapag. G4^ v. h, délia Lett filos.

(4) Epist. respons. 1 , vers. fin.

DES I\tA.LADIES ï>RODtJITES PAR UN POïSGlV. 339

avait avalé une assez grande quantité de mercure corrosif sublimé. Et Boerhaave (i) , à rendroit où il parle des moyens qu'il faut employer lorsqu'on ignore l'espèce de poison qui a été pris, loue, non-seulement ce traitement de Sydenham, mais encore la plupart des moyens que j'intliquais un peu plus haut, et que j'emplojai sur ces malades, sans omettre le bain, et enfin l'opium^ dont il démontre aussi c|uelle peut être l'utilité. Les autres remèdes ne sont point passés sous silence dansEttmûlleràrendroit que j'ai cité toutàTheure; et une observation de Screta, qui se trouve dans le Sepulchretum (2) , fait voir combien ils furent utiles dans un cas où le poison n'était pas trop connu. Mais , quand l'espèce de poison est connue, vous apprendrez combien il vaut mieux employer des remèdes qui le combattent spécialement, si vous voulez comparer entre elles deux histoires, assez semblables d'abord, mais très-différentes par le résultat , qui se trouvent l'une dans le même ouvrage (3), et l'autre dans le célèbre Méad (4).

Du reste je vous avertirais ici, si vous n'aviez pu l'observer par vous-même, quelle variété de symptômes produisit un seul et même poison sur troissujéts que j'ai traités (5) en même temps. Mais

(i) T^id, Instit. §. 1129, et prcelect. ad eumd.

(2} Ilistor. 10 in cit.^ obs. i3,

(3)Hist. i3.

(4) Tract, de yç,rssixi, tentara. 4 in fin-

34o CIWQUANTE-IVKUVIÈME LETTRE.

en voilà assez sur les poisons minéraux, attendu que vous avez aussi appris ailleurs (i) quels accidens j'ai vus produits par le soufre qu'on avait pris. Ajoutons maintenant quelques choses sur les poisons végétaux.

12. Une pauvre femme âgée d'environ soixante ans, qui avait voulu se jeter dans la rivière une autre fois (quelle que fût la cause de ce projet), ayant cueilli en dernier lieu une grande quantité de feuilles de laurier rose , arbrisseau que Ton appelle oleandro dans ce pays-ci, et ayant bu le suc qu'elle en exprima en les pilant, et qu'elle mêla avec du vin , des femmes qui étaient dans des ca- Jjinets voisins l'entendirent vomir avec force près de trois heures après. Elles accourent; elles comprennent ce qu'elle a fait ; et comme elle avait soif, elles lui donnent un verre d'eau, persuadées qu'il ne lui resterait point de mal après le vomissement. Mais, voyant qu'elle était en très-mauvais état bientôt après , elles font venir d'abord un prêtre, et ensuite Médiavia, qui par hasard n'était pas loin; il y avait alors environ cinq heures que la femme avait bu ce suc. Il ne remarqua dans la respiration rien qui fut bien digne de remarque, pas plus que sur la face , si ce n'est que les lèvres étaient brunes, surtout à la partie inférieure; car les autres parties avaient leur couleur naturelle, et tendaient à peine légèrement vers le pâle. Le

(i) Epist. 55^ n. 9 et seq.

DES MALADIES PRODUITES PAR UN POISOK. 34 l

corps n'était pas froid non plus, mais ïT était seulement un peu moins que tiède. Comme les femmes qui étaient présentes disaient que la faculté de parler était déjà entièrement éteinte; il cria dans l'oreille de la malade qui était couchée et comme plongée dans l'assoupissement, de lui tendre le bras. Elle se leva facilement sur sou séant, et quand les femmes eurent dégagé l'un de ses bras, elle donna l'autre elle-même bientôt après. Le pouls était petit, faible, un peu dur. En faisant effort pour répondre aux questions' de Médiavia , sa voix était confuse , etelle ne prononça distinctement aucune parole; mais elle montra avec le doigt une assez grande quantité d'humeur qu'elle avait vomie. Il prescrivit des remèdes qui devaient être pris sur-le-champ , mais ce fut inutilement ; car la femme ne voulant presque rien avaler, mourut quatre heures après; en sorte qu'elle ne vécut pas plus de neuf heures après avoir bu le suc.

Examen du cadavre. Le cadavre avant dû être disséqué le lendemain qui était le i8 novembre de l'an 1745, par ordre du juge des affaires criminelles, Médiavia présida à cette dissection; et, le jour suivant, il me raconta avec soin tout ce qui suit. Avant tout, on remarqua qu'on ne voyait nulle part sur le corps en supination aucune lividité, ni aucune tuméfaction, pas même au ventre, tandis que quand le corps fut en pronatioii tout était d'une couleur violacée de la tête aux

342 CIKQUAWTE-NEUVJÈME LETTRE.

pieds. L'abdomen et la poitrine ayant été ouverts bientôt après, on sentit encore alors quelque chaleur à l'intérieur, quoiqu'il se fut écoulé dix-sept heures depuis la mort. Dans le ventre, tout était dans la situation et dans l'état naturel; en sorte que ni l'estomac, ni aucun intestin n'étaient tuméfiés; car relativement à ce que le colon se courbait en bas dans Pespace de trois ou quatre doigts* au milieu du trajet transversal au-dessous de l'estomac, et revenait ensuite en haut, c'est ime disposition qui, com rue vous avez pu le comprendre d'après mes Lettres, ne se rencontre pas trèsrarement sur ceux-là mêmes chez lesquels elle semble être plutôt naturelle qu'un effet morbide. Mais, en regardant plus attentivement, on remarqua que les veines, qui se portent à travers l'estomac , l'épiploon et la partie- des intestins annexe au mésentère, étaient considérablement distendues. Après avoir disséqué l'estomac, on vit dans ce viscère une quantité médiocre d'humeur verte, laquelle ayant été enlevée, on ne trouva nulle part aucune lésion dans cet organe détergé,si ce n'est que les rides qui se dirigeaient en long dans le fond près de l'antre du pylore, étaient plus dures que dans l'état naturel. On ne trouva non plus rien contre l'état habituel dans l'intestin duodénum qu'on avait ouvert, bien qu'il contînt de la même humeur verte qu'on avait observée dans l'estomac; était-ce de la bile (quoique la vésicule biliaire fût médiocrement

DES MALADIES PRODUITES PAR VN POISOjNT. 343

pleine) qui s'était répandue jusque là, et qui s'était mêlée avec des sucs acides. Car le suc que la femme avait bu aurait plutôt tiré une couleur noire du vin , avec lequel il avait été mêlé. Dans la poitrine, le poumon droit qui était attaché à la plèvre, et très-rouge par derrière, parut avoir comme un peu de sang coagulé dans son intérieur. Quant à celui du côté gauche, non-seulement il était libre de toutes parts, mais encore il était affaissé sur lui-même comme s'il ne fût presque pas resté d'air dans son intérieur, et à peine légèrement rouge par derrière. Il n'y avait point de sang liquide, ni coagulé dans les ventricules du cœur. Lorsqu'on disséqua les gros vaisseaux, le sang s'écoula en grande quantité, mais non formé en grumeaux, ni dans un état plus liquide qu'il ne devait l'être. On ne toucha pas à la tête. i5. J'ai rapporté cette observation d'autant plus volontiers que je ne me souviens pas d'avoir lu , dans aucun auteur, l'histoire de la dissection de sujets tués par ce poison, et que les signes de cet empoisonnement n'ont été observés par aucun moderne. Quant aux anciens, tous n'ont pas écrit que cette plante soit nuisible aux hommes, et même quelques-uns ont dit qu'elle leur est utile. Le Ilhododendros , dit Pline (i) , na même pas trouvé un nom latin parmi nous; on V appelle Bhododaphne^ ou Nerium. Il est étonnant que les feuilles soient un

(i)Nat. hist. I. 24, c. II.

■poison pour les quadrupèdes ^ tandis quelles sont un secours pour V homme contre les serpens^ en j ajoutant de la rue trempée dans du vin. Car on dit que le gros bétail et les chèvres meurent y si elles hoi\^ent de Veau dans laquelle ces feuilles ont trempé. Vous verrez que Dioscoris (r) a écrit des choses assez semblables à celles-là, et qu'Apuleius (2) , et même Lucianus (3), dont ce dernier parlait peut-être alors, n'ont cité que la mort des bêtes comme étant produite par ce poison. Ce qu'il y a de certain, c'est que le premier de ces auteurs a Lien donné le nom de venenum rosarium aux fleurs de cet arbrisseau , que le vulgaire appelerait rosas laureas y mais ^^xc^o^U est mortel pour tout bétail qui en mange. Bien plus, Lucianus avait même écrit qu'il n'est pas funeste à tous les animaux, mais seulement aux ânes et aux chevaux. Car on a fidèlement traduit en latin ce passage de la manière suivante : Cette nourriture est funeste à tous les ânes et à tous les chevaux ; on ne dit pas que Vhomme qui en a mangé meure. Au contraire, pour passer sous silence Scribonius (4), qui dit assez clairement que celui qui veut mâcher des feuilles de laurier rose contre la douleur des dents, ne doit

pas avaler la salive, il est certain que Galien (5)

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(i) De mecL, mat. 1. 4^ c. 77.

(2) Metamorpîi. I. 4, prope initium.

(3) In Lucio ^ sive Asino.

(4) Compos. med. 55 , cum Rhodii notis.

(5) De simpl. med. facult., 1. 8.

DES MALADIES PRODUITES PAR VN POISOIN". 3l[S

a enseigné positivement que cet arbrisseau est funeste aux hommes, aussi bien qu'à la plupart des animaux. Les principaux médecins Arabes qui on t suivi cet auteur, et que vous trouverez cités chacun en particulier dans Ardoyn (i) , ont proposé des secours contre ce poison.

Quant aux signes de cet empoisonnement, qui ont été recueillis par le même auteur (2) et par Matthiole(3),ilsserédïjisent à peu près à ceci : une violente angoisse se déclare, le ventre se tuméfie, est douloureux,serelâche, l'inflammation s'allume, et la chaleur de tout le corps, l'aliénation mentale , la syncope et la mort s'ensuivent; et cette dernière résulte de ce que le laurier rose échauffe outre mesure, coupe, mord, ulcère, paralyse. Comme vous reconnaîtrez facilement que presque aucun de ces symptômes, ou de ces effets n'exista chez la femme dont l'histoire a été décrite , ou sur son cadavre, et que vous verrez au contraire qu'il en exista d'autres, je crois que vous désireriez, comme moi, que nous eussions par écrit Thistoire des accidens qui eurent lieu dans tous les cas où quelqu'un fut blessé par ce poison, soit dont les temps anciens, soit dans la suite, plutôt que le diagnostique de plusieurs auteurs qui se copient souvent les uns les autres; diagnostique qui répond peut-

(i) De venen.y 1. 3 , c. 21.

(2) Ibid.

(3) Comment, in c. 12, 1. 6. DIoscorid.

346 CÎ]?rQXJArf TE-IYFUVIKMK LETTRE,

être plus quelquefois à des hypothèses qu'à des observations. Et plût à Dieu qu'on eût fait, ou que j'eusse le temps de faire maintenant pour ce poison, ce qni a été fait pour tant d'autres poisons végétaux! je parle de Texpérience faite par Wepfer et par d'autres sur des chiens* de l'observation des symptômes pendant la vie, et de la lésion des viscères après la mort. Je n'aurai pas de plus grand plaisir que de comparer entre elles toutes les observations de cette espèce, afin qu'on pût voir quelle différence produisait la différence de Tespcce, ou de la température, ou de l'âge, ou du pays , ou de la partie de la plante, ou de son'état , ou enfin du mélange d'une humeur.

i/j. Maintenant si nous considérons uniquement cette dernière observation, nous croirons qu'il est vraisemblable que ce poison agit sur l'estomac et sur ses nerfs, et par conséquent sur d'autres nerfs qui communiquent avec ceux-ci. En effet, ces rides dures de l'estomac, les vomis^ vSemens, la bile qui était exprimée, à ce qu'il paraît, la perte de la faculté de parler, cette espèce d'assoupissement, et d'autres symptômes que je passe maintenant sous silence, ne nous font-ils pas conjecturer certaines convulsions internes et certaines contractions, qui purent aussi arrêter le sang, et distendre ces veines externes de l'estomac et des intestins ? Et ne dites pas que si tout cela avait eu lieu par l'irritation intérieure de l'estomac, la face interne de ce viscère aurait dû pa-

raître beaucoup plus enflammée par l'effet de la distension des petits vaisseaux. Car il suffit que lestomac soit irrité de manière à ce que l'irritation porte sur ses nerfs pour expliquer ce que j'ai dit. En effet, pour parler d'abord d'une observation recueillie sur l'homme même, certainement le célèbre Sauvages (i) fait voir avec quelle promptitude, avec quelle instantanéité et avec quels symptômes horribles et promptement mortels est excitée l'épilepsie par le sumac, c'est-à-dire par cette plante qu'on appelait Rhus myrtifolia mons" peliaca. Cependant le même auteur ne put trouver, sur le cadavre d'un sujet qui était mort après avoir mangé en tout quinze baies de cet arbrisseau , aucune lésion du cerveau , ni d'aucune autre partie, nommément de l'estomac lui-même, dans lequel cinq baies de sumac se trouvaient encore alors, bien que l'administration de l'émétique eût fait rejeter toutes les autres.

Mais, pour passer à des observations plus nombreuses, et recueillies sur un plus grand nombre d'animaux, il est certain qu'un chien et un chat, dont Heydius (2) tua le premier en lui donnant deux noix vomiques, et Sproegel (3) le second en lui faisant prendre un drachme ^'aconit napel ^ n'éprouvèrent pas des symptômes peu nombreux

(1) Mém. de l'Acad. R. des Se. , a. 1780.

(2) Obs. médic. 5o.

(3) Experim. circa venena exp., 2.

348 CINQUANTE- JVEUVJEME LETTRE.

et légers. Cependant, sur le chien, V estomac^ V œsophage et V intestin étaient dans Vétat naturel ;^X. , sur le chat, Testomac était tout-à-fait semblable à un estomac naturel : on ny voyait rien qui ressemblât à une érosion ; la tunique villeuse était très-brillante^ et les intestins étaient très-sains avec les aU" très viscères. Aussi, de même qu'Heydius avait pensé qu'il résultait de son observation que ce poison a^ait principalement infecté le liquide qui arrose le cerceau et les nerfs ^ de même Sproegel ( r) tire cette conclusion de la s'yenue: Lorsque je nai vu^ dit-il, aucun signe d' érosion^ ni d'inflammation sur un animal tué par ce poison^ il faut qu il eût -principalement porté son action sur les nerf s y en irritant la membrane muqueuse de V estomac. Y oyez même les expériences de Wepfer, de Brunner et de Nichols sur des animaux auxquels ils avaient donné quelque poison végétal, et à quelques-uns desquels ils avaient fait prendre ceux de Heydius et de Sproegel. Vous lirez que des symptômes graves se manifestèrent sur tous, et cela peu de temps après que le poison avait ëlé avalé, et que l'estomac n'avait pourtant pas été enflammé sur tous. Car, sur un (2), la face interne de l'estomac était blanche y et aucun signe d'inflammation^ même le plus petite ne se manifesta nulle part. Sur un

autre (3), /e^* replis de l'estomac étaient blanchâtres ; _____

(2) Inadditam ad hanc sepulchr.^ obs. 5, hist. i.

(3) Ibid.^ obs. 6, liist. i.

et s'ils étaient quelque part un peu plus rouges quon ne V observe les autres fois y ils n étaient cependant point manifestement enflammés. Sur un autre (i)^ on ne put observer aucuns signes d'inflammation clans l'estomac, bien que la surface de ses replis fût moins blanche quon ne V observe les autres fois. Enfin, sur wn autre (2) la face interne de rintestin duodénum était entièrement blanchâtre^ et exempte de toute inflammation, i^WAMl à ceux que Nichols (3) disséqua , on ne voyait aucune inflammation des membranes à V intérieur sur aucun ; mais les veines étaient distendues par un sang liquide , tel que celui qui fut trouvé sur le chat de Sproegel; ce que je note, parce qu'il n'y avait aucun grumeau dans le sang sur les quatre animaux cités tout à l'heure d'après le Sepulchretum ^ et que même sur l'un (4) d'eux, de même que sur la femme en question (5) , // ne restait point du tout de sang dans les ventricules du cœur. Du reste , on ne trouva pas les mêmes lésions sur tous ceux à qui on donna le même poison qu'à ces quatre; on trouva même une inflammation de l'estomac sur le plus grand nombre , en sorte que vous devrez moins vous étonner, si je fais voir, en rapportant deux histoires récentes, que l'inflammation fut produite

( I ) Ihid, y obs. 7 , hist. i .

(2) Obs. ead., liist. 5.

(3) Apud mead. in append. supra, ad n. 9 , cit.

(4) Obs. 5. çit.^ hist. I, (5)N. 13.

3jO CïiyQL'AJVTE-NJiUViÈME LETTRE.

par quelque autre poison végétal, du moins dans les intestins voisins, ou dans ces organes en même temps que dans l'estomac. Les baies du solanum qu'on appelle furieux ont produit d'autres fois des effets funestes, et elles les produisirent principalement sur un petit enfant, qui mourut misérablement en peu d'heures; le célèbre Schroecke (i) vit entre autres choses, en le disséquant, les inintestins jéjunum et colon très-enflammés. Des champignons, nommément ceux de l'espèce que Vaillant a désignée de cette manière, champignon de moyenne grosseur et tout blanc ^ causèrent ^ les années précédentes, près de Paris, l'accident qu'ils avaient causé à Rome, du temps que Pline (2) écrivait, c'est-à dire o^ils auraient tué une famille^ si la nature aidée par un médecin expérimenté, Monnier (3), qui décrit avec soin et par ordre tous les symptômes, n'eût sauvé cinq personnes sur six qui en avaient mangé. Le même auteur, en examinant le cadavre d'une jeune fille qui fut la seule qui ne put pas être sauvée, trouva entre autres effets nombreux que vous verrez décrit dans récrivain lui-même, certains indices d'inflammation dans Festomac vers le pylore , les vaisseaux des tuniques du duodénum entièrement remplis de sang, tandis qu'à l'intérieur cet intestin était

(i) Comnierc. liUer., a. 1743, hebd. 8, n. 4.

(2) Nat. Iiist. 1. i3, c. 22.

(3) Mém. del'Acad, R.. des Se, a. 1749.

DFS MALADIES PKODUITES PAR UN POISO:^. 35î

parsemé de taches rouges, sans parler de quelques légères excoriations. Pour moi, j'ai vu l'inflammation des intestins et de l'estomac produite par un médicament végétal, mais fort énergique, et qui par suite produit quelquefois la mort aussi bien^qu'un poison , c'est-à-dire par rellebore noir. Mais voici comme les choses se passèrent.

j5. Un homme qui paraissait n'avoir pas encore cinquante ans, à en juger par son visage, d'une bonne conformation, un peu gros, d'un bon teint, quoique tirant sur le brun, ayant les cheveux et la barbe noirs, avait été traité à Thôpital pour un délire mélancolique, et il allait sortir au premier jour , lorsqu'il prit de ce qu'on appelle extrait d'ellébore noir. Ce remède lui lâcha le ventre, et il eut plusieurs évacuations. Mais, tandis qu'on ne s'attendait à aucun mal, des vomissemens et des douleurs du ventre se déclarèrent au commencement de la nuit, c'est-à-dire sept ou huit heures après qu'il eût pris ce remède. Ayant pris un bouillon chaud, ces symptômes semblèrent se calmer bientôt après vers la seconde heure tîe la nuit. A la cinquième heure ils se manifestèrent de nouveau, et de nouveau ils semblèrent diminuer, de manière qu'il gagna son lit avant la sixième heure; mais il n'avait rien rejeté par le vomissement, si ce n'est deux ou trois cuillerées d'une matière d'un vert comme noirâtre. Il parut reposer dans son lit; du moins il ne proféra aucune parole plaintive, qui eût été entendue par les ma-

lades couchés dans les lits voisins. Ce ne fut qu'à la huitième heure que les domestiques entendirent un bruit sorti de sa bouche; ils accoururent à ce bruit, et trouvèrent l'homme déjà mort. Comme je faisais par hasard le cours d'anatomie à l'hôpital ces jours-là, c'est-à-dire vers le milieu de décembre de l'an 1747 •> on me rapporta ces détails. Je demandai d'abord quelle espèce et quelle quantité d'ellébore il avait pris. Or j'appris que c'était le même que celui que l'on avait coutume de donner aux autres sujets dans cet hôpital, savoir l'extrait des racines fraîches et pilées préparé dans de l'eau simple, et qu'il en avait pris un demi-drachme, tandis qu'on en donnait très-souvent sans aucun inconvénient jusqu'à un scrupule, et quelquefois au-delà d'un demi-drachme, à ceux dont on ne lâchait pas le ventre facilement. Comme je demandai si le sujet avait pris en outre quelque chose qui eût pu lui nuire, on me répondit qu'au contraire il n'avait pas pris tout ce qu'il devait prendre. Car ceux à qui on donnait cet extrait buvaient du petit-lait après l'avoir pris; et lui n'en avait pas bu , comme on le reconnut après sa mort, puisqu'on trouva le petit-lait à l'endroit où on l'avait placé pour qu'il le bût. Ces détails ainsi connus, je commençai la dissection trente-huit heures après la mort.

Examen du cadavre. Après avoir remarqué que les membres du cadavre n'étaient pas roides, le ventre fut ouvert. Je vis l'estomac et les intestins

enflammés ça et là extérieurement; en sorte que, tandis que l'intestin iléon avait son calibre naturel en certains endroits , et un calibre trop grand ou trop petit en d'autres, là où il était plus étroit qu'il ne devait l'être, ses tuniques étaient trèsminces et sans aucune rougeur, pendant qu'ailleurs elles étaient parsemées de stries rougeâtres. Ensuite l'estomac et tous les intestins ayant été lavés avec de l'eau qu'on avait introduite dans leur intérieur , et ouverts, je trouvai le premier viscère enflammé en grande partie avec une petite portion annexe de l'œsophage, mais à gauche, et non adroite, tandis que les intestins l'étaient ça et là, de telle sorte cependant que l'inflammation était moins légère dans les petits que dans les gros, excepté dans le rectum , dont certains espaces étaient aussi manifestement enflammés que l'estomac. Cependant aucune inflammation violente ne se manifesta nulle part sur tout ce cadavre. La rate était un peu plus grosse que dails l'état naturel, et d'une couleur rosée dans sa face convexe, c'està-dire dans celle qui touchait l'estomac, tandis qu'elle était si mollasse dans sa totalité, que sa substance intérieure était presque diffluenteà la dissection. On ne voyait rien de remarquable sur le foie, si ce n'est peut-être qu'il était teint de la couleur de la bile , qui , se voyant à travers les tuniques de la vésicule, semblait être d'un vert pâle. La poitrine ayant été ouverte, les poumons furent trouvés sains, et libres de toutes parts; et ni le

cœur, ni les gros vaisseaux ne présentèrent rien de notable, si n'est qu'il y avait un peu de sang dans ceux-ci, et à peine quelque trace d'une concrétion polypeuse légère dans celui-là. Pendant qu'on coupait le crâne, il s'écoula un peu de sérosité sanguinolente; et bientôt après on remarqua un peu de sang dans les sinus de la dure-mère, et dans les grosses branches qui parcourent la piemère. Le cerveau était si mou, état qui m'étonna d'abord sur un sujet qui avait eu un délire mélancolique, qu'après qu'il eut été enlevé avec adresse et déposé sur la table de dissection , le poids même de ses hémisphères qui tombaient en dehors, tirailla aussitôt la partie postérieure du corps calleux; et cependajit il n'y avait pas alors six jours que le sujet était mort. Ce tiraillement n'empêcha pas de bien voir sur le reste de la face supérieure du même corps, qui était intacte^ le petit faisceau qui existe longitudinalement à son milieu , et qui ne s'éloignait en rien de son état habituel. Bientôt après en disséquant le cerveau , je vis que le sang ne manquait pas dans les petits vaisseaux qui parcourent la substance médullaire, ni dans les plexus choroïdes; mais je remarquai partout la même mollesse dans ce viscère, de même aussi que dans le cervelet, la moelle allongée, et la glande pinéale elle-même, qui parut plus volumineuse et plus arrondie qu'à l'ordinaire. Au reste il est étonnant que dans une si grande mollesse des autres parties, la voûte qui

unit entre elles les parois droite et gauche du troisième ventricule, n'eût |)oint élé tiraillée.

i6. La dernière parlie de cette histoire vous fournirait de quoi ajouter, comme exception , à ce que je vous ai écrit aussi ailleurs (i) sur le cerveau des sujets attaqués de délire mélancolique, si cet homme n'eût paru déjà guéri avant de mourir. Mais le reste vous fait connaître ce qui arrive quelquefois quand on a pris de Tellébore noir, et ce que Ton trouve alors dans l'estomac et dans les intestins. Entre autres auteurs, Guill. Fabricius (2) a écrit non-seulement ce qu'il avait lu, qu'un prince avait été tué par un remède préparé avec de l'ellébore noir , mais encore ce dont il se 'souvenait, qu'une dame assez forte de corps était morte six heures après avoir avalé des pilules capitales, dans lesquelles on avait mêlé un peu du même extrait d'ellébore, quoiqu'elles eussent à peine provoqué deux vomissemens et deux déjections. Or il pensait que ces deux morts ne devaient pas être attribuées à l'ellébore lui-méuie, ou à son extrait, qu'il avait employé avec le plus grand succès non-seulement sur d'autres, mais encore sur lui-même, mais à la négligence ou à l'ignorance de ceux qui l'avaient préparé. Mais je ne me souviens pas maintenant d'avoir lu dans cet auteur, ni dans d'autres, de quels symp-

» I ' ■ ■ I I I I ■ Il II—.— «Il III I n

(1) Epist. 8, n. i4.

(2) Resp. ad Doring,

tomes ces morts furent précédées , ni quelle lésiort on trouva dans l'intérieur des cadavres. Car relativement à ce que Ardoyn (i) énumère les symptômes produits par cet ellébore, savoir un très- grand cours de ventre , la brûlure de la langue, beaucoup d'éructations, des flatuosités, outre d'autres signes communs à certains autres poisons, entre autres à l'ellébore blanc, comme la suffocation, la syncope, l'abattement des forces, une sueur froide, et un spasme d'inanition; s'il faut en juger par l'observation qui a été décrite, la plupart de ces symptômes conviennent peut-être plus à l'ellébore blanc qu'à l'ellébore noir. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne se manifestèrent pas sur l'homme dont il a été question. Mais quelquesuns d'entre eux ont été remarqués avec un vomissement violent , que cet auteur rapporte avec raison à l'ellébore blanc, sur des sujets qui moururent après avoir pris de cet ellébore, comme sur une femme qui d'après le rapport de J. de Murait (2) éprouva des convulsions horribles après des vomissemens très-fréquens, et succomba; et comme sur un petit chien dont parle Wepfer (3), et qui mourut de la même manière. Toutefois un chien dont Courténi (4) fait mention ayant avalé

(i) Devenenis, 1. 3, c. i3.

(2) Sepulch., 1. 3, s. 8, obs. 6.

(3) L. 4, s. bac io, in additam , obs. 8.

(4) Saggio délie tramaz. trad. dal Derehani; t. 3^ c. g. §. 6.

DES MALADIES PRODUITES PAR UN POfSON. 3 VJ

quatre fois plus du mênîe ellébore, éprouva bien des vomissemens, des déjections, des hoquets, des suffocations, et même des douleurs, à ce qu'il semblait , mais cependant il en réchappa.

Quoi qu'il en soit, vous avez appris quels accidens survinrent sur cet homme qui avait pris de l'eilébore noir, de même que ce qui fut trouvé dans ses viscères. Car vous pouviez savoir d'après les dissections connues du petit chien et de la femme dont il a été question tout à l'heure, que l'estomac fut trouvé rougeâtre et même corrodé et noirâtre à l'intérieur, par suite de l'administration de l'ellébore blanc. Quant à l'ellébore noir , vous n'auriez peut-être pu savoir d'une manière certaine que d'après ma description, quel mal il produit sur l'estomac et les intestins chez l'hom me. Que si, comme il le semble, il arriva réellement que cet homme, après avoir avalé l'extrait, ne but*pas, comme le font les autres, une grande quantité de petit lait, qui était aussi ordonné par Hippocrate (i) après l'administration de l'ellébore noir, ce cas confirme encore ce que j'ai dit plus haut (a) de l'utilité du petit lait chez les sujets qui ont pris un poison acre. Au reste ni la quantité, ni l'état du sang ne prouvent que cet homme fût disposé par lui-même à l'inflammation, puisque ce liquide était peu abondant et liquide. Car je ne

(i) De intern. affect. n. 46, apud Marinell.

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