N. II
nierai pas que sur quelques sujets les effets du poison ne soient augmentés par la disposition du corps, puisque j'admets facilement qu'une mauvaise disposition du corps elle-même peut produire quelquefois un poison interne.
1-7. Et en effet, les anciens médecins (1) admettaient aussi que les mêmes affections sont produites et par la boisson cTun poison mortel ^ et par la corruption qui naît du corps , c'est-à-dire que cette corruption peut être assez forte pour égaler la qualité et l'action du poison. La plupart des modernes ne furent pas non plus éloignés de cette opinion dans la suite. Je ne sais, au reste, si aucune observation peut la confirmer plus évidemment que celle qui me fut communiquée autrefois par J. F. Cicognini de Forli , chirurgien recommanclable et expérimenté, du temps qu'il vivait, et qui fit, à la manière de Rédi, une expérience qu'il avait apprise à Florence. '^ '
18. Le fils de F. Ridolfi, peintre de Fcrii, amaigri et exténué par une fièvre tierce, avait enfin succombé à des convulsions cruelles dont il fut attaqué.
Examen du cadavre. L'abdomen ayant été incisé, on vit les intestins retirés vers le mésentère contracté, et leur tuniques étaient un peuroides, et comme desséchées. Ces organes , ainsi que l'estomac, contenaient une grande quantité de bile
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(i) Vid. Gai. , 1. 6; de loc. aff. c. 5.
DES MALADIKS PRODUITES PAR UN POISOxV. j5g
érugineuse , qui par son toucher teignait le scalpel en une couleur violacée. Le même scalpel trempé dans cette bile ayant été enfoncé légèrement dans la chair de deux pigeons , de telle sorte que la bile resta dans la blessure , l'un et l'autre périrent bientôt après au milieu de tremblemens et de convulsions. Bien plus , un coq ayant avalé de la mie de pain trempée dans cette bile, éprouva le même sort.
19. Quoiqu'un ancien médecin distingué parmi les professeurs de Padoue, J. D. Sala (i), ait prétendu que les poisons internes s'engendrent rarejnent dans les corps qui sont d'aûleurs d'une bonne constitution ^ et que sans aucun écart de régime ils s'y engendrent fort rarement y mais as^ec tant de rapidité ^ que le malade ne le prévoit pas d'après d'autres parties ^ ou d autres accidens^ cependant par cela même qu'il ne niait pas que cela ne puisse avoir lieu rarement , ou très-rarement, il différait des médecins dont il a été parlé plus haut (2), et qui (3) ne doutaient pas que d'après les signes d'un empoisonnement qui existent sur un homme , on ne puisse facilement distinguer ceux qui ont pris un poison y d'avec ceux qui sont affectés d'une autre manière^ c'est-à-dire par un poison développé à l'intérieur. Car ils disaient que ceux (\\x\ par leur
(i) P^id, Sepulchr. 1. 3 , s. 7, in schol. ad obs. 1 et 2.
(3) Galen. c. 5 , ièid. cit.
36o CIT^QTTANTE-HEUVIKME LETTRE.
nature abonderaient en bonnes, humeurs ^ et qui auraient été comme des hommes bien p or tans ^ auraient pris du poison. Certes c'est quelque chose de juger si l'homme dont il s'agit est bien portant, ou non. Car sur Séverin Falck, pour me servir des exemples tirés du Sepulchretum{\) ^ ni le vomissement de tout ce qu'il prenait, ni l'estomac rougeâtre à l'intérieur , et presque excorié, ne pouvaient faire naître le soupçon d'un empoisonnement, surtout d'un empoisonnement qui aurait eu lieu tout récemment, puisque le scorbut, des fièvres vagues, enfin la perte de l'appétit, et des douleurs très-vives de l'estomac avaient déjà existé pendant long-temps. Au contraire sur le jeune homme pour lequel on demandait l'avis de Sala, outre les autres indices d'un empoisonnement, la circonstance qu'il était d'une bonne constitution , et bien portant, pouvait avoir assez de force dans l'esprit de Sala pour affaiblir son premier soupçon lorsqu'on lui écrivit dans un autre rapport que ce jeunehommeavait été valétudinaire etd'une mauvaise constitution. Cependant comme c'était un médecin sage, il ne voulut pas répondre d'une manière positive ni qu'il y avait eu empoisonnement la première fois, ni qu'il n'y en avait par eu la seconde. En effet, bien qu'un corps abonde en bonnes humeurs, cette surabondance même fait que le sujet doit regarder son bien-être comme
(i) Obs. I et 2 y modo cit.
DES MALADIES PHODUITES PAR UN POlSOîT. 36 1
suspect y c'est-à-dire craindre que sa santé ne ré-trograde et ne se perde pour ainsi dire; expressions qui appartiennent à Celse (i), lequel a suivi l'avertissement d'Hippocrate (2). Je sais d'ailleurs que Jes empoisonneurs criminels cherchent assez souvent l'occasion de l'altération de la santé, pour ne pas laisser soupçonner leur crime; comme le fait voir aussi une de mes observations (3) précédentes, et comme j'ai remarqué que cela a eu lieu également en différens endroits dans différentes circonstances dans les temps anciens. C'est ainsi qu'Agrippine (4), femme très-rusée, et plus digne de ses fils que de ses parens, ayant résolu d'empoisonner son mari, celui-ci tomba dans un état de mauvaise santé; or elle crut ne de.voir pas négliger V occasion qui lui était offerte ^ et pour cacher son crime elle employa en outre les autres ruses ordinaire aux empoisonneurs. Car c'est pour cela, je crois, qu'elle répandit du poison sur des champignons^ mets délectable^ que (5) son mari aiinait singulièrement y afin qu'en en mangeant beaucoup, il laissât croire que c'était la trop grande quantité, ou quelque champignon vénéneux qui aurait été mêlé avec les autres, comme par er-
(i) De medic. 1. 2 ^ c. 2.
(2) Sect. 1 , aph. 3.
(4) Vid, Tacit. annal. 1. 12.
(5) Vid, Sue ton. de duodec. Caesarib. 1. 5^ c. 44
362 crNQUANTF-NECJVlÊME LETTRE.
reur, par le cuisinier, qui avait produit raccident, soit qu'il en résultât des douleurs ^ comme il arriva, ou des symptômes plus remarquables, des envies de vomir ^ le relâchement du ventre , ou même la fiés^re ; car L. A. Sénèque (i) a rapporté qix il vécut plusieurs années avec celle-ci , etquil s'en alla avec elle dans le ciel.
Si vous considérez avec moi ces cas, et d'autres analogues, vous pourrez reconnaître plus facilement sur certains malades les ruses des hommes criminels qui en imposent souvent aux médecins, ou du moins les soupçonner (et plaise à Dieu que ce soit à temps); et vous comprendrez en même temps non-seulement par la raison, mais encore d'après des observations, que certains symptômes, comme la soif, et certaines maladies, comme la fièvre, que quelques auteurs disent avoir lieu si le poison s'est développé à l'intérieur, peuvent également exister, et même ont existé, lorsque le poison a été donné. C'est pourquoi, bien que Sala niât que le poison se développe sans fièvre, il n'accorda cependant point assez de valeur à ce symptôme dans la seconde réponse, pour affirmer que ce jeune homme était mort par suite d'un poison développé dans son corps. Et nous ne sommes point forcés d'affirmer la même chose, par la circonstance qu'on n'a senti dans la bouche, et dans la gorge, aucune odeur, aucun goût ex-
(ï) Apocolocynt.
traordinaire , ni aucune douleur dans la déglutition, ou après la déglutition. Car, pour passer sous silence la promesse du méchant roi Persée (i) relativement à un poison qu on ne pourrait reconnaitre par aucun signe ni en le donnant y ni aprèsqu il aurait été donné y et pour omettre encore ici d'autres choses qu'on pourrait dire , vous comprenez suffisamment d'après mes observations rapportées plus haut (2), qu'un poison a été avalé même sans que ces iiulices aient existé. Réciproquement de ce qu'un animal quelconque est malade après avoir avalé des substances qui ont élé rejetées par le vomissement , il ne faut point inférer avec d'autres que ce vomissement dépend non pas d'un poison développé à l'intérieur, mais avalé, comme le fait voir suffisamment l'observation (3) rapportée en dernier lieu.
20. Mais ce que j'ai rappelé un peu plus haut (4) relativement à Falck , apprend combien ce que Ton voit dans l'estomac des sujets morts peut en imposer aussi quelquefois. Vous ajouterez à cela ce que l'on a rapporté dans le Sepulchretum d'après Baillou (5) et d'après Riolaii (6), que l'estomac
(1) P^icL Liv. hist. 1. 42.
(5) Secl. liâc 10, obs. 4^ 5* ^^'
(6j L. 3, s. 7^ inschol. ad ob/. 10,
364 CrWQUAîTTE-lN'EUVliME LETTRE.
ayant été trouvé assiégé d'exanthèmes clans un cas où l'on soupçonnait un empoisonnement, peu s en fallut que les médecins ne confirmassent ce soupçon avec opiniâtreté^ s'ils n'avaient point été avertis que ces exanthèmes dépendaient de la rougeole, dont l'éruption ayant commencé à la peau, mais n'ayant pas continué par suite de la faiblesse, s'était portée sur l'estomac; et que le même soupçon avait été faussement conçu sur plusieurs sujets morts subitement, parce que le fond de leur estomac, surtout à la partie gauche, était noirâtre en dedans et en dehors, tandis qu'il fallait attribuer l'accident non point à un poison, mais à la stagnation du sang qui avait lieu à cet endroit dans les veinules qui se rendent à la branche appelée autrefois vaisseau court. Mais d'un autre côté il ne faut pas mépriser toutes les taches observées dans l'estomac. Il faut au contraire déployer ce viscère, et le regarder à la lumière après qu'il a été ouvert. Car de cette manière un estomac, qui ne paraissait présenter que quelques taches, fut trouvé, d'après le rapport de Baillou (i), percé de trous très-petits, indices d'un empoisonnement; bien que je croye qu'il aurait fallu examiner aussi dans ce cas, d'après d'autres indices, si le poison était externe, ou interne. Bien plus, on peut trouver quelquefois dans l'estomac un ulcère, non seulement évident, mais
(i) Sect. ead. obs. 17^ §. i.
encore considérable, dont les premiers signes de Torigine semblent avoir suivi la déglutition d'un poison , et cependant le cas est encore douteux. C'est ainsi que sur un jeune homme dont parle Fabrice de Hilden (i), la première douleur d'estomac avait commencé après un repas splendide; et comme le sujet était mort de cette douleur qui avait augmenté peu à peu , et qui était devenue très-violente , et que l'on avait trouvé un grand ulcère qui s'étendait de l'orifice supérieur de l'estomac vers la partie inférieure de ce viscère ^ les parens rapportaient bien cet ulcère à un etnpoisonnement, mais Fabrice lui-même pensait qu'il était plus vraisemblable que l'ulcère avait été produit par quelque osselet très-pointu qui s'était enfoncé dans quelque ride de cet orifice; car, si l'ulcération eût été produite par un poison qui aurait été pris, elle se serait trou\>ée plutôt ^ dit-i! , au fond même y quà V orifice de V estomac. Cependant ceux qui voudraient s'éloigner de l'opinion de Fabrice, pourraient objecter les cas de deux jeunes filles, qui n'étaient pas mortes sans soupçon d'empoisonnement, et sur l'une desquelles J. de Murait (p) trouva, près du même orifice, cinq taches noires brûlées, tandis que P. Paaw(3) trouva sur l'autre ce même orifice corrodé en deux
(i) IhicL, obs. 5. cum schol.
(2) L. eod. 3, sepulchr. s. 8 obs. 7. "^ (3) L. i\y sepulchr. s. liac lO; obs. 4^ §• 7
3f)6 CINQUANTE-NEUVIÈME LETTRE.
endroits; et , pour ne rien dire d'un homme ou- \ev{ par le même Paaw (i) à cause du même soupçon (car, outre une érosion de la substance de cet orifice, le reste de la face inlerne de Testomac était également corrodé), ils rappelleraient l'histoire d'un chien dont il est question dans les observations publiées par Wepfer (2), et qui, après avoir avalé de l'arsenic, mourut le lendemain, et présenta à la dissection, aw.r environs de Vorifice supérieur de V estomac ^ une surface rouge et e/zflanwiée y tandis qu'// ny avait aucune trace d'inflammation au fond de ce viscère et aux environs du pylore.
Enfin, pour qu'on voye mieux combien le JU'gement est difficile sur cette matière, on peut croire quelquefois qu'on a trouvé le .poison luimême dans l'estomac d'après des soupçons de cette espèce, comme sur une dame dont parle B. Silva tiens (3) , qui dit que cette poussière ^ de couleur cendrée ^ adhérente à la partie ulcérée de ï estomac, fut regardée comme un indice très évident Aç^ Tempoisonnement , ou comme sur la jeune fille de Murait citée un peu plus haut, cas dans lequel cette autre poussière graveleuse s'enfonça en se séparant.des humeurs trouvées dans l'estomac et réunies dans un vase propre. Mais à moins que la
{\)lbid.,%.^,
(p) Ibid, , in additam. obs. i3, hist. 12.
(3) Ead. s. 10, obs. 5.
poudre trouvée ne soit en quantité telle qu'elle puisse être bien examinée et reconnue pour un poison par des hommes savans , ou à moins que les parcelles de ce poison, adhérentes aux tuniques corrodées de l'estomac, ne soient de telle nature , qu'elles se fassent connaître facilement ellesmêmes, comme cette parcelle que Heers (i) trouva adhérente à ces tuniques, ou comme les petits morceaux d'arsenic blanc que Salmuth (2) vit attachés aux mêmes tuniques, et qu'il arracha avec peine, et que Ton reconnut facilement aussi sur la femme dont traite la première observation ('^) de cette Lettre, on ne pourra rien prononcer de certain.
21. Tous ces objets, et d'autres qui ont été examinés par Ettmûller ( je parle du fils ) dans le programme publié à Leipsick, l'an 1729, dans lequel il démontre avec science et avec sagesse, combien il est difficile et dangereux d'établir quelque chose de positif dans des questions de cette nature ; toutes les fois que je les considère en moi-même, je sens que j'ai bien fait, lorsque je n'ai pas voulu prononcer , dans certaines dissections que j'aurais pu rapporter ici, mais que je vous ai décrites ailleurs (4), si le poison s'était développé, ou avait été ingéré. Cependant j'aurais pu être plus hardi
(OSepulchr. 1. 3, s. 8. obs. 8,
(2) Ibid. y obs. 5.
(4) Epîst. 29, 11. 18 et seq.
dans celle où j'ai trouvé (i) des érosions non-seulement à l'estomac et à l'intestin duodénum, mais encore à l'œsophage, si j'avais su d'une manière certaine qu'il n'y avait eu aucuns vomissemens qui auraient fait rejeter le poison qui s'était peutêtre développé spontanément, et qui, en s'arrêtant en quelque partie dans l'œsophage , l'avait peutêtre blessé.
Ainsi, les érosions de l'estomac ne seront pas un indice léger que le poison a été avalé, s'il n'y a aucun vomissement, et si elles sont jointes à ime érosion de l'œsophage, surtout si on les rencontre sur un sujet qui ayant été bien portant jusqu'alors, et n'ayant commis aucune écart de régime, a éprouvé tout à coup, après avoir avalé quelque chose , surtout un goût ou une odeur extraordinaire, des douleurs d'estomac, ou des angoisses, et les autres symptômes d'un empoisonnement, et est mort en peu de temps. La conjecture ne sera pas légère, dis-je, tirée de toutes ces circonstances , ou de la réunion de la plupart d'entre elles. Mais la chose sera certaine, lorsqu'on trouvera dans l'estomac ou dans les intestins voisins, le poison lui-même qui sera facilement reconnaissable. Voyez, si vous voulez aussi, les indices que Hoffmann (2) indique dans quelques
(1) Ihid,, n. 20.
(2) Medic. rat. tom. 4^ p. 3^ s. 2 ^ c. 8, in enarrat. morb, ^ obs. 2,3^4-
histoires, qui auraient mérité d'être rapportées dans le Sepulchreturn y et dans lesquelles les symptômes et les dissections sont décrits, non sans des raisonnemens, de manière à vous faire comprendre d'après les caractères de Tempoisonnement , nommément par l'arsenic, communs à plusieurs sujets, que le poison avait été donné à celui-là, et non à celui-ci. Mais, comme on ne rencontre r)as
souvent cet te preuve principale de l'administratiou d'un poison, c'esl-à-dire une portion de ce dernier, à raison de la différence des poisons , de leur petite quantité, et de leur mélange avec d'autres substances;, c'est un motif pour chercher d'au-^ très indices, dont je néglige les uns parce qu'ils regardent les juges des affaires criminelles, mais dont un autre, qui regarde les médecins, ne doit point être passé sous silence, quoiqu'il se présente de lui-même, et qu'il ait été remarqué une ou deux fois. Car, outre ce que je vis Fan 171 1 , et ce qui a été noté plus haut (i), savoir que trois sujets, qui avaient mangé de la même bouillie, éprouvèrent tous bientôt après les symptômes d'un empoisonnement, il m'était déjà arrivé auparavant, dans l'automne de l'an 1709, d'être appelé, dans l'espace de peu de jours, par plusieurs de mes compatriotes- comme je savais qu'ils étaient accoutumés à causer et à manger qïielqu(^fois ensemble familièrement, je soupçonnai quel que eau se
(i)N. 7etseq.
Syo CINQUANTE-NEUVIÈME LETTRE.
commune à laquelle je rapportais leurs maladies survenues dans le même temps; et je découvris par mes questions que depuis la dernière fois qu'ils avaient tous mangé ensemble , le premier avait commencé à se porter moins bien , et bientôt après à être malade. Je demandai si d'autres personnes qu'eux avaient assisté à ce festin. Ayant appris que oui, et que tous ceux qui y avaient assisté, sans en excepter un seul, étaient déjà malades, sans qu'aucun eût pourtant trop mangé, ou pris quelque chose de mal sain; et remarquant que les malades étaient peu nombreux cette automne dans la ville, je compris qu'il fallait à peine douter que quelque chose de mauvais, et de semblable à un poison, n'eût altéré par quelque erreur fortuite, soit les alimens, soit les boissons qu'on avait pris dans ce repas. Mais autant il était facile de faire cette conjecture en général , autant il était difficile de reconnaître ce que c'était que ce quelque chose, soit d'après l'es symplômes qu éprouvaient les malades, soit d'après les informations prises avec soin, et souvent répétées. Car les symptômes étaient différens sur les différens sujets selon la différence de leur âge , de leur disposition et de leur tempérament; quoique, entre autres signes, il y eût chez plusieurs des flux de ventre et des tranchées, et sur un des déjections de sang pur sans tranchées. Mais, pour avoir une excellente occasion de chercher la vérité, j'entrepris avec le plus grand plaisir le traitement de celui qui avait
donné le dîner, et celui de la servante qui avait fait la cuisine, et qui avait mangé les restes; car Fun et l'autre étaient gravement malades , mais surtout la servante. Ayant donc fait voir plus d'une fois à cette dernière combien le traitement pourrait être moins difficile, si elle disait à moi seul ce qu'elle avait fait par erreur, ou ce qu'elle conjecturait avoir été fait par un autre, je ne pus jamais lui arracher pour réponse que ceci, que plus elle y songeait, plus elle ignorait ce que je lui demandais. Les choses étant dans cet état, je fus forcé, par nécessité, de traiter chaque sujet suivant que tels ou tels symptômes étaient plus graves ou plus légers chezî chacun. Quelques-uns furent sauvés par un traitement court et facile, * mais d'autres ne le furent que par un traitement long et difficile; en sorte qu'il fut de deux mois sur quelques-uns, et de quatre sur celui qui avait évacué du sang. Un seul, qui avait méprisé sa maladie pendant trop long-temps, succomba^ vingt-neuf jours après s'être enfin déterminé à se coucher 5 à une fièvre accompagnée du hoquet, de tremblemens convulsifs et d'autres symptômes graves, malgré tous les secours que son vieux médecin et moi pûmes lui apporter.
22. Le seul moyen qui restait de faire des recherches sur tant de maladies inconnues, savoir la dissection , fut empêché par plusieurs raisons différentes. Quelques-unes de ces raisons avaient également empêché la dissection d'un autre sujets
S^^ CINQUANTE-JNEUVIÈME LETTRE.
qui, d'après une conjecture assez grave, était mort pour avoir pris une dose trop forte d'opium que le pharmacien lui avait donné par erreur. L'histoire de la dissection me serait actuellement d'autant plus agréable , que je vois que les observations faites par l'expérimentateur Sproegel (i) sur des animaux brutes qui furent ouverts après qu'il leur eut donné une forte dose d'opium, ne s'accordent pas trop avec ce que le célèbre Méad (2) avait noté sur un chien. Du reste ne vous attendez pas qvie je dise xin seul mot de l'abus abominable de l'opium entre les mains des empoisonneurs , du moins par écrit. Car plût à Dieu que des matières de cette nature , qui du reste ne doivent point être ignorées des médecins , n'eussentétéagitéespareux que dans des entretiens secre4:s! ils ne se seraient point exposés, par leurs écrits, à cequedeshommes méchans eussent profité , pour causer la mort secrètement et impunément, de ce qu'il est nécessaire de savoir pour imaginer un traitement. C'est pour cela que Galien (3) a tellement blâmé Orphée, surnommé Théologus, le plus moderne des médecins de Mendes , Héliodore d'Athènes et les autres auteurs d'ouvrages qui traitent de ces objets, qu'il n'accorde même pas que leur connaissance soit nécessaire, du moins aux médecins ,
(i) Exper. circa varia venena etc. exp. i5 et seq,
(2) Tract, de venenis tent. 5.
(3) De antidot. 1. 2, c. 7.
DKS MALADIES PRODUITES PAR UN POISON. SyS
pour pouvoir secourir ceux qui ont pris de ces substances.
Quoiqu'il en soit, il est certain que les médecins modernes, recommandables du reste, auraient agi plus sagement en cachant certaines choses relatives à d'autres poisons encore , au lieu de les publier dans des lettres, et même dans des livres.
23. Je ne me souviens pas que mes amis, ou moi, ayons fait aucunes dissections de sujets morts d'une morsure ou d'une piqûre d'ini animal vénéneux, à l'exception de celles relatives à la morsure d'un chien enragé, que je vous ai communiqiiées ailleurs (i). C'est que Vltalie et les pays froids sont encore salubres y sous ce rapport ^ qails produisent des serpens moins terribles que les pays chauds, pour me servir des expressions vraies de Celse (2). Et il en est presque de même des petits animaux vénéneux, qui sont moins gros que les serpens; du moins ceux qui firent le récit suivant à Boerh;îave (3) , relativement aux pays moins chauds de l'Italie que j'ai habités, ne lui dirent pas la vérité : En Italie y ou les scorpions existent en quantité^ personne n entre dans une auberge sans que Vhôte lui parle d'une bouteille pleine d'huile de scorpions ^ afin que ^ si quelque petit animal le pique y il en
(i)Epist. 8.
(2) De medic. 1. 5, c. 27^ n. 10.
(3) Praelect. ad inst. 5» ii32.
frotte aussitôt la piqûre ^pour éviter par ce moyen le danger de la mort. Mais , d'unp autre côté , aucun étranger ne croira que les scorpions soient aussi rares en Italie que Pline (i) semble l'avoir écrit. Souvent^ dit -il, les Psyiles ^ qui ont importé les poisons des autres terres y et quf ont rempli V Italie de maux étrangers pour leur profil ^ se sont aussi efforcés d'importer ceux-ci ( les scorpions ) ; mais ces animaux n ont pas pu vivre sous le ciel de la Sicile. Cependant on en voit quelquefois en Italie , mais ils ne sont pas malfaisans. Si les détails, qui suivent relativement aux scorpions vulgaires , le permettaient, je croirais beaucoup plus volontiers, à cause de ce qu'il avait écrit \\x\ peu plus haut, que Pline parlait non pas de ces derniers, mais des scorpions ailés de l'Afrique , dont il venait de faire mention. Mais comme ils ne le permettent pas, je soupçonne qu'il manque quelque chose dans ce passage; du moins ceux qui écrivirent à Rome avant Pline, savoir Lucilius et Cicéron , n'auraient pas parlé de la manière suivante d'un petit animal rare pour servir d'exemple ; le premier dit (2) : comme le scorpion à qui on a coupé la queue ^ et le second (3) , les petits serpens rampent^ les petits canards nagent^ les merles volent^ nous voyons les bœufs avoir des cornes ^ les scor^
(1) Nat. hist. 1. 1 1 , c. 25.
(2) Ex satyr. 1. 3o, n. 23.
{^) De finib. 1. 5.
pions avoir des dards; mais celui-ci aurait plutôt écrit , les guêpes avoir des dards , comme l'avaient publié autrefois des igriorans, soit qu'ils ne sussent pas ce que c'était que le scorpion y soit du moins qu'ils ignorassent que Nonius (i) a rapporté les deux derniers mots de Cicéron comme je les ai transcrits, et qu'il n'aurait pas pu les rapporter autrement d'après l'ordre et le sens de ce passage.
Que si pourtant quelqu'un croit que Pline dit que les scorpions ne sont pas malfaisans en Italie, cela est vrai pour la plupart , et je ne me souviens pas que dans les villes même très-populeuses où j'ai habité, aucun médecin ni aucun chirurgien ait jamais été appelé pour soigner une blessure faite par un scorpion ; et je me rappelle bien moins encore que quelqu'uîi soit mort de cette blessure pour qu'on ait pu chercher sur son cadavre les effets du venin. Vous verrez même que Fallopia et Vallisniéri confirment la même chose. Car celui-ci (2) a écrit qu'il sort du dard de notre scorpioii un venin comme innocent, et Fallopia (3) , que, dans notre pays oit les scojpions sont moins vénéneux y il ne se forme pas une tumeur à l'endroit piqué par eux ^ comme dans les pays chauds, mais seulement des pustules , et. de petits
(1) De propr. serm. in Nepa»
{1) Opère fis. med. tom. 2 ^ p. 1 , (3) Tract, de tumor. c. 3.
tubercules semblables à ceux de la variole. Mais, pour confirmer la même chose par l'autorité des médecins d'Italie, qui sont plus éloignés de nous que ces deux par les temps ou par les lieux, ou par les uns et les autres, croyez-vous que si Scribonius eût vu des scorpions malfaisans en Italie, il se serait exprimé (i) de cette manière, en Afrique et partout oit il y a des scorpions malfaisans ; et que Cornélius Celse(2)eût écrit qu'il agirait placé le venin du scorpion parmi les poisons étrangers ^ et parmi ceux qui sont plus funestes que les nôtres? Qrles expressions de cet auteur, qui suivent la revue des différens remèdes, me semblent suffisamment indiquer (3) qu'il le mit dans cette classe, parce que le mol étranger était appliqué non pas au scorpion , mais au scorpion funeste : cependant je connais des médecins qui ne firent aux sujets piqués par un scorpion que leur tirer du sang du bras.
Mais Rédi était éloigné de nous par le lieu, et non parle temps, comme l'est Gentilis, médecin de l'Étrurie aussi bien cpie lui. Le premier (4) de c^i^ médecins affirmait la même chose que Pline, parce qu'il avait vu cent fois des marchands de scorpions introduire leurs mains nues dans de
(i) Compos. medic. 164.
(2) C. 27 cit.
{Z)Ibid., n. 5.
(4) Espar, int. agi. ins-
petits sacs remplis de ces animaux^ et être souvent piqués par eux, sans qu'il s'en fût jamais suivi aucun indice, même le plus léger, d'un empoisonnement, quoique cela eût lieu au fort de la canicule. L'autre (i) prétend qu'il ne résulte presque jamais des accidens funestes des piqûres des scorpions , si ce n'est en Afrique. En effet, il est bien vrai que quelques individus , piqués par des scorpions d'Italie, sont morts; mais les auteurs d'histoire naturelle en citent très-peu d'exemples.
2/[. Cet homme savant en rapporte deux cas, l'un d'après Ferrari, l'autre d'après Lanzoni. Dans l'un et dans l'autre le vomissement fut mortel , et même dans le second le volvulus lui-même le fut en quelques heures. Je veux ajouter à ces exemples tous les autres qui se présentent à ma mémoire en écrivant , et qui auraient peut-être été funestes, si des remèdes n'eussent combattu le mal. Or je les rapporterai d'autant plus volontiers, que la plupart ont eu lieu à Padoue. Cortusi rappela ici en très-peu de temps à la vie , aVec le moyen extérieur d'une poudre qu'il connaissait d'après Matthiole (2), un de ses compatriotes, qui avait été blessé par un gros scorpion, et qui avait déjà été pris d'une défaillance. Bénivéni (3) guérit sur-le-
(i) Annotaz. alla pag. 66, v. 23 ^ délia lett. filos.
(2) Kid. huju:^ comment, in Dioscor. , 1. 6, c. 29.
(3) De abdilis morbor. caus. ^ c. 56.
378 CIIVQUANTE-T^EU VIÈME LETTRE.
champcrune piqûre semblable avec de la ihériaque composée de vin généreux un domestique qui fut couvert aussitôt d'une sueur très- abondante et très-froide. Pierre à Castro, médecin célèbre de Vérone, avait été piqué par un scorpion au doigt indicateur, tout le bras fut pris de douleur, et bientôt après de froid lorsque tous les autres remèdes ayant peu d'efficacité, il fut guéri par celui que son ami Rhodius (1) a fait connaître; mais il ajoute que la douleur revint néanmoins l'année suivante, à la même époque, avec une tumeur phlegmoneuse du doigt; mais c\\\ il avait remarqué aussi que CQvi^xne^ piqûres de scorpions de Padoue étaient gra\^es par la tuméfaction et par la douleur. Bien plus, Vallisniéri lui-même, qui, comme je l'ai dit plus haut (2), avait reconnu que le venin de ces animaux était comme innocent chez nous , a changé enfin d'opinion jusqu'à un certain point, et a affirmé dans l'Essai par ordre alphabétique sur l'histoire médicale et naturelle (3), qu'il n'a pas achevé, que ce venin était bien innocent Vhiver^ mais qu il était mortel T été ^ même dans notre pays. Cependant il n'a cité qu'un exemple à Tappui de cette dernière assertion ; c'est celui d'une jeune fille dont les membres devinrent froids insensible-mentk la suite d'une piqûre qu'elle reçut au cou
(i) Cent. 3, obs. med. 90.
(3) Opère tom. 3 , p. 4, alla voce Scorpione,
DES MALADIES PRODUITES PAR UIV POISOIV. 879
dans les arcleiirs de la canicule, et chez laquelle aucun remède n'eut d'efficacité, de plusieurs qu'elle erDj)loya,si ce n'est l'huile du grand-duc d'Etrurie, dite Conlroveleni ^ administrée à l'extérieur et à l'intérieur.
Mais je voudrais que vous vous souvinssiez d'abord qu'en définitive ces exemples ne furent pas funestes, et que vous réfléchissiez ensuite ce que sont un si petit nombre d'exemples comparativement à un infinité d'autres , qui en diffèrent totalement, et ce qu'est le dernier lui-même comparativement à tant d'autres de Rédi que j'ai indiqués (ï), et qui eurent lieu dans la saison la plus chaude de Tannée. Bien que j'avoue que la chaleur rend ce venin plus acre, et les corps des sujets plus propres à en éprouver des effets nuisibles, cependant l'accident de Pierre à Castro eut lieu dans le mois d'octobre , et l'histoire de celui dont Lanzoni(:2) a parlé, d'après le récit d'un médecin présent, fut décrite vers la fin de juin. Si ce dernier cas et l'autre de Ferrari furent funestes par des vomissemens, il est certain que dans celui-ci le scorpion s'était glissé dans la bouche d'un enfant pendant qu'il dormait, et qu'ill'avait blessé, et que dans celui-là il avait piqué l'extrémité de Tintestin d'une femme affectée de chlorose, pendant qu'elle déchargeait son ventre dans les
(2) Eph. N. C. , dec. 3 , a. 1 ^ obs. 20.
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]atrines. Vous pouvez comprendre suffisamment par vous-même combien le corps tendre , la faiblesse et l'état maladif du sujet piqué, ainsi que la mollesse et sensibilité de la partie piquée, contribuent à augmenter et à accélérer Faction nuisible du venin; et, si on n'admet pas cela, il est un peu moins facile de comprendre pourquoi les piqûres des scorpions ne produisent pas des accidens également graves sur tous les sujets, non- seulement dans notre pays, mais aussi dans d'autres, abstraction faite de l'Afrique et deâ autres pays chauds.
2>5. En effet, en considérant les expériences qui ont été faites à Montpellier, je suis facilement conduit à croire que les piqûres des scorpions sont le plus souvent innocentes là comme chez nous. Et je ne parle pas seulement de celles qui y furent faites par Courteni (i) l'an 1679. Car, relativement à ce que la langue d'un petit chien fut piquée par plusieurs scorpions, qui piquèrent plus d'une fois aussi les muscles de son abdomen dont la peau avait été légèrement écartée, tandis que l'art enfonça le dard plus profondément et exprima le venin de la vésicule sur les blessures, sans que le chien en eût été incommodé en aucune façon, pas plus qu'un pigeon qui avait été souvent blessé par un scorpion de la même manière; pendant qu'au contraire une taupe qu'un scorpion
(1) §, Suprà ad n. 16 cit.
avait blessée au côté, était morte sur-le-champ clans un état de convulsions : vous pourriez expliquer la différence, en disant que le petit chien et le pigeon furent blessés par des scorpions inertes et faibles, puisque c'était au mois de janvier, et que la taupe le fut par un scorpion vif et fort, puisque c'était vers le milieu de juillet. Je considère donc principalement les expériences que le célèbre Maupertuis (ï) fit dans la même ville cinquante ans après, je crois. De neuf chiens, trois petits poulets et un rat que des scorpions avaient piqués, il n'y eut absolument qu'un chien qui mourut dans un état de convulsions après des vomissemens souvent répétés, et cela cinq heures après avoir été piqué; les autres douze animaux n'éprouvèrent absolument aucun mal. Cependant ils avaient été piqués aux mêmes endroits, les mêmes jours, à ce qu'il paraît, et certainement par des scorpions de la même espèce, également forts, vifs et animés ; de sorte qu'on ne peut déduire de là aucune raison pour expliquer pourquoi un seul chien périt, attendu surtout qu'il n'avait été blessé que par un scorpion, que quelques-uns des autres l'avaient été par plusieurs un bien plus grand nombre de fois et beaucoup plus profondément, et que ces scorpions étaient indistinctement mâles ou femelles , et avaient été nouvellement apportés; d'où il réstilte qu'on ne peut
(i) Mém. de l'Acad. Roy. des Sc.^ a. 1731.
pas rapporter la cause de la différence à la différence du sexe, ni à ce que le venin aurait peutêtre été entièrement épuisé dans les premières piqûres, comme le faisait Rédi (ï) avec raison, non-seulement pour les vipères, mais aussi pour les scorpions d'Afrique. Cependant on peut la rapporter à plusieurs autres circonstances, et peutêtre à une que Maupertuis a indiquée. Mais, comme il est si rare que les scorpions fassent une blessure grave, je croirais plus facilement qu'il faut que plusieurs de ces circonstances existent en même temps pour qu'ils la fassent, ou qu'il faut peut-être y en ajouter quelqu'autre, qui serait la principale. J'éclaircirai le fait par un exemple.
9.6. Il existait chez les anciens un animalcule ailé qui porte le nom latin (Tasilus^ pour me servir des expressions de Virgile (2); les Grecs Vappe^ laient cestron. M. Varron (3), et surtout Pline (4) rapportent que les Latins l'appelèrent aussi tàhanum y taon. Si par hasard vous demandez si cet animalcule est le même que celui qu'on appelle actuellement taon chez nous, je dirai facilement que non; mais si vous demandez si c'est le même que celui que les Étrusques appellent encore asilusy je resterai dans le doute. En effet, ou bien il n'est
(1^ Cit. supra ad n. 23.
(2) Georg. 1. 3^ v. 147.
(3) De re rust. 1. 2, c. 5.
(4) Nat. hist. l. u.c. 28.
pas Xasilus des anciens, ou bien il ne produit pas toujours l'effet que les anciens nous ont fait connaître, celui de mettre en fureur les bœufs dont il blessée la peau : ce qui est si vrai, qu'un grand homme, Réaumur(i), a cru devoir chercher pourquoi il produit quelquefois cet effet, et d'autres fois ne le produit. Aussi, comme il ne reconnaît en lui, contre l'opinion de Vallisniéri (2) , aucun suc acre qu'il puisse laisser dans la blessure, il ne cherche pas s'il en laisse tantôt plus, tantôt moins ; mais il ne croit pas non plus qu'il faille rapporter la cause de la différence à ce que le dard a été enfoncé plus ou moins profondément, parce qu'il n'est pas plus mince et ne s'enfonce pas moins profondément que celui des bouviers, qui perforent souvent profondément la peau des bœufs, et qui ne les mettent jamais en fureur malgré cela. Il pense donc que lorsque le dard du taoïi pique par hasard quelque nerf soucutané un peu gros, le bœuf devient furieux , et que quand il ne le pique pas, il ne le devient pas.-
Pour moi , quand même je serais très-exercé à la dissection de cet animalcule, je ne prendrais pas sur moi de prononcer dans ce différend contre l'un ou l'autre de ces hommes, qui n'ont point eu d'égaux dans ce siècle pour l'histoire extrêmement
(0 Mémoire pour servir à l'hist. des insect. ^ tom. 4^ mein. 1 2.
(2) Opère tom. i , p. 4-
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difficile (les insectes; mais je chercherais plutôt ( et c'est ce que le respect que je porte à la mémoire de l'uu et de l'autre exige de moi ), si cela était possible en aucune manière, à accorder leurs opinions, en considérant à la fois la piqûre d'un nerf un peu gros, et l'introduction d'un suc acre, pour voir si je pourrais reconnaître par hasard que ce suc passe de quelque partie du taon dans la blessure, et me délivrer entièrement par là d'un scrupule, parce que je crois qu'il arrive très-difficilement que le dard du bouvier ne rencontre jamais un nerf un peu gros, et ne rende jamais le bœuf furieux. Mais, transportant actuellement la conjecture de ce grand homme, du taon ou scorpion, pour lequel on peut accorder les deux opinions, je soupçonne d'une manière vraisemblable qu'il résulte des accidens graves de sa piqûre, lorsqu'il blesse quelque nerf un peu gros, et qu'il introduit dans la blessure un poison très acre. En effet, les animaux dont j'ai dit (i) que la mort avait été causée par cette piqûre , et ceux que Rédi (î2) a fait mourir avec le scorpion d'Afrique, périrent dans des convulsions; la femme dont il a été parlé plus haut (3) eut également des convulsions; et tous les autres symptômes qui se manifestèrent sur elle , et sur tous les autres sujets
( i) Supràn. 25.
(2) Esper. supra ad n. 23 cit.
DES maladit:s produites par ujv poison. 385 qui ont succombé , peuvent racilement être expliqués par des convulsions; or, lopinion louable du célèbre Méad (i) est que les autres poisons aussi communiqués par la piqûre, ou la morsure des animaux vénéneux, nuisent principalement par l'intermédiaire des nerfs.
27. Mais il ne reste plus aucun doute sur la simultanéité de Fintroduction du poison avec celle du dard. Car quoicjue Pline (2) ait dit que les dards des scorpions qui répandent le venin sont perforés et forment un petit canal ^ qu A poliodore (3) prétende quils le répandent tout blanc ^ que Galien {l\) ait écrit après eux , qu'on ne voit aucun trou dans leur dard ^ et que par conséquent ce que celui-ci injectait était très-peu de chose ^ ou riert du tout ^ et que Rédi (5j n'ait pu voir aucun trou, même sur le scorpion le plus gros, savoir sur celui d'Afrique, bien qu'ayant Tœil armé de verres très-fins; cependant ce dernier a confirmé non-seulement d'après l'ancien écrivain Arétinus qui avait pu écrire d'après Pline, mais d'après plusieurs observations qui lui étaient propres sur ce même scorpion, qu'il sort une humeur blanche de son dard, et d'autres ont très-bien vu des trous,
(1) Introduct. ad expos, mech. venen.
(2) Nat. hist. 1. 1 1 , c. 37.
(3) Ibid, , c. 25.
(4) De loG. aff. 1. 6, c. 5.
(5) Esper. cit.