‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 23 sur 39 · J. B. MORGAGNI · texte numérisé non relu

J. B. MORGAGNI

Lorsque j'appris par votre première Lettre datée de Berlin, le 23 juillet de l'an 1754, une nouvelle d'autant plus agréable, queje ne m'y attendais pas, savoir que l'Académie Royale des Sciences de cette ville m'avait Kiis au nombre de ses associés honoraires, par le consentement bienveillant de tous ses membres , je vous priai , illustre Mechel , de rendre en mon nom à cette célèbre compagnie toutes les actions de grâces possibles, et je vous prie également aujourd'hui de vouloir bien offrir à ces savans académiciens, conformément à l'extrême lionnêteté que vous avez pour moi et que je connaissais par vos excellens écrits , même avant d'avoir reçu de vous ces bons offices , ce livre , gage de ma reconnaissance et de mon respect, gage faible, il est vrai, mais qui est le plus grand que je puisse donner, pour le moment. Je serai satisfait, si en raison des citations fort nombreuses , et certainement très-dignes de toute recommandation, que j'ai faites d'après vos observations et d'après celles des grands hommes qui vous ressemblent ; vous agréez non pas tant les autres choses qui sont de moi , que mon intention même. Or j'ai eu principalement pour but, si vous désirez le savoir, d'engager de meilleurs anatoraistes que moi, à faire pour le bien public, ce que

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Richard Méad , homme d'une très-grande expérience, voulut engager les médecins à faire à son exemple. Car, comme vous le savez, il ne voulut pas mourir avant d'avoir rassemblé ce que sa longue expérience lui avait appris devoir être utile aux hommes, et sans leur laisser des avertissemens et des préceptes médicaux, comme un héritage, pour me servir de son expression. Plût à Dieu que les anatomistes rassemblassent aussi en vieillissant les objets relatifs aux causes des maladies qu'ils auraient observées en disséquant, et qu'ils les publiassent, pour que le fruit de leurs travaux de leurs peines, et même de leurs dangers, devenu par-là bien meilleur, ne pérît pas avec eux!

En effet, cette partie de l'anatomie est d'autant /7/w^ utile, quelle est plus propre a faire reconnaître les causes des maladies^ comme le pensait un grand médecin et anatomiste, Barth. Eustachi (1) (comme vous le savez), qui s'est plaint tardivement de n'avoir pas employé tant d'années à étudier avec zèle cette seconde partie de l'anatomie, plutôt que la première, qui s'occupe de l'examen des corps sains. Mais, dites -vous, la seconde ne peut point exister sans la première, sans laquelle on ne peut non plus connaître les fonctions des parties si nécessaires à leurguérison; comme si la seconde ne servait pas merveilleusement d'après la lésion d'une certaine partie qui coexiste avec le trouble d'une certaine fonction, nonseulement à confirmer les véritables usages des parties, mais encore à les éclaircir, et même quelquefois à les découvrir, et à faire rejeter ceux qui ne sont pas vrais. Car,

(1) De renib., c. /jfi.

ÉPITRE DI^DÏC ATOTRE. f]63

relativement à ce qu'elle ne peut pas exister sans la première , j'en conviens volontiers, ayant vu quelquefois même des médecins célèbres , et à plus forte raison des chirurgiens ordinaires, ne pas reconnaître tel ou tel viscère , à cause du changement opéré par la force des maladies dans le siège, la forme, l'apparence et la couleur, tandis que je l'indiquais sur-le-champ quel était ce viscère d'après ses attaches et l'origine des vaisseaux, et que je le démontrais bientôt après par la dissection. Je pense même qu'il est facile à tous ceux qui sont assez exercés à la première anatomie de reconnaître des erreurs graves, «t devant conduire à de plus graves encore, qui se sont glissées par suite du défaut de cet exercice dans quelques observations qu'on lit dans le Sepulchretum ; et je loue, comme ayant bien mérité d^ la seconde anatomie, Peyer ( i), et, avant lui, T. Bartholin (2), qui ont averti que les observations des anatomisles sont bien préférables à celles de cette espèce qui appartiennent à d'autres auteurs, et qui ont confirmé que les arts prospéreront, lorsque les seuls artistes les jugeront.

Mais, tout en faisant cet aveu, relativement à la première anatomie, je prétends en même temps que ce qui se trouve au commencement de l'ancien livre intitulé : de Anato^ miapawa, qui du reste â été mis mal à propos au nombre de ceux de Galien, est vrai; savoir, que la première a été établie par les médecins à raison de la seconde. Comme les

(1) Meth. hist. anat. med.

P" (2) Consil. de anat. pract. , etc. , n. 12.

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