IX
enterrer ces viscères, et je commençai la dissection de la léte. A Touverture du crâne, je ne remarquai sur les méninges qu'une seu^e chose, savoir, qu'en saisissant à peine et en touchant la pie-mère, on la faisait suivre, et on la retirait très-facilement des anfractuosités da cerveau. Il n'était pas douteux , par conséquent, qu'il n'y eût eu de Teau au-dessous d'elle, et on en trouva même une petite quantité dans les ventricules; mais il s'en était écoulé davantage du canal vertébral : et cependant la substance du cerveau et celle du cervelet étaient plus dures qu'à l'ordinaire. Je vis bien que •les plexus choroïdes étaient pâles; mais à l'endroit où ils sont placés sur la fente du troisième ventricule, ils étaient si fermement attachés à ses bords, au moyen de leurs petits vaisseaux, que la fente resta entièrement bouchée jusqu'à ce que ces petits vaisseaux eurent été détachés avec soin. Hors cela, il ne se présenta rien de remarquable, si ce n'est la glande pinéale qui parut trop grosse, et attachée à sa place par des radicules médullaires fort longues et très muqueuses.
3. Vous pouvez vous souvenir que lorsque je vous ai écrit ailleurs sur la démence, je vous ai parlé (i) de lésions relatives à la glande pinéale, observées par d'autres, et surtout par moi, sur les sujets qui en avaient été atteints; lésions que je n'ai pas non plus passées sous silence dans une autre
(i) Epist. 8, n. 14 et 16.
t)ÈS DELIRES QUI SURVIENNENT SANS FIEVRE. 499
lettre (i). Parut ensuite l'Essai (2) de J. G. Gunz, et plût à Dieu qu'il eût existé à cette époque! Car , comme il était très-érudit, il a cité la plupart des auteurs qui ont fait mention des lésions de cette glande; il aurait par conséquent diminué la peine que je me suis donnée pour citer ces auteurs, soit pour ce qui concerne les insensés, soit en général pour ce qui a rapport à ceux qui avaient (3) de petits cailloux ou des grains de sable dans cette glande. Mais cependant il est arrivé, ce qui arrive très-facilement pour des choses semblables, que quelqu'un de ceux que j'ai nommés lui a échappé, et réciproquement que d'autres parmi ceux qu'il cite lui-même, m'ont échappé, étant accoutumé à ne nommer presque que ceux qui se présentent à ma mémoire pendant que j'écris. A cela se joint la raison pour laquelle je me repens moins de ma peine; c'est que jointe à mes observations que j'ai rapportées ensemble, ou séparément, elle fait comprendre, non-seulement qu'il est arrivé à d'autres ce qui est arrivé à un célèbre anatomiste, notre contemporain, de trouver, sur tous les cadavres d'hommes adultes morts de maladie ^ la glande "^xwéA^ remplie de plusieurs petits grains de sable, mais encore que nous ne devons
(i) Ut 5g, n. i5.
(2) De lapillis gland. pineaL in quinq. mente aliénât in vent.
(3) Epist. 5, n. 12. •
5oO SOIXANTE-UNIÈME LETTRE.
pas espérer davantage de pouvoir confirmer la pensée de Cortési sur le siège de Tâme pensante d'après l'intégrité de cette glande sur les sujets non insensés, ou d'après ses lésions sur les sujets insensés. Ce qu'il y a de certain , c'est que je vous ai décrit des lésions que j'ai vues au moins treize fois dans cette glande , ou auprès de cette glande. Vous verrez que neuf fois (i) elles existaient sans démence. Vous verrez, au contraire, que la démence existait chez d'autres (2) sur lesquels vous aurez compris par mon silence même que cette glande n'avait aucune lésion. Car presque toujours lors* que je dissèque le cerveau, principalement sur des insensés, j'ai coutume d'examiner attentivement la glande pinéale à l'intérieur et à l'extérieur, et, si elle présente quelque chose de remarquable, de le rapporter dans des notes, et d'en faire la description d'après celles-ci.
4. Cette habitude presque constante prouve assez que je n'ai point attendu les exhortations louables de Gunz, et que long temps auparavant je n'avais pas négligé de rapporter dans mes observations, soit ce qui était dans l'état naturel, s<)it ce qui était contre nature dans cette glande, et en même temps, comme vous le savez, sur le reste du cerveau et du corps, ainsi que ce qui avait
(i) Epist. I, n. i4; UI, n. i4; V, n. 1 1 ; VI, n. 12; VII, 11. i5; X^ 11. 17; XI, H. 11; XIV, n. 35; XVI ^ n. 24. (2) Epist. VIII, n. 4, 8, II.
DES DÉLIRES QUI SURVIENNENT SANS FIEVRE. 5oî
précédé pendant la vie, autant que je pus le voir et Je savoir; quoique lorsque l'occasion s'est présentée de parler de la glande, je n'aie voulu en dire que ce qui suffisait à mon sujet; et je ne me repens point encore, pour des raisons qu'il n'est pas opportun de voir s'il a entièrement détruites, d'avoir parlé de la nature de cette glande, de manière à paraître douter si elle ne différait absolument en rien du reste de la substance du cerveau. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'existe dans toute cette substance aucune autre petite partie qui soit sujette aussi souvent que cette glande à des lésions particulières, et qui renferme surtout aussi fréquemment de petits grains de sable et de petits cailloux. Bien que vous ayez compris plus haut que cette dernière lésion a été trouvée coexistante avec la démence, et sans la démence, cependant je ne voudrais pas qu^e vous oubliassiez qu'on ne la trouve pas jointe à une autre maladie aussi souvent qu'à elle. Si par hasard les observations que j'ai rapportées , et celles que j'ai citées ailleurs (i), ne suffisaient pas pour le démontrer, vous en trouverez, dans Gunz, d'autres que vous ajouterez à celles-là; je ne parle pas de celles dans lesquelles il conjecture luimême que l'esprit était aliéné, de telle sorte que vous pouvez le nier si vous voulez; mais des autres dans lesquelles la démence fut évidente et
(i)Epist 8^ n. i6.
DOQi SOIXANTE-UNIÈME LETTRE.
véritable, soit qu'il les ait extraites cVaiiteurs cités^ soit qu'elles lui soient propres, et qui sont écrites avec un soin tel qu'elles mériteraient autant qu'aucunes autres d'être ajoutées au Sepulchretum. Si vous les lisez, remarquez entre autres choses que les petits cailloux qu'il trouva dans la glande pinéale étaient aussi jaunes, ou jaiuiâtres, et voyez ensuite quelles autres lésions, dont je dois bientôt parler moi aussi, ont été observées par le même auteur, non-seulement dans cette glande, mais aussi dans le cerveau des insensés, lésions dont vous avez vu quelle était la nature sur la femme en question^ comme vous le verrez plus bas (i) sur une autre.
5. Un homme d'environ quarante ans, ayant été rameur sur un vaisseau, était devenu d'abord hypocondriaque, et ensuite fou, mais d'une folie gaie qui durait depuis dix ans; il finit par devenir un peu enflé par tout le corps par suite d'une cachexie, et mourut à Thôpital, vers les premiers jours de janvier de l'an t75o, non sans avoir la respiration difficile. Voici les états morbides qu'il fournit à notre observation.
Examen du cadavre. Ij2l poitrine contenait beaucoup d'eau, et une partie des poumons était endurcie. Pendant qu'on coupait la tête, il s'écoula à peine un peu d'eau du crâne; on en vit aussi pendant qu'on coupait celui-ci circulairement , et
DES DÉLIRES QUI SURVIENNENT SANS FIEVRE. 5o3
qu'on enlevait le cerveau. Je ne pus, par certaines raisons, disséquer ce dernier que le troisième ou quatrième jour après qu'on l'eut enlevé , comme je n'avais pas pu non plus examiner ce qui était contenu dans le ventre. En examinant donc attenr tivement le cerveau, je ne trouvai de relatif à ceci, abstraction faite d'une disposition équivoque , c'est-à-dire de la petilesse de la glande pinéale, qu'un endurcissement de la substance médullaire des deux hémisphères, tandis que la bandelette légèrement saillante qui parcourt en long le milieu de la face siipérieure du corps calleux, n'était point unique ici d'un bout à Tautre, mais double en un certain endroit.
6. Nous nous occuperons ensuite de la dureté. Maintenaiit examinons ce qui a rapport au corps calleux. T^e célèbre J. Fantoni, à qui Lancisi a dédié sa Dissertation sur le siège de l'âme pensante dans le corps calleux , ayant vu sur un homme (i) qui n'avait pas élé fou, la glande pinéale trois /ois tropvolumineuse^vïtégalementnnsiUtvehomme^T,) dans le corps calleux duquel il trouva une tumeur dure plus grosse qu'une noix; et il remarqua que ce dernier avait éprouvé pendant long-temps une céphalalgie au sommet de la tête, et des attaques d'épilepsie; mais qu'il avait à peine fini par déraisonner les derniers mois, et cela non pas tou-
"I ■ ' ■ I I I ■ I I ■« I .11 III — —■p———^i— IHP—— ———.—— i»..
(i) De obs. med. et anat. , epist 8^ n. 3. (a) Epist. 5.
5o4 SOIXAIVTE-UNIÈME LETTRE.
jours, mais seulement souvent, lorsque cette douleur était trop violente. Quant à moi, j'ai observé des lésions bien plus légères sur ce même corps calleux; car à la place de cette bandelette, dont je parlais en dernier lieu, et qui était unique et simple sur les uns, et double sur les autres, de telle sorte que Lancisi les appelait les deux petits nerfs longitudinaux ^ comme je l'ai dit ailleurs (i), j'ai vu (.>) sur un fou deux sillons assez profonds. Yous remarquerez que Gunz (3) vit sur un autre, soit les petits nerfs de Lancisi, soit un sillon qui s avançait fluxueux y et qui semblait^ pour ainsi dire^ manquer de part et d' autre. D'ailleurs, Lancisi luimême avait remarqué sur un fou que ces petits nerfs n'étaient ^2iS parallèles comme ils ont cou-tume de Vétre. Placerons nous donc la cause de la démence dans des dispositions semblables ? Le motif de mon doute ne dépend plus de ce que je soupçonnai autrefois que ces bandelettes et ces sillons ne sont point formés par la nature ellemême dans quelque but d'utilité, mais qu'ils sont produits par la compression des deux hémisphères du cerveau , lorsque le droit et le gauche se terminent en un bord inférieur, en se rapprochant l'un de l'autre, et qu'ils transforment leur face corticale en cette portion médullaire qui
(i)Epist. 8, n. 6.
(2) llid,
(3j Piolus. suprà, ad n. 3 cit.
DES DÉLIRES QUI SURVIENNENT SANS FIEVRE. 5o5
forme une espèce de croûte, comme je le ferai voir pi us clairement ailleurs, sur les côtés droit et gauche du corps calleux, ou qu'ils dépendent, comme j'ai vu qu'un homme très-habile l'a aussi imaginé, des pu^ations des artères qui parcourent également en long le milieu de la surface du corps calleux. En effet, il semble que ces trajets parallèles, petits et minces, qui s'étendent d'un côté et d'autre jusqu'au milieu de la même surface, et dont la conformation ne peut être attribuée aux causes que je soupçonnais, s'opposent à l'un eî à l'autre soupçon. Bien plus, quand mèuie l'un et l'autre soupçon, et surtout le second, existeraient, et qu'on croirait qu'il est permis de conjecturer que la différence de l'étnt irUerneet nuisible du corps calleux, dépend de la différence du trajet des artères, comment néanmoius expliquerait-on par là la démence, non pas constitutionnelle, mais accidentelle? J'ai donc en outre un motif de doute, quand je considère, non-seulement que je ne trouve que très-rarement ces conformations irrégulières de la surface du cor|)s calleux sur les iiisensés, mais encore que j'en ai vu sur plusieurs sujets, dont la raison avait été très-saine. Ainsi ^ persuadé qu'il faut encore faire des recherches à ce sujet, je vais passer à ce qui s'est présenté à moi dans le cerveau des insensés, sinon toujours, du moins presque toujours , et à ce qui existait même dans les deux observations qui ont été rapportées. 7. Une fem me de plus de trente ans , folle depuis
5o6 SOIXAJVTE-U3VIEME LETTRE.
sa naissance, et qui en dernier lieu n'avait voulu prendre aucun aliment, était morte à l'hôpital à l'époque oùj'ai coutume d'y reprendre les exercices anatomiques après une interruption de quelque temps, c'est-à-dire vers le commencen^^nt de janvier de l'an lySy.
Examen du cadastre. En examinant les parties contenues dans le ventre (car j'avais fait auparavant sur d'autres cadavres la démonstration des organes de la poitrine), ce qui m'étonna le plus, c'est que cette femme étant insensée pendant qu'elle était encore à la fleur de l'âge, avait conservé sa virginité, autant qu'on put le voir; car le petit anneau de l'hymen ne manquait pas à l'orifice du vagin , qui était étroit , com me sur une vierge, et son trou était large à la vérité, comme il l'est ordinairement sur les femmes d'un âge mùr^ mais il n'était cependant rompu nulle part. Mon étonnement fut encore plus grand bientôt après, lorsque j'examinai le vagin, qui était très poli dans tout le reste de sa surface, abstraction faite d'un très-petit nombre de rides qui existaient à sa partie inférieure. L'orifice de l'utérus, et l'utérus lui-même, étaient sains, et tels qu'ils doivent être sur une vierge. Aucune des deux trompes ne laissa pénétrer au-delà du milieu de leur longueur un stylet, même mince, introduit par le plus grand orifice. Les deux ovaires étaient un peu durs, d'une surface blanche et inégale, et ne contenaient à l'intérieur aucune vésicule. En disséquant
DES DÉLIRFS QUI SURVIENNENT SANS FIEVRE. So'J
attentivement les parties renfermées dan s le crâne, je Jes trouvai toutes dans l'état naturel. Que si vous voulez savoir en particulier ce que j'observai sur le corps calleux , et sur la glande pinéale, le premier présenta une banrlelette unique et simple; la dernière, qui était un peu grosse, et d'une couleur brune comme jaunâtre, était pourtant saine. Ainsi, une seule lésion était digne de remarque ; c'est que la substance du cerveau et du cervelet était manifestement trop dure.
8. En effet, cette lésion était celle que je disais avoir existé aussi dans les deux observations qui ont été rapportées, et même dans presqife toutes les autres histoires d'insensés, du moins dans celles que j'ai recueillies. Relisez, si vous voulez, la huitième Lettre (i), vous veiréz qu'il en était ainsi sur tous les sujets que j'avais disséqués jusqu'à ce temps. Vous y (2) trouverez, d'ailleurs, des exemples dans lesquels d'autres avaient trouvé la même lésion. A ces auteurs vous pourrez ajouter maintenant Gunz (3), qui vit sur deux sujets le cerveau sec y compaote^ et d'une litWk^ fermeté ^ qu'on ne pouvait le regarder comme très sain. Au reste il est certain qu'il ne lui est pas arrivé, pas plus qu'à ces autres auteurs, que je sache, ce qu'il m'était arrivé, de disséquer un grand nombre
(3) Proius. suprà cit.
5o8 SOIXANTE-UNIEME LETTRE.
d'insensés, et de trouver sur tous le cerveau trop dur. Mais il m'est enfin arrivé à moi aussi, comme vous l'aurez lu dans la cinquante-neuvième Lettre (i), de le trouver très-mou sur cet homme qui avait eu un délire mélancolique; est-ce parce que le délire avait été plus léger , ou parce que le sujet avait déjà été traité? Toutefois, il m'importe peu que ce soit pour l'une ou l'autre de ces deux causes , ou pour une autr;e , qu'il en fut ainsi , puisque j'ai parlé (2) des auteurs qui ont vu le cerveau mou sur des insensés , et que je n'ai pas dissimulé (3) qu'il peut être dur sans démence , à l'endroit où j'ai en outre ajouté positivement que l'observation de la dureté du cerveau qui se présente si souvent dans ce genre de maladie, ne doit point être négligée sans doule, mais qu'il ne paraît pas cependant qu'on doive y avoir principalement égard, ce que je confirme maintenant. Mais on croira qu'il faut d'autant moins y avoir égard, si on adopte l'opinion d'un savant, qui veut rapporter la cause de la démence à ce que le sang est devenu trop épais, trop visqueux, et à ce que par suite il parcourt avec plus de lenteur les artérioles intérieures du cerveau, les distend et comprime, au moyen de cette distension, la substance médullaire contigué du cerveau, et la rend ainsi
(2) Epist. 8, n. 18.
(3) Ibid,
. DES DELIRliS QUI SURVIEJVIXENT SANS FJÈVIIE. SoQ
moins propre à exercer ses fonctions habituelles; et si, en adoptant cette opinion, on ajoute que la substance du cerveau, comprimée par la distension des artérioles, est ainsi gênée et serrée, et par suite s'endurcit, et que la cause de la démence doit être attribuée à un changement de la disposition intime de cette substance, de quelque manière qu'il soit survenu, et non à la dureté qui accompagne accidentellement ce changement.
Du reste, si par hasard vous voulez juger, d'après mes observations, si on trouve sur les insensés la distension extraordinaire des vaisseaux du cerveau aussi souvent que sa dureté, relisez -les; et puisqu'il existe d'autres savans qui pensent que la manie peut dépendre de polypes formés dans les sinus du cerveau, et que dans cette idée ils rapportent deux ou trois dissections du cerveau et des viscères de sujets maniaques, je veux bien que vous admettiez ces dissections pour augmenter par là le nombre des observations relatives à cet objet; mais, pour ce qui regarde les polypes, vous vous attacherez moins à chercher si j'en ai jamais rencontré dans les sinus des insensés, qu'à vous rappeler ce que vous avez reçu de moi ailleurs (i) sur les polypes qu'on ne doit admettre que comme se formant sur le sujet moribond ou mort. Mais actuellement venons à d'autres choses.
(i) Epist. 3t/j.
5jo soixante-unième lettre.
9. Bien que tous^ les hydrophobes ne délirent pas, comme je l'ai fait voir dans la huitième Lettre (i), néanmoins, pour ne pas m'éloigner de l'ordre admis dans le Sepulchretum y j'ai parlé des hydrophobes à la suite des maniaques dans la même Lettre. Je le ferai aussi dans celle-ci; et, puisque dans cet intervalle de temps je n'ai pas pu disséquer des cadavres d'hydrophobes, je rappellerai les observations recueillies par d'autres sur ces sujets , observations qui n'existaient point alors. Plût à Dieu que ces auteurs les eussent publiées d'une manière complète! mais les uns ne l'ont pu à cause de la matière qu'ils traitaient, les autres pour un autre motif. Quant au grand Senac (9.), le sujet qu'il avait entrepris de traiter ne lui permit de dire que ceci : qu'il avait vu, sur un homme mort de la rage, le péricarde tellement serré et attaché à la face du cœur, qu'on ne pouvait Ten séparer. Alex. Bruce, rapportant, dans une Dissertation (3) publiée Fan 1^55 à Edimbourg, une observation de Rutherfoerdius recueillie sur un hydrophobe nosocomial pendant la vie et après la mort, a décrit les autres objets, et a dit entre autres choses que les gros intestins étaient énormément dï.stendus par de l'air, que l'iléon était légèrement enflammé, ta- — \ ■ ■- ■ , . — .^^^— — — ^ I iiii
(i) N. 19 et 22.
(2) Traité du Cœur. 1. 2, ch. i^ n. i.
(3) De hydrophobia.
DES DÉLIRES QUI SURVIENNENT SANS FIÈVRE. 5l ï
cheté rie quelques lividités, ainsi qu'une portion du foie, et chassé de son siège naturel avec les autres viscères du ventre, et qu'il n'y avait rien d'insolite dans la poitrine; et quand vous attendez la description de l'état du cerveau, du larynx , du pharynx, vous lisez que les parens empêchèrent de faire rexamen de ces parties. Je croirais que c'est peut-être pour le même motif que Mor. Morandius(i), dont la mort prématurée m'a vivement affligé, n'arienditdecestroispartiesdansquelques dissections de sujets morts de la même maladie, qu'il publia cette même année. En effet , dans une je ne vois rien de noté, si ce n'est que quelques muscles externes et internes de la poitrine étaient enflammés, et même près d'être affectés de gangrène, et pour ainsi dire de putréfaction. Dans deux autres, au contraire, il ne dit rien de ces muscles; mais il a rapporté que l'estomac et les intestins étaient affectés de gangrène, et salis par une bile noire et fétide, que les corps cavernaux de la verge étaient attaqués d'inflammation, que plusieurs membranes étaient sèches et tendues, et que plusieurs autres étaient étroitement adhérentes aux viscères , comme dans la péripneumonie, qu'il n'existait presque point de graisse, que l'épiploon était presque desséché, enfin que les veines étaient tout-à-fait pleines d'un sang extrêmement liquide, tandis que les artères en étaient
(i) Délia dira préservât, délia rabbia canina.
5l2 SOIX ANTE-UK lEME LETTHK.
entièrement vides, d'une manière contraire à ce qui avait été observé sur d'autres hydrophobes par d'autres auteurs, ce qu'il n'ignorait nullement, mais non pas par tous.
lo. Si Ton a égard à ce qui manque dans chacune deces observatioiis, on verra aussitôt qu'elles n'augmentent pas le nombre de celles que je me plaignais dans la huitième Leltre(i)de voir encore trop peu nombreuses. Si pourtant l'on a égard à ce qu'il est dit qu'on trouva dans les parties des cadavres , même dans quelques-unes seulement, et si on le compare avec tant d'observations de ce genre , dont j'ai cité le sommaire par parties et avec ordre dans cette même Lettre (2), on verra qu'elles seront du moins utiles pour confirmer cette grande différence que présentent les hydrophobes, et que j'y ai indiquée; ce qui n'est pas étonnant, puisque même ce petit nombre d'exemples que j'ai ajoutés ici, diffèrent tant entre eux, que ce qui se trouve dans quelquesuns, ne se trouve pas dans les autres, du moins dans tous. Mais plus je vois que ces différences sont confirmées par de nouvelles observations, plus je comprends que la conjecture la plus vraisemblable que l'on puisse former relativement il la cause de l'hydrophobie , n'est pas autre que celle que j'adoptai (3) alors avec des hommes très-
(i) N. 32 in fin.
DES DKLTRES QUI SURVIENNENT SANS FIÈVRE. 5l3
graves. Comment, en effet, rapporterais-je, par exemple, la difficulté d'avaler de l'eau , qui est commune à tous les sujets, à un vice du sang, quand je sais que ce liquide se présente sous différens aspects sur les différens individus ? Bien plus, celui qu'on tira des veines de cet hydrophobe dont il est question dans la dissertation d'Edimbourg (i) ^fut bon pendant tout le cours de la ma* ladie. Mais si je soupçonne que ce virus opère quelque changement particulier sur le cerveau , ou sur les nerfs , de telle sorte que ces organes soient facilement disposés à produire des convulsions externes ou internes, dès-lors presque rien ne s'opposera à ce que j'explique et cette difficulté d'avaler commune à tous les sujets , et ce grand nombre de différences qu'ils présentent suivant leur différente disposition , non-seulement pendant la vie, mais encore après la mort. Que si vous ne trouvez pas alors que j'aie satisfait à la difficulté, vous pourrez lire la dissertation citée, qui, adoptant la même conjecture, explique tout plus longuement par elle, principalement pendant la vie, mais suffisamment aussi après la mort.
II. Vous voyez jusqu'à quel point je soupçonne que le cerveau est affecté aussi par ce virus, de crainte que vous ne croyez peut-être que je partage l'opinion de ceux qui ont attribué toute cette maladie à la force de l'imagination. Sans doute je
(i) Supra, ad n. 9 cit.