DE LÉPILEPS. , DES CONVULS. , DE LA PARAL
rière, étaient engorgés plutôt qu'affaissés, et présentaient en quelques points des aires un peu grandes, qui s'élevaient légèrement au-dessus du reste de la surface, et dans lesquelles apparaissaient manifestement des espèces de vésicules qui y étaient enfermées. Il n'y avait absolument aucun lobe moyen du côté droit, et la disposition du poumon était là comme à gauche. Après avoir incisé le péricarde, je n'y trouvai aucune goutte de liquide, et sa face interne était assez humide pour n'adhérer en aucune manière au cœur , quoique déjà elle commençât à contracter des espèces d'adhérences en quelques endroits. Le cœur contenait excessivement peu de sang; est-ce parce qu'il s'était écoulé auparavant , pendant qu'on coupait les gros vaisseaux sous le diaphragme, attendu surtout que le sang était liquide partout sur ce cadavre? Cependant je trouvai deux concrétions polypeuses , dont l'une s'étendait de l'oreillette droite dans la veine cave supérieure, et dont l'autre, qui était un peu plus remarquable, s'étendait du ventricule du même côté dans l'artère pulmonaire, et était cylindrique et pas plus grosse que le doigt. Enfin en coupant le crâne et la dure-mère , il ne se présenta rien de remarquable. Mais la pie-mère avait les vaisseaux tellement engorgés de sang, que même les plus petits paraissaient partout comme injectés. Ils en étaient engorgés aussi dans les ventricules, et même dans l'intérieur de la substance médullaire du
cerveau ; et comme je comprim-ns lentement l'origine de la moelle épinière, qui avait été enlevée avec la moelle allongée, je vis du sang sortir nonseulement de la fente de cette moelle, mais aussi d'une section de sa propre substance , qui existait près de la fente. Il y avait une assez grande quantité d'eau limpide dans les deux ventricules latéraux; cependant je remarquai que les plexus choroïdes étaient rouges, et qu'ils présentaient non pas, comme il arrive fort souvent, des vésicules, mais de très-petites parcelles rouges, et solides, de telle sorte qu'elles semblaient être glanduleuses. Le cerveau et le cervelet avaient leur fermeté naturelle ; mais la voûte était molle, ainsi que les cuisses de la moelle allongée, et la partie voisine du tronc; mais celles-ci ne l'étaient que dans leur face interne. Je ne passerai pas non plus sous silence une disposition^ qui, ainsi que quelques autres qui vous ont été décrites d'après cette dissection, appartiennent à des états qui ne sont pas ordinaires, mais qu'ondoit regarder cependant comme constitutionnels, et non comme morbides ; les lobes antérieurs du cerveau avaient vers le milieu de leur profondeur, à l'endroit où ils se touchent entre eux, une partie de leur surface intestiniforme y et faite de telle sorte que l'un d'eux était reçu dans l'autre à cet endroit.
6. L'histoire qui vient d'être rapportée fait voir ce que peut la terreur, même panique. Vous voyez comme des convulsions soit cloniques, soit
DE l'ePILEPS. , DES COiTVULS. , DE LA PARAL. 535
toniques ( par exemple, celles de la bouche) se déclarèrent aussitôt après le trouble du mouvement des esprits, convulsions qui en retenant le sang dans les vaisseaux qui se distribuent au cerveau, et en produisant ainsi un épanchement de sérosité , donnèrent sans doute lieu à de nouvelles causes qui firent persister les convulsions ellesmêmes jusqu'à la mort; à moins que vous n'aimiez mieux par hasard que cette eau limpide se fût répandue dans les ventricules latéraux, par suite de la compression antérieure des vésicules, qui auraient existé auparavant dans les plexus choroïdes, comme nous le voyons souvent, et dont les restes se seraient contractés sur eux-mêmes, après leur rupture, de manière à représenter peut-être ces espèces de corps glanduleux, tels qu'ils ont pu apparaître aussi, pour des causes semblables, aux anatomistes qui ont reconnu des glandes analogues dans les mêmes plexus. Quant à moi, qui eus aussi autrefois la même idée à ce sujet, et qui ne répugnerais peut-être pas toutà-fait à adopter votre opinion, cependant ce que j'ai dit de la stagnation du sang est d'autant plus croyable, que celui-ci était plus abondant sur un ivrogne et sur un sujet pléthorique , et que le soulagement qui résulta de chaque saignée fut plus évident sur le malade, quoique de courte durée, et que sur le cadavre la distension des vaisseaux du cerveau, même des plus petits, était plus manifeste, comme on le comprit même par
536 SOIXAJYTE-DEUXlÈiME LETTRE.
la compression de rappendice de ce viscère , c'està-dire de la moelle épinièrç; car il est très-rare qu'on puisse exprimer du sang de la substance même de cette moelle. Ajoutez à cela les parcelles acres répandues dans le sang du sujet par suite de son méfier sordide, de sortequ'en admettant la stagnation de ce liquide, elles purent, en se dégageant, produire une plus grande irritation. Mais en voilà assezsur l'épilepsieet sur les convulsions, attendu surtout qu'il me reste plusieurs choses à ajouter sur le mal opposé , la paralysie.
7. Une vieille femme de moins de quatre-vingts ans, et de plus de soixante-dix, avait été prise tout à coup d'une apoplexie très-grave. Elle fut portée aussitôt à l'hôpital dans un état de sterteur, avec un pouls faible, et, ce qui appartient surtout à ce sujet, avec une paralysie des deux membres du côté droit. Elle y mourut en deux jours après le milieu de mars de l'an 1760, à la même heure où elle avait d'abord été attaquée d'apoplexie.
Examen du cadavre, La voûte du crâne ayant été coupée circulairement le lendemain au même hôpital, comme il ne s'était rien écoulé avant qu'elle n'eût été enlevée, je dis à un grand nombre de jeunes étudians qui m'écoutaient,que quoique je n'osasse pas déterminer d'une manière positive quelle cause d'apoplexie nous trouverions, attendu que je ne connaissais pas le tempérament de cette vieille femme, ni son genre de vie, ni les maladies
1>E l'ÉPILEPS., des CONVULS. , DE LA PAIIAL. 537
auxquelles elle était sujette, cependant je ne nierais pas que l'apoplexie ne pût être sanguine, même sur une femme de cet âge, par la raison surtout que les veines étaient très-engorgées de sang au cou, et que l'apoplexie avait été forte; que, du reste, quelle que fût la cause, on pouvait conjecturer d'une manière plus probable par la paralysie des membres du côté droit, d'après tant d'observations de Valsalva et de moi , qu'elle se montrerait dans l'hémisphère gauche du cerveau , pourvu qu'elle consistât dans une lésion organique apercevable. Ensuite la voûte du crâne ayant été arrachée de la méninge soujacente, je ne vis rien de morbide sur cette membrane, et ayant remarqué bientôt après que la plupart des vaisseaux qui rampent dans la pie-mère étaient engorgés d'un sang noir, et qu'il y avait un peu d'eau sanguinolente autour de l'extrémité inférieure de la moelle allongée, j'en vins à la dissection du cerveau, qui était ferme, tandis que le cervelet était mou. Or ayant d'abord ouvert le ventricule latéral droit, il se présenta une assez grande quantité d'eau sanguinolente, ce qui pouvait paraître indiquer quelque chose qui ne s'accordait pas avec les observations citées un peu plus haut. Mais après avoir remarqué qu'il n'y avait rien de rompu ou de déchiré dans tout ce ventricule , si ce n'est une partie du septum lucidum , je continuai à ouvrir le ventricule gauche. Or ij était rempli en partie de la même eau sanguinolente, et en partie, sur-
538 SOIXANTE-DEUXIÈMB LETTRK.
tout vers la partie postérieure , d'une assez grande quantité de sang concrète. On comprit par-là que cette eau sanguinolente était de la sérosité exprimée de ce sang qui se concréta, sérosité qui s'était ouvert une voie à travers le septum interposé entre les ventricules, et était passée de celui du côté gauche dans celui du côté droit, qui ne présentait rien de remarquable, si ce n'est que le plexus choroïde y était un peu pâle, et parsemé, à l'endroit où il se courbait en avant, d'hydatides nombreuses, mais petites. Au contraire, le plexus choroïde avait été tellement lésé dans le ventricule gauche par l'irruption du sang, qu'il ne fut pas possible de voir assez bien dans quel état il était. Or le sang était sorti d^une grande cavité, à laquelle il était adhérent , et qui était creusée dans une dilacération de la moitié postérieure presque entière du corps strié, et dans la presque totalité de la couche contigué du nerf optique, qui était en même temps déchirée. Car il ne restait à peine qu'une portion de cette couche, qui était livide; c'était celle qui appartient au bord du troisième ventricule, lequel était plein de cette même eau sanguinolente; quant à l'autre côté de la même couche, non-seulement lui, mais encore la partie contigué de l'hémisphère gauche avaient été dilacérés par l'irruption du sang. Ayant disséqué avec soin tout ce qui se trouvait dans le crâne, je trouvai tout dans les bornes de l'état naturel, de sorte que les artères mêmes n'avaient rien de dur dans
DE l'ÉPILEPS., des CONVDLS. , DE LA PARAL. SSq
cette cavité, tandis que presque toutes les autres, même les carotides à la région du cou, présentèrent des lames osseuses sur cette vieille femme. Au reste je ne trouvai non plus rien qui fût contre nature les jours suivans, en faisant la dissection et la démonstration de la moelle épinièreàsaplace. Les viscères de la poitrine et du ventre ne présentèrent non plus rien de remarquable, excepté le colon , qui parvenu au-dessous de l'estomac , se fléchissait en forme d'arc, et cela dans un assez long trajet; et il était très-contracté, de même que l'estomac. On remarqua également à l'une des aisselles un petit corps de la forme et de la grosseur d'un lupin, d'une nature moyenne entre l'os et la pierre, et qui, s'il n'eût été situé plus près de la plèvre que des glandes axillaires, aurait peutêtre pu passer pour être formé par une d'elles.
8. Cette dissection , comme tant d'autres, confirma en même temps un aphorisme (î)d'Hippocrate qui dit qnil est impossible de guérir une forte apoplexie y et le point de doctrine de Valsalva dont j'ai parlé en plusieurs endroits et même plus haut , et fit voir en outre combien est funeste l'épanchementde sang à travers les corps striés, ou les couches optiques , ou du moins leur voisinage. Tout cela sera aussi confirmé par l'histoire suivante.