‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 5 sur 39 · LVP LETTRE ANATOMICO -MÉDICALE · texte numérisé non relu

LVP LETTRE ANATOMICO -MÉDICALE

Des Fractures des os ^ des Luxations ^ et des autres vices nuisibles au mouK^ement.

I. Bien qu'on ait divisé dans le Sepulchretuni les maladies en question, en deux sections, la cinquième et la sixième, qui suivent immédiatement, cependant ces sections sont si courtes, que les observations de l'une et de l'autre, et toutes leurs scholies sont embrassées dans deux feuilles , et elles ne les rempliraient pas, si on n'avait répété quelques objets déjà placés plus haut. Vous verrez que c'est ce qu'on a fait au commencement même de la cinquième section, si vous comparez le §. i" de la première observation, et les deux premiers chapitres de la scholie qui la suivent, avec le §. 3 de la quinzième observation de la seconde section, et avec sa scholie. Quant à moi, qui ai souvent parlé des fractures des os en traitant des blessures et des coups, plutôt que de répéter ici les mêmes choses, je veux embrasser, dans celte seule Lettre, tout ce qui reste dans les feuilles de Valsalva , ou dans les miennes, concernant les maladies dont il est question, en commençant par l'os sur lequel nos principales observations ont été faites, lorsque nous cherchions s'il était fracturé,ou luxé. Cette circonstance

■ DES FKACTURES DFS OS KT DKS LUXATIONS. 89

me forcera à parler, pêle-mêle, de l'un et de l'autre genre de maladie, et non séparément.

2. Les anciens ne doutaient pas que la tête de l'os de la cuisse ne sorte de sa cavité, aussi-bien que celle des autres os, d'autant plus que, quoiqu'ils sussent qu'il est difficile de faire la réduction et plus difficile de la maintenir, ils n'ignoraient pourtant pas qu'on n'eût quelquefois réussi à opérer ces deux effets, d'après le témoignage d'Hippocrate , de Dioclès , de Pliilotimus , de Nilée et d'Héraclide de Tarente. Car ces auteurs ^ extrêmement illustres ^ ont rapporté UK^oir entièrement replacé cet osy comme le dit Celse (i); et cet Héraclide l'a rapporté plus d'une fois, comme le prouve un passage de cet écrivain, qui nous a été conservé par Galien (2), lequel a écrit avoir déjà guéri deux fois ^ lui aussi, une luxation du fémur ^ de telle sorte que cet os ne tomba plus dans la suite y et a confirmé que le même effet a été obtenu par plusieurs médecins plus modernes après Héraclide. Mais ce quTIéraclide et Galien avaient noté, savoir que lopération réussit lorsque ce qu'on appelle le ligament rond, au moyen duquel le fémur est attaché à la cavité , a été relâché, et non lorsqu'il a été rompu, parce qu'on peut faire, par des médicamens, quen enlevant l'humeur relâchante on contracte de nouveau le liga-

(i) De medic, 1. 8^ c. 20.

{i) In Hippocr.^ de artic. coitimcnt. , { 4 , n, 4?..

i)0 CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE. 4k

ment relâché, mais non qu'on le réunisse quand il a été rompu, a enseigné en partie la vérité aux médecins, et les a en partie empêchés d'y parvenir. En effet, il est vrai que par le relâchement du ligament la tête du fémur sort de sa cavité; mais il n'est pas également vrai que cette tête sorte souvent de sa cavité, parce que ce ligament est rompu. C'est pourquoi, de même qu'on ne peut pas nier la luxation du fémur par une cause interne, c'est-à-dire par une cause qui relâche le ligament , de même la luxation du même os par une cause externe, c'est-à-dire par une violence qui rompt le ligament, ne devait pas être admise aussi facilement parmi les plus fréquentes; et elle ne l'aurait pas été, si on eût comparé entre elles, d'une part, la difficulté de la rupture d'un ligament très-fort, et de l'autre part la facilité de la séparation de la tête du fémur d'avec son col, c'est-à-dire de la fracture de ce dernier. Car on aurait compris que les forces capables de rompre ce ligament peuvent bien plus promptement séparer cette tête du col, c'est-àdire rompre celui-ci, et que de cette manière le fémur tombe par suite de la séparation de la tête, ou de la fracture du col, et non par suite d'une luxation, à moins que quelques sujets (i) n'aient par hasard quelque chose de particulier à cet endroit.

(i) Vid, infrà^ n. 5 in fine.

DES FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. Ql

Mais ces remarques , et d'autres analogues , commencèrent enfin à être faites h peine , lorsque la dissection des cadavres fit voir très -manifestement que ce que Ton croyait être une luxation de la tête du fémur, par une violence extérieure, était presque toujours une séparation de la tête, c'est-à-dire une fracture du col. En effet on ne songea pas aux causes du phénomène, aussitôt que Paré (i) eut avoué avec candeur qu'il était arrivé quelquefois à des chirurgiciïs prudens de prendre la séparation de la tête du fémur pour une luxation, et que lui-même, en traitant une dame, avait également pris pour une luxation la fracture du coi de cet os. Or, il avait été trompé par le grand trochanter du fémur, qu'il touchait au-dessus de l'ischion, et qu'il avait cru être la tête du fémur, jusqu'à ce qu'en faisant effort de nouveau le lendemain pour pousser l'os dans sa cavité, il fut averti de la fracture par le bruit de la collision des fragmens de l'os, qu'il entendit sourdement; et c'est le premier de tous, que je sache, qui ait découvert, du moins pour le fémur, cette méprise, qui est d'autant plus facile, attendu que les signes sont communs et semblables , qu'elle est plus grave. En effet , Columbus (2) l'avait indiquée en général, mais sur les enfans seulement, lorsqu'après avoir enseigné que si nous désarticulons

(i) Oper., 1. i/»^ c. 21.

(2) De re anat^ i. j^ c. 2,

lyA CITNQL ANTE-SIXIÈME LETTRE.

les osselets d un chevreau ou d'un agneau ^ ou d'un autre animal né depuis peu y nous verrons à leurs extrémités certaines parties ^ c'est-à-dire les appendices, ou les épipbyses , se détacher et tomber, il a averti, après avoir intercalé plusieurs choses , que si les os tendres des enfans sont maniés trop fortement par les mains d'un médecin inhabile y les li^amens s'étendent jusqu'à entraîner les appendices avec eux. Or vous comprendrez facilement que l'arrachement et la fracture, en ce qui concerne notre sujet, reviennent au même, et que je peux par conséquent les prendre ici l'un pour l'autre indifféremment, dès que vous aurez rem ar-^ que que soit que la tête du fémur soit arrachée du col, ou le col du fémur, cela ne peut certai-nement avoir lieu sur les adultes sans fracture, de même que si le col lui-même se fracture à son milieu. Au reste, si vous considérez l'effet et les signes de l'accident, vous croirez qu'il n'importe pas beaucoup de ne pas séparer non plus sur les enfans Farrachement de la fracture, à moins que vous ne croyez par hasard que ce signe, qui se tire du bruit des os qui se froissent entre eux, a plus lieu dans la dernière, et moins dans le premier, quoique rarrachement survienne presque toujours sur les enfans, et non la fracture, et que sur les adultes mêmes ce signe n'ait pas autant de valeur par son absence que par sa présence. Car les extrémités du col fracturé correspondent fort rarement l'une à l'autre, et il n'est

DES FRACTURES DES OS ET DES î-l^XATJONS. q3

|yas toujours possible au chirurgie^ de les rapprocher de manière à ce qu'elles puissent ^e froisser suffisamment Tune contre l'avitre; d'ailleurs le son, qui d'ordinaire est léger et obscur, ne peut pas toujours être assez bien entendu, d'où il arrive quelquefois qu'on ne l'entend enfin que le lendemain , comme je l'ai dit en parlant de Paré, et même plusieurs jours après, et quand l'inflammalion est dissipée. , ,

3. J'ai dit plus haut qu'après queiParé eut découvert le phénomène, on n'en cherqhja,,,pas aussitôt les causes, mais qu'on attendit des dissections qui prouvassent plus évidemment le fait. Or, on aurait attendu beaucoup plus long-temps si ces dissections eussent été faites pour la première fois par Duvernoy, comme quelques-uns le croient, ou par Ruysch , comme d'autrqs le pensent, ou même par Rolfinck (i). Bien plus, Rollînck lui-même a fait connaître Fauteur qui en avait fait trente ans avant lui, c'est-à dire Gasp. Hoffmann , qui, après avoir averti (2) dans les Commentaires qu'il publia Fan iG^S sur les livres de Galien de Usu Partium , qu'i/ arrive quelquefois qu'il j a une fracture lorsquon croit que c'est une luxation y savoir quand le fémur se fracture ou à son sommet^ là oit se trouve son appendice y ou à son col, a dit : Columbus avertit de cela pour tous

(i) Dissert. anat. , 1. 2, c. 49* {:>) Vid.h 3, in lin.

9i CINQUAIVTE-SIXTÈMK LETTRE.

les appendices {L. i^ c. i)^ et moi j'ai vu ceci sur la cuisse i^un chat; après quoi il a rapporté son observation du chat, qu'on croyait avoir éprouvé une luxation, parce qu'il avait toujours boité à la suite (l'une violence extérieure qu'il avait reçue dans sa jeunesse , et sur lequel cependant il trouva dans la dissection, non pas une luxation du fémur, mais une fracture de son col, la tête de celuici étantencore alors attachée à sa cavité. Et immédiatement après il a ajouté les causes pour lesquelles l'humérus se luxe facilement, et le fémur difficilement. La première de ces causes esl que celui-là est privé de ce ligament rond, tandis que celui-ci Ta; la seconde, que la cavité de celui-ci est plus étroite et plus profonde; la troisième, que son articulation est entourée et fortifiée par des muscles très-forts.

Toutes ces causes ont coutume d'être mises aussi en avant aujourd'hui, quoique Rolfinck, qui a transcrit l'observation de Hoffmann , les ait omises; ce que vous comprendrez également, d'après le Sepulcliretum (i), qui relate tout ce que Rolfinck dit à ce sujet, si ce n'est pourtant qu'il passe sous silence les paroles suivantes, qu'il faut intercaler entre la scholie et l'observation de Hoffmann : J' ai observé ici plusieurs fois une grande erreur y et Hoffmann a remarqué une erreur semblable. Mais vous jugerez par vous-même s'il l'ob-

(i) Sect. ïiac G, obs. 2^ cum schol.

DES FRACTURIvS DES OS ET DES LUXAT[ONS. gS

serva en disséquant des morts, ou en touchant des vivans, comme Diemerbroeck Fa jugé dans une partie de la scholie. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun d'eux n'a parlé de la remarque et de l'avertissement de Paré sur cette dame; car ce que Rolfinck a rapporté d'après je ne sais quel chapitre de Paré, n'y a point rapport; et eu avançant que cette épiphyse se détache sur les enfans par la faute des nourrices, et sur les jeunes gens par une cause légère, comme il le prouve par la coction de^ os, il fait voir qu'il a plus profité des écrits de Columbus que de ceux de Paré. D'un autre côté , Hoffmann a confirmé en général , dans un ouvrage posthume (i), ce qu'il avait euseigné autrefois d'après cette observation du jeune chat, et il a établi qu'il est vrai qu une fracture du col du fémur a lieu plutôt qu'une luxation de la tête dafémuTy à cause surtout du ligament rond qui est dans la casdté même ; quoique Yesîing (9.) ait semblé faire une légère restriction dans une réponse qu'il lui fit l'an 1641, en considérant, lorsque ce cas se présente, non-seulement la force du ligament, mais encore la fragilité des os, qui est remarquable sur certains sujets.

J'ai cru devoir vous donner ces détails un peu étendiis sur les auteurs qui ont fait mention de l'objet en question avant notre siècle, afin que

(0 Apolog. proGalcno, 1. 2, c. 81.

{1) Episl. 25.

96 CINQUA.NTE-SIXTÈME LETTRE.

Ton voye ce qu'il faut accorder à chacun, soit pour la priorité, soit pour le diagnostique, soit pour ladémonstration, soitpour les recherches des causes du phénomène lui-même. Cette observalion de J. Sylvius (i) sur un tailleur de pierres qui était tombé d'un lieu élevé et s' était fracturé la cuisse à la tête de la hanche y ne diffère peutêtre pas de l'observation de ces auteurs; or il fait voir manifestement ce qu'il entendait par le mot crus y soit en plusieurs autres endroits, soit surtout là où (2) en faisant la description de ce ligament rond que j'ai cité fort souvent, et qui naît du fond de la cavité, il dit : // s'insère au milieu de la tête de la cuisse y cruris,

4- Quant aux observations de ceux qui ont écrit de notre temps, je ne les citerai pas toutes ici, et je n'en parlerai qu'en peu de mots, soit parce qu'un gran4 nombre sont entre les mains de tout le monde, soit parce que les principales se trouvent dans une dissertation de Salzmann (^3), publiée l'an 1723, où il a exposé avec autant de détails et de soin que qui que ce soit, les causes pour lesquelles la luxation du fémur se distingue fort difficilement de la fracture de son col , quoique celle-ci soit produite plus facilement, et par conséquent plus souvent que celle-là, par une vio~

(i)Observ. post. Isagog.

(2) Isagog., 1. 1, c. 3.

(3) De luxât, oss, femor.;, etc., c. 4

lence exlérieure. Ces observations otit été recueillies sur des sujets dont on croyait que la claudication dépendait de la luxation et non de la fracture, et les unes appartiennent à Piuysch , d'autres à Cheselden, et quelques-unes à Erndl; à celles-là se joignent, d'après l'approbation de Raw, d'autres observations de Borst, qui, ayant disséqué Luit sujets également boiteux, n'avait jamais trouvé une luxation, mais toujours lUie fracture du col du fémur, comme ces autres auteurs.

Au reste, Ruysch, par l'autorité de qui on a principalement commencé à confirmer le fait de notre temps, en a fait connaître les causes (i), tout en rapportant les observations, et a noté dans quelques-unes de celles-ci quelque chose de particulier, savoir, non-seulement qu'il ne restait pas de vestiges du col, qui avait été rompu et brisé autrefois, mais encore qu'on trouva quelquefois (2) à sa place plusieurs ligamens durs, épais, ronds, situés non-seulement à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur, qui unissaient la tête du fémur à sa partie supérieure, tandis que quelquefois (3) cette tête s'était réunie et soudée de nouveau avec cette partie.

Il y a quelque chose à ajouter à ces deux remarques particulières; à la première, que Salz-

(1) Thés. anat. 8, n. io3, (c>.)Thes. 9,11. 74 {Z)Ibid., n. 44,

g8 CINQUANTE-SIXIEME LETTRE.

mann a indiquée dans une autre dissertalion (i) publiée cinq ans avant celle que j'ai citée, que ces ligaments durs et épais, que Ruysch avait vus entre la tête et le fémur, et qu'il avait regardés sans aucun doute comme ayant été établis par la nature à la place du col , étaient formés par le périoste, qui, lorsqu'il a été déchiré dans une fracture, devient assez souvent plus dur et plus épais à cet endroit, et fait les fonctions d'un ligament: cas dont un exemple avait déjà été rapporté autrefois dans les Actes des Erudits de Leipsick(2), et dans lequel il était question d'une fracture du cubitus et du radius. Mais cependant je voudrais vous faire remarquer au moins une chose, savoir, que ces ligamens de Ruysch appartenaient, non pas aux parois extérieures des os fracturés, là où se trouve habituellement le périoste, lorsqu'il existe, mais à leur partie intérieure. Quant à la seconde remarque, c'est-à-dire à la soudure, ou à la réunion du fémur fracturé avec la tête, que du reste on trouve ordinairement séparée dans la cavité, il faut y ajouter que lorsque cette réunion s'opère (or je sais qu'elle s'est opérée plus d'une fois), \\ faut l'attribuer aux bandages au moyen desquels on a maintenu pendant fort long-temps le fémur appliqué contre la tête, et à la constance du malade à rester en repos, et à éviter tout mou-

(i) De articul. analog. , etc. ;, c. 2, J. i et 4 , et c. 3, J. 2. (3) A. i685^ m. nov.

DES FRACTURES DES OS ET DES LfiXATIONS. Qf)

vement. Et cependant elle étoit boiteuse celte vieilie femme sur laquelle Ruysch trouva une réunion de cette espèce. En effet, bien que lorsque le col du fémur manque, l'os entier soit moins oblique en dehors , et que par conséquent le membre soit moins court qu'il n'aurait dû l'être j> cependant de cette manière ce fémur se rapproche de l'autre, et la direction des muscles qui meuvent cet os et la jambe, est changée. Mais elle boitait aussi cette femme dont il est parlé dans l'observation citée d'ErndI, quoique le col fracturé se fut soudé au moyen d'un cal qui avait au-dessous de la tête la largeur du pouce, de telie sorte que le col pouvait paraître ne pas manquer, et quoiqu'on ne vît aucune lésion sur les ligamens et sur les tendons voisins, ni aucun état contre nature; tant la claudication est facile après une fracture. Mais autant toute cette portion de l'extrémité supérieure du fémur, avec laquelle le col est uni par sa base, l'emporte en grosseur et en solidité sur le col lui-même, autant cette réunion dont j'ai parlé en premier lieu, est facile comparativement à cette autre, dont lu difficulté est augmentée par la même cause qui rend la fracture facile, la direction oblique du col. En effet, lorsqu'un homme, par exemple, tombe d'un lieu élevé sur ses pieds, les os droits des jambes et des cuisses reçoivent fort souvent impunément le choc auquel peut à peine résister quelquefois le col dirigé en travers , par la raison

ÎOO CIT\rQTJANTE-SïXlÈME LETTRE.

surtout qu'il est si fragile, et qu'il nepeut pas suivre le mouvement du fémur poussé en haut, à cause fie la tète à la montée de laquelle la cavité s'oppose. Or ces mêmes causes, lorsque les muscles tirent le fémur en haut, désunissent et décollent les parties du col fracturé, qui se touchaient de nouveau entre elles , et qui commençaient à se réunir.

Au reste, les auteurs les plus anciens n'ont pas méconnu cette direction du col; aussi Hippocrate (i) a-t-il écrit positivement que la tête du fémur et le col de V article sont obliques par leur nature^ et Aristote (2) a-t-il dit que le fémur est biceps j non j>as qu'il ait voulu dire comme Niphus (3) l'a interprété , qu'il y a un fémur à droite et un autre à gauche (car il venoit d'expliquer suffisamment cet objet), mais il a enseigné que cet os est biceps y à deux têtes, parce qu'il considérait d'une part le grand trochanter, et de l'autre le col à la partie supérieure du fémur. Or un voit beaucoup plus manifestement les raisons pour lesquelles cet os a été ainsi divisé et a un col dirigé presque transversalement, que celles pour lesquelles le col est aussi fragile. En effet, c'est une disposition commune aussi à certains autres os, et non particulière à celui-ci, comme le disent

m ' • • ■- ■■ I ■ I , I ■ I. Il I ii>

(i)L. de arlicul., n. 63, apud Marinell.

(2) De hJst. animal., I. i^ c. i5.

(3) In expos, ejus locl

DES FRACTURIS DES OS JsT D£S LUXATIONS. I O Jt

quelques hommes savans, que de donner naissance à certaines parties qui forment un angle avec eux, comme les omoplates et la mâchoire inférieure; mais les parties qui en naissent ont une structure beaucoup plus ferme, comparativement à celle de leurs os, que le col du fémur, comparé avec cet os. Et ce col lui-même ne Femporte pas tant en épaisseur sur l'os auquel il est attaché, pour qu'on puisse dire de lui la même chose que des extrémités des os larges, qui résistent à la fracture par leur épaisseur, sinon par leur structure.

5. Mais nous verrons bientôt ce qiti arrive à la plupart dt s sujets dont le col du fémur a été fracturé ( car il n'est pas extrêmement rare que la réunion s'opère par les raisons que j'ai énoncées) , en passant à cette autre dissertation de Salzmann, et en citant en même temps les observations qu'il ne put pas rapporter dans celle dont il a été parlé jusqu'ici ; je ne les citerai pas toutes cependant, car je sais qu'il y en a beaucoup dans d'autres auteurs, mais je parlerai seulement de deux que j'avais entre les mains lorsque j'écrivais ceci. Ainsi, Gr. Barbette, chirurgien expérimenté et habile, vit sur une femme âgée d'environ quatrevingts ans, comme on le lit dans M Apologie (i) qu'il a eu l'honnêteté de m'envoyer, la même chose que ces autres auteurs que je passe sous silence.

(i) Apologia di due cure.

lOi CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.

Bien que le membre malade n'eut pas été pins court que le membre sain jusqu'au quatorzième jour, à compter de celui de la chute, cependant le col du fémur avait été fracturé; cela dépendait-il, comme il le soupçonne, de ce que n'ayant pas été entièrement fracturé au commencement, il avait rëàisté pendant aussi long-temps aux muscles qui meuvent la cuisse? Toutefois le même auteur rapporte une autre observation d'un homme qui avait boité pendant long-temps à la suite d'un coup de pied qu'il avait reçu à la même articulation de la cuisse; il trouva sur h 4 le fémtir luxé,de telle sorte qu'il touchait le dos de l'os des îles par sa tête, tandis qu'il ne restoit aucun vestige du ligament rond, que le ligament orbiculaire était déformé, et que la cavité était presque détruite.

Mais Salzmann, qui n'avait pas avoué positivement qu'il lui fût encore arrivé à cette époque de voir, dans ses dissections, ni l'un ni l'autre des deux cas qu'il établit fort bien dans chacune de ces deux dissertations, put (i) affirmer, cinq ans après, qu'il avait trouvé l'un et l'autre pendant ce temps-là; en sorte qn'il a prétendu , relativement au premier , qu'// lui a été possible de trouver plus fréquemment la fracture du fémur qne sa luxation, et que pour le second (2) il a rapporté deux exemples de luxation

(i) f^id, in comment. Imp. Acad. Petrop., t. 3, obs. anat. (a) Vld. eliam Act. N. C. , tom. 2^ obs. 101.

BES FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. Io3

du fémur, clans lesquels la tête de cet os sans fracture du col, ou le col séparé de la tête qui avait été détruite, s' appuyaient sur la face externe de Vos des îles un peu au-dessus de la cavité , et avaient formé ^ par le frottement qu'ils exerçaient depuis long'temps , une cavité et comme un sinus superficiel ^ ce qui faisait que quoique le pied se trouvât plus courte V un et Vautre sujets pouvaient jusqu'à un certain point assurer leurs pas ^, et marcher ^ quoique sans facilité.

Du reste, le premier de q^9> i\^\\y^ exemples, et l'observation qu'il avait rapportée lui-même dans sa dissertation (i) d'après les Actes de Berlin, ainsi que d'autres observations analogues, s'il y en a , mais qui ne sont pas communes ^ comme il le dit avec vérité, observations semblables à celle que j'ai citée un peu plus haut en second lieu d'après Barbette; ces cas, dis-je, ne sont pas contraires à son opinion, que l'on reconnaît suffisamment d'après le titre même de sa dissertation , De la luxation plus rare de Vos de la cuisse , et de la fracture plus fréquente de son col. En effet, comme il existe plus d'exemples de celle-ci que de celle-là, recueillis sur les adultes, et produits par une cause externe, de telle sorte que Ruyscli (a) et Raw (3) ont confirmé que la luxation a lieu , l'un

(2) Thés. anal. 8, n. io3 , §. 2.

(3) Vid, dissert. Salzman. modo cit.^ c. 4^ §• s*

lO/j CIÎsQtJANTE-SÎXIKME LETTRE.

rarement^ et l'autre très-rarement ^ certains exemples contraires ne s'opposeront pas à l'opinion sage et prudente de Salzinann; bien plus, s'il n'y avait point de ces derniers exemples , son opinion ne pourrait point subsister, quand il affirme que la luxation e^i plus rare. De plus, comme il énumère (i) les causes pour lesquelles celle-ci survient quelquefois, comme le relâchement trèsconnu des ligamens par l'effet de la goutte , la paralysie des muscles et des tendons environnans, l'ampleur de la cavité plus grande dès la naissance que dans l'état naturel, ou la petitesse de îa lète du fémur, quelque fracture, ou quelque défaut dans le bord de la cavité, ou enfin des tumer^rs développées dans Finlérieur de celle-ci, il est aisé de comprendre que lorsque quelqu'une de ces causes n'est pas assez considérable pour pouvoir chasser encore par elle-même la tête du fémur de sa cavité, il arrivera facilement alors, si par hasard il s'y joint quelque cause externe, qu'il s'opérera une luxation, comme aussi sur les sujets qui ont naturellement les ligamens un peu trop relâchés, ou qui n'ont absolument aucun ligament rond , comme dans une observation rare de Nicolaï (2).

6. Maintenant que j'ai cité quelques observations, d'après lesquelles on voit ce qui arriva sur

(i) Ihid, ^ c. 3, 5. 5.

(2) Dec. illuslr. anat., ohs, 7.

DHS FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. Io5

ceux dont le fémur fracturé, ou sorti tout entier de sa cavité, ne put pas être replacé dans celle-ci , je dois en ajouter d'autres relatives au même objet. J. Salzmann , en traitant ce sujet en général dans cette dissertation dont il a été parlé, et qui est intitulée, Des articulations analogues qui surviennentà la suite des fractures des os^ entre dans beaucoup de détails, que vous verrez avec plaisir, et que vous transporterez à ceci; mais il rapporte des observations dont la phipart sont relatives à d'autres os, et ont surtout été recueillies pendant la vie uniquement d'après le jugement du toucher^ et non siir des cadavres disséqués d'après celui de la vue. Aussi n'en donne-t-il aucune de celles que je cherche principalement ici , à moins que vous ne vouiiez que ce soit à ceci qu'appartienne celle de Ruysch dans laquelle certains ligamens épais unissaient la tête à la partie supérieure du fémur, au lieu du col; car celles de Diemerbroeck n'ont point rapport à Fexamen anatomique, comme j'en ai fait la remarque plus haut (i). Mais c'est à cet examen qu'appartient une double observation recueillie sur une seule femme , et que j'ai lue dans une dissertation ostéologique (2) publiée sous la présidence du célèbre Gaubius, qui a eu la bonté de me l'envoyer. L'un et l'autre fémur étaient sortis deMeurs cavités. La tète de celui du côté droit

(2) De modo quo ossa se vieillis accomodant parlib.^ §. 42,

lOb ClNQUAiNTE-SlXiÈM li LETTRE.

était intacte, et celle du fémur du côté gauche était enlièrement détruite par la carie. Aussi, en examinant les deux nouvelles cavités qui répondaient à ces deux têtes sur les deux os des îles, on voyait que celle du côté gauche était légèrement creusée, et que celle du côté droit Tétait plus profondément , tandis que les anciennes étaient presque détruites; en sorte qu'on pouvait croire facilement que ces anciennes cavités, privées des têtes qui les entretenaient par leur niasse, par leur pression et par leurs mouvemens, s'étaient presque fermées , et que ces nouvelles étaient ainsi creusées inégalement , parce que la tête gauche ayant été rongée avant qu'elle ne put être suffisamment pressée, le corps soutenu par la tête droite, qui était entière, avait produit une excavation sur l'os des îles du côté droit en pressant de plus en plus la tête contre l'os. J'ai remarqué que Paré vit autrefois des disposi-^ lions semblables, d'après (i) un de ses passages qu'il convient de vous transcrire ici. // n'est pas très-rare ^ dit-il , que , dans la sciatique ^ des humeurs excrémenlitielles se pointent dans la caK^ité de cette articulation comme par un choc et avec une telle force ^ quen relâchant les ligamens^ elles en chassent facilement la tête du fémur ^ qui ne pourra jamais j rentrer ^ si elle en a été dehors pendant un peu de temps ; car pendant ce temps-là Vhu*

(i) Oper. , 1. 17, c. 22.

DES FIIACTURES DES QS Eï DES LUXATIONS. IO7

jneur y pavK^enue dans cette cavité ^ se concrète y pour ainsi dire ^ en une sorte de pierre par son séjour^ tandis que cette partie articulaire du fémur s'est formé une nouvelle cavité sur Vos voisin^ et que les bords de la cavité véritable , qui sont cartilagineux , sont devenus plus serrés et plus déprimés*

Ainsi sans les dissections des cadavres ce^ observations, et d'antres, s'il y en a, où le fémur entier, on fracturé, s'appuyait sur la partie externe, et avait creusé quelquefois une nouvelle cavité sur l'os des îles, n'auraient pas moins été ignorées de la postérité, que d'Hippocrate, dont un passage du livre sur les articulations (i) sera moins facilement compris par vous, je crois, si je le rapporte d'après la version que la plupart des auteurs ont suivie après Cornarius, que si je Je rapporte d'après celle de Felicianus, jointe à l'interprétation de Galien. Voici donc de quelle manière Ilippocrate parle de la tète du fémur luxé. Cependant lorsque V articulation a trouvé à s'arrêter sur la chair sur laquelle elle s'est portée ^ et que la chair a contracté une viscosité ^ elle devient indolente par le progrès du temps. Or lorsqu'elle est indolente y si quelques sujets veulent se promener sans bâton , ils le peuvent , et ils peuvent soutenir leur corps avec une lésion de la jambe. Mais voici comment Galien (ti) interprète ce passage. // a dit, s'arrêter.,

(i) N. 63 , apud Marinell.

(12) lu 1. Hippocr.^ de artic. comment., 1. 3, n. gS.

îo8 CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.

par une métaphore empruntée des lieux battus et fréquentés pendant Ion g- temps par les voyageurs. Mais le sens de ce discours est celui-ci. Lorsque la tête dujéniw\ sortie de sa place pour se porter sur la partie extérieure ^ s'est fixée sur la chair y ceux à qui cet accident arrix^e éproui^ent de la douleur dans les commencemens par suite de la compression ; mais ensuite la chair s'endurcit à cet endroit par le progrès du temps ^ de la même manière que les mains des fossoyeurs. Lorsque ceci a lieu , Ven* droit deK>ient semblable à une diarthrose , puisque 4a tête du fémur s'y fixe y comme auparavant dans la cavité de la hanche. Mais ayant avancé ensuite de quelle manière il reste en cet endroit une humeur visqueuse et muqueuse après une inflammation , cela^ (lit-il, est très-commode à la tête du fémur pour le mouvement. Car ^ à cause de Cette humidité^ on se sert de cette partie comme d'une articulation.

Vous comprenez donc très-bien, d'après la comparaison , ce que ces auteurs anciens conjecturaient sur ce sujet, et ce que les dissections des cadavres morbides ont appris de plus. Au reste, j'ai longuement parlé de tout ceci au commencement même de cette Lettre, pour pouvoir indiquer clairement en peu de mots à quoi se rapporte chacune des observations, et quelles sont celles que confirment les histoires que je dois bientôt rapporter. La première de ces histoires est de Valsaiva,

DES FRACTURES DES OS ET DES LlîXATfOIVS. 1 OQ

7. Une femme de soixante ans, attaquée cFune difficulté de respirer avec de la toux , se luxe l'os de la cuisse en tombant. Alors il s'y joint une fièvre continue, qui, par les progrès de la difficulté de respirer, enleva la femme le onzième jour.

Examen du cadavre, A l'ouverture du ventre, on trouva le foie dur, et plusieurs calculs dans sa vésicule. A l'ouverture de la poitrine, les poumons se montrèrent parsemés en dehors et en dedans de grandes taches noires. Il y avait environ une livre d'eau dans la cavité droite du thorax, et tant soit peu dans la gauche. Une concrétion polypeuse remplissait l'oreillette droite du cœur, qui était dilatée; une autre se trouvait dans le ventricule gauche, et se prolongeait de là dans les vaiîsseaux. Enfin , pour ce qui concernait le fémur, on le trouva réellement luxé. Le ligament qui attachait la tête du fémur dans la cavité de Tos innominé, se trouvait relâché.

8. Ce qui avait précédé la luxation , savoir la difficulté de respirer et la toux peuvent être rapportées à la dilatation de l'oreillette, à l'eau qu'on trouva dans la poitrine, et à la dureté du foie. Mais ce qui succéda à la luxation , savoir la fièvre, peut être attribué à la douleur et à la gêne que la luxation apporta dans les parties voisines , tandis que le mouvement fébrile du sang, qui affectait les poumons et les autres viscères, donna lieu à l'augmentation de la difficulté de respirer, et à

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la mort. Quant à ce que la Juxatioii s'opéra sans la fracture du col , cela doit être attribué au relâchement de ce qu'on appelle le ligament rond, lequel était peut-être moins ferme et moins fort par son étal naturel ou p^r une cause antérieure , et par conséquent déjà disposé à se relâcher davantage par l'effet de la chute, et à céder facilement. D'ailleurs, celte observation n'est point contraire à l'opinion deRuysch , qui a affirmé que ce cas a lieu rarement^ comme je l'ai dit plus haut (i) , sans nier, qu'il n'ait jamais lieu, comme quelques-uns le supposent. Mais recevez les deux observations suivantes sur la fracture du col; la première d'entre elles fut recueillie par des élèves qui s'étaient exercés chez moi, et l'autre par moi-même.

9, On croyait qu'un homme de la campagne, qui était tombé d'un arbre , s'était luxé le fémur. Des chirurgiens ayant fait de vains efforts pour remettre cet os à sa place , et cela avec d'autant plus de soin qu'il leur semblait sentir avec la main la tête du fémur sortie de sa cavité, il arriva par hasard que ces jeunes gens, qui m'avaient entendu enseigner plus d'une fois combien une violence extérieure produit plus facilement la fracture du col, que la luxation du fémur, et comment le grand trochanter en avait imposé à Paré lui-

fi)N. 5.

DES FRACTURES DIS OS ET DES LUXATfOIVS. I [ f

même (i) pour la tête du fémur, ne le cachèrent pas,s;^ns pourtant réussira détourner ces vieux chirurgiens de leur prévention. C'est pourquoi, deux mois eriviron s'étant écoulés, une maladie de la poitrine attaqua le sujet qui ne s'était point encore levé de son lit, et un catarrhe comme suffoquant l'ayant enlevé avant la fin de Tan 1727, ils voulurent reconnaître par la dissection si c'étaient eux, ou les chirurgiens qui s'étaient trompés.

Examen du cadavre. Le sommet de l'os de la cuisse et sa cavité ayant été mis à découvert, ils firent voira tous les étudians en anatomieet en chirurgie qui étaient présens , que le col avait été fracturéàsonmilieu, l'unedeses moitiésétantattachée à la tête qui était fortement adhérente à la cavité, et l'autre à l'os de la cuisse près du trochanter qui en avait imposé du vivant du sujet. Quant au nombre et à la qualité des calculs qui me furent apportés par cesjeunes£:ens qui les trouvèrent dans la vésicule du fiel du même corps, lequel n'avait nullement été ictérique , et aux expériences que je fis sur ces calculs, comme j'ai écrit ces détails à.Schroecke, et qu'il les a publiés (2), je ne dois pas les répéter ici.

10. Une femme Agée d'environ quarante ans, grasse, boiteuse du côté gauche, ayant reçu dernièrement une violente contusion au dos à la

(1) Suprà, 11. 2. \

h) Art. N. C. , t ':i, oks 167

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région des cotes inférieures, fut prise de fièvre, et enlevée en quinze jours, l'an 1742 ; et comme c'était l'époque où j'enseignais l'anatomie dans le gymnase, son cadavre y fut transporté de l'hôpital. Là je ne remarquai rien de particulier qui appartînt à cette contusion externe. Mais j'observai d'autres choses, et surtout ce qui était relatif à la cause de la claudication. Je vous décrirai ici avec soin ces objets après quelquesuns observés dans la poitrine et dans le ventre, de la même manière que j'en fis la démonstration à beaucoup de personnes qui étaient alors présentes.

Examen du cadavre. L'oreilleste droite du cœur, et la veine cave inférieure contenaient des concrétions polypeuses , non sans beaucoup de substance blanche; les deux ventricules en contenaient aussi de semblables, mais celle du côté gauche était beaucoup plus grosse. L'arc de l'aorte donnait naissance non pas à trois artères, mais à quatre; car la vertébrale gauche ne naissait pas de la sons-clavière , mais entre elle et la carotide de ce côté. Dans le ventre, les parties génitales, les reins , et les vaisseaux sanguins présentèrent les objets suivans que je notai. La surface de l'un des ovaires était extrêmement inégale. L'orifice de l'utérus n'était entouré d'aucune couronne, de sorte qu'il ne formait aucune saillie dans l'intérieur du vagin. Quant aux reins, ils étaient tous deux trop longs pour la stature mé-

DES rilACTURKS DES OS ET DES LUXATIONS. I l3

diocre de la femme; celui du côté gauche était légèrement creusé à son extrémité inférieure dans sa f^ice externe par une cicatrice, dont la circonférence approchait de la forme circulaire, et dont le diamètre égalait un travers de doigt; cette cicatrice était, à ce que je crus, la trace d'une hydatio'e cachée autrefois en partie dans le rein , et saillante en partie. Le tronc de l'aorte, plus petit que dans l'état naturel, ne donnait pas naissance lui-même à la spermatique droite, qui provenait de l'émulgente; il ne fournissait pas non plus les lombaires de la même manière qu'à l'ordinaire, et l'iliaque gauche n'avait pas la même longueur que l'iliaque droite, mais elle était trois fois plus courte. Faites attention à ceci; car nous approchons déjft de ce qui appatenait soit aux effets, soit aux causes de la claudication. En effet, la femme boitait du côté gauche, comme je l'ai dit, et ce membre était plus court que celui du côté droit de quatre doigts, et avait le calcanéum tourné en dehors, sans cependant être moins gros que celui du côté droit, qu'il surpassait même en grosseur, mais par l'effet d'un œdème. C'est pourquoi la veine iliaque droite était plus grosse que dans l'état naturel; mais celle du côté gauche, et ses bran-* ches étaient si petites et si pâles, qu'étonné d'une chose que je n'avais jamais vue auparavant^ j'ouvris le bas du tronc de la veine cave. Cela fait, mon étonnement fut encore plus grand. Car, à la place de l'orifice de cette veine iliaque , je IX. 8

fl4 CIJNQUAIVTE-SJXIEME LETTilE.

trouvai une ligne, qui indiquait que ses parois .s'éiaienl réunies, et sur laquelle étaient deux ou trois petits orifices qui communiquaient avec la veine iliaque. Après avoir incisé celle-ci en loïig, et avoir vu, entre des filamens polypeux, une espèce de petit faisceau de fibres saillant en dedans, je remarquai facilement bientôt après que les parois de la veine s'étaient réunies d'un côté , et qu'elles simulaient ainsi ce petit faisceau , dont Tapparence ne disparaissait pas complètement, quand on tiraillait les parois avec les deux mains; car il n'était pas très-difficile d'en opérer la séparation. Mais ensuite les artères et les veines crurales ayant été mises à découvert dans l'une et l'autre cuisse depuis le ventre jusqu'au jarret, les premières n'offrirent aucune différence; mais la veine qui accompagnait l'artère du côté gauche, se montra plus petite que celle du côté droit, dans le tiers de sa longueur au moins; et, quoique ses parois ne fussent pas entrelacées et ne commençassent pas à se réunir, elle renfermait pourtant entre ses tuniques une espèce de sang noir, et peut-être du sang, mais du sang concrète depuis long-temps, à ce qu'il semblait. Après avoir ainsi examiné ces objets, je cherchai la cause de la claudication en mettant à découvert l'articulation du fémur du côté gauche avec l'os innominé, et je trouvai l'os de la cuisse privé de son col et de sa tête. A la vérité la tête était fixée dans sa cavité, mais le cartilage , dont l'une et l'autre

DES FRACTURfS DES OS ET DES LLXATlOiN'S. I l5

sont recouvertes, était rongé çà et !à, et même la substance de la tête elle-même n'était pas intacte ^ soit dans la partie qui regardait la paroi gauche de la cavité, soit dans celle qui avait été unie autrefois avec le col. D'ailleurs il ne restait aucun vestige dti col , à l'exception de quelques fragmens osseux, développés sur des ligamens épais et durs, en lesquels le ligament qu'on appelle capsulaire semblait s'être U anformé ; ce qu'il y a de certain , c'est que ces ligamens s'étendaient du bord de la cavité jusqu'à la partie supérieure de l'os de la cuisse où le col commençait autrefois, et qu'ils attachaient le fémur à ce bord. Quant à la cavité qu'ils interceptaient à la place du col, elle contenait une matière un peu épaisse de couleur de chair, mais brune et sale, et non fétide, ni abondante. En outre, l'os innominé du côté gauche était plus saillant en avant que celui du côté droit; en sorte qu'on était porté à soupçonner que la même violence extérieure, qui avait fracturé le col du fémur à cette femme lorsqu'elle était enfant, ou jeune , lui avait aussi luxé l'os innominé. II. Si vous comparez entre elles ces deux ol)servations, vous en viendrez facilement à l'idée d'attribuer la disparition complète du col fracturé, que Ruysch (r) observa, à la longueur du temps, aux mouvemens répétés pendant fort longtemps, et aux frottemens que les extrémités fra-

(i) Supm^ n. 4-

îï6 cîjVQUante-sixjème lettre.

giles du col rompu exeixent entre elles, et eu outre à la force corrosive des parcelles acres qui suintent des membranes lésées et irritées, et qui produisent la carie par leur stagnation. Quant à ce que j'ai dit (i) du périoste déchiré par l'effet de la fracture, savoir qu'il devient plus dur et plus épais, vous comprenez d'après la seconde observation que cela arrive quelquefois aussi aux ligamens. Je voudrais que vous comparassiez ce qu'il y a dans la même histoire relativement à l'atrophie des veines iliaques qui répondent au membre lésé, avec la dissection d'une autre femme boiteuse que je vous ai écrite ailleurs (2); car vous trouverez que les vaisseaux iliaques, appartenant au membre boiteux, étaient petits. Mais vous ne trouverez pas que la veine fût aussi atrophiée dans la cuisse, ni qu'elle fût contractée dans le ventre par la réunion de ses parois dans l'un des côtés, ni qu'elle fût presque bouchée à l'orifice par lequel elle se décharge dans la veine cave. Car c'est une chose très-rare, et qui n'est pas facile à comprendre (le membre d'où elle revenait étant à la vérité attaqué d'un œdème, mais vivant cependant), quand même nous admettrions qu'il en était ainsi depuis peu de temps. Du reste, l'os de la cuisse n'avait pas pu s'écarter beaucoup de sa cavité sur cette femme, à cause des ligamens

(1) Ihiâ.

(a) Epist. A^^ n. 17»

qui le retenaient Mais l'homme dont il a été parlé avant elle, ayant toujours été couché, n'eut pas occasion de se servir de cet os , ni de s'appuyer sur lui.. Ainsi, maintenant exposons ce que j'ai trouvé sur une autre femme et sur un autre homme, qui se servirent de la tête du fémur sortie de sa cavité, et non réduite, en s'appuyantsur elle pen* dant fort long-temps.

12. Une vieille femme boiteuse approchait déjà beaucoup de sa quatre-vingtième année, lorsqu'elle fut prise d'une apoplexie, et mouîlit assez peu de temps après, non pas tant de cette atfection, que de son effet qu'on avait trop peu remarqué. Car la force avec laquelle la vessie retenait ou expulsait l'urine étant paralysée, les femmes présentes, trompées par une strangurie, croyaient qu'il sortait autant d'urine qu'il en descendait continuellement dans la vessie, et la vieille femme ne pouvait pas sentir, ou faire connaître l'énorme distension de ce viscère; aussi il lui arriva ce qui est arrivé à d'autres (i) par suite de la même méprise, de mourir plus promptement.

Examen du cadastre. En effet, le cadavre ayant été porté à l'amphithéâtre pour le cours d'anatomie que je devais commencer au mois de janvier de l'an 1735 , cette cause de la mort se pré-

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