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(1) J^id. Epist 42^ n. 22^ nbi et Laec historia projuiltitur.
Jî8 CINQUANTE-SIXIEME LETTRE.
senta au commencement, et troubla l'ordre de la Jeçon. A l'ouverture du ventre, la vessie s'offnt dans un tel état de distension produite par l'urine, qu'elle parvenait jusqu'à Tombilic, et occupait les deux flancs; les intestins se trouvaient tellement porlés en haut^ que d'un côté ils poussaient considérablement en haut le foie et le diaphragme, et que de l'autre ils chassaient la rate et l'estomac vers le milieu de Tépigastre. Mais la plupart des viscères étaient verts, et exhalaient une forte odeur; de sorte que j'ordonnai qu'on les retirât tout aussitôt du ventre ^ et qu'on les transportât dans le tombeau. J'ajouterai ici ce que je remarquai, outre l'état naturel, dans la poitrine, au cou et sur les membres; car ayant trouvé sur ces entrefaites de meilleurs cadavres, je ne touchai pas à la îéte. Le péricarde était adhérent à la face antérieure des gros vaisseaux , et du cœur lui-même, à celle des premiers par des filamens, et à celle du second par lui-même, et dans un espace qu'auraient recouvert deux travers de doigt, tant en long qu'en large. Cette circonstance fit que je m'informai auprès de celui qui avait élé le médecin de l'apoplectique, si par hasard le pouls s'était éloigné de l'ordre naturel par quelque état singulier, et surtout par des intermittences; ce qu'il nia aussitôt, et d'une manière positive. L'aorte commençait à présenter des aspérités dans sa face interne à un petit intervalle au-dessus des valvules, comme si des fibres longitudinales séparées
DES FRACTURES DES OS ET DES LUXATI01?fS. UQ
cà et là les unes des autres formaient des saillies; ces aspérités s'étendaient dans un espace d'environ deux travers de doigt en long, et un peu moins en large. Outre que la glande thyroïde était grosse, sa face antérieure offrait encore en quelques endroits des saillies formées par des espèces de globes. Le genou du membre inférieur gauche (c'est de ce coté que la femme avait boilé) regardait en dedans , et le talon en dehors ; ce membre était plus court que celui du coté droit, et à l'exception du dos du pied qui paraissait plus gros, U était considérablement atrophié, et déformé en outre extérieurement le long du péroné par une large cicatrice, qui semblait avoir été produite par un grand ulcère; tandis que celui du côté droit était beau et bien nourri , et avait des veines si grosses, que je ne nie souviens pas d'en avoir jamais vu de plus grosses sur aucun membre itiférieur. Comme cette circonstance était im indice que la quantité de sang qui se portait à ce membre, était d'autant plus grande que celle qui se portait au membre opposé était plus petite, elle fut également cause que je fus plus fâché de ce que les viscères et les vaisseaux du ventre avaient déjà été enterrés dès le commencement, et de ce que je ne pouvais plus voir comment la veine iliaque gauche se comportait près de la veine cave. Enfin , l'articulation supérieure de Tos de la cuisse gauche ayant été mise à découvert, je trouvai la tête de cet os, non pas globuleuse,
I20 CINQTiANTE-SlXlijViE LETTRE.
mais comme aplatie, un peu grosse, et n'étant attachée par aucun ligament rond. Elle était reçue dans une cavité moins profonde que dans l'état naturel, et qui cependant était incrustée d'un cartilage. Mais, au bord antérieur de cette cavité il y en avait une autre, beaucoup plus petite qu'elle, tandis qu'il n'en existait nulle part aucune analogue devant l'articulation du côté droit. Du reste, quoique la cavité du côté gauche, rapportée à son os des îles, c'est-à-dire à celui de son côté, ne parût ni plus basse, ni plus haute, ni plus postérieure que celle du côté droit, rapport tée également à son os des lies, cependant elle était plus éloignée de l'articulation des os du pubis que la cavité du côté droit. Car l'os des îles du côté gauche était aussi beaucoup plus éloigné de la même articulation que celui du côté droit.
i3. Relativement à l'adhérence du cœur et du péricarde, qui n'avait été accompagnée d'aucune intermittence du pouls, vous la rapporterez à l'endroit où (i) j'ai traité des adhérences de cette nature, et de leurs effets. Pour ce qui concerne la cavité dans laquelle était reçue la tête du fémur, je ne doute pas que vous ne reconnaissiez facilement, en comparant les observations d'hommes célèbres citées plus haut (a) avec celle-ci, qu'elle avait été creusée par la tête du fémur, tombée
(i)Epist. 23, Ï1.8.
(2) N. 5 et 6.
DES FRA.CTURIÎS DKS OS ET DES LUXATIOIYS. 121
autrefois hors de sa cavité naturelle, comme l'indiquait encore alors cette cavité antérieure, beaucoup plus petite. Car, relativement à ce que la cavité de l'articulation était beaucoup moins profonde que dans Fétat naturel , tandis que la tête du fémur tendait à devenir plane de globuleuse qu'elle était, vous comprenez suffisamment, d'après ces indices, que les deux os s'étaient mutuellement usés et déprimés, soit que l'un s'appliquât contre l'autre par son poids , soit qu'agité par les muscles ce dernier agît sur le premier, et que c'est ainsi que la cavité de l'articulation fut creusée, cavité qui, si la nature elle même l'eût préparée, aurait été plus profonde, plus près de l'union des os du pubis, et aurait eu un ligament rond pour attacher la tête globuleuse du fémur. Car, quant à ce que cette cavité était incrustée d'un cartilage, la nature cartilagineuse n'y était peut-être pas encore changée en osseuse , lorsque l'excavation commença à se former, de telle sorte que le cartilage ne s'y forma pas ensuite, mais seulement se conserva. Relativement à ce que cette autre cavité, située plus près de Tarticulation des os du pubis, était une ancienne cavité articulaire préparée autrefois parla nature elle-même, son siège même l'indique, et sa petitesse ne s'oppose pas à cette idée, soit qu'elle ne dut pas être plus grande lorsqu'elle remplissait cette fonction dans les cornmencemens, soit aussi que, comme nous le voyons souvent dans les alvéoles des dents , la substance
îa>. CIJNQUAJVÏE- SIXIEME LETTRE.
osseuse circulaire croisse, et remplisse, ou à peu près, le sinus , quand l'os qui y élait enfoncé auparavant a élé enlevé. J'ai vu aussi cette disposition sur un iiomme boiteqx dont j'ai promis que j'achèverais ici l'histoire.
i/(. Ainsi ce lainier, dont j'ai décrit ailleurs (r) la blessure mortelle, boitait du côté droit, comme il a élé dit à cet endroit. Ses deux membres inférieurs étaient égaux à sa naissance ( car je pus savoir ce que je demandai sur un homme connu , chose que j'ai souvent désirée en vain sur- d'autres sujets); et la mère, en le retirant du berceau lorsqu'il était encore très-jeune, et même dans les premiers mois de sa vie, s'aperçut qu'il souffrait de ce membre droit, soit que cette douleur eût été produite fortuitement par quelque cause externe à elle inconnue, ou par une cause interne. Déjà à la suite de cette douleur ce membre se raccourcit, de telle sorte que personne ne fut étonné ensuite de ce que l'enfant boitait, lorsqu'il commença à marcher. Mais il parvint par l'habitude à avoir une marche pron)pte et facile, quoique en boitant.
Examen du cadavre, \^^ vice de l'articulation, qui avait été, je crois, l'occasion d'un autre, qui consistait , quoique léger, en ce que l'homme s'efforçant d'incliner le poids du corps sur le membre gauche qui était plus ferme, avait légèrement
(i) Epist. 54, n. 46,
courbé l'épine du dos sur ce côté; le \ice de Tarticulation du membre droit était donc dans Télat suivant: il ne restait que la moitié de la cavité que la nature avait préparée dès la naissance à son siège ordinaire, et elle se trouvait à la partie antérieure; à son fond existait une substance d'une couleurrougeâtre, mais livide, de telle sorte qu'elle semblait être dans un état morbide, et, en la touchant, on croyait qu'elle était de la nature non pas du ligament, mais en quelque sorte de la glande. Quant à l'autre moitié de la cavité, elle était remplie par une substance osseuse, et elle était couverte en outre d'un os qui était presque cylindrique, et provenait de la surface voisine de l'os innominé. Au dessus de cette ancienne cavité se trouvait, à la face externe de l'os des îles, une autre espèce de cavité formée par une substance blanche, ferme, très-semblable à celle dont sont composés les ligamens, et ayant en outre un bord qui était saillant, non seulement à la partie antérieure, mais encore à la partie supérieure, et qui était d une nature moyenne entre le cartilage et le ligament. La face de cette cavité était lisse, à l'exception d'un endroit à sa partie inférieure, endroit qui était occupé par une substance rougeâtre assez considérable, qui fut facilement reconnue pour une glande mucilagineuse. Dans cette cavité était reçue la télé du fémur, qui était dépourvue de ligament rond, et qui n'avait pas sa grosseur, sa forme et son poli ordinaires. Car , là où elle
commençait à s'élever au-dessus du col, aucune de ces qualités ne lui manquait; mais après s'être ain.si un peu avancée, elle était déprimée et présentait une substance osseuse dépourvue de cartilage. Cette substance se montrait bientôt après, au sommet, ferme, dure et blanchâtre, mais grenue comme nous voyons la surface de beaucoup de calculs de la vessie urinaire.
j5. Si par hasard on trouvait étonnant que la nouvelle cavité ne fût pas dépourvue d'une croûte cartilagineuse sur la vieille femme dont il a été parlé un peu plus haut (i), on trouvera bien plus surprenant qu'elle ne le fût pas sur cet homme d'une glande mucilagineuse, ni même du bord, c'est-à-dire de ce qu'on appelle le sourcil, tel qu'il existe dans une cavité naturelle. C'est qu'il y a beaucoup d'obscurité dans le mode et la manière <]ont s'opèrent un grand nombre de phénomènes. 11 est une chose qui ne laisse pas non pins d'étonner, c'est qu'un aussi long espace de temps ne suffit pas, sinon pour que cette cavité fût entièrement remplie, du moins pour qu'elle le fût, et que pendant que les os étaient tendres, la nouvelle cavité ne se creusa pas sur eux, et qu'ellq était même formée par une substance qui peut s'accorder avec l'opinion (2) d'Hippocrate et de Galien plus qu'avec les observations de leurs des-
(a) Suprà, n. 6.
DES FllACïUllES I)£S OS F.T DFS LUXATIONS. I!2i)
cendans. Mais mon devoir est de rapporter, avec la plus grande fidélité, les choses que les assistans et moi vîmes et touchâmes, soit qu'elles excitent Fétonnemenl, ou qu'elles ne l'excitent pas; et le vôtre est de remarquer que la nature répare de plus d'une manière la perte de l'usage des membres, et que, quoique le mode observé par les descendans soit vrai sur d'autres sujets, ce n'est pas une raison pour que celui que les anciens avaient indiqué ne puisse pas exister.
Que si par hasard vous désirez d'autres exemples d'une articulation analogue, comm.e on l'appelle, soit pour les comparer avec ceux que j'ai rapportés, soit du moins pour en avoir un plus grand nombre à réunir à ceux du Sepulchretum ^ lisez attentivement surtout les savantes dissertations de Salzmann, citées plus haut, et d'autres d'autres auteurs, et même ses propres observations que j'ai indiquées en outre. A ces exemples, ajoutez ceux qui se trouvent dans les écrits des hommes célèbres, Gutermann (i),Schlichting (2), Ludwig (3), ainsi que dans ceux de H. A. Nicolaï (4), si vous désirez savoir qu'une nouvelle articulation se forma aussi dans le membre supérieur à la suite d'une luxation. Et pour ne pas
(1) Act. N. Q.y tom. 3, obs. io5 in fin.
(2) Commerc. liu. , a. 1741^ hebd. i, n. 2.
(3) Prog, dé collo femor. , etc.
(4) Dec. obs. illust. anat.^ obs. &,
126 Cl JN QlJANTE-SîXrKME LKTTKK.
lYi'éloigner du membre inférieur dont je parle, vous trouverez dans le second et le troisième de ces auteurs , ainsi que dans Platner (î) et d'autres , un peu plus d'exemples relatifs à la fracture, ou à la luxation de la partie supérieure du fémur, et vous verrez que celle-ci fut produite quelquefois par une violence extérieure, d'autres fois par une érosion des ligamens, et plus souvent par leur relâchement. Elle le fut par leur érosion dans le cas publié à Haie, Fan 1742 (2), et dans d'autres rapportés auparavant par Mauchart (3), et par Schulze(4), et parleur relâchement dans l'exemple du célèbre Boetîicher (5). Au reste, vous ne trouverez pas facilement un exemple plus rare que celui-ci; car tous les ligamens dont il est question, étaient si relâchés par suite d'une sciatique pestilentielle , qu'^7^' rendirent les deux pieds plus longs d'un empan quils n avaient été dans Vétat naturel; cela est sans doute étonnant, mais ce qui l'est davantage, c'est que la malade fut parfaitement guérie, de telle sorte qu elle put ensuite mar^ cher de nouveau librement et sans aucune incommodité. Enfin, vous ajouterez à ceci cette luxation qui a été citée par le chirurgien Petit (6), et qui
(1) Instit. cliir. in not. ad §. 1 198 et 1 194.
(2) De amput. femor. non cruenta , §, 18, ad 11. 6.
(3) Eph. N. C, cent. 9, obs. 84.
(4) Act. N. C, toni. 1, obs. 235.
(5) EojLimd. Act.^ t, 7, obs. 21.
(6) Mém. de i'Acad. Pioy. des Se, a. 172-2,
DKS FUACTUlinS DIS OS ET DES LUXATIONS. ] "ir
est produite, non pas tant par une cause externe , que par la lésion à laquelle elle donne lieu sur les glandes mucilagineuses de la cavité, de manière que le mucilage sécrété en plus grande abondance, chasse la têle du fémur, non pas tout de suite, mais long-temps après, en relâchant insensiblement le ligament rond, ou en le rompant.
i6. Vous avez reçu jusqu'à présent des détails sur les vices les plus graves que j'ai rencontrés à l'articulation supérieure au fémur; il n'était pas léger non plus celui que j'ai observé sur une femme boiteuse , et que je renvoie à la Lettre suivante, où (i) il sera question de la goutte. Mais il en est aussi quelques-uns plus légers, sur lesquels je ne dois point garder le silence à cet endroit, puisqu'ils ont été observés, quels qu'ils fussent, sur des boiteux.
\j. Une vieille femme de la Toscane, boitait à la suite d'une contusion de la hanche, de sorte qu'elle fut forcée de rester couchée pendant longtemps ; il s'y joignit une douleur de tout le corps, et une gangrène se déclara aux fesses par la longueur du décubitus; c'est pourquoi elle s'éteignit insensiblement et mourut dans l'hôpital, vers le commencement de mars de Tan ï7/|4'
Examen du cadavre. Bien que le cadavre ne m'eût point été inutile pour reconnaître , et pour démontrer aux élèves d'autres objets qui étaient
(i) EpLst. 57, R. 2.
128 CINQUANTE-SIXIEME LETTRl?.
dans l'état naturel, et qui n'appartiennent point à ceci, cependant, tout en le faisant, je notai cer-* taines choses qui ont plus de rapport à ce sujet. Dans le ventre, le lobe droit du foie était creusé d'arrière en avant , à la partie supérieure de sa face convexe, par un sillon assez profond pour pouvoir recevoir un doigt; et il ne manquait pas d'au-* très sillons plus à droite que celui-là. Or, si l'on ne rencontrait ces sortes de sillons que sur les femmes, il pourrait y avoir lieu à soupçonner s'ils ne dépendraient pas des constrictions très-fortes, exercées par la partie inférieure du corset roide, dont elles se servent ordinairement pendant qu'el-^ les sont jeunes. Le foie lui-même paraissait formé tout entier, en dedans et en dehors , de trois petits corpuscules blancs, qui étaient interceptés par des interstices bruns et d'un jaune rougeâtre. La face convexe de la rate était rendue blanchâtre par une espèce particulière de croûte épaisse; la face concave était noire. Les ovaires étaient trèsamaigris , et déprimés en une espèce de lame mince; l'orifice large et en quelque sorte triangulaire de l'utérus , n'était orné d'aucune couronne saillante tout à l'entour. Toute la face interne du fond était noire et gangrenée. La poitrine était entourée de douze côtes à droite , et de onze à gauche , car la première et la seconde de ce dernier côté, n'étaient formées que d'un seul os dans une partie qui était de beaucoup la plus coU'sidérable; c'est que toutes les deux, après avoir à
i)lS FRACTURES DES OS ET DÈS LUXATIONS. 1 sg
peine mesuré l'espace d'un doigt, à partir des vertèbres auxquelles elles répondaient par leur petite tête, formaient un seul os large, sur lequel il n'y avait rien qui indiquât qu'il y eût jamais eu une division. Dès que cet os était parvenu au point de n'être éloigné du sternum que de trois doigts à peu près , il envoyait à cet os , de son bord supérieur, un cartilage cylindrique oblong, qui égalait à peine la moitié de la largeur du petit doigt; mais il était contracté dans l'autre partie, de telle sorte cependant qu'il conservait une largeur non moins grande que celle de la première côte droite, et après avoir laissé un petit intervalle entre lui et ce cartilage cylindrique, il s'unissait au sternum au moyen d'un autre cartilage qui lui était propre. Il y avait quelque peu d'eau dans le péricarde. L'oreillette droite du coeur était distendue par du sang. Le cœur lui-même était plus gros que dans l'état naturel, même après avoir été dépouillé de sa graisse; et il était trop volumineux, non-seulement parce que ses ventricules étaient trop amples, surtout le gauche, mais aussi parce que ses parois étaient beaucoup trop épaisses. Une partie de l'une des valvules mitrales était ossifiée, ou du moins avait un osselet attaché audessus d'elle, et qui était comme formé de plusieurs, et par conséquent inégal, arrondi, et égalait presque par sa grosseur le bout du petit doigt Dans le cœur il y avait quelques concrétions poiypeuses , et beaucoup de sang noir, tel qu'il s'écou- IX. 9
l3o CI iVQUAlVTE-SIXrÈMf: LETTRE.
lait ça et là des grosses veines ouvertes, mais dans un plus grand état de liquidité. Enfin, en examinant l'articulation supérieure de la cuisse du côté où existait la claudication, j'y trouvai le ligament rond qui a été cité fort souvent, moins épais et moins ferme que dans l'état naturel, et teint, presque tout entier, d'une rougeur pâle.
i8. Une autre vieille femme, déjà courbée par l'âge, et qui avait coutume de marcher comme si elle boitait, était tombée pendant la nuit sur un escalier, et s'était froissé la tête; ce fut là la cause de sa mort. En disséquant son cadavre au même endroit, avant le printemps de l'an ïj49^ j^ remarquai quelques objets qui ont rapport à ceci.
Examen du cadastre. Dans la poitrine , les gros troncs des vaisseaux étaient tellement portés à gauche ( quoique la femme fût courbée à la vérité , comme il a été dit, mais non bossue) , que je n'ai jamais vu la veine azygos se fléchir plus loin du côté gauche, pour se rendre à la veine-cave. Dans le ventre, la face externe des reins n'était pas tout-à-fait dans l'état naturel; bien plus, l'un présentait en outre quelques petites hydatides, qui s'élevaient légèrement au-dessus de lui. En examinant les parties génitales, je remarquai que la nymphe gauche n'existait pas , et n'avait jamais existé ; et que celle du côté droit était petite. Les artères hypogastriques étaient plus grosses qu'à l'ordinaire, et dures; et même l'une d'elles pré-
mis FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. l3l
sentait un os à l'endroit où elle donnait naissance à l'ombilicale. Comme j'examinais en même temps les artères iliaques, voisines d'elles, et desquelles elles naissent, et que je ne voyais pas que la droite s'éloignât en rien de l'état naturel, soit par sa grosseur, soit par l'épaisseur de ses tuniques, je fus étonné de trouver la gauche moins grosse, et surtout avec des parois si minces, qu'elle ressemblait presque à une veine, depuis l'endroit oii elle fournissait l'hypogastrique jusqu'à celui où elle sortait du ventre. Cette disposition rappelait à ma mémoire ce que j'avais vu sur deux autres femmes boiteuses (i). Toutefois sur elles ce n'étaient pas les artères qui étaient trop petites, mais les veines, et elles ne cessaient pas de l'élra à la cuisse du côté duquel elles avaient boité. Mais sur celle-ci, une fois que l'artère était sortie du ventre, elle reprenait aussitôt une grosseur convenable et l'épaisseur naturelle de ses parois, comme je le vis bien en la comparant avec celle du côté droit. Du reste, je ne pus rien voir dans l'articulation supérieure de la cuisse gauche, k quoi je pusse attribuer cette légère claudication, à moins que vous ne croyez par hasard que c'était à elle que se rapportaient deux espèces de contu-^ sions petites et légères, voisines l'une de l'autre , et brunâtres, que l'on voyait sur le cartilage qui couvre la tête du fémur.
(i) Siiprà, n. lo et 12.
l3si CINQUANTE-SIXIÈME LETTRK.
, 19. En disséquant deux autres femmes boiteuses ( car il m'est arrivé de rencontrer ce vice plus souvent sur elles que sur des hommes ; est ce par hasard, ou parce que les femmes y sont plus sujettes à raison de la structure moins robuste de leur corps?) je crus avoir trouvé une cause plus évidente de ce vice; mais ensuite je doutai si je m'étais trompé. Quoi qu'il en soit, j'exposerai d'abord ici Tune et l'autre observations ( car elles renferment encore d'autres objets qui ne sont point équivoques, et je vous ai promis ailleurs de Ijes rapporter parmi les cas qui appartiennent à la claudication), et ensuite je ferai connaître le motif de mon doute.
20. Une femme boiteuse, non encore vieille, était morte d'une hydropisie, vers le milieu de décembre de l'an 1746. En faisant sur elle, aux étudians en anatomie, la démonstration du cerveau , des parties génitales , et du membre gauclie (c'est de ce côté qu'elle avait boité), je ne notai que les objets suivans relatifs à ce sujet.
Examen du cadavre. En enlevant le cerveau , je remarquai qu'il restait quelque chose (qui, si j'en croyais la couleur, semblait être une parcelle de la substance corticale) sur la dure-mère, qui tapissait la base du crâne, à la partie un peu antérieure et externe du trou où se jette le nerf optique gauche. Mais ce n'était pas mou, et la pie-mère qui répondait à cet endroit, loin d'être déchirée, étai t au contraire intacte et lisse. En examinant en-
DES FKACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. l33
suite plus attentivement, je vis que c'était un globule de la grosseur d'un petit grain de raisin , un peu dur, solide, qui, comme le démontrait sa surface polie, n'avait été adhérent nulle part que par sa partie inférieure; mais il se trouvait très-fermement attaché par cette partie à la dure-mère seulement, et non à rossoujacent,de sorte que je pensai que c^était une excroissance de la même nature que la méninge, ce que démontrait l'état de sa substance, excroissance qui était le commencement d'une tumeur comme glanduleuse, qui, si elle eût grossi, aurait été nuisible^non-seulement aux nerfs optique et olfactif voisins d'elle, mais encore au cerveau. 11 s'élevait du haut de la face externe du fond de l'utérus, plus à droite qu'à gauche, un tubercule delà même forme et de la même gros- ,seur que l'excroissance de la dure-mère dont il vient d'être parlé, également solide, mais blanc. A ce tubercule en répondait en dedans un autre plus mou et plus petit, qui était évidemment formé d'un amas de vésicules de l'espèce de celles que j'ai coutume de voir au col de l'utérus ; car elles étaient remplies du même mucus limpide qui existe dans celles-ci. (J'avais promis, dans la quarante-septième Lettre (i) de décrire ici ce dernier tubercule.) La substance de l'utérus^ interposée entre les deux tubercules, était très-saine. Quant aux autres parties qui appartiennent à la génération,
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l34 ClIVQUANTE-SlXliiME LETTllK.
non-seulement elles étaient saines, à rexceplion des ovaires, dont l'un était plus petit que l'autre, quoique tous les deux fussent amaigris, d'une surface inégale, et blancs en dedans et en dehors, mais les plus basses de toutes étaient presque dans le même état que sur les filles; car ce qu'on appelle la fourchette était tendu. L'orifice du vagin était étroit et garni de l'hymen , si ce n'est que par une disposition contraire à celle que j'ai coutume d'observer, il devenait pour ainsi dire d'autant moins large qu'il s'éloignait de l'orifice de Turèlre, comme je le décrirai ailleurs plus exactement, Cependant il paraissait que cette femme n'avait pointconnu d'homme. Enfin ilétaitévident, quand on examinait le membre inférieur gauche, que^a position était telle, que les doigls du pied regardaient l'autre pied, et il n'était pas facile de le ramener avec les mains à sa position naturelle; or ' on disait que la femme marchait en s'appuyant sur la partie du métatarse la plus proche des doigts. Mais, tandis que le pied, la jambe, le genou, la cuisse semblaient être exempts de toute lésion, et avoir chacun sa longueur naturelle, après que l'articulation supérieure du fémur eut été mise à découvert, le col de cet os parut plus court que ne le comportait la stature médiocre de cette femme.
21. Une vieille femme décrépite et boiteuse mourut, si je me le rappelle bien, d'un abcès du bras environ vingt jours après cette autre. C'est
DES FÎlACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. l35
j30urquoi, en disséquant au même endroit les mêmes parties, et d'autres, je trouvai les objets suivans qui s'éloignaient de l'état naturel.
Examen du cadavre. En examinant le cerveau enlevé du crâne, et renversé, je remarquai que \eiî troncs des deux artères carotides et leurs plus grosses branches paraissaient trop fermes, et je trouvai que leurs parois étaient effectivement épaissies. D'un autre côté, tandis que les autres nerfs, et surtout ceux de la quatrième et de la cinquième paires, étaient très-beaux, fermes, et plus gros qu'à l'ordinaire; je voyais que les nerfs optiques étaient d'une couleur cendrée, petits, et déprimés en forme d'une bandelette mince, et que la partie médullaire placée entre eux à l'endroit où ils se rapprochent l'un de l'autre, était bien assez large, mais ne différait en rien des nerfs eux-mêmes par la couleur et par le défaut d'épaisseur. Quant aux nerfs eux-mêmes , bien qu'une fois entrés dans les orbites ils présentassent une couleur blanche et une grosseur pour ainsi dire médiocre, cependant leur incision fit voir que cette blancheur, et une portion assez considérable de cette épaisseur, étaient dues à leurs méninges épaissies, dans l'intérieur desquelles était contenue, comme dans un tube un peu ferme, une substance sanguinolente, surtout pour ce qui était de l'un des nerfs. Comme l'œil auquel ce nerf se rendait ne présentait aucune lésion , pas plus que l'autre, quand on l'examinait extérieure-
l36 CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.
ment, il n'en laissa voir non plus aucune à Tintérieur, quoique je le disséquasse avec soin; de telle sorte que je compris très-clairement que cette maladie des nerfs optiques, que je vous ai décrite ailleurs (i), ne tire pas toujours son origine de la lésion et de la cécité complète des yeux ( car on niait que cette vieille femme eût été aveugle, ce qui est très étonnant , à moins qu^elle ne vît peutêtre lin peu d'un œil), mais a (2) quelquefois sa cause première dans les nerfs eux-mêmes. Ce qu'il y a de certain ici, c'est qu'après avoir disséqué avec soin le cerveau, dans l'intérieur duquel je pus à peine poursuivre ces nerfs à cause de leur ténuité , je ne trouvai aucune lésion dans leur trajet, ni dans leurs couches. Et bien que je remarquasse que les hippocampes ne s'élargissaient point, comme à l'ordinaire, à leur extrémité inférieure, cependant il n'existait aucun indice, même le plus léger, qui m'empêchât de juger qu'ils étaient dans cet état depuis la naissance. A Texception de cela, il n'y avait rien dans tout le cerveau, je ne dis pas de morbide, mais d'insolite, si ce n'est qu'à la place de ces fibres médullaires qui se rencontrent le plus souvent de part et d'autre dans le quatrième ventricule, et qui appartiennent aux nerfs acoustiques, il y en avait à peine une seule dans un côté', et encore était-elle
(i) Eplst. i3, n. 7 et seq. ; el Epi.st. 5?,, n. 3o. (2) /^jrf. Epist. 63, n. 8 \n fin.
petite , et naissait-elle, et était-elle placée plus bas qu'à l'ordinaire.
Je remarquai sur la mâchoire inférieure quelques objets, que je ne dois point omettre surtout dans cette Lettre, où j'ai traité des luxations et des fractures des os. En effet ^ la petite tête gauche de cet os présentait, à l'un des côtés de sa face supérieure, une excroissance qui se portait en haut comme une nouvelle épiphyse, comme j'ai écrit ailleurs (i) que j'en ai vu une dans les parties intérieures du crâne d'une vieille femme; car cette excroissance était également blanche et ferme, et en outre incrustée d'un cartilage mince et trèsléger, comme le reste de cette petite tête. Si cette épiphyse se fût élevée de plus en plus en grossissant, il n'est pas douteux qu'elle n'eût chassé la petite tête de sa cavité, ou que du moins elle n'eût beaucoup gêné les mouvemens de la mâchoire. Bien plus, il y avait peut-être quelque chose qui indiquait qu'elle avait déjà commencé à le faire ; c'est que le cartilage mobile , placé entre la petite tête et la cavité, parut comme coppé avec nu couteau à son milieu, en deux endroits, à l'un en long, et à l'autre dans une direction obliquement transversale. Mais j'ai dit peut-être, par la raison aussi que le cartilage correspondant dans l'articulation du côté droit, était percé d'un trèspetit trou d'une forme elliptique, qui n'était bon-
' ■ ■■ I ■ I I ■ I I L ■ I I I I II» ilil M I « . r I I ■ III i «
(i) Epist. 27^ n. 2.
ï!38 CIJNQUAINTE-SIXJÈME LETÏllK.
ché par aucune membranule (je sais (i) qu'on a vu autrefois dans quelques cas ce trou plus grand qu'ici); or quoique ce trou fût placé au milieu, mais plus près de l'une des extrémités, et dans le sens de la longueur, cependant je démontrai évidemment que ni l'un ni l'autre cartilage n'était composé ici de deux. D'un autre côté, comme il ne restait à cette vieille femme aucune dent, si ce n'est les incisives , je fis voir que toule la partie de cette mâchoire, qui avait été garnie autrefois de toutes les autres dents, ne présentait de part et d'autre aucun vestige non-seulement d'alvéoles, mais encore de cette portion d'elle-même où avaient été autrefois les alvéoles; de telle sorte que les trous par lesquels sortent les nerfs, et qu'on appelle mentonniers ^ se trouvaient déjà presque à la partie supérieure du bord externe de la mâchoire (ce qui faisait que la hauteur de cet os avait beaucoup diminué, comme Ruysch (2) Ta très-bien remarqué et dessiné) : et j'ajoutai qu'il suit de là que sur ceux chez lesquels le corps de cet os a ainsi diminué après la chute des dents, il arrive beaucoup plus promptement et plus facilement qu'une carie qui se développe quelquefois le ronge là tout entier, ou que quelque coup très-grave le fracture, à moins que la dureté de l'os, rendue plus consi-
(1) VicL Slephan. cit. , in Ad vers. II, animad. 28.
(2) Obs. anat. cliir. 82^ et fig. 65^ 66.
dérable par Tage, ne s'y oppose par hasard. A l'ouverture de la poitrine, je fis voir que quatre artères naissaient de l'arc de l'aorte; car la vertébrale gauche ne naissait pas de la sous-clavière du même côlé, laquelle est beaucoup plus petite que la sousclavière droite, mais entre elle et la carotide gauche, plus près cependant de la première. x\u reste , cette disposition s'étant aussi présentée à moi sur une autre femme dont il a été parlé plus haut (i), et sur d'autres (2) encore de temps à autre, je ne crois pas devoir la placer parmi les cas fort rares. Quant à l'aorte, elle était manifestement dilatée entre le cœur et la sous-clavière droite; et lorsqu'elle eut été incisée jusqu'au diaphragme , elle présenta çà et là de toutes parts intérieurement des espaces plus ou moins grands qui étaient légèrement saillans et blanchâtres, et dans lesquels la substance la plus compacte de l'artère se serait changée par la suite en une dureté osseuse. Relativement aux parties génitales, en haut l'un des ovaires offrit dans son intérieur une hydatide assez grosse, de telle sorte qu'elle s'étendait jusqu'à former une partie de la surface de l'organe; en bas, la tunique interne de l'urètre était renversée dans une petite étendue, et tombait hors de l'orifice de ce canal, comme cela s'observe quelquefois sur la tunique du vagin, ou sur celle de l'intestin rectum; j'ai
(2) Vid, Epist. 3^ n. 20., et Epist. \h , n. 26.
l4o CIIVQTTANTE-SIXIÈME LETTRE.
dit ailleurs (i) que j'avais vu cette disposition surune autre femme, en annonçant que je devais parler de celle-ci dans cette Lettre. Enfin le membre droit (c'est de ce côte que la femme avait boité) était plus court que le gauche, et comme il était tourné en dedans comme sur la première femme, la cause de ce vice parut être la même que sur elle, savoir la brièveté du col du fémur.
22. Voilà bien ce que je crus alors, et peut-être ne me trompai-je pas tout-à-fait. Mais je fus fâché ensuite de n'avoir pas comparé le col du fémur du côté de la claudication avec celui du fémur sain, moyen qui seul m'aurait très-bien démontre si j'avais eu raison ou non de penser que le premier col était plus court. En effet, il put peut-être paraître tel sur un corps d'une petite taille, tandis qu'il avait sa longeur naturelle; et il existe tant de causes de claudication, soit au-dessus, soit en dedans, soit au-dessous de la cavité, que bien que je visse qu'il en manquait im grand nombre, il est pourtant possible que je ne visse pas assez bien qu'elles n'existaient pas toutes. Je veux les rappeler ici pour la plupart dans l'ordre qui a été indiqué tout à l'heure.
l^ Au-dessus de la cavité, toute situation de l'os innominé, de l'espèce de celle qui se joignais aux autres vices sur ces deux boiteuses dont j'ai
(T)Epist. 5o^ n. 5i; Vid. el Epist. 70 ;, n. 10.
DES FRACTURES DES OS ET DES LDXATIOlYS. l4l
fait plus haut (i) la description, mais principalement sur la première, est mauvaise. Le célèbre Bassius (2) rapporte plusieurs exeinples de diastûse entre l'os sacrum et Tos innominé, sur des enfans boiteux, en y ajoutant les raisons pour lesquelles cette luxation survient facilement sur les enfans, ainsi que les signes au moyen desquels on la reconnaît, et les causes pour lesquelles on ne peut la guérir que difficilement; ce qui fait qu'elle dure presque toujours pendant toute la vie, comme je vis qu'elle existait depuis l'enfance sur un petit jeune homme de Venise qu'on m'avait amené pour me consulter, pensant d'ailleurs qu'elle existerait toujours.
Si vous faites bien attention à ceci, dès que vous aurez remarqué qu'un membre est plus long ou plus court que l'autre, et que la cause de cette inégalité n'est pas évidente dans le membrp luimême , vous chercherez avant tout si par hasard le siège des os innominés est différent (car la cavité qui est creusée dans ceux-ci suit leur siège , et le membre suit la cavité), de crainte qu'eu supposant que ces os ont le même siège (lequel se trouvera différent, soit par un effet naturel, soit par la violence d'une maladie), vous ne vous .trompiez peut-être bientôt après, en jugeant le-
nim m m ij
(i) N. 10 et II.
(2) Dec. 4 j ohs. anat. cliir, 2,
l42 CliVQUAJVTE-SiXiÈME LETTRE.
quel des clenx membres est réellement le plus loug^ ou le plus court.
23. 2^ Vous comprenez d'après ce qui a été dit plus d'une fois précédemment combien de vices peuvent résulter, dans la cavité même, de sa capacité, de sa forme, du ligament rond et de la tête du fémur. A cela il faut ajouter les tumeurs, soit qu'elles sedéveloppentsur le ligament, commeî'indique Fallopia (i), ou sur une autre partie située dans la cavité, comme l'exprime en général Vesling(2), à l'endroit où il dit avoir visité fort souvent avec Sala , un patricien de Venise , chez lequel une tumeurs étant développée dans V intérieur de la cavité de la hanche , la tête du fémur se portait évidemment en dehors. D'un autre côté, Valsalva soupçonnait, dans un conseil qu'il écrivit pour un enfant noble dont le membre gauche était devenu trop longi que la glande mucilagineuse de la cavité s'était tuméfiée insensiblement, et cela soit parce qu'il ne croyait pas qu'il fût vraisemblable que les ligamens se fussent relâchés sur un enfant qui était sain du reste, soit parce que les glandes sont facilement sujettes à se tuméfier, soit enfin parce qu'après un long décubitus causé par une maladie aiguë, on trouvait ce membre beaucoup plus long qu'auparavant, ce qu'il rapportait à l'augmeiïtation du volume de la glande qui avait été si
(i) Pra2fat. in tract, de luxât et fract. ossiiim. {-y) Epist. 25.
DES FKACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. i l[3
long-temps sans être comprimée par la tête du fémur. Aussi conseillait-il, entre autres choses, que la chaussure du pied droit, sur lequel l'enfant avait coutume de s'appuyer le plus souvent quand il était debout, et sur lequel il était plus ferme, fut assez haute pour que les deux membres se trouvant égaux , il s'appuyât aussi dès ce moment sur le pied gauche, et comprimât la glande. Et effectivement on trouva sur un soldat, dont le cas a été publié à Haie, et que j'ai cité plus haut (i), une substance spongieuse qui remplissait plus de la moitié de la cavité, et en avait chassé la tête du fémur.
îx/i- 3°. Enfin, il existe un bien plus grand nombre de causes de claudication au-dessous de la cavité elle-même. En effet, pour ne rien dire de la fracture du col du fémur dont il a été parlé, ni des vices du ligament qu'on appelle capsulaire, d'abord, soit que les muscles qui maintiennent le fémur dans son siège soient paralysés, soit qu'ils soient contractés par la douleur, par une tumeur^ par des convulsions, d'une part rien ne s'oppose à ce que le poids même de tout le membre n'étende les ligamens du fémur, et ne porte sa tête en en-bas, et de l'autre que ces muscles ne tiennent assez haut la même tête cachée et enfoncée dans la cavité, pour que le membre paraisse un peu plus court. Au reste, on voit surtout d'après un cas
l44 CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.
décrit par Ingrassia (i), et dans lequel le petit trochanter fut arraché du fémur, uniquement par quelques-uns de ces mêmes muscles qu'un enfant noble avait contractés outre mesure en s'exerçant au javelot; on voit, dis-je, avec quelle force ces muscles se contractent, même par l'empire naturel de la volonté. Ce cas, au surplus, est surtout rendu moins incroyable par les dessins (2) de Ruyscli , dans lesquels il fait voir le même trochanter qui s'était séparé de Tos de la cuisse par la coction sur un jeune homme. D'ailleurs , une fracture quelconque du fémur lui-même se guérit si rarement sans une claudication consécutive, que Celse (3) a écrit positivement qu il ne faut pas Ignorer que si le fémur se fracture ^ il devient plus court ^ parce quil ne revient jamais à son ancien état y et quon s' appuyé ensuite sur V extrémité des doigts de cette jambe. Or il devient plus court, ou parce qu'il s'est perdu entre les extrémités de la fracture quelque portion d'os qui s'en est allée en fragmens, ou parce qu'il est extrêmement difficile de réunir ces extrémités^ de manière à conserver la forme et la position naturelle de l'os, comme surtout sur ce fémur dont le dessin a été publié par Grutzmaker (4), ou parce qu'étant même bien
(1) In Gai. , 1. de ossib. , c. 20, comment. 4-
(2) Thés. anat. b , tab. 2, fig. 2 et 3.
(3) De medic. , 1. 8^ c. 10, sect. 5.
(4) Dissert, de oss. medulla.
DKS FUilCTURES DES OS ET DES LUXATIOIYS. l4-^
réunies, elles se séparent ensuite par un effort des muscles, ce qui a lieu plus facilement dans la fracture oblique et dblongile, tandis que dans la fracture transversale Tune des extrémités est poussée contre, et qu'ainsi l'une est maintenue par l'autre dans sa position, après le replacement.
A ces causes, et à d'autres de cette espèce, Valsnlva ajoutait celle-ci ; c'est que dans ces fractures obliques et oblongues, produites par une grande violence et une grande force, quelques fibres des muscles voisins peuvent quelquefois être interceptées entre les deux portions de Fos fracturé, de manière à empêcher Texacte coaptation et la réunion, ou à retarder celle-ci pendant longtemps; mais quand même aucun des accidens qui ont été indiqués ne surviendrait, ou ne surviendrait pas de la manière dont je l'entends ici, pour que l'os de la cuisse devienne plus court, cependant la claudication ne pourra point être évitée, si les muscles, les tendons, les nerfs, ayant été extraordinairement affaiblis par la iovce fracturante ^ ou par des incommodités consécutives, ne peuvent point mouvoir le fémur, ou les parties soujacenles, avec la force ou de la manière convenables,
2t5. Il est évident que les parties situées au-dessous de la cuisse sont elles-mêmes sujettes à la plupart des accidens qui ont étéândiqués, et produisent la claudication. C'est pourquoi il me suffira d'écrire beaucoup plus brièvement sur chacune. IX. lo
i46 crKQUANTE-SIXlÈME LETTRK.
d'elles, en commençant par la plus voisine, le genou , qui pourtant appartient en partie à la cuisse.
26. La femme dont il a été fait mention dans la cinquante-deuxième Lettre (i), mais dont l'histoire a été renvoyée à celle-ci, parce qu'elle ne pouvait pas fléchir l'un des genoux, ayant reçu sur le front un grand coup, qui fut suivi aussitôt de signes de mauvais augure, ceux-ci se dissipèrent, et elle était couchée à l'hôpital avec une fièvre si légère, que le septième jour elle demandait une nourriture plus abondante. Mais voilà que le quatorzième jour une fièvre fort grave se déclare avec du froid et du trouble dans l'esprit, et que la mort survient le dix-septième, sans qu'il eût jamais existé aucun indice d'une affection de la poitrine, ni aucune plainte qui y fût relative, soit ces derniers jours, soit les premiers. C'était ap mois de décembre de Fan 174^, époque ou j'avais à faire aux élèves, dans cet endroit, d'après ma coutume , la démonstration d'un grand nombre d'objets; et comme ils demandaient la dissection de la poitrine, du ventre et des membres, et qu'ils ne donnaient pas le temps de disséquer la tête, celle ci ne fut point ouverte ; or voici ce qui fut remarqué contre nature dans la dissection de ces premières parties.
Examen du cadavre. L'une des cavités de la poitrine contenait jusqu'à quatre livres d'eaud'une
Î)ËS rrxACTURES DES os KT DES LUXATfONS. 1^7
couleur raoyenne entre le vert et le jaune; l'autre était beaucoup plus petite, et cependant les poumons étaient sains dans l'une et dans l'autre. Dans le péricarde se trouvait l'humeur qu'il contient ordinairement, sans y être en plus grande quantité; mais le cœur était mou, et dans son oreil-^ lette droite était une concrétion polypeuse, blan ^ che, épaisse, compacte. Dans le ventre on remarqua à peine autre chose que Tinclinaisonde l'utérus vers l'un des côtés. Enfin, après avoir comparé avec le membre sain celui dont nous ne pouvions même pas fléchir la jambe, flexion qui était empêchée par le genou, à ce qu'il semblait, et ce/a sans avoir pu reconnaître, à la vue, aucune différence extérieurement, si ce n'est que la rotule était plus saillante, je voulus d'abord éprouver si par hasard les muscles extenseurs de la jambe étaient contractés (quelle qu'en fut la cause), au point que leur contraction empêchât la jambe de se fléchir. Ces muscles ayant donc été coupés en travers un peu au-dessus du genou, aussitôt la jambe put être fléchie. Cependant le genou n'était pas exempt de tout vice, comme le démontrait la proéminence de la rotule, qui existait encore alors; car elle proéminait, parce que le condyle externe du fémur se trouvant trop long d'arrière en avant, ce que prouvait très-manifestement sa comparaison avec le condyle externe de l'autre fémur, proéminait également en avant, encore plus qu'il ne proémiire d'ailleurs ordinairement.
l/|8 CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.
Mais, d'un autre côté , la comparaison prouva aussi que le ligament latéral externe était beaucoup plus épais à l'autre genou qu'à celui-ci.
27. Comme j'ai dit dans la Lettre que j'ai indiquée un peu plus haut, d'où cette eau put passer en partie dans la poitrine, et d'où provenait sa ïïiauvaise couleur, et que les autres objets sont assez clairs par eux-mêmes dans l'observation rapportée, j'entrerai dans quelques autres détails sur l'incommodité opposée des genoux, et sur quelques-unes de leurs maladies.
Le genou dont il a été parlé tout à l'heure ne pouvait pas se fléchir. Mais l'illustre de Haller (1) en ayant rencontré un autre qui ne pouvait pas s'étendre, n'en trouva d'autre cause qu'une cellulosité dure et presque tendineuse dans la partie postérieure du membre, je pense, ou du moins principalement dans cette partie. 11 n'est point étonnant que des coups violens fracturent la rotule en travers, comme elle a coutume de se fracturer le plus souvent; ce u'il y a d'étonnant, c'est qu'une contraction ou une résistance violente et subite des muscles extenseurs de la jambe, la fracturent quelquefois, ou donnent lieu à la rupture des forts tendons des mêmes muscles au-dessus d'elle-même. Vous lirez un exemple de cette espèce de rupture dans le célèbre Bassins (2),
(1) Opnsc. palhoL , obs. 5o.
(i) Dec. v3 , obis. anat. chir. 5.
DES FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. î/^g
et Ruysch (i) en avait recueilli deux avant lui. Vous trouverez des observations de cette sorte de fracture dans ce dernier (2) et dans Palfyn (3), pour ne nommer que les auteurs qui se trouvaient entre mes mains lorsque j'écrivais ceci.
Bassins (4), déjà cité, a observé que les cartilages sémilunaires qui sont interposés dans l'articulation du genou entre le fémur et le tibia , peuvent aussi quelquefois grossir par l'afflux des humeurs, et produire la claudication.
Enfin relativement aux cagneux, pour ne point parler de ce que Séverin (5) a écrit longuement sur cette matière, Ruysch (6) remarqua sur un sujet cagneux adulte que les cavités de la parLie supérieure du tibia, qui se trouvent au-dessous de ces cartilages, n'offraient pas une égale dépression pour recevoir les condyles du fémur, et que par conséquent ces deux os étaient placés autrement que dans l'état naturel. Le dessin (7) fera mieux connaître ce que je dis que la description. En effet, j'ai parlé de ceci pour que vous en ayez tine connaissance plus entière d'après les livres des auteurs que j'ai cités, et pour que vous ap-
X - ' i ■ Il I . il .11 I II lii m iifiii Il ■■ M 1 1 I I - -1. - ■-. I I ■ ■ m
(1) Advers. anat. 2, c. 2.
(2) Obs. anat. chir. 3.
(3) Anat. du corps hum. , tr. 5, eh. 17.
(4) Dec. 2 , obs. 5.
(5) De recond. abscess. nat., 1. 6, p. 2.
(6) Advers. 2 cit., c. 6.
ij]) Ibid. ^ tab. 1^ fig. 2,
l5o CINQUABiTE-SIXlÈME LETTRE.
preniez par là les signes qtii établiront le diagnostique, et que vous sachiez qnand et comment il vous faudra entreprendre le traitement, et quand au contraire le temps est déjà passé où vous pouvez porter du secours. Cependant il m'est arrivé de voiries années précédentes sur deux sujets combien le temps apporte quelquefois du soulagement contre tout espoir et toute attente dans^ quelques-uns des cas qui ont été indiqués, et nommément dans la fracture de la rotule, et dan» la rupture des tendons extenseurs de la jambe. L'un était un homme grand et bien musclé; s'étant fracturé la rotule droite en travers, quelques années auparavant, en sautant de sa voiture, il eut en vain recours à des chirurgiens, jusqu'à ce que le célèbre Jér. Vandelli, professeur de chirurgie dans ce gymnase, ayant été appelé le vingtdeuxième jour de la fracture, rapprocha autant qu'il put la partie supérieure de la rotule de Vinférieure, afin que l'une fût beaucoup moins éloignée de l'autre qu'auparavant, et les maintint de force dans cet état avec des bandes. L'intervalle qui les séparait était d'un travers de doigt, et la nature elle-même forma insensiblement quelque chose au moyen de quoi les parties de la rotule étaient unies entre elles d'une manière ferme. C'est pourquoi le sujet se servait déjà librement de ce membre, lorsqu'il tomba par hasard à Venise sur les degrés d'un pont, de telle sorte que cette jambe ayant éprouvé une flexion forte et violente . il en-
DES FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. iSl
fendit un bruit comme s'il s'était rompu quelque chose dans son genou ; et en effet la violence de cetle flexion rompit tout ce qui maintenait unies entre elles les parties de la rotule. Comme les chirurgiens, malgré leursefforts, ne pouvaient point rapprocher ces parties comme elles l'étaient un peu auparavant, ils cherchèrent à la fin à soutenrr autant que possible l'articulation avec un instrument placé à côté du genou, et à la fortifier avec les bains de l'Euganie. Cependant un long espace de temps s'étant écoulé, le sujet qui avait souffert de grandes douleurs à la suite de l'une et de l'autre chute, et qui n'avait pas pu se servir de ce membre, est parvenu à s'en servir sans instrument et sans aucune douleur, soit qu'il se tienne debout, soit qu'il fléchisse le genou, soit qu'il marche, ce qu'il fait très-facilement en boitant à peine légèrement de ce côté. En touchant ce genou avec soin , je trouvai les parties de la rotule, qui étaient à peu près égales entre elles, séparées l'une de l'autre par un intervalle assez considérable, lequel augmentait beaucoup lorsque le genou était fléchi; car là où aurait dû être la rotule, on voyait alors une fosse longue d'environ deux pouces, large d'autant, et profonde d'un travers de doigt, de sorte qu'il était possible de reconnaître, par le toucher , les condyles de la partie inférieure du fémur et le bord supérieur du tibia.
Au reste, ce sujet m'avait été conduit pour que
l52 CIWQUANTE-SIXrKME LETTRE.
j'examinasse ce qui a été dit, parle professeur cité, qui disait que je poiivais, si je voulais, voir une disposition semblable sur un domestique de Padoue. Mais l'autre homme, que je visitai en consultation avec lui pour fortifier un de ses genoux , était un patricien de Venise. Celui-ci, après deux chutes, dans la première desquelles il se fractura en travers la rotule, que l'on disait avoir ensuite été réunie par les secours de l'art, tandis qu'il était certain qu'à la suite de la seconde cet os s'était retiré en haut tout entier, marchait déjà bien et avec facilité dans les endroits unis, sans aucun soutien, comme les autres hommes; mais il n'était pas encore assez avancé pour monter un escalier; car il le montait, mais non pas avec une égale facilité. Sur lui aussi, lorsqu'il était debout, on voyait une fosse au siège même de la rolule, d'où elle s'était retirée en haut, comme je l'ai dit. Je ne doutai pas plus sur lui que sur le premier sujet, que les côtés saillans de cette fosse ne fussent les parties latérales de cette aponévrose extrêmement large, au moyen de laquelle les muscles extenseurs de la jambe s'insèrent à celle-ci, et que toute la surface que l'un et l'autre présentaient sans rotule ne parût devoir être rapportée à ces parties. C'est que sur l'un et sur l'autre la partie intermédiaire de l'aponévrose s'était rompue (les parties latérales étant restées intactes); sur le premier, à l'endroit où elle embrasse la rotule à laquelle elle adhère très-fortement; sur
DtS FRACTURKS DES OS ET DES LUXATIONS. j53
le second, autant que je le reconnus, entre la rotule et la tubérosité qui s'élève sur le tibia. En effet, je ne crois pas que le ligament que la plupart (les auteurs placent au-dessous de cette partie inférieure de l'aponévrose , et qui s'étendrait de la rotule à cette tubérosité, fasse que cette partie se rompe moins facilement, attendu que je sais que d'autres aussi l'ont vue rompue , et cela plus d'une fois. Ce qu'il y a de certain, c'est que, malgré les recherches soignées et fort nombreuses que j'ai faites sur les cadavres, je n'ai pas pu être assez clairvoyant pour voir assez distinctement quelque chose qui différât de la nature tendineuse des fibres de l'aponévrose elle-même, et qu'on pourrait appeler proprement un ligament. C'est pourquoi je partage encore l'opinion de Vésale (i), qui écrit positivement que la rotule nest unie au fémur et au tibia que par des tendons y et que la rotule a cela de particulier quelle ri est point attachée à un autre os par le moyen de ligamens. Weitbrecht (2) a avoué qu'il suit aussi ici ce grand anatomiste , et plût à Dieu qu'il l'eût suivi d'une manière plus constante ! Mais ce n'est ici pa*s le lieu d'examiner certains objets qui , se trouvent dans son livre, d'ailleurs remarquable, sur la sjndesmologie , où on pourrait lui reprocher fort souvent une trop grande facilité à admettre des ligamens, d'autres fois des dissentimens d'opinion nullement néces-
(i) De corp. hum. fabri, 1. i, c. 3 f .
(2J Syndci^molog. , s. 5^ §, i3^ ciim not, m.
l54 CINQUAJVTE-SIXIÈME LETTRE.
saires , et quelquefois un silence injuste. Maintenant poursuivons dans notre sujet.
28. Personne n'ignore combien les os de la jambe peuvent nuire aussi à la marche, et comment ils peuvent rendre un homme boiteux, lorsqu'on n'emploie pas un traitement convenable dans la fracture de l'un des deux, et surtout de celui qui est le principal, savoir le tibia, dont les vices rendent également les hommes cagneux, comme je le disais un peu plus haut. Au reste, quoiqu'à raison de la rectitude naturelle de ces os, il soit plus facile de guérir leur fracture que celle d'un os courbé et incliné, comme est le fémur, de telle sorte que le membre ne diffère de l'autre ni par la forme, ni par la longueur; cependant, si la fracture est oblique , il arrive très- facilement que ce membre devient plus court, quelquefois même tordu. C'est pourquoi quelques hommes de notre pays et de notre temps ont mieux aimé souffrir ce que plusieurs sujets (i) souffrirent autrefois, c'est-à-dire qu'on leur fracturât de nouveau les os, et qu'on les redressât ; et je sais que cela a réussi à quelques-uns : mais, d'un autre côté, je connais ici un médecin qui n'est point sans instruction , et qui ayant permis à des chirurgiens de lui fracturer les os de la jambe qui commençaient déjà à se réunir, éprouva des symptômes très-graves, et mourut.
(1) Vid. CelsLim , de medic.^ 1. 8 , c. 10, prope fin.
DES FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. l55
Vous demanderez peut-être à quelle époque les os fracturés commencent à se réunir, et parviennent à une réunion parfaite. Cette question , je crois, est telle que, si nous consultons la raison , elle ne peut pas être résolue d'une manière certaine en général. En effet, pour mettre de coté les femmes grosses, chez lesquelles nous avons (i) beaucoup d'exemples de la non consolidation d'une fracture, quand nous en lisons à peine un seul où la consolidation avait eu lieu; la consolidation ne commencera pas, ou ne se terminera pas aussi promptement sur des sujets malades que sur des sujets sains; et de même, parmi les sujets sains, elle ne se fera pas avec une égale promptitude sur les vieillards et sur les jeunes gens , ni sur tous ceux che:z lesquels la fi\icture ne sera pas la même, ou chez lesquels on n'emploiera pas le même traitement. Et d'ailleurs l'expérience n'apprend pas autre chose, si nous avons égard aux expériences que le célèbre Duhamel (2) a faites sur les animaux brutes. Car il ne trouva pas le quinzième jour de la fracture le cal entièrement formé sur un animal malade, comme il le trouva sur d'autres à un égal intervalle du moment de la fracture; au contraire il le trouva aussi imparfait que sur un autre dont la fracture était au dixième jour; or ces animaux étaient de jeunes pigeons, sur les-
(i) Eph. N. C, dec. i, a. 1, ohs. ^5, cumschol. (2) Mém. de l'Acad. Roy. des Sc.^ a. l'j^i, mém. i.
l56 CINQUANTE' SIXIÈME LETTRE.
quels le même os avait été fracturé, réduit ct lié de la même manière : car ceux à qui il fit une ligature trop serrée , ou bien moururent d'une gaugrène (que Celse (j) annonce à la suite d'une astriction trop forte), avant que la fermeté cartilagineuse du cal put être apparente, fermeté telle que celle qui fut observée sur tous les autres avant le quatrième jour, ou bien {^^x) ne présentèrent absolument aucun commencement de cal, même le huitième jour, qui est celui où le cal osseux commença à se manifester sur les autres ; et tout était dans un élat tel que si l'os avait été fracturé à l'instant même.
i^g. Mais cet homme très-expérimenté explique tout cela, aussi bien que beaucoup d'autres choses, en faisant dépendre le cal, non pas, comme d'autres le font, d'un prolongement des fibres osseuses, ni du suc osseux qui distille de ces fibres, ni d'un épanchement de sang qui s'attache aux os fracturés, mais, d'après ses propres observations, du gonflement et de l'épaissement du périoste externe ou interne près des fractures, périoste dont les lames acquièrent une dureté qui devient d'abord cartilagineuse , et ensuite osseuse. Mais, soit que vous aimiez mieux expliquer cette dureté du cal d'après les observations citées de DuhâmeJ, ou d'après celles du savant
(i) C. lo cit., s. I.
(2) Mém. 2,
DÏÏS FRAGTURFS DES OS ET DES tlJXATfOiVS. 15*7
Dehlleefius (i), qui ne sont pas du tout à dédaigner, VOUS ne douterez pas qu'il ne faille avoir pour elle la même opinion que celle qui a été indiquée pour le commencement et le complément du cal , c'est-à-dire que celui-ci peut être plus ou moins compacte, ou du moins, plus ou moins dur et ferme, suivant les différentes conditions qui ont été énumérées, et suivant d'autres de cette espèce, auxquelles il faut ajouter aussi le temps plus long, ou plus court, depuis lequel il est achevé. Voilà de quelle manière je pense qu'il faut concilier les opinions contraires de plusieurs hommes très-célèbres. En effet, il en est qui écrivent que le cal est aussi ferme qu'aucune partie de l'os , et même que s'il a un diamètre plus grand que l'os, comme il arrive souvent, il est proportionnellement d'autant plus fort que lui ; et que cela a été prévu avec sagesse, parce que, comme il est très-rare que les os fracturés soient replacés dans l'ancienne direction, ils seraient sans cela plus sujets à une nouvelle fracture au même endroit, et parce qu'ils ne pourraient s'y réunir de nouveau qu'avec difficulté, par la raison que le cal n'a point de structure vasculaire.
Pour mettre ceci de côté, soit parce que, d'après les observations de Duhamel , le cal paraît devoir être rapporté, comme je l'ai dit, non à l'os, ni au sang, mais au périoste, soit parce qu'un chirur-
(i) Dissert, exhib. ossium calli gênera tionem^ etc.
l58 CIjVQU AÎNTE-SÏXIÈME LETTitE.
gien assez connu affiriue qu'après la fraclure du premier cal, l'autre se forme plus promptement que lui; et pour remarquer uniquement ici qu'il est dit que le cal est au moins aussi résistant et aussi ferme que l'os Ini-même, il existe certainement d'autres hommes recommandables , et en plus grand nombre, qui proposent des choses qui ne s'accordent nullement avec cela. Voyez en effet comme Celse (i) emploie, pour diminuer le cal trop considérable qui s'est formé sur les os bien réunis, emploie, dis je , extérieurement sur le membre, des remèdes qui, si le cal avait la dureté ossGuse, ne pourraient être d'aucun secours, comme des frictions légères et longues , faites avec de l'huile, du sel et du nitre, beaucoup de fomentations d'eau chaude salée, des cataphismes résolutifs, et une ligature très serrée. Ou bien si vous ne croyez pas que ces moyens aient été utiles, lisez Duhamel (2) qui écrit que de l'eau jetée goutte à goutte, non -seulement a souvent réussi à produire cet effet, mais encore a ramolli quelquefois le cal , lorsqu'on en a fait un trop grand usage, au point que les deux extrémités d'un os qui s'étaient réunies, se sont séparées de nouveau d'elles-mêmes. Mais que des cals de cette espèce n'eussent pas un très-grand diamètre, ou fussent trop récens, comme celui de deux mois, qui était
(i) In fine, c. 10, pauio ante cit.
(2) Mém. 2 cit. '
DES FRACTURES DKS OS ET DES LUXATIONS. I ^t)
peu saillant ,qiû existait sur la jambe d'un jeune agneau, et qui, comme on le voit dans Duhamel (i), se sépara dans une lessive un peu acre lorsque l'ébuUition fut suspendue; il est certain qu'ils étaient saillans d'une manière remarquable et monstrueuse, ces deux qui n'étaient nullement récens , à ce qu'il paraît, dont il est question dans le Sepulchretum (2) d'après Rolfinck, et qui existaient sur les fémurs d'un cadavre, qui, après as>oir été disséqué ^ fut soumis à la coction pour la préparation d'un squelette , et sur lequel les deux cals se séparèrent.
Mais, outre d'autrles observations^ il en est une qui mérite d'être citée ici; c'est celle qui fut communiquée à Salzmann (3) par un chirurgien recommandable. Une fracture du tibia avait été guérie sur un soldat, et le cal était si ferme, qu'il se promenait sans éprouver aucune incommodité, en s'appuyant sur cette jambe aussi bien que sur l'autre, lorsqu'ayant été pris par hasard d'une fièvre aiguë, huit mois après, et qu'ayant été transporté au même hôpital où il avait été auparavant, on remarqua, pendant qu'on le traitait par les moyens ordinaires contre la fièvre, que le cal avait presque été détruit d'une manière insensible par la chaleur fébrile^, et que les extrémités de
Il II I I I ■ I I I I ■ — — — — I ■ ■»— — .— iM I «II» m
[\)Jbid,
(?) Sect. Iiâc 5, obs. i^ §, 8.
(?)) Dissert, de artic. analog. ^ etc,^ c. 2, §. 7*
iGo CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.
l'os s'étaient séparées de nouveau crelles-mémes: or comme on n'avait pas pu les réunir pendant la durée de la fièvre, celle-ci fut enlevée bientôt après, et le tibia parfaitement guéri par la nature sans un grand appareil soit de médicamens, soit de bandes.
Enfin la réunion du cal lui-même, examiné sur les morts, est quelquefois telle que, quoiqu'on trouve son diamètre beaucoup plus grand , il est cependant beaucoup plus fragile que l'os sur lequel il s'est formé. Car il ne consiste point en un os dur, mais en une substance spongieuse, telle que celle qui existe entre les deux lames du crâne. Ruysch (i), qui a décrit et dessiné un cal de cette espèce, sur une aile de poule et de canard, dit as^oir également observé quelquefois cette dispostion sur Vliomme ; en sorte quil ne faut pas trop ajouter foi à ceux qui croient que le cal des fractures est toujours si ferme y que les os fracturés autrefois et réunis y se fracturent plutôt [s'ils éprouvent une nouvelle fracture ) dans un endroit voisin que dans le dal indiqué ; et il ne doute même pas que ce ne soit pour cela que quelques sujets tombent en récidive par une cause très-légère, même en marchant, ai)rés la soudure des os fracturés.
Du reste, si vous désirez plus d'exemples rela- ■I II I I '
( 1 ) Tlies. anat. 8 , n. 49 , et tab. 3 , fig. 5 , el catalog. rarior. ihecaB^ ^^^^o^. a, n. 2. ♦
DES FRACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. l6l
tifs à Tobservation de la structure des cals, et à leur longueur, qui est quelquefois étonnante , j'ai de la peine à croire que vous en trouviez dans d'au Ires auteurs plus que dans le savant J.B. Boehmer (i). Vous pourrez augmenter ce nombre, je pense, pour ce qui regarde la structure, d'une observation du célèbre Alex. Camérarius (2) sur le fémur d'un enfant^ et pour ce qui a trait à la longueur, d'un exemple rapporté par J. J. Baïer (3) sur la mâchoire inférieure d'un meunier , qui Jepiiis le menton jusqu'à la partie moyenne ^ présentait une étendue d'environ trois pouces.
3o. Maintenant, pour revenir des accidens qui surviennent non-seulement dans les fractures des os de la jambe, mais encore dans les autres, aux fractures particulières de ces os, je rapporterai une seule observation , mais qui contient quelque chose de rare.
3i. Un vieillard de la campagne, fort gras , était tombé d'un arbre sur ses pieds en taillant une vigne, et s'était fracturé la jambe droite, de sorte que les os sortaient par la blessure qu'ils avaient faite eux-mêmes au côté interne, un peu au-dessus du pied. Quand on eut réduit ces os comme on put, on porta l'homme dans la ville et à l'hôpital, dans la saison froide de l'année; car c'était
( 1 ) Dissert, de ossium callo.
(2) Act. N. C. , tom. I , obs. 53, versus fin. {3} Eph. N. C. , cent 7, obs. 4, IX. Il
iGa CINQUA]VTI>S1XIÈME LETTRE.
vers le milieu du mois de février de l'an 1736. C'est pourquoi la rigueur de la température s'y joignant encore, on ne put le sauver, et il mourut le quatrième jour de la fracture. Bien que le cours d'anatomie que je faisais alors au Gymnase lirât à sa fin, cependant je ne voulus pas négliger l'occasion qui s'otïrait d'examiner les viscères de ce cadavre, et de considérer le membre malade. Voici ce que je remarquai contre nature sur ces parties.
Examen du cadavre. L'abdomen , qui était un peu gonflé la veille de la inort, mais uniquement parce que l'air renfermé dans les intestins les gonflait aussi un peu; Tabdomen , dis-je, ayant été incisé, et ses parois mises de côté, l'épi ploon paru t rétracté tout entier vers la partie supérieure, de telle sorte qu'il ne descendait pas plus bas que la partie transverse du colon, qu'il couvrait. Lgi rate était plus grosse que dans l'état naturel, et se déchirait facilement. Le foie était pâle et tellement uni au diaphragme, partout où il lui correspondait, que les membranes qui couvraient l'un et l'autre, semblaient en former non pas deux, mais une. La vésicule du fiel était oblongue et grasse, et quoiqu'elle fût extérieurement d'une couleur de jaune d'œuf, néanmoins elle contenait une bile d'un jaune vert, liquide, non féculente, ainsi que dix-neuf calculs sur pn sujet non ictérique. Ces calculs étaient tous à son fond, et il n'en existait aucun ailleurs, à moins qu'il
DhS rilACTDRES DES OS ET DES LUXATIOlYS. I 63
n'y en eut par hasard quelqu'un très- petit caché dans quelque glande, entre les tuniques de la vésicule, comme l'indiquait un point noir qu'on voyait à traversées tuniques. Mais ceux dont j'avais commencé à parler, étaient tous arrondis, médiocres, noirs, d'une surface graveleuse^ et ne ressemblaient à rien tant qu'à une mûre parvenue à sa maturité. Les ayant jetés sur-le-champ dans de l'eau , ils gagnèrent aussitôt le fond, et y res- ' tèrent ; mais les en ayant retirés bientôt après , et les ayant mis sur de l'eau quelques jours ensuite sans les jeter, ils s'enfoncèrent un peu plus lentement, ef laissèrent échapper des bulles; et deux mois après, les ayant également mis sur de l'eau , ils restèrent plus long- temps à la surface. A cette époque j'en approchai un de ceux qui étaient: secs d^une flamme; il ne prit point feu, et jçta seulement des étincelles e« répandant l'odeur désagréable d'une plume brûlée; et après que Je Teus éloigné de cette flamme, il était presque tel qu'il élait auparavant. Quant aux autres, quelques-uns de leurs fragmens ayant été mis en macération dans de l'eau pendant deux mois, ne devinrent nullement plus mous, et conservèrent toujours la même dureté.
Vous pourrez ajouter ceci à ce que 'j'avais écrit (i) autrefois à Schroecke sur les calculs biliaires. Mais à présent apprenez cette disposition
(i) Acl. N. C, tom. 2, obs. 167,
j64 cinquante-sixième lettre.
fort rare que j'ai annoncée. Pour moi, il est certain que je ne l'ai jamais vue que sur ce cadavre. Dès que la réunion des veines iliaques formait le tronc de la veine-cave inférieure, ce tronc occupait, sur les vertèbres lombaires, non pas le côté droit, comme il le fait toujours, mais le gauche, et continuait son chemin à la gauche de l'aorte, jusqu'à ce que, passant sur la face antérieure de celle-ci, et se réfléchissant brusquement et obliquement à droite sous la mésentérique supérieure, il gagnait le côté droit, son siège naturel. Il arrivait, par cette flexion, que, quoique la veine émulgenle gauche se rendît à la veine-cave deux ou trois doigts plus bas que l'émulgente droite, quand en étendait la veine-cave en droite ligne, cependant le rein gauche occupait un siège qui n était pas beaucoup plus bas. Comme le passage de la veine-cave sur la face de l'aorte m'aurait étonné sur un corps quelconque, je ne pouvois assez m'étonner de le voir sur le corps d'un homme qui avait vieilli au milieu des travaux continuels et pénibles de la vie rustique. Du reste l'aorte présenta quelque chose de dur à l'endroit de sa division en iliaques, ainsi qu'à l'embouchure de la mésentérique supérieure. A l'ouverture de la poitrine, les poumons furent trouvés sains , quoiqu'ils fussent partout étroitement adhérens à la plèvre, soit que celle-ci tapissât le devant de la poitrine, ou les côtés, ou le dos, ou le diaphragme. Aucune lésion ne se fit remarquer non plus dans
DES JbKACTURES DES OS ET DES LUXATIONS. l65
le cœur. Enfin, j'examinai la jambe fracturée. Elle n'était pas très- tuméfiée Le tibia et le péroné étaient fracturés tous les deux un peu au dessus de l'endroit où ils s'articulent avec le pied, et la fracture était longitudinale , mais non pas en droite ligne; il y avait du sang épanché en assez petite quantité, et son odeur et sa couleur n'étaient point encore mauvaises.
32. Au reste, j'examinai cette fracture, non point parce que j'espérais voir quelque chose relativement à un commencement remarquable de cal sur ce sujet, qui était un vieillard, mais plutôt pour observer d'autres choses, et entre autres ceci : si dans le cas où quelque fragment se serait séparé des os, il se serait trouvé composé d'une humeur muqueuse, comme j'avais lu dans les feuilles de Valsalva qu'il lavait observé. Voici également ce qui se trouve dans une lettré de lui relativement à cet objet. Lorsque la fracture existe avec une blessure , il faut laisser couler le sang; car par là les os et les chairs se réuniront plus facilement; aussi, dans un cas de fracture du fémur et du tibia qui s'offrit à lui , la première se consolidât-elle plutôt que la seconde, parce que celle-là était accompagnée d'une blessure par laquelle le sang s'écoula, et que celle-ci ne l'était pas?
Puisque j'ai commencé à parler de cet objet, je ne passerai pas sous silence cette fracture dont un chirurgien, qui n'était pas un homme ordinaire, me racontait l'histoire, dont il était lui-même le
l6G CINQUANTE-SIXIKM K LETTRE.
sujet. Comme il s'était fracturé la jambe, et que les os avaient été réduits et placés convenablement, il remarqua d'abord que sa douleur avait augmenté une heure après qu'on lui eut lié la jambe; et les chirurgiens, en examinant le membre, ayant dit que cela ne pouvait pas être rapporté à la ligature devenue trop serrée, il comprenait que cet effet dépendait de Tétoupe qu'on avait placée tout à l'entour après l'avoir trempée dans l'albumine d'un œuf battu, lequel, en se desséchant, appliquait quelques fragmens osseux contre les parties sensibles du voisinage. Il observa ensuite Une autre chose, c'est que chaque fois que les assistans faisaient trembler le plancher et le lit en marchant, sa douleur aug-mentait constamment; et il craignait davantage en même temps que ce tremblement ne fût nuisible à la réunion des os. Enfin, quoiqu'il fût déjà entièrement guéri, il lui resta pendant trèslong-temps (sans quoi, il était jeune alors et bien portant) de la gêne et de la difficulté lorsqu'il voulait marcher, parce qu'il n'avait point asse:^ pris garde de ne point s'appuyer sur le calcanéum pendant cet espace de temps si long, durant lequel il avait maintetiu la jambe dans l'immobilité. De là vous comprendrez aussi pourquoi les chirurgiens soigneux et attentifs veulent que le calcanéum des membres fracturés soit reçu dans un trou convenable, formé d'étoupe placée circulairement, ou-dans une serviette molle, tournée
en forme d'anneau, et reste en repos , de telle sorle que le malade n'appuyé point sur lui.
33. Déjà, dès autrefois, Hippocrate (i) avait écrit que les deux os de la jambe se luxent quelquefois près du pied; et certainement cette luxation rendrait le membre plus (^onrt, si quelquefois ces os étaient désunis de manière que Tastragale montât entre l'un et l'autre, ce que toutefois j'ai suffisamment démontré, dans une de mes réponses, ne pouvoir avoir lieu, à moins que le pied ne se présente tourné très-évidemment vers le côté externe de la jambe, sans parler des symptômes extraordinairement graves qui ont lieu alors. Si vous lisez cette réponse dans un écrit d'un médecin trèscélèbre qui l'a publiée, Vous reconnaîtrez, je penj^e, que la chose est assez claire pour que vous pensiez qu'il n'y arien à ajouter ici.
34. J'ai écrit tant de choses jusqu'ici sur les membres inférieurs, qu'à moins de vouloir être très-long, je ne dois entrer que dans peu de détails relativement aux membres supérieurs et aux vertèbres. Cependant une partie de ces détails appartiendra aussi aux membres inférieurs, comme vous comprenez qu'une partie de ceux qui ont été écrits , peuvent aussi être transportés à d'autres os. Eîi effet, parmi ces détails se trouve aussi ce que j'ai rappelé (2) après Columbus, que les épiphyses
(1 ) L. de fractar. ,11, 14 , apud MarinelL (2) Suprà, n. ol»
l68 CINQUANTE-SIXIÈME LETTRE.
se séparent facilement des os sur les enfans. Celui qui ne fait pas attention à cette circonstance, peut se tromper quelquefois, en prenant des sépnrations de celte espèce pour des fractures. Je me souviens que c'est ce qui arriva à un chirurgien, du reste expérimeiïté, qui, voyant les deux bras (Vun petit enfant se tuméfier prés des carpes, et sentant par le toucher que les extrémités du radius et du cubitus étaient devenues mobiles à cet endroit sous une humeur fluctuante, dit que la femme, qui avait coutume de porter l'enf^mt, lavait laissé tomber de ses mains, et qu'il s'était fracturé les deux bras. Comme celle-ci niait constamment le fait, les parens ne sachant auquel ils devaient ajouter foi, me prièrent d'entendre le chirurgien, et de reconnaître si par hasard il s'était trompé. Or, en me faisant cette demande, ils m'avaient raconté que ce petit enfant avait eu une variole grave peu de temps auparavant, et le chirurgien le confirmait: craignez, de grâce, dis-je à celui-ci, que des abcès développés consécutivement à la variole, n'aient peut-être séparé les épiphyses des os en rongeant le périoste qui les unit à eux; car cet accident a lieu souvent^ soit à la suite d'autres causes internes également, soit nommément à la suite /^e' /^x'^r/o/é'^ comme l'observa autrefois Paré , dont le passage relatif à cette matière a aussi été rapporté dans le Sepulchretuni (i); ce qui fait que
(i) Sect. hac 5, obs. i, 5* 7^ ^""^ sclioL
DES FRACTURES DES OS lilT DES LUXATIONS. 169
je suis étonné comment ce passage a échappé à des hommes, du reste très-savans, qui ont cité des chirurgiens phjs modernes que Paré sur le même objet. Eh bien! mon soupçon était fondé; car le chirurgien avoua bientôt après avec franchise que je Tavais averti de la vérité, tandis qu'un assez grand nombre d'autres n'ont pas voulu , dans d'autres circonstances, lorsqu'ils le pouvaient facilement, acquérir la gloire de cette franchise, non pas d'après mon soupçon, mais d'après ma démonstration. Au reste, la maladie connue , cet enfant fut parfaitement guéri.
D'un autre côté, sachant qu'il existe aussi certaines observations dans un programme (i) du célèbre Weiss, intitulé Discessu epiphysion a variolis y qui n'est point encore parvenu entre mes plains, je ne doute pas que si quelqu'un par hasard écrivait aujourd'hui sur les restes de la va^ viole y il ne passerait pas facilement sous silence la séparation des épiphyses qui n'a pas lieu trèsrarement, comme le fit autrefois un homme, du reste très savant, Ge. Frank (2). Mais personne n'a vu dans le même temps, sur un plus grand nombre de sujets, plus d'épiphyses séparées des os, par une cause interne, mais d*un autre genre; personne, dis-je, n'en a vu plus que Poupart (3) sur
(i) Vid, adnot. ab. Hallero^ ad c. 4^ p- i3, melh. stud. medic. Boerliaav. '
(•2) Eph. N. C. , dec. 3 , a. 4 ^ obs. i . (3) Mêm. de TAcad. Roy, des Se. y a, 1690)^.