‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladiesChapitre 7 sur 39 · I-JO ' CrNQUAîïTE-SîXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

I-JO ' CrNQUAîïTE-SîXIEME LETTRE

cette grande quantité de scorbutiques qui affluaient à l'hôpital de Paris, Tan 1699. Cette séparation faisait que si ces malades se remuaient, on entendait une crépitation, produite par la collision des os et des épiphyses/ Cette observation est une de celles , du reste très-^peu nombreuses , que Ton regrette dans la Dissertation Médicale du célèbre Hert sur la Crépitation des os ; car il a rassemblé avec soin tous les autres écrits qui existent sur cette affection, en intercalant aussi de temps à autre des observations de son père. Toutefois, nous sommes privés des lumières de la dissection pour établir la cause de cette maladie, comme il arrive pour la plupart de affections. Que si nous consultons la raison, il semble qu'on doit placer cette cause, avec Hert, dans une certaine dessiccation phis souvent que dans rhumectation et Ta laxité. C'est du moins ce que je pensai lorsque je fus consulté pour une dame d^ la première qualité, qui, vers la fin de son cinquième accouchement, avait commencé à éprouver urie certaine crépitation incommode des os des genoux, lorsqu'elle se tournait d'un côté sur l'autre; puis le temps avançant, elle la ressentit dans toutes les articulations des deux membres supérieurs, de telle sorte cependant qu'elle était très-incommode aux genoux, puisqu'elle était accompagnée d'ime douleur assez considérable dans l'extension des jambes. En effet, comment faire dépendre du relâchement ce qui était accompagné de douleur?

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C'est pourquoi, ayant recommandé des moyens internes et externes propres à humecter avec modération , et à diminuer la tension, elle me consulta de nouveau Tannée suivante, et elle ne se plaignait plus de cette crépitation des os, pas plus que si elle n'eût jamais existé; mais comme elle avait été sujette auparavant à des affections hypocondriaques graves, c'est de celles-ci seulement qu'elle se plaignait.

35. 11 existe entre les hommes du premier mérite une controverse que j'ai r^^ppelée dans une autre Lettre (^il, savoir si les vertèbres se fracturent plus facilement qu'elles ne se luxent. Relativememl aux vertèbres supérieures, j'ai indiqué, dans la même Lettre, pourquoi, bien que l'occasion de faire des recherches à ce sujet se soit offerte fort souvent à moi autrefois sur les corps des pendus , je ne les ai pourtant pas faites. Depuis ce temps, cette occasion ne s'est pas présentée. Quant aux autres vertèbres , lorsque Valsalva et moi avons examiné des corps morls à la suite de coups trèsviolens, ni l'un ni l'autre n'avons trouvé des luxations, et tous deux avons rencontré des fractures, comme vous le savez d'après les Lettres cinquante-quatrième (1) et cinquante-deuxième (3). Que si deux observations vous paraissent trop

(0 Epist. ig, n. 14.

peu nombreuses dans un sujet de cette nature y cijoutez-y en trois du célèbre Tabarrani (i), qui a exarniné , avec l'habileté et le soin qui le distinguent, soit d'autres objets, soit surtout ceci. 11 ne trouva pas toujours les vertèbres changées de place, et lorsqu'il les trouva, le changement n'était presque jamais assez considérable pour qu'il crût qu'on pût dire qu'elles étoient luxées. Je ne crois pas d'ailleurs que vous m'opposiez ici les observations de Vesling (2) et de Pujati (3). Je me souviens bien que le premier vit sur un Dalmate quelques vertèbres du dos légèrement détournées en dehors , et sur un habitant de Padoue toutes les vertèbres des lombes notablement inclinées en dehors , et cela avec un engourdissement des parties inférieures. Je me souviens également que l'illustre Pujati observa sur d'autres, et sur luimême (ce qui m'a causé beaucoup de peine, en raison de l'amitié bien mérité que je lui porte), les vertèbres supérieures des lombes qui étaient tombées insensiblement en dehors, et cela non sans un engourdissement des jambes. Mais je me souviens en même temps que l'un et l'autre attribuèrent ces sub-luxations à des causes internes qui avaient vicié les ligamens.

Mais j'ai commencé à parler des luxations

(1) Obs. anat. post. , n. 7.

(2) Epist. 25».

(3) Dec. medic. , obs. 6^ n, loetseq.

qu'on dit survenir par une violence extérieure, lorsque le corps et les ligamens sont en bon état. Sans doute je ne les nie pas, bien que leur explication soit très-difficile, comme surtout dans le cas du célèbre Targioni (i), de quelque manière que vous vous efforciez de le comprendre; mais je ne sais point assez s'il est démontré par la dissection des cadavres , si elles ont lieu sans la fracture des vertèbres. J'ai lu autrefois une histoire, qu'on disait être de Bellini,et qui avait pour sujet un charpentier, qui, s'étant frappé, peut-être fracturé les lombes en tombant d'un plancher, commença aussitôt à ne plus rien sentir aux pieds , et à rendre sans le savoir l'urine et les excrémens , et à éprouverd'autressymptômes qui sont décrits. Étant mort quatre jours après, on trouva les trois vertèbres supérieures des lombes tellement luxées, qu'elles formaient une saillie d'environ un travers de doigt dans la cavité du ventre, et qu'elles comprimaient les troncs des gros vaisseaux, au point qu'elles faisaient que leurs parois opposées se touchaient mutuellement , d'où il arrivait , en tre autres choses, que toutes les veines depuis le haut des deux pieds jusqu'à la luxation , étaient engorgées , et dures, comme si elles avaient été farcies avec force. Qui douterait ici de la luxation des vertèbres? Mais la force extérieure, qui put vaincre la

(1) Semilussaz. délie vertèbre lombari nella I racoolta A'osservaz, med.

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résistance des ligamens, ne les avait-elle pas iracturées ? Est-ce qu'en se fracturant, elles n'avaient peut-être pas causé autant dédommage à la moelle épinière et à'son appendice que la luxation ellemême? Or, parmi tant d'autres objets qui sont décrits dans l'histoire, il n'est même pas dit un mot de l'examen attentif des vertèbres et de la moelle elle-même. C'est ainsi qu'il y a dans la troisième section (ï) du quatrième livre du Sepul^ chretuin ^ une observation de Fantoni ( car l'observation de Panaroli sur les luxations (2), qui est dans cette quatrième section, appartient aux vertèbres supérieures, et il n'est point assez certain, comme je l'ai dit ailleurs, si la luxation exista sans fracture, et même, comme je l'indiquerai bientôt, s'il exista une véritable luxation), dans laquelle observation de Fantoni on lit bien qu'un portefaix, qui élait tombé d'un lieu élevé sur une poutre, le ventre en haut, se disloqua et se sépara les vertèbres du dos, ce qui fit que tant qu'il vécut, il eut le corps courbé et la face tournée vers la terre. Mais , lorsque vous vous attendez à apprendre si ces vertèbres avaient été fracturées, puisque le dos fut mis à découvert par la dissection après la mort, vous n'apprenez rien de cela, et vous comprenez qu'on vit cinq vertèbres co/zglobées\, auxquelles étaient adhérentes des ma-

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(l)Obs. !28,§. I.

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îières visqîieuses, qui s'étaient con^'erdes en gypse j comme par V effet de la chaleur^ naturelle qui les aurait épaissies.

Il n y a point dans le Sepulchretum ^ que je sache, d'autres dissections relatives à ce sujet. C'est pourquoi vous voyez déjà si j'ai un juste motif de désirer que les anciens eussent fait des recherches plus nombreuses et plus soignées sur cet objet. Il est certain que cette observation de Fantoni peut donner à soupçonner que ces vertèbres, ou d'autres dans quelques cas, forment une saillie, non point par suite d'une luxation ,mais à raison d'une matière qu'une cause externe ou interne rassemblerait autour d'elles et endurcirait; d'où il résulterait que les nerfs provenans de ces vertèbres seraient comprimés, et que les muscles adjacens, destinés à élever ou à fléchir le corps, seraient empêchés et troublés dans leurs fonctions et dans leurs usages , ainsi que les vertèbres elles-mêmes. Mais, moins les nerfs seront blessés, ou plus la vie du sujet se prolongera, plus il y aura lieu à ce soupçon, ou à un autre analogue: soupçon que Panaroli devait dissiper, principalement dans un cas extraordinaire , où il a décrit une luxation de la seconde vertèbre du cou qui était très-grande ^hx^n que le sujet eût vécu un très-gr and nombre de jours de cette manière; car ce n'était pas assez de dire que cela fut observé après la dissection du cadai^re; mais il fallait ajouter avec soin, de quel côté la vertèbre était luxée, et si, à la suite de cette chute

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violente, il avait trouvé une rupture, sinon de la vertèbre elle-même, ou de son apophyse odontoïde, du moins de quelques-uns de ses ligamens. Mais au contraire, je loue le grand Trew (i), qui, en écrivant qu'il avait vu sur un sujet la première vertèbre des lombes un peu luxée y n'a point passé sous silence que le corps de la même vertèbre a^ait été entièrement fendu pur une fracture longitudinale ^ tandis qu'il a rapporté avoir trouvé sur un autre le corps de la pénultième vertèbre du dos y non-seulement entièrement arraché de son cartilage à sa réunion avec la dernière^ mais encore brisé en quelques morceaux au même endroit. Plût à Dieu que d'autres auteurs, qui trouvèrent la cinquième vertèbre du cou luxée à gauche, et la sixième à droite , avec une grande ouverture (2) placée entre l'une et l'autre, et qui virent la seconde vertèbre du cou disloquée j non pas tant sur un enfant (3) de sept ans, que sur un soldat (4), eussent eu le temps de chercher avec soin s'il y avait quelques fractures , et quelle était la partie fracturée sur ces vertèbres, surtout sur la seconde, ou s'il y avait quelque rupture dans les ligamens. Lorsque je parle ainsi, je ne révoque point en doute la bonne foi de Panaroli, ni de qui que ce soit;

(i) Act. N. C, tom. 2, obs. 5i.

(2) Comme rc. litt., a. 1738^ hebd. l^Oy II.

(3) A. 1734, hebcT. 11, post. n. 6,

(4) A. 174O;» hebd. 52, n, 3.

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Seulement je demande de l'exaclilnde, lorsqtie la chose est possible, et je l'attends (i) de ceux qui rencontreront par hasard, dans la suite> des cas de cette espèce.

36. Quant à ce que j'ai dit de l'empêchement du mouvement des muscles, soit qu'ils étendent les vertèbres, soit qu'ils les fléchissent, ou de celui des vertèbres elles-mêmes; cela est commun aux os qui sont unis entre eux par une articulation mobile. Car, relativement aux muscles, vous avez pu voir plus haut(î2), d'après mon observation, que la jambe, par exemple, était inflexible à raison de la trop grande contraction des muscles extenseurs , contraction qui empêchait l'action des fléchisseurs. Et au contraire, vous comprendrez, d'après une observation et un avertissement de Gasp. Hoffmann (3) , que la jambe ne peut pas être étendue dans quelques cas, parce que les muscles opposés se dessèchent à la fin au jarret, par le défaut de soin des chirurgiens et par l'effet de ligatures très-serrées , et forment^ un nœud dur. Vous avez d'ailleurs, dans cette quatrième section (4) du Sepulchretum ^ des exemples qui prouvent que le mouvement des os est empêché, quoique celui des muscles ne le soit pas, parce

(i) F'id/mhdiy n. 87.

(3) Comment, in Gai. de iisu part, in fin., 1. 3. (4)Obs. 3, §.3, etobs. 4,^. 3et:a.

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