D'APRÈS LEURS PEINTURES ET LEURS SCULPTURES
L'examen des monuments et des textes ont révélé, avec assez de détails, les races connues de l'Egypte depuis les premières dynasties jusqu’à la fin de la grande | époque pharaonique. Les types ethniques représentés sur les monuments de la vallée du
Nil sont nombreux : quatre d’entre eux se répètent surtout assez fréquemment et sont
bien connus. Les Egyptiens les coloraient respectivement en rouge, en jaune, en noir
et en blanc. l’une des plus remarquables de ces représentations est celle que porte le tombeau de Minephtah I‘, situé dans la vallée de Biban-el-Molouk, à Thèbes. Champollion ! a été le premier à faire remarquer que dans les peintures admirablement conservées de ce tombeau, ainsi que dans les fines sculptures qui concourent à sa déco— ration, on à voulu représenter les habitants de l'Egypte et ceux des contrées étrangères. « Nous avons donc ici, sous les yeux, dit-il, l’image des diverses races d’hommes connues des Egyptiens, et nous apprenons, en même temps, les grandes divisions géo— graphiques et ethnographiques établies à cette époque reculée. »
Des hommes, guidés par le pasteur des peuples, Horus, sont figurés au nombre de
douze, mais appartenant à quatre familles bien distinctes. Les trois premiers (les plus
voisins des dieux) sont de couleur rouge sombre, de taille bien proportionnée, physionomie douce, nez généralement aquilin, longue chevelure nattée, vêtus de blane, et leur légende les désigne sous le nom de ÆRôt-en-ne-Nômé, la race des hommes, les hommes par excellence, c’est-à-dire les Egyptiens. Les trois suivants présentent un aspect bien différent; la peau est de couleur chair, tirant sur le jaune basané, le nez est fortement aquilin, la barbe noire, abondante et terminée en pointe, les vêtements courts sont de cou— leurs variées. Ceux-ci portent le nom de Namou. Les trois qui suivent ne peuvent être que des nègres, et sont appelés Nakasi. Les trois derniers ont la peau blanche, le nez droit et lé
et très élancée. Véritables sauvages tatoués sur diverses parties du corps, ils sont vêtus de
èrement arqué, les yeux clairs, la barbe blonde ou rousse, la taille haute
peaux de bœufs garnies encore de leur poil: on les nomme 7'ahmou.
Des tableaux analogues se retrouvent dans d’autres tombeaux royaux, et de l’ensemble de ces représentations il ressort qu’on à voulu, sans aucun doute, figurer les habitants des quatre parties du monde, selon le système égyptien, savoir : 1° les habitants de l’Egypte, qui à elle seule, formait une partie du monde; 2 les Asiatiques ; 3 les habitants propres à l'Afrique, les nègres ; 4° les Européens et autres peuples à peau blanche et à cheveux blonds. Cette manière d'interpréter ces tableaux doit être exacte, parce que dans les autres tombeaux, les mêmes noms génériques reparaissent partout dans le même ordre. On y trouve les Egyptiens et les nègres représentés de la même manière, ce qui ne pouvait pas être autrement : mais les Nanou (Asiatiques). et les 744 mou (Européens) offrent d'importantes et curieuses variantes. Au lieu de Arabe ou du Juif si simplement vêtu dans le tombeau de Minephtah, l'Asie est représentée dans d’autres
tombeaux par trois individus à teint basané, au nez aquilin, à l’œil noir, avec une barbe touffue, et costumés avec une grande magnificence. Dans l’un d’eux on reconnait sûrement un Assyrien dont le costume est identique à ceux des personnages gravés sur des cylindres babyloniens ; dans l’autre, on doit voirun Perse, car son typerappelle ceux des sujets figurés sur les monuments persépolitains. Quant aux 7akmou, is diffèrent entre eux par leur tête, plus où moins chevelue, et plus où moins chargée d’ornements. Leurs vêtements diffèrent aussi, mais la couleur claire de leur peau, celle de leurs yeux et leur barbe gardent uniformément les caractères d’une race à part.
Un autre document ethnographique du plus haut intérêtest celui que M. Naville a
! Monuments de l'Égypte et de la Nubie, t. III, pl. 138 à 140. Lettres, p. 204, 1808.
découvert à Edfou'. Il y a lu. que le bon principe sous la forme solaire de Haremakhon, triomphant de ses adversaires dans la partie sud du nome Appolinopolite, ceux qui échappèrent au massacre émigrèrent. Une partie alla vers le Midi et devint, sans doute, les Coushites ; d’autres se dirigèrent vers e nord et furent les Amou; la troisième colonne, qui se irigea vers l'occident, forma le peuple Tamahou; une qua—
rième enfin alla vers l’est, et devint le groupe des Shasou.
Dans cette énumération, les Coushites comprennent les nègres ;
es Tamahou, les races à peau blanche du nord de Afrique et des îles de la Méditerranée ; les Amou englobent toutes les grandes nations asiatiques, et les Shasou étaient les nomades du désert de l'Asie occidentale (les Bédouins). La même division
es familles humaines en quatre groupes se retrouve également dans le tableau peint sur le beau sarcophage en albâtre de Seti L*, découvert, comme celui de Minephtah [° et de Ramsès,
dans la vallée de Biban-el-Molouk, à Thèbes. La scène avec
inscription décrite par les égyptologues les plus éminents? Fig. 14. — Ecvpriex. montre Horus appuyé sur un bâton et seize hommes en marche. Ceux-ci sont nommés : Égyptiens, Aamou, Nahasou et Tama— hou. Ces appellations répondent done assurément aux quatre grandes races dont je donne les figures, d’après Rosellini, et copiées par cet artiste dans le tombeau de Seti I°. Ce sont : les Egyptiens à peau rouge (fig. 14); les Aamou ou Sémites à peau jaune (fig. 15 et 16); les nègres et Ethiopiens à peau plus ou moins noire, et les gens du nord à peau blanche. Mais M. Regmald Stuart oole? estime que ces quatre groupes renferment divers types secondaires. Cest ainsi qu'il pense que deux autres nations peuvent être
rattachées à la première race ou au type égyptien: premiè—
rement, les anciens habitants coushites du sud de Arabie et de la côte d'Afrique qui est en face, avec lesquels les Egyptiens étaient en relations d’affaires. La figure 17 est un spécimen de cette population. Ce dessin a été emprunté au célèbre relief représentant lexpédition de la reme Hatshepsou, de la
XVII® dynastie, depuis la mer Rouge jusqu'à la côte des
Somali. Deux
èmement, les Phéniciens, dont la couleur est presque identique à celle des Égyptiens; ils peuvent être distin—
gués de ceux-ci seulement par des détails du vêtement, comme,
4 Mythe d'Horus, pl. 21, 2.
? Pierret, Revue archéologique, t. XXI, p. 299. — Lefebvre, les quatre races au jugement dernier (Transactions of the Sociely of Biblical archeology, vol. IV, p. 1).
5 The Egyptian classification of the races of men (Jowrn. of the anthrop. RS a Institute of Great Britain and Ireland, vol. XVI, n° 4, p. 370). Fig. 45. — Juir.
var exemple, le port des bottes. Quelques-uns sont d’une couleur plus claire; c’est une variété septentrionale de la même race. La figure 15 représente le type sémitique iabituel tel que nous le trouvons sur les monuments égyptiens. Il offre une grande ressemblance avec les Assyriens, comme en témoignent leurs sculptures qui suffisent our faire rattacher les deux peuples à la même race. Le dessin numéro 16 repro— duit une tête plus remarquable : elle peut être rapprochée du type assyrien. La igure 18 est un bon type des habitants de la Libye du Nord. La tête est ornée de deux
lumes d’autruche et de la boucle de côté; le personnage porte une petite barbe au menton et des favoris. Ce type diffère beaucoup de toutes les autres figures, qui peuvent être considérées comme des représentations historiques de diverses sous-races. Le numéro 6 du tombeau de Minephtah est un Libyen de la région occidentale
de l'Égypte. Ses traits rudes sont parti
culièrement marqués par des arcades
ourcilières qui s’étendent jusqu’au essus du nez. Un insulaire (n° 10 du
même tombeau) présente cette particu— larité à un degré encore plus élevé et doit être regardé comme un type probablement plus pur. Dans l’habitant des
es ou des côtes on voit une variété
moins rude, sans arcades sourcilières.
La difficulté est de fixer une localité
d'origine à chacun de ces habitants. Les
Égyptiens étaient en guerre avec les : leurs alliés de 1400 à 1200 avant Jésus-Christ. Durant cette période,
Libyens
PEgypte subit cmq invasions de l'Ouest
et quatre de PEst, M. de Rougé identifie
Fig. 16. — AsSyRIEN.
les nations envahissantes aux Sardes et
aux Siciliens, les premiers habitants de la Sardaigne et de la Sicile qui, après avoir
pris Carthage, traversèrent l’Afrique et envahirent l'Égypte. Il y à encore une autre
race des plus intéressantes, en dehors de cette classification : ce sont les Khétas ou Hétéens. Notre figure 19 montre un Soudanais au cheveux laineux.
En étudiant les caractères morphologiques de quelques personnages connus, nous aurons l’occasion de revenir sur la sagacité avec laquelle les Égyptiens ont distingué les différents types ethniques qu’ils avaient sous les yeux, et avec quelle précision les
artistes les ont reproduits en peinture et en sculpture.