‹ Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, ÉgypteChapitre 46 sur 106 · PÉRIODE DU MOYEN AGE ET AURORE DE L'ÉPOQUE MODERNE · texte numérisé non relu

PÉRIODE DU MOYEN AGE ET AURORE DE L'ÉPOQUE MODERNE

Ces crânes, au nombre de quarante-trois, forment deux collections. L'une que j'ai étudiée en 1881, au Musée de Boulak, se compose de vingt-six sujets (14 ©’ et 12 9) et l’autre, qui comprend dix-sept sujets, est conservée au Musée anatomique de l’université de Berlin. Elle a été étudiée sommairement par M. le professeur Hartmann‘, dans e catalogue de ce musée.

Voici les principales mesures qui ont été relevées sur ces crânes.

Série du Musée de Boulak. — La moyenne de lindice céphalique (longueurargeur) est de 79,07 (14 os 77,79 et 12 ç 77,90). La moyenne du diamètre antéro— ostérieur maximum est de 171 millimètres et celle du diamètre transverse maximum de 132 millimètres. La moyenne de la hauteur auriculo-bregmatique est de 120 millimètres. Ce diamètre et les deux autres donnent les mdices de hauteur-longueur et de hauteur— argeur de 69 (14 & 69et 12 9 69,76) et de 89,36 (14 & 69,76 et 12 ç 89,85).

Série de l'université de Berlin. — La moyenne de l’indice céphalique (longueur argeur) des dix-sept sujets réunis est de 77,78.

La moyenne du diamètre antéro-postérieur maximum est de 171 millimètres, et celle du diamètre transverse maximum de 133 millimètres.

Les indices du nez, de la face et des yeux de ces deux séries montrent une population peu différente de celle de la période ptolémaïque ou gréco-romaine.

La moyenne de l’imdice céphalique des quarante-trois sujets réunis est de 77,30.

4 Das anthropologische Material des anatomisches Museum für Küniglichen Universität zu Berlin (Die anthropologischen Sammlungen, Brunschweig, 1893).

Fig. 87. — CHaNDELIER DU SULTAN KaLAoUN (1/5 gr. nat.)

ions.

puisse être

remontent,

ithiques on néolithique

autre trace «

La civi son extraort rare

civilisations La plu

TABLEAU ETHNOLOGIQUE pu TomBEau DE Sert Ie (p’ApR

ës ROSELLINI)

Après avoir exposé l’état des connais

déterminée par des « en partie, à l’époq

autochtone. Tout permet de penser qu'en Égypte, comme ailleurs, les ind

; progressé lentemen durant laquelle ont a

L'Egypte a donc eu véritabl

e la population de ce lisation néolithique d inaire développemen

et il semble que la population de cette époque ait été rapidement pénétrée par d

plus avancées.

sances acquises sur l'anthropologie des popu-

ations anciennes de l’Egypte, il importe de résumer les faits les plus saillants qui s’en dégagent et de présenter quelques conclusions relatives à leurs origines et à leurs flia- Ba I I f

On a constaté qu'antérieurement au développement des dynasties pharaoniques, une civilisation lithique s’était montrée en Egypte comme dans les autres pays, en suivant es mêmes phases évolutives. Des vestiges nombreux de la période paléolithique, et spécialement de types Mesvinien et Chelléen ont été découverts sur divers points de la vallée du Nil, et bien qu’ils n’aient été nulle part recueillis dans des dépôts dont l'ancienneté

ébris paléontologiques, il y a tout lieu de croire qu'ils ue quaternaire, et que cette civilisation primitive est ustries paléo— et sans transitions brusques, pour arriver à l’époque pparu les métaux.

ement un âge paléolithique, mais on n’a jusqu'ici aucune te époque que les vestiges de son industrie.

jui lui a succédé a laissé des preuves innombrables de

. Toutefois, les stations néolithiques sans mélanges sont

es

art, en effet, des nécropoles les plus célèbres, telles que celles de Négadah,

d’Abydos et d’autres que l’on a voulu rattacher à cette civilisation, renferment, associés

à des mobiliers funéraires en apparence purement néolithiques, des objets nombreux, sûrement plus récents, témoin certains ustensiles en bronze et en ivoire, de la céramique peinte, etc. On y trouve ausssi des vestiges vraiment historiques, comme des stèles et des sceaux de rois, de Ménès entre autres. Ces nécropoles ne peuvent donc plus être considérées comme préhistoriques et, dès lors, les restes de la population à laquelle elles ont appartenu comme prédynastiques.

La présence, dans ces milieux dits préhistoriques, de nombreux objets néolithiques ne pouvant plus les dater, prouve simplement que l’art de tailler la pierre et l'emploi de ces sortes d'objets a persisté fort longtemps dans la vallée du Nil, comme tant d’autres

usages.

Quant à l’époque des métaux, elle semble ne pas avoir eu en Egypte les mêmes

phases évolutives qu’en Europe. Le cuivre, le bronze et le fer même paraissent s’y être montrés de très bonne heure, et par importation d’une ou de plusieurs régions à déter— miner.

Mais vouloir leur assigner en bloc aussi bien qu’au peuple qui les a importés ou développés, une origine asiatique,

st une théorie que les faits ne sont pas encore venus appuyer. Tout au plus est-il possible d'admettre que, par leurs formes et leurs compositions, certaines petites hachettes de bronze semblent provenir de la basse Chaldée. Ce n’est là qu’une hypothèse qui demande confirmation; les pièces de cette nature qui ont été étudiées jusqu'ici sont encore trop peu nombreuses.

Quant au fer, on est généralement d’accord pour lui attribuer une origine africaine et peut-être négritique.

Après la période Memphite, Pon assiste durant les trois ou quatre premières dynasties à l’entrée en scène de la civilisation pharaonique dans un milieu encore en partie néolithique. Cest durant la première partie de cette période, qui est vraiment une époque de transition entre les temps préhistoriques et les temps historiques, que s’est en réalité constituée la nation égyptienne. Cest dans l’étude des matériaux archéo— logiques et anatomiques des nécropoles de cette époque que lon peut espérer découvrir les éléments capables de montrer les origines et de la civilisation et de la race des Egyptiens.

Plusieurs théories ont été émises, on l’a vu, au sujet des origines de cette race importante. Je ne reviendrai pas sur les détails de la discussion à laquelle elles ont donné lieu ; je désire cependant rappeler encore que si une partie de la civilisation égyptienne primitive à pu être importée d'Asie durant l’époque néolithique, aucun fait ne permet de rattacher le type des Egyptiens de cette époque à une race asiatique, comme l’a démontré l’étude de leurs crânes. Quant à la théorie de la Mes Race, qui les faisait lybiens par leurs industries et par le type de leurs crânes, elle n’est pas plus acceptable, car elle est établie sur la comparaison de faits qui ne sont pas comparables. On ne connait pas encore, en effet, les produits des civilisations préhistoriques des Berbères du nord de l'Afrique. On

ne peut pas admettre ensuite que, de quelques ressemblances qui peuvent exister entre la

céramique et les crânes des gens de Négadah, par exemple, et ceux des Berbères actuels L'Ecvpre. 18

on puisse conclure à une origine commune‘, Que l’on compare entre elles des civilisations contemporaines et des crânes de races différentes mais de même époque, cela se conçoit, mais comment peut-on attacher quelque valeur à de prétendues ressemblances que séparent sept à huit mille ans? Quels changements et quelles modifications ethniques dont on ignore, et dont on soupçonne à peine l'étendue, se sont opérés durant cet immense laps de temps, aussi bien en Lybie que dans la vallée du Nil! Au reste, l'étude des crânes de ces nécropoles, au sujet desquels il y a lieu de faire des réserves, ne montre nullement ces superpositions de types sur lesquelles MM. Fouquet (ir de Morgan), Pétrie*, Myers? et d’autres s'étaient appuyés pour soutenir soit la théorie asiatique, soit la théorie libyenne. Il faut ajouter que nos tableaux de moyennes montrent d’une façon précise que les distinctions que l’on a voulu établir entre les gens dits préhistoriques et ceux des temps pharaoniques, d’après leurs caractères craniologiques, sont moins grandes qu’on ne l’a dit. On trouve, en effet, chez des Nubiens d’Eléphantine de la XIP dynastie et des Thébains de la XVIII dynastie, des indices céphaliques moyens variant de 72 à 74, tout comme à El-Khozan, à Négadah et dans d’autres nécropoles de la même époque.

Nos tableaux de moyennes et de mises en série montrent assurément des varia-

tions nombreuses dans les indices céphalique et nasal, mais rien ne permet d'établir entre les groupes de populations des temps archaïques de la vallée du Nil et celles de telles ou telles autres régions de PAfrique ou de l'Asie, d’autres rapports et différences que ceux que l’on peut constater de nos jours entre les divers peuples qui habitent ces mêmes pays.

Les mises en série de ces crânes ont appris que l'indice céphalique varie, dans les divers groupes de cette catégorie, de 70 à 83 et 91. Cet écart extraordinaire que l’on constate ainsi est loin de prouver l’homogénéité absolue que quelques observateurs ont voulu y trouver.

Quel était donc le type moyen des habitants de l'Égypte à l'époque memphite ? Les documents que nous avons pu étudier montrent une population dolichocéphale avec un indice de longueur-largeur de 72.97; méso-faciale avec l’indice facial ophrio— méntonnier de 70,02; mésorhinienne avec un indice de 50,00; son indice biorbitaire est de 21,24:

Les mises en série des moyennes et des indices semblent prouver qu’à cette époque

deux types principaux, peut-être trois ou quatre, vivaient côte à côte, dans la vallée du Nil. L'un est caractérisé par un crâne long et élevé, une face souvent allongée et un nez moyennement long et saillant. L'autre pourrait être subdivisé en deux groupes d’égale importance : chez le premier, le crâne est long et peu élevé, la face peu allongée et le nez souvent court; chez le second, le crâne est également allongé, la face est courte et le nez large. Mais dans quelle proportion s’est effectué ce mélange de sang ou de type, soit dans l’ensemble de la population, soit chez les individus ? À quel type actuel, enfin, est-il possible de le rattacher?

Sans oser espérer arriver à des rapprochements aussi précis que

* Randall-Maciver, On a fabrice of Kabyle pottery (Anthropolog. Institute, v. XXXII, 1902). * Flinders Petrie, the Races of early Egypt (Journal of anthropological Institute, v. XXXI, 1901). * Ch. S. Myers, Note on the early period of Egypt (the Man, 1902, n° 51).

ceux qu'ont proposés MM. Emile Schmidt', David Randall-Maciver? et Kolmann’, et surtout sans vouloir établir d’une façon aussi nette qu’ils Pont fait, dans quelles proportions chacun des six types africains a pu entrer dans la composition du peuple dit préhistorique, je crois qu’il sera possible d’approcher de la vérité, ainsi que je lai exposé précédemment. Mais pour rester dans l'esprit vraiment scientifique, on ne peut présenter en cette matière, je tiens à le déclarer dès à présent, que des approximations. Quoi qu’il en soit, on ne saurait chercher utilement des liens de parenté entre les Égyptiens primitifs et les populations actuelles de l'Afrique lybienne, d’abord parce qu’on les connait assez mal, et puis ensuite

parce qu’on ne connait pas du tout leurs ancêtres contemporains des gens dits préhistoriques de la vallée du Nil. Nous ne reviendrons donc sur cette question qu'après avoir épuisé les matériaux qui font l’objet de la seconde partie de cet ouvrage.

Les Egyptiens de l'antiquité eux-mêmes avaient soigneusement distingué les divers

ypes de peuples qui vivaient parmi eux ou avec lesquels ils se trouvaient en relation, et cela dès la XVIII dynastie. On a vu comment ils ont représenté ces divers types en

montrant avec une vérité remarquable les caractères propres à chacun de ces peuples. On

reconnait très bien les Égyptiens d’abord; puis les Asiatiques, Juifs ou Assyriens; les

Nubiens ou Ethiopiens du Nil ou de la mer Rouge; les nègres du Soudan; enfin les

Libyens et les Européens à peau blanche et à cheveux bouclés. Ces admirables reprodue-

tions ethnologiques sont pour nous des jalons précieux pour nous indiquer les relations extérieures des Égyptiens et le type des autres races avec lesquels ils ont vécu dans leur pays. Parviendrons-nous, par la méthode scientifique à retrouver, parmi leurs dépouilles les divers types qu’ils ont pu présenter, et cela avec la même précision que Pont fait les

vieux Égyptiens grâce à leur merveilleux génie artistique? On peut se le demander et même en douter.

La question importante de l’ancienneté relative des nécropoles antiques a préoccupé les égyptologues, et les anthropologistes ne peuvent pas s’en désintéresser; aussi a-t-on dù chercher dans les éléments ethnographiques propres à chaque période un crité= rium à peu près constant. Ce critérium se trouve d’abord dans l’apparition de Pusage de la momification, et dans ses étapes évolutives qui sont marquées par des particularités spé— ciales à chacune des grandes périodes historiques, telles que nous les admettons ; elles coïncident du moins dans une certaine mesure avec les événements d’après lesquels ces divisions ont été établies. C’est ainsi que les pratiques de l’embaumement si compliquées durant l’époque saïte et surtout l’époque thébaïne tombent en désuétude avant de dispa-

raitre, tandis qu’elles ne prennent réellement naissance que vers la fin de l’époque memphite.

On a vu également à quel degré de perfection cet art est arrivé, principalement chez les momies d’un certain nombre de rois et sur de belles séries de Thébains dont il a été

{ Archiv für Anthropol., Band XVIT, 1888.

? Recent anthropometrical work in Egypt (Journal of the Antrop. Instit. of Great Britain and 1reland, N, 30, 1901. — Zibyan notes, in-4°, London, 4901.— The earliest Inhabitants of Abydos, À craniological study, Oxford (1901).

8 Die Gräber von Abydos(Correspondenz-Blatt, loc, cit., n° 11 et 12, 1902),

possible de prendre le signalement anthropométrique. Durant la première partie de cette période, c’est-à-dire pendant les trois ou quatre premières dynasties, tout comme durant l l F À ;

les temps préhistoriques, les cadavres ne subissaient aucune préparation ; ils étaient

purement et simplement desséchés à l’air libre, et placés ensuite dans des tombeaux de types divers.

Quant aux cadavres accroupis que Pon a découverts dans quelques-unes des néero— poles archaïques prématurément rattachées à l’époque néolithique, il n’est pas démontré, maloré les récentes et fort importantes découvertes de M. Reisner à Girgeh, qu'ils appartiennent tous à la première moitié de la période memphite. Ils n’ont pas plus subi de préparation que les autres sujets de la même époque et si, quelques-uns portent des races de bitume ou d’emmaillotement, c’est qu’ils sont plus récents, ou qu’ils ont été rouvés en contact avec des momies moins anciennes.

L'emploi du bitume qui, plus tard, vers le déclin de la puissance jharaonique,

aisait à peu près, à lui seul, tous les frais de l’embaumement, n’est courant qu’à partir de a XIIe dynastie.

Les véritables tombeaux avec mastaba ou pyramide ne remontent, en réalité, qu’à la

IV® dynastie, et leur usage se continue, en se développant, jusqu’à la fin de la périoc

hébaine, époque de leur apogée.

On s’est demandé pendant longtemps si les nombreuses représentations humaines, dont les Egyptiens ont décoré leurs monuments, particulièrement leurs hypogées, pouvaient fournir des renseignements suffisamment exacts au point de vue de leur morphologie. N'ont-ils pas voulu représenter plutôt des types conventionnels et des portraits schéma tiques de races que des portraits d'individus? Cette hypothèse est acceptable pour certains bas-reliefs et pour un grand nombre de peintures murales, ainsi qu'on la vu pour les tableaux ethnologiques, si vrais pourtant. Mais quand il s’agit de personnages en ronde bosse comme, par exemple, les statues des grands rois, on se trouve en présence de véritables portraits d'individus dont l’exactitude parait assurée par les sentiments mêmes qui en avaient dicté l'exécution.

Les statues de Ra-Hotpou, de Nefert-la-Belle, de Khéphrèn, de Kéops, de Nem— hotep, puis celles du Scribe et du Scheikh-el-Beled, pour ne parler que des plus belles parmi les plus anciennes, sont très probablement de véritables portraits. Je ne les crois cependant pas as

ez rigoureusement exactes pour que l’on puisse relever sur elles des observations anthropométriques, utilement comparables à celles des momies et des cränes. Mais elles ne sont pourtant pas à dédaigner, au point de vue de l'étude générale de la morphologie humaine de ces époques reculées. Ces morceaux de sculpture donnent une idée assez juste de la physionomie des Egyptiens de la période memphite, et montrent ampleur du talent des artistes du temps. Il en es tassen [*, des Aménemaït III, des Ramsès, de Taïa et de tant d’autres personnages illustres appartenant aux périodes Thébaine, Saïte et Ptolémaique.

: de même des effigies des Ousir-

Si la période Memphite a montré une population hétérogène, celle de la période Thébaine ne l’est pas moins. On voit, en effet, que la moyenne de l’indice céphalique

Page 1