ÉPOQUE DES MÉTAUX
On a vu, dans la description des mobiliers funéraires des néaropoles archaïques, que le métal avait fait son apparition sous forme de rares petits ustensiles dans des milieux néo— lithiques. Ce sont, tantôt de petits couteaux courbes, rappelant par leurs formes certaines grandes lames de silex, tantôt des poinçons, des épingles, des hachettes, des poignards, ou bien encore des ciseaux, des hamecons, des pincettes, des vases, ete. J’ai rencontré dans mes fouilles de Khozan quelques rares échantillons de ces objets, dont la plupart rappellent ceux que Fon trouve en Europe dans les monuments qui appartiennent à l’époque de transition entre l’âge de la pierre et l’âge du bronze, tels que les dolmens des Cévennes,
les palafittes des lacs suisses (fig. 11). De ces ressemblances, on avait conclu que ces objets
étaient en bronze, ainsi que la plupart de ceux de même nature trouvés en Égypte et
! De Morgan, loc. cit., p. 71.
* Archeological survey of Egypt, fifth memoir, Beni-Hassan, part. III.
12 POPULAMIONS ANCIENNES
appartenant à des époques moins anciennes. Des analyses chimiques, dues à M. Berthelot, sont venues trancher la question!.
En effet, l’étude de huit échantillons provenant des fouilles d’'Abydos a montré que tous étaient en cuivre à peu près pur, renfermant parfois de larsenice, mais ne conte nant ni étain, ni plomb, ni zine.
Les objets de cuivre découverts dans le grand tombeau d’Om el Gaæ’ab?, près d’Abydos, par M. Amelineau, se composent de deux vases en forme de jares, comme ceux dalbâtre, et de deux autres plus petits avec becs ; d’une douzaine de haches arrondies du côté du tranchant et percées d’un trou pour être fixées à un manche en bois; d’une série nombreuse d'instruments de toutes formes : hachettes, couteaux, ciseaux, poinçons,
épingles, aiguilles, etc.
Toutefois, le bronze n’a pas tardé à se montrer, car on a constaté sa présence cer— taine au début de la IV° dynastie. L’analyse d’un anneau découvert par M. de Morgan dans le mastaba d’un prêtre de la pyramide de Snofrou, à Dashour (IV° dynastie), a donné 76,71 pour 100 de cuivre et 8,2 pour 100 d’étain, tandis qu'un autre fragment daté de la VI® dynastie contenait 86,23 pour 100 de cuivre et 5,68 pour 100 d’étans.
Parmi les objets en bronze appartenant au moyen Empire et analysés par le savant chimiste on remarque : un fragment de bracelet de la XIT° dynastie composé de 68,39 pour 100 de cuivre, et de 16,31 pour 100 d’étain; un crochet de la même époque con— tenant 69,23 pour 100 de cuivre et 9,82 pour 100 d’étain. Ces analyses fournissent des
compositions très diverses et prouvent que létain entrait dès cette époque d’une façon constante dans les alliages égyptiens. Mais il est certain que le fer était déjà connu et
employé concurremment avec le bronze dès l’ancien Empire. On sait que M. Maspero
a découvert dans la pyramide d’Ounas, de la V° dynastie, un instrument en fer. À Dashour, le même savant a recueilli, dans une partie non remaniée de la pyramide appartenant à la XIL° dynastie, un amas considérable d’ustensiles brisés, en fer, parmi lesquels se trouvaient des débris d’herminettes, de ciseaux, de couteaux, etc.
Ce fait et bien d’autres cités par maints auteurs prouvent que le fer à été connu des
Égyptiens presque en même temps que le bronze, tandis qu'en Europe il n'apparait que lorsque le bronze a cessé d’être d’un emploi exclusif, Rien n’autorise done M. Montelius à soutenir que « les Égyptiens pendant tout le temps de l’ancien Empire, et probablement
jusqu’à environ 1500 ans avant Jésus-Christ, ne connaissaient pas l’usage du fer et w’emplovaient que du bronze pour leurs armes et leurs instruments; que l’âge du bronze
la fin du
a continué en Egypte jusqu’à la dite époque, et que le fer, encore vers deuxième millenaire avant Jésus-Christ, n’a pas entièrement remplacé le bronze pour la
confection des armes et des instruments tranchants ? ». I lui sera bien difficile aussi de faire
4 Comptes rendus Acad. Sc., 24 mai 1897. Hist. des Sciences : Outils et armes de cuivre pur en Egypte, procédé de fabrication. Nouvelles recherches par M. Berthelot.
? Recherches, p. 249.
# Berthelot, loc, cil., p. 138.
‘ L'Anthropologie, t. II, 1891, p. 105. Notes de M. Maspero dans $. Reinach, critique de Wiedemann, du mémoire de Montelius sur l’âge du bronze en Egypte. ? L’Anthropologie, t. 1, 1890, p. 38.
admettre cette théorie, d’après laquelle la majeure partie du temps qu'embrasse la civilisation écyptienne devrait être considérée comme âge du bronze *.
J’ajouterai quelques mots encore à ce qui a été dit au sujet de la rareté des ustensiles ou armes en fer dans les ruines égyptiennes. À Vappui de cette opinion que lusage exclusif du bronze a duré fort longtemps en Egypte, on a argué de la rareté du fer, mais on a oublié qu’il était rare, même dans les monuments de l’époque ptolémaïque. Toutefois, comme il est démontré, ainsi qu'on l’a vu, que le fer était connu aussi bien que le bronze
et le cuivre dès l'aurore de la période memphite, on s’est demandé à quelles causes il
allait attribuer sa disparition. On a songé tout d’abord à la rouille, puis à la refonte des
objets hors de service. M. Montelius croit que le fer a disparu surtout par la refonte, ear il
vense qu’elle s’imposait aussi bien pour les objets en fer que pour ceux en bronze. Au reste, suivant lui, les tombeaux de PEgypte sont si secs que, moins qu'ailleurs, le fer ouvait y être altéré par l'oxydation. M. Montelius ignore sans doute que le sol tout entier de la vallée du Nil est imprégné de nitrate de soude qui est un destructeur, au
remier chef, des métaux et du fer en particulier. Même les objets en bronze ou en cuivre
sont toujours attaqués par une oxydation profonde, ou sont recouverts d’une patine épaisse orsqu’on les extrait du sol, et cependant ces métaux sont plus résistants que le fer à cette décomposition. Je n’insisterai pas davantage sur cette question des métaux durant la période préhistorique. MM. Chabas, de Morgan, Montelius, Wiedemann et d’autres ’ont traitée sur toutes ses faces : je nai donc pas à y revenir.
Quoi qu’il en soit, le cuivre, puis le bronze et peu après le fer, semblent avoir, en
Seypte, rapidement succédé à la pierre pour les usages domestiques. [] faut donc renoncer à vouloir trouver dans la vallée du Nil une évolution mdustrielle semblable à celle dont on constate, en Europe, les étapes, d’une façon d'autant plus régulière qu’on observe les faits en allant du sud au nord. Quant à l’origine des métaux qui se sont montrés de si bonne heure chez les populations néolithiques, qu’elle soit due à une race envahissante asiatique ou libyenne (#ex race), où qu’elle soit auctochtone, elle ne peut être discutée utilement
que lorsque nous aurons étudié les nécropoles archaïques.
> du bronze en Egypte, loc. cit., p. 27.
4 gr. nat.)