‹ Recherches anthropologiques dans l'Afrique Orientale, ÉgypteChapitre 52 sur 106 · ACTUELLES · texte numérisé non relu

ACTUELLES

Une des ressources de cés paysans est dans l'élevage de la volaille : dindons, oies,

canards, poulets, pigeons. Les fours à poulets, connus en Egypte dès la plus haute antiquité, paraissent avoir été importés par les Iramiens, qui eux-mêmes auraient appris des Chinois Pmeubation artificielle’. Cette industrie se pratique encore couramment dans le pays. « La production artificielle des poulets constitue pour ainsi dire la seule industrie du Fellah; aussi y est-il passé maitre. Deux rangées de fours en briques crues,

séparés par une galerie centrale, chauffés à peu de frais avec des détritus organiques, sur— veillés par un où deux ouvriers maigrement rétribués, et produisant de 5000 à 6000 pou lets par chaque deux mois de fonctionnement, tel est le bilan de cette industrie qui mériterait d’être encouragée dans le pays, et qui menace, au contraire, de disparaître à bref délai?. »

Fig. 100. — PorTEurRs D'EAU A Louosor.

L’étranger qui visite l’Eg

rpte pour la première fois est très frappé par la vue, dans les villages, de véritables édifices, singuliers de forme, mais pittoresques, qui ne sont autre chose que des pigeonniers. On ne peut s’imaginer quelle place les pigeons tiennent dans la vallée du Nil. Ces colombiers sont constitués par des vases en terre cuite agencés très ingénieusement et facilitant l’entrée et la sortie des pigeons qui vont chercher leur nourriture au dehors.

l’outillage agricole du Fellah est peu différent de celui deses ancêtres pharaoniques. Comme eux, il cultive au moyen de la houe et de la charrue. Celle-ci, la simple araire des anciens, est attelée d’un buffle ou d’un chameau et plus souvent d’un âne. À ce maté

riel il faut ajouter la 2074y, sorte de herse composée d’une série de petites roues, et ces

appareils d'irrigation, si particuliers à l’Egypte, connus sous le nom de sakieyA (sorte de

noria) et de chadouf. La meule dormante à moudre le grain et le métier à tisser, ainsi

1 Yacoub Artin pacha, Bull. de l'Inst. L'gypt., 1891. ? Piot hey, loc. cit., p. 26.

que la plupart des autres ustensiles, plus où moins primitifs, de son ménage et de sa ferme sont également peu différents de ceux de l'antiquité. Comme ses ancêtres, le Fellah file au fuseau, teint et tisse, durant ses rares moments de loisir, la laine et le coton dont il doit

faire ses vêtements. Ceux-ci sont aussi simples qu’uniformes pour les deux sexes. Ils se composent d’un caleçon de cotonnade bleue ou blanche et d’une grande robe dite galabieh. Leur coiffure consiste, chez les hommes, en une calotte en feutre brun ou blanc, la bibdah, ou en un bonnet en coton, quelquefois brodé, la t4kieh. C’est autour de cette coiffure légère qu'ils enroulent, à l’exemple des Tures et des Arabes, le turban fait d’une pièce d’étoffe mince où dun simple mouchoir. Chez les femmes, le turban est remplacé par une pièce d’étofle bleu foncé qu’elles portent généralement rejetée en arrière, mais qu’elles ramè— nent à volonté sur le visage, lorsqu’elles veulent se voiler aux regards des hommes étran—

gers. Les deux sexes vont entièrement nus jusque vers l’âge de cinq ou six ans.

Les femmes recherchent fort les bijoux : colliers, bracelets, bagues, pendants doreille, boutons de nez, sans compter diverses amulettes et des pièces de monnaie cousues aux vêtements où à la coiffure, sont les compléments de rigueur de leur toilette.

Leur nombre et leur valeur varient avec la position de chacune, mais on ne voit pas une

femme sans le moindre bijou. Il en est peu qui ne possèdent au moins un bracelet ou deux

en argent, ainsi qu'un bouton de nez et un collier de grosses perles en verroterie.

Les hommes serasent la tête, comme les musulmans en général, et la plupart portent la barbe. I] est rare de trouver une femme avec une belle c ievelure, car elles ignorent

absolument les soins que nécessite cet ornement, que la nature ne leur a pourtant pas

donné avec plus de parcimonie qu'aux autres femmes. Elles savent cependant faire usa2’e du henné. Elles tressent leurs cheveux en petites nattes avec des fils de laine ou de soie et y attachent des amulettes et des pièces de monnaie. L'usage du kohol (antimome) est

très répandu parmi les Egyptiennes, qui rehaussent ainsi l'éclat et la grandeur de leurs

yeux, déjà fort beaux, mais il les préserve aussi des affections oculaires, si fréquentes

dans ce pays. Trop pauvre pour acheter des parfums, la Fellah'parfume cependant volontiers son linge avec une poudre composée de plantes odoriférantes pulvérisées, telles que l’aspic, le fenouil, la rose, ete. Enfin, la coquetterie féminme ne se borne pas encore à

ces modestes usa

es. Afin de se durcir les ongles des mains et des pieds, sans doute

aussi pour les embellir, elle les teint à l’aide de ce même henné dont elle colore ses cheveux. Souvent même les paumes des mains en sont entièrement couvertes. Cette habi—

tude, commune à tous les veuples musulmans, a dû leur être apportée par les Arabes, aussi bien du reste que le tatouage. Les femmes se font tatouer de préférence le front, les tempes, les pommettes, le menton, la poitrine, le poignet ef la face dorsale de la main; les hommes se contentent de se faire orner les bras et le haut de la poitrine. Ce ne sont

généralement que des pointillés circulaires, des traits verticaux ou des dessins irréguliers

qui font les frais de ces tatouages exécutés en bleu et à l’aiguille. C’est aux tziganes nomades appelés Aharvc

i en Egypte qu'est réservé l'exercice de cet art du tatouage qui, chez les Fellahin comme chez beaucoup d’autres peuples, même européens, est un reste de fétichisme et de pratiques propres aux races primitives.

La jeune Fellah de douze à vingt ans est très souvent belle et même fort jolie, grande, svelte ; ses épaules sont larges, les seins bien placés, et sa physionomie est des

plus expressives. Ses yeux étincelants, longs, à demi voilés de cils noirs, sont superbes. Sa démarche est fière, vive, élégante. Il est impossible de porter avec plus de gràce un fardeau sur la tête, tel que la cruche lorsqu'elle va puiser l’eau au Nil ou lorsqu’elle porte un jeune enfant sur l'épaule. Enfin, il ne faut pas omettre de dire que, chez les deux sexes, les dents sont belles et éblouissantes.

Les Fellahin sont tenus en mépris par les Bédouins, qui seuls ont, comme on l’a vu,

Fig. 101. — UN cHADoUr A TROIS ÉTAGES DE NVIRONS DE LOouosor. (Photographie de M. René Dreux.)

gardé le sang et surtout les mœurs des Arabes. Un Bédouin prend quelquefois la fille d’un Fellah, mais généralement il ne lui donne pas la sienne.

Ils ont gardé toute la susceptibilité des Arabes en ce qui concerne la chasteté de leurs épouses. Polygames comme tous les musulmans, ils prennent autant de femmes que leur fortune le leur permet. Beaucoup, du reste, ne désirent devenir riches que pour courir à un nouvel hyménée, car outre l'attrait — non à dédaigner — d’une jeune épouse, le mari trouve dans une nouvelle femme et dans ses enfants autant d'ouvriers qui travailleront pour lui en se contentant de leur nourriture et de leur entretien. Il est guidé, en cela, bien

plus par intérêt que par le désir de voir augmenter sa descendance. IL n’est pas rare de voir des Fellahin aisés se remarier huit et dix fois. Piot bey‘ cite le fait, qu’il ne considère pas comme exceptionnel, d'un cheikh de village âgé d’une soixantaine d'années, Vinvitant à son dix-septième ou dix—huitième mariage ; il possédait déjà soixante-douze enfants, nombre qui a dù s’accroitre encore après sa nouvelle union.

La fécondité de la femme est, il est vrai, prodigieuse, et Piot bey? raconte, d’après

AS

une/enquête faite par Yacoub Artin pacha dans un village de la basse Egypte, que la [ent ( È SYE il

Fig. 102. — JEUNE FEMME FELLAn pu Caire.

moyenne des nai

sances parmi la population rurale de cette région était de quinze par ménage. Mais il constate aussi qu’un tiers à peine arrive à l’âge adulte. C’est que Phabitude que on a de faire travailler les enfants dès l’âge le plus tendre, les privations et le manque absolu d'hygiène font naitre chez eux des maladies fréquentes, qui ont une influence des plus funestes sur leur développement.

1° associé aux travaux de la ferme. D'abord berger du petit troupeau de chèvres ou de moutons qu’il mène paître, parfois assez loin de la maison, il mène plus tard le baudet qui

ge de travailler vient vite chez l’enfant fellah. Dès qu'il peut marcher, il est

* Causerie ethnographique sur le Fellah (Bull. Soc. khédiviale de géographie, 1899). ? Piot bey, loc. cit.

ransporte au champ l’engrais (sebah) préparé ou recueilli par ses ainés. C’est à lui qu’on confiera — en partie — les semailles du coton; c’est lui qui en fera la récolte, et jouera un rôle prépondérant dans Pégrenage. Quand le petit Fellah n’est pas utile à la maison, on ‘envoie travailler dehors, comme manœuvre, et cela dès l’âge de huit ans et même avant. On voit fréquemment dans les chantiers de construction des garcons et des filles de huit à dix ans transporter sur leur tête, dans de petits couffins, de la terre, des briques, de la »ierre où du mortier. Ils travaillent le plus souvent en bandes, en chantant de leur voix

luette les versets du Coran, et sous la direction d’un surveillant armé de la gaule impitoyable. Le déblaiement de la plupart des grands monuments pharaoniques de

Fig. 103. — DécorricaGe DU BLÉ AU Fayoum.

(Photographie de M. René Dreux.)

Egypte ne s’est guère opéré que grâce à la multitude des petits travailleurs employés de cette sorte. Durant les hivers de 1897, 1898, 1899, les travaux de Karnak occupaient journellement de deux à trois cents enfants.

J’ai vu, il y a quelques années, aux abords d’une grande exploitation agricole, une bande d’une vingtaine de jeunes filles, âgées de douze à quatorze ans, au teint blême et à peine vêtues, décharger des wagons de charbon ageloméré, tout comme de solides et

oureux manœuvres. Aucune ne songeait à se plaindre de ce dur métier. Le salaire de ces malheureux enfants est pourtant bien maigre! La moyenne actuelle pour eux est d’une demi-piastre, alors que celui d’une femme est d’une piastre, et celui d’un homme de trois piastres. La piastre est de 26 centimes. Comme on le voit, depuis la plus haute antiquité jusqu’à nos jours, le pauvre Égyptien n’a eu d'autre lot que de travailler sans merci pour ses maitres. Les scènes gravées sur les monuments des pharaons montrent le peuple, troupeau de travailleurs doux et résignés, courbé sous la menace du fouet des surveillants.

Rien n’est changé. L'Éevpte est immuable dans ses aspects physiques autant que dans la destinée cruelle de ses enfants

Le Fellah adulte est travailleur, mais il lui manque cette activité propre aux races européennes. Livré à lui-même, sans surveillance, il ne dévelo pe qu’une somme d'énergie assez restreinte : c’est l’enfant nonchalant qu'il faut rappeler souvent au travail. Son bonheur suprême est le repos, et il ne travaille que quand il y est contraint; malheureuse— ment cette obligation ne se présente que trop pour lui. D'ailleurs, le grand ressort de

l’activité humaine lui manque, c’est-à-dire la certitude de jouir de ses peines et de posséder

quelque chose par lui-même. Pourtant, il est juste de remarquer, avec Piot bey, le

D" Abbate pacha et d’autres observateurs, que cette apathie est propre aux adultes seule—

ment. Le petit Egyptien est, au contraire, d’une vivacité remarquable, espiègle, intelli-

gent; il s’assimile avec la plus grande facilité tout ce qu’on lui enseigne, notamment les arts mécaniques, pour lesquels il semble avoir une prédilection et une aptitude toutes Spé— ciales. Il comprend et retient vite, et il possède, en outre, une remarquable faculté d’imitation. Mais, passé l’adolescence, il y à arrêt dans le développement du jeune Fellah, et

même régression. Les soucis et les charges de la vie de famille opèrent une véritable

métamorphose dans l’enfant qui se montrait si brillant et, comme il a été dit, la chrysalide,

au lieu de devenir un beau papillon, retourne à l’état de chenille. Ce singulier phénomène a préoccupé maints esprits. Piot bey s’est demandé aussi comment on pouvait expliquer

cette métamorphose récressive sur l'individu au moment précis où, cessant en quelque

sorte d’être asexué, le Fellah commence à vivre pour Pespèce. Et, à ce sujet, il propose

d’avoir recours à la psychologie comparée des animaux, pour éclairer les questions si

complexes des phénomènes intellectuels chez l’homme :

« Sans nous arrêter, dit-il, à d’autres espèces animales, prenons l'exemple de J’âne, ce pauvre calomnié, ce précieux auxiliaire du Fellah, dont il partage le dur labeur sans en être mieux récompensé. Le jeune baudet a toutes les vivacités de l’enfant. son air

éveillé et mutin, ses gambades malicieuses, ses brusques emportements, ses câlineries,

bord caressant pour tous, font l’objet de notre

ses mignardises auprès de sa mère, son admiration. Avec l’âge adulte, qui marque pour lui l'ère d’assujétissement à de pénibles

travaux, à de mauvais traitements, à une alimentation moins complète que le lait maternel pris à satiété, commence la déchéance morale de l’animal. Peut-on ne voir qu'une pure coïncidence dans cette évolution morale si constamment parallèle de deux êtres vivants côte à côte, parfois de la même nourriture. Pour ma part, je crois fermement à une corrélation entre ces deux ordres de faits. »

En principe, tout Éeyptien doit le service militaire, et le Fellah a la plus grande répugnance à s’y soumettre. Une fois sous les drapeaux, c’est un soldat sobre, patient, discipliné et brave, mais sujet à la nostaleie, De là, viennent tant de désertions et tant d'hommes à la chaine. On comprend leur désespoir, puisque le temps du service militaire est mdéterminé, et que celui qui part ne peut pas prévoir son retour. Aussi, rien n’est plus triste que le moment de la levée du contingent. La désolation des familles est affreuse. Lorsque les soldats sont embarqués, soit dans le train, soit sur le bateau qui les emmène,

Vair est déchiré des cris, des hurlements deleurs mères, de leurs femmes, de leurs parents.

Les femmes arrachent leurs vêtements, se couvrent de boue. de poussière, se lamentent

jusqu’à ce qu’elles tombent de lassitude, en leur tendant encore les bras, bien que les pauvres soldats ne soient plus à portée de leur vue. Comment, en présence du désespoir de sa famille qu’il laisse sans ressource, le soldat peut-il accepter de gaité de cœur le sacrifice énorme qu’on lui demande, à lui, pauvre paysan ignorant et dénué de la momdre notion du devoir, de l'honneur: et de la patrie?

Le Fellah est illettré d’une façon absolue; il sait à peine compter de mémoire. Ce que nous avons dit précédemment du travail des enfants explique cette ignorance. D’après les documents officiels, un septième à peine des enfants en âge de fréquenter la classe reçoit un rudiment d'instruction dont la base est la lecture du Coran. Cest dans ce livre, dont il ânonne durant des heures entières quelques versets, que l'Égyptien, comme l’Arabe et le

Ture, puise ses connaissances religieuses. Il n’apprend guère, du reste, de la religion, que

Fig. 104. — CHarReTre-OmniBus DES FeLLAHIN DU CaïRE.

les pratiques extérieures : jeùnes, prières, ete. Il faut faire exception cependant pour ceux qui arrivent à l’Université. À part sa haine invétérée du chrétien, le Fellah n’a pas de fanatisme. Il est charitable autant que le lui permet sa profonde misère, mais il n’est point serviable. Ecrasé sous l’oppression séculaire qui Paccable, il est méfiant et soup— çonneux. On ne doit pas compter sur l'exactitude ou la vérité des renseignements qu’il peut fournir.

Les Fellahin sont des musulmans peu pratiquants, en général, mais ils ne sont pas moins superstitieux que leurs coréligionnaires arabes ou tures. Comme eux, leurs mosquées et leurs tombeaux ne sont pas riches. En dehors du Caire et de quelques bourgs, on ne trouve que quelques petites mosquées et de modestes tombeaux.

Parmi les pratiques superstitieuses les moins connues et les plus répandues, notam— ment dans la Thébaïde, on doit signaler la forme des offrandes aux saints dont on demande l'intervention pour obtenir la guérison de quelques maux ou quelques autres grâces.

Jusque-là, la coutume des offrandes, qui est commune aux chrétiens et aux musulmans, n’a rien de trop étrange : c’est la manière de les présenter qui est spéciale. Celles

ci, composées de luminaires et d'aliments divers, sont déposées dans de petites cabanes en terre pétrie avec de la bouse de vache et séchée au soleil et dont les dimensions varient de 25 à 30 centimètres. Ces petites cabanes, assez bien décorées de motifs variés, rappellent les urnes funéraires ou cinéraires, dites à cabanes, découvertes autrefois dans le Latium et la Cappadoce'.

Ces cabanes à offrandes sont placées sur les tombeaux de certains saints, ou à proximité de mosquées dédiées à tel ou tel cheikh. La première fois que j’en ai vu dans la haute Egypte, c’est sur le tombeau du cheikh Benet Beri, près de Kozan, au nord de Kar— nak, où je pratiquais des fouilles en 1899. On pouvait voir à l’époque, sur ce tombeau, une quarantaine de ces petits monuments plus ou moins bien conservés, et dont plusieurs, les

plus récemment déposés, contenaïent encore des lampes grossières pourvues de mèches et

‘huile, puis des œufs, des fruits et d’autres objc

Comme ces petites chapelles ressemblent, par leur forme générale, aux bâtiments construits pour l’élevage des pigeons, les rares Européens qui les ont aperçues leur ont attribué le même usage. Or, on n’y ajamais vu nicher des pigeons, et on y trouve toujours

es restes de lampes ou d’offrandes diverses.

Le cheikh Benet Beri n’est pas le seul lieu sacré qui possède de ces cabanes à offrandes. Mon ami, M. Georges Legrain, m'a montré à Karnak, près de la porte de la mosquée d’Abou Touat, située à côté du temple d’Apet, une petite cabane du genre de celles dont

il est question. Elle repose sur l’arasement du mur d’enceinte de la mosquée, près de laquelle il n’y a pas, du reste, de tombeau. Ce monument, également d’argile, porte le nom de cheikh el-Gedim (/e vieux saint).

Des réparations au temple d’Apet que devait entreprendre M. Legrain ayant nécessité le déplacement de la mosquée d’Abou Touat et de son mur d’enceinte, les travaux furent

décidés d’un commun accord avec le mudir, mais quand il fut question de déplacer aussi le cheikh el-Gedim et de le transporter dans la nouvelle mosquée, il n’en fut plus de même. Il fallut parlementer longuement : le vieux saint ne pouvait pas changer de place

il devait rester toujours à la disposition des personnes pieuses qui peuvent avoir besoin de son intervention, alors que la mosquée est fermée, car on n’est pas assez riche pour avoir un portier. Il faut qu’en tout temps, jour et nuit, on puis:

: lui présenter des offrandes propitiatoires et la cabane dite cheikh el-Gedim — le monument étant pris pour le saint — doit être à portée des mains dévotes. La coutume est, en effet, très répandue que les proches parents, la femme surtout, tandis que son mari räle sur son grabat, aillent allumer une lampe — le cierge de l’endroit — en l’honneur du saint

protecteur. Ces cabanes ne doivent donc être considérées que comme des chapelles extérieures ou, comme à Karnak, une dépendance de la mosquée.

Dans sa conduite envers les animaux, le Fellah montre lun des côtés les plus

singuliers de son caractère. Alors qu’il roue de coups son chameau, son âne ou son bœuf, il se garde bien de chasser ou de détruire les animaux sauvages de toute espèce : carnassiers, rongeurs, oiseaux, reptiles ou insectes qui attaquent sa basse-cour, ravagent ses récoltes ou troublent son propre repos.

* Ernest Chantre, Recherches archéologiques en Cappadoce, in-4°, Paris, 1898. L'EcyPre. 23

L’insensibilité du Fellah aux souffrances physiques comme au

grandes. On le voit supporter des opérations réputées parmi les pli

punitions corporelles des plus humiliantes et des plus cruelles avec

dinaire. Il s’abstient de toute plainte, de toute manifestation de vi

es travers et des bizarreries de son caractà

À propos « les

être synthétisé par les trois expressions qui revienr

d’après l’une des plus hautes et plus sympathiques personnalités ég

caractère peu

x émotions est des plus

1 douloureuses ou des un stoicisme extraor— re souffrance,

, Piot bey! rapporte, yptiennes, comment ce nent sans cesse dans la tard), et Aadère (c’est

conversation : #nalèche (cela ne fait rien); bowkra (demain, plus entendu, c’est compris).

Le Fellah adulte, homme ou femme, est peu porté — de sa nature — vers le chant.

Son impassibi

ité émotionnelle ne l’y dispose pas. Mais lorsque les e

nfants se trouvent réu—

Fig. 105. — CABANES A OFFRANDES DES FELLAHIN DE LA HAUTE EGYPTE (au 1/

nis en certain nombre

jour travailler, ou dans les jours de réjouissan.

férence une fillette, entonne une chanson. Le refrain, qui revient fréq

chœur par toute latroupe, qui en même temps bat des mains en cade

chansons se rapportent à des sujets divers: les saisons, les récolte

M. Bourriant a recueilli un assez grand nombre de ces chansons pop

ÿ de grandeur réelle).

ce, l’un d’eux, de pré uemment, est repris en nce. Les paroles de ces s, et surtout l’amour.

ulaires, dont il a publié

un fort intéressant volume. Le Fellah ne danse pas plus qu’ilne chante. Lors des fêtes qui

sont données à l’occasion des mariages, il fait venir des owalin ou

profession qui se recrutent surtout chez les Gaiv

Comme les Arabes, les Kellahin sont très amateurs de con d’ailleurs, assez bien avec la rusticité de leur intelligence, par leu généralement comique. Leur nombre est considérable et $S. E. en à publié, ainsi que Spitta bey, toute une série. La plu

aventures extra-conjugales.

De tout ce qui précède il ressort clairement que le sort fait au qu’il mérite. Et il semblerait que tant de siècles de dure servitude de ver grâce devant ses maitres du xx° siècle. Malheureusement, la

almées, danseuses de tes. Ceux-ci cadrent, r naïveté et leur sens Yacoub Artin pacha art ont trait à des Fellah n’est pas celui vraient lui faire trou—

Jonne terre d'Egypte

est toujours là avec ses trésors de fécondité, et la cupidité des hommes est la même aussi,

4 Piot bey, loc. cit., p. 40.

Page 1