STATUES TOMBALES EN PIERRE, KAMENE BABA
Sous le nom de Æamene Baba (bonne femme ou mère de pierre) ou encore de
babouchka (bonne mère), on désione certains monuments qui, jusqu'à ces derniers
emps, paraissaient pr voisines du Dnieper; « a reconnu que l'aire rouvaient souvent « scientifique de ce derr
une très erande impor
ombales, celle des
’opres à la Russie méridionale, et spécialement aux régions u Don, du Kouban et du Térek. Depuis quelques années on de leur dispersion était beaucoup plus étendue, et qu’ils se ans le voisinage immédiat des kourganes, La constatation nier fait, déjà signalé par la plupart des anciens voyageurs, a tance, car s’il est possible de retrouver l’origine de ces pierres
kourvanes et des nécropoles voisines sera bien près d’être
démontrée; c’est pourquoi j'ai pensé qu'il ne serait peut-être pas sans intérêt de
réunir les divers rensé
autant que possible, Ammien Marcellin,
ces curieux monumetr
ignements que l’on possède à leur égard, dans le but d’éclairer,
a question des kourganes de la Russie méridionale.
qui vivait au commencement du 1ve siècle, parle le premier de
its lorsqu'il décrit les Huns : « Ils sont, dit-il, d’une figure
extraordinaire, et marchent si courhbés, qu'on les prendrait pour des bêtes à deux
pieds, ou pour ces pili
les bords du Pontt. »
ers grossièrement rabotés en figures humaines qu’on voit sur
! D’après KLaproTH, €. I, p. 85.
Depuis cette époque jusqu’au xmr siècle, aucun auteur ne fait mention de ces baba. Ce n’est qu’en 1253 que Rubriquès où Rybroscke, envoyé par Louis IX, roi de France, en ambassade auprès du grand Khan tatare, s'exprime ainsi dans le dixième chapitre de son intéressante relation : « Pour les Komans, dit-il, ils ont coutume d'élever une motte ou tertre sur la sépulture du mort, et lui dressent une statue, la face tournée à lorient, et tenant une tasse à la main, vers le nombril... »
Guldenstædt!, à la fin du siècle dernier, a cité plusieurs kamene baba dans les
districts du nord du Caucase, notamment dans le voisinage de Piatigorsk, ainsi que près des rivières Tcheghem et Baksan, puis sur les bords du Térek, en Kabarda.
Klaproth? rapporte qu’une statue de pierre mutilée est à 2 verstes du passage de Yegarlyk. « Arrivés à la moitié du chemin entre Bezapasnoï et Danskaya, éloignés de 20 verstes l’un de lautre, nous avons trouvé les deux statues de pierre décrites par Guldenstædt. Elles sont peu éloignées l’une de l’autre : l’une représente un homme, l’autre une femme.
« Des statues informes qui souvent ne sont travaillées que d’un côté, et ordinaire-
ment depuis la tête jusqu'aux genoux, mais toujours unies par derrière, se voient
fréquemment dans ce pays : elles ont une ressemblance grossière avec ces bustes de faunes et de satyres, sarmontant une gaine, si communs dans nos jardins et imités
de l’antique; leur physionomie est toute mongole : elles sont faites d’une pierre
calcaire coquillière de couleur grisâtre, et sont ordinairement assises. Les figures d'homme ont une cotte de mailles et un habit long, étroit, qui leur descend jusqu'aux genoux ; celles de femmes ont le sein nu et pendant, un jupon très court et quelquefois les cuisses nues : le cou est entouré d’un large collier, d’où descend un
cordon de perles : elles portent sur la tête un singulier ornement à deux rangs;
celle des hommes est couverte d’un petit bonnet pointu semblable à celui des
Chinois : derrière la tête pend une longue tresse. « Toutes ces figures, sans exception, ont par devant un vase à boire oblong, qui souvent n’est qu’une petite pierre creuse.
« Ces statues de pierre sont communes dans la partie occidentale du steppe,
1 Reisen durch Russeland und im Kaukasischen Gebürge auf Befehl den Russisch-kaiserlichen Akademie der Wissenchaften, herausgegeben von Pallas. 2PPOc Ci: LA pee
STATUES TOMBALES EN PIERRE 65 au nord du Caucase, près de la Kouma, de la Bywala, du Tachle, du Dongouzlé, de l’Yeï, du Tehalbach, de l’Yergarlik et du Manytch, et aussi entre le Don, le |
Donetz et le Dnieper. J'ai vu une figure semblable en argent de la longueur du
doigt, qui avait été trouvée par des paysans près de la Kouma; on ne lui voyait pas de bras. Ces statues portent le caractère de la plus haute antiquité. » Dubois de Montpéreux! a dessiné quelques-unes de ces statues qu’il a rencontrées
dans la Russie méridionale. Il a surtout été frappé de leur apparence mongole, 4
etil a une tendance à les croire chinois
L'une d'elles, en effet (fig. 17) pourrait étayer cette opinion, mais les deux autres (fig. 18-19)sont d’un type bien différent, quoique le costume soit à peu près semblable. La figure 17 représente un homme coiffé d’un bonnet où casque rond; son | vêtement qui tombe jusqu'aux genoux, est retenu sur la poitrine par une grande
agrafe ornée de croix grecques, et garni tout autour d’un double rang de cordons;
. Le bras gauche porte une sorte
un are et un carquois sont brodés dans les angle
de brassard, et le poignet est orné d’un bracelet. Il tient une coupe entre les mains.
La figure 18 représente un homme sans apparence de barbe. Il est coïffé comme le précédent. Son vêtement est simple; il est chaussé de bottes, et tient dans ses | mains un gobelet. | La figure 19 représente une femme dont la coiffure est singulière. Son cou est orné | d’un collier de perles. La tunique, assez simple, est garnie, près du cou, de deux rangs de galons; les mains supportent un gobelet. |
Un savant hongrois, Jerney, qui visitait la Russie méridionale en 1844, vit pour {|
la première fois, dans le Musée d’Odessa, quelques-unes de ces statues et crut y (| ; quel ÿ
reconnaître des types hongrois. Frappé de ce fait, il visita toutes les localités où,
selon lui, ces monuments existent encore par milliers. Ils ne sont plus à leur place | |
rimitive. c’est-à-dire sur des kourganes, mais dispersés dans les environs ; les mieux I S : ;
conservés ornent des jardins, comme ceux que j'ai vus en 1879 dans le parc du
prince Vorontsoff à Aloupka, en Crimée, au nombre de huit, et ceux du jardin des Ï , ’ J
eaux minérales de Piatigorsk. D’autres sont placés dans les murs des maisons; ils Le) d L]
servent quelquefois de seuils de portes, de marches d'escalier ou même d’abreuvoir.
1 Loc. cit., Série d'archéologie, PL. XXXI.
Au retour de son voyage, Jerney présenta à l’Académie de Buda-Pesth un mémoire sur ses observations tendant à démontrer l'existence de rapports intimes entre les populations qui avaient élevé ces kamene baba et le peuple hongrois : l'Académie ne partagea pas les conclusions de son savant correspondant.
Un certain nombre de ces statues conservées au Musée d’Odessa, où je les ai
vues il y a quelques années, sont fieurées dans un ouvrage que Jerney fit paraître en 1851.
L'une d'elles, fort dégradée, est d’un type difficile à déterminer: toutefois, elle est coïffée et vêtue comme les précédentes, et porte le même vase entre les mains. Sur les pans de la tunique, se voient le carquois, l’arc et le sabre oriental.
Plusieurs autres statues mieux conservées présentent également le type qui avait
frappé Dubois et ses prédécesseurs. Elles offrent aussi la plupart des particularités
que nous avons constatées chez toutes les autres (fig. 20 à 26),
Parmi les voyageurs modernes qui ont signalé ces baba, nous devons citer M. de Gille* : « A 60 verstes à l’ouest de l’église de Koumara, à Yaktzyk près de Nadejinsky, sur le Képhar qui tombe dans le Zelentchouk, affluent de la rive gauche du Kouban, sesont trouvées, dit ce voyageur, des statues de guerriers et de prêtres armes, à ce qu'il semble, en costume ressemblant à celui des Teherkesses, offrant sur les épaules et sur le devant du casque où bonnet le signe de la croix grecque.
Il parait que dans la contrée il aurait existé trois cents statues semblables en pierre,
se terminant en gaine de manière à être dressées sur un kourgane, telles que celles que
l’on trouva au sommet d’un tumulus, penchées de côté par l’affaissement du sol. Ces Statues sont, ainsi que les anciennes éolises, l’objet d’une extrême vénération de la part des Tcherkesses. Il est même dangereux d’en approcher pour les dessiner. »
Nous emprunterons à M. Filimonoff la description de deux de ces monuments qui ont été transportés dans le jardin de Piatigorsk, et ou elles sont placées à droite et à gauche de l’idole dite de Baksan. Elles sont en très mauvais état; l’une d'elles, mesurant 1",80 de hauteur, représente une forme humaine grossière
qu'il est impossible de déterminer. Elle ne comporte que le trone, le reste du COrpS
! HENSZLMANN, L'Age du fer, étude sur l'art ÿothique (Compte rendu du C archéol. préh., p. 513. Buda-Pesth, 1876).
? Lettres sur le Caucase, p. 230.
ongrès intern. d'anthrop. et