‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase; (volume 4)Chapitre 16 sur 52 · TSI · texte numérisé non relu

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Le célèbre historien populaire des Adighés, Choro Nogmow, à la fin du siècle dernier, à cru voir dans celte représentation une image du guerrier Baksan, et la rapporte au 1v° siècle. La version de Choro Nogmow, d’après Filimonoff, est en résumé celle-ci : Au milieu du 1v° siècle vivait, sur la rivière Baksan qui traverse a Kabarda, le prince Dado qui avait huit fils et une fille. L’aîné, Baksan, un guerrier distingué, fut tué avec ses frères et trente fidèles compagnons dans un combat

avec les Goutami. La sœur de Baksan fit rapporter les cadavres de ses frères en

Kabarda, leur fit des funérailles superbes, et les enterra au bord de la rivière Etoka où plus tard elle leur éleva le monument existant encore aujourd’hui. On retrouve dans l'inscription grecque le nom de Baksan. On appelle cette statue Douka-Bek au

ieu de Daouka-Baksan, c’est-à-dire Daouk, fils de Baksan. Aïlleurs, Nogmow donne

a chanson faite par la sœur de Baksan en l’honneur de son frère, où il est question

de la bravoure de ce guerrier et qui se termine ainsi : Ayant réuni des Grecs, je

leur ai proposé d'élever ce monument. Uetle image rappelle peu celui qu'elle représente, mais elle est bien gravée dans mon cœur. Le peuple ne quille pas le deuil,et pour perpétuer la mémoire du défunt, la rivière Altout s’'appellera Baksan.

Le prince Ouvaroff, dans sa description des £amene baba’, semble être d’accord avec les précédents auteurs sur la date probable de ce monument, qu'il place au ive siècle environ, et qu’il considère comme chrétien.

M. Filimonoff est disposé à lui accorder une date plus récente. Il est certain que

cette statue offre par son inscription et les dessins dont elle est chargée une grande ressémblance avec des monuments évidemment chrétiens et plus récents, tels que de

grosses croix et des stèles dont nous dirons quelques mots pour terminer cette

question des monuments en pierre, laissant bien loin derrière nous les grossières kamene baba de la Russie méridionale.

A Piatigorsk, il y a une intéressante croix tombale, grand monument en

pierre qui portait autrefois une inscription à peu près disparue aujourd’hui, et sur

voit une sculpture représentant des cavaliers; enfin des fragments de

lequel :

pierres avec inscriptions. Tous ces débris constituaient des monuments placés jadis

1 Travaux de la première réunion archéologique, t. Il, p. 501 et 520, en vus

STATUES TOMBALES EN PIERRE 73 sur des tombeaux en Kabarda, On les voit actuellement à Piatigorsk près du houlevard allant à la galerie Elisavetinski et dans la grotte de la dernière galerie.

En 1873, l’Afhenæiwm de Londres attira, pour la première fois, l'attention sur le monument ainsi que sur ses sculptures et ses inscriptions. La première notice rela-

tive à cette croix fut publiée par M. Doubrowski qui la remit à M. Filimonoff.

Enfin ce dernier étudia à son tour ce monument dont il fit de nouveaux dessins et dont il donna une déscription détaillée. Mais comme l'inscription avait complètement disparu, il a dû s’en tenir à cet égard aux dessins de Doubrowski et au récit du voyageur Guldenstædt.

Voici, d’après Filimonoff, la description de cette croix tombale : C’est un monolithe de grès, haut de 4 archinnes‘', ressemblant à une colonne quadrangulaire que l’on a échancrée pour lui donner la forme d’une croix. Elle

mesure 1 archinne de largeur sur 1 demi-archinne d'épaisseur. Disons tout de

suite que l’inscription a été l’objet des traductions les plus diverses, et qu’en

: L'archinne vaut 0»,71.

somme elle n’a rien appris sur la date du monument. L’ornement supérieur de la

face portant l'inscription consiste en une croix présentant des caractères que l’on n’a l Ï

pu déchiffrer. Le cadre de l'inscription formé par une sorte de tresse qui s’enroule,

se termine dans le bas par un enchevêtrement de croix et un dessin en cœur. Enfin

les quadrupèdes situés dans la partie inférieure sont sans doute des biches : l’une

d'elles, blessée au flanc par une flèche, allaite son petit.

Sur la face opposée (fig. 28) se voit une série de cavaliers placés les uns au-

dessous des autres, et dans la direction de gauche à droite. Ils ont tous les trois la

leurs chevaux.

Sur l’un des

de la tête ainsi

représentés deux personnages coiffés d’un croisées sur la poitrine et vê

manteau couvrant les épaules et «

ête nue et portent le cos

d’une main un marteau, de l’autre des tenail

portant un long vêtement et les mains croisée

Enfin, l’on remarque dans

côtés du monument on rema

que sur la robe se voient «

us d’un double

cendan

brandit son sabre au-dessus de sa tête, les deux autres tiennent probablemen

buveurs, l’autre un sacrifice. Dans la scène des buveurs l’un des d

es.

s sur la poitrine. À d es croix grecques.

bonnet conique, les

vêtement composé «

sentation très analogue à la précédente est figurée à la partie in

se voit un Cava

ier, et, plus bas encore, en

ernier lieu, un chauc

une chaîne vers laquelle un homme tend la main.

La dernière

croix. Au-dessous, un cava

d’une lance, per vrent le reste «

M. Filimono « Il est proba

u monument.

ier (un saint Georges, terrassant

e bas deux petites scènes, l’une de

rque un homme coiffé d’un bonne

ume de guerrier. Le cavalier supérieur, le plus grand,

eux hommes tient

roite et à gauche

Au-dessous, sont

mains égalemen

‘une robe et d’un

L jusqu’en bas du corps. Une repré-

érieure; plus bas

ron suspendu par

ace de côté, offre dans la partie supérieure un méandre orné de

e dragon), armé

ce l’un des trois yeux du monstre dont les anneaux énormes recou-

f'ajoute que l’art attesté par ce monument n’a pas dû être très élevé:

le dit-il, que les artistes étaient des Géorgiens ou des Arméniens

plutôt ornemanistes copiant des formes conventionnelles, qu'artistes travaillant

d'après nature. » Il déplore vivement la disparition de l'inscription qui seule pouvait

éclairer l’opini

Kabarda.

on des savants sur là

re de ce curieux monument trouvé dans la

STATUES TOMBALES EN PIERRE 75 Guldenstædt rapporte qu'il a vu six monuments cruciformes dans la basse Kabarda. Toutes ces croix tombales dont il donne la description portaient des inscriptions dont les caractères, quoique très usés, paraissaient être grecs et se rapprochaient beaucoup des caractères tcherkesses. Deux de ces monuments se trouvaient près de la rivière Baksan ; la traduction de leurs inscriptions fut confiée à un Tcherkesse, dit Guldenstædt, mais celui-ci déclara qu’elles étaient incompréhensibles, Ajoutons que parmi ces monuments, il en est qui paraissent ne remonter qu'à une époque relativement moderne. Nous ne recommencerons pas ici leur description déjà donnée par Guldenstædt et Filimonoff ; qu'il nous suffise de rappeler que la croix tombale de Piatigorsk est la

plus caractéristique de la série.

Il paraït démontré que la Kabarda possédait jadis un grand nombre de ces monu-

ments en pierre : statues et croix tombales, et que la plupart ont été détruits et

par conséquent perdus pour la science.

En ce qui concerne la présence de ces monuments dans ces régions, leur sienifi-

cation et leur origine, les avis sont fort partagés. Il est certain qu’à une époque antérieure au christianisme, un peuple répandu dans les steppes de la Russie élevait

sur les tombes de ses morts des tertres où tumulus qu’il swmontait d’une grossière

statue où baba, soit dans le but de rappeler les traits du défunt ou de la défunte soit dans un but religieux.

Cette coutume cessa probablement de bonne heure dans la Russie méridionale,

sans doute à la suite de l’émigration du peuple constructeur de ce genre de monumen

nm

Mais il est curieux de la voir se continuer dans la Kabarda à l’époque chrétienne et jusqu'aux x°, x1° et xu° siècles et plus tard encore, si l’on en croit certaines inscriptions.

À ces statues païennes succédèrent les croix tombales dont les sculptures et les mscriptions ne laissent aucun doute sur leur origine chrétienne. Cela ferait supposer que les Kabardiens sont les descendants des constructeurs de baba, ou qu'ils les ont connus, et qu'ils apportèrent dans leur nouvelle patrie les coutumes de leurs ancêtres.

Il serait curieux de savoir aussi ce que peut signifier cette coupe évidemment

symbolique placée entre les mains de chacune de ces baba.

76 RECHERCHES ANTRHOPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE Il A ce sujet Henszlmann ‘rappelle un passage d'Hérodote dans lequel cet histo-

1 torien ? raconte une aventure arrivée à Hercule sur les bords de la mer Noire.

1 . . a. \ 2e Q J j ‘| Lorsqu'il eut ravi les bœufs de Geyon, ceux-ci furent enlevés pendant son sommeil h

| $ D ns F DIR 5; ; à | par Echidna, et ne lui furent rendus qu'à la condition d’épouser le monstre mi- | | femme et mi-serpent. De ce mariage naquirent trois fils; Hercule désigna pour être | 2

rafer sa

| | roi du pays celui d’entre eux qui serait à même de bander son arc et d |

ceinture portant au milieu une coupe ow gobelet d’or. Skythes seul y réussit;

Wl devenu roi il donna son nom au peuple des Scythes qui, à l’époque d’Hérodote, 4 avaient l’habitude de porter une coupe attachée à leur ceinture.

Lindenschmidt donne le dessin de trois statues de pierre trouvées à Bamberg,

| pressant leurs mains contre la poitrine mais ne tenant pas de coupe. Le trésor de Petrossa (Valachie) renfermait une grande tasse en or dont le milieu est occupé par la statuette d’une femme serrant des deux mains la coupe symbolique. Cette tasse, | par sa décoration, paraît être l’œuvre d’un artiste byzantin, mais commandée sans

doute par un étranger qui voulait y voir son symbole national. Les auteurs qui

ont décrit le trésor de Petrossa l’attribuent à un seigneur got

D’autres statues portant la coupe ont été trouvées aussi en Espagne, mais elles

il diffèrent complètement par le costume de celles de la Russie. | M. Henszlmann*, qui attribue ces monuments aux Goths, fait remarquer à propos | des coupes d'or du cabinet impérial de Vienne publiées par Arneth et de Linas° que ni! toutes ces coupes sont munies d’une anse par laquelle on pouvait les attacher à la

ceinture. On sait que les Persans portent encore aujourd’hui, dit-il, de pareïlles coupes etles attachent à la selle de leurs chevaux. Les coupes de Vienne sont de deux espèces, l’une est byzantine, l’autre est persane, mais elles appartenaient à des Goths, et ceci est prouvé par une inscription trouvée sur l’une d'elles ; mais la vériable patrie des porteurs de coupes est la Russie méridionale, »

On pourrait ajouter en faveur de l’origine seythique de la coupe la description du

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