‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase;Chapitre 15 sur 42 · CHATONS · texte numérisé non relu

CHATONS

> INTRODUCTION partout à double ou triple arête, rappelant en plus d’un point les Andes et les Pyrénées ‘, c’est le Caucase proprement dit, le mont Caucase des poètes.

Cette dernière appellation n’est point aussi erronée qu'on pourrait le croire. De loin, la chaîne ponto-caspienne apparaît en effet comme un seul et énorme massif étendant sa crête neisgeuse d’un bout à l’autre de l'horizon. Ce « rempart aux mille créneaux », qui s'élève entre l’Asie et l’Europe et les sépare sur une longueur d'environ 1200 kilomètres, présente au voyageur qui vient de parcourir les mornes steppes de la Russie méridionale un aspect saisissant de orandeur et de majesté.

Orographiquement, et d’une façon générale, le Caucase peut être divisé en deux parties, l’une occidentale, l’autre orientale. Les vallées du Terek et de l’Aragva, suivies par la route dite de Géorgie, qui conduit de Vladikavkas à Tiflis marquent avec une précision remarquable la délimitation de ces deux branches principales.

La partie occidentale prend naissance au nord de la mer Noire, à la presqu'île de Taman, s'élève et s'étend assez rapidement dans la direction E.-S.-E. pour atteindre son maximum de largeur et d'altitude au mont Elbrous (5646 m.) et se rétrécir et s’abaisser ensuite, fort inégalement, jusqu'au mont Kazbek, son pic le plus occidental (5043 m.).

C'est entre ces deux massifs que se trouvent les sommités les plus élevées du Caucase, Kochtan-taou (5211 m.), Dikh-taou (158 m.), Adaï-Khokh (4646 m.), Guimarai-Khokh (4785 m.) *, etc., pour ne citer que les plus connus.

Si la hauteur de la chaîne se maintient en moyenne à près de 4000 mètres de l’Elbrous au Kazbek, la largeur, par contre, décroît assez rapidement, et, sur le méridien du haut Terek, elle n’est pas même de 100 kilomètres.

La zone orientale, plus large que l’autre et d’une hauteur moyenne un peu moindre, forme le massif du Daghestan, aux vallées enchevêtrées, tortueuses.

disposées sans ordre apparent au nord de l’arête principale et parsemées de sommets

S, Géographie universelle, &. NI, p.63 et 64.

AVRE, Chaine du Caucase, aperçu orographique, p 1.

INTRODUCTION 3 dont quelques-uns atteignent plus de 4000 mètres d'altitude (Teboulos-mta, Diklos-mta, Chah-dagh, etc...)

La disposition orographique des deux versants du Caucase est très différente et dépend surtout de leur structure géologique. La pente qui regarde le sud est plus brusque que celle qui s'étend au nord, vers les steppes. Du faïîte de la chaîne à la plaine de la Koura, la distance est moitié moindre que de ce même faîte au Terek ou au Soulak”. Cette disposition est très sensible aussi à l’ouest, où les montagnes s’abaissent vers la Russie en pentes douces contre lesquelles s’appuient des plateaux inclinés couverts de magnifiques pâturages et s’élevant par intervalles en faîtes secondaires et parallèles à la crête centrale. Le plus important de ces contreforts est le Kara-Jaïla, où Montagne-Noire qui court le long du Caucase entre le Fish-dagh et l’Elbrous, et qui laisse passer, à travers les dentelures de sa crête, le Kouban et ses principaux affluents de la rive gauche.

A l’est de la Montaone-Noire et toujours sur le versant septentrional, se

trouvent successivement les massifs de l’Elbrous, du Kochtan-taou, du Dikh-taou,

du Kion-Chokh, ete., tous situés en dehors de l’arête maitre

Des gorges étroites et sauvages, d’où s’échappent d’impétueux torrents, coupent ces contreforts eu plusieurs points. Celles du Tcherek et du Tcheghem sont les plus remarquables.

Le massif de l’Elbrous projette vers le nord de nombreuses ramifications qui séparent les bassins septentrionaux du Caucase, caspien et pontique, représentés le premier par le Terek et la Kouma, le second par le Kouban.

Toute cette partie centrale de la grande chaîne présente, du moins sur le versant septentrional, une grande unité de structure géologique.

De l’Elbrous à l’Adaï-Khokh, les cimes sont formées de roches crislallines, occupant vers le premier sommet, leur noyau principal, une large zone qui va, en se rétré-

cissant, se perdre, vers l’ouest, dans le massif du Daghestan. Cette région, coupée

RecLus, loc. cit ,t. VI, p. G5.

au nord et au sud de profondes vallées transversales, est surtout favorable au développement des glaciers.

À partir de l'Adaïi-Khokh, la ligne de partage des eaux est reportée dans un tronçon secondaire formé de schistes argileux qui décrit, au sud, une courbe très allongée, et vient rejoindre, au mont Borbalo, l’arête principale de la chaîne dominée dans cette partie par la cime trachytique du Kazbek.

Les contreforts septentrionaux du Caucase central, sous-jurassiques ou crétacés,

sont coupés de vallées profondes. L’uniformité de leur structure géologique les rend

à peu près semblables ; depuis l'Ar-don jusqu'au Kouban on retrouve presque partout

les mêmes sites, les mêmes rameaux perpendiculaires à la chaîne, s’infléchissant ? [ ?

un peu vers l'est et allant se perdre dans le steppe.

La configuration du versant méridional est plus variée, et nous retrouvons, bien plus encore que du côté opposé, un certain contraste entre les deux branches orientale et occidentale de la chaîne.

Dans la première la déclivité est brusque et plonge sans ressauts ni contreforts dans le large steppe où coule la Koura, à 60 kilomètres à peu près du pied des montagnes.

Dans la seconde la pente, moins accentuée, est hérissée de chaînons secondaires M k ET < s’abaissant graduellement vers la mer Noire, et disposés à peu près comme sur le versant septentrional de la même région : d’abord, des collines escarnées.

(e ; pees,

parallèles à la chaîne basse encore, formant avec elle d’étroits bassins et coupées

de cols laissant passer des torrents côtiers insignifiants. Puis, à mesure que la crête s'élève, les contreforts deviennent plus importants, leurs contours plus tourmentés, les torrents qui s’en échappent plus considérables. Tels sont les monts d’Abkhasie, circonscrivant les bassins du Bzib, du Kodor et de l’'Ingour. Enfin, près de la source de ce dernier fleuve, un rameau élevé se détache et court entre son lit et celui de la Tskenis-Tskali, séparé à son tour du Rion par un autre rameau, très important aussi, qui prend naissance au mont Passis-mta. La séparation

des bassins du Rion et de la Koura est constituée par une série de hauteurs issues

INTRODUCTION D du massif de Zikari et rejoignant, au sud de la Gourie, les monts du Lazistan et, par le Souram, ceux de l'Arménie centrale.

La structure géologique présente, sur ce versant, la mème variété que le système orographique.

Au sud des roches cristallines du faite court, de la Mingrélie au Daghestan, une zone de schistes argileux, qui s’élargit en sens inverse de la zone cristalline, c’est-

à-dire de l’ouest à l’est.

Ces schistes paléozoïques sont représentés, sur le versant nord, par une bande très étroite, qui prend naissance vers la source de l'Ouroukh et se continue,

comme son homogène du sud, dans le Daghestan occidental.

La région des schistes argileux s'appuie, au sud, sur de larges as jurassiques recouvertes par parties de terrains crétacés ou tertiaires et limitées par des

dépôts quaternaires composant les bassins du bas Rion et de la Koura.

La région sud orientale se caractérise surtout par l'absence de roches calcaires. Elle est découpée de nombreuses vallées, que les eaux n’ont pas eu de peine à creuser dans un sol souvent peu solide, à base de schistes argileux ou de grès. La

Koura, son principal fleuve, sort des org

es de Bordjom, coule au pied des derniers contreforts des monts Arméniens, traverse toute la Géorgie et va se jeter dans la mer Caspienne après son confluent avec l’Araxe. Elle reçoit sur sa rive gauche un grand nombre d’affluents dont deux seulement, la Leakhva et l’Araova, descen-

dent du Caucase central.

Beaucoup moins large

et étendu est le bassin du Rion (l’ancien Phase), dans la partie sud occidentale du Caucase, bassin essentiellement calcaire, qui peut être considéré comme un ancien golfe de la mer Noire, comblé peu à peu par les apports du fleuve et de ses affluents, la Kvirila, la Tskenis-Tskali, ete...

Le Rion, avant de se jeter dans la mer Noire, forme, probablement à cause de

sa barre, et aussi du peu d’inclinaison de sa basse vallée, des marécages pesti-

lentiels, qui rendent toute cette région excessivement malsaine. ? t

En somme, le Caucase est formé dans sa partie la plus élevée de schistes,

ï i û SN D at II VS axe a cristallins au nord, argileux au sud, courant de l’est à l’ouest suivant l'axe de la

chaîne, et limités de part et d’autre par des assises jurassiques recouvertes, dans es contrées plus basses, de dépôts crétacés, miocènes et quaternaires. Sur tout le parcours de la chaîne, mais principalement dans sa partie centrale et méridionale, des jets de porphyre affleurent le sol et s'élèvent jusqu'aux plus hauts sommets. artout on retrouve les traces d’une action volcanique indiscutable et puissante. La presqu'ile de Taman est semée de volcans boueux; l’Elbrous, le Kazbek sont des cônes de trachyte et sont considérés comme des volcans éteints depuis a période miocène. Des sources thermales nombreuses, des puits de naphte, disposés symétriquement de part et d'autre de la chaîne, des colonnades de basalte

rouvées sur plusieurs de ses points, attestent surabondamment cette action sou

erraine, qui n'est point encore complètement calmée.

Au sud du Caucase, entre les vallées de l’Araxe et de la Koura, s’élève un vaste plateau hérissé et bordé de sommets escarpés qui projettent leurs ramifications en tous sens, mais dont l’axe général est dirigé de l’ouest à l’est parallèlement au rempart gigantesque du nord.

Au centre de ce plateau, un lac dont la surface est double de celle du Léman, s'étend à près de 1950 mètres d'altitude. Cest le Gok-tchaï, le lac aux eaux bleues. aux bords dénudés et tristes qui déverse, au moment des crues. le trop plein de ses eaux dans l’Araxe par la rivière Zanga.

Le plateau du Gok-tchaï est relié, à l’est, par une série de hauteurs et de plaines élevées, aux monts du Lazistan, au Caucase, et enfin, au sud, aux massifs volca-

niques de l’Alagüz et de l’Ararat qui élèvent leurs cimes géantes au-dessus

des sommets environnants et dominent de chaque côté la haute vallée de l’Araxe.

Plus encore peut-être que la grande chaîne, le plateau arménien, l’Anti-

Caucase, présente des vestiges d’une effervescence souterraine récente, témoin le

tremblement de terre qui eut lieu en 1840 à la suite d’une éruption d’un ancien

INTRODUCTION ü cratère de l’Ararat, situé au-dessous du couvent de Saint-Jacques, et qui se fit sentir dans toute la contrée, à Erivan, à Bayazid, à Nakhitchevan, où il fit des milliers

de victimes.

Le climat du Caucase est généralement chaud, notamment sur les côtes et dans les plaines basses. Sur le versant méridional, à Bakou, la moyenne annuelle est de 15°, à Tiflis de 13° environ, tandis que sur le versant nord, à Stavropol, elle n’est que de 8’.

Grâce à cette température relativement élevée, la végétation caucasienne atteint une altitude inconnue dans nos montagnes de l’Europe occidentale. Cette parti-

cularité ne contribue pas peu à établir une différence de physionomie assez con-

sidérable entre le Caucase et les Pyrénées auxquelles on l’a comparé quelquefois. Il n’a point non plus de nos montagnes françaises les cascades écumantes et les lacs innombrables. Mais il s'élève, comme les Pyrénées, entre un pays de sables

et de plaines et une contrée faite de plateaux arides et brûlés, de vallées fertiles et

de chaînes montagneuses qui lui sont à peu près parallèles. semble encore aux Pyrénées par ses pics dentelés, par ses glaciers moins étendus, moins beaux que ceux des Alpes, par ses nombreuses sources minérales, par létroitesse et l'aspect

sauvage de ses gorges, par l’impétuosité de ses torrents.

celle des

D'une facon générale, la flore du Caucase se rapproche plutôt de provinces atlantiques de la France et des régions danubiennes que de la flore plus luxuriante et plus variée du littoral méditerranéen.

Cependant, certaines parties de la chaîne, comme le bassin du Rion, unissent les productions de ces deux zones climatériques et lon y voit, à l'ombre des noyers, que l'on rencontre encore à 1.650 mètres d'altitude, croître, à plus de

1.100 mêtres, la vigne et le mûrier blane, et à 630 mètres le cotonnier.

Malgré d’incessantes dévastations et un déboisement conduit d’une façon déplo

rable, les pentes du Caucase, surtout celles qui avoisinent la mer Noire, sont

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