‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase;Chapitre 17 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

Nous avons fait remarquer, au début de cette introduction, combien la destinée des peuples caucasiens a été intimément liée à la confieuration générale de la grande chaine. Ce rapport est surtout évident lorsque l’on considère la dernière période de l’histoire du Caucase, celle de la conquête Russe.

Mais on le constate cependant à toutes les époques, depuis les temps mytholol F !

giques jusqu'à nos jours. Comme au géographe et à l’ethnolooue, les deux versants du Caucase présentent à l’historien un contraste frappant.

Au nord, et aux deux extrémités de la chaîne, des peuples offrant entre eux, comme mœurs et comme aspect physique, les plus grandes analogies, protégés tous deux par des forteresses naturelles inexpugnables, s’organisèrent, dès la plus haute antiquité, en tribus indépendantes et guerrières et surent se garantir toujours de toute domination étrangère et de tout mélange. On retrouve à travers les âges chez ces deux peuples, Tcherkesses et Lesghiens, chez le premier surtout, les mêmes noms, les mêmes coutumes et, à travers leurs nombreuses conversions, la même foi.

le même culte primordial que nous « Ï

ssaierons de définir dans la suite de cet ouvrage.

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Le versant méridional, au contraire, habité par la grande race Kartvelienne, ouvert, à l’est et à l’ouest, par le Rion et la Koura, à toutes les incursions et à tous les envahissements fut sans cesse le théâtre de luttes acharnées, et ses habitants durent subir tour à tour toutes les dominations et, par suite, d’innombrables croisements. En un mot, le côté asiatique du Caucase fut mêlé, dès les temps les plus reculés, au mouvement général de l'humanité; il eut une histoire. Le

versant opposé n’en eut pas, où la sienne, du moins, ne date que d’hier.

Les premières notions connues sur le Caucase nous sont révélées par les historiens grecs, qui y font voyager leurs héros et aborder, sur les côtes de la Colchide, les Argonautes et leur chef Jason.

Ils ne connurent, du reste, que quelques parties du littoral oriental de la mer

Noire, où ils fondèrent des colonies bientôt florissantes, Olbia, Tanaïs, à l’embouchure du Don, Phanagorie, Panticapée, Dioscourias, Phasis, à l'estuaire du Rion

(Phase), ete.

D’après les renseignements que nous ont laissés ces auteurs, ainsi que leurs successeurs, Arrien, Strabon, Pline, Procope, etc... il paraît résulter qu'à ces lointaines époques, la disposition des tribus montagnardes du Caucase occidental était sensiblement la même qu'aujourd'hui. Nous avons fait remarquer plus haut que leurs noms ont également fort peu varié; il y a, en effet, peu de distance entre les Zyghè, Dzighè, Zeckhi, ete... etles Adighès de nos jours.

Nous ne nous attarderons pas sur cette période primitive encore enveloppée de ténèbres pour ce qui concerne la Grèce elle-même et qui ne saurait être plus claire pour la région qui nous occupe.

C'est à l'archéologie préhistorique qu'il appartient, aidée de la linguistique et

de l’anthropologie, de résoudre tous les problèmes que soulèvent les origines de

ces peuples que nous trouvons répandus dans l’isthme ponto-caspien dès l’aurore de la civilisation du fer.

Nos travaux, bien incomplets encore, n’ont pas d’autre but, et nous nous

INTRODUCTION ‘li estimerons heureux si, à force de recherches et de patientes investigations, nous parvenons à jeter un seul rayon de lumière dans ce chaos.

L'histoire véritable du Caucase ne commence en réalité qu'aux expéditions des Romains contre Mithridate, à cette époque de domination et de grandeur où Sylla, Pompée et Lucullus vinrent tour à tour mesurer leurs légions contre les souverains de Géorgie et d'Arménie, fidèles alliés du grand roi.

Mais bien avant cette époque, les lévendes de la Transcaucasie nous montrent le pays de l’Ararat et du Caucase partagé entre deux puissances tantôt alliées, tantôt ennemies, unies le plus souvent par une certaine communauté de dynastie et de destinées, en butte constamment aux mêmes invasions, aux mêmes compétitions et disparaissant de l’histoire à peu près dans le même temps.

Ces deux puissances sont la Géorgie et l'Arménie. Les annales de la première

nous sont contées par Vakhtang V, roi du Kartvel de 1703 à 1721, celles de la

seconde par Moyse de Khorène, historien arménien du cinquième siècle.

Leur origine se perd dans la nuit des temps. Les écrivains des deux nations, recueillant les récits populaires de leur époque, récits tout empreints encore de l'influence chrétienne, essayèrent de rattacher cette origine aux données bibliques et faussèrent ainsi complètement le point de départ historique de l'Arménie et du Caucase.

Quoi qu'il en soit, les deux fondateurs des premières dynasties, Karthlos et Haïk, qui nous paraissent être la personnification de chacun de ces peuples, et que la

légende fait venir de Babylone, eurent d’abord à défendre leur territoire contre

l’envahissement des As ens. Leurs successeurs durent continuer cette lutte où,

naturellement, on fait intervenir l’inévitable Sémiramis, à laquelle on attribue la construction de la citadelle de Van, en pleine Arménie. Toute cette période est fort obscure et ce que l’on en sait de plus certain, c’est que l'Arménie resta, jusqu’à la chute de sa première dynastie, vassale de l'empire assyrien. Il ne paraît pas douteux que la Géorgie ait partagé, dans sa partie méridionale du moins, le sort de sa voisine du sud. Le roi Baroïr, trente-sixième successeur d’Haïk, contribua, en

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