PRÉFACE
et l’ethnologie de l’intérieur de l’Asie occidentale. Vassaux de l'empire des Perses
dépuis le grand Cyrus, leurs frères de l’Asie mineure durent apprendre à connaître
leur nouvelle patrie, et il n’est pas douteux que les rapports continus qui existaient ?
entre eux et les Hellènes d'Europe n'aient maintenu à un niveau à peu près
constant les notions
asiatique. De plus, les
que les uns et les autres possédaient sur la géocraphie
grandes guerres de cette époque allaient susciter des histo-
riens et des géographes qui se succédèrent sans interruption depuis la fondation de
la monarchie persane jusqu’au triomphe du génie grec, caractérisé par les expé- Ê l 8 8
ditions d'Alexandre le
appartiennent à cette glorieuse période.
Les marches du cor
Grand, Scylax, Hérodote, Hippocrate, Ctésias et Xénophon
iquérant macédonien du Nil au Sindth, de l’Iaxartes à la mer
d'Oman vinrent préciser de plus en plus les récits concernant l'Orient et donner
un certain corps aux vagues intuitions des Hellènes touchant ces pays encore en
partie inconnus. Mais le résultat le plus important de cette rapide conquête fut
la fondation d'Alexandrie qui devint, sous la domination des Ptolémées, un centre
commercial et un foyer scientifique de première importance. Un négoce incessant
s'établit entre l'Égypte et l’Inde et prit un renouveau d’activité quand les Romains
en eurent enlevé le monopole aux Arabes pour laccaparer à leur profit. Il faut
reconnaitre cependant que ce trafic, presque entièrement maritime, ne produisit,
quant à la géographie
des pays éloignés des cô
es, que de médiocres résultats. Mais
l’école d'Alexandrie devait inaugurer, avec Eratosthènes, vers 200 avant J.-C.,
l'ère des grands travaux que poursuivirent
Ptolémée, et qui cont
sur l’Ancien-Monde
ribuèrent si puissammen
vint s’ajouter tout l’appoint qu'avaient apporté
Mithridate et ses alliés, les rois de Géorgie e
A cette brillante é
depuis le n° siècle ju
poque succède une long:
Strabon, Arrien, Pline et enfin
à fixer les connaissances acquises
jusqu'au n° siècle de notre ère, connaissances auxquelles
les expéditions des Romains contre d'Arménie t.
ue phase de stagnation qui s'étend
squ'aux conquêtes de l
slam et aux croisades. Cette période
ne fut cependant pas également stérile pour toutes les parties de l'Asie occidentale;
les déchirements don
: l'Arménie et le Caucase furent le théâtre, ainsi que les
! Vivien pe Sair Mami. Études de géographie ancienne et d'ethnographie asiatique, t. Il, page 117. Paris,
Arthus Bertrand, 1852.
PRÉFACE 1x rapports forcés qui en furent la conséquence trouvèrent en Ammien Marcellin (vers 3170 après J.-C.), Procope (vers 550) et l’empereur Constantin Porphyrogénèle (950) des historiens circonstanciés et riches de documents nouveaux.
Cependant le temps approchait où une diversion puissante allait être faite au milieu de ces luttes. Les Arabes préludèrent à leur expansion et répandirent sur leur passage les traces deleur civilisation déjà si remarquable. Ces conquêtes furent le point de départ d’un réveil géographique dont les envahisseurs donnèrent le
premier signal. Une des causes efficientes de cette renaissance fut peut-être la
passion des pèlerinages que le Koran prescrivait à ses fidèles et que surexcita, chez les chrétiens d'Europe, l’investissement du tombeau du Christ par les Musulmans, Quoi qu’il en soit, la géographie fut en honneur chez les Arabes dès les premiers
siècles de l’hégire et l'Asie occidentale devint un des points de leur immense empire
où s’exerça surtout leur activité scientifique. C’est dans les documents que nous
ont laissés Maçoudi', Ebn-Haoukal*, Edrisi”, Aboulfeda‘, etc., que la science moderne à puisé ses renseignements les plus étendus en ce qui regarde le Caucase et l'Arménie de cette époque.
Mais ces notions devaient longtemps encore rester inconnues à l’Europe et il ne semble pas que, de leur côté, les croisés aient rapporté ae leurs inutiles et sanglantes expéditions une bien profonde connaissance des pays mêmes qu’ils avaient parcourus.
Ce n’était ni à ces héros enthousiastes el souvent naïfs ni même aux ambassadeurs que, deux siècles plus tard, le pape Innocent IV envoya au Khan des
dont Plan-Carpin (12
Mongols — voya 5-1247) écrivit la relation — que
devait échoir la tâche de faire connaître sous son jour véritable cet Orient, révélé d’une façon si incomplète et si vague par les classiques grecs et latins, presque oubliés à cette époque.
Le commerce avec l’Inde, violemment interrompu par l'invasion arabe en Égypte,
‘ Maçount. Les Prairies d'or, taduction Barbier de Meynard, 9 vol. in-8e, Paris, 1861-1878.
? Esx-Haoukau. The oriental geography, translated by Ouseley. In-4°, London, 1800.
3 Enrist. G'ographie, traduction Jaubert, 2 vol. in-40, Paris, 1836-1840.
4 ABouLrÉDA. Géographie, traduction Reinaud, 2 vol. in-4o. Paris, 1848.
5 P. BerGeron. Relation des Voyages en Tartarie des FF. Guill. de Rubruquis, de Plan-Carpin, Ascelin, ete., extraite du latin, 2 vol. in-80. Paris, 1634.
x PRÉFACE
avait déserté la route maritime et le marché jadis si florissant d'Alexandrie. Refoulé vers le nord, il avait retrouvé peu à peu, par la mer Noire, le Phase, l'Arménie et la Perse, l'antique route des caravanes que la voie ouverte par le
conquérant macédonien avait fait abandonner presque complètementt, Constan-
tinople, héritière de la cité d’Alexandre, devint à son tour le grand marché du monde.
Les Vénitiens, puis les Génois, recueillirent le fruit de cette révolution commerciale et donnèrent à la fin du moyen âge et au début de l’époque moderne leurs géographes et leurs navigateurs les plus célèbres.
Deux nobles de Venise, solao et Matteo, se rendirent vers 1250 à Constantinople et de là chez le khan des Tatars occidentaux, résidant à Bolghari, sur le Volga. Ne pouvant revenir par la même route, à cause d’une guerre qui éclata entre deux chefs de tribus, ils prirent la direction de l'Est, passèrent au nord de la mer Caspienne et du lac d’Aral, traversèrent l’Iaxartes et arrivèrent à Bokhara,
où ils séjournèrent trois ans, puis se rendirent près du khan des Mongols et revin-
rent enfin dans leur patrie. Ce premier voyage fut bientôt suivi d’un second, au cours duquel Marco Polo, fils de Nicolao, les accompagna. On sait ce que réservait la fortune au jeune Marco et quels succès couronnèrent ses longues pérégrinations. Ces résultats, importants surtout au point de vue de nos connaissances relatives à l’Extrême-Orient et aux Indes, ajoutèrent peu à ce qu’on savait alors sur l’Asie occidentale; il en fut de même pour les nombreuses relations de voyages que les xm° et xrv° siècles nous ont léguées et dont l'intérêt trop général a été éclipsé par les récits du grand explorateur vénitien.
La défaite du sultan Bajazet à Angora (1402), qui fut le dernier acte de la conquête de l’Asie par Tamerlan, valut à la science deux nouvelles relations sur l'Asie occidentale. Ce sont : celle de l'ambassadeur espagnol Clavijo, qui alla jusqu'à Samarkand, auprès du conquérant tatar, et celle de l'allemand Schildberger, fait prisonnier par les Turks, et qui fut successivement, de 1395 à 1427, le compagnon de Bajazet et de Timour. Le début du xv° siècle compte deux autres
voyages dont les mêmes contrées furent le point de départ ou l’objet. Le premier
4 Vivien DE Sanr-Marrin. Histoire des découvertes géographiques, t. Il, p. 51.
PRÉFACE x fut exécuté par un Vénitien, Nicolao Conti. Parti de Damas, il traversa en caravane le désert du sud de l'Euphrate, longea ce fleuve jusqu’à son embouchure et de là se rendit en Hindoustan. Le second est celui du chevalier français Bertrandon de la Brocquière. Après un pèlerinage à Jérusalem, il explora dans toute sa longueur la péninsule de l’Asie-Mineure et en laissa une excellente description’.
Enfin nous ne saurions passer sous silence la relation que donna Josafa Barbaro
es compagnons Zeno et Contarini, tous deux
du voyage qu'il fit en Perse avec
députés comme lui par le Sénat de Venise auprès du prince turcoman Ousoun Hassan ?.
Nous arrivons à la fin du xv° siècle, qui marque pour la science, comme pour la politique et le commerce, une ère nouvelle. Les orandes découvertes de cette époque — route des Indes par le cap de Bonne-Espérance (1486), Amérique (1492), route des Indes par le cap Horn (1519) — offraient à l’activité des Européens un champ tellement vaste et nouveau que leur attention fut détournée quelque temps de ce bassin méditerranéen où s'était concentrée jusque-là leur vie presque
tout entière.
Mais l'Italie, que sa situation même isolait, à cet instant du moins, de la plupart de ces expéditions lointaines, ne cessa point de fournir à l’Asie antérieure des
visiteurs et des marchands.
Vers 1502, un Bolonais, Lodovico Barthema, visita le Caire, Alexandrie, Beyrouth, la Syrie, Damas, toute l'Arabie, atteignit le golfe Persique par la côte méridionale de cette péninsule, traversa la Perse en tous sens et, revenu à Ormouz,
il s’embarqua pour l'Inde.
Un autre Italien, Giorgio Interiano*, parcourut, un demi-siècle plus tard, Pextrémité occidentale du Caucase, où il réunit, sur les Tcherkesses, des notions qui
n’ont été dépassées que par nos contemporains Bell et Longworth (1836-1839).
1 BERTRANDON DE LA Broaouière. Voyage d'outre-mer et retour de Jé em en France, pendant le cours des . Publié par LæcranD p'Aussyx dans les Mémoires de l'Institut national des sciences et des
à 637. In-4o, Paris, 1804.
années 1432 et 1
arts, ete..…., t. V, p. 4
a (de 1473 à 1478), Dans le recueil Viaggi fatti da Vinetiu
? Josara BarBaro. Viaggio alla Tana ed in Persi
alla Tana, in Persia, ete. In-8v, Veneria, figliuoli di Aldo, 154 3 Giorcro Inrerrano. Della Vita de Zychi (voyage fait vers 1550 ou 1557). Dans Ramusio : Navigasioni e
Ey
viaggi, t. Il, 3 vol. in-folio. Venezia, 1563-1574 (3e édition).
xu PRÉFACE En même temps l’innombrable série des Voyages au Levant, inaugurée dès 1507 par Baumgarten’, se continuait, de 1548 à 1615, par les ambassadeurs des rois de France près le Grand Seigneur, Aramon et de Brèves?, ainsi que par les naturalistes Pierre Belon*, Gilly“ (1546 à 1549) et Rauwloff (1573 à 1579).
Le siècle suivant ne fut pas moins fécond en explorateurs. Citons seulement les noms de Pedro Texeira (1604), dom Garcia da Sylva (1621), Pietro della Valle® (1627), Olearius° (1636), Tavernier ?, Thévenot (1656), et surtout Chardin ° (1666- 1677), dont les travaux sur la Perse et l'Asie antérieure ont encore une importance capitale. Il n’est peut-être pas sans intérêt de trouver, parmi ces voyageurs célèbres à titres divers, un antiquaire vénitien, 3embo. Ses dessins non publiés et sa relation, connue seulement par un insuffisant extrait, ne donnent, d’ailleurs, qu’une idée médiocre des résultats auxquels aboutirent les investigations de ce précurseur. Un autre nom appartenant à la même période est celui de notre compatriote Deshayes #.
Le xvin® siècle, allait jeter entre la Russie et l'Angleterre les germes de cette rivalité d'influence qui menace aujourd’hui la paix de l’ancien monde. Il devait être tout particulièrement favorable à l'expansion des recherches scientifiques de tout ordre dont l’Asie occidentale était l’objet. Tandis que l’énergique Anquetil Duperron” rapportait de l’Inde le Zend Avesta, livre sacré des Iraniens, source
d’ingénieuses inductions et de débats ardents; que Tournefort * continuait les études
1 MARTIN DE BAUMGARTEN, Peregrinatio in Ægyptum, Arabiam, Palæstinam et Syriam. Studio ct opera
Curisropaort DoNavert. Narimberg
2æ, P. Kauffmann, 1594.
? De Brèves. Relation de ses voyas 3 Pixrre BELrox. Ob un vo
, recueillie par Jac. pu CAsreL. 2 parties en 1 vol. in-4, Paris, 1628. bations en GC
rèce, Asie, Judée, Égypte, Arabie, etc. (documents recueillis dans age fait de 1546 à 1549), Petit in-4o, Paris, G. Cavellat, 1553.
* Perro Gxccio. De Bosphoro Thracio, lib III. In-40, Lugd. Batav. Elzev. 1561.
5 Pretro D sin'al'1626.
LA VaLue. I! pellegrino, descritti da lui medesimo in lettere famigliari… scritte dall'anno 1614 in 3 parties (Turquie, Perse et Inde). 4 vol. in-40, Roma, 1650-1658-1663. 5 Ocrarius. Relation d'un voyage en Moscovie
Tartarie et Perse, trad. de l’allemand. Paris, 1656. 7 TAvERNIER. Six voyages en Turquie, en Perse et aux Indes, en 1631, 1657, 1664... 3 vol. in-40, Paris, 1676. $ Jean Tuevexor. Voyages au Levant et en Asie, vers 1656. 3 vol, in-40, Paris, 1665 à 1684. ? CHarDix. Journal d'un voyage en Perse et aux Indes Orie Londres, 1680.
tales par la Mer Noire et la Colchide. In-4°,
19 Desxayes. Voyage au Levant, fait par le commandement du Roi en l'année 4621. In 4e, Paris, 1645.
1 Anouerir DuperRon. Traduction du Zend Avesta. 3 vol, in-40, Paris, Tilliard, 1771.
2 Prrron pe TourNerorr. Relation d'un voyage au Levant (fait de 1701 à 1702). 3 vol. in-8v, Lyon, Aniscon, 1717 (2° édition).
PRÉFACE xut d'histoire naturelle et les observations ethnographiques de Gilly et de Belon ; que Pococke ‘, Wood?, Mariti”, Richard Chandler‘, Volnc
les antiquités de l'Égypte, de la Syrie, des iles du Levant, de l’Ionie et de la
et Lechevalier 6 étudiaient
Troade ; que Joseph Beauchamps” rectifiait par ses observations astronomiques les sartes alors existantes de la Basse-Mésopotamie et de la région pontique de Trébizonde; que Niebubr°, enfin, à la tête d’une expédition danoise, visitait l'Arabie, où devaient le suivre plus tard Seetzen° et Burckhardt, cette rivalité grandissait peu à peu ct suscitait, avec de nouvelles alliances, des missions diplomatiques et
scientifiques qui contribuaient à faire connaitre de plus en plus les régions de
l'Arménie, du Kurdistan, de la Perse et de l'Afghanistan. Olivier et Bruguière (1792 à 1798), Malcolm‘ (1801 à 1807), Amédée
Jaubert® (1805-1806), Gardanne, Tancoiene‘* et Dupré*, Hartford Jones et
Ouseley (1811) furent ainsi envoyés tour à tour à la cour du schah par la France
et l'Angleterre, pendant que la Rus isait explorer activement toutes les
1 RicuarD Poco:
:. Voyage en Orier
, trad. de l'ans
; Paris, Costard, 17
? Roserr Woo. Essai sur le génie original d'Homc , De Bure, 1777.
Marin. Voyages dans l'Ile de Chypre, la Syrie et la Palestine avec l'Histoire générale du Levant. , Paris, Belin, 1791.
4 RicuarD CHANDLE
2, avec l’État actuel de lu Troade, comparé à son état
ancien, trad. de l'anglais. I-80, Pa