D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE D'ANRIEN DE MORTILLET
Algérie, Corse (fig. 20), Espagne, Portugal, France, Angleterre et Scandinavie ;
d'autre part, leur forme et leurs dimensions concordent avec la description que
M. Felitzine et les autres auteurs ont donnée de ceux du Caucase.
1 Compte rendu de l'Exposition de Moscou, en 1879, &, III, p 2 Recherches anthropologiques dans la Russie méridionale
Comme eux, ils sont toujours construits avec de grosses dalles brutes; le fond est également pavé et la pierre qui forme le plafond dépasse toujours les dalles latérales. La plupart ont été recouverts de terre et émergent actuellement à 0",50 du sol comme à Bagovsk; il en est cependant, comme celui de Gaspra, qui sont entièrement hors de terre (fig. 21).
Souvent ces dolmens sont entourés d’un cercle de pierres ou cromlech, circonstance qui les distingue de ceux du Caucase, région où ces cercles n’ont pas été
signalés.
Skele, dans la vallée
M. Filimonoff a observé près d’un groupe de dolmens à
de Baydar, des monolithes dressés, sans doute des menhirs.
Les dolmens fouillés par le savant russe ont donné presque tous des ossements humains; deux cependant, complètement ruinés, n’en ont fourni aucun. On n’a pu recueillir aucun crâne complet.
Quant au mobilier funéraire, il comprend des pointes de flèches, des anneaux et des perles de bronze, puis des perles en verre bleu, des canines de sanglier et des morceaux de corail percés. M. Kilimonoff signale encore quelques fragments d'objets en fer indéterminés et croit devoir rapporter ces monuments au premier âge du fer.
De même que pour les dolmens du Caucase, je ne suis pas en mesure de contredire cette manière de voir, n'ayant pas pu faire de fouilles dans - ces tombeaux.
Mais il me semble que cette conclusion ne saurait être définitive. Sans vouloir pré-
juger des soins qui ont été apportés aux recherches faites jusqu'ici, je crois que de
nouvelles investigations prouveront qu'ils remontent à l’âge de la pierre et non à l’âge du fer, époque à laquelle on a pu les utiliser de nouveau.
On a, en France, de nombreux exemples de fouilles, quelquefois superficielles, qui après n’avoir donné que quelques objets relativement modernes ont été reprises et ont fait découvrir des mobiliers funéraires néolithiques qui avaient passé inaperçus.
De l’étude des dolmens du Caucase, comme de celle de la plupart des autres groupes de ces monuments connus en Europe, en Afrique et en Asie, il ressort ce fait important : c’est qu'ils présentent tous de telles ressemblances que l’on peut logiquement leur attribuer une même origine.
Les opinions les plus diverses ont été émises au sujet du point de départ de cette architecture funéraire spéciale.
L'idée d'élever aux morts une demeure n’a pu prendre naissance, a-t-on dit, que chez un peuple qui croyait à la continuité de l’existence après la mort. Mais rien jusque-là n’indique quel est ce peuple.
Suivant quelques archéologues, le problème serait en partie résolu. Le dolmen, la demeure des morts, aurait été élevée dans le principe sur le modèle de la demeure des vivants et on trouverait ce modèle chez certaines peuplades troglodytiques du Caucase ainsi que chez certaines populations du Groënland et de la Laponie norvégienne.
La théorie qui fait venir les dolmens des contrées hyperboréennes, vers laquelle e savant Suédois Sven Nilsson ! avait été entraîné par ses études d’ethnographie comparée n’est pas plus soutenable actuellement que celle qui place leur origine au
Caucase. Aucun dolmen n’a été découvert dans les régions de l’extrême nord où
‘on voudrait voir leur point de départ et dans les parties du Caucase où l’on a
observé des dolmens, il y a peu ou point de grottes.
Au reste, la théorie caucasienne, proposée par M. Howorth?, n’est basée sur
aucune observation et les faits qu’il a cités à l’appui ne présentent pas les éléments
d'une dise
sion scientifique.
1 Nirsson. Les habitants primitifs de la Scandinavie, taduit du suédois. Paris, Reinwald, 1868, p. 176. ? Congrès de Stockholm, 1874. Compte rendu, p. 210.
Nous aurions plus de raison d’assioner aux dolmens une origine occidentale. En Portugal, en France et ailleurs en Europe, il ne manque pas de grottes naturelles qui ont servi de demeure aux morts après avoir servi d'habitation aux vivants. Pourquoi les populations néolithiques de ces contrées, sous l'influence d'un. développement physique et intellectuel déjà considérable, n’auraient-elles pas eu cette pensée d’élever des tombeaux néolithiques où de creuser des grottes rappelant les excavations naturelles devenues insuffisantes pour y déposer leurs
morts ?
FiG. 22. — Dolmen de Rajun Kolbory (Deccan)
OË. MEADOUS TAYLOR.
Cependant, si l’on s’en tient à cette thèse d’après laquelle l'idée primitive de la construction des dolmens et surtout la présence de l’ouverture latérale dénotent un certain état de religiosité, nous serons portés à jeter encore nos regards vers l'Orient plutôt que vers le Nord ou Occident.
De l'Inde, en effet, où sont nées les plus importantes religions de l'antiquité a pu partir également le culte des morts, une des plus importantes man'festations religieuses qui aient résisté aux vicissitudes de l’évolution des sociétés humaines. Ce culte nous aurait été apporté en Europe avec tout un cortège d’usages et de mœurs inconnus de nos ancêtres paléolithiques. Il convient d’ajouter que l’Inde renferme
le groupe le plus oriental des dolmens et que la plupart des monuments de ce
ÉPOQUE NÉOLITHIQUE 65 groupe sont percés d’un trou rond à l’une de leurs dalles. Les efforts des
paléoethnologues devront done à l’avenir se tourner dans cette direction.
PIERRES À LÉGENDES. — A la suite des dolmens, constructions dont le but est bien défini et dont l’âge est probable, il convient de décrire quelques pierres à légendes garnies parfois de ces cupules que l’on a appelées écwelles.
D’après Bayern et le général Komaroff, on peut citer l'existence de plusieurs pierres de ce genre dans une dizaine de localités; nous parlerons des plus connues.
Non loin du défilé du Darial entre Lars et Balta et près du fortin de Djerakhousk
et de Tchmi, existe la pierre PAeaphdour ou pierre des bergers.
Près de la grande route de Géorgie, à six verstes de Mtzkhet du côté de Tiflis, on connaît la pierre de Devis-Napekhowr ou pierre du Diable,
Sur la rivière Tcherde, affluent du Kouban, on signale un bloc assez volumineux qui passe pour avoir l'empreinte des pieds du cheval de Soseirouka, personnage lésendaire des Ossèthes.
On en cite une autre moins importante près de l’aoul Tcheghem, sur la rivière
e ce nom, affluent du Baksan.
Une pierre du nom de Zchoban-Dobun-Dach, c’est-à-dire pierre jetée par ; d E
es pasteurs de moutons, se trouve dans la gorge Boumsk, plus haut que l’aoul de
Boum.
On cite enfin, près de Derbent, la pierre dite Duldule-Ati, c’est-à-dire la pierre d'Al.
La plupart de ces pierres sont des blocs erratiques dont la position ou la forme
plus où moins étrange ont attiré l’attention des habitants de ces régions sauvages,
ès la plus haute antiquité.
Il est curieux de trouver au Caucase les mêmes légendes que les habitants
de la Suisse, du Jura, de la Savoie et du Dauphiné racontent au sujet des méga-
lithes de leur pays.
CAIACARIR 9