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GROTTES ET SOUTERRAINS

Dubois de Montpéreux et Bayern, durant leurs nombreuses pérégrinations dans le Caucase, ont signalé une quantité considérable de grottes naturelles ou artificielles ayant servi d’asiles et peut-être aussi de tombeaux à des populations d’époques diverses.

Bien qu'aucune découverte archéologique ne nous permette de considérer les grottes et souterrains caucasiens comme néolithiques, je crois devoir, cependant, en parler à la suite des monuments mégalithiques, car dans beaucoup de pays les

populations de cette époque ont utilisé les arottes où ont creusé des souterrains au

lieu d'élever des dolmens.

Les grottes naturelles sont rares au Caucase et la plupart des souterrains ont été taillés dans des calcaires ou tuffeaux à des époques assez différentes; quelques-uns même sont encore habités.

En attendant que des observations méthodiques viennent indiquer si parmi eux un certain nombre remontent à l’âge de la pierre, il me semble utile de les faire connaître afin de faciliter les recherches.

Les grottes du Caucase peuvent se diviser en quatre groupes principaux :

1° Le groupe du Ratcha, comprenant tout le haut bassin du Rion, à partir de Koutaïs.

2° Le groupe de l’Aragva et du Terek.

3° Le groupe de la Koura, formé par tout le versant caucasien de ce fleuve depuis Gori jusqu'à Chemaka.

4° Le groupe du Gok-tchaï, composé du plateau qui circonscrit le grand lac

arménien, des vallées supérieures de l’Araxe et de la Koura et de leurs affluents.

Parmi les grottes du premier groupe nous citerons, en remontant le cours du Rion, celle de Jason, près de Koutaïs ; celle de Ghelati, près du monastère de

ce nom, au nord-est de Koutaïs; celle de Rgani, sur la Kvirila, que nous avons

décrite précédemment ; celle des environs de Nikortzminda, autre monastère à

mi-chemin de Koutaïs à Oni, sur la Charaoula; celles de Gvimi, sur la Kvirila,

en aval de Satekhali ; trois de ces localités ont été explorées par Dubois de Montpéreux!; celles de la rive gauche de la Djodjora, à Tsidisi, entre Tzona et Oni; et enfin entre Oni et Chkmeri, où ces excavations sont creusées dans

le calcaire corallien. Les hautes vallées de la Kvirila, de la Dziroula, et de la

Tskenis-Tskali sont également parsemées de nombreuses grottes.

Sous le titre de groupe du Terek, nous désignons toutes les excavations

comprises dans le haut bassin de ce fleuve, dans les gorges de PArdon, du Baksan, de l'Argoun, du Soulak, dans les, montagnes de l’Avarie, ainsi que sur la route centrale du Caucase, dans les gorges du Terek, entre Kobi et Lars.

Beaucoup plus étendu que les précédents, le groupe de la Koura n’est pas

moins riche en cavernes. La région comprise entre Ananour, Gori et Mtzkhet,

entre autres, en compte un très grand nombre. Parmi les plus curieux exemples,

il nous suffira de citer le village souterrain d’Ouplis-Tsikhe, à l'est de Gori,

tout entier taillé dans le roc, et dont Dubois a donné une description

ès complète ?, Le bassin moyen de la Yora et celui de PAlazan en possèdent beaucoup aussi. Signalons dans le premier, Tioneti et Gombori; dans le second Tourdo, Signakh et Telaf. D’après Bayern, les grottes de ces deux vallées ne doivent leur

existence qu’à l’exploitation du sel, abondant dans cette région. Nous verrons plus

loin l'application que le même auteur fait de cette idée d’après Dubois de Montpéreux, aux grottes du groupe du Gok-tchaï. Il convient de citer également celles de Marazoff, district de Chemaka.

Tandis que la plupart des grottes que nous venons d’énumérer, à l'exception de Tioneti, Gombori, Tourdo, Signakh et Telaf, étaient pour la plupart taillées dans le crétacé supérieur (Ratcha) ou dans la molasse (Ouplis-Tzikhé), une grande partie de celles de Somkhetie, particulièrement dans la vallée de l'Alghet, ne sont que des fentes naturelles plus où moins élargies dans les tufs basaltiques ou les

domites. Le plus grand nombre de ces fentes ont dù servir d'habitation aux

1 Voyage autour du Caucase. Paris, chez Gide, 1839, £. IT, p. 199 et 379, et t. Il, p. 163. ® Ta, t. II, p: 203:

peuplades minières qui exploitaient, dès la plus haute antiquité, les gisements de

sel, de cuivre et de fer de cette région riche en minerais. Bayern croit qu’elles ont abrité les ÆAalybes dont Homère et Hérodote ont vanté l’activité industrielle et que Strabon, commentant un verset du chant

des vaisseaux dans l’Iliade, tend à placer en effet sur le plateau arménien. Dubois

de Montpéreux a tenté l'identification du nom Æouwlpe (en arménien Gogph), qui

désigne trois localités arméniennes célèbres par leurs mines, avec celui des Kha-

lybes, et il a montré avec autant de certitude qu’en peuvent offrir des textes aussi torturés, que les Halisoniens, ces voisins des Khalybes, tiraient leur nom de la rivière Alazan. Peut-être quelques tribus de ces anciens peuples ont-elles reposé

dans les grottes de l’Alazan et de la Yora, dont nous parlions plus haut, ou dans

celles de Dachkessana et de Baïna sur le Kachkara-tchaï, affluent de la Koura, près d’Elisavetpol, de Tchovtara (mines de cuivre), Kousch-Kenda et Zeklika, sur le Chamkor et ses affluents, où, d’après Bayern?, on doit avoir trouvé beaucoup

d’objets en bronze ; du massif Ghevartzin-dagh, surla Djoga, affluent de la Koura ;

e la gorge de Bolnisk (Somkhetie), du haut bassin de l’Araxe qui n’en possède pas moins queles régions que nous venons d’énumérer. Nous citerons, parmi les plus

dignes d'attention, celles des environs des mines de sel, à Koulpe, et, au sud-ouest

de cette localité, un village souterrain creusé dans les flancs du Tachal-taou, puis, au nord de l’Ararat, le village de Gorgan, formé de grottes taillées dans la montagne sainte et inhabitées aujourd’hui, le monastère de Gkegvart près de la rivière Giarn (district d'Érivan) qui a remplacé un groupe de cavernes ayant servi de refuge à des populations antérieures à l’ère chrétienne.

Les montagnes qui, au sud de Gkegvart, descendent vers l’Araxe, sont aussi parsemées de grottes très nombreuses, ainsi que, plus au nord, larégion de l’Alagüz

et, sur les confins de la Perse, celle du Zanguezour.

A Loccit.; t. IV, p. 140, ? Bayern. Contribution à l'archéologie du Caucase. Lyon, 1883.

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