ORIGINE DES ANIMAUX DOMESTIQUES
Il semble démontré actuellement que c’est pendant la période néolithique que se
sont montrés en Europe la plupart des animaux domestiques et les céréales.
Aussi il est intéressant de rechercher si les idées que l’on se fait de leur
origine concordent avec celles que l’on a émises au sujet du point de départ de cette civilisation.
Les hommes paléolithiques qui vraisemblablement se sont développés sur place pendant toute la période quaternaire, n’ayant à lutter que contre les difficultés
souvent considérables de la vie matérielle, n’ont dû subir cette transformation si
radicale de leur industrie et de leurs mœurs que sous linfluence d’une importation sans doute lente et pacifique, mais décisive.
C'est assurément un événement de la plus haute importance dans l’existence de
ces populations occidentales que cette révolution dans leur outillage et leur genre de vie. Presque simultanément en effet, ils reçoivent la hache polie, la poterie, les animaux domestiques, les céréales, les monuments mégalithiques, les idées reli-
gieuses et le culte des morts, toutes choses inconnues à l'époque palé
olithique.
ÉPOQUE NÉOLITHIQUE ne
Rien ne s'oppose pourtant à ce que l’on admette que les populations paléo-
ithiques, continuant leur évolution lente et progressive, soient arrivées d’elles-
mêmes à la pratique de la domestication des animaux utiles. Celle-ci a pu être
perfectionnée plus tard sous l'influence de nouveaux venus, experts depuis plus
ongtemps, sans doute, dans cet art qui ne devait pas manquer de difficultés dans e principe.
Les perfectionnements considérables accomplis dans la fabrication des armes et le
développement successif qui s’était opéré dans la manière de s’en servir avaient cerainement rendu de plus en plus fructueuses les chasses des hommes de l’époque du Renne.
Les chasses quaternaires devaient être d'autant plus productives que, pendant cette ongue période, le climat était généralement doux, humide et assez régulier, On sait
que ces conditions sont essentiellement favorables au développement des végétaux et
par suite à celui des herbivores dont Paccroissement doit favoriser à son tour celui des carnassiers.
Mais, après le retrait des glaciers, au moment où le climat commençait à devenir ce qu'il est de nos jours, la végétation dut se modifier et la multiplication
des populations animales dut en souffrir. Les vigoureux chasseurs de Renne,
menacés de mourir de faim, furent forcés’ de changer leurs habitudes.
C’est alors que simultanément, sans doute, les peuplades les mieux douées et les plus capables de se plier aux nouvelles conditions d'existence commencèrent la domestication de quelques animaux qui les entouraient et qui paraissaient les plus sociables .
Au contact des émigrants orientaux nos paléolithiques ont dû vaincre cette répugnance bien naturelle à abandonner leurs anciennes coutumes. Il devait être,
en effet, très pénible à ces chasseurs, comme cela arrive à tout homme sauvage et
vraiment indépendant, de renoncer à cette vie d’aventures : peu à peu, ils devinrent pasteurs plus où moins sédentaires ; puis, s’abritant dans des demeures fixes, ils se firent agriculteurs. -
Les animaux domestiques qui passent pour avoir apparu avec la civilisation néolithique sont le chien d’abord, le mouton, la chèvre, le bœuf, le cochon et enfin
le cheval.
Gauc. I 10
Quant aux céréales qui les accompagnent ce sont le blé ou froment, l'orge et le
seigle, puis une plante textile, le lin.
En ce qui concerne le chien, l’animal domestique le plus anciennement connu, il a
pu précéder les migrations néolithiques, car il est, de
ous le
s serviteurs de
lhomme, le plus indispensable au chasseur primitif. Il est le seul aussi qu’il n’est
pas nécessaire de surveiller et L
> meilleur gardien de la hutte ou
de la tente. Le
chien existe de nos jours chez des peuples sauvages qui n’ont aucun autre animal
domestique. Les races canines
sont si nombreuses que l’on est porté à leur
assigner des origines différentes. On leur a donné pour ancêtres tantôt le renard,
le chacal ou le loup, tantôt certains chiens vivant actuellement encore à l’état
sauvage dans l'Inde centrale ; peut-être jamais démontrées.
C’est entre l'Himalaya et la cô des chiens domestiques primiti le Colson et le Buansu, qui ont d les chiens néolithiques. On do sauvage de l’Abyssinie, qui a é dynastie. On a prétendu aussi c
chercher l’ancêtre du chien néc
ces origines, encore très discutal
dans ces régions vivent deux € es ressemblances ostéolosiques très it citer aussi le Caberu, sorte de
té domestiqué par les Kevptiens «
foss
es pour résoudre ce prob
lithique, mais on a encore trop
ème On possède, au contraire, «
les, ne seront
e de Coromandel, que-lon doit trouver le prototype
1iens Sauvages, marquées avec grand lévrier
ès la troisième
ue &est parmi les chiens quaternaires qu'il faut
peu de restes
es éléments de
comparaison suffisants pour rattacher le chien néolithique à ceux de l’Inde.
De tous les animaux domestiques, le cheval est sans contredit celui dont l’histoire
se trouve le plus intimement liée à celle de l’humanité primitive. Après avoir été
mangée par les populations paléolithiques, cette espèce est devenue en Europe un
des plus précieux auxiliaires de l’homme néolithique, peut-être bien avant l’arrivée
des importateurs asiatiques de x
nouvelles races chevalines.
Un cheval sauvage semblable à celui des palafittes vivait en nombreux troupeaux
durant l’époque quaternaire non seulement en Europe, mais dans toute l'Asie
mineure et parcourait les bassins de la'mer Caspienne, de la mer Noire, l'Arménie
et le Caucase.
Moins répandus que le cheval, les deux types des Dœufs quaternaires étaient
cependant très nombreux en Europe et dans l’Asie occidentale.
ÉPOQUE NÉOLITIHIQUE 75
Pour M. Sanson’, le berceau du Bos asiatieus, que l’on rencontre dans la
Camargue et surtout en Hongrie doit se trouver dans l'extrême Orient, non loin des
rivages de la mer de Chine, d’où il serait venu dans les steppes de la mer Caspienne,
chez les Kirghiz, puis dans la vallée du Danube et enfin en Italie et sur le delta du Rhône.
Le cochon domestique qui, pour tout le monde, descend du sanglier, se trouve
en Asie comme en Europe ; mais ce n’est même qu'en Cochinchine que se trouve
uu pore se rapprochant de celui des tourbières. Le mouton descend vraisemblablement du mouflon, qui présente actuellement des formes peu différentes les unes des autres, depuis la Corse, Chypre, l’Asie
mineure, l'Arménie, le Caucase, jusqu’à l'Himalaya et au Thibet, où il se rencontre
encore sous le nom d’Arga
La chèvre peut être un dérivé du bouquetin ou de l’égagre de l’île de Crète, de l'Arménie, de la Perse et du Caucase. Dans ces pays la chèvre domestique s’unit spontanément à ces deux types et produit des métis féconds.
L’aire géographique dans laquelle sont répandus les types ancestraux sauvages
d’un grand nombre de ces animaux domestiques occupe, comme on le voit, des
étendues considérables sur la surface terrestre.
Il résulte de ce qui précède que tous nos animaux domestiques ne viennent pas de cette vaste région comprise entre la Méditerranée, la mer Noire, la mer Caspienne, VArarat et le Caucase, c’est-à-dire des hauts plateaux de l'Arménie y compris les grandes montagnes qui les entourent. Cette opinion admise encore par quelques auteurs, en souvenir sans doute de la légende de l'arche de Noé, n’est donc plus soutenable.
À la suite des animaux domestiques dont l'introduction est attribuée à des importations asiatiques, trois céréales : le blé, le seigle et l’orge auraient également apparu.
C’est donc une agriculture complète venue ainsi de toutes pièces, qui n’a pas
non plus pris naissance dans nos pays. Ces trois céréales n’ont pas d’ancètre en
1 Sanson. Zootechnie, t. IV, p. 1
76 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE Occident, et leurs descendants échappés à la culture y disparaissent rapidement. Vers le Caucase, au contraire, ces individus spontanés ou sporadiques, outre qu'ils sont plus fréquents, se perpétuent souvent plusieurs années. Ceci tendrait à prouver que ces végétaux sont, au Caucase, très près de leur lieu d’origine, s'ils ne s’y trouvent pas en réalité.
Quant au lin, dont les néolithiques ont fait un grand usage, comme le prouvent les découvertes des palafittes, il paraît avoir à peu près la même provenance.
Nous sommes done conduit à admettre que les animaux domestiques, comme les céréales, ont été apportés chez nous par les importateurs de l’industrie de la pierre polie, de la céramique et des dolmens. Partis vraisemblablement de divers points de l’Inde ou simplement des'régions iraniennes, ces initiateurs ne sont parvenus en Europe qu'après avoir fait un séjour prolongé sur les plateaux de l'Arménie, dans les vallées du Caucase et en Asie mineure, c’est-à-dire en Asie occidentale mais non exclusivement dans les régions caucasiennes.
C'est là que des investigations nouvelles devraient être dirigées, elles auraient beaucoup de chances de faire entrevoir les divers phases de cette civilisation si mal connue encore dans ces pays et qu'il importe cependant de suivre pas à pas, car elle a, dans sa marche d’orient en occident, tracé en quelque sorte la route aux
importateurs du bronze.
AGE DU BRONZE
Il paraît vraisemblable que lnde a transmis à l'Occident les premières notions de la métallurgie; pourtant aucune trouvaille importante n’a permis jusqu’à ce jour de relier d’une façon certaine les vestiges de l'Age du Bronze européen aux civilisations anciennes de lOrient.
En classant dans chaque pays les pièces importées et les produits locaux de cette industrie, on est arrivé à tracer quelques réseaux indicateurs conduisan les uns de l’ouest et des régions méridionales de l'Europe en Grèce et en Asie
mineure, les autres du nord-ouest et du nord vers la mer Noire par le Danube et
e Dnicper.
Au dela de ces contrées, l'archéologie positive n’a fourni qu'un bien peti nombre d’observations. Le Caucase, en particulier, n’a encore donné lieu qu’à des découvertes en partie discutables. Cependant quelques antiquaires n’on
pas craint, malgré linsuffisance évidente des recherches et des résultats acquis,
de faire des montagnes de la Transcaucasie un foyer métallurgique très primitif d’où le bronze aurait rayonné à la fois sur l'Europe et sur l’Asie occidentale. À
défaut de preuves archéologiques, cette théorie s’étaye sur une série d’identifications
78 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE plus où moins heureuses dont Dubois de Montpéreux a donné le premier exemple‘, et où les textes sacrés jouent un rôle capital.
François Lenormant?, l’un des représentants les plus autorisés de l’école classique, attribuant à Tubalcaïn l'invention de la métallurgie, a montré d’après le
baron d’Eckstein ? l’importance presque exclusive que cette école accorde au récit
de Moïse pour éclairer le sujet qui nous occupe.
« Tubal, dit-il, nom de tribu, nom probable de corporation, est l’équivalent des Telchines de la Grèce primitive. Nous rencontrons, au dixième chapitre-de la Genèse, ce nom qui s'applique à une race caucasienne, à celle des Tibaréniens, voisins des Chalybes, aborigènes des montagnes qui avoisinent le Pont-Euxin, forgeant le fer,
travaillant l’airain, fameux du temps des Argonautes. Chez Ézéchiel, Tubal est
au nombre des tribus vassales du commerce de Tyr, cité à laquelle elles livraient V'airain de leurs montagnes. » f Même s’il était possible d'admettre sans réserve l'identification de Tubal et Mes’ek avec certaines tribus caucasiennes, les affirmations des auteurs que nous venons (le citer ne sauraient servir de base à aucun système quelque peu scientifique touchant l'introduction du bronze en Occident, En effet. aucune découverte, aucune preuve archéologique n’est venue nous révéler l’état industriel des métal-
lurges auxquels il est fait allasion.
1 Dusors pe MonrPéREUx. Voyage autour du Caucase, t. II, p. 17, note 2 : « Le nom de Meskhes est
nom doit être de toute &
sien pour les peuples de la Moskhike où Moschique.
ciennetc chiel l'emploie (chap. xxvir, v. 13) quand, faisant la description du grand commerce de Tyr, il dit : « Tubal et Mesekh « ont été tes facteurs et t'approvisionnent d'esclaves et de vases * d'airain. » — Tome IT, p. 336 : « Mesekh.…., « occupe la pointe qui s'étend entre la Colchide et la Géorgie, c'est-à-dire tout le pays compris entre les sourc « de la Kvirila et celles du Cyrus (Koura). — 1d., p. 338 : « L'identité de Tobel on Tubal et des Géorgiens est ge entre Tubal et Iberia est le Tibarèni d'Hérodote,.. Je prouve que l'airain « de Tubal venait des riches mines du Somkheth, et que le fer des Khalybes était forgé tout près de là, dans les « fonderi
€ aujourd’hui reconnue ., Le pa!
nombreuses de Koulpe et d'autres lieux voisins. Et de quelle antiquité ne devait pas être le renom « de ces établissements de mines, puisqu'avant le déluge on voit déjà Tubal-Cuïn être l'inventeur et le forgeron « de toutes sortes d'instruments d'airain et de fer! »
? Les monuments de l'époque néolithique l'invention des métaux et leurintroduction en Occident, Gasette des Beaux-Arts. Décembre 1867.
5 Athenæum français du 19 août 1854.
* Le professeur Reuss, dont la version fait actuellement autorité, ne parle pas de vases d'a ainsi : « J: k (l'Ionie, le Pont et la Colchide) trafiquaient avec toi; avec des 0 uARD Reuss. La Bible, traduction nouvelle, av. chiel, xxvn, 13).
rain dans ce
raphe, qu'il traduit claves et des objets d'airain, ils introduction et commentaires, Les P7 ophèles, t. II:
n, Tou
faisaient l'échan:
ch, xx
AGE DU BRONZE vis)
Les données dites historiques, pour nous conduire à travers les civilisations primitives seront toujours, en Orient plus que partout ailleurs, des guides très peu sûrs. De l’aveu même de Lenormant !, l’histoire de linvention des métaux est entourée de fables chez tous les peuples de l'antiquité. Ce n’est pas à ces fables — et nous ne ferons point, comme lui. une bienveillante exception en faveur de celle de Tubal- Caïn — que nous demanderons le secret de cette invention « si merveilleuse et si bienfaisante que l'imagination populaire y voyait un présent des dieux ». Préférant des faits susceplibles de contrôle à tous les commentaires de légendes ou de traditions, nous nous efforçcons de réunir les quelques documents positifs que l’on possède sur ces temps obscurs et si peu étudiés encore en Asie.
Les découvertes permettant d'établir l'existence d’un âge du bronze au Caucase sont de deux sortes : les dépôts ou stations dans lesquels on trouve des traces d’habitation ou de fonderie, puis les objets isolés.
La présence d’un certain nombre de moules accompagnés de lingots est un indice des plus précieux pour démontrer le séjour plus ou moins prolongé d’une peuplade de l’âge du bronze, mais la provenance du métal reste le plus souvent introuvable.
Un élément des plus considérables pour l’étude de l’origine de la métallurgie, et qui a été négligé par ceux-là même qui prétendent la trouver au Caucase, devra attirer notre attention : c’est la connaissance des gisements de cuivre et d’étain de
cette vaste région.