‹ Recherches bibliques (volume 2)Chapitre 114 sur 140 · XV · texte numérisé non relu

XV

q) Le principe de cette prescription se trouve dans leplus ancien document du Pentateuque, le livre de l'Alliance (Ex., XXIII, 11): «Pendant six ans tu cultiveras le sol et tu en recueilleras le produit, à la septième année tu le laisseras chômer (rUÛDtî^n) ®t ^^ l'abandonneras pour que les pauvres de ton peuple puissent s'en nourrir et que les bêtes des champs puissent se nourrir du reste ; tu agiras de même au sujet de ta vigne et de tes oliviers. » Cette loi, qui fait cesser tout travail agraire après une période de six ans, est en relation étroite avec la sanctification du septième jour de chaque semaine, qui fait l'objet du verset suivant (7) et qui montre le même soin pour les classes besogneuses et les bêtes. Ce chômage septennal est sans aucun doute une extension de la sainteté hebdomadaire du sabbat. Au chapitre xxv du Lévitique, dont le début offre une exposition plus circonstanciée de cette loi (2-7), le cercle s'étend par la multiplication sept fois sept = 49, de manière que chaque cinquantième année forme elle aussi une seconde année de chômage, qu'on nomme l'année jubilaire, pendant laquelle les terrains vendus retournent à la famille de leurs anciens possesseurs et les esclaves sont rendus à la liberté. Dans le passage deutéronomique précité, les dettes sont abolies à l'arrivée de l'année de chômage (niDDtt^)' prescription qui a visiblement pour but de rehausser davantage la solennité du septennat. Maintenant une question se pose : l'auteur a-t-il connu seulement en même temps que l'ordonnance du livre de l'Alliance .celle du Lévitique qui est le code sacerdotal par excellence ? Les critiques le nient naturellement de toutes leurs forces. Je crois cependant que le contraire est bien plus vraisemblable. Et voici pourquoi. On est tout d'abord frappé par le motif solennel : « Que personne ne force son semblable et son frère (à payer sa dette), parce qu'on a proclamé un temps de

relâche en l'honneur de Yahwé», niH^b niDDtt^ NHp "^D (^)- ï^î l'année de la èemitta apparaît sous le caractère sacré qu'elle revêt dans L., xxv, 1-7» et qu'elle transmet à son double, l'année jubilaire, à propos de laquelle le législateur emploie l'expression si analogue ynx3 ITH nxnpV * vous proclamerez la liberté dans le pays». L'auteur sacerdotal cherche en outre à écarter une grave objection d'économie agraire : Comment le peuple pourra-t-il subsister s'il laisse chômer Tagriculture pendant une année entière à chaque période septennale? La réponse mise dans 1 a bouche de Yahwé est celle-ci : «En chaque sixième année agricole je donnerai des ordres en votre faveur à ma bénédiction («ïp^-i^^: abondance), de manière qu'elle fera croître le produit en quantité suffisante pour trois ans de subsistance. Lorsque vous ensemencerez la terre dans la huitième année, vous vivrez encore de l'ancien produit qui vous suffira jusqu'à la rentrée du nouveau produit» (N., xxv, 20-22). C'est par une réponse analogue et au moyen de la bénédiction divine, n-|3, que D encourage le prêteur à renoncer à chaque

septième année à la dette contractée par le débiteur national. Cette loi risquait d'enlever aux gens peu aisés le moyen de relever leur état par un prêt à restituer peu à peu ; le législateur intervient résolument en faveur du pauvre et, en s'adressant à celui qui possède, dit : < Prends garde de faire cette abominable réflexion en disant : la septième année, celle de la Semitta (renonciation à la dette) est proche », au point d'avoir le regard mauvais envers ton frère nécessiteux et de lui refuser la demande. Il arrivera que (le pauvre frustré) réclamera contre toi auprès de Yahwé {;^);^i '^x l'^bv Xlpl) ^^ ^^® ^^'^ ^^ ^^^^ compté pour un péché. 11 faut lui donner tout de même et sans aucune mauvaise volonté, car, à cause de cela , Yahwé, ton Dieu, te bénira (n'^nbx mîT' IDISO ^^^^ tous tes travaux et dans toutes tes entreprises {tbid.y 9-10 ; cf. 4). Les conséquences de ces parallélismes indéniables sont faciles à tirer : Le chômage de toute la Palestine tous les sept ans, l'affranchissement des esclaves qu'on employait pour la plupart du temps à des travaux agricoles comme la reprise des domaines vendus pendant

Tannée jubilaire, sont d'une telle gravité au point de vue de l'économie sociale qu'il a fallu toute la solennité religieuse de r idéal de la sainteté sabbatique attribuée à la septième année pour les faire accepter. A côté de ces énormes sacrifices exigés de l'agriculture, qui était alors presque la seule ressource de la Palestine, l'abandon de petites dettes de la part de quelques particuliers fortunés ne peut constituer qu'une prescription complémentaire et d'une importance relativement minime. Le doute n'est donc pas possible. C'est D qui a emprunté ses formules solennelle^ à P, et non pas l'inverse comme l'affirme la critique superficielle en prétextant que le verbe ^ouf , usité par D, ne figure que dans Ex., xxiii, il, A. On n'a pas dit le contraire, D y a puisé ce verbe et en a formé le substantif niDÛB^ parce qu'il exprime bien l'idée de renonciation exigée par la loi dont il est le rapporteur, mais pour l'esprit et l'effort de la rendre acceptable il est débiteur de P. L'écrivain sacerdotal, qui a entièrement assimilé la septième année au sabbat (N., ibid.y 2), n'a pu par contre faire usage de l'expression , populaire ^ojjf, niûDtt^? Q"^ ^^ contient pas une idée religieuse bien déterminée. Aussi, Isaïe II compare-t-il l'année de la délivrance de la captivité à l'année sabbatique-jubilaire, en disant qu'il est appelé nnj (non Qpj !) qvI mn'»^ p^T DiW Hlf) lî'^nbxb' ^' ^ proclamer l'année de complaisance de Yahwé et le jour de consolation de notre Dieu » (lxi, 2). Ajoutons dans l'intérêt de la critique verbale que, dans N., xxiv, A a, il faut lire y-|xb n'^îl^ ])rOW DiU/ nT'^^î/îl TOB^m au lieu de njBfni b '^ pn32^ rOW 'n ; cf. 5 b, et qu'au verset 6 il faut corriger l'inintelligible y^i^ri r\2W ^" n^513n; cf. 7 b.

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