LE LIVRE DE LA LOI DÉCOUVERT SOUS LE RÈGNE DE JOSIAS
Le récit de cette découverte et des suites qu'elle eut sur la conduite du roi Josias se lit dans II Rois xxii, 3-xxii, 25. Tâchons d'M résumer les données substantielles. Dans la xviïf année de son règne (621 avant l'ère vulgaire), Josias
l 'œuvre d'un chroniqueur con temporain . Aussi ne doit-on pas être étonné que son authenticité n'a jamais rencontré d'opposition. L'idée de remaniement a bien été avancée par Stade, mais c'est la rengaine ordinaire de beaucoup d'esprits mélancoliques qui, dans un moment de mauvaise humeur, seraient capables de prouver que plusieurs pages de leurs livres qu'ils voudraient ne pas avoir écrites ont été interpolées par d'ignobles fraudeurs !
Cependant, une attention suivie ne tarde pas à nous révéler la raison suprême qui dicte aux critiques ce soupçon jeté à tort et à travers sur un récit qui porte le cachet de la plus parfaite exactitude. L'excessive émotion ressentie par Josias en entendant la lecture des malheurs annoncés montre quil s'agit du chapitre xxviii, qui menace en effet la nation et la royauté des plus terribles malheurs au cas où les lois contenues dans le livre ne seraient pas pratiquées. Or, ce fait certain réduit à néant tout le système de cette école, qui n'admet comme fond ancien du Deutéronome que les chapitres xii-xxvi, mutilés et expurgés sans gêne aucune, tandis que tout le reste est audacieusement rejeté comme additions plus ou moins malhonnêtes. 11 y a pourtant un parti à prendre. Si le chapitre xxviii a vraiment été la cause de l'émotion de Josias, alors son appartenance au Deutéronome est indubitable. Si ce n'est pas lui, alors qui nous garantit que le livre retrouvé fut le Deutéronome et non pas le Lévitique, dont le chapitre xxvi, 14-45, est rempli de menaces tout aussi effrayantes que celles de l'autre? Je ne ferai pas l'injure aux critiques d'avoir tous passé à côté de cet obstacle brutal sans le voir, Staerk a même fait des efforts surhumains pour revendiquer comme deutéronomiques les groupes 1 -25 (remaniés) et 43-45 du chapitre xxviii. Cette thèse n'a cependant pas été admise, et cela par cette raison bien caractéristique que, l'originalité de la réponse attribuée à la prophétesse dans II Rois, xxii, 1 5-20, étant des plus suspectes, elle ne peut rien prouver pour D. (Aber gerade die Stelle II Reg., xx, 15-20, ist sicher ûberarbeitet und kann daher fur D nichts beweisen). C'est donc bien entendu : à la lecture du noyau deutéronomique bien épluché par la censure critique et tout figé par la glace rituelle, le roi Josias
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fut pris d'une vulgaire attaque de nerfs, et, en se démenant connme le possédé qui rompait ses chaînes, il déchira ses habits et envoya ses confidents auprès de la prophétesse Hulda pour lui demander ce que les critiques, malgré leur pénétration illuminée, se gardent prudemment de nous communiquer. Qu'a répondu la prophétesse? A-t-elle calmé les nerfs du roi en disant que le rouleau découvert était le factum d'un farceur? C'est vraisemblable, puisque le passage 15-20 est falsifié, mais il n'en est pas moins vrai que Josias, ne pouvant pas entièrement maîtriser son émotion, résolut plutôt de faire du Livre de V Alliance retrouvé la base d'une nouvelle constitution religieuse et politique. Les critiques ont la complaisance de nous prévenir qu'il n'avait pas tout à fait réussi, car, pour faire taire les murmures des prêtres hiérosolymitains, qui formaient au fond la minime partie du clergé national et étaient aussi infectés du culte des Bamot que les autres, il abolit d'ua trait de plume les droits séculaires des prêtres des campagnes, malgré D xviii, 6-8, qui les assimile au clergé de la métro* pôle. 11 est triste d'avoir à le redire si souvent : toutes ces insanités à peine voilées sont supposées comme facteurs de l'histoire religieuse d'Israël, dans le but unique de prouver que l'exigence de détruire les bamot pour concentrer le culte à Jérusalem, de purifier le culte de tous les éléments païens et syncrétiques, et notamment des maççébot et des aàérot, a été proclamée comme quelque chose de nouveau par le Deutéronome I Et encore si on nous avait donné cela comme une thèse scientifique qui est toujours respectable, mais non, on a l'audace de s'appuyer sur D, xii, 8 et suivants, qui font partie d'un discours adressé par Moïse au peuple campé près du Jourdain et ainsi conçu : « Ne faites pas comme nous faisons ici au* jourd'hui chacun ce qui lui plaît, parce que vous n'êtes pas encore arrivés au lieu de repos et au pays de possession que Yahwé te donne. Mais lorsque, après avoir passé lé Jourdain, vous vous établirez dans le pays dont Yahwé vous rend maîtres, et que, en obtenant le repos de tous vos ennemis d'alentour, vous demeurerez en toute tranquillité, alors vous porterez tout ce que je vous ordonne (en fait de sacrifices) vers le lieu que Yahwé votre Dieu aura choisi, etc. ù Qu'on refuse d'ac-
corder une valeur historique à ce récit, cela ne nous importe guère, mais qu'on y lise entre les lignes que, jusqu'au temps de Josias ou de Manassé, le culte des bamot avec sa dépendance, les aâérot et les maççébot, jouissait de la légalité chez les au* teurs prophétiques, c'est ce que nous ne pouvons admettre sans protester. Puis, est-ce bien respecter le sens commun que de voir, dans la condition de possession intégrale du pays et de la paix assurée, un reflet de ces temps troublés où les trois quarts de la nation et du pays étaient asservis à l'étranger et où la petite Judée risquait journellement d'être broyée par le colosse assyrien ou égyptien? A moins d'être un triple idiot, un faussaire ne se compromet pas par des expressions qui font voir le fond de son jeu sans la moindre utilité pour le sujet qui l'occupe.
Ceux qui ne sont pas inféodés aux vains préjugés des remaniements sempiternels et par trop commodes, se contenteront de prendre bonne note des renseignements suivants que leur fournit le récit de l'historien hébreu ;
1"" Au temps de Josias, le culte du temple était présidé par un grand prêtre (^nj jrD)» conformément à la donnée explicite du Lévitique, xxi, 10, et des Nombres, xxxv, 25, 28, 32 (cf. Josué, XIX, 51), ainsi qu'à celle implicite de D, xvii, 12. L'institution du grand pontife est donc très ancienne, bien que les titulaires de cette haute fonction n'aient pas joué un rôle saillant depuis Salomon.
2'' Helcias annonce avoir trouvé] le livre de la loi, -|gQ ,-mnnî ** ^^^^^ ^^^^ généralement connu qu'un exemplaire de ce livre existait dans le temple, car ni Helcias, ni Saphan, ni la prophétesse, ni aucun autre prophète n'ont jamais émis le plus léger doute sur son authenticité.
y Ce livre, qui se donne comme une œuvre de Moïse, n'est cependant pas intitulé « livre de la loi de Moïse », nnin *1SD -jgfQ, tellement la chose allait de soi et était connue de tous.
4* La révérence témoignée pour ce livre était telle que Tinaccomplissement de la prophétie relative à la fin paisible de Josias n'en a pas ébranlé le prestige.
5* Saphan lit le livre devant le roi le jour où l'argent remis
— solde célébrer la Pâque n'est pas non plus annoncé pour la prenîièrefois dans ce code, il figure déjà dans l'Exode, xxm, 15. On me dira qu'Helcias tenait à cœur de faire abolir le culte séparatiste des Bamot et ne trouvait pour exécuter celte réforme que l'autorité du Deutéronome. Accordons pour l'instant que l'initiative de cette défense appartienne à ce dernier écrit, ce qui est selon nous tout à fait contraire à la vérité, mais comment un homme avisé comme le grand prêtre n'a-t-il pas redouté de faire échouer son but suprême, l'extermination de la grosse idolâtrie, en s'attaquant à l'institution jus.ju alors licite des cultes yahwéistes locaux, qui faisaient vivre dans l'aisance des milliers de prêtres entourés de la vénération populaire? Une action lente et mesurée était alors bien à sa place. D'autre part, comment expliquer que ces prêtres, qui formaient l'immense majorité de la classe sacerdotale, se sont laissé dépouiller sans protester et sans tenter de mettre à la raison l'infime minorité qui retenait le service du temple de Jérusalem, ou d'obtenir une égalité de traitement avec elle? Je m'imagine difficilement qu'avec la théorie de l'école critique on puisse raisonnablement faire disparaître ces difficultés.
Quand on n'est pas tenté par la manie de voir partout des modifications systématiques et des interpolations conscientes et dévergondées, les incohérences qui viennent d'être signalées ne se présentent même pas à l'idée. La défense des niDS^ des mSVD ^^ d^s nnH^X P^^ '^ '^i (Exode, xxxiv, 13; Lévitique, XXVI, 3; Nombres, xxxiv, 52), et les prophètes (Michée, V, 14; Isaïe, xxvii, 9), tout en étant depuis longtemps connue, n'a pu jusqu'alors déraciner les habitudes séculaires auxquelles le clergé et le peuple étaient fortement attachés. L'intérêt des prêtres provinciaux et des communes qu'ils desservaient s'opposait constamment à cette réforme. Josias seul se sentit assez fort pour briser cette résistance des campagnes et pour dégrader les prêtres récalcitrants en les abaissant au rang de simples hiérodules, réforme radicale qu'Ézéchiel. reprit plus tard pour en faire la base de la charte future des Sadocides (xl, 46 ; xliv, 1 5). La réforme avait pour elle les prêtres fidèles, les prophètes et la majorité du peuple qui considéraient le culte des Bamot comme un mode de
réguliers pour juger les procès ordinaires et de ne se charger lui-même que des cas difficiles à résoudre après avoir consulté le juge suprême, Yahwé. Dans lerécit duDeutéronome, i, 9-18, qui prend un ton parénétique, Moïse omet l'intervention de son beau-père et y rattache un petit discours qu'il avait prononcé à cette occasion, et à la suite duquel le peuple consentit à la création de ces tribunaux. Il n'y a point de contradiction, mais une disposition rédactionnelle différente. Il en résulte néanmoins un fait intéressant : Un auteur qui aurait connu le récit du Deutéronome, où Moïse seul débat la chose avec le peuple, n'eût jamais osé donner le plus beau rôle à un étranger très imparfaitement converti au monothéisme et qui n'a même pas assisté à la scène législative du Sinaï (Ex., xviii, 27). Le rédacteur du récit primitif n'avait aucune raison de concevoir de pareils scrupules pour éliminer le rôle d'un personnage dont les sources attestaient les relations intimes avec le grand législateur d'Israël.
Les trois Chants de l'ancienne période.
En commençant mes recherches actuelles sur le bien fondé de la thèse grafienne que le document sacerdotal du Pentateuque ou P a été complètement ignoré par les prophètes et le deutéronomiste, j'ai fait connaître mon intention d'y comprendre aussi certaines remarques sur l'état religieux qui semble ressortir de l'antique chant de Débora. Aujourd'hui que l'étude du Deutéronome est terminée, il me paraît utile d'étendre ces remarques à deux autres chants de la première période hébraïque, qui, quoique de moindre importance que le premier, méritent néanmoins une sérieuse attention. Je veux parler de l'élégie de David sur la mort de Saûl et de Jonathan, et du poème composé par Salomon pour ' l'inauguration du temple de Jérusalem. L'authenticité de ces poèmes est admise par les critiques les plus difficiles, et les notions qu'on peut en tirer, si restreintes qu'elles soient numériquement, ont pour nous ce prix inappréciable de constituer les seuls documents sur l'âme du parti prophétique et monothéiste antérieur à la
C'est tenir un langage bien clair pour dissiper toutes les appréhensions. C'est dire à la foule anxieuse : L'irruption soudaine de la nuée, loin d'avoir un mauvais sens, annonce au contraire que Yahwé s'empresse de s'installer dans le sanctuaire que je lui ai construit à titre de demeure éternelle.
Au point de vue de la critique littérale, le texte n'exige qu'une retouche fort légère, savoir -|0{<n HliT ('^ H ^^^ P^*^ ^^ '* ^^^' nière lettre du mot qui précède), au lieu de -|0{< niiT*»
dont la forme passée ne cadre pas bien avec Tinfmitf suivant et encore moins avec le complément à la deuxième personne -j^
du verbe ^n^j^, formant le deuxième membre de la phrase. Comme on voit, le texte massorétique satisfait à toutes les exigences du style et de la situation et ne laisse supposer aucune mutilation.
Une simple conjecture lancée par M. Wellhausen, et saisie au passage par ses partisans, change absolument la face des choses. M. H. Cornill, son plus fidèle interprète, en fait capital dans sa récente Geschichte des Volkes Israël (Chicago, 1 898, p. 98). Après avoir affirmé l'historicité des récits des Rois, relativement à la sagesse et aux tendances artistiques et scientifiques de Salomon, il poursuit : « Il nous a été encore transmis un logion que Salomon prononça à l'inauguration du temple, et qui appartient aux dires les plus ingénieux et les plus originaux de la littérature Israélite. Il porte :
a Dieu plaça le soleil dans la tente du ciel,
b Mais lui-môme voulut habiter dans les ténèbres ;
c Et toutefois, j'ai osé construire une maison,
d Comme une demeure pour toi et un lieu de séjour éternellement.»
D'après cette nouvelle tournure, le logion est augmenté d'une phrase initiale inconnue du texte massorétique, et de plus, a et
1. Cette leçon existait déjà du temps du chroniqueur qui transforma en prose ce fragment poétique en changeant ^33 en ij^«| et en ajoutant à V]yQ le «1 conjonctif (II Chroniques, vi, 2). Dans la version grecque de ce dernier passage : Kat i-^iù o)xo^o(xr))ca oTxov tw ôvo(xar4 aou â-yiov aoi xai eTOi(i.ov Tcu xarwxiîaa ei; toù; atûvaç, les mots tw 6vop.aTi aou à-ytov viennent d'une pieuse note marginale qu'un scribe a introduite dans le texte. Cette version a évidemment influencé celle de II Rois, viii, 13 : Kat è^w àxo^op-Yida otxov à'Yiov oot xat t^ xa6e^pa oou tlç rchç «îcovac.
Construis ma maison, maison de belle apparence pour moi Pour y habiter pendant la nouveauté. »
N'est-ce pas? Voici, elle a été écrite dans le livre du chant.
Occupons-nous d'abord de cette souscription dont les forts critiques affirment l'authenticicité malgré son absence du texte massorétique.
Une souscription analogue se trouve deux fois dans la Bible :
< ) l^n -I3D bv miDD NM iàn = ^^X* ^^^^^ y^ypaiiixévov èit\ (3t6Xcou ToO €Ù6ouç, a n'est-ce pas? cela est écrit dans le Livre du Juste )> (Josué, x, 13).
2) i^tnn "iBD bv nains ran' = «^©^ yéypccmca m ^tèHov
rov svOovÇf « voici cela est écrit dans le Livre du Juste » (II Samuel,!, 18),
Pendant que H et G se superposent complètement, notre annexe introduit deux modifications fautives ^ a) juxtaposition insensée des particules xbn ^^ TOH' propres respectivement aux deux passages précédents ; b) la bourde non moins fautive TlVmBD "^ ^t^^iov rHç ^dHç^ au lieu de ^ijfin -|BD = (BiSitov ro'j evOovç. L'inexactitude de cette leçon résulte avec évidence de ce que le recueil en question contenait l'élégie de David sur la mort de Saûl. Or, l'élégie, nrp? ^'^''^^ jamais confondue avec -^^B/. Ce fait singulier suffit à conclure : T que l'auteur
de l'original ne savait que très imparfaitement l'hébreu; S*" que la traduction de ce factum absurde est tout à fait étrangère au texte des Septante.
Cette conclusion est également indispensable au sujet de la phrase introductoire dont la construction présente un calque essentiel de Josué, x, 12. Leurs points communs sont : ^) î^lVIiT "I3*T> ÎN=nDbl£^ 13*1^ ÎN ; *) complément indirect mrrb "^n^Sn b^ (^f- ^ ^^^^> v? 3) ; c) indice temporel + infinitif + sujet ni,T nn Ora = (ni»b) mite'' ^) complément direct ^^OXH DN = ÎDN- Mais la coïncidence la plus singuhère est bien celle-ci. La phrase de J se distingue par ce trait que sa seconde partie '^^^ ^IDNH HN niH^ DD DV3 ^'^^^