Je suis Môsa«, fils de Kamoskan (?), roi de Moab, le Di
2. bonite. Mon père a régné sur Moab trente ans, et moi j'ai ré-
3. gné après mon père. | Et j*ai fait cette bâmat (=haut lieu) pour
Kamos à Qorha | (savoir) à Mêsab-Mê-
4 . sa« (Réunion de Mésa^), parce qu'il m'a sauvé de tous les oppres-
seurs et parce qu'il m'a fait voir la chute de tous mes ennemis. I «'Om- 5,. rî (fut) roi d'Israël et opprima Moab pendant longtemps, parce que Kamos était fâché contre son pa-
6. ys I Et son fils lui succéda, et il dit lui aussi : « J'opprimerai
Moab ». I De mes jours il a proféré la parole (?)
7. mais j'ai vu sa chute et celle de sa maison. | Quant à Israël, il
périt d'une perdition éternelle. Et «Omrî prit possession de tout le pa-
8 . ys de Môdaba | et il y resta de son temps et pendant la moitié
(du règne) de son fils, (en tout) quarante ans et
9. Kamos mêla restitué de mesjours. | Et j'ai construit Ba«al-Mecon
et j'y ai fait la prison (souterraine) et j'ai construit 10. Qiryatén. | Et l'homme de Gad demeurait dans le pays de «Atarot
depuis l'antiquité, et le roi d'Israël lui il. construisit ^Atarot. Et j'ai guerroyé contre la ville et je l'ai
prise, I et j'ai tué tout le peuple de
12. la ville, une satisfaction (?) pour Kamoà et pour Moab. | Et j'ai
emmené de là le prêtre de Doda et je l'ai
13. traîné devant Kamoè à Qeriot | Et j*y ai logé les hommes de
éaron et les hommes de
14. Mabarat | Et Kamos me dit : Va, prends Nebo sur Israël; et je
15. marchai pendant la nuit et je guerroyai contre elle du point de
l'aube jusqu'à midi et je
16. la pris et je l'immolai toute, sept mille hommes et jouvenceaux,
femmes et jouven-
17. celles et vierges, | car je l'avais vouée à «Astar-Kamos. | Et je
pris de là les pré-
18. très de Yahwé et je les traînai devant Kamoè. | Et le roi d'Is-
raël construisit
19. Yaha§ et il y demeura en guerroyant contre moi | et Kamos
le chassa devant moi, et
20. je pris de Moab deux cents hommes, tous ses chefs, et je les
amenai à Yaha§ et je la pris
21 . pour l'ajouter à Dibon. | J'ai construit Qorba (la partie dite)
Homat -haye'^arin et celle dite Homat-
22. ha'îophel; | c'est moi qui ai construit ses portes et c'est moi qui
ai construit ses tours et c'est
23. moi qui ai construit une maison de roi et c'est moi qui ai cons-
truit les cellules de la prison pour les (prisonniers vijvants dans Tintérieur
24. de la ville. | Et il n'y avait pas de puits dans l'intérieur de la
ville à Qortia et j'ai dit à tout le peuple : Faites-
25. vous chacun un puits dans sa maison. | Et c'est moi qui ai fait
faire l'abatage pour Qorba par les prisonniers
26. d'Israël. | J'ai construit "Aro^^er et j'ai fait la chaussée près de
l'Arnon et
27. c'est moi qui ai construit Bet-Bamot, car il était détruit. | J'ai
construit Be§er, car il était un monceau
28. de ruines, avec (le concours de) cinquante hommes de Dibon,
car tout Dibon était (dans l'jobéissance. | Et c'es.t moi qui suis devenu maî-
29. tre de [trois?] cents troupeaux de bœufs que j'ai ajoutés au
pays. I Et c'est moi qui ai construit
30. Médaba et Bêt Diblatên et Bêt-Ba«alme«on et j'y ai transporté les
[plus ex-
31 . quis du gros bétail et la meilleure partie du] menu bétail du
pays. I Quant à Horonôn, elle était habitée par Bas[am?] et Qé[dar?], hommes de [Yis-
32. ma«ôl?], depuis l'antiquité, et Kamos me dit : Va, guerroie contre
Horonôn, et je partis et je guer-
33 . [royai contre la ville) et Kamos me la fit retourner de mon temps.
Et près d'elle il fut placé vingt (?)
34. [corps de garde pour éloigner] les pillards. Et c*est moi qui ai...
Mêàa% roi de Moab, l'auteur du précieux document historique qu*on vient de lire, a vécu dans la période la plus active des luttes implacables qui s'étaient engagées dans le royaume d'Israël entre les partisans du yahwéisme exclusif et ceux du polythéisme international. Le court intervalle de 50 ans, écoulés depuis la mort de Salomon jusqu'à l'intronisation de *Omrî, roi d'Israël qui inaugura le régime d'oppression contre Moab mentionnée par Mêéa% a vu l'extermination totale de deux dynasties israélites, celle de Jéroboam, après 24 ans de règne (Jéroboam, 22 ans ; son fils Nadab, 2 ans), et celle de Ba'^éa qui en a duré 26 (Ba'^âa, 24 ans; son fils Ela, 2 ans). La séparation des dix tribus du nord d'avec la dynastie davidique de Juda fut d'abord favorisée par les prophètes yahwéistes comme protestation contre les cultes idolâtriquesque.Salomon avait ofliciellcment accueillis à Jérusalem vers la fin de sa vie, cultes dont Astarté, déesse de Sidon, Kamoè, dieu de Moab, et Milkom, dieu d*Ammon, avaient, semble-t-il, la part du lion (I Rois, xi, 1-39). Mais bientôt l'espérance conçue par ces prophètes de faire de Béthcl la capitale du yahwéisme se montra illusoire. Jérusalem perdit ses pèlerins israélites, mais Béthel, au lieu d'obtenir un temple yahwéiste pur et capable de lutter contre le temple salomonien, n'eut qu'un mesquin sanctuaire où Yahwé fut illégitimement représenté sous la forme d'un jeune bœuf, et ce qui est plus, une autre reproduction de la même idole fut établie dans la ville de Dan, sur la frontière septentrionale du royaume, comme pour indiquer que la politique royale, sans renoncer au dieu national, n'entendait nullement suivre les idées puritaines en fait de culte, mais qu'au contraire le roi se réservait les privilèges sacerdotaux que la maison de David avait laissés tomber en désuétude depuis la construction du sanctuaire de Jérusalem. Le nouvel état de choses convenait très bien à la classe sacerdotale qui vit dans le roi son chef suprême et le protecteur naturel de ses intérêts. Les partisans du yahwéisme en furent d'autant plus blessés que, dès le début, ils se croyaient investis d'un pouvoir
supérieur à la royauté en matière religieuse. Une haine profonde et envenimée s'empara alors de ce parti, dont les murmures sourds, suivis de protestations ouvertes, furent sans aucun doute sévèrement réprimés» Dès lors, il dut se résigner à agir dans les ténèbres et à détruire successivement sa propre œuvre, toujours dans le vain espoir que ses créatures se montreraient finalement reconnaissantes. Déjà les deux dynasties de Jéroboam et de Ba^'sa périrent par leurs machinations occultes, mais telle était la force des choses que le nouveau roi, entouré du parti séparatiste auquel «appartenait l'immense majorité du peuple ainsi que toute la noblesse militaire et la classe sacerdotale, ne put que continuer la poh'tique inaugurée par Jéroboam et décidément hostile à ses bienfaiteurs. A l'époque des Omrides l'exaspération de la lutte des partis arriva à son comble. *Omri, après avoir gravement entamé la puissance des Moabites (M., 1. 4-8;, régla définitivement le culte officiel dans un sens franchement antiyahwéiste et ce règlement est resté en vigueur sous ses successeurs. Michée pense encore avec indignation à ces i^Qt; mpn» ^^^ vaudront au royaume d'Israël une destruction irrémédiable (Michée, VI, 16). Durant le règne d'Achab, la crise suprême fut provoquée par la reine Jésabel qui, étant d'origine sidonienne, introduisit dans le pays le culte d'Astarté et de Ba'^al de sa ville natale La suppression du parti yahwéiste fut accomplie avec une cruauté inouïe : les prophètes de Yahwé furent impitoyablement massacrés ; une centaine d'entre eux qui furent cachés et sauvés momentanément du massacre, moururent de faim (I Rois, xviiî, 3-4), et ces massacres s'étendirent même de l'autre côté du Jourdain. Alors apparut dans la région montagneuse de cette contrée la figure formidable du prophète Élie le Galadite qui se proposa de venger le sang de ses collègues par le massacre des prophètes des dieux étrangers, entretenus par la reine. La légende raconte que ce dessein fut accompli pendant une sorte de pari qu'Élie engagea avec ses adversaires dans une grande assemblée sur le mont Carmel (ibidem^ 19-40). Cependant cette victoire n'eut pas de lendemain, car ni lui, ni son disciple et successeur Elisée, ne jouèrent plus aucun rôle à la cour. Après la disparition
d'Élie, le droit à la vengeance fut exercé par Elisée qui réussit à faire exterminer toute la niaison dite d'Achab par un chef de bataillon, nommé Jéhu {ibidem^ ix-x), qui ne se soucia pas plus que les autres de renoncer aux coutumes officielles. Cette vengeance est le dernier acte du yahwéisme belliqueux en Israël, dont les fidèles étaient descendus au nombre infime de sept mille (t^tVf^m, xix^ 18). La scission entre la royauté et les prophètes est désormais définitive. Ces derniers, saturés de déboires, renoncent h Taction politique pour s'adonner exclusivement à la prédication littéraire et se font les champions du rétablissement de l'unité nationale sous le sceptre de la dynastie davidique. Osée, le seul prophète israclite dont nous ayons quelques écrits, prévoit la destruction de la maison de Jéhu, mais sans y collaborer matériellement; dorénavant c'est le parti militaire qui fait et défait les rois. Même durant le long et prospère règne de Jéroboam II, il n'y a pas le moindre indice de la présence de prophètes yahwéistes à la cour royale. Le livre des Rois a conservé comme un fait exceptionnel la visite faite par Joas, père du roi précité, à Elisée mourant dans l'espérance d'obtenir de lui un oracle favorable qui le tirât de la détresse dans laquelle il était tombé par suite des attaquesréitérées des Damascéniens, lesquels avaient mis le royaume d'Israël à deux doigts de sa perte {ibidem, 13-19). Déjà, du temps d'Achab, Israël éprouva une violente attaque de la part de Ben-IIadad t*', roi de Damas, qui vint assiéger Samarie {ibidem, xx, 1 ); repoussé de là, et battu un an plus tard, dans la bataille d'Aphec {ibidem, 26-34), il fut vainqueur dans l'autre combat que lui livra, près de Ramot-Galaad, l'armée alliée d'Achab et de Josaphat, roi de Juda {ibidem, XXII, 34-35). Achab y perdit la vie, et le roi Mêsa' en profita pour secouer le joug israélite. Ahazias, faible et estropié, ne fit rien pendant son court passage au trône. Son successeur Joram entreprit, d'accord avec Josaphatet le roi d'Édom^ une invasion delà Moabitide du côté du sud, mais les envahisseurs, on ne sait pas exactement par suite de quel événement, durent retourner sans avoir obtenu d'autre résultat que la dévastation de quelques cantons méridionaux. Débarrassé de ce danger, Mêèa* procéda avec une énergie infatigable et fa-
rouche à restituer à la domination moabite toutes les villes septentrionales qui étaient depuis longtemps occupées par des populations israélites, surtout par la tribu de Gad. Abandonnés à eux seuls, ces habitants, peu préparés à la guerre, furent successivement massacrés ou faits prisonniers. Mêâa* parvint ainsi à annihiler en quelques années toutes les possessions inter-arnoniques acquises par Israël après la sortie d'Egypte. Aucune tentative de reprendre ce territoire n'a plus été faite, pas même par Jéroboam II qui dirigea tous ses efforts contre le royaume de Damas. Aussi Tanimosité contre Moab at-elle trouvé un écho effrayant dans Toracle consigné dans Isaïe, xV'XVi, que l'on considère comme le plus ancien morceau de la littérature prophétique qui soit parvenu jusqu'à nous. Le voyant prédit la destruction de toute la Moabitide et décrit en détail la dévastation des villes et des campagnes, ainsi que le deuil des habitants qui est si navrant que l'écrivain lui-même ne peut pas s'empêcher d'en être profondément ému. Moab s'attire ce terrible malheur par sa vantardise et son. extrême arrogance imprégnée d'une haine inextinguible, bien entendu, contre Israël (Isaïe, xvi, 6). On dirait que l'auteur de l'oracle a lu la stèle triomphale de Môèa*" ou s'est fait donner une copie exacte de son contenu. La phrase mSD13 pDn bj; IT'iyX ^^ DT ixbo p»n ^D '^D (ibidem, XV, 9), reste môme inintelligible si l'on n'y voit pas une imitation péjorative de MôSa% 20-31 ; c J'ai pris tous les chefs de Moab, au nombre de 200, et je les ai amenés à Yaha§; puis j'ai pris la ville pour l'annexer à Dibon, . ninXI p^T • bj? • risjob' Évidemment, l'expression niSDIÎ r\Wi< paraphrase nSD^ ^^ ÎID'^1 ^^t un travestissement voulu de p^i^, pour y mettre le sens de c (ville) sanguinaire », jeu de mots qui permet en même temps de se figurer le ruisseau de Dibon roulant, à son passage à travers la ville, le sang versé dans les environs et augmentant ainsi la quantité de sang dont ses rues sont arrosées. Pour la critique biblique il y a un double enseignement à noter. Le prophète annonce que cette catastrophe arrivera dans trois ans précis (TDIÎ^ ^3WDD^3l£^ l£^bl£D> '^aïe, xv, 14), et malgré le dér
menti que les événements ont opposé à la prédiction, la date a été conservée intacte jusqu'à nos jours. Si jamais l'opération de la fraude pieuse était urgente, c'était bien dans le cas présent, où la foi dans l'inspiration prophétique et par conséquent dans la révélation yahwéiste en général menaçait de sombrer dans le ridicule. Eh bien, pendant le cours de nombreux siècles, il ne s'est pas trouvé un seul zélote assez décidé pour substituer à cette date scandaleuse une expression vague, entre autres ^j^q ^)^ (cf. Osée, i, 4; Isaïe, x, 25; xvi, 14 ; XXIX, 17) ou 531X3 W^ty (Amos, viii, 11; IX, 17), permettant aux fidèles d'en placer l'accomplissement au moment où Moab a disparu de la scène du monde. Les faussaires bien intentionnés des textes hébreux n'existent donc que dansTimagination maladive, prévenue et tendancielle d'une certaine école de piétistes qui, à force de les supposer en toute occurence, ont fini par les imposer même aux esprits peu ombrageux et impartiaux. Le second enseignement ne présente pas moins d'intérêt. Pour tout connaisseur d'hébreu, la langue de l'inscription de Mêàa* ressemble tellement à celle di^ Deuté/onome, notamment aux parties parénétiques de ce livre, que si l'on n'en avait que la copie transmise par la tradition, les critiques modernes n'auraient pas hésité un seul instant à la déclarer apocryphe et fabriquée exprès dans l'exil, voire plus tard, dans le but de justifier les déclamations d'Isaïe, xv-xvi, et la haine des prophètes plus récents contre les Moabites. Parmi les preuves de la fraude, ils n'auraient pas manqué de citer le pluriel en j comme un aramaïsme évident, le mot njj^, autre aramaïsme, la ville inconnue de nmp» Q"® '® faussaire a inventée pour jouer sur la calvitie funèbre, nmp> ^^"^ '^^ prophètes menaçaient le peuple de Moab, la forme réputée incorrecte I3j;j<, ^jj^^T au singulier; le qâl t^^j^, emprunté à Isaïe, XII, 1 , pièce suspecte et toute moderne ; les arabismes Clbn et onnbx^ nonn^nsî remploi fautif du verbe tn» pour désigner la prise d'une ville ; la faute de l'emploi de n,-j au lieu de q^^ ; la construction pi^ ^^ nsob» P'^i'giat indubitable fait sur le membre de phrase p^n ^t; t^j; niSob mnv ^"î ^^ figure que dans le récit des Nombres, xxxii (l. 1 4),
relatif précisément au territoire moabite en question et dont l'appartenance certaine au dernier rédacteur de P le caractérise comme document non seulement postérieur à l'exil, mais aussi de 44 ans plus jeune qu'Esdras. Voilà le résultat auquel les arguments habituels de la critique littéraire auraient infailliblement conduit. Un coup de pioche a suffi pour démolir tout cet édifice si soigneusement aligné; n'est-ce pas la preuve tangible que le système architectural qui a produit un pareil édifice est frappé de caducité et ne présente nullement la solidité que la réclame lui attribue?
Dirigeons maintenant notre attention sur des faits moins généraux. Des cris de vengeance impitoyables sont poussés par les prophètes d'Israël contre l'arrogance moabite, et cependant le législateur deutéronomique ne trouve pour justifier la défense des alliances matrimoniales entre Israël et ''Ammon- Moab que ces motifs bien légers que ces peuplades n'ont pas fourni gratuitement du pain et de l'eau à Israël, lorsqu'il passa près de leur pays après sa sortie d'Egypte, et que Balac, fils de Sippor, roi de Moab, avait suborné alors le magicien araméen Balaam, fils de Be'^or, pour qu'il maudît Israël (Deutéronome, xxiii, 4-6). Le dernier fait est raconté dans les Nombres, xxii-xxiv, qui est, dit-on, une compilation de J etE. Le premier, qui est un simple manque de générosité, a été dégagé des versets Deutéronome, ii, 28-29, qui font entendre pour la première fois que les Moabites se sont fait payer à prix d'argent les comestibles et Teau qu'ils fournissaient au camp Israélite. La partie législative dépend donc de la partie introductrice et l'ensemble n'a pas de motifs plus graves pour justifier la mesure d'exclusion perpétuelle prise contre le peuple de Moab. Il me semble que par là nous sommes en droit de conclure : I'' que les chapitres 1 et 2, au moins, font partie intégrante de la législation xii-xxvi ; 2** que tout ce code a une origine antérieure aux massacres de Mééa'' qui ont provoqué tant de haine en Israël contre les Moabites. On me dira que l'auteur était obligé de rester dans la situation de l'époque mosaïque dans laquelle il a placé la promulgation de son code. Vaine excuse pour un faussaire conscient qm met danslB. bouche de Moïse une législation qu'il a créée sur la base de P.
Car la tentative de regarder le Deuléronome comme un développement du Livre de r Alliance seul, s'évanouit devant les preuves précédemment données pour établir sa dépendance à l'égard de ce dernier document. Ajoutons une autre réflexion. Pour sauvegarder la fiction, si telle était vraiment sa pensée, Fauteur aurait dû prononcer un anathème plus fort contre les alliances avec les Madianites, alliances qui se montrèrent à l'époque mosaïque infiniment plus fatales aux intérêts yahwéistes que les intentions malveillantes du roi de Moab (Nombres, XXV, 6-15), et qui ont été la cause de la guerre d'extermination ordonnée et exécutée contre les tribus de cette peuplade qui habitaient dans le voisinage de la Moabilide arnonique (ibidem^ 16-8; xxxi, 1-54). Les critiques ont eux-mêmes senti la gravité de ce silence destructeur de tout leur système. Ils ont donc recouru à leur moyen chirurgical ordinaire en déclarant que ces passages proviennent de la source sacerdotale ou P. Ils ont seulement oublié de nous dire pourquoi le deutéronomiste qui connaît J et E, et même J E, n'a pas donné comme motif les suites idolâtriques qu'eurent alors les mariages moabites, d'après le récit des Nombres, xxv, 1-5, qui, d'après eux, appartient à cette dernière compilation. Ce cas aurait été ainsi placé dans le cadre de la défense générale de conclure des alliances matrimoniales avec les païens (Deut., VII, 1-4). Il sera difficile de revendiquer pour le polythéisme moabite une altitude plus tolérante que pour le paganisme chananéen. Mais ce silence cesse d'étonner quand on place la rédaction du Deutéronome avant les événements si désastreux pour Israël relatés sur la stèle triomphale de Mêèa^ : Entre le règne de Salomon et celui des Omrides, les rapports de voisinage entre les Israélites et les Moabites semblent avoir été des plus paisibles. Les deux populations vivaient sur le même territoire en observant chacune ses cultes nationaux sans empiéter les uns sur les autres. La crainte de l'absorption de l'élément israélite, numériquement plus fort, par la minorité moabite, n'existait point immédiatement, il suffit au deutéronomiste d'invoquer d'anciennes contraventions à l'hospitalité coutumière et à de sourdes menées d'hostilité. qui, grâce h la protection de Yahwé, n'ont pas eu de mauvaises
conséquences, afin d*empêcher le connubîum quand même. Parler de contagion idolàtrique moabite à une époqtie où le royaume d'Israël tout entier était plongé dans le culte du veau d'or, de la déesse Doda et,' cela va de soi, des divinités locales, aurait été d'une absurdité manifeste. Le législateur a agi raisonnablement en fermant les yeux sur l'actualité. Un législateur plus tardif, je le répète, aurait envisagé la destruction des tribus transjordaniques comme la conséquence de leur participation à l'idolâtrie moabite^ et en aurait fait le motif principal de sa défense.
Pour terminer, je dois dire un mot sur le verset Osée, ix, 10, relatif à l'influence néfaste des Moabites sur Israôl à l'époque mosaïque. En étudiant précédemment ce prophète, j'ai laissé de côté ce passage parce qu'il semblait faire allusion exclusivement à des récits étiquetés J, E ou JE qui sont reconnus comme émanant dune époque antérieure. La réalité me parait maintenant quelque peu différente. La comparaison avec les Nombres, xxv, 1-5, en fera ressortir le caractère exact. Voici d'abord la traduction littérale de ce dernier passage.
1 . Israël s'établit à âiUim et le peuple commença à se prostituer
aux filles de Moab.
2. Celles-ci invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux et le
peuple mangea (avec elles) et se prosterna devant leurs dieux.
3 . Et Israël s'attacha au Ba«al-Pe°or et la colère de Yahwé s'irrita
contre Israël.