Dnimann, Die Genesis, Vorbemerkungen, p. xvi-xvni
Voilà un réseau de complications effrayant comme on n'en voit jamais dans aucun autre livre de l'antiquité. Le compilateur tranche, coupe, taille, ciselle les bouts et les arêtes de ses modèles, intercale, interpole, remanie, disloque, soude, fait des coutures, pointillé, ajoure, déchire, bouche, rajuste, reprend, rapièce, rajoute, et tout cela si grosssièrement que les plus incompatibles dissonances et contradictions, comme celles des noms propres divins et profanes et des dates relatives à l'âge des patriarches aux diverses évolutions de leur histoire, restent perceptibles au premier aspect et sautent aux yeux du lecteur le moins attentif. On se demande pourquoi, au lieu de se donner une peine infinie pour arriver à un avortement aussi absolu, le compilateur n'a pas préféré faire une œuvre originale en amalgamant dans une unité parfaite les trois sources qui convenaient à sa conception historique et religieuse. Le désir de respecter autant que possible la forme des originaux que lui attribuent les critiques fait sourire quand on pense que ceux qui parlent ainsi se piquent d'être des théologiens d'une or'hodoxie immaculée. Pour tous ceux qui appellent les choses par leur nom, le compilateur n'est qu'un commun et maladroit plagiaire qui a voulu faire siennes les œuvres de ses prédécesseurs. Mais une fraude aussi audacieuse n'a pu se commettre au temps d'Esdras qu'à la condition que les trois sources A, B et C fussent peu connues et surtout non admises comme des livres inspirés de la haute antiquité. Or * le prophète Osée, qui est du viii* siècle, mentionne la fuite de Jacob à Paddan-Aram dans des termes empruntés à A (Osée, xn, 13 = Genèse, xxvii, 43), et la lutte de Jacob contre son frère avant de naître et son autre lutte contre l'ange (Osée, XII, 4-5) sous une forme beaucoup plus avancée que ces légendes revêtent dans la Genèse (xxv, 26, et xxxii, 25-30) qui viennent de C. D'autre part, le Deutéronome appartenant au vil* siècle, cite également des prescriptions tirées de C comme des lois sacrées et généralement reconnues. On voit donc que l'idée d'envisager la Genèse comme une compilation du v* siècle se heurte à des impossibilités absolues, et la théorie de l'unité satisfait seule aux exigences d'une saine critique. Qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée. Nous l'avons souvent
dit : L'auteur de la Genèse, comme tout autre historien, s'est assinjilé les notices et les données exotiques aussi bien qu'indigènes qu'il a pu trouver sur les temps antiques. Plus d'une fois, entraîné par son sujet, il a pu adopter certains termes caractéristiques, voire des phrases plus ou moins complètes de ses autorités, mais en général il a fait une œuvre originale et ne rend dans ses récits qu'une seule tradition, celle qu'il a créée lui-même par sa manière de concevoir la naissance et le développement de la nationalité hébraïque sous le double point de vue matériel et religieux. Je le répète, l'hypothèse documentaire, par ses expédients violents et arbitraires, fait de la Genèse une compilation exceptionnelle et isolée; la théorie unitaire la fait entrer dans la famille des œuvres similaires de l'antiquité sémitique et laisse tout à sa place sans avoir besoin de recourir à des remaniements particuliers.
Arrivés à ce point, il nous paraît oiseux de suivre Dillmann* dans sa discussion relative à la nécessité d'admettre l'existence séparée de la compilation BC avant celle de ABC et ABCD (les trois sources + le Deutéronome), ce qui produit naturellement de nouvelles complications exégétiques dont la minutie dépasse la casuistique la plus hardie. On apprend que BC est souvent augmenté de A ou corrigé d'après A ; C mutilé en faveur de A et A en faveur de C ; que le rédacteur (R) parle parfois la langue de A en élaborant les pièces de B et, à l'inverse, parle la langue de C en élaborant les pièces de A, et d'autres finesses de ce genre qui sont débitées avec une candeur admirable. Dillmann conclut cependant à un rédacteur unique, ce qui nous soulage un peu. Nous doutons fort que le texte actuel ait reçu des augmentations après le temps des Septante, ou que quelqu'un ait écrit, dans xxx, 18, ^nnSlt^ ^^ '^^^ ^^ ^HDN' ^^^^ l'intention maligne d'embarrasser les futurs critiques. Quant à la prétention d'attribuer au dernier rédacteur (R d) certaines expressions réputées deutéronomiques, je la trouve exorbitante de la part d'érudits qui savent aussi bien que moi que l'inscription de Mêèa*' ne manque pas de mots qui semblaient aussi particuliers au Deutéronome.
i. Ibidem, p. xvui-xix.
L'Auteur sacerdotal et les Prophètes.
Dans les recherches précédentes, j'ai souvent signalé le fait que les écrits prophétiques semblent avoir été influencés par les données législatives ou narratives de la Genèse que l'école critique moderne attribue à l'auteur sacerdotal A ou P. En présence de l'affirmation contraire de tant de savants éminents, je me fais un devoir de justifier mon opinion par un examen détaillé de tous les passages prophétiques qu'on peut d'ores et déjà rapporter à ce sujet dans l'état actuel de nos connaissances, lequel, ainsi que je l'ai souvent répété, laisse encore des lacunes béantes. Notre recherche suivra l'ordre ascendant des dates, en partant des écrits les plus tardifs, relativement, pour remonter successivement aux plus anciens. Toutefois, dans le but d'éviter les complications, je donnerai le pas aux petits prophètes avant les grands; le Deutéronome, en vertu de sa teinte mosaïque, viendra ensuite et le chant de Débora en fermera la série. Un certain nombre de pièces à dates contestables seront discutées dans une annexe particulière,
LES PETITS PROPHÈTES Malachias.
Les exégètes modernes rejettent avec raison l'opinion du Targum, partagée par les docteurs talmudiques, qui regarde le nom •i3î<^tt comme une épilhète d'Esdras; ilsont cependant tort de n'y voir qu'un nom fictif emprunté au verset ii, 1 ^22*1 ''DXbîO nbW' ^^ ^® ^^^ est un nom commun signifiant « messager, ange ». Un nom propre 13x^0, dérivé de -t^'^o par le nisbé^ n'est pas plus étrange que -j'^xiN (Genèse, xlvi, 1 6), qui vient de ^}^-)}^, synonyme de -ij^'^O, et que l'on constate déjà dans Isaïe ]iicxxiii, 7, et bien antérieurement dans l'inscription
de MêSa', roi de Moab, qui est du ix* siècle avant Tère vulgaire. Malachias vécut à une époque postérieure à la reconstruction du temple par Zorobabel, sous l'impulsion des prophètes Aggée etZacharie, lorsque la Judée fut gouvernée par un préfet perse, nna (ï»^)- ^^ ^^*^ ^^ P'^^ probable de son activité est, d'après l'école critique elle-même, vers Tan 458, dans lequel eut lieu l'arrivée d'Esdras à Jérusalem, en tout cas avant l'entrée en scène de ce dernier qui coïncide avec la préfecture de Néhémie (vers 444) et l'introduction du code sacerdotal comme une œuvre mosaïque, d'après l'école Graf-Wellhausen. Malachias a-t-il pris part à la consécration de ce code réputé nouveau et inconnu jusqu'alors? La réponse négative nous est donnée préremptoirement d'abord par l'absence de ce prophète à la promulgation supposée de cette loi (Néhémie, viii, 1 -2), comme à l'acte de la réforme signée par les notables {ibidem, x, 1-40). Puis par le silence d'Esdras sur la moindre coopération du prophète pour encourager ou faciliter le projet de réforme qu'il avait conçu même avant son départ de Babylone. Enfin, par cette circonstance décisive qu'Esdras ne combattit les mariages mixtes que sur l'instigation des chefs du peuple (Esdras, ix,1), ce qui prouve que les admonestations de Malachias à ce sujet avaient déjà eu le temps de produire leur effet sur la partie ordinairement la moins portée à s'abstenir de ces sortes d'alliances matrimoniales. Ajoutons que les exhortations de ce prophète (ii, 13-16) avaient également réussi à guérir, et cette fois complètement, la grande licence relative aux divorces, car Esdras a bien insisté sur le renvoi des femmes païennes, mais il n'a jamais eu à intervenir pour consolider le mariage entre juif et juive. En un mot, la date de 458 est beaucoup trop basse pour la composition du livre de Malachias, mais ce qui est sûr, c'est que ce prophète n'a jamais eu le moindre rapport avec Esdras, l'introducteur présumé du nouveau code sacerdotal que, pour nous conformer à l'usage de la majorité des critiques, nous désignerons désormais par P^ Aucontraire, noussommesen mesure de démontrer qu'Esdras
1. Voici les parties du Peritateuque, outre la Genèse, qui sont attribuées à P ; Exode, i, 5, 7*, i3, 14*. ii, 23*, 24, 25. vi + vii, i-i3, 19,
a mis en pratique une prescription due exclusivement à Malachias ; c'est celle de faire entrer toutes les dîmes distribuables entre les lévites (iK/);o)et les prêtres Cnonn) dans le magasin du temple (Malachias, m, 8-10; cf. Néhémie, x, 38-40); cette création d'un grenier de réserve pour l'approvisionnement des fonctionnaires du sanctuaire fut une nécessité inéluctable au temps de Malachias, par suite des fréquentes disettes qui affligeaient alors la Judée (Malachias, ii, 2; iir^ 9-11), et Esdras la maintint en ajoutant encore d'autres mesures de prévoyance (^i^n'^N D^n HX 3î;?JNbv Néhémie, x, 40). Cela établi, nous passons à notre enquête principale.
Malachias reproche aux prêtres de sacrifier sur l'autel des bêtes malades ou infirmes, qu'ils n'oseraient pas apporter comme cadeau au préfet (i, 6-8). Un peu plus loin il réitère les mêmes reproches (i, 1 3), en ajoutant une malédiction à l'adresse du fraudeur {^31 j) qui ménage le mâle de son troupeau ou qui voue une bête défectueuse (i, 14). Les premiers reproches s'adressent exclusivement aux prêtres {^q;^ >;^;2 D^iflDn DDV I, 6) tandis que ce dernier passage a en vue aussi bien les laïques que lés prêtres, non les laïques seulement (contre Nowack). Lesgensdu peuple, témoinsde la supercheriedes prêtres, font comme eux et apportent une bête femelle au lieu d'un mâle qui est plus cher, sous prétexte qu'il n'y en a pas dans leur troupeau, ou une bête défectueuse pour acquitter un vœu, sachant bien que les prêtres n'oseront pas la leur refuser, ce
20 a*, 21 6-22. vm, 1-3, Hap-15. ix, 8-i2. xi, 9-iO. xii, 1-20, 28, 37*, 40, 41, 43-51. XIII, 1-2. xiv, 1-4, 8,96, 10 6p, 15*, 16-18, 21-23*, 26- 27 aa, 28*, 19.XVI, 1-3, 6-7, 9-18*, 19*, 20, 22aP-24, 32-3oa. xvii, la. XIX, 1*, 2a. xxiv, 15-18aa. xxv, 1-xxxi, 18a. xxxiv, 29-35? xxxv-il. -- Lévitique tout entier. — Nombres, i, 1-x, 28. xiii, 1-17 a, 21, 25, 26 a*, 32*. XIV, 1 aa, 2*, 3, 4?, 5-7, 10, 26-38*. xv, xvi + xvii-xix. xx, 1-13*, 22*, 23-29. XXI, 10, 11*. xx, 1. xxv, 6-xxxi, 54. xxxii, 1-4*, 16-32*. xxxill, l-49?xxxiii, 50-xxxvi, 13. (Cornill, Einleitung in das Alte Testament^ 3« et 4« éditions, p. 19.)
qui cause un avilissement extraordinaire du clergé (o^t^j
11 est évident que les actes que Malachias trouve si répréhensibles ont dû avoir été défendus par une prescriplion fornielle de la loi, notamment delà loi de Moïse dont il recommande la stricte observation à la fin de son livre (m, 22). Ce prophète a donc trouvé dans la loi de Moïse, c'est-à-dirô dans le Pentateuque les deux ordonnances suivantes :
1) Défense de sacrifier des animaux gravement défectueux et malades: -)i^, nCS^ nblH-
2) Permission d'employer comme sacrifices de vœux, ■^'^j. des animaux mâles ou femelles, indifféremment, pourvu quMls soient sans défaut.
De quel passage du Pentateuque le prophète les a-t-il tirés? Voilà une question qui auraitdûsérieusementoccuperl'écolecri tique; il n'en est pas ainsi. En ce qui concerne le premier point, M. Cornill se contente d'écrire : c -(^^ et nOD (t» 8) dérive du Deutéronome, xv, 25, de telle sorte que Malachias dépend complètement et formellement (durchweg formell) du Deutéronome et s'appuie sur lui, quoiqu'il reste de fait sur le fond de P (EAT, p. 206). » Cette remarque semble peu satisfaisante par la double considération que voici. T le passage indiqué du Deutéronome traite, non des sacrifices en général, mais exclusivement de sacrifices d'animaux premiers*nés, et bien que l'extension de cette défense aux autres sacrifices soit très logique, le prophète n'était pas en droit de maudire ceux qui péchaient par irréflexion ; 2" la défense de sacrifier un animal malade fait absolument défaut dans le passage précité du Deutéronome, et Malachias n'a pu l'inventer exprès pour le plaisir d'accabler les prêtres. Quant au second point, M. Cornill n'en parle même pas du tout, tandis que M. Nowack évite la difficulté en traduisant le verset i, 24 comme il suit : € Verflucht ist der Betrûger, in dessen Heerde ein mannlîches Thier ist, und der es gelobt, aber ein geringwertiges dem Herrn opfert ! p II s'agirait ainsi d'une personne qui, ayant voué un animal de prix, apporte un animal de peu de valeur; mais il est à peine nécessaire de faire remarquer que -^^t signifie € mâle » et non « préférable, prééminent, supérieur » (voraûglich), et nni^P?
« défectueux » et non « de peu de valeur, de bas prix (geringwertig) » . L^interprétation échoue d'ailleurs par cette autre considération que, dans le cas supposé, l'incidente Tnj;^ tî^^T -)3Ï est absolument oiseuse, car l'animal peut être acheté chez d'autres; et la phrase devrait porter nmn D'^DD "iTli "IPNI nni^D • Cle verset contient donc deux sujets : a Maudit soit le fraudeur (qui apporte une femelle) tandis qu'il a un mâle dans son troupeau, ainsi que celui qui sacrifie pour acquitter son vœu une femelle défectueuse (nntl^D== nnntyD' Nowack) ». Le doute n'est donc pas possible, ce passage suppose l'emploi licite d'animaux femelles dans un certain ordre de sacrifices privés, et spécialement d^ns les sacrifices de vœux, anij Le résultat principal ne change pas si, en ponctuant avec Baehr et autres nnit^D (forme masculine) on traduit la fin de la
phrase : a. ainsi que celui qui voue et sacrifie un animal défectueux >, expression qui ne fournit qu'une répétition de phrases si souvent redites ; -j^j fait infailliblement supposer son antithèse naturelle rOpl^ ^^ celajsuffit pour la solidité de notre thèse.
Mais, s'il est déjà fort peu vraisemblable que Malachias ait pensé au Deutéronome pour défendre le sacrifice d'animaux défectueux, il pouvait encore moins s'y rapporter au sujet des sacrifices d'animaux féminins, par cette raison péremptoire que le Deutéronome n'en parle jamais. Les désignations des ani maux femelles pj-jg, n^tt^D' î^? (^" singulier), nTi^î^ ^^'Y trouvent point d'emploi; même le terme nspj "® s'y applique jamais aux animaux. Chose plus curieuse encore : le seul passage où il est question d'animaux mâles (xv, 1 9) ne s'occupe que des premiers-nés et est emprunté au livre de l'Alliance (Exode, xxxiv, 19). Par suite de cette impossibilité matérielle, il ne reste qu'à recourir au code sacerdotal par excellence, le Lévitique, où nous trouvons aussitôt la solution aussi exacte que naturelle de tous ces problèmes. Le Lévitique ordonne, suivant l'espèce des sacrifices, des victimes tantôt exclusivement mâles (Lévitique, i, 3, 10; iv, 3, 14, 23; v, 18, 25), tantôt des deux genres indifféremment (ibidem, m, 1 , 6), tantôt exclusivement femelles {ibidem, iv, 38, 32; v, 6). Pour les
animaux voués à Dieu (-nj), il émet le principe qu'aucun changement n'est possible, même à l'avantage de Tautel (ibiderriy xxvn, 9-1 0) ; à plus forte raison le changement était-il répréhensible lorsqu'il tournait au détriment de l'autel et de la dignité sacerdotale elle-même, comme c'était le cas à l'époque de notre prophète.
Cette origine est encore confirmée par d'autres considérations. Le participe nntî^D» ®^^s distinction du genre, désigne en tout cas au verset 1 4 la possession d'une défectuosité corporelle de la victime, dont l'expression ordinaire est q^q; or, ce terme technique ne se trouve que dans le Lévitique, xii, 25, précisément à propos des Q-i-nj et alternant avec aiD (na DID ans OnnU/D)- D'autre part, le terme non moins caractéristique n^po se fonde sur la forme verbale
-)^p,-7, qui n'est usitée que dans la phrase iiopn VbD ^" Lévitique, vi, 15. Enfin, l'expression méconnue nx DnX2ni nnjon ('» ^ ^)» ^^^ ^^^^^ ^^^ '^ prouve la répétition de nnJO aux versets 10 et 11, ne peut désigner que le nriiD p"lp' oblation consistant en divers gâteaux, qui accompagne les grands sacrifices (Lévitique, ii, 1 , passinî) et dont il n'y a pas le moindre vestige dans le Deutéronome. La dépendance de Malachias à l'égard de ce code ne peut donc pas être sérieusement contestée.
B. — II, 1-9; m, 7-12.
Ces deux passages ont été disloqués dans le texte reçu et se présentaient déjà tels que nous les avons dans Toriginal qui a servi à la version grecque des Septante. Leur unité primitive ressort aussi bien de l'identité du thème traité que de l'incompatibilité évidente entre le sujet de m, 7-12, et celui de III, 5-6. Le prophète commence par menacer de malédiction les prêtres désobéissants qu'il déclare indignes de leur ancêtre Lévi ; puis, dans le but de faire cesser leur rapacité, il leur commande de porter la dîme dans le grenier du temple, où se fera une distribution exacte entre les ayants-droit. Alors la
prospérité et Tabondance reviendront et feront Tadmiration des peuples étrangers.
a). — II, 1-3.
Le texte est suffisamment clair. Les versets ii, 2-3 ont cependant présenté aux exégètes modernes quelques difficultés, qui disparaissent dès que l'on reconnaît que les expressions -,^;; «jj^n — mXDH DN DD2 ^nn^l^l sont copiées sur le Deutéronome xxviii, 20 : n5«ç "T3 m»T nbtt^
rn;?jDn nsi — nii^^n ^^ q"^ '^ "^^t ^^^ désigne aussi
le produit des bestiaux (nonZl J^^lî- J^ï'émie, xxxi, 27). 11 n'y a donc pas lieu de changer j;nf n-pN* DD^ 17 j "^2^7] ^^ i^lînTlN QDb Vnjl "^^in («siehe ich schlage euch den Arm ab >, Wellhausen, Nowack), phrase qui, quoi qu'on dise, ne se rolic iiulloment à ce qui suit. Il faut aussi conserver les mots CZ^^in CiS ^"^ ^' Nowack incline à regarder comme une glose (pour gloser quoi?); Malachias mentionne particulièrement les sacrifices offerts pendant les fêtes (c Festopferthiere m; cf. Psaumes, cxviii, 27), parce qu'ils sont alors plus nombreux et livrent une plus grande quantité de K^^g. Le sujet de j^iifj est anonyme et le suffixe de y^^ se rapporte naturellement au 2/13» c'est-à-dire au lieu où Ton jette les ordures. Dans le reste du verset 2, il est sûr que n^PlTIN (p^ut-être mieux o^mix) renferme la phrase DD^HIDID^DN ^'^nXV Q^^ ^^ signifie pas autre chose que: t je maudirai vos bénédictions >, c'est-àdire € je ferai que les bénédictions que vous donnez au peuple se changeront pour lui en malédictions >; a^^niDl^ ^^ P^"' pas se rapporter à la place privilégiée que les prêtres occupent en Israël (Nowack). Voici la traduction suivie de ces deux versets :
2. Si vous n'obéissez pas et si voits ne prenez pas soin de faire honneur à mon nom, dit Yahwé §abaoth, je susciterai contre vous la malédiction et je maudirai vos bénédictions; oui, je les maudirai, parce que vous ne prenez pas soin.
3. Je frapperai à cause de vous le produit (des bestiaux) et je jetterai de l'ordure sur votre face, l'ordure des victimes de vos fêtes, et on vous emportera près d'elle.
Il n'est pas nécessaire d'avoir une gi pour savoir, d'une part, que la fonctioi bénir le peuple a sa source dans les I est donnée la formule même des bén que le mot lif^rj, inconnu au reste de exclusivement usité dans le rituel saci 1 4 ; Lévitique, iv, 1 1 ; viii, 1 6 ; xvi.
L'évidence crève ici les yeux des p puise en même temps au Deutéronome et attribue la même autorité à tous les
L'allusion historique qui suit sollicii manière particulière. Yahwé a conclu de la race sacerdotale, représenté sou et le pacte est qualifié par la phrase q'
^:nt^i Nil» ib D3nKi aibtt^m (5) ;
exactement? La réponse n'est pas do écarter l'idée de rattacher les mots m lb DjnSI (• Leben und Heil die gab cause de la conjonction qui précède ce céder le mot a^^Pin- Ajoutons que la h
n^HNI s'™pose également. Comme le ne peut pas être un second sujet de p voir une épithète de ^nnS' savoir '^; prêcher les versets des Nombres, xxv,
aViy narîD nnn vinx ipiT^
La comparaison des deux passages e elle prouve :
r Que le passage des Nombres a^ chias avec de légères variations, dont lieu de ^'^. Le prophète emprunte d'ab
précéder de (^)nn3^t substitue u^'*n^ « vie, durée », à D^IJ^' éternité, longue existence », en y ajoutant le mot u'h]î/ ^^^^ verset 12, et commence la phrase suivante par le verbe jpij du même verset.
2"* Que le pacte (n^Tj) dont parle Maiachias n'est autre chose que l'investiture sacerdotale dont il s'agit dans les Nombres.
3* Que le nom de ^{^, quoique personnifiant en général la tribu de Lévi, vise ici particulièrement les descendants d'Aaron, et en particulier le prêtre zélé Phinéas, clairement nommé dans le susdit passage. Par son acte rigoureux contre le chef des Siméonites et la princesse madianite, Phinéas effaça pour ainsi dire la timidité presque coupable de son grand-père Aaron et devint un second représentant de la race sacerdotale.
4** Que, à partir de la phrase j^-^o ^^ njnXV ^^ prophète vise les Aronides postérieurs à Phinéas, quMl idéalise en face des prêtres contemporains, ce qui constitue une réminiscence d® VinX iy^î'^1 ^^ verset 1 3 du même passage du Deutéronome.
Cet emprunt, en grande partie littéral et en somme essentiel du document P du Peniateuque, ne peut être nié qu'en fermant les yeux à toute évidence. Si M. Nowack trouve o très significatif que les prêtres soient désignés ici comme lévites, que le pacte conclu avec la classe sacerdotale soit ")^*^-| n'^"Q» qu'il n'y ait nulle part le moindre indice que >^'^-] est une conception plus vaste que yr\2tl ^^ ^^^^ '^ prions de réfléchir sérieusement sur les mots riDlinni IWl^DH (i*i» 8), dont l'un désigne la part des lévites non aronides, l'autre celle des lévites aronides*. Par cette distinction tacite entre deux classes de lévites, Maiachias suppose donc l'ordre établi par P, et s il emploie dans cette partie de son discours i^^pj au lieu de 1^3
1. Dans son commentaire sur ce verset, M. Nowack reconnaît luimême cette coïncidence avec P ; il se contente cependant de faire remarquer que P peut avoir consacré, dans ce cas particulier, un usage un peu antérieur. Nous croyons aussi que cet usage et beaucoup d'autres encore sont antérieurs à Esdras, seulement nous les attribuons à l'influence de P, tandis que l'école Wellhausen les attribue au basard, ce dieu sauveur de tous les systèmes en détresse.
p-]j^, c'est simplement parce qu'il s'agit d'un intérêt commun à tous les lévites, sans différence d'origine et d'état.
Ce groupe contient des admonestations au sujet de deux maux qui minaient les familles : le mariage avec des femmes païennes et la fréquence des divorces. Ces deux pratiques peu morales sont-elles connexes? On le suppose, et, en effet, plusieurs pouvaient divorcer d'avec leurs femmes juives afin d'épouser des païennes; il est cependant remarquable que les plaintes des hommes divorcés* sur lesquelles Malachias insiste avec tant d*indignation n'entrent point en ligne de compte dans la réforme d'Esdras : preuve nouvelle que les exhortations de ce prophète avaient déjà eu le temps d'atténuer la désorganisation des familles judéennes. Les divorces précipités cessèrent tout à fait, et les mariages mixtes devinrent si rares que l'initiative d'y donner le coup de grâce vint de la majorité des chefs eux-mêmes. Dans ces conditions, le vrai réformateur de ces abus est bien Malachias, et non Esdras comme on l'affirme si bénévolement sur la foi de la tradition intéressée des Pharisiens. Le
1. J'admets l'excellente interprétation de M. Nowack, qui voit dans le sujet de n*lD3> ^^^ ^^^ femmes divorcées, mais les divorceurs qui apportent les sacrifices repoussés par Yahwé ; je me sépare de lui au sujet de nn'J'^Z TiUK» q^i ^st bien synonyme de *7min ^^ parallèle à ni-^l^j niTK- L'idée de « coreligionnaire, femme du même pacte » (das Weib deines Bundes ») aurait été rendue par nj-ji-^^ j-jj. L'expression j^i-^j ûT^N désigne l'allié, l'ami intime (Abdias, I, 7) ; d'autre part, rPnSK n^"l3 (Proverbes, II, 17) signifie sans aucun doute « le pacte qu'elle a conclu avec soa époux au nom de Dieu » ; au cas contraire il faudrait riTIpS^ nlïD o^ ^^ autre synonyme. Le verbe '^^2 Q^^ ^^ prophète applique au divorce montre suffisamment qu'il considère le mariage comme une alliance solennelle, quoique non indissoluble pour des causes graves. Mais la preuve incontestable est donnée par l'emploi constant des verbes j^yt ^t ^H2 P^ur indiquer l'infidélité d'Israël envers son Dieu. Aussi Ezéchiel exprime -t-il la promesse de mariage formellement par *^x)i^ 31^122 N*13M (Ezéchiel, XVI, 8); par contre, l'abandon d'Israël de la part de Dieu est comparé par Jérémie au divorce (Jérémie, m, 4).
silence observé par F Ecclésiastique à l'égard de ce personnage s'explique ainsi d'une manière très naturelle. Esdrasn'a rien réformé, il n a fait qu'exécuter l'ordre des chefs gagnés d'avance et qui observaient dans leurs familles la pureté de race recommandée par Malachias. Il a encore moins de droit à l'introduction d'un code mosaïque que ce prophète avait déjà exploité avant lui, car, si son ingérence en faveur des épouses repose sur la prescription du Deutéronome, xxiv, 1 , qui ne permet le divorce qu'au cas d'une grave répugnance (-)21 nn)? î ^f- XXIII, 1 5), sa polémique contre le mariage avec les femmes païennes est faite sur ce principe qu'Israël est le peuple saint de Yahw^, tandis que les autres peuples sont contaminés par leur idolâtrie (notez Tantithèse lyip et nDï^lP» ^f- "^DÎ^S niDyinn Esdras, IX, 14), principe qui est le plus largement développé dans le code sacerdotal. Cependant cette argumentation seule aurait pu laisser quelques doutes dans l'esprit ; heureusement, Malachias a eu soin d'indiquer sa source spéciale par la phrase caractéristique nn^DH bx DUS pXD (v. 13), qui est construite sur le modèle unique dans la liliéraure biblique et particulier à P, savoir, nnn3û"bî< fûn Sx (Nombres, xvi, 15)- sans cette réminiscence Malachias aurait écrit, comme les autres auteurs, nn^CH (^^ 3) bx n)^\l/ PXD (Genèse, iv, 4-5 ; Exode, v, *.) ; Isaïe, xvii, 7-8). Ajoutons que la locution singulière p^^-) nPIpb "'^^* qu'une transformation prosaï f^ue de celle de p>f-) pngi parliculière au langage des Proverbes (viii, 35 ; XII, 2; xviii, 22), livre que Técole critique fait descendre à l'époque grecque !