LÉVITIQUE
hb^iv^ 03 "joi iM n^n^ \n2 ivtt
Quand on voit en outre que la construction générale de la phrase de Malachias laisse beaucoup à désirer, et qu'en particulier le dernier groupe de mots qui traîne sans liaison dans Malachias est régulièrement enchâssé dans le Lévitique, on n'hésite pas à voir dans le premier passage une modification maladroite du second. Dans cette transformation l'auteur a visiblement tenu compte du verset analogue, Lévitique, xxvii,34, qui offre l'expression lj}<-|t£^ ^» b« HB^OnN H^T mv IWH qu'ilapresque entièrement adoptée. Quant aunom de montagne, Malachias ayant connu tout le Pentateuque, était libre de préférer celui qui est usité dans le Deutéronome. Le choix aurait de l'importance si le nom ^j'ïq avait été inconnu avant le Deutéronome, or, le contraire est constaté, car ce nom se trouve déjà dans le chant de Débora (Juges, v, 5). Mais si le nom est indifférent, l'événement que Malachias rattache à cette montagne^ savoir la législation mosaïque dont il reconnaît l'autorité Bur tout Israël « prouve que pour lui le fonds de la loi de
Moïse se trouvait dans le code sacerdotal, et que le Deutéronome qui contient la législation promulguée dans le pays de Moab (Deuléronome, i, 5; xxvii, 69) n'était considéré que comme minn nW^y ^^ '"^^6 résumé de la loi du Sinaï (t^jdem, XVII, 18). C'est un résultat diamétralement opposé à celui que l'école critique a cru pouvoir déduire de ce verset,
Zacharie, xiv.
Ézéchiel et Joël admettent d'un commun accord qu'avant de se convertir à la religion de Yahwé, les peuples païens entreprendront une campagne acharnée contre la communauté restaurée d'Israël, campagne dont l'échec doit amener le règue de Yahwé dans le monde. Le premier, qui est sans aucun doute l'initiateur de cette conception eschatologique, imagine que l'armée envahissante, personnifiée par son commandant en chef, Gog, du pays de Magog, périra sur les montagnes de la Judée par suite d'un violent tremblement de terre (Ézéchiel xxviii-xxxix). Le second, plus succinct et indifférent pour le chef de la coalition, localise la défaite des envahisseurs dans la vallée de Josaphat, près de Jérusalem (Joël, iv, 1-17). Le troisième enrichit la tragédie par des intermèdes dramatisés. L'armée païenne, après avoir opprimé les Judéens de la campagne, réussira à prendre Jérusalem qui subira les horreurs de la conquête barbare, le sac, le viol et la captivité de la moitié de ses habitants. A ce moment critique, Yahwé livrera bataille aux vainqueurs. La montagne des Oliviers, foulée par Yahwé entouré de tous ses saints (anges), se divisera en deux fragments parallèles, le jour se changera en ténèbres et une peste purulente sévira parmi les envahisseurs. Dans leur trouble, ces derniers se massacreront les uns les autres et seront achevés par les Judéens revenus de leur frayeur qui feront sur les ennemis un immense butin en métaux précieux et en riches vêtements. Alors Yahwé sera roi sur toute la terre et n'aura que ce seul nom. Le reste des envahisseurs fera dorénavant un pèlerinage annuel à Jérusalem pour y célébrer la fête des tabernacles. Ceux qui refuseront de faire ce pèle-
rînage seront punis par le manque de pluie; les Égyptiens récalcitrants qui peuvent se passer de pluie seront de nouveau frappés par la peste. Les grelots des chevaux porteront alors gravés les mots : t consacré à Yahwé » ; les marmites seront placées temporairement dans le temple, de sorte que toutes les marmites de la Judée pourront servir à cuire la viande des sacrifices, et il n'y aura plus de Chananéens dans la maison de Yahwé.
Quelques observations sont nécessaires pour orienter les lecteurs dans ce tableau assez compliqué.
Le chapitre xiv est la suite naturelle du chapitre xii, qui décrit l'arrivée des envahisseurs en Judée et l'état intérieur de Jérusalem au moment du siège. Le rôle des Judéens pendant l'invasion a été méconnu par la plupart des exégètes. On croit que les Judéens font, soit de leur gré soit malgré eux, cause commune avec les païens en les aidant à assiéger Jérusalem. Cette idée singulière leur a été inspirée en partie par l'histoire des derniers Macchabées, à l'époque desquels ils cherchaient à placer notre prophète, en partie par la phrase énigmatique et visiblement altérée D'ï^Hfii'» ^^ mVD3 n\T il^^n'^ b^ US) (xxii, 2), phrase que, en rejetant le premier ^^, ils traduisent : € Et Juda aussi sera présent au siège de Jérusalem >» (« und auch Juda wird bei der Belagerung von Jérusalem sein >, Nowack). Or, cette interprétation, malgré l'appui apparent de XIV, 14, devient impossible devant la teneur des versets xn, 4-7, où les Judéens apparaissent comme admirateurs des Hiérosolymitains* et ennemis des étrangers. Le vrai sens du passage précité est : (Je ferai- de Jérusalem une coupe de poison pour tous les peuples d'alentour), et les gens (qj^ pour ^j;) de Juda (cf. Jérémie, xxv, 1 passim) seront aussi en détresse
1. Le verset XII, 5, signifie littéralement : « Les princes de .Tuda diront : Les habitants de Jérusalem sont plus forts que nous en Ha foi de) Yahwé leur Dieu », c*est-à-dire nous dépassent en piété envers Yahwé. L'impossible i^ nTOH ^st Taltération de ^ji^DH = 13t3a lïDK (cf. Jérémie, XX, 7 : lanpîn = ^?Çp PpTn)' M. Nowack ne traduit pas ces mots. Le verset 7 annonce que Yahwé sauvera d'abord les tentes de Juda, afin que la maison de David et les autres Hiérosolymitains ne puissent se glorifier à Tégard des Judéens de la campagne.
("llVeç P^^ï' 1^1Ç5 » ^f • Deutéronome, xxvin, 53, 58, 57) à cause de Jérusalem. Les Judéens de la campagne, privés de tout abri contre l'irruption des barbares, perdront quelquesuns des leurs qui seront solennellement pleures par les Hiérosolymitains de tous rangs, profondément affectés de la mort de ces frères^ Voilà les événements qui précèdent la prise momentanée de la ville sainte par les païens. Ceux parmi eux qui ont pu prendre pied ferme à Jérusalem seront exterminés par les Judéens provinciaux qui viendront les y attaquer {^y\
D'^blî^lTS Cnbn miiT' ^^^» ^*) ' '^ conséquence immédiate de cette victoire sera que les Hiérosolymitains emmenés d'abord comme prisonniers retourneront sans obstacle dans leurs foyers, et de telle sorte Jérusalem recouvrera tous ses habitants
Pour fixer le date des chapitres xii-xiv de Zacharie, il existe un point de départ certain. Pas un seul trait de ce tableau ne répond à l'époque macchabéenne, remplie d'agitations religieuses, de profanations du sanctuaire, de luttes pénibles, de victoires indécises, de revers retentissants et de traités diplomatiques ftvec des pouvoirs païens qui persistent à renier Yahwé. il est également certain qu'une apocalypse émanant de cette époque n'aurait pas manqué de faire jouer un rôle important au roi Messie, fils de David, et à sa royauté universelle. Dans notre tableau, la maison de David ne forme qu'une famille noble à côté de la maison de Lévi et d'autres familles moins connues. Chose plus significative, les deux chefs offlcielg de la restauration, le préfet davidique et le pontife lévitoaronide ne sont mentionnés d'un seul mot, ni pendant l'épreuve ni dans l'avenir brillant du yahwéisme. Ces absences sont infl-
1. O^est le sens exact du verset xii, 10, qui a été si généralement méconnu : Je verserai sur la maison de David et sur les (autres) habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de prières; ils dirigeront leur re)gard vers le frère (nK "ïSk au lieu de nt< "^Sk) qu'ils (les païens, v. 9) auront
transpercé (= masts^çré, tu^; qf. xni, 3). Ce qui suit jusqu'au vevset \\ inclusivement décrit la gravité du deuil ainsi que la participation de toutes les familles à cette cérémonie funéraire. Cela fait disparaître les dernières ombres de Tensemble du chapitre.
2. Il est donc impossible d'effacer le mot Q'jStZ?"n')a» comme le font plusieurs critiques d'aprôa certains codex gréco-latins.
niment plus étonnantes chez notre prophète que chez Malachias, dont le tableau eschatologique ne dépasse pas le cadre national. On doit y voir un indice de l'affaiblissement du prestige des deux chefs auxquels la direction politique et religieuse avait été respectivement confiée. Les préfets postérieurs à Zorobabel étaient détestés à cause de leurs exactions; de même, les pontifes qui ont succédé à Jésus, fils de Josadac, jusqu'à Éliasib, contemporain d'Esdras et de Néhémie (entre 560 et 458), ne se sont distingués par aucun acte remarquable. Néhémie trouva la ville ruinée, les murs démolis, les portes brûlées et ne contenant que fort peu d'habitants (Néhémie, ii, 17). Lorsque les niurs furent réparés, il fallut construire des maisons et engager les gens de la campagne à s'établir à Jérusalem {ibidem^ xi, \). Dans Zacharie, xii, 14, Jérusalem, bien peuplée, contient, outre la classe sacerdotale, la famille davidique, et est en état de se défendre, bien que ce soit pour peu de temps, contre une grande armée. Une pareille situation, étant donnée la nécessité de la placer avant Néhémie, convient mieux à une ou deux générations après 'Zorobabel, lorsque les constructions des premiers rapatriés n'avaient pas eu besoin d'être réparées. Il n'y a aucune raison qui oblige à penser que les murs de Jérusalem soient restés à l'état de ruines depuis la prise de la ville par Nabuehodonosor jusqu'au temps de Néhémie. 11 est beaucoup plus vraisemblable que les murs ont été réparés une première fois sous Zorobabel par les Perses eux-mêmes, qui devaient y mettre une garnison assez forte pour tenir en respect les populations turbulentes de l'idumée et de la Philistée. Cette manière de voir s'appuie d'ailleurs sur des données formelles. Le narrateur dç II Rois, xxv, 10, rapporte que les Ghaldéens ont rasé tout le mur d'enceinte de Jérusalem, tandis que Néhémie ne parle que de nombreuses brèches et de portes brûlées. D'autre part, nous voyons qu'au temps d'Artaxerxès (lequel ?) la reconstruction de la ville et des murs d'enceinte a été violemment empêchée par les autorités perses; il est donc vraisemblable que l'état de destruction attesté par Néhémie était dû à cet ordre d'Artaxerxès. Lorsque Zacharie écrivit ses visions eschatologiques, Jérusalem et son mur d'enceinte se trouvaient dans un meilleur état.
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Nous avons voulu avant tout établir rintellîgence du texte et nous assurer de sa date anté-esdraïque ; nous passons maintenant à y relever les vestiges du code sacerdotal. La liste n'en sera pas longue, grâce à la nature toute différente de notre prophétie; nous osons cependant croire qu'elle sera assez décisive :
Signalons en premier lieu la locution )i^^]£;'> toTifif (xii, 3); or, la racine £212; se trouve quatre fois dans le Lévitique, deux fois comme verbe (^^nil^% xxi, 5) et deux fois comme nom (iûim^ XIX, 28 ; r\tûl\îfj ^^^ ^)> ^* P^s ^^^ seule fois dans le reste de la Bible !
En second lieu, on sera frappé de l'emploi comme adverbe invariable du mot*73^, que l'immense majorité des écrivains
bibliques emploient avec les suffixes possessifs selon le genre et le nombre des objets auxquels il se rapporte (113*5, miV Dl^b' pab [njlDb])- Une seule fois on trouve -j^^ après un masculin singulier (-j^^ ^jy\^ Ji^VD' Juges, vn, 5), et là encore il est vraisemblable que le ^ final a été absorbé par le ^ initial du mot suivant '^3^. Notre prophète se sert au contraire de la forme invariable onze fois dans trois versets (xii, 1 2-i 4), après des noms féminins, tant singuliers que pluriels (nnSt^D' ninSB^D' DiTtt^j)- Tout étonnement cesse quand on s aperçoit que le même usage se rencontre dans l'Exode, xxvi, 9, et XXXVI, 16, qu'il a évidemment pris pour modèle.
En troisième lieu, enfin, nous devons insister sur la prédiction relative au pèlerinage de tous les peuples à Jérusalem afin d'y célébrer la fête des tabernacles (xiv, 16-19) Que celte fête, qui vient après la récolte en Palestine, ait été préférée à toutes les autres, cela se conçoit sans peine, puisque la saison automnale, qui marque la fin des grandes chaleurs, est en même temps celle dans laquelle les vivres se trouvent en grande abondance et à bas prix. Quant à l'eau, si indispensable à la multitude des pèlerins, il y a pensé dès le verset 8, où il annonce le jaillissement d'une source d'eau vive venant de Jérusalem et se répandant sur toute la largeur du pays, pour se déverser d'un côté dans la mer Morte, d'un autre côté dans la mer Méditerranée. Il est facile de reconnaître que le premier
tracé hydrographique est emprunte à'Ézéchiel, xlvii, 1-8, et le second à Joël, rv, 1 8, où le n^tDtt^H bfli ^^^ I® Wad-es Sanj, à l'ouest de Jérusalem, dans la direction d.^ la route qui mène à Ascalon (Wellhausen, Nowack). Ce qui est beaucoup plus difficile à comprendre de prime abord, c'est l'idée d'imposer à tous les peuples la célébration d'une fête ancienne particulière à Israël, et dont le nom, niDDH jH^ exclut toute conception d'une fête agricole; si le prophète avait cette intention, il se serait servi du terme t^'^ONH jn» * f^*^ de la récolte » (Rxode, xxiii, 16; XXXIV, 22). Le doute n'est donc pas possible; il entend que les anciens païens convertis à la religion yahwéiste célèbrent à Jérusalem, et mêlés à Israël, au moins une des fêtes annuelles auxquelles ils ne pouvaient prendre part dans leur ancien état de paganisme, et prouvent ainsi par là que, tout en conservant leur existence comme nations séparées, ils se rattachent désormais à la doctrine monothéiste d'Israël. Comme la défense pour les judaïsants de race étrangère de demeurer sous des tentes pendant cette fête ne se trouve ni dans Ézéchiel, ni dans le Deutéronome, mais exclusivement dans le Lévitique, xxiii, 42. il me paraît démontré que Zacharie II et ses contemporains connaissaient et pratiquaient couramment les préceptes du code sacerdotal. Ajoutons une réflexion. Notre prophète suppose la connaissance générale du mois et du jour où la célébration de la fête des tabernacles a légalement lieu. Or, Ézéchiel ne mentionne pas les niDD (Ézéchiel, xuv, 25), et le Deutéronome qui les mentionne ne donne pas la date de la célébration (Deutéronome, xvr, 13, 16; xxx), 10); le Lévitique seul offre une information complète et ne laisse rien à désirer; on ne se trompera pas en y voyant la source unique, non seulement de notre prophète, mais aussi des deux auteurs antérieurs.
Terminons cette étude par une remarque sur le verbe -jj^pj qui figure dans Zacharie, vu, 3, dans le senà de « s'abstenir de manger et de boire » et comme synonyme de Q^n^, « jeûner » (ibidem^ 5). Cette signification n'existe pour la racine -)ïj que dans le code sacerdotal (Lévitique, xv, 32 ; xxii, 2 ; Nombres, VI, 2, 3, 5, 6, 12); dans les autres écrits bibliques, ce verbe signifie : « Se retourner en arrière, reculer >.
Si le prophète a employé ce terme sang craindre de ne pas être compris, c'est que ses contemporains entendaient sans la moindre difficulté la terminologie sacerdotale,
Aggée, ii, 10-U,
L'activité d'Aggée, comme celle de Zacharie, se place en 520 qui est la seconde année du règne de Darius V\ Depuis leur retour de Babylone, les rapatriés avaient érigé un autel et reconstruit des maisons à Jérusalem, mais négligeaient de reconstruire le temple par crainte des frais que la construction leur imposerait. La nouvelle communauté se trouvait en effet dans un mauvais état éconoi^ique, à cause d'une sécheresse persistante qui frappait la récolte et l'élevage des bestiaux. Le prophète voit dans ce fléau le châtiment de leur indifférence à l'égard du temple et leur promet que la reconstruction du sanctuaire formera le point de départ d'une ère de prospérité et que le nouveau temple dépassera en célébrité et en richesse l'ancien temple galomonien. Pour leur donner une idée de l'indignation que leur atermoiement cause à Yahwé, Aggée adresse aux prêtres une question sur deux points rituels concernant la pureté légale. Si un homme qui porte de la viande sacrée dans le pan de son habit touche quelque comestible, ce comestible deviendra-t-il sacré? Les prêtres ayant répondu par un « non >, le prophète continue ; Et si un homme gravement impur touche ces mêmes comestibles, ceux-ci deviendront-ils impurs? Cette fois les prêtres ayant répondu par un « oui >» le prophète ajouta : Ce peuple et tout ce qu'il fait, y compris ses sacrifices, sont aussi impurs à mes yeux (n, 11 '1 4).
Nous sommes ici en présence de prescriptions sacerdotales par excellence, et c'est le cas ou jamais de voir s'il y a une connexion quelconque avec le rituel du Lévitique, Cependant les critiques modernes écartent toute idée de comparaison par l'affirmation préalable que le mot nmn désigne ici, comme chez les autres prophètes, un enseignement oral et non mis par écrit. On ne voit pas bien pourquoi l'oral et l'écrit s'excluraient mutuellement, Quand on consulte un légiste, celui-oi vous donne
son avi» oralement, mais cela n^empêcho pas que cet avis ne soit le résultat d'études faites dans des codes rédigés et répandus depuis longtemps dans le public. L'affirmation de ces savants qu'un code écrit réglant les rites sacerdotaux n'a pdiS existé avant Esdras est donc fortement sujette à caution, et la vraie question à élucider est de savoir si le code sacerdotal qui fait partie du Pentateuque peut être considéré comme la source de la doctrine professée par Aggée et les prêtres de son temps relativement à l'effet des contacts précédemment mentionnés. Une fois placé sur ce terrain, la réponse n'est pas douteuse et cela dans le sens de l'affirmative. La preuve réside dans l'expression jygj ^^i^ qui, formée comme Q'^nfîtî^ KOtû» ^ ™" pur de lèvres =5 qui a des lèvres impures > (Isaïe, vj, 5), au féminin qi^,^ nXOLD» * impure du nom scelle qui a un nom (renom) impur > (Ézécbiel, xxii,5), mjnnXDD» * impure des écoulements = celle qui est affectée d'écoulements impurs » (ibidem^ 1 0), ne peut signifier par lui-même que '< impur d'âme = doué d'une âme impure y>, tandis que le prophète parle évidemment d'un homme devenu gravement impur par le fait d'avoir touché un cadavre. Mais cette situation si manifestement rituelle et spéciale ne se constate que dans le Lévitique, xxii, 4, et constitue une abréviation de li^gj^ XDtD' Q^^ ^^ ^^ rencontre pas non plus en dehors du code sacerdotal ou P (Nombres, V, .2; jx, 6, 7, 9). Il y a plus, le mot ^^^ ^^ec le sens de « cadavre i> est lui aussi particulier à P (Lévitique, xxi, 1 ; XIX, 28; Nombres, vi, 6; xjx, 13) et inusité chez les autres auteurs bibliques. Cela nous autorise à conclure que les termes techniques du code sacerdotal étaient généralement compris et couramment employés en Judée aux environs de o2!0 avant l'ère vulgaire, longtemps avant l'arrivée d'Esdras.
Michée.
Michée a exercé sa mission prophétique durant les règnes de Jûtam, d'Achaz et d'Ézéchias (i, 1), c'est-à-dire de 723 à 630 environ. Les prophéties qui ont été conservées de lui dans le recueil biblique visent à la fois le royaume d'Israël et celui de
Juda, royaumes dont il prédit la destruction (i, 6; m, 12). On y remarque la prévision que les habitants de la Talestine, momentanément dispersés, seront bientôt réunis sous la conduite d'un roi davidique comme à l'époque antérieure à la scission des dix tribus (ir, 12-13; iv, 6-13; v, 1-3); les peuples ennemis seront défaits (iv, 13) et une ligue de huit princes dévastera TAssyrie et empêchera les Assyriens d'envahir la Judée (v, 4-5). Le nouveau temple formera alors un lieu de pèlerinage pour beaucoup de peuples qui mettront fin à leurs guerres réciproques et se soumettront à l'arbitrage de Yahwé au cas où des différends surgiraient entre eux (iv, 5). Le respect du nom de Yahwé témoigné par ces peuples n'ira pas cependant jusqu'à la conversion au monothéisme; au contraire, ces derniers conserveront leurs divinités et leurs coutumes nationales comme auparavant (iv, 1 -5). Telle est la teneur des cinq premiers chapitres qui forment une seule pièce complète dans toutes ses parties. Il faut regretter qu'elle nous soit parvenue dans un désordre souvent bien déroutant, mais qu'après un examen réfléchi on établit de la manière suivante : i,1-12, IV, 1 4 (où il faut lire «rj^'^}^ au lieu de ii^^î<), 1 3-ii, 1 1 , m, 1 -1 2.
C'est la partie répréhensive. La partie consolatrice se reconstitue ainsi qu'il suit: II, 12-13;iv,6-13; v,14; V, 1-13; iv, 1-5*. Cette distribution ne laisse rien à désirer en ce qui concerne la suite des idées ; elle a, de plus, l'avantage de trancher définitivement la question relative à la paternité des versets rv, 1-3, qui figurent également dans Isaïe, ii, 2-4. Les versets 4 et 5 qui montrent la conséquence heureuse pour la paix et la tolérance universelles du pèlerinage de Jérusalem forment nécessairemen une étroite unité avec les versets précédents. Chez Isaïe l'idée religieuse est beaucoup plus avancée. En admettant, avec son contemporain, Jérusalem comme un point central de pèlerinage, Isaïe rêve pour le yahwéisme la domination universelle instantanée; il pense que la prospérité extraordi-
1. Ce verset justifie la suprématie morale d'Israël : celui-ci, grâce à sa possession constante du monothéisme, est seul apte à devenir l'arbitre du reste de l'humanité, qui niaintiendra encore longtemps ses cultes nationaux. •
naire de la Judée, unie à la sainteté de ses rites et les manifestations de sa puissance divine aidant, sufHra à convaincre les païens de la vérité absolue de la relif<ion juive (ii, ^0 ; x, 9).
La seconde partie, contenant les chapitres vi et vu, offre aussi un discours comminatoire qui s'étend de vi, i , à vir, 6, où, sous une forme d'espérance individuelle, ce discours devient successivement réparateur et consolateur, sauf, toutefois, le verset 1 3 qui a visiblement sa place après vi, 16. Comme on le voit, le livre de Michée contient deux discours indépendants, mais d'un caractère analogue. Au point de vue de la langue, il est impossible d'affirmer qu'ils n'appartiennent pas au même auteur ; la circonstance que l'un commence tout de suite par l'annonce du châtiment, tandis que l'autre débute par un argument tiré de l'histoire ne révèle pas une rédaction différente. D'autre part, malg'-é les altérations subies par plusieurs versets, le sens de l'ensemble se dégage d'une manièr(; suffisante. Un trait caractéristique commun aux deux parties est la division par petits groupes faiblement reliés Tun à l'autre, formant des strophes irrégulières et offrant néanmoins une suite assez remarquable (i, 2-9, 10-16; ii, 1-5, 6- 11;iii/l-4, 5-12; IV, 1-5 (ir, 12-13) 6-13; v, 1-5, 6 8, 9-14; VI, 1-8, 9-16; yii, 1-12, 14-17, 18-20).
En proclamant le droit de Michée sur tout le livre qui porte son nom, je m'écarte en connaiwssance de cause de l'avis des critiques modermes qui attribuent les chapitres iv et v à plu- . sieurs auteurs, les uns contemporains du prophète, les autres postérieurs à l'exil ; les chapitres vi et vu, ^ -6, à un contemporain de Manassé, tandis que vii, 7-20 serait du temps qui précède Néhémie. Aucun des arguments produits en faveur de cette classification n'étant d'ordre linguistique, nous nous garderons bien d'énpietter des textes compacts par la seule raison qu'ils contrarient les idées préconçues de psychologistes qui se croient infaillibles. La marche des idées religieuses, comme la marche du progrès général des nations, ressemble à un sentier plein de détours et héris-é d'inégalités; la ligne droite à vol d'oiseau à travers les siècles est une abstraction dépourvue de toute réalité.
Passons au sujet principal de notre étude.
Yahwé sort de sa demeure pour juger le pays; il foule les hauteurs de la terre (v'nx \mDIl) î '^^ montagnes fondent, les vallées éclatent et sont réduites à l'état liquide ; tout cela a pour cause les crimes de Jacob et les péchés de la maison d'Israël. La phrase suivante se présente sous la forme d'une question suivie d'une réponse dans le même ton : Quel est le crime de Jacob, n'est-il pas Samarie? Et quels sont les bâmoth de Juda, n'est-ce pas Jérusalem? Puis, le prophète annonce que Samarie sera ruinée, rasée jusqu'aux fondements, ses statues broyées, ses ex-voto brûlés; cette dévastation, au grand regret du voyant, s'étendra jusqu'à la porte de son peuple, jusqu'à Jérusalem.
Dans le texte massorétique, le verset 5 demande quelques corrections. H est ainsi conçu :
uhw!^ \hx\ rrm.T mon >di p-)Q^ xVn 3py> "nv^ >)d
Il y a d'abord à remplacer '^j^-i^î/*» par niirr»' ^^î ^st garanti par son parallèle n^'^^i^^i^. Le mot niD3 donne lieu à plus de doute, car on s'attend à m^j^n ^^ l'hémistiche précédent. Les Septante, le Targum et les exégètes modernes lisent f)^3 nNDn ^^ '^^'^ ^^ DIDS' ^^^^^ ^^ "^^^ semble à son tour garanti par sa paronomasie avec ^niDZî ^^ verset 3. De plus, la désignation de Samarie par t;^;^ marque bien l'origine de cette ville, fondée par l'impie ^'Omrî; pour Jérusalem, faite capitale par David et destinée à rester celle du monothéisme universel, l'attribut nXIûn "^^ convient guère. Aussi le prophète ne parle-t-il de sa ruine momentanée qu'avec émotion (i, 9) et ajoute-t-il expressément a^V^-Tû» ^ ^ cause de vous M (il, 12). Il me paraît donc très vraisemblable que le texte primitif portait rn»3 xbn miH^ (n^n) mXDn 'DT D^bti^lT» * ^^ quels sont les péchés de Juda, ne bout-ils pas les hauts lieux de Jérusalem? > Enfin, renonciation que les objets du culte éphraïmite ont été achetés avec les salaires de courtisanes %it évidemment allusion au culte des € hauts
lieux >, dont la prostitution était le pendant indéparable (Osée, IV, 1 3-1 4 ; Ézéchiel, xVi, 16).
Résultat on ne peut plus clair : Michée, dans ses discours antérieurs à Tan 721 , date de la destruction de Samarie, considérait le culte des Bamoth connme une abomination pour Yahwé ; il a donc connu le passage du Deutéronome qui défend ce genre de culte (xiî, 2»3), ce qui revient & dire que ce code, loin de dater de 650, était d^'Jà répandu et religieusement accepté avant ^21 . La thèse des critiques ne répond pas au témoignage de l'histoire.