E. — IX
Le passage ix, 1-6 a été l'objet d'une étude particulière dans la Revue des études juives. J'y ai signalé pour la première fois que l'expression DiJ^aj^ DDflb équivaut à Qy^x nnb Dnb> c'est-à-dire que la désignation de « cadavre » par g^Qj, quiest spéciale au code sacerdotal, était connue d'Osée, M. Nowack se tient néanmoins à la traduction erronée de Kuenen sans réfuter les arguments dont mon opinion a été appuyée. Peut-être n'a-t-il pas eu connaissance de ce travail. En tout état de cause, il n'est pas admissible que le pain que l'on mange pour apaiser la faim soit considéré comme gravement contaminé par la seule raison qu'il n'a pas été porté dans le temple (<c eben weil dièses Brot nur dazu dient ihren Hunger zu stillen aber nicht in Jahves Haus kommt »). Nous posons à
M. Nowack les trois questions que nous avons déjà posées à ses devanciers : T Est-ce donc un péché de manger du pain à sa faim? 2** Où a-t-il trouvé que le paift servant de nourriture quotidienne doit être porté au temple? V Qui a empêché les Éphraîmites de construire un sanctuaire à Yahwé dans la terre d'exil, comme l'avaient fait les païens exilés en Samarie? En attendant la réponse catégorique à cet égard, nous sommes en droit de maintenir notre conclusion relative à la publicité des lois cultuelles du Lévitique au temps d'Osée.
Je profite de l'occasion pour dire quelques mots sur les versets 7-9 qui ne manquent pas d'intérêt au point de vue de l'histoire religieuse. Occupons-nous d'abord du texte. Le verset 7 porte : ^xitî^'' lirn*» uh^H ^D*» 1K3 mpBn '•D^ 1S3
Jusqu'à présent on reliait le verbe ^^*^i aux mots suivants : « Qu'Israël sache (que) le prophète est un sot > en appliquant cette sentence au faux prophète ; mais, s'appuyant sur le parallèle nnn It^X ^^^ ^^^ cependant illustré par -i^^pi g^'ïj^ PIT) de Michée, ii, 11, M. Nowack rattache ^xil2^^ IJ^T ^ ^^ phrase précédente {(f qu'Israël le sache ») et commence une nouvelle phrase par le mot ^^ix- Le sens serait : c Vous dites que le (vrai) prophète est un sot et un fou, vous avez raison, mais la faute en est dans la grandeur de votre faute qu'il reconnaît distinctement et dans la grande hostilité qu'il a à supporter » (« Ihr sagt nârrisch ist der Prophel, verrûckt der Mann des Geistes, ihr habt Recht damit, nur liegt die Ursache leidiglich in der Grosse eurer Schuld die er deullich erkennt, und der Grosse der Anfeindung, die er zu erdulden hat »). Dans la bouche d'Osée, cette singulière sentence revient simplement à l'aveu ridicule que lui-même n'est autre chose qu'un sot, qu'un fou. Voilà où mène le désir de canoniser les prophètes éphraîmites, après avoir proclamé l'orthodoxie du culte éphraïmite. N'insistons pas. En réalité,très peu de corrections suffisent pour rétablir la clarté et le lien des versets en question^ :
7. Les jours de l'échéance sont arrivés, arrivés les jours de la rémunération.
Sache Israël que le (=; son) prophète est un sot, que l'homme (réputé) inspiré est un fou ;
A cause de la multitude de tes péchés, il multiplie {^yyi pour
na^i) rhostiiité.
8. Le voyant (n»to po^^* n§*nf) d*Ephraïm est un objet d'irritation
(DJt po^r D?» Ruben) pour mon Dieu, Le prophète est un piège d'oiseleur sur toutes ses routes, Un objet de grave hostilité dans la maison de son Dieu.
9. Ils sont profondément corrompus ^ comme aux jours de Gabaa; Il (Dieu) se rappellera de leurs péchés, demandera compte de
leurs crimes.
Ainsi, contrairement à ce que pensent les critiques, le prophète éphralmite était, selon Osée, un fou égaré, un objet d'irritation constante à Yahwé, un abominable corrupteur des mœurs ; le tableau est peut-être trop chargé, mais pour nous qui étudions la religion d'Osée cette circonstance ne change rien au fond.
Pour compléter l'interprétation de ce passage, disons un niot au sujet de l'allusion aux jours de Gabaa (9). A mon avis, il s'agit bien de l'épisode raconté dans Juges, xix-xx, dont les tristes héros furent les Benjamites de Gabaa. Je ne crois pas qu'on puisse songer à rétablissement de la royauté par cette seule raison que Saûl, le premier roi, était natif de cette ville (Nowack). La royauté a d'ailleurs été proclamée, quoique avec répugnance, à Miçpa (Juges, xvu, 27), et renouvelée à Galgal (ibidem, xi, 14-15). L'argument que, dans le crime de Gabaa, les fienjamites seuls étaient coupables, tandis que la majorité d'Israël voulait venger ce crime, est à la surface. Pour Osée, qui attribue tout événement malheureux à une cause morale, les terribles défaites subies par cette majorité dans ses deux premières rencontres avec les Benjamites, sont les meilleures preuves de la profonde corruption de tout Israël à cette époque. Du reste, notre explication est confirmée par le passage Osée, X, 9-10, que les critiques ont complètement mé-
^' mntt? *!D>D3rn» littéralement « ils ont approfondi, ils ont corrompu ». La correction hnnttT» ^ son piège », c*est-à-dire le piège qu'ils creusent au (vrai) prophète (WelL, Nowack) oblige ses auteurs à émettre Thypothèse absolument gratuite que le reste du verset 9 est une interpolation postérieure.
connu et dont je place ici la traduction, pourvue de quelques corrections entre parenthèses, afin d'économiser l'espace :