LES GRANDS PROPHÈTES
Les prophéties les plus étendues sont contenues ( livres dont chacun porte le nom de son auteur princi] Jérémie et Ézéchiel. Ces livres, qu'on appelle les gr phètes afin de les distinguer de celui des douze petits qui les suit dans la Bible massorétique, étaient clasi premier recueil dans le même ordre chronologique o trouvons aujourd'hui . A l'époque de Ben-Sira, Tauteur i siastique (290 avant J.-C. )» cette succession existait d( une ancienne tradition (Ecclésiastique, xlyiii, 22 c-xi Après la destruction du second temple, on préfér; Isaïe à la fin de la série, afin de terminer le recuei prophéties consolatrices (Tb. Baba Bathra, lié), i simplement le résultat d'une mesure de bon augure^ y en a tant d'autres exemples dans cette période de d et non celui d'une réminiscence que le livre d'Isaïe e cent que Jérémie et Ézéchiel, comme le prétendent I les critiques modernes (Cornill, EAT, 4, p. 177). Ben-Sira n'a déjà plus la moindre idée de l'origine e la seconde partie d'Isaïe, au point qu'il en attribue 1 au grand contemporain d'Ézéchias. Pour l'objet de n comparative, c'est cette partie, rédigée pendant l'exi temps avant la conquête de Babylone par Cyrus, qui servir de point de départ inférieur, duquel nous rei successivement, en passant par Ézéchiel et Jérémie, mière partie du livre d'Isaïe, qui est la plus an< recueil.
Isaie IL
Sur la composition de cette partie, je suis parfaitement d'accord avec M. Cornill, qui voit dans les chapitres xirLXii l'œuvre d'un seul auteur, sans toutefois partager entièrement ses soupçons relatifs à certains passages de xlix-lxii. Je ne trouve pas non plus dans lxiii-lxv les nombreux remaniements qu'il admet pour des raisons qui me paraissent insuffisantes ; le chapitre lxvi, écrit en Palestine au moment où les rapatriés se préoccupaient de reconstruire le temple, peut seul appartenir à un autre auteur.
A. — XLiii, 3, et XLV, 14.
Depuis plus d'un demi -siècle, le petit resle de Juda emmené à Babylone, venu à résipiscence envers son Dieu national, se consuma dans une captivité dégradante et commence à désespérer de la délivrance prédite par les prophètes Jérémie et Ézéchiel. Alors Isaïe II se chargea d'annoncer la proximité du salut. Un changement important venait de s'accomplir en Orient, lètuvegu (Astyage), roi des Manda (Mèdes occidentaux), dont un des prédécesseurs avait mis lin à l'empire assyrien, fut vaincu par Kuraà (ê^i^, Cyrus), roi de la Susiane, d'origine aohémé-
nide perse. Isale comprend tout de suite que cette première victoire amènera Cyrus à s'emparer de Babylone, afin de fonder un grand empire oriental, et voit en lui l'oint de Yahwé qui doit restituer le royaume judéen anéanti par les Babyloniens. Comme compensation pour l'autonomie juive, il lui promet au nom de Yahwé la possession des territoires de l'extrême sud : l'Egypte (tjnVD)» l'Ethiopie {fif'Q) et l'Arabie méridionale (x3D» XLiii, 3) :
Plus loin (xLv, 14), le prophète prédit que la Judée s'enrichira du commerce de ces peuples dont elle formera le transit, et qu'à la vue de son indépendance et de sa prospérité, ces derniers, portant les chaînes de leur esclavage malgré leur
force corporelle, la salueront respectueusement en reconnaissant qu'il n'y a pas d'autre Dieu que le sien. Les noms ethniques figurent dans le membre de phrase suivant :
HTO ^«/*3K (pl. de MO) 0>KaD1 «?13 nHDI CD»-IVD yÙ^
Ces versets attirent notre attention par trois particularités assez remarquables au point de vue de la critique littéraire :
1) Le nom ethnique ^^^D "^ ^^ trouve que dans la Genèse, X, 7.
2j Le groupement jy^^ et ^2D ^^ ^^ comprend que grâce au verset précité de la Genèse, où ^^D ^^^ considéré comme un fils de uf^^.
3) L'expression unique dans la Bible : niD ^K^iî^i ^^ hommes de haute stature », constitue une simple imitation de la composition nno '^U'iN» ^^" exprime la même idée dans les Nombres, xiii, 32.
Conséquence inéluctable : Isaïe ii (vers 540) a connu et imité deux passages du Pentateuque que l'école critique attribue à l'auteur sacerdotal ouP, qui serait resté inconnu jusqu'à sa promulgation par Esdras en 4i4!
B. — xuii, 14-20.
Une des objections que les adversaires du prophète opposaient à la prévision du rapatriement se fondait sur l'impossibilité de trouver, durant la traversée, de l'eau suffisante pour la masse des exilés pendant leur retour dans leur pays. A ces pessimistes craintifs, Isaïe II répondait imperturbablement par des notes optimistes dont l'audace et le mépris de la réalité atteignent l'apogée du patriotisme : c Les pauvres et miséreux n'auront pas à chercher longtemps Teau pour rafraîchir leur langue desséchée, Yahwé fera jaillir dans le désert d'innombrables sources, y fera croître instantanément divers arbres gigantesques d'un ombrage épais où les pèlerins trouveront abri contre l'ardeur du soleil » (xli, 1 7-20 ; xlix, 8-13). Dans le passage cité ci-dessus, le prophète traite le même sujet,
qu'il divise en deux prédictions commençant, par -)q^ pij ;^)jyt. La première peint le moment de la délivrance et ne donne lieu qu'à une légère correction de vocalisation :
Ainsi dit Yahwé, votre rédempteur, le saint d'Israël : A cause de vous j'ai envoyé (Cyrus) à Babylone; Je ferai abattre toutes les barrières,
Pendant que les Chaldéens (seront plongés) dans leurs cris plaintifs (ni^3K3 pour ni^JK3)- Je suis Yahwé, votre saint, créateur d'Israël, votre roi.
Dans la seconde prédiction il réitère la promesse relative au futur changement du désert en une contrée agréable, mais il fait remarquer par là que le miracle inverse fait par Yahwé à la sortie d'Egypte, où la mer, en même temps qu'elle se divisait pour laisser passer Israël à pied sec, se refermait sur l'ennemi pour l'ensevelir dans ses vagues, sera dépassé, au point qu'on n'en parlera plus :
Ainsi dit Yahwé, celui qui a frayé dans la mer un chemin, Dans les eaux puissantes une voie.
Qui a entraîné char et cheval, troupe et armée, Pour qu'ils (y) gisent ensemble, sans jamais se relever, Inertes, éteints comme une mèche (qili a cessé de brûler) : Ne mentionnez pas les anciens événements, Ne méditez pas les faits antiques; Je vais produire un fait nouveau Qui surgira à l'instant, — vous ne le devinez pas ? — Je susciterai dans le désert une route, Dans la solitude des rivières.
Les bêtes des champs, les chacals, les autruches me loueront, Parce que j'aurai mis de l'eau dans le désert, des rivières dans la solitude.
Pour désaltérer mon peuple élu.
Dirigeons maintenant notre attention sur la phrase qui attribue à la volonté divine l'arrivée des Égyptiens sur le bord
de la mer Rouge : )^ri^ nii^T b^H D^D^ 3D1 N^VIOn- ^^^^^ dans le passage analogue d'Ezéchiel, xxxviii, 4, le verbe ^''Vin» lorsqu'il s'agit d'un but désagréable pour l'objet de l'action, marque toujours une intervention directe de Dieu, qui exerce une obsession occulte, mais insurmontable, sur le ou
les individus dont il a décidé la perte. Celte considération purement exégétique nous remet aussitôt en mémoire que la poursuite entreprise par l'armée égyptienne derrière les Israélites, jusqu'au bord de la mer, est en effet assignée par l'Exode, XIV, 4, 8, 17, à l'instigation particulière de Yahwé, idée que l'auteur exprime partout par le verbe ;2*^ pjp|, « endurcir le cœur >. L'énonciation d'Isaïe II est donc empruntée au récit de l'Exode relatif au fait dont elle s'occupe: mais ce qui la rend extrêmement précieuse à nos yeux, c'est que, par une heureuse coïncidence, tous ces passages exploités par Isaïe II figurent dans un récit dont l'école critique attribue la paternité à Tauteur sacerdotal et qui ne serait devenu publis que par suite de la propagande d'Esdras cent ans plus tard !