‹ Recherches bibliques (volume 2)Chapitre 75 sur 140 · C. —XLiii · texte numérisé non relu

C. —XLiii

Le contenu a trait au sujet que nous avons discuté à propos de Michée, vi, 1-8 et Amos, v, 18-25. Isaïe II reproche à Israël d'avoir souvent négligé d'apporter à Yahwé des sacrifices, bien qu'il ne fût pas très exigeant, et de l'avoir lassé par ses péchés :

(Toi, ô) peuple que j'ai créé pour qu'il annonce ma louange,

Tu ne m'as pas invoqué, ô Jacob,

Tu t'es plutôt lassé de moi, ô Israël.

Tu ne m'as pas apporté les agneaux de tes holocaustes;

Tu ne m'as pas honoré de tes sacrifices;

Je ne t'ai pas humilié pour avoir Toblation,

Je ne t'ai pas fatigué pour avoir l'encens ;

Tu ne m'as pas acheté la canne (aromatique) avec de l'argent.

Tu ne m'as pas rassasié de la graisse de tes offrandes;

Mais tu m'as humilié par tes péchés,

Tu m'as fatigué par tes crimes.

Notre prophète affirme clairement la nécessité des sacrifices, mais les critiques n'y font guère attention et se consolent avec l'idée qu'à l'époque postérieure au Deutéronome, le prophétisme était devenu partisan des rites sacrificiaires. Ils ont toutefois perdu de vue que, en dcîhors des sacrifices proprement dits, Isaïe II cite deux matières particulières qui font partie des

rites du sanctuaire, ce sont les substances aromatiques nommées j^y[2b ^* n3î5' doiït l'usage n'est prescrit que par le prétendu auteur sacerdotal ou P. Tâchons de spécifier ce qui y est stipulé à ce sujet.

L'encens, riilDb (^'^^ '^ S^^^ USavoç et Atgavwrov), est une plante odorante origiiiaire du pays de Saba (Jérémie, vi, 20). Il formait le principal ingrédient de la nnbP» fumigation aroma-

tique faisant partie de la nnjD ^^ destinée à parfumer le sanctuaire le matin et le soir (Exode, xxx, 7). Le jour du pardon (D'^nûDn DV)> '® grand prêtre entrait dans le saint des saints avec une poignée d'encens qu'il jetait sur un petit brasier allumé (LévitiquCi xvi, 12-13), et on y voyait le moyen par excellence d'apaiser la colère de la Divinité (Nombres, xvii, 11-13). L'imitation pour Tusage profane était défendue sous peine d'excommunication (Exode, xxx, 37-38).

La canne aromatique, pjjp (d'où xavyj, zawa), appelée plus complètement Qty^-njp (Exode, xxx, 23) ou yi'Dtl HJp {^^^^' mie, VI, 2), et venant également du sud lointain (Jérémie, L c), entrait dans la composition d'une huile odorante avec laquelle on frottait l'intérieur du sanctuaire et tout son mobilier, ainsi que le grand prêtre et ses fils (Exode, xxx, 26-30). L'imitation de cette huile pour l'usage profane était également punie d'excommunication {ibidem^ xxx, 33).

Cela suffit pour comprendre tout le poids des paroles mises dans la bouche de Yahwé : Non seulement vous n'avez pas apporté les holocaustes et les autres sacrifices qui constituent le rite légal (n^piSÎI ITllblI^)» ^^^^ moi-même, pour ne pas vous être à charge, j'ai renoncé à exiger de vous la portion de l'oblation saupoudrée d'encens qui était pour moi un régal particulier; je me suis même volontairement privé de l'huile aromatique qui devait parfumer mon sanctuaire et des morceaux de graisse dont la bonne odeur devait monter vers moi (Lévitique, m, 16). La dernière partie de cette phrase fait allusion aux déclarations analogues des anciens prophètes (Jérémie, VII, 21 ; Isaïe, i, 11-13; Amos, v, 21-22) qui regardent les rites sacrificiaires comme n'étant pas indispensables à la

vraie piété, mais, pour le sujet que nous étudions, ce sont précisément les détails spécifiés dans cette sentence qui ont une valeur inestimable, parce qu'ils appartiennent exclusivement au code sacerdotal et ne sont mentionnés ni dans Ézéchiel ni dans la législation deutéronomique.

En face de cette constatation brutale et indiscutable, nous laisserons l'école critique se débattre comme bon lui semblera ; nous n'avons qu'un mot à dire : Isaïe II a connu et exploité le code sacerdotal.

D. — Lin, 10.

Le serviteur de Dieu ou l'Israël fidèle est le souffre-douleur du monde entier; il expie les péchés de ses tortionnaires. Un tel état ne saurait durer indéfiniment, car si Yahwé lui a infligé ce martyre immérité, c'était pour Tépurer du défaut de l'amourpropre, de la fierté exagérée qu'affectent inconsciemment les hommes réellement pieux. Pour voir la fin de ses peines, le serviteur de Dieu aura k apporter le sacrifice de culpabilité, Uy^^y et alors, tout à fait réconcilié avec Yahwé, il verra aug-

menter sa famille pendant une longue vie et prospérer dans sa main le but de Yahwé, c'est-à-dire la conversion des païens au monothéisme.

r^û3 DtcfH (mieux 3^^) D^iOT o« >Snn iftot rôH ninn

nhv> na mn> y^m o>a> inx» pit hkt

Sous la plume d'Isaïe II, qui écrit dans la terre étrangère où, au péril de leur vie, les lévites patriotes avaient suspendu leurs harpes aux saules des canaux afin de ne point profaner les cantiques sacrés de Sien (Psaumes, cxxxvii, 1-4), et à un moment où la pratique matérielle des rites sacrificiaires avait depuis longtemps cessé, l'expression c apporter un sacrifice de culpabilité » n'était plus qu'une métaphore désignant le repentir sincère, la contrition intime de l'âme qui pouvait seule remplacer l'ancienne offrande expiatoire. Un autre poète contemporain, accablé lui aussi sous le poids de sa conscience timorée et désireux de rentrer en faveur auprès de Yahwé qu'il craint d'avoir offensé par quelque acte inconsidéré dont

il n'a aucun souvenir, l'auteur du psaume li, après avoir demandé humblement pardon, aborde le sujet regrettable de ne pouvoir appuyer son repentir par Tacte expiatoire des sacrifices :

Car tu ne veux pas que j'apporte (ici) un sacrifice,

Un holocauste? Tu ne l'agréerais pas.

Mon sacrifice à moi fiTOf pour iraî), ô Élohim, est l'esprit contrit,

Le cœur brisé et mortifié, ô Élohîm, tu ne le dédaigneras pas.

Veuille bien restaurer Sion,

Reconstruire les murs de Jérusalem ;

Alors tu agréeras les sacrifices justes,

Les holocaustes de laïques et de prêtres;

Alors monteront sur ton autel des (sacrifices de) bœufs.

Isaïe II n'a et ne peut avoir d'autres sentiments sur le moyen d'accomplir la réconciliation de l'homme avec la Divinité fâchée. Dans les circonstances actuelles, l'offrande du Dtl^N Q^'^' recommande au martyr est purement un acte spirituel et intime qui remplace le sacrifice matériel de ce nom. Mais ce sacrifice portant le nom de qû'J^ a dû être traité antérieurenient dans un code considéré comme émanant de Yahwé, au milieu d'autres sortes de sacrifices qui faisaient partie des rites religieux. Or, il ne faut pas chercher longtemps pour trouver que les prescriptions concernant le Q^yj^ ne sont spécifiées que dans le Lévitique, vu, 1 -7. Son nom même, absent du Deutéronome, figure, outre le Lévitique, seulement dans les parties pentateutiques qui sont attribuées à l'auteur sacerdotal (Nombres, v, 7-8; vi, 12). Chez Ézéchiel, le aitf}< figure dans la série des autres sacrifices préexiUques (xl, 39; xui, 13; XLiv, 29; xlvi, 20), sans la moindre remarque sur ce qui le distingue de la nXDn ^^^^ '^ "^"^ ^ ^ P^^ P^^^ '^ même signification, ce qui prouve que les passages du Lévitique, v, 1-26, et VII, 1-5, étaient alors de notoriété publique. Si les critiques, au lieu d'affirmations autoritaires, nous apportent des raisons sérieuses à l'appui de l'opinion contraire, nous nous inclinerons volontiers et nous rendrons hommage à la vérité.

E. — Liv, 9,

Sion, représentée sous l'image d'une jeune épouse abandonnée, privée de ses enfants et meurtrie par une longue solitude, voyant ses entants arriver de tous côtés, élargira immensément ses tentes afin do pouvoir les accueillir tous. Yahwé, son époux, lui reviendra avec les tendresses ardentes de son premier amour, et dès lors, quittant ses vêtements de veuvage et de honte, la triste époque de ses souffrances ne lui paraîtra qu'un mauvais rêve très court, qui ne se répétera jamais :

Car ceci est pour moi comme les eaux (*rQ^ pour ^q *t^) de Noé;

De même que j'ai juré de ne plus faire passer sur la terre les eaux de Noé,

De môme j'ai juré de ne plus me fâcher contre toi et de ne plus te gronder.

Inutile d'ajouter un long commentaire : les eaux de Noé (ni ^p) ^^^^ '^s ^^"^ ^^ Déluge, qui portent le nom de Noé parce que Noé et sa famille ont été seuls sauvés du cataclysme, d'après la Genèse. Mais cette allusion implicite n'aurait en soi aucun intérêt particulier pour l'objet de notre étude, puisque nos adversaires ne manqueraient pas d'alléguer qu'Isaïe II connaissait le récit du déluge par Tun des documents I ou E, soit même par la compilation des deux par le premier rédacteur. Ce qui a un haut prix pour nous c'est renonciation formelle et explicite que Yahwé s'est engagé par un serment solennel à ne plus jamais faire périr les habitants de la terre par le déluge. La circonstance mérite toute notre attention. Dans le passage yahwéiste, Genèse, viii, 20-22, qui relate l'accueil favorable du sacrifice apporté par le patriarche, l'auteur fait prendre à Yahwé la résolution intime (iDb bx n^tV lûiVi) ^^ ^^ P'"s maudire la terre à cause de l'homme, de ne plus frapper tout être vivant comme il venait de le faire, et de ne plus interrompre le cours des jours et des saisons de l'agriculture. La réalisation de ce projet n'est racontée que dans le passage subséquent qui emploie le

nom Élohîm {ibidem^ ix, 17). Après avoir béni Noé et ses enfants et recommandé le respect de la vie humaine (v. 1 -6), Élojiîm contracte une alliance formelle avec le genre humain, en résumant sa promesse par les mots : ^)'2'û ^^V HM^ xbl yiHtl nriK^b (^ ^)» ^^ ^' "'y ^"^^ P'^^ ^^ déluge pour détruire la terre >, répétés plus loin à propos du signe de l'arc-enciel, sous la forme peu variée ^i2Db D^DH Hiy n'iT N^T "1K^3 bD nnil^ (^S)' ^* '^s ^^^x (d® l^ pluie) ne se changeront plus jamais en déluge pour détruire tout être (vivant) ». La preuve me paraît évidente : au temps d Isaïe II, le document dit sacerdotal faisait partie intégrante du Pentateuque et jouissait d'une autorité canonique.

F. — LVi, 1-8; LViii, 13.

Dans le premier passage, notre prophète poursuit le discours commencé LV, 6. Yahwé se rapproche de son peuple; le moment est propice pour gagner sa faveur par un effort sérieux d'obtenir sa grâce en abandonnant les œuvres d'iniquité qui lui déplaisent. La promesse donnée par Yahwé va bientôt se réaliser : les captifs quitteront avec joie la terre d'exil, et la nature tout entière applaudii^a à ce miracle qui prouvera la toute- puissance de Yahwé. Mais l'abandon des péchés ne suffit pas, la nouvelle vie doit se manifester par des actes de justice et de vertu augmentés de l'observance très stricte de la célébration du jour de Sabbat, le jour sacré par excellence pendant lequel l'homme, renonçant aux occupations de la vie matérielle, doit méditer dans un saint recueillement sur la grandeur et la bonté du Créateur. Ceux qui accomplissent ces préceptes, lors même qu'ils seraient eunuques ou de race étrangère, jouiront d'un nom impérissable et participeront au culte du temple futur de la nouvelle Jérusalem. Au chapitre lviii, Isaïe II, après avoir enseigné que le jeûne agréé par Yahwé ne consiste pas dans l'abstention de la nourriture, mais dans la privation que l'homme s'impose à lui-même pour faire du bien à ceux qui sont dans le besoin, revient avec quelque détail sur la manière dont le Sabbat doit être célébré :

Si tu arrêtes tes pieds (de voyager) par respect du Sabbat,

Si tu arrêtes la gestion de tes affaires dans mon jour sacré,

Si tu appelles le Sabbat « Délice »,

Le saint (jour) de Yahwé : « Honoré »;

Si tu rhonores par l'abstention de chercher des occupations,

Par l'abstention de trouver un profit,

De proférer des paroles inconvenantes,

Alors tu te délecteras près de Yahwé ;

Je te ferai monter sur les hauteurs de la terre (promise)

Et je te ferai jouir de l'héritage de ton père Jacob;

C'est la bouche de Yahwé qui le dit.

Toutes les expressions de ce passage sont d'une clarté parfaite, -t-n r\W^ signifie bien t chercher une occupation, une

place » (Juges, xvn. H) ; yQn XVD ^^^^ '^ ^^"^ d® ^* trouver un profit» revient dans lviii, 3, où le prophète reproche aux faux piétistes de profiter du jour de jeûne pour opprimer leurs subordonnés; enfin, -j^^ ^3*!| a évidemment le même sens

que px 13T {ibidem, 9).

Le Sabbat est un jour saint de Yahwé, un jour délicieux et honoré à un degré suprême ; on le profane quand on fait une longue marche, quand on s'occupe de ses moindres affaires ou quand on prononce une parole brutale contre un inférieur. Ces défenses sont déjà contenues dans le troisième commandement des deux décalogues qui nous sont parvenus, avec cette différence cependant que les ménagements envers les esclaves sont plus accentués dans celui du Deutéronome que, d'après les critiques eux-mêmes, Isaïe II a dû connaître. Mais, ce qui nous importe principalement dans cette étude, c'est le fait que la défense de quitter l'enceinte où l'on habite n'existe dans aucun de ces documents, mais uniquement dans un passage de l'Exode, XVI, 29, où nous lisons : j^A^n ^^ Vnnn ll^^N 1312/ '»i;'»3l2^n UV2 MD^pDD B^^K ; l'expression d'isaïe II y^^i/n ^^jr\ nSll^D 6st l'équivalent condensé de ce verset, qui, d'après les critiques, fait partie d'une pièce appartenant à P. Inutile d y insister.

Ézéchiel.

Ézécbiel appartient à une famille de prêtres qui, en compagnie de beaucoup d'autres captifs, fut transportée de Jérusalem en Babylonie avec Joachin, roi de Juda, en 597 et s'établit près du canal Kebâr {'^y^ nnî) ^^ Babylonie. Cinq ans après la

déportation et à l'âge de 30 ans, il commença à exercer au milieu de ses nationaux la mission prophétique dans l'esprit de Jérémie qui était alors à l'apogée de sa renommée. Comme ses précurseurs Jérémie, Isaïeet Osée, il accomplit plusieurs actes symboliques afin d'agir sur l'imagination du peuple en grande partie sceptique et indifférent, mais il les dépasse par la description détaillée qu'il donne de ses visions. Il est à bon droit l'initiateur de ce genre nouveau de littérature voilée à dessein, qu'on nomme apocalyptique et dont certaines parties des livres de Zacharie, de Daniel et d'Hénoch offrent les plus an* ciens spécimens. Ézéchiel se reporte souvent à l'ancienne histoire d'Israël telle qu'elle est racontée dans le Pentateuque et cherche en même temps à recommander maintes réformes dans le culte de la nouvelle Jérusalem. A ce double titre, la nature des emprunts qu'il fait à ce recueil ne peut manquer d'être hautement instructive.

La description du char divin qu'on lit dans le premier chapitre d'Ézéchiel a donné lieu à une foule de spéculations métaphysiques des plus insensées. Ben-Sira, l'auteur de TÉcclésiaslique (en 290 avant le Christ) semble déjà avoir admis la réalité de ce véhicule céleste (xux, 9). Les docteurs pharisiens enseignent que les mystères du char divin (nSDlD ilW^D)f ainsi que ceux du récit de la création (n^itfî<-|3 Hlî^î^D) ^®

peuvent être communiqués qu'à des personnes d'une intelligence supérieure et d'une moralité sans tache. Pour rester dans les limites du judaïsme, on peut dire que tous les systèmes mystiques et théosophiques du Talmud et des cabalistes gravitent autour du premier chapitre d'Ézéchiel. Et cependant, pour tout esprit éclairé, cette vision n'est autre chose qu'une transformation en êtres vivants et intelligents des parties architectoniques qui composent la demeure divine dans la conception des Hébreux, voire même des Assyro-Babyloniens. Voici les éléments essentiels de cette cosmogonie primitive en tant qu'elle regarde notre sujet.

Le monde se compose de deux moitiés séparées l'une de l'autre par un espace libre et contenant chacune Teau de l'abîme primordial. Le ciel (QiDiîf), c'est-à-dire la plaque solide et transparente (wp-|) qui porte les eaux supérieures, repose sur quatre colonnes placées aux quatre coins de la terre (Job, XXVI, 11). Au-dessus des eaux célestes demeurent les dieux planétaires, fils et petits-fils du père Anou (Saturne), qui occupe la place la plus élevée. Dans le monothéisme hébreu, toutes ces anciennes divinités sont réduites en génies (D^nbî<) ou messagers (Q'»3xbD) ^^ ^^^^ unique Yahwé qui trône au milieu d'un feu dévorant et d'une lumière resplendissante.

Tout en conservant la construction générale, Ézéchiel la transforme en char à mouvement rapide, et dans ce but les quatre colonnes célestes deviennent des animaux (nvn) ^ quatre ailes et pourvus de figures qui symbolisent Tinteliigence (homme), la force (lion), la persévérance (bœuf) et la rapidité (aigle). Comme les colonnes cosmiques, les animaux ont chacun un pied à pivot, de sorte qu'ils peuvent se mouvoir dans toutes les directions sans avoir besoin de se retourner. Chacune des quatre roues, également animées, qui se trouvent près de chaque côté des animaux, consiste en deux roues croisées et peut aussi prendre n'importe quelle direction sans changer d'attitude. Je passe quelques détails qui ne sont pas nécessaires pour le sujet de notre étude et j'ajoute seulement que le prophète, comme pour avertir qu'on ne prenne pas sa vision pour une réalité, a soin d'employer les expressions

niîDlj « ressemblance >, riKID) * apparence »,,nxnDD» « comme Tapparence », py3, « comme l'essence > ; en faisant

la description de Yahwé assis sur son trône, il recourt mêm^ à la redondance comparative nXllÛD HIDl» * ""^ ressemblance qui est comme l'apparence (d'un homme) ». Toutes ces précautions multiples n'ont pas ouvert les yeux des lecteurs aveuglés par la manie des mystères.

Passons maintenant à examiner le contenu des versets indiqués en tête de ce paragraphe.

Le verset 21 a trait à la plaque transparente, y»pn, qui est placée ou étendue (^^j^j) sur les têtes des quatre animaux. Le mot yipi qui, si l'on fait abstraction des passages des Psaumes,

XIX, 2 ; CL, 1 , considérés par plusieurs comme presque aussi tardifs que Daniel, xii, 3, ne revient que dans le premier chapitre de la Genèse, a donné lieu à une remarque critique de la part de M. Cornill, remarque qui tend à prouver Tantériorité d'Ézéchiel sur le document A. Vu l'importance de la question je vais la citer textuellement : « Pour Ézéchiel, yip"| n'était pas encore un terme technique dans le sens de la Genèse, i, il emploie ici évidemment ce mot dans sa signification primitive et matérielle, et, ainsi qu'il résulte clairement du contexte, il s'est figuré ce t;^p"| non comme une balle, mais comme un objet plat. La leçon Wpn3 des Septante est ainsi tout à fait exacte. De ce t;ipT d'Ézéchiel vient le t;'»pn de l'écrit fondamental (= document sacerdotal ou A). Comme Yahwé réside dans le ciel, on était obligé de comprendre le cie/ par le y'»pn d'Ézéchiel et l'écrit fondamental emploie dans ce sens le mot qui lui est particulier. Une fois que, grâce à l'écrit fondamental, l'emploi de ce mot est devenu fréquent, et étant donné que Yahwé a réellement son trône sur le J^^p"), on a effacé le 3 dans ce passage d'Ézéchiel ^ »

Le soin méticuleux mis par les scribes à effacer d'un commun accord l'innocente petite préposition 3, qui s'était

1. D' G. H. CorniU, Das Buc/i des Propheten Ezéchiel, Leipzig, 1886, p. 184.

maintenue pendant plusieurs siècles dans notre verset jusc l'époque de la traduction grecque, paraîtra à beaucoup étrange, et cela d'autant plus que l'opération était parfa ment inutile, car une coupole se maintient facilement sur q tre points de répère convenablement placés, au besoin m^ sur trois. Passons donc l'éponge sur cette vétille. Ce qui plus grave, c'est que le savant critique s'est laissé induire erreur par la version grecque qu'il préfère systématique» au texte massorétique. Ce der^iier porte :

nhyohn on>ï;xT hy >id3 «iian nipn pys y^pi nmn w^i hy n

Et une ressemblance (= quelque chose se trouvait) sur les t des animaux, un yip^ de l'apparence du nip terrible, étendu leurs têtes en haut.

Le texte grée offre de son côté la version suivante :

Spixdiç xpuaraXiou èytr îTocfiévov èm twv Trrepuywv aùrwv eTravwÔev Mot à mot :

Et une ressemblance sur la tête (=. les têtes) de ces anim; comme un firmament, comme l'apparence de cristal, étendu leurs ailes en haut.

La version grecque admet la leçon j;'»p-|3 au lieu de ^y traduit Wp^ par c firmament (argpswpa) », nip P^^ ^^ ^^^ (y.pv(jra}lov) )) et omet l'adjectif jij-nin q^^ ^'Y convient pas

La Vulgate calque le texte hébreu, mais laisse subsiste] sens de « cristal > pour nip-

En revanche, M. Corniil donne la préférence à la ven grecque et retranche en plus l'adjectif embarrassant ji^^ du texte hébreu qu'il rétablit comme il suit :

nhynhn on>â3D hy nu3 mpn ppD y>pi3 nvnn >'c?«n hy ma-

Ce qu'il traduit :

Et quelque chose était sur les têtes des êtres (animés), cela ressemblait à un firmament, comme l'apparence de cristal, s'étèndant But leurs ailes en haut.

Malheureusement, les déviations des Septante viennent sans aucun doute de deux erreurs manifestes. La première est la traduction par « cristal » du mot hébreu nip qui signifie uniquement € glace», objet auquel l'adjectif ce terrible » convient on ne peut mieux à cause du froid irrésistible qu'il produit (Psaumes, cxlvii, 17; Job, vi, 16). La seconde consiste dans la lecture distraite nn^Bi^ au lieu de an^l2/N1 ^"^ ^^^ garanti par le verset 25 où le grec lui-même offre zecpaXyî. La bizarrerie de faire reposer un c firmament > sur le sommet des ailes aui*ait dû cependant éveiller la méfiance du savant exégète. Eh bien! non seulement il ne se méfie de rien, il va même jusqu'à trouver tout naturel que les ailes ainsi chargées puissent produire par leur vol le bruit terrible dont parle le verset 24 ^

La seule lecture possible est donc celle que fournit le texte massorétique et qu'on doit traduire de la manière suivante :

(Il y eut) quelque chose sur les têtes des animaux, un firmament de l'apparence de la glace terrible (= la plus dure) étendu sur leurs têtes en haut.

La forme du verset et son sens matériel établis, nous procédons aux considérations comparatives. H va de soi que le mot w^pn d'Ézéchiel a un sens identique à celui du j;'»pT de la Genèse. L'affirmation que ce dernier signifie c voûte > et le premier « plaque plane » ne repose sur rien, car une voûte est très mal venue pour séparer les eaux célestes de l'atmosphère. Le t;^p") qui forme pour ainsi dire le parquet de la coupole

I. M. Cornill enlève lui-même au verset 23 le mot irT«pu<jffoj*8Vflit parla raison juste dans sa conception que * die s^lp-^ tragenden Flûgel kônnen natùrlich nicht iTTgpuaaeaôai (voltiger) », mais le même mot est fondamental dans III, 13. J'incline à penser que les participes juxtaposés exTera^evai wTepu(iaou.6vat représentent les deux variantes ri*I'>1133 ^^ rilD^U^» <ï^i ^® trouvaient dans le texte hébreu des Septante à la place de niW^ ^^® porte le texte massorétique.

céleste et le 'plancher de la terre consiste en une plaque solide de glace d'une transparence telle qu'elle devient invisible. En ouvrant les fenêtres qui y sont pratiquées (Genèse, vu, 1 1 ; VIII, 2), Yahwé fait tomber sur la terre, tantôt une quantité d'eau céleste sous forme de pluie plus ou moins forte, tantôt des vents doux ou violents, la neige blanche et des glaçons plus ou moins gros (Psaumes, cxlvii, 17-18) qui dévastent les champs, tuent ou blessent les êtres vivants (Job, xxxviii, 22- 25 ; Josué, x, 11 ; Exode, ix, 25). Mais cette terrible glace, iiy\2n mpn» n'étant que l'eau solidifiée par un grand froid, serait naturellement inimaginable sans la supposition de l'existence de l'eau dans le ciel, et cela revient à dire que le prophète Ézéchiel a dû connaître et admettre l'autorité du premier chapitre de la Genèse qui enseigne pour la première fois cette théorie cosmogonique. C'est précisément le contraire du résultat que M. Cornill a cru pouvoir tirer de notre verset.

De l'endroit où il est placé, le prophète voit à travers le firmament transparent quelque chose qui ressemble à un trône ayant l'aspect de la pierre précieuse nommée saphir (riNIDD XDD niDT TSD pN^' ®' au-dessus de ce trône une apparition ayant Taspect d'un homme (mj^ HNIDD) ; c'est Yahwé.

M. Cornill introduit dans ce verset deux changements qui n'ont pas grand intérêt pour la critique comparative. Il place en tête le mot n3m> répondant aux mots xal Hov par lesquels la version grecque remplace l'hébreu ^jyi^ au début du verset 25 ; puis il met, d'après les Septante, le mot «j^^t^ après {<DD' tandis que dans le texte massorétique cette préposition vient après u^n. Dans le premier cas, le socle du trône serait seul de saphir, dans le second le trône serait aussi de la mên)e matière. Comme le prophète ne dit pas de quoi le trône est fait et que, d'autre part, pour celui qui regarde de bas en haut la couleur saphir de la base doit voiler celle du trône, la leçon du texte hébreu nous paraît plus vraisemblable.

Quoi qu'il en soit du reste, une chose est certaine et M. CornîH a le mérite d*y avoir tout particulièrement attiré Tattention : c'est que Timage -pg^ px HNIDD ressemble à nînb 7Wj^ T9Dn Q"*» d'après le récit yahwéiste de l'Exode, xxiv, 40, se trouve sous les pieds du Dieu d'Israël. Toutefois il faut encore compléter la comparaison : Ézéchiel a fait encore un autre emprunt au Pentateuque, et cette fois ce n'est pas le document yahwéiste, mais le document sacerdotal qui en est la source. Je veux parler de la remarque que Yahwé a l'aspect d'un homme, m{< nî<"lDD' blette notion n'est formellement exprimée que dans la Genèse, i, 26-27 ; v, i. La spiritual i?at ion de plus en plus croissante de la conception de Yahwé aux dernières époques prophétiques, ainsi que l'accumulation anormale des désignations vagues dans «dDH mOT bj^l NDD niDT

mK mnoD mon en face de iniK H12 D^nbx D^ya ^e

l'écrivain sacerdotal, mettent hors de doute la dépendance d'Ézéchiel de ce dernier auteur. Cette conclusion aurait été facilement trouvée par4M. Cornill lui-même, sijson parti pris systématique ne l'avait pas obligé à fermer les yeux.

Ces versets contiennent la description des feux et des splendeurs qui entourent la personne divine. Le premier ne donne lieu qu'à une remarque de critique verbale. M. Cornill rejette à

tort le membre de piirase ;jn3D nb TV2 U/H tlHHSD ^"^ "'^^^ pas superflu et ne trouble rien, comme il le croit. Seulement il faut lire : yt^D H^DIN ll^N HNIDD^ * comme l'apparence d'un feu brûlant tout autour » (et. Exode, xxiv, 17 ; Deiiléronome, iv, 24), ce qui correspond à nnpbPD l£^N ^'^ verset 4. Pour notre étude particulière, tout l'intérêt réside dans le verset 28 qui compare la splendeur qui entoure, — si je puis m' exprimer ainsi, — la tunique ignée de la Divinité à ce l'aspect de l'arc qui apparaît dans le nuage au jour de la pluie >. La mention de l'arc-en-ciel comme un arc existant dans les nuages pi^D TVÎV IV/a DttDn mnûy absente du reste de la Bible,

se trouve sous une expression identique, py;^ r\]i/pJl nn^nv dans la Genèse, ix, 12-16 ; et comme le prophète ajfute formellement que cet arc apparaît le jour de la pluie, u^JH DV2» il fait voir qu'il connaît la destination de l'arc-en-ciel à symboliser la cessation plus ou moins rapide de la pluie, conformément à la donnée du narrateur précité qui est notoirement le second élohiste, c'est-à-dire l'écrivain sacerdotal ou A.

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