S. — XXXIII
Bien que ce paragraphe vise uniquement à apporter quelques éclaircissements au sujet de Texpression Q^i^n D^jnDH déjà étudiée dans notre commentaire d'Ézéçhiel, xliv, 15, nous sommes obligé de soumettre à un nouvel examen l'ensemble de cette pièce qui contient les 1 6 derniers versets du chapitre xxxiii. Le devoir d'ailleurs élémentaire de ne m' appuyer que sur des textes d'une authenticité certaine rend nécessaire de prouver d'abord l'inanité des doutes émis par la critique outrancière sur l'origine jérémique de la majeure partie de cette péricope. Personne n'a osé affirmer qu'aussi bien au point de vue du style qu'à celui de la pensée, elle ne concorde avec les paroles et les tendances maintes fois avérées de notre prophète, et cependant M. Cornill n'a pas hésité à assigner au passage 14-26, un caractère secondaire^ ce qui sous sa plume équivaut à interpolation de fraude pieuse^ et
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pour motiver un jugement aussi grave, il n'a apporté que cette seule raison que ces versets ainsi que xxx, 1 0-12 et 22, manquent dans le texte réputé le plus ancien des Seplante {Hier fehlen zunàchst in lxx, 30, 10-12 und 22 und das làngere Siûcky 33, 14-26, deren secundàrer Charakter als zugegeben gelten darf). Je dis avec intention au passé : < n'a pas hésité », car j'espère que depuis là découverte d'une partie du texte hébreu de Ben-Sira où la comparaison montre que d'innom- ,brat)les omissions et des corruptions de toutes sortes déparent les versions grecque et syriaque, le savant estimable dont je viens de citer le jugement a probablement modifié ses anciennes vues sur la valeur de ces versions relativement au texte massorétique. Remarquez qu'en. prenant au pied de la lettre l'hypothèse dont il s'agît, on arrive à cette absurdité que le faussaire qui a si bien réussi à imiter la diction de Jérémie et à introduire son factum dans le livre de ce dernier aurait vécu tout au plus en 170 avant J.-C, c'est-à-dire 120 ans après Ben-Sira, pour lequel la clôture du recueil prophétique est depuis longtemps un fait accompli. La comparaison du langage de notre pièce avec la phraséologie ararpaïsante ou néo-hébraïque de l'Ecclésiastique suffirait à faire réfléchir ceux qui sont le plus acharnés à abaisser la date de certains écrits bibliques. Poursuivons toutefois nos réflexions. Quelle pouvait être, je ne dispas la nécessité, mais l'utilité de cette fabrication dévote à cette heure tardive? Est-ce le désir de fortifier les espérances des descendants davidiques? Mais ces rejetons authentiques et publiquement reconnus de l'illustre famille n*existaient déjà pas depuis l'époque de Néhémie, où leurs noms sont totalement absents des actes de la communaulé (Néhémie, x-xii). Est-ce seulement pour réveiller l'espérance de l'arrivée en gloire d'un davididc caché, du Messie? Mais les annonces indéterminées d'un tel davidide futur abondent chez tous les prophètes avant et après l'exil et le livre de Jérémie s'en préoccupe à plusieurs reprises, car là môme où il est question de pasteurs anonymes, il s'agit uniquement de descendants de David. Une mention de plus n'y ajoute pas le moindre intérêt et on ne voit guère pourquoi l'interpolateur s'est donné tant.de peine pour fabriquer son faux.
Il y a plus. En dehors des preuves résultant de la nature du style et de l'absurdité de l'hypothèse de l'interpolation, Tauthenlicilé de noire péricope peut encore être démontrée par un autre argument. On reconnaît au premier aspect que certains versets de ce passage se trouvent déjà sous une forme identique ou analogue dans des discours antérieurs. Ainsi, XXXIII, 12-10, constitue une répétition fondamentale de xxiir, 1-5 ; mais tandis que, xxiii, 1-i, entend par pasteurs et brebis des magistrats (rois et gouverneurs) et hommes du peuple, xxxin, 1 54-13, a toute apparence de parler de pasteurs et de brebis réels et aurait pu passer comme tel si nous n'avions pas le premier passage pour guide. De même, xxxiii, 15-16, qui s'occupe du davidide futur est, sauf corruption, identique à. xxiii, o-(), et formellement caractérisé au verset 14 comme une citation extraite d'un autre passage. Comme l'authenticité dexxiir, 1-6, ne peut être contestée, il s'ensuit que xxxiii, 12-16, est également à l'abri du doule. Maintenant est-il imaginable qu'en prévoyant la restauration du gouvernement davidique, notre prophète n'ait pas trouvé nécessaire de fixer le sort du futur sacerdoce? Si en vertu d'un ancien pacte les descendants de David doivent recouvrer leur domination interrompue par Texil, le pacte encore plus ancien accordé aux Lévites et dont la suprématie religieuse avait cessé en même temps, ne méritait-il pas autant d'égards? Donc, le groupe xxxiii, 17-26, le seul passage relatif aux fonctionnaires du temple futur, non seulement est indispensable en soi, mais, il cadre parfaitement comme suite inéluctable des deux versets précédents consacrés à la dynastie davidique. La chose me semble claire.
La question d'authenticité tranchée dans le sens affirmatif pour notre passage, nous procéderons à l'examen de son contenu, examen qui, pour être sérieux, demande la traduction intégrale de l'ensemble, précédée naturellement de remarques sur quelques expressions plus ou moins susceptibles d'améliorations et qui sont les suivantes :
Verset 1 5. La seule variante rip^V riDV ^" ^^^^ ^^ HDV pnitf de xxiii, 15, établit une meilleure assonance avec
naslie davidique. Nous pouvons même par surcroît appuyer cette interprétation par une considération philologique. Si l'expression riDDb Dt£^^ P^^^ ^^ ^^'^ ^^"s un cas assez rare, avoir pour sujet un nom de ville (Zacharie, xiv, 1 1), la forme ntSDb pl2^' vo^^® riDD pK^ "^ s'emploie qu'en parlant de personnes (Deutéronome, xxxiii, 12,28; Psaumes, xvi, 9; Jérémie, xxiii, 6). Du reste, le nom futur de la ville de Jérusalem est chez Jérémie pj^pi^ XDD» • ^^^^^ de Yahwé > (m, 17); un second nom ne servirait à rien. Jérémie a donc visé surtout le futur roi de Jérusalem, mais d'où vient l'embarras de sa diction? Elle vient visiblement de sa négligence initiale, savoir de l'emploi de la forme vague ann D^D'*D ^^ 'i^^* de la forme précise*i^0>2. La perte du premier suffixe coupait toute liaison avec le verset précédent et il fallait faire allusion au davidide par un moyen détourné tout en maintenant l'aspect général du verset modèle; le but a été atteint en incarnant le chef futur dans le nom de Jérusalem.
Versets 17-19. Texte correct; sur a^^^n D^3nDn» voyez plus loin .
Versets 20-21 . Réitération modifiée de xxxi, 35-36. Dans ce dernier passage, l'éternité du peuple d'Israël est comparée à celle des corps célestes; dans le nôtre c'est la conservation éternelle des familles davidiques et lévitiques qui y est comparée. Mais le verset 19 prouve de nouveau que le prophète néglige dans ses rééditions les éléments les plus substantiels de la phrase par suite de la supposition que les lecteurs auront pour guide le passage antérieur. D'ordinaire on. comprend mi-i ^nn3 et rh"hn '^nnn comme s'il y avait "ïrins DVn n'*Û ^^ T^b'hn n^lD 'n'"l3' ^^^^ cela ne suffit pas pour deux raisons. D'abord, le jour et la nuit ne sont que le résultat. de la présence ou de l'absence du soleil et n'ont pas d'existence propre. Ensuite le mot qq^^ est toujours adverbe et ne saurait, conjointement avec n^bv former le sujet du verbe nvn- ^^ réalité il y a deux ellipses, l'une comprend outre 'SVl^y 1^ ^'^^ 11X ï'^pété deux fois dans xxxi, 35; partant
avn '•nnn équivaut à n^n iik nna 'nna et rh'^bri •»nn2
^ nV^n 11X n^"D» '^ seconde, plus importante, sous-entend
5 après nvn 'es mots Q'ï^^i^i riTI tt^Dtî^» se premier à nov» les deux autres à n^^^, distriablement indiquée par l'adjonction du mot ésinence du pluriel Qni^Il- La phrase xxxi, ndée en deux parties ayant l'une le verbe prinnt le sujet anonyme est la masse des hommes, 5 secondaire m^n» ^^^^ '^^ corps célestes égaitendus, tandis que dans le verset modèle le jmj maintient la liaison harmonique de la B toujours la transformation est très inférieure [)rimitive. Ajoutons qu'il est absolument impos- '^ nsn e" ISn pour former un parallèle au suivant (Septante; et èia(j7,e$(x(jd-n(Terai = Si irri" i; Luther : Wenn mein Bund aufhôren wird). )mmentaleurs modernes; la forme de la 2* péril se rapporte par anticipation à ^ij-; Qt^pi suivi un verbe au pluriel. Les adversaires du pro- .ns l'exil prédit la preuve que Yahwé a défmiles deux familles élues; Yahwé répond : < S'il ble d'abolir les lois naturelles, de même mon pu p; c'est-à-dire : de même qu'il vous est im- Tompre la marche de la nature, de même il est mon pacte avec David et le sacerdoce soit
Lu lieu de a'^ansn n^lbn '^^ Septante et la érie ordinaire Q^i^n D'jnDn» ^^^^^ inexacteconjonction après le premier mot. l^a leçon firmée par les Septante et la Peéitta (Xeiroupinistri met) ; elle est cependant insoutenable, syntactique avec nVHD ^^ 1^ première partie ige manifestement la forme d'un infinitif affecté première personne et du préfixe q privatif, 3 < de ne pas me servir p .
[jfj^ = -){^{^{2* — "^DN ^mt^D est une construc- , qui existait déjà au temps des plus anciennes jer : ^^'^2 ^mt^D? «serviteurs de ma maison»; Liv, 1 1 ; XLV, 5; XLVi, 24.
Verset 24. La forme suffixée ^^y, < mon peuple, Israël établit une antithèse avec le méprisant piTH DJ^n fl"i dési; les partisans de l'idolâtrie. Ces gens non seulement se r quaientde la ruine imminente des deux grandes familles, ih tiraient malicieusement la conséquence que Yahwé avait rej tout son peuple et que ce qu'il y avait de mieux à faire p ce dernier, c'était de renoncer au monothéisme et de se fon dans les nations païennes (Ézéchiel, xx, 32). Le suffixe DîTiSb ^^^ absent des anciennes versions qui lisent njg^; leçon massorétique semble venir d'un texte, le dernier mot abréviation, ainsi : pp rB^ = nin^ ^jsbî ces deux groupes été réunis et complétés en an^iB^.
Verset 25. Réitération variée de xxxi, 36 a, où les d< mots ^^i^;^ D^pnn ^^^^ amplifiés par les expressions du v set 20, ce qui constitue une nouvelle répétition de xxxi, ; dont le sens se réduit en somme à ceci : < Si je n'avais établi les lois des phénomènes célestes, j'aurais rejeté Israê où il faut sous-entendrc Tantilhèse < mais comme j'ai éU ces lois, je ne rejetterai pas mon pacte avec Israël p ; la simj cité a été sacrifiée à Tamour de la construction compliqi frappant par sa nouveauté.
Verset 26, D'après l'exposé des versets précédents, on c trouver ici l'affirmation relative à Téternité des deux fami nobles et du reste d'Israël ; le texte massorétique, littéra ment reproduit par toutes les anciennes versions, ne répc pas à cette attente légitime; il est certainement corrom] mais la correction en est cependant assez aisée. Au lieu premier 3«)pt^^ qui ne saurait précéder -^ et qui est d'aillé nommé plus loin, il faut mettre le nom de ^\^y ancêtre et présentant de la classe sacerdotale. Il faut ensuite rempla le mot wiîio, qui est insupportable comme suite du y-)T p cèdent, par la particule ^j^o « de lui, d'elle >. Le pou\ religieux appartenant à Lévi et le pouvoir civil qui est l'a] nage de la race de David sont résumés par l'épithète Q'i'^tî « gouvernants, dominants >, tandis que le gros du peuple désigné par les « descendants d'Abraham, d'Isaac et de
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lation du code sacerdotal doivent être des descendants d'Aa et de nulle autre race (Lévitique, i, 5; Nombres, xvii, xviiF, 7, passim). Ce clergé supérieur formait avec les ( çendants de David les deux partis dirigeants (qi^ij^û) peuple hébreu après l'établissement de la monarchie dî dique. Les lévites non aronides n*ont jamais eu de près et ils étaient rangés dans la classe des indigents.
Jérémie non seulement admet la reprise du rite sacrifici; après l'exil, il en cite nominalement trois espèces, nblj^ ' locauste), nPIlD (oblation) et n2î ("^"^ général de tous autres sacrifices). Or^ la nf^^D ^"î ^^^ '^ complément d rh)V "® figure ni dans le Deutéronome, ni chez les aut( yahwéiste et élohiste, mais exclusivement dans le code sa< dotal ou P.
L'expression nPliD TlDpD» • Q"î ^^^^ griller la Mini montre en outre que Jérémie connaissait exactement les donnances du Lévitique, ii, 1-16, relatives au c grillaj (•^^^pp^) de cette pâtisserie destinée aux prêtres, à Texcepl d'un petit morceau bien huilé et saupoudré d'encens qui jeté dans le feu de l'autel. J'ai prouvé plus haut qu'Isaïe aussi bien que Jérémie, savait parfaitement que l'encens sait partie des anciens rites du temple ; la mention expn de la Minba impose déjà la présomption que le rite d'encei cette dernière offrande était alors de notoriété publique cette présomption est formellement- prouvée par le récil Jérémie, xu, 5, rapportant que des gens de la province rent apporter une Minba et de l'encens (n^isbl HPIiD) temple de Maspha, après la destruction de celui de Jérusal
Au sujet du pacte conclu avec les corps célestes (20, > voyez le commentaire sur xxxi, 25-26; Texpression n'^lS " a été expliquée dans nos remarques sur xi, 10.